jeudi 29 décembre 2011

L'OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL (L'uccello dalle piume di cristallo)


de Dario Argento. 1969. Italie/Allemagne. 1h38. Avec Tony Musante, Susy Kendall, Enrico Maria Salerno, Eva Renzi, Umberto Raho, Renato Romano, Giuseppe Castellano, Mario Adorf, Pino Patti, Gildo Di Marco.

Sortie en salles en France le 20 Juin 1971. U.S: 12 Juin 1970

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un réalisateur et scénariste italien né le 7 septembre 1940, à Rome (Italie). 1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat à 9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours à Milan, 1975, Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: Ténèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux Maléfiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'Opéra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (épis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (épis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.


Premier mĂ©trage de Dario Argento et seconde adaptation du roman de Fredric Brown (The Screaming Mimi), l'Oiseau au plumage de cristal est l'un des tous premiers Giallo contemporains, après que Bava en eut appliquĂ© les règles en 1963 avec La fille qui en savait trop pour le transcender ensuite un an plus tard avec 6 femmes pour l'assassin. Après ce coup d'essai novateur, Argento est surnommĂ© par la presse internationale le nouvel Hitchcock italien. Suite Ă  son triomphe en salles, il influencera dans son propre pays une ribambelle de thrillers Ă©rotico-horrifiques dont les noms Ă©vocateurs de volatiles ou d'animaux seront parfois repris dans leur intitulĂ© pour tenter de rameuter le public en masse. Un Ă©crivain amĂ©ricain rĂ©sidant Ă  Rome est tĂ©moin devant la vitre d'une galerie de sculpture d'une tentative de meurtre sur une jeune femme. HantĂ© par cette vision d'effroi d'un tueur gantĂ©, vĂŞtu d'un impermĂ©able noir, l'homme dĂ©cide de faire sa propre enquĂŞte pour tenter de se remĂ©morer une rĂ©miniscence non rĂ©solue et ainsi dĂ©masquer ce mystĂ©rieux assassin.


Comment oublier l'intensitĂ© de cette scène d'ouverture illustrant avec maĂ®trise technique le dĂ©sarroi d'une jeune femme se faire poignarder par un mystĂ©rieux tueur vĂŞtu de noir ! Une troublante sĂ©quence insolite Ă©maillĂ©e de sculptures baroques en interne d'une galerie d'art et Ă©clairĂ©e par la pâleur de cette chambre théâtrale aux nuances noires et limpides. Pris au piège entre deux devantures de glaces vitrĂ©es, un quidam sera tĂ©moin d'une tentative de meurtre dĂ©jĂ  perpĂ©trĂ©e alors que le tueur rĂ©ussit in extremis Ă  prendre la fuite. Ce modèle de mise en scène distille dĂ©jĂ  un sentiment anxiogène palpable au spectateur fascinĂ© par son ambiance singulière et l'impuissance du tĂ©moin incapable de pouvoir porter assistance Ă  une femme agonisante sauvagement blessĂ©e devant lui. Après ce prologue d'anthologie restĂ© en suspens, notre hĂ©ros se torture les mĂ©ninges d'avoir omis un indice capital durant la vision de cette furtive agression. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  se remĂ©morer une preuve manquante, son enquĂŞte le mènera vers l'interrogatoire de personnages excentriques ou marginaux plutĂ´t dĂ©concertants. Un tableau de peinture reprĂ©sentant une fillette poignardĂ©e par un tueur sous un dĂ©cor enneigĂ©, un bruit de volatile atypique et les voix trafiquĂ©es d'un interlocuteur finaud seront les indices capitaux pour tenter dĂ©jouer les odieux mĂ©faits d'un meurtrier occultant un passĂ© galvaudĂ©.


Dans un habile dosage de suspense Hitchcockien et de séquences de meurtres sobres mais déjà porteurs de la signature du maître de l'esthète macabre, Dario Argento nous complote une passionnante énigme constamment surprenante car rivalisant d'indices et détails singuliers. Le réalisateur studieux sachant marier avec dextérité l'utilisation judicieuse du noir ténébreux contrastant avec la blancheur pour valoriser une ambiance aussi bien cafardeuse que charnelle. La comptine angélique d'Ennio Morricone va également accroître son aspect doucereusement trouble pour mettre en exergue une réminiscence traumatique liée à l'enfance du meurtrier. Le caractère insolite de certains décors de bâtisse auquel sont réfugiés les victimes démunies et le sadisme érotique octroyé à l'implication des meurtres nous séduisent d'inquiétude. De par notre sentiment répulsif mêlé de fascination face aux méfaits nuisibles d'un assassin rendu iconique par la mosaïque de vêtements opaques et scintillants. Ainsi, la séquence éprouvante auquel la femme du héros calfeutrée dans sa demeure car sévèrement pris à parti avec l'assassin tentant de pénétrer dans son foyer, joue de manière judicieuse avec nos nerfs en insufflant un climat claustrophobe au sein de ce huis-clos exigu.


Grâce Ă  l'ingĂ©niositĂ© d'un scĂ©nario machiavĂ©lique falsifiant notre perception de la rĂ©alitĂ©, l'Oiseau au plumage de Cristal scande le giallo novateur parmi des sĂ©quences anthologiques saturĂ©es d'un suspense Ă  couper au rasoir. Mis en lumière de manière esthĂ©tique dans les nuances contradictoires du noir et du blanc et utilisant avec virtuositĂ© l'espace du cadre alambiquĂ©, cette première oeuvre possède dĂ©jĂ  tous les ingrĂ©dients d'un artiste inspirĂ©, fascinĂ© par la beautĂ© morbide du meurtre et de son fĂ©tichisme sexuel. 

* GaĂŻus
29.12.11

mardi 27 décembre 2011

Rambo 2, La Mission / Rambo: First Blood Part 2


de George Pan Cosmatos. 1985. U.S.A. 1h36. Avec Sylvester Stallone, Richard Crenna, Charles Napier, Steven Berkoff, Julia Nickson-Soul, Martin Kove, George Cheung, Andy Wood, William Ghent, Voyo Goric.

Sortie en salles en France le 16 Octobre 1985. U.S: 24 Mai 1985

FILMOGRAPHIE: George Pan Cosmatos Ă©tait un rĂ©alisateur et scĂ©nariste grec nĂ© le 4 janvier 1941 Ă  Florence (Toscane, Italie), mort le 19 Avril 2005 Ă  Victoria (Colombie-Britannique, Canada) d'un cancer du poumon. 1977: Le Pont de Cassandra. 1979: Bons Baisers d'Athènes. 1983: Terreur Ă  Domicile. 1985: Rambo 2, la Mission. 1986: Cobra. 1989: Leviathan. 1993: Tombstone. 1997: Haute Trahison


En 1982, Ted Kotcheff su renouveler le cinĂ©ma d'action avec Rambo, charge sociale illustrant avec beaucoup d'efficacitĂ© et d'intensitĂ© Ă©motive la difficile rĂ©insertion des vĂ©tĂ©rans du Vietnam de retour au pays amĂ©ricain. En prime, la notoriĂ©tĂ© de l'acteur Sylvester Stallone dĂ©jĂ  cĂ©lĂ©brĂ©e avec les 3 premiers Rocky va dĂ©finitivement asseoir le personnage sur le trĂ´ne de star mondiale. George Pan Cosmatos, habile artisan de la sĂ©rie B, prend cette fois-ci les reines de cette nouvelle mission axĂ©e sur l'action belliqueuse au sein d'une jungle vietnamienne ! 

Le Pitch: Retenu en prison pour cinq ans de travaux forcĂ©s, John Rambo est rappelĂ© par le colonel Trautman pour obtenir une Ă©ventuelle rĂ©mission judiciaire. Pour cela et en guise de preuve, il aura pour mission de prendre des clichĂ©s de prisonniers de guerre amĂ©ricains retenus en pleine jungle vietnamienne. Rambo dĂ©cide contre l'autoritĂ© de son supĂ©rieur de ramener en vie un otage amĂ©ricain. DĂ©pitĂ©, Murdock ordonne d'abroger la mission pour laisser notre hĂ©ros seul contre les les viĂŞt-cĂ´ng et les alliĂ©s russes. 
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Ted Kotcheff a su nous divertir et Ă©mouvoir avec Rambo, modèle du film d'action contemporain  exacerbĂ© du profil aigri d'un ancien vĂ©tĂ©ran du Vietnam dĂ©boutĂ© par sa propre patrie. En 1985, fort du succès mondial entrepris avec ce classique du survival musclĂ©, George Pan Cosmatos et ses complices  James Cameron et Sylvester Stallone (attitrĂ©s au poste de scĂ©naristes), entreprennent une suite entièrement conçue sur la surenchère guerrière. A titre anecdotique, c'est James Cameron qui Ă©crivit d'abord une première version du scĂ©nario Ă  rĂ©sonance politique avant que Stallone ne le remanie en privilĂ©giant l'action homĂ©rique. Le script initial ayant d'ailleurs prĂ©vu que Trautman et Rambo se retrouvent en interne d'un hĂ´pital psychiatrique et non dans une prison fĂ©dĂ©ral comme on peut le voir en prĂ©ambule de l'oeuvre. En l'occurence, notre rĂ©alisateur dĂ©jĂ  responsable d'un excellent film catastrophe (Le Pont de Cassandra) et d'une sĂ©rie B horrifique roublarde (Terreur Ă  Domicile, modèle d'efficacitĂ©) concentre la totalitĂ© de son intrigue dans un florilège de bravoures ultra spectaculaires perpĂ©trĂ©es par notre (super) hĂ©ros seul contre tous ! Ainsi, tout ce qui fit jubiler les amateurs d'action dĂ©bridĂ©e lors du dernier quart d'heure de Rambo (un condensĂ© de destruction massive au coeur d'une bourgade ricaine) se retrouve ici condensĂ© en 1h36 de pĂ©ripĂ©ties haletantes et explosions hĂ©ritĂ©es de l'univers de la BD.


D'une intrigue linĂ©aire Ă©ludĂ©e de surprise donc (hormis le coup de trafalgard optĂ© par Murdock contre Rambo), George Pan Cosmatos en tire un pur film d'action ludique, fun, jouissif, dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©. Et ce  mĂŞme s'il fustige une nouvelle fois en filigrane politique son gouvernement amĂ©ricain fraudant des preuves sur l'existence de survivants amĂ©ricains retenus en otage en pays hostile depuis leur dĂ©tention au cours des seventies. S'ensuit donc sur un rythme effrĂ©nĂ© une succession d'Ă©vènements trĂ©pidants auquel nos antagonistes dĂ©ployĂ©s en masse vont tenter par tous les moyens de capturer Rambo, seul contre tous. A savoir, courses-poursuites Ă  pied ou en hĂ©lico, mitraillages frĂ©nĂ©tiques ou coups de flèches destructeurs Ă  embout explosif, torture Ă  l'ancienne sous haut voltage et Ă©puration de villages incendiĂ©s Ă  grands coups de roquettes ! Cette fois-ci, notre hĂ©ros indestructible rĂ©duit en machine Ă  tuer est confinĂ© en terrain connu pour s'engager Ă  amorcer une guerre impitoyable contre les preneurs d'otages, tout en rĂ©clamant vengeance auprès de son gouvernement, faute d'un leader bureaucrate vĂ©nal. A ce titre, le règlement de compte opposant Murdock et Rambo dans le local bureautique demeure un moment de bravoure orgasmique, de par l'intensitĂ© des coups de mitraillettes gĂ©nĂ©reusement dĂ©chargĂ©es sur les archives administratives et des crispations morales entre les 2 rivaux !


HandicapĂ© d'un scĂ©nario improbable multipliant Ă  outrance les affrontements et prises de risques saugrenues, Rambo 2 la mission s'Ă©difie en sĂ©rie B bourrine d'une efficacitĂ© et d'un savoir-faire productifs. Rondement menĂ© donc sous l'impulsion Ă©pique du compositeur Jerry Goldsmith et dominĂ© par l'icone virile d'un Stallone plus pugnace que jamais, le divertissement belliciste rĂ©ussit par miracle Ă  transcender ses lacunes dans une dĂ©contraction dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e.

Rambo: http://brunomatei.blogspot.com/2011/08/rambo-first-blood.html

*Bruno Matéï
01.01.25. 7èx. 4K Vost
22.03.22. 
27.12.11

Note: le film restera dans l'histoire du box-office français, ayant été le premier film à passer la barre des 500 000 entrées en 1ère semaine d'exploitation (avec 510 096 entrée pour la capitale de Paris)

vendredi 23 décembre 2011

WARRIOR (Warriors)


De Gavin O'Connor. 2011. U.S.A. 2h20. Avec Tom Hardy, Joel Edgerton, Nick Nolte, Jennifer Morrison, Noah Emmerich, Bryan Callen, Kevin Dunn, Denzel Whitaker, Frank Grillo, Kurt Angle, Jake McLaughlin.

Sortie en salles en France le 14 Septembre 2011. U.S: 9 Septembre 2011

FILMOGRAPHIE: Gavin O'Connor est un réalisateur, producteur, scénariste et acteur américain, né en 1964 à Long Island (New-York). 1994: American Standoff. 1995: Comfortably Numb. 1999: Libre comme le vent. 2001: Murphy's Dozen (TV). 2004: Miracle. Clubhouse (série TV). 2006: The Prince (TV). 2008: Le Prix de la Loyauté. 2011: Warrior

Dans la lignĂ©e de Rocky et des “success stories” taillĂ©es sur mesure sous les projecteurs d’Hollywood, Warrior parvient Ă  proposer un film d’action intense, vibrant et profondĂ©ment humain, oĂą la rivalitĂ© entre deux frères se heurte aux fantĂ´mes d’un père ex-alcoolique depuis leur adolescence. Warrior n’est pas un film de boxe au sens strict : il nous plonge dans l’univers du Free Fight, discipline de combat complet oĂą pugilat et lutte se mĂŞlent au corps Ă  corps, oĂą coups de poing, de pied, de genou et de coude frappent avec la brutalitĂ© d’un exutoire.

Tommy, jeune marine, revient dans son pays pour retrouver son père et lui proposer de l’entraĂ®ner Ă  nouveau pour le championnat de Free Fight. Le frère aĂ®nĂ©, Brendan, père de famille et mariĂ© Ă  Tess, risque de perdre sa maison. En dĂ©sespoir de cause, il reprend les gants pour rembourser sa dette bancaire. La survie et la fraternitĂ© deviennent un combat : entre eux, la haine et l’amour se confondent.

Gavin O’Connor, rĂ©alisateur jusque-lĂ  discret, change la donne avec Warrior, rĂ©ussissant Ă  capturer l’ariditĂ© et la tension de l’univers du combat libre. Le film prend une ampleur inattendue au fil d’un rĂ©cit certes classique, mais transcendĂ© par la rage et la vulnĂ©rabilitĂ© de deux frères perdus, hantĂ©s par la soif de reconnaissance. Ce qui rend Warrior bouleversant, c’est le portrait poignant d’une famille brisĂ©e en quĂŞte de rĂ©demption. Chacun des frères, distinct mais uni dans leur dĂ©sir de reconnaissance, Ă©meut par une dignitĂ© dĂ©pouillĂ©e, loin du pathos facile. BlessĂ©s par un passĂ© injuste, façonnĂ© par un père partial et alcoolique, ils finissent par s’affronter sur un ring, non seulement pour rĂ©gler leurs comptes, mais peut-ĂŞtre pour se pardonner les erreurs et les blessures d’autrefois.

MalgrĂ© quelques clichĂ©s sur la famille frappĂ©e par le malheur, la performance des comĂ©diens transcende ces facilitĂ©s. La violence des combats, chorĂ©graphiĂ©e avec un rĂ©alisme saisissant, devient le reflet de l’âme tourmentĂ©e des frères, dĂ©chaĂ®nĂ©s par la fougue de survivre et de chercher l’absolution. Le point d’orgue, d’une intensitĂ© Ă©motionnelle radicale, nous impose le calvaire de deux guerriers contraints de s’affronter, dans l’espoir d’une victoire finale, ultime catharsis de leur souffrance morale. Un final dantesque, d’une force Ă©pique ahurissante, ponctuĂ© par un score musical vulnĂ©rable et poignant.

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Tom Hardy, dans le rĂ´le de Tommy, livre une interprĂ©tation puissante, alliant hargne et prĂ©cision dans des combats d’une rigueur implacable. Son personnage, boxeur primitif, porte la rĂ©volte d’une erreur militaire passĂ©e et la rancĹ“ur d’un frère aĂ®nĂ© menant une vie plus stable. Joel Edgerton incarne Brendan avec un espoir dĂ©sabusĂ©, cherchant Ă  reconstruire les liens familiaux et apaiser les amertumes du passĂ©. Nick Nolte, en sexagĂ©naire rongĂ© par l’alcool, offre une humanitĂ© dĂ©chirante Ă  ce père dĂ©sapprouvĂ©, Ă©goĂŻste et fragile. La scène dans la chambre d’hĂ´tel, oĂą il replonge dans l’alcool devant Tommy, est un moment de dĂ©chĂ©ance poignante, quasi suicidaire.

MenĂ© Ă  un rythme soutenu et portĂ© par la brutalitĂ© des corps confrontĂ©s, Warrior est avant tout le portrait d’une famille dĂ©sunie par la rancune et l’Ă©goĂŻsme, magnifiquement interprĂ©tĂ© par des acteurs transis de virilitĂ©. Le rĂ©cit, simple en apparence mais transcendĂ© par des personnages en quĂŞte d’amour parental, allie action spectaculaire et drame humaniste. Une Ă©popĂ©e sensible et furieusement sauvage, inscrite dans la loyautĂ©, retrouvant le lyrisme des classiques du genre, oĂą Rocky se fait Ă©tendard.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Dédicace à Olivier Delaby
23.12.11
Bruno Matéï


mercredi 21 décembre 2011

GONE BABY GONE


de Ben Affleck. 2009. U.S.A. 1h54. Avec Morgan Freeman, Casey Affleck, Michelle Monaghan, Ed Harris, Robert Wahlberg, Amy Madigan, Amy Ryan, Michael K. Williams, Edi Cathegi, John Ashton.

Sortie en salles en France le 26 Décembre 2007. U.S: 19 Octobre 2007

FILMOGRAPHIE: Benjamin Geza Affleck, dit Ben Affleck est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 15 Août 1972 à Berkeley en Californie.
2007: Gone Baby Gone
2010: The Town
2012: Argo

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Dieu s'adressant Ă  ses disciples: "Je vous envoie comme des agneaux au milieux des loups. Soyez rusĂ© comme un serpent et pur comme une colombe."
Acteur peu confirmĂ© souvent superficiel, Ben Affleck s'attelle toutefois Ă  la rĂ©alisation en 2007 avec un premier long-mĂ©trage, Gone Baby Gone, d'après un roman de Dennis Lehane. Clint Eastwood avait d'ailleurs empruntĂ© 5 ans au prĂ©alable l'un des rĂ©cits du romancier pour concrĂ©tiser son bouleversant Mystic River. MalgrĂ© un succès mitigĂ© au box-office, ce polar glauque enrichi sa densitĂ© au fil d'un scĂ©nario machiavĂ©lique traitant de l'enfance galvaudĂ©e.

Dans une petite ville de Boston, une fillette de 4 ans disparaĂ®t sans laisser de traces. La mère engage deux dĂ©tectives privĂ©s pour tenter de la retrouver saine et sauve. Après 3 jours d'investigation, les chances s'amenuisent tandis qu'un peu plus tard un autre enfant, un garçonnet de banlieue, est Ă  son tour portĂ© disparu. 


Conçu comme une enquĂŞte policière de prime abord tristement banale mais particulièrement vĂ©nale pour dissĂ©quer la vĂ©ritĂ© d'une disparition infantile inexpliquĂ©e, Gone Baby Gone attise l'inquiĂ©tude dĂ©concertĂ©e au fil de son canevas tortueux. Il nous confine dans une contrĂ©e bucolique de Boston oĂą les quidams marginaux, droguĂ©s et flicards corrompus s'entrecroisent dans un univers insidieux alors qu'une mère de famille junkie semble dĂ©sintĂ©ressĂ©e de l'absence de sa fillette kidnappĂ©e.
Avec la verve perspicace d'un duo de jeunes détectives, leur cheminement nous entraîne dans une succession d'évènements délétères particulièrement glauques et sordides. En effet, rien de plus dérangeant et intolérable que de se confronter à la mort d'un enfant et de ses responsables tortionnaires capables de commettre le pire des crimes en guise de cupidité.
Mais l'improbabilité est encore à encourir pour nos protagonistes avides de justice quand le fantôme d'Amanda refait finalement surface. Un exutoire impondérable qui va nous permettre de réévaluer les consciences perverties, les âmes endeuillées ou les esprits torturés par la déchéance de l'enfance assujettie.

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Ben Affleck brosse ici un tableau licencieux sur la responsabilitĂ© parentale quand les gĂ©niteurs sont incapables d'assumer leur devoir d'inculcation et d'affection pour l'Ă©quilibre d'un bambin. Il nous questionne sur la dĂ©ontologie professionnelle quand des hommes sans vergogne dĂ©cident de bafouer les règles pour sauver la postĂ©ritĂ© d'un enfant innocent. Quel avenir prĂ©caire est envisagĂ© quand un gamin livrĂ© Ă  lui mĂŞme depuis sa naissance dans un climat sordide est destinĂ© Ă  survivre et rĂ©itĂ©rer les mĂŞmes erreurs que ces gĂ©niteurs ?
Mais à travers le comportement drastique d'un détective convaincu de son code d'honneur et d'une justice équitable, le réalisateur cherche à nous interroger sur les conséquences potentiellement dramatiques qu'un enfant maltraité pourrait encourir pour sa future destinée.
Il remet en question notre doctrine morale et souveraine de protéger et éduquer l'enfant candide inscrit dans la pureté de l'ignorance avec une légitime décence.
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DominĂ© par la sobre prestance de Casey Affleck, Ă©tonnant dans un rĂ´le austère d'homme engagĂ© dans l'honneur et d'une brochette d'illustres acteurs (Morgan Freeman en retraitĂ© dĂ©pitĂ© et Ed Harris en flic frondeur), Gone Bay Gone doit sa puissance Ă©motionnelle grâce Ă  la densitĂ© de ses personnages fĂ©briles et d'un suspense machiavĂ©lique. StructurĂ© avec parcimonie pour accentuer son intrigue implacable et baignant dans une ambiance glauque parfois malsaine, il culmine son point d'orgue dans un Ă©pilogue renversant littĂ©ralement bouleversant. Cette rĂ©vĂ©lation inopinĂ©e nous permet de reconsidĂ©rer une justice Ă©quitable et nous dresse un constat Ă©quivoque, une ambivalence sur notre idĂ©ologie Ă  expertiser la notion morale du bien et du mal.
Une oeuvre puissante et cérébrale qui donne à réfléchir sur notre revendication d'élever et discipliner un enfant.

21.12.11
Bruno Matéï

TOP 13, 2011 !

Numéro 1:
http://brunomatei.blogspot.com/2011/05/la-solitude-des-nombres-premiers.html


Numéro 2:
http://brunomatei.blogspot.com/2011/11/la-guerre-est-declaree-grand-prix.html


NumĂ©ro 3: 


Dans le dĂ©sordre: 


http://brunomatei.blogspot.com/2011/07/balada-triste-balada-triste-de-trompeta.html


http://brunomatei.blogspot.com/2011/12/la-piel-que-habito.html


http://brunomatei.blogspot.com/2011/02/black-swan.html


http://brunomatei.blogspot.com/2011/12/mothers-day.html


http://brunomatei.blogspot.com/2011/11/kidnappes-secuestrados.html


http://brunomatei.blogspot.com/2011/12/drive-prix-de-la-mise-en-scene-cannes.html


http://brunomatei.blogspot.com/2011/10/territoires.html


http://brunomatei.blogspot.com/2011/07/woman.html


http://brunomatei.blogspot.com/2011/12/intouchables.html





lundi 19 décembre 2011

INTOUCHABLES


de Eric Toledano et Olivier Nakache. 2011. France. 1h52. Avec François Cluzet, Omar Sy, Anne Le Ny, Audrey Fleurot, Clothilde Mollet, Alba Gaia Bellugi, Cyril Mendy, Christian Ameri, Marie-Laure Descoureaux.

Sortie en salle en France le 2 Novembre 2011.
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FILMOGRAPHIE: Olivier Nakache est un réalisateur, scénariste et acteur français, né à Suresnes le 14 Avril 1973. Il travaille souvent en coréalisation avec Eric Toledano. Il est le frère de l'actrice Géraldine Nakache.
Eric Tolédano est un réalisateur, scénariste, acteur et dialoguiste français né le 3 juillet 1971 à Paris. Il travaille régulièrement avec Olivier Nakache sur l'écriture et la réalisation de longs-métrages.
2005: Je prĂ©fère qu'on reste amis... 2006: Nos jours heureux. 2009: Tellement proches. 2011: Intouchables. 2014: Samba. 
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D'après l'histoire vraie d'une Ă©tonnante amitiĂ© entre un tĂ©traplĂ©gique (Philippe Pozzo di Borgo) et un black de banlieue, Intouchables est le succès surprise de cette fin d'annĂ©e 2011. Une bouffĂ©e d'air frais dans la confrontation du choc des cultures et des gĂ©nĂ©rations rĂ©alisĂ©e sans pathos pour la caractĂ©risation Ă©mise Ă  un handicapĂ© en berne. Une oeuvre sensible tenant du miracle car unifiant notamment sans prĂ©jugĂ© les classes sociales contradictoires. Pour continuer de toucher les assedics, un jeune banlieusard, repris de justice, postule pour un emploi d'aide Ă  domicile chez un tĂ©traplĂ©gique aristocrate. Leur relation au dĂ©part intempestive va aboutir Ă  une complicitĂ© amicale indĂ©trĂ´nable. 
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Conçu dans le moule de la comĂ©die familiale tous publics, Intouchables avait de quoi laisser perplexe les allergiques aux produits franchouillards pullulant systĂ©matiquement sur nos Ă©crans chaque mercredi de l'annĂ©e. D'autant plus que cet Ă©norme succès surprise que personne n'attendait concoure aujourd'hui pour transcender les chiffres d'affaires dĂ©mesurĂ©s d'un autre succès antinomique, Bienvenu chez les Ch'tis. Si je peux me permettre de rassurer les rĂ©fractaires Ă  la comĂ©die nordiste de Danny Boon, Intouchables n'est en rien une comĂ©die franchouillarde comme on en voit trop rĂ©gulièrement dans notre paysage hexagonal. Cette union amicale entre un tĂ©traplĂ©gique rupin et un banlieusard marginal rĂ©ussissant sans peine Ă  provoquer les Ă©clats de rire incontrĂ´lĂ©s et la tendresse dans un subtil alliage de situations jamais redondantes oĂą les rĂ©parties fusent. Si Omar Sy doit Ă©normĂ©ment au potentiel comique de ces facĂ©ties dans sa spontanĂ©itĂ© dĂ©sinvolte, nos deux rĂ©alisateurs n'oublient pas pour autant de nous conter une poignante histoire d'amitiĂ© d'une riche dimension humaine. En confrontant le choc des cultures aux gĂ©nĂ©rations distinctes, leur complicitĂ© impromptue tend Ă  unifier, rassembler les mentalitĂ©s divisĂ©es par leur classe sociale. Avec l'aisance naturelle d'un banlieusard flâneur dĂ©nuĂ© d'ambition mais soudainement compromis Ă  Ă©pauler le quotidien d'un handicapĂ©, Intouchables dĂ©montre sous l'alibi humoristique notre frĂŞle manière d'apprĂ©hender le malade vouĂ© Ă  une grave dĂ©ficience physique. Mais avec l'indiffĂ©rence de Driss, jeune dĂ©linquant issue d'une famille misĂ©reuse et vivant dans un climat d'insĂ©curitĂ© dĂ©primant, sa condition prĂ©caire imposĂ©e depuis l'enfance va lui Ă©veiller la conscience face Ă  la condition grabataire d'un aristocrate collectionneur de peinture. Par l'Ă©change du loisir (la musique classique confrontĂ©e Ă  la funk et au disco), de la communication, le respect d'autrui et par l'Ă©ducation parentale (le jeune frère de Driss est un rouleur de mĂ©canique sur la corde raide tandis que la fille de Philippe est inversement une potiche capricieuse et impertinente), leurs pĂ©ripĂ©ties insouciantes vont favorablement Ă©quilibrer leur existence commune.


Si l'interprĂ©tation perfectible d'Omar Sy souffre parfois d'une once de justesse dans ses tribulations dĂ©lurĂ©es, l'acteur ne manque pas d'atout Ă  nous insuffler sa bonhomie et sa soif de vie sans excès rĂ©barbatif lors de ses rĂ©parties impayables. Son show de taquineries et pitreries imparties Ă  Philippe rĂ©ussissant Ă  provoquer le rire sans verser dans la gaudriole. SecondĂ© par François Cluzet, il rĂ©ussit admirablement Ă  Ă©luder la complaisance dans sa condition austère de paraplĂ©gique renouant avec la vivacitĂ© existentielle (l'envolĂ©e lyrique en delta plane et une bouffĂ©e d'air frais exaltante !). L'empathie que l'on Ă©prouve envers son lourd handicap n'est jamais outrancière car elle nous inculque avec subtilitĂ© l'intelligence de ne jamais s'apitoyer sur son sort.


MenĂ© Ă  un rythme effrĂ©nĂ© et servi par un duo aussi irrĂ©sistible qu'inattendu, Intouchables est LA comĂ©die surprise de l'annĂ©e ! Un antidĂ©presseur radical dans sa philosophie Ă  nous rappeler que la vie est une denrĂ©e prĂ©cieuse qu'il faut savoir entretenir quelque soit nos contraintes imposĂ©es par l'infortune. L'abatage d'Omar Sy en pleine reconnaissance et la prestance autrement flegme de François Cluzet rĂ©ussissant Ă  nous sĂ©duire et attendrir sans misĂ©rabilisme ni mièvrerie. Hymne Ă  la vie, ode aux valeurs de l'amitiĂ©, Intouchables scande l'euphorie de l'Ă©clat de rire avant de nous Ă©branler lors d'un Ă©pilogue humble, car transcendant l'amitiĂ© cordiale entre deux acolytes insĂ©parables. Son succès n'est cette fois-ci en rien prohibĂ© et mĂ©rite toutes les louanges dithyrambiques, notamment grâce Ă  sa dignitĂ© humaine et Ă  sa tolĂ©rance impartie aux mentalitĂ©s contraires. 

Dédicace à Philippe Astruc.
19.12.11
Bruno Matéï

Note: le générique de fin indique que 5% des bénéfices réalisés par le film sont reversés à une association pour les personnes paralysées: Simon de Cyrène, fondée par Laurent de Cherisey.

jeudi 15 décembre 2011

DRIVE. Prix de la mise en scène, Cannes 2011.

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Nicolas Winding Refn. 2011. 1h42. Avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Albert Brooks, Bryan Cranston, Ron Perlman, Oscar Isaac, Christina Hendricks, Cesar Garcia, Tiara Parker, Christian Cage.

Sortie salles France: 5 Octobre 2011. U.S: 16 Septembre 2011.

FILMOGRAPHIE: Nicolas Winding Refn est un scénariste, réalisateur, producteur et acteur danois, né le 29 septembre 1970 à Coppenhague (Danemark). 1996: Pusher. 1999: Bleeder. 2003: Inside Job. 2004: Pusher 2. 2005: Pusher 3. 2008: Marple - Nemesis (télé-film). 2009: Bronson. 2010: Valhalla Rising. 2011: Drive. 2012: Only God Forgives.


D'après un roman de James Sallis, Drive est une invitation au polar stylisĂ©, hypnotique, laconique Ă  travers une errance sentimentale en apesanteur (Ă©lĂ©gie musicale en sus dans toutes les mĂ©moires !). Si bien que le public français particulièrement conquis l'eut applaudi avec 1 580 624 entrĂ©es. A titre anecdotique, Neil Marshall Ă©tait dĂ©signĂ© pour le rĂ©aliser alors que Hugh Jackman devait endosser le rĂ´le du chauffeur de nuit. Un chauffeur de braqueurs, cascadeur pour le cinĂ©ma, tombe amoureux de sa voisine de palier, Irène. Son mari, repris de justice Ă  peine sorti de prison, est contraint de perpĂ©trer un nouveau braquage pour le compte de mafieux. L'opĂ©ration tourne mal et le Driver qui s'Ă©tait portĂ© assistance dĂ©cide par amour de secourir Irène et son jeune fils en traquant un Ă  un les responsables du meurtre de son dĂ©funt mari. EncensĂ© par la critique et aurĂ©olĂ© du Prix de la mise en scène sur la croisette cannoise, Drive a su surprendre et conquĂ©rir une majoritĂ© du public alors que sa simplicitĂ© narrative aurait pu chavirer l'entreprise vers une sĂ©rie B superficielle. Le prĂ©ambule, saisissant de virtuositĂ© concise, Ă©voque irrĂ©mĂ©diablement une rĂ©miniscence auprès du magnifique Driver de Walter Hill. De par sa course-poursuite urbaine Ă  travers Los Angeles mais aussi pour le profil mutique imposĂ© Ă  l'anti-hĂ©ro d'un sang froid impassible ! Cascadeur pour le cinĂ©ma le jour, chauffeur illĂ©gal la nuit, le Driver dĂ©pend de son urbanisation tentaculaire Ă  travers l'ambiance irrĂ©elle de sa ville constellĂ©e (on songe aussi Ă  Michael Mann et Friedkin pour l'esthĂ©tique lĂ©chĂ©e des Ă©clairages autrement orangers et azurs). Son professionnalisme pour la conduite de vĂ©hicules clinquants et sa droiture de solitaire inflexible, illĂ©galement complice d'actions frauduleuses, nous saisit d'autant plus de fascination Ă  travers sa dĂ©froque dĂ©calĂ©e (un blouson argentĂ© estampillĂ© d'un scorpion au dos). C'est en portant assistance Ă  un ancien repris de justice et par amour pour une jeune voisine influençable que sa destinĂ©e routinière va subitement adopter un tournant mortuaire.


Tant et si bien que le driver se rĂ©signe Ă  venger la mort injustifiĂ©e de l'ex taulard derrière son nouveau masque d'ange exterminateur. Ainsi, si Drive fascine et hypnotise de façon aussi bien dĂ©sincarnĂ©e que contemplative, il le doit beaucoup Ă  sa bande-son entĂŞtante hĂ©ritière de l'ambiance (mĂ©lancolique) des annĂ©es 80, ainsi qu'au panache de sa mise en scène perfectionniste multipliant les cadrages alambiquĂ©s ou chiadĂ©s avec une inventivitĂ© en roue libre. Qui plus est, son pouvoir attractif est dĂ©cuplĂ© du magnĂ©tisme de Ryan Gosling (ancien danseur, compositeur, musicien mais Ă©galement chanteur et guitariste du groupe Dead Man's Bones) littĂ©ralement habitĂ© en marginal au grand coeur mais pour autant entraĂ®nĂ© dans une spirale meurtrière hallucinĂ©e (il faut le voir massacrer ses victimes avec une sauvagerie stylisĂ©e !). Lui partageant la vedette dans une posture vertueuse ensorcelante, notamment auprès de son regard tendrement sĂ©millant, Carey Mulligan irradie l'Ă©cran de sa silhouette filiforme emplie de sagesse et d'innocence. Nicolas Winding Refn dirigeant le couple avec une attention hyper consciencieuse si bien que leurs moindres faits, gestes et respirations sont magnifiquement radiographiĂ©s par une camĂ©ra rĂ©solument posĂ©e. Oscillant les Ă©treintes romantiques et les Ă©clairs de violence funèbres, Drive exerce un pouvoir d'attraction irrĂ©pressible Ă  travers un itinĂ©raire sanglant Ă  l'onirisme aussi crĂ©pusculaire qu'arc en ciel. L'intrigue simpliste mais pour autant efficace parvenant Ă  maintenir l'intĂ©rĂŞt auprès des enjeux humains de par leur impitoyable descente aux enfers. La mise en scène au firmament sublimant la notion de silence lattent et les non-dits avec une grâce mĂ©lancolique. Ainsi, Ă  travers cette romance alĂ©atoire d'un chauffeur clandestin et d'une veuve en berne, Drive y transcende leur dĂ©convenue sentimentale, entre lyrisme enchanteur et violence consumĂ©e. Si bien que certaines sĂ©quences hyper tendues nous crispent Ă  notre siège avec une apprĂ©hension souvent perplexe, voire dĂ©munie.


IlluminĂ© d'une pop-rock aussi fiĂ©vreuse qu'envoĂ»tante, Drive explore avec une ambition personnelle l'odyssĂ©e romanesque d'un couple en perdition morale, faute d'une consĂ©quence criminelle irrĂ©versible. Une romance fĂ©brile transplantĂ©e dans le cadre d'un polar purement baroque afin d'y esquisser les Ă©motions oniriques de leur dĂ©rive sentimentale. Capiteux et obsĂ©dant, formellement stylisĂ© dans une modernitĂ© high-tech, Drive hante durablement les esprits Ă  travers cette vendetta urbaine oĂą ultra violence âpre et plages de tendresse se contredisent avec une rigueur dramatique aussi fragile que finalement bouleversante. Dans la mesure oĂą l'on apprĂ©cie en prime son Ă©pilogue bicĂ©phale d'une infinie tristesse car soufflant le chaud et le froid avec une sobriĂ©tĂ© pleine d'humilitĂ©. Beau Ă  en pleurer sous l'impulsion du duo iconique Ryan Gosling (LA rĂ©vĂ©lation !) / Carey Mulligan (confondante d'amĂ©nitĂ© mĂ©lancolique). 

RĂ©compensesPrix de la Mise en scène Ă  Cannes 2011.
Utah Film Critics Association 2011
Meilleur film
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Albert Brooks
Meilleure photographie pour Newton Thomas Sigel
Satellite Awards 2011 :
Meilleur acteur pour Ryan Gosling
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Albert Brooks
Meilleur réalisateur pour Nicolas Winding Refn
Meilleur son pour Dave Patterson, Lon Bender, Robert Fernandez, Victor Ray Ennis
Black Film Critics Circle 2011 : Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Albert Brooks
Critics' Choice Movie Awards 2012 : Meilleur film d'action


* Bruno
25.08.18.
19.12.11. 341 vues

INTRUDER


de Scott Spiegel. 1989. U.S.A. 1h28. Avec Elisabeth Cox, Dan Hicks, Renne Estevez, Sam Raimi, Bruce Campbell, Ted Raimi, Craig Stark.

FILMOGRAPHIE: Scott Spiegel est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 24 Décembre 1957 à Walnut Lake, Michigan.
1989: Intruder
1999: Une Nuit en Enfer 2
2004: My Name is Modesty
2008: Spring Break '83


Une camĂ©ra inventive multipliant les cadrages alambiquĂ©s, un cadre original et 2/3 meurtres sympathiquement gore ne font pas un bon film. 
Aucune gestion de suspense, aucune ambiance anxiogène habilement distillĂ©e, des acteurs amateurs risibles, pas une once de frayeur Ă  l'horizon, une succession de situations archi rebattues, un final ridicule dont une rĂ©vĂ©lation du meurtrier proprement grotesque.
Me suis endormi à 1H05 de métrage. Je ne le reverrais plus et je comprends pourquoi je n'ai jamais été tenté de le voir à l'époque ! (une bonne intuition si je puis dire).




Un supermarché ferme ses portes pour la journée et les employés apprennent peu de temps après qu'ils vont se retrouver au chômage car le magasin a été racheté. C'est à ce moment là qu'un ex petit- ami de l'une des employées refait surface. Son attitude violente inquiète le personnel,qui se retrouve assassiné dans des conditions atroces.


mardi 13 décembre 2011

LA PIEL QUE HABITO

     
de Pedro Almodovar. 2011. Espagne. 1h57. Avec Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes, Jan Cornet, Roberto Alamo, Eduard Fernandez, Blanca Suarez, Susi Sanchez, Barbara Lennie, Fernando Cayo.

Sortie en salles en France le 17 Août 2011. Espagne: 2 Septembre 2011. U.S: 14 Octobre 2011

FILMOGRAPHIE: Pedro Almodovar Caballero est un réalisateur espagnol né le 24 Septembre 1949 à Calzada de Calatrava dans la province de Ciudad Real et la communauté autonome de Castille-La-Manche, en Espagne.
1980: Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier. 1982: Le Labyrinthe des passions. 1983: Dans les Ténèbres. 1984: Qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça ? 1985: Matador. 1986: La Loi du Désir. 1988: Femmes au bord de la crise de nerfs. 1989: Attache moi. 1991: Talons Aiguilles. 1993: Kika. 1995: La Fleur de mon secret. 1997: En chair et en os. 1999: Tout sur ma mère. 2002: Parle avec elle. 2004: La Mauvaise Education. 2006: Volver. 2009: Etreintes Brisées. 2009: La Conseillère anthropophage. 2011: La piel que Habito.
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D'après le roman Mygale de Thierry Joncquet, le nouveau Almodovar est une pièce rare, un dédale ténébreux inversant les chronologies pour mieux nous surprendre dans une énigme tortueuse illustrant deux familles au passé galvaudé. Déroutant, âpre, vertigineux, d'une richesse formelle épurée transcendant la sculpture du corps érotique, ce drame d'amour fou est un hypnotique jeu de miroir dans la relation prohibée entre le monstre et son créateur.

Robert Ledgard est un chirurgien esthĂ©tique notoire ayant rĂ©ussi Ă  crĂ©er un Ă©piderme artificiel pour prĂ©server les ĂŞtres humains de maladies telle que la malaria. Avec l'aide d'un cobaye fĂ©minin du nom de Vera, ce mĂ©decin gravement Ă©prouvĂ© par la mort de sa femme et de sa fille Ă©labore en secret une vengeance punitive mais aussi un nouvel espoir Ă  renouer avec l'amour de sa chère dĂ©funte. 
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Extravagant dans sa mise en scène singulière et le profil établi envers ces personnages interlopes, La Piel que Habito ne cesse de jouer avec nos sentiments déroutés. Il titille notre curiosité fébrile fréquemment ébranlée par une intrigue vénéneuse multipliant les allers-retours du passé et du présent. Proprement inracontable, le script savamment mis en place par Almodovar et Joncquet se réapproprie des genres pour les distordre et amplifie sa dramaturgie au fil des révélations familiales dissociées.
C'est l'ambition démesurée d'un médecin torturé, surmené par les deuils d'une épouse infidèle et du suicide de sa fille qui nous est illustré d'une manière subjective par un réalisateur au sommet de son inspiration. En l'occurrence, Robert a réussi à ravir une ravissante jeune femme gracile, prise comme cobaye pour ses expériences chirurgicales afin de mieux préserver notre épiderme contre certaines maladies. Ou plus exactement sauver la mise de victimes de brasier d'un incendie criminel. Car depuis la mort de son épouse retenue prisonnière dans sa voiture carbonisée et celle de sa fille violentée par un styliste drogué, Robert décide d'accomplir une vengeance implacable contre son tortionnaire. Mais également concocter depuis des années une créature parfaite afin de renouer avec l'amour déchu d'une femme antécédemment coupable d'adultère.
Les personnages équivoques dépeints dans cette énigme à tiroirs ont tous un passé tortueux et des secrets inavoués tandis que la filiation parentale va les confronter dans leur psyché étroitement lié.


Dans la peau limpide et pastel d'une femme asservie aux expĂ©rimentations organiques d'un savant sans vergogne, Elena Anaya redouble de lascivitĂ© Ă©rotique dans son corps perfectible vouĂ© Ă  un vĂ©ritable simulacre d'une perte identitaire. Elle rĂ©ussit viscĂ©ralement dans sa dernière ligne droite Ă  retranscrire au spectateur ses Ă©tats d'âme sĂ©vèrement commutĂ©s sitĂ´t la rĂ©vĂ©lation Ă©noncĂ©e. Dans celui de son crĂ©ateur damnĂ©, Antonio Banderas rĂ©ussit avec sobriĂ©tĂ© et austĂ©ritĂ© Ă  affilier ressentiments vindicatifs teintĂ©s de cynisme et compassion attendrie par l'influence perfide de sa divine crĂ©ature. Ils forment Ă  eux deux un tandem incongru dans leur relation en demi-teinte inscrite sur la rancoeur et la tendresse acculĂ©e.
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D'une maĂ®trise virtuose impressionnante d'inventivitĂ© formelle dans sa beautĂ© esthĂ©tique glacĂ©e, La Piel que Habito est un drame hermĂ©tique d'une puissance psychologique davantage contraignante assĂ©nĂ©e aux personnages sĂ©vèrement fustigĂ©s. EmportĂ© par la grâce infortunĂ©e de ces deux protagonistes rĂ©prĂ©hensibles, l'oeuvre empoisonnĂ©e d'Almodovar rĂ©invente l'art de narrer une histoire d'une richesse thĂ©matique contemporaine. C'est Ă  dire notre rapport instinctif face Ă  la fascination Ă©rotisĂ©e du corps charnel et notre perte de repère face Ă  une identitĂ© fraudulĂ©e. Cette oeuvre Ă©purĂ©e et funèbre bouscule les marques du spectateurs jusqu'Ă  bouleverser notre morale dans son Ă©pineux Ă©pilogue aussi chĂ©tif que dĂ©sarmant. 
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Dédicace à Hélia Marzloff
13.12.11
Bruno Matéï
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Pour ceux qui n'auraient pas compris tous les Ă©lĂ©ments capitaux de l'intrigue du film, je vous laisse le scĂ©nario brièvement dĂ©cortiquĂ© par le site Wikipedia: 

ATTENTION SPOILERS !!!!!!
Résumé détaillé
L'action se passe en 2012. Un Ă©minent chirurgien esthĂ©tique, Robert Ledgard tente depuis douze ans de crĂ©er une peau synthĂ©tique qui aurait pu sauver son Ă©pouse, grièvement brĂ»lĂ©e. Il rĂ©ussit Ă  crĂ©er un Ă©piderme viable qui apparaĂ®t ĂŞtre d'une formidable rĂ©sistance face aux agressions extĂ©rieures : piqĂ»res de moustiques, brĂ»lures,... NĂ©anmoins, comme tout scientifique, le docteur Ledgard a besoin d'un cobaye. Il s’agit de sa dĂ©vouĂ©e patiente Vera, qu'il dĂ©tient captive dans une chambre de son manoir, dans la rĂ©gion de Tolède. Seule Marilia, la fidèle domestique du mĂ©decin, est au courant de cette relation qu'elle voit d'un mauvais Ĺ“il.
Un soir de carnaval oĂą Robert est absent, Zeca, le fils de Marilia, arrive pour se cacher dans la maison : il a Ă©tĂ© reconnu sur la vidĂ©o d'un cambriolage et veut Ă©chapper Ă  la police. Marilia accepte de l'aider temporairement. Zeca remarque Vera sur les images de vidĂ©o-surveillance du manoir et croit reconnaĂ®tre la femme de Ledgard, qui fut son amante avant sa mort. Zeca ligote alors sa mère et entre dans la chambre de la femme pour la violer. Quand Robert rentre chez lui, il les surprend et tue Zeca d'une balle. Il part se dĂ©barrasser du corps, laissant Marilia et Vera seules au manoir.
Marilia commence alors Ă  se confier : elle est la mère biologique de Robert, bien qu'il l'ignore. Des annĂ©es auparavant, Zeca a eu une liaison avec la femme de Robert ; ensemble, ils ont tentĂ© de fuir, mais ont eu un grave accident de voiture. Zeca a pu en rĂ©chapper et s'enfuir mais la femme de Robert a brĂ»lĂ© vive dans la voiture. SauvĂ©e in extremis, elle a survĂ©cu plusieurs mois avant de se dĂ©fenestrer en surprenant son reflet dans une vitre. Norma, sa fille a Ă©tĂ© tĂ©moin de la scène et a alors sombrĂ© dans une grande dĂ©tresse psychologique.
La suite de l'histoire est un flashback : en 2006, Robert choisit de se faire accompagner de sa fille, encore fragile, Ă  un mariage. Cette dernière croise du regard Vicente, un sĂ©duisant styliste dĂ©pendant aux mĂ©dicaments. Les deux jeunes se plaisent, mais quand Vicente tente de coucher avec elle dans le parc du château, Norma s'affole et Vicente la frappe et l'assomme par accident. Pris de panique, Vicente s’enfuit mais Robert est tĂ©moin de la scène. Norma sombre Ă  nouveau dans la dĂ©pression et retourne en hĂ´pital psychiatrique. Robert kidnappe alors Vicente et le retient prisonnier dans une cave jusqu'au jour oĂą Norma se suicide. La vengeance de Robert commence alors lentement : il fait subir Ă  Vicente contre son grĂ© de multiples opĂ©rations chirurgicales pour lui faire changer de sexe et le transformer en sosie parfait de sa femme.
En 2012, Vicente est devenu Vera et feint la soumission en acceptant de rejoindre Robert dans son lit. Un jour, Fulgencio, collègue chirurgien de Robert qui a participĂ© aux opĂ©rations sans en connaĂ®tre le contexte, reconnait le visage de Vicente sur un avis de recherche. Mettant en doute l’innocence de Robert, il le menace de rĂ©vĂ©ler l'affaire au grand jour, mais Robert et Vera le menacent et le font fuir. Robert a dĂ©sormais toute confiance en Vera. Mais la vision de l’avis de recherche a bouleversĂ© Vera et le soir mĂŞme, elle s'empare d'un revolver, tue Robert et Marilia et s’enfuit pour retrouver sa mère