dimanche 21 décembre 2025

Borsalino and co de Jacques Deray. 1974. 1h50. France/Italie/Allemagne.

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Réalisé par Jacques Deray quatre ans après Borsalino, cette séquelle reste à mes yeux injustement sous-estimée, et pourtant supérieure à son modèle. Les critiques de l’époque s’y sont trompées selon moi, sans doute trop heurtées par sa violence putassière, le public aussi, puisque le film ne rassemble que 1 698 380 entrées, loin derrière les 4 710 380 du premier. Et pourtant.

Je lui préfère son élégance crépusculaire, sa photographie somptueuse, magnifiée par la restauration Pathé de 2013, absolument superbe en Blu-ray. Tout y est plus sombre, plus grave, plus contracté, plus intense. L’ironie et l’insouciance ont disparu. Ici, la violence s’expose sans fard : plus réaliste, plus frontale, plus brutale, souvent même spectaculaire. Un monde qui ne joue plus, qui frappe tous azimuts. 


Les décors, fastueux, luxueux, nous plongent pleinement dans les années 30, avec une modernité visuelle absente du premier film. Ils respirent, imposent leur présence, deviennent presque des personnages secondaires tant Jacques Deray les filme avec amour et précision. Chaque rue, chaque façade semble chargée de mémoire, de vie citadine et de menace.

Alain Delon, hiératique, souverain, est impressionnant de bout en bout. On est avec lui, dans sa peau, dans cette posture de chef désormais seul, ambigu, peu recommandable. Le scénario est classique, prévisible, certes, mais on ne s’ennuie jamais. La vengeance de Roch - que Delon endosse avec son costume snob comme une seconde peau - se déploie avec une efficacité implacable. Ce film de gangsters prend alors des allures de western urbain, tendu par la vengeance et la fatalité. Avec toutefois un soupçon de romance murmurée par la ravissante Catherine Rouvel dans sa pudeur réservée. 


(Toujours) Porté par la musique entêtante de Claude Bolling, même si beaucoup plus discrète, Borsalino & Co. est un film de gangsters comme on n’en fait plus. Des décennies plus tard, cette coproduction franco-italo-allemande demeure un divertissement adulte, stylisé, raffiné, élégamment cruel, d’une violence sèche et souvent spectaculaire. Une époque révolue au demeurant.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

lundi 15 décembre 2025

L'Elue / Keeper de Osgood Perkins. 2025. U.S.A. 1h38.

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A l'instar de modestes péloches des années 80, L’Élue est une sympathique série B horrifique - et même une bonne - solidement ancrée dans le sous-genre du folk horror. Un véritable film d’ambiance, qui prend le temps, je l'admets. Beaucoup de temps. Sa première heure s’attache presque exclusivement à l’installation d’un climat inquiet, feutré, interrogatif, fondé sur l’attente et le regard d’un personnage féminin que l'actrice Tatiana Maslany porte à bout de bras. Comme elle, on observe, on doute, on s’interroge, on hallucine : que se trame-t-il réellement dans cette cabane confinée, perdue au cœur de bois silencieux et opaques ?

Visuellement, le film est soigné, parfois même onirique, avec une esthétique travaillée qui enveloppe cette lente montée de l’angoisse. L’atmosphère anxiogène, mystérieuse, sourdine, fonctionne indéniablement, même si l’on n’adhère pas totalement à l’interrogation morale qui occupe la protagoniste durant plus d’une heure. Pourtant, la tension demeure, diffuse mais tenace, nourrie par l’attente de la révélation. C'est captivant dans une juste mesure.


Or, L’Élue trouve sa vraie réussite dans sa dernière demi-heure, absolument réjouissante dans sa manière d’effrayer à point nommé. Perkins y lâche enfin les chevaux, offrant des visions horrifiques inédites, dérangeantes, profondément malaisantes. On perd pied avec fascination capiteuse mêlée de répulsion malsaine. Les créatures marquent, troublent, agressent les sens par leur étrangeté même, et les scènes chocs fonctionnent précisément parce qu’elles restent aussi singulières. L’angoisse et la terreur montent alors crescendo, jusqu’à une ultime image à l’ironie morbide, grinçante, qui imprime la rétine, à l'envers.

Bien plus fréquentable que l’incident de parcours, The Monkey, L’Élue ne mérite ni le discrédit ni le mépris qu’une partie de la critique et du public lui ont réservés. En dépit d’avis divisés, il s’agit d’une vraie série B cérébrale, atmosphérique, imparfaite mais habitée, avec laquelle on passe, indéniablement, un bon moment. L'inverse du produit standard vite vu vite oublié.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

Blanche Neige et les 7 nains / Snow White and the Seven Dwarfs de William Cottrell, David Hand, Wilfred Jackson. 1937. U.S.A. 1h23.

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Blanche-Neige et les Sept Nains est un chef-d’œuvre absolu de l’histoire du cinéma. Le rappeler n’a rien d’un réflexe nostalgique, mais d’une évidence. Premier long-métrage d’animation des studios Disney, le film, réalisé par David Hand, sort le 21 décembre 1937 et rencontre un succès tout simplement monstrueux. Son budget de 1,48 million de dollars - un record pour l’époque - accompagne une prouesse technique alors inédite, vertigineuse.

Mais ce qui frappe aujourd’hui, lorsque l’on redécouvre ce film fabuleux, c’est son âge : près de 90 ans ! Les bras m'en tombent. Et pourtant, son pouvoir d’enchantement demeure intact, du premier au dernier plan. Un enchantement nourri par une splendeur visuelle colorée, singulière, parfois même exceptionnelle, mais aussi par des personnages immédiatement attachants - Blanche-Neige, bien sûr, et les Nains, inoubliables. L’humour, distillé avec une douceur constante, irrigue tout le métrage, porté par une inventivité technique, narrative et visuelle proprement sidérante.


Et puis il y a la grâce. Celle de Blanche-Neige, qui irradie chaque image, chaque geste, chaque chanson fredonnée comme une promesse d’innocence éternelle. Il y a aussi les chants des Nains, surgissant avec spontanéité, fringance et bienveillance, comme une célébration simple de la vie. Blanche-Neige et les Sept Nains est un film habité, traversé de part en part par la féerie chère au studio Disney.

Et cette prétendue niaiserie dont certains ont pu accuser le film se voit ici transcendée - totalement transcendée - par le pouvoir d’enchantement qui émane de l’expressivité des personnages et par la formalité de ces dessins plus vrais que nature. Dès lors, ressentir, près de 90 ans plus tard, des émotions aussi galvanisantes et épanouissantes tient du prodige : un prodige cinématographique que ni le temps, ni son passage, ne sont parvenus à réprimer.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

dimanche 14 décembre 2025

Running Man d'Edgar Wright. 2025. U.S.A. 2h16 (2h08).

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Running Man (2025) - La série B crépusculaire qui ressuscite l’âme de l’action 80s.

Running Man fait peau neuve en son écrin de film d’action à l’ancienne, au point qu’on a parfois l’impression de savourer une pure production des années 80. Ben oui, ici l’action n’est jamais bourrine : elle respire, elle retarde, elle sert le récit, elle épouse la mise en scène. Le cinémascope convoque même les classiques de Carpenter je trouve, tandis que l’univers futuriste, délicieusement rétro (une mode cette année pour le genre, et c'est tant mieux), affiche un soin maniaque dans chaque décor, chaque cadre, chaque détail, sans foisonnement, sans paillettes. Nous avons affaire à une grosse série B d’action, visuellement splendide, crépusculaire, dont le futurisme géométrique est aussi enivrant qu’immersif.


Glenn Powell, lui, le forcené, le téméraire, l'insoumis animal, crève littéralement l’écran. À tel point qu’on se surprend à se demander s’il n’est pas en train de naître en nouveau héros de cinéma d’action, dans la lignée de Schwarzenegger, Stallone ou Bruce Willis. C’est dire si ce Running Man est un remake à contre-emploi de celui de Paul Michael Glaser, porté par Arnold Schwarzenegger : là où l’original assumait un ton cartoonesque, ultra kitsch, décomplexé au possible, ludique jusqu’à l’absurde, cette version choisit la sobriété, un sérieux presque austère, sans jamais renoncer à l’humour noir qui tâche et les éclairs de violence radicale émaillés de sacrifices collatéraux.

Le film déploie également une dénonciation très efficace d’une société autoritaire et totalitaire, qui contrôle les masses par des médias manipulateurs, menteurs, instruments d’asservissement. Sur ce plan sociopolitique et médiatique, le propos frappe juste. Les scènes d’action sont spectaculaires, tendues, parfaitement lisibles. Edgar Wright filme avec une implication totale : on sent son amour pour ce qu’il met en images, du premier au dernier plan. Le film dégage une énergie visuelle et technique impressionnante, reste constamment efficace, même sans multiplier les surprises, jusqu’à un final explosif, libérateur et haletant dans une inversion des rôles médiatiques.


Au bout du compte, Running Man s’impose comme une excellente surprise au tempo musical entêtant, une formidable réussite qui a du corps et de l'esprit, l’un des divertissements classieux de 2025. Un remake intelligent qui parvient à cristalliser sans fard son univers dystopique en supplantant son modèle autrement décérébré et régressif.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

Saint Ange de Pascal Laugier. 2004. France. 1h34.

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(Révision: 4)

Saint-ange - Réhabilitation d'un écrin maudit. 

Saint-Ange de Pascal Laugier est l’un de ces films injustement rejetés à sa sortie en 2004, mal compris, boudés par la critique comme par le public, alors qu’il s’agit d’un très beau drame fantastique, sensible et profondément mélancolique. Une première œuvre qui mérite aujourd’hui d’être réhabilitée, regardée à nouveau, avec patience, amour et attention.


Dans la lignée de L’Orphelinat, du Cercle infernal, de Rosemary’s Baby, de Fragile, Les Autres ou encore de L’Au-delà, Saint-Ange explore les zones troubles de la maternité, de la mémoire et du trauma de la guerre, jusqu’à un final suspendu, quasi spectral, qui agit comme un clin d’œil discret aux grands films de hantise psychologique mais aussi à l'Au-delà de Fulci dont Laugier ne cache nullement son admiration.

Virginie Ledoyen y est poignante, saillante, magnétique dans la pudeur et la mesure. Mère en devenir à la fois perplexe, fragile, inquiète, interrogative, elle avance dans le mystère avec une douceur inquiète, une force tranquille, presque rassurante. Elle incarne une présence de chair et de cœur, un ancrage humain face à l’indicible. À ses côtés, Lou Doillon - trop décriée à l’époque - est pourtant saisissante. Elle ne joue pas : elle est cette jeune femme sans âge au bord de la rupture, fébrile, névrosée, mentalement instable, à la lisière de la démence. Deux présences complémentaires, deux états de l’âme, deux fractures qui s'uniront pour le meilleur et pour le pire.


Pascal Laugier
magnifie le décor de Saint-Ange avec un soin formel gothique d’une grande beauté séculaire. Chaque pièce respire, chaque couloir murmure. La vaste maison devient un personnage à part entière, un corps vivant chargé de souvenirs et de douleurs enfouies, jouant un rôle central dans l’évolution narrative. Le film se déploie alors sur deux niveaux de lecture : drame psychologique intime ou drame fantastique hanté. Les deux coexistent, se répondent, sans jamais s’annuler. Et c'est ce qui rend le film aussi fort, beau, passionnant, en suspens avec cet art consommé de la hantise cérébrale. 

La musique, fragile et délicate, accompagne cette atmosphère mélancolique avec pudeur, renforçant l’émotion sans jamais l’alourdir. L’histoire, solide et prenante, avance à pas feutrés parmi la discrétion d'une directrice taiseuse que Catriona Mc Coll persiste dans une posture hiératique figée. La mise en scène est inspirée, inventive, les cadrages stylisés sont d’une grande précision. On se passionne autant pour la dimension technique et formelle que pour la force narrative et le jeu impliqué des actrices au sein d'un décorum gothique enivrant jusqu'à se perdre dans ses sous-sols à la fois poussiéreux et rubigineux. 


Ensorcelant dans une douceur de miel éthérée, Saint-Ange est un film contemplatif qui demande de l’écoute, du silence, du temps. Il parle d’enfants martyrisés, de mémoire refoulée, de douleur transmise, de maternité brisée. Un drame fantastique élégant, habité, injustement oublié, et qu’il est urgent de réhabiliter.


Et c'est produit par l'artisan Christophe Gans, noble binôme, aussi féru d'amour pour le genre.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

27.08.12
14.12.25. 4èx

de Pascal Laugier. 2004. France. 1h38. Avec Virginie Ledoyen, Lou Doillon, Catriona MacColl, Dorina Lazar, Virginie Darmon, Jérôme Soufflet, Marie Herry, Eric Prat, Marin Chouquet, Christophe Lemaire.

Sortie salles France: 23 Juin 2004

FILMOGRAPHIE: Pascal Laugier est un réalisateur Français né le 16 Octobre 1971.Courts-Métrages: 1993: Tête de Citrouille. 2001: 4è sous-sol. Longs-métrages: 2004: Saint Ange. 2008: Martyrs. 2012 : The Secret (The Tall Man). 2018 : Ghostland. 

lundi 8 décembre 2025

Rox et Rouky / The Fox and the Hound de Ted Berman Richard Rich Art Stevens. 1981. U.S.A. 1h23.

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"Sous le poids de l’instinct."
Découvrir pour la première fois Rox et Rouky rappelle à quel point Disney sait nous émouvoir avec une simplicité, une innocence et un réalisme désarmant. C’est peut-être l’un des métrages les plus bouleversants auxquels j’ai assisté dans leur filmographie animée.

Réflexion saisissante sur la manière dont notre entourage façonne nos comportements face à la brutalité lâche et inéquitable de la chasse, Rox et Rouky dégage un pouvoir d’enchantement permanent. Les personnages, hyper expressifs, déclenchent une émotion pure, sans filtre, au point de nous surprendre nous-mêmes par l’intensité du choc.
 

On nous raconte surtout comment deux êtres faits pour s’aimer deviennent ennemis, non par choix, mais parce que le monde autour d’eux les pousse à trahir leur propre nature. C’est un récit poignant sur l’enfance perdue, presque arrachée, et sur la manière dont la société fabrique la violence - en l’occurrence, celle de la chasse.

Vibrant d’humanité - autant dans le regard des adultes que dans celui des créatures animalières magnifiées - le film nous illumine le cœur à travers l’amitié qui se fissure peu à peu entre un renard et un chien de chasse, deux êtres que tout oppose jusque dans leur instinct le plus profond. Militant pour le droit à la différence, ce récit esquive la prévisibilité et les conventions, préférant sonder des valeurs nobles qui questionnent notre nature meurtrière ou vindicative.
 

D’une émotion souvent à fleur de peau (et je tairai certains rebondissements que je n’avais pas vus venir), Rox et Rouky offre une sensibilité épurée, portée par la magie Disney sublimant chaque geste, chaque regard, avec un réalisme aussi pittoresque que profondément humain.

Il en émane un récit initiatique magnifique, d’une tendresse aiguë et inattendue, plaidant pour l’amour, l’indulgence, la réconciliation et l’amitié - aimer quelqu’un qu’on est censé haïr - en dépit de la cruauté morale qui sommeille en nous lorsque l’on se réfugie derrière le loisir de la chasse (conditionnement institutionnalisé de la violence) ou l’instinct de survie.
 

Quant à la fin, douce-amère, très émouvante presque malgré elle, elle porte un message d’une rare nuance chez Disney :
on peut ne plus être amis comme avant, mais on peut choisir de ne pas devenir des ennemis.
Une conclusion d’une maturité rare.

— le cinéphile du cœur noir 🖤
Vostfr


Caligula: ultimate cut de Tinto Brass. 1979-2024. U.S.A/Italie. 2h58.

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"L’Empereur des Enfers : trip viscéral autour du pouvoir."

Caligula – The Ultimate Cut demeure une expérience expérimentale, une orgie de folie décadente, outrageante, choquante, profondément malsaine (même expurgée de ses coïts pornos gratuits).
Cette version rallongée exacerbe encore son atmosphère sombre, baroque et dérangeante, carrément malaisante, tout en conservant son extrême brutalité, sa violence frontale, ses élans nauséeux qui culminent dans un final sanglant d’une cruauté inouïe jusqu'à l'insoutenable - un gosse y trinque en estocade.

Concernant la bande sonore de choix composée par Troy Sterling Nies, elle est toute nouvelle pour renforcer le ton plus "maussade, baroque, malsain, anxiogène" à l'inverse d'une atmosphère moins disco/classique, plus oppressante, plus intemporelle. Le design sonore - effets, ambiances, mixage - a été retravaillé : dialogues restaurés, suppression des choix musicaux “datés”, réorchestration plus “atmosphérique”, plus dark, plus immersive.
 

Les décors, d’une ampleur grandiose, respirent une insécurité glaciale, un crépuscule perpétuel venu tout droit des enfers. Cette satire du pouvoir - menant à la débauche, à la perversion, à la dissolution totale de l’humain - devient un véritable opéra de mort putride que l’on contemple et endure durant près de trois heures. Un spectacle provocateur, unique, que rien n’égale ailleurs.

Malcolm McDowell, littéralement possédé, incarne un Caligula né pour régner sur ce chaos. Il s’abandonne avec une spontanéité psychotique à un rôle qui lui permet toutes les démesures. Sans la moindre inhibition, sans morale ni indulgence, il déploie l’arbitraire absolu d’un despote persuadé de sa propre divinité. Il n’a aucune limite : son pouvoir est un gouffre qui nourrit sa folie et aspire tout autour de lui. Il inspire le dégoût, l'écoeurement, la nécrose d'une immoralité à double tranchant. 
 

Les autres interprètes fardés, saillants dans leur pathétisme moral, renforcent encore le côté farcesque, caustique, presque semi-parodique d’une cour altière entièrement soumise à la suprématie d’un tyran capable de les terroriser à tout moment, jusque dans la mort la plus lâche et cruelle.

L’œuvre est si extrême qu’à la sortie de la projo, on ressent l’envie presque irrépressible de se doucher, de reprendre son souffle, tant elle marque l’esprit et le corps par son intensité horrifique et érotique, jusqu’à la gêne la plus intime.
 

On en ressort lessivé, estomaqué, en berne, inévitablement  hanté après avoir affronté ce film monstre, profondément malade, qui dit tout - et trop - sur la corruption inhérente au pouvoir fascisant.

Pour public (le plus) averti.

— le cinéphile du cœur noir 🖤
 
 
 

dimanche 7 décembre 2025

House 2: la deuxième histoire / "House 2: The Second Story" d'Ethan Wiley. 1987. 1h27. U.S.A.

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"La maison des mondes perdus."

House 2 d’Ethan Wiley est une séquelle bougrement fun, sympathique, bonnard, sans la moindre prétention - une série B innocente qui, aujourd’hui, dégage bien plus de charme et de sympathie qu’à l’époque de sa location VHS. Les personnages y sont franchement attachants dans leur naïveté assumée, et les séquences fantastiques, héritières autant d’Indiana Jones que du western, fonctionnent à merveille grâce aux portails temporels qui nous projettent dans des époques historiques avec une aisance désarmante.

Nos héros en herbe traversent ainsi le Jurassique, l’empire aztèque et l’Ouest américain avec un esprit bon enfant qui rend l’aventure aussi potache que délicieusement stimulante - notamment grâce à deux créatures innocentes adoptée par nos héros, légères comme un souffle familial. House 2 devient alors une fantaisie aventureuse portée par un humour tendre et lumineux, à l’opposé de son modèle plus horrifique ; et l’on ne s’en plaint pas, tant l’ensemble, mené sans temps mort, distrait continuellement par ses rebondissements surréalistes, dépaysants, fantasques et étrangement attendrissants.

À l’image de l’arrière-grand-père de Jesse et de son acolyte, militant mutuellement pour l’honneur familial et l’amitié avec une ferveur héroïque, le film respire une cohésion simple, chaleureuse, profondément généreuse. Un très bon moment de détente, donc - et je me surprends à penser que j’avais été bien trop sévère lors de sa sortie initiale. House 2 rallume la magie dans l’étrange douceur d’une séquelle débridée si bien que toute la famille devrait y trouver son compte.

— le cinéphile du cœur noir 🖤
3èx. 06.12.25.
27.07.18


Distribution: Arye Gross, Jonathan Stark, Royal Dano, Bill Maher, John Ratzenberger, Lar Park-Lincoln.

Sortie salles 18 Novembre 1987. U.S: 28 Août 1987.

FILMOGRAPHIE: Ethan Wiley est un réalisateur et scénariste américain. 1987 : House 2
1998 : Les Démons du maïs 5 : La Secte des Damnés. 2006 : Blackwater Valley Exorcism. 2007 : Brutal. 2012 : Elf-Man. 2015 : Journey to the Forbidden Valley.

samedi 6 décembre 2025

Alice au pays des merveilles / Alice in Wonderland de Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske. 1951. 1h15.

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Classique Disney aujourd’hui célébré comme un film-culte, Alice au pays des merveilles fut pourtant boudé par la critique et par le public avant de renaître de plus belle dans les années 60 et 70. Merveille d’animation surréaliste, il déploie une structure narrative affranchie du sens comme de la logique. Les trois auteurs y laissent libre cours à un imaginaire fantasque pour illustrer l’errance initiatique d’une fillette dévorée par le désir d’évasion, lasse de la pesanteur du monde réel.

D’une inventivité en roue libre, Alice au pays des merveilles devient une invitation à la fuite par le pouvoir d’un cinéma chimérique, expressif, fringant, primesautier. Son humour folingue, décalé, porté par une horde de personnages loufoques et décomplexés, divertit sans relâche sous l’impulsion d’une Alice à la fois fureteuse et contemplative, en quête d’identité. Cet appel à l’imaginaire, brisant les repères classiques, et l’enchaînement d’épisodes absurdes reflètent l’évasion mentale d’une enfant instable, oscillant entre réel et rêve.
 

Rester ouvert à l’étrange, à la curiosité, à l’enfantin : voilà ce que nous soufflent les auteurs, avec un art consommé d'une imagination exubérante. Quant à la thématique du temps qui file, elle se cristallise dans le Lapin Blanc, perpétuellement affolé, prisonnier d’une montre capricieuse. Il forme un contraste saisissant avec la liberté d’Alice, qui savoure le présent dans une absence bénie de pression sociale, préférant la rêverie à la course effrénée derrière un agenda mécanique.

Et même si, dans la finalité, son réveil la ramène à la réalité quotidienne - aux responsabilités, à la croissance physique et morale - le spectateur accepte de refermer ce livre d’innocence onirique, enchanté par un Disney à l’une de ses heures les plus glorieuses.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤

vendredi 5 décembre 2025

Une vie volée / Girl, interrupted de James Mangold. 1999. U.S.A. 2h07

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"La Parenthèse qui sauve."

Première découverte, alors qu’on m’en disait du bien depuis des lustres : Une vie volée m’a franchement surpris par son émotion pure, dénuée de fard et de tout pathos. Le film pâtit pourtant d’une affiche et d’un titre français trompeurs, alors que le titre initial - Girl, Interrupted - se révèle parfaitement idoine pour dépeindre l’interruption, la parenthèse d’une jeune femme placée de son plein gré en institut psychiatrique durant dix-huit mois. Une pause forcée, une dérive intérieure, un temps nécessaire pour suspendre le cours d’une existence douloureuse.

Le titre français en trahit le sens : il laisse imaginer une vie brisée par l’institution, alors que le séjour de Susanna (magnifiquement incarnée par Winona Ryder, mais j’y reviendrai) est relativement court et profondément fructueux. Elle n’est ni enfermée contre son gré, ni détruite par l’hôpital ; l’issue demeure apaisée. À l’inverse du chef-d’œuvre de Milos Forman - auquel on compare trop souvent le film, à tort selon moi - l’institution n’est pas filmée comme une machine inhumaine. Rien, dans le cheminement narratif, ne correspond à l’idée d’une vie "volée".
 

Le film, remarquablement conté, prenant le temps de cerner la pudeur et la sensibilité dépouillée de ses protagonistes féminins, traite davantage de dépression, de confusion identitaire et du passage délicat à l’âge adulte. Susanna y apparaît en proie à un trouble dépressif, à une quête identitaire, à un doute existentiel tenace. Quant à Lisa, incarnation marginale, rebelle et menaçante d’Angelina Jolie - justement récompensée par six trophées, dont l’Oscar et le Golden Globe - elle demeure irréprochable dans ses expressivités martiales sur le fil du rasoir. Pourtant, Winona Ryder, à mes yeux, lui vole la vedette. Elle domine silencieusement une galerie de patientes attachantes et bouleversantes, chacune enfermée dans son désarroi moral, parfois jusqu’aux limites du suicidaire.

Winona connaissait d’ailleurs intimement la fragilité racontée ici, ayant elle-même séjourné brièvement en hôpital psychiatrique après sa rupture avec Johnny Depp en 1993. Elle dégage une aura rassurante, un regard noir sans hostilité, un naturel sensuel, trouble et fragile, mais déterminé à vaincre ses démons. Face à la brutalité gratuite de Lisa, elle cherche un sens à sa vie, à travers une évolution morale gagnée par l’amitié féminine, le besoin d’aimer et d’être aimée, d’être comprise avec une sincérité bouleversante. Sa présence fluette illumine le récit d’une empathie douce, presque chuchotée. Elle est belle, divine, elle déambule discrètement sans projecteurs. 
 

Refusant de singer les grandes œuvres sur la folie institutionnelle, James Mangold choisit la pathologie dépressive et la cohésion féminine comme cœur battant de son film. Il en tire une fragile humanité, une sensibilité parfois écorchée vive, que ses comédiennes explorent avec une vérité dépouillée qui force le respect.

Un très beau portrait psychologique, donc, que ce Girl, Interrupted, transcendé par ses talents féminins et par une Winona Ryder irradiant l’écran clinique d’une pudeur réservée, chargée d’une chaude intensité. Et ce final d’adieux, illustré avec une tendresse distanciée, fait chavirer les émotions sans la moindre programmation.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤

jeudi 4 décembre 2025

La Belle et le Clochard / Lady and the Tramp de Hamilton Luske, Clyde Geronimi et Wilfred Jackson. 1955. U.S.A. 1h16.

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"Le charme indestructible de la première ère Disney."

Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu La Belle et le Clochard enfant ou adolescent. Mais le découvrir aujourd’hui, pour la première fois, soixante-dix ans après sa création, me confirme à quel point les premiers Disney possédaient une alchimie féérique inoxydable. 

Une magnifique romance canine imprégnée d’un onirisme à la fois candide, pittoresque et sombre - si j e me réfère par exemple au sort réservé aux chiens de fourrière promis à l’euthanasie - soutenue des chansons bienveillantes de Sonny Burke et Peggy Lee.
 
La Belle et le Clochard déploie sa magie grâce à l’expressivité émouvante de ses personnages, canins comme humains, d’une humanité presque désarmante. Profondément attachant jusque dans ses seconds rôles (les pizzaiolos serviables, inoubliables), le récit initiatique magnifie le courage, l’amour, la liberté de vivre et la fidélité entre l’homme et l’animal avec un art consommé de l’innocence la plus exaltante.
 

Visuellement splendide, comme toujours dans la première période Disney, La Belle et le Clochard gagne encore en classe et en séduction grâce au cinémascope utilisé pour la première fois par le studio, accompagné d’un son stéréo à quatre voies. 
 
Bijou d’animation à l’enchantement constant, traversé d’une douce fantaisie tendre et badine, cette ode à l'amour canin demeure l’un des cadeaux les plus gratifiants à offrir à la famille en cette période lumineuse de Noël.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤
Vostf 
 
Sortie salles France: 23 Décembre 1955

Box Office France: 11 175 716 entrées (l'un des plus gros succès de l'animation chez Disney)

Alice / Neco z Alenky de Jan Svankmajer. 1988. Tchécoslovaquie. 1h26.

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"Descente onirique : Alice, poison doux et vision baroque."

Attention : ovni inouï venu de Tchécoslovaquie. Alice est une expérience hors du commun, comme le proclame d’ailleurs le descriptif de notre blu-ray frenchi. Grand Prix du long métrage au Festival d’Annecy en 1989, cette oeuvre culte propose une variation très personnelle du roman de Lewis Carroll, mêlant prise de vue réelle et stop-motion pour mieux nous immerger dans l’esprit onirique d’une fillette en éveil existentiel détraqué.

Parfois à la lisière du bad trip - selon l’humeur du jour - et par moments irritant (surtout les 20 dernières minutes) tant ses idées débridées surgissent brutalement, toutes les cinq secondes en métronome affolé, Alice est un vortex halluciné : aussi étrange que cauchemardesque, aussi féerique que trouble. Une expérience capiteuse qui donne littéralement le tournis, perdue dans son incompréhension fantasmagorique, irrésistiblement attirante, vénéneuse, ensorcelante… et profondément dérangeante.


Sur ce point, mieux vaut prévenir : le métrage n’est pas destiné aux jeunes enfants - ni même à tous les adultes - tant ses visions animales animées image par image, baignées d’un baroque grinçant, patibulaire, peuvent heurter ou déstabiliser.

Mais ce rêve éveillé qui mord insuffle un onirisme si étrangement singulier, rythmé d’une cadence infernale, qu’il oppose sans cesse fascination et inquiétude, dans un dépaysement enfantin noyé de surréalisme nonsensique et de métaphores charnelles. Unique au monde dans le paysage cinématographique, Alice est à découvrir d’urgence - à condition d’y être préparé, et d’avoir l’esprit clair, non plombé, pour se laisser happer par cet imaginaire foisonnant issu d'un rêve déréglé. 
 
-- le cinéphile du cœur noir 🖤

mercredi 3 décembre 2025

Une fille nommée Loly Madonna / Lolly-Madonna XXX de Richard C. Sarafian. 1973. U.S.A. 1h45.

                     (Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives) 
 
"Lolly Madonna : la rage jaune des oubliés."
 
Il y a des films que l’on découvre grâce à une intuition, au gré d’une circonstance généreuse. Œuvre maudite s’il en est, invisible depuis des lustres malgré une réputation discrètement solide (notamment chez Jean-Baptiste Thoret dans Le Cinéma américain des années 1970), Une fille nommée Lolly Madonna est un choc thermique à la distribution prestigieuse. On y croise Rod Steiger (Amityville, le Docteur Jivago), Robert Ryan (les 12 Salopards, La Horde sauvage), Jeff Bridges (The Big Lebowski, Starman), Scott Wilson (Les flics ne dorment pas la nuit), Ed Lauter (Cujo, Le Justicier de New York), Randy Quaid (Bande de flics, Midnight Express), Gary Busey (Point Break, Peur bleue), Paul Koslo (Une Bible et un fusil, La Porte du paradis). Des charismes creusés, fatigués : de véritables gueules, peu recommandables, inspirant une marginalité désœuvrée et solitaire dans leur hiérarchie décervelée.

Réalisé en 1973 par Richard C. Sarafian (Point Limite Zéro, Le Convoi sauvage), Une fille nommée Lolly Madonna transpire les Seventies : un réalisme âpre, tributaire d’un western désenchanté que le film expose dans une lumière presque jaunie et un parti pris escarpé. Drame psychologique poisseux, désespéré, mélancolique et violemment régressif, ces deux portraits de familles se disputant un bout de terrain dans un no man’s land rural nous entraînent vers une descente aux enfers où les coups les plus viciés et les plus couards culminent en un bain de sang paroxystique.
 
 
Dans un climat de déréliction pesant, étouffé sous un soleil écrasant, Lolly Madonna devient une épreuve de force que le spectateur subit malgré lui, désarmé devant ces deux clans prêts à tout, notamment lorsqu’ils s’arrachent l’appât d’une jeune étrangère que l’un des fils aime en secret. D’une violence psychologique et physique profondément éprouvante (on peut notamment hélas déplorer une certaine maltraitance animale), le film instille une nonchalance dépressive au fil d’un cheminement moral dégénératif. Le spectateur redoute alors, avec une empathie involontaire, l’issue fataliste de ce conflit sordide orchestré par deux patriarches assoiffés d’orgueil, de revanche et de dignité, perdus dans leur ignorance brute.

Il en émane un morceau de cinéma maladif, à l'agonie, habité par des rednecks livrés à eux-mêmes, naufragés dans la violence primitive avec autant de regrets que de culpabilité enfouie. Un néo-western mortifère dont on ne sort pas indemne, qui persiste longtemps dans l’esprit par son intensité épineuse, dépressive, dénuée de toute illusion. Et c’est un film qu’il faut voir, absolument, ne serait-ce que pour sentir son souffle noir vous traverser.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

mardi 2 décembre 2025

Le Portrait de Dorian Gray / The Picture of Dorian Gray d'Albert Lewin. 1945. U.S.A. 1h50

                              (Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

(Révision)
 
"La Putréfaction de l’Âme sous le Vernis de l’Éternité."
 
Le Portrait de Dorian Gray demeure, à mes yeux, un chef-d’œuvre absolu du cinéma fantastique - injustement délaissé ces dernières années (décennies ?) par les fantasticophiles. C’est un tort immense tant le film, auréolé de l’Oscar de la meilleure photographie et du Golden Globe de la meilleure actrice pour Angela Lansbury, reste imperméable à l’épreuve du temps, figé dans une éternité glacée -(euphémisme !), à l’image de son protagoniste iconique.
 
 
Dorian Gray, incarné par un Hurd Hatfield d’une sidération hypnotique, ange maudit au venin discret, avance le visage lisse et l’âme pétrifiée avec un art consommé. Sa présence, rigide et spectrale, glace le sang de manière infiniment insidieuse et lancinante. Dandy altier lancé à toute vitesse dans une débauche sans frein, il choisit la volupté, l’excès, la jouissance comme unique boussole, tandis que son portrait - reflet monstrueux de sa décrépitude morale - pourrit lentement, se décompose, se crevasse, vieillit dans une lèpre abjecte et répugnante que le réalisateur amplifie en "couleurs". Une vision d’horreur pure qui dérange lamentablement. 
 
Il faut louer la maîtrise magistrale de Albert Lewin : une réalisation pleine de tact, d’intelligence et de précision, où chaque dialogue, ciselé comme une lame froide, dévoile avec une cruauté feutrée les conséquences pitoyables d’un aristo corrompu, modelé par les mauvaises influences, serviteur de sa propre hégémonie. Une jeunesse éternelle, mais figée, inerte, morte ; une âme vidée de toute empathie, réduisant autrui, femmes surtout, à de simples objets de distraction, dans un égoïsme orgueilleux qui refuse toute émotion, tout attendrissement, toute limite.
 
 
Baignant dans un climat étrange de douceur vénéneuse et de froideur meurtrière, Le Portrait de Dorian Gray hypnotise du premier au dernier plan. Son argument fantastique, fascinant et terrifiant, frappe avec d’autant plus de force quand l’on contemple cette toile suppurante, rongée par la philosophie abominable du "tout pour soi", de l’individualité cannibale, de la consommation sans vergogne.
 
Une oeuvre réfrigérante indispensable, brûlante d’actualité, dans ce monde obsédé par le paraître au détriment du sentiment, de la considération, de l’empathie, du respect, de l'amour. Un morceau de cinéma pictural qui dépasse les frontières du genre avec une finesse de suggestion dialectique à la fois pléthorique et salutaire.
 
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤
2èx. Vostf 
 
Budget : 3 500 000 de dollars
 
Le film est sorti en France en 1948, soit 3 ans après sa sortie Outre-atlantique. 

lundi 1 décembre 2025

La Veuve Couderc de Pierre Granier Deferre. 1971. France/Italie. 1h25.

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"Les amants sous le regard des corbeaux."

Pour un premier visionnage (honte à moi), La Veuve Couderc est une ode poignante à la vie campagnarde, filmée avec une tendresse assassinée. Sous ses allures de chronique rurale presque documentée, le film se révèle un mélodrame d’une cruauté grave, fustigeant la jalousie, la rancune, l’ego et la vendetta de métayers rongés par leur médiocrité morale. Autour d’eux, le couple que l’on juge, que l’on épie, demeure pourtant plus humain, plus respectueux, malgré la tempête sentimentale qui les secoue lorsque Jean - qu’endosse Delon avec un naturel séducteur et une élégance rare gravée sur ses traits - s’éprend d’une jeune paysanne à la réputation souillée.
 

Un peu ridée par ses épreuves, Simone Signoret y livre un jeu bouleversant, criant de vérité démunie, brûlé d’un amour tu et secret, dont chaque silence invoque un désespoir à la fois maternel et conjugal. Sa douleur, retenue jusqu’à l’étranglement, nous émeut au plus profond sans crier gare. Et puis il y a la musique de Philippe Sarde, nappée de tendresse et de mélancolie, presque timorée, pour ne pas dire évanescente - comme un souffle suspendu au-dessus de ces êtres qui se débattent comme ils peuvent avec le destin.

Granier-Deferre excelle dans l’art du storytelling, magnifiant cette sombre histoire d’amour et de trio conjugal brisé par la bassesse humaine que symbolisent les voisins de la veuve Couderc, figures d’une méchanceté imbécile et sournoise. Superbement photographiée, la nature rurale transpire la vie - la tranquillité d’un monde révolu, en 1934 - et l’atmosphère de bien être nous enserre, tant il fait bon y demeurer auprès de ces amants à l’expressivité vibrante.
 

Grand Prix du cinéma français en 1972, couronné par plus de deux millions de spectateurs en salles, La Veuve Couderc est une œuvre magnifique qu’il serait temps de faire revivre, le cœur offert à ceux que l’on aime. Et retrouver le couple Delon / Signoret à l’écran - comme s’ils étaient encore vivants, traversant le temps avec la même intensité - libère une émotion nostalgique qui imprègne tout le récit, lui conférant une dimension cinématographique trouble et capiteuse, presque fragile.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

jeudi 27 novembre 2025

Dracula de Luc Besson. 2025. France. 2h09.

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"L’Impensable Rédemption : le miracle gothique de Luc Besson."

Les bras m’en tombent, béat. À peine remis de ce que je viens d’endurer 2h03 durant (exit le générique), la nouvelle proposition de Luc Besson m’a trituré la raison et les émotions avec un art consommé de la féerie horrifique. Et si, comme on a pu le lui reprocher, la première demi-heure laisse craindre une semi-parodie du Dracula de Coppola - avec un Jonathan Harker encore plus transparent et ridicule que Keanu Reeves, et un vampire sclérosé, à peine caricatural - le climat étrangement baroque, déconcertant, déroutant, décomplexé, et surtout le jeu à la fois infaillible et impassible de l’incroyable acteur texan Caleb Landry Jones (déjà révélé dans le magnifique Dogman, et preuve que ce n’était pas un accident pour remettre sur les rails le Besson des années 80), emportent peu à peu l’adhésion.
 

Je comprends les puristes renfrognés vouant un amour immodéré au roman de Bram Stoker (que je relis depuis deux semaines, coïncidence oblige !) et les réfractaires aux adaptations libres qui s’approprient sans complexe le mythe de Dracula. Mais comment résister à cette flamboyance formelle à damner un saint ? La photo à se pâmer d'amour, les décors capiteux, les costumes, les paysages, les monuments gothiques, la lumière crépusculaire ; sa structure narrative constamment surprenante et inventive ; l’implication des seconds rôles, modestement décalés… tout nous invite à un spectacle somptueux, aussi fou et audacieux qu’à l’époque du Pacte des Loups.
 

Et, il faut le répéter, Caleb Landry Jones bouffe l’écran avec une sobriété naturelle qui n’appartient qu’aux grands, donnant chair et sang à son personnage maudit avec une pudeur mélancolique rigoureusement tenue. Car s’il est une qualité que l’on ne peut reprocher à cette adaptation parfois un brin pétulante et même pittoresque, c’est son refus absolu de la mièvrerie. Besson la récuse sans cesse pour transcender la romance intime entre Dracula et Mina, lors d'apartés et d’étreintes subtilement sincères, nobles, presque épurées.


Splendide romance gothique, d’une générosité surprenante, un rien marginale dans son refus des conventions éculées (même s'il s'en approprie parfois), le Dracula de Besson existe aisément par lui-même en toute autonomie, dans un esprit, un parti-pris peut-être sciemment dégingandé (combien de fois me suis-je demandé : mais qu’est-ce que je suis en train de voir ?!), mais irrésistiblement fascinant dans sa folle ambition formelle, technique (FX impeccables, notamment les créatures de pierre frisant au départ le ridicule sans jamais s'y vautrer) et narrative, osant même l’impensable : la rédemption lumineuse, lors d’un épilogue onirique à l’émotion bouleversante, porté par l’impulsion d’un Danny Elfman rigoureusement engagé.
 

Pour conclure, nous avions affaire à du grand spectacle au souffle épique et luxueux (je n'ai même pas évoqué les combats et batailles aussi hybrides et anachroniques qu'au sein de la pochette surprise: Le Pacte des Loups); du sang frais, furieusement autonome ; de l’émotion tenue sur le fil entre retenue et décadence (je n'ai même pas mentionné le second-rôle dévergondé Maria); une romance pure noblement magnétique; et surtout un sens horrifique baroque et féérique comme on n’en voit jamais dans le paysage français.

— le cinéphile du cœur noir
Vost  
Budget: 45 Millions d'euros
Box-Office France: 650 248 Entrées. Russie: 1 745 274 entrées. Italie: 690 627 entrées.
 
Info (Wikipedia): Dracula est programmé pour une sortie à l'international dans une cinquantaine de pays devant s'étaler sur plusieurs mois, d'août à décembre 2025. Il est devenu le plus gros succès au box office mondial pour un film français de 2025.