jeudi 7 juin 2012

LES 5000 DOIGTS DU DR T (The 5000 Fingers of Dr T)

                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filesdrop.com

de Roy Rowland. 1953. U.S.A. 1h28. Avec Peter Lind Hayes, Mary Healy, Hans Conried, Tommy Rettig, John Heasley, Noel Cravat.

Sortie salles France: 30 Juillet 1954. U.S: 1 Juillet 1953

FILMOGRAPHIE (Wikipedia): Roy Rowland est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 31 DĂ©cembre 1910 Ă  New-York, dĂ©cĂ©dĂ© le 29 Juin 1995 Ă  Orange (Californie). 1943: A Stranger in Town. l'Ange perdu. 1945: Our Vines have tender Grapes. 1946: Boy's Ranch. 1947: Mac Coy aux poings d'or. l'Heure du pardon. 1949: La Scène du Crime. 1950: Le Convoi Maudit. Les Heures Tendres. 1951: Un Fou au Volant. 1952: Les Clairons sonnent la charge. Les 5000 Doigts du Dr T. 1953: CommĂ©rages. Le Voleur de Minuit. 1954: Sur la trace du crime. TĂ©moin de ce meurtre. 1955: L'Aventure Fantastique. La Fille de l'Amiral. 1956: Viva Las Vegas. PassĂ© perdu. 1957: Calomnie. Terreur dans la VallĂ©e. 1958: Arrivederci Roma. 1963: Solo pour une blonde. 1965: Sie nannten ihn Gringo. 1966: Surcouf, le tigre des 7 mers.


Le pitch: Bart, un jeune apprenti musicien s'endort sur le clavier de son piano Ă  cause de la discipline drastique de son professeur, le Dr Terwiliker. Parmi 500 enfants kidnappĂ©s, il se retrouve entraĂ®nĂ© dans le monde irrĂ©el du Dr T pour interprĂ©ter communĂ©ment un concerto musical. 
D'après un récit de Theodore Geisel, célèbre écrivain pour littérature infantile (le Grinch), Les 5000 Doigts du Dr T fut un cinglant échec commercial lors de sa sortie officielle. On peut comprendre que le film ait déçu le public traditionnel, peu habitué à fréquenter un spectacle hybride alternant la comédie musicale, la féerie et le fantastique cauchemardesque. Véritable ovni excentrique projetant les fantasmes utopiques d'un jeune garçon asservi par son professeur mélomane, Les 5000 Doigts du Dr T émerveille à travers son imaginaire désinhibé. Car exaspéré du travail intensif qu'il doit entreprendre pour satisfaire son professeur de piano, le petit Bart se retrouve plongé dans un rêve insensé afin de se dépêtrer des griffes du Dr T. Madame Collins et leur fidèle plombier étant également embrigadés dans la forteresse labyrinthique. Ainsi, l'ambition de ce professeur déluré est de daigner réunir 500 enfants autour d'un gigantesque piano pour y interpréter un concerto 24 heures sur 24, 365 jours annuels durant !


Autant dire que la trame dĂ©bridĂ©e demeure une perpĂ©tuelle fantaisie sardonique si bien que l'antagoniste pernicieux s'en donne Ă  coeur joie afin de brimer ses Ă©coliers ! Visuellement splendide de par son technicolor clinquant, et inquiĂ©tant pour l'expressionnisme de ses dĂ©cors baroques, l'aventure trĂ©pidante de ce gamin endeuillĂ© d'une mort paternelle s'avère un enchantement atypique. EmaillĂ© de pĂ©ripĂ©ties fantaisistes (la course en patin Ă  roulette, la tentative de vol de la clef, la chute dans le souterrain des esclaves) et de rencontres saugrenues (les deux hommes Ă  barbe, les musiciens prisonniers, les geĂ´liers de cachot), les 5000 Doigts du Dr T est une invitation au rĂŞve pour y dĂ©noncer toute forme d'autoritĂ© despotique lorsqu'un bambin y est destituĂ© d'absence parentale. Les numĂ©ros musicaux harmonieusement chantonnĂ©s et dansĂ©s se coordonnant pour mettre en exergue un environnement Ă©chevelĂ© gĂ©nĂ©rĂ© par l'entreprise du sardonique Dr T. L'acteur Hans Conried s'autorisant un malin plaisir masochiste Ă  incarner un musicien adepte de sorcellerie, particulièrement railleur et indocile de par ses ambitions mĂ©galos. On pense aussi parfois Ă  l'univers de Tim Burton pour l'accoutrement vestimentaire des protagonistes, ses idĂ©es dĂ©mentielles (la potion magique qui absorbe l'audition, la chute dans le vide de Bart amortie par son simple tee-shirt) ainsi que la verve macabre Ă©manant de certaines claustrations (le père du Dr T prisonnier en interne d'un immense tambourin ou encore le cachot biscornu auquel Bart et le plombier y sont embrigadĂ©s !).

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Inventif en diable, espiègle, colorĂ© et totalement dĂ©bridĂ©, les 5000 Doigts du Dr T constitue une merveille de fĂ©erie et d'insolence. Hymne Ă  la chimère de par la candeur d'un enfant endeuillĂ©, quĂŞte initiatique pour le droit Ă  sa reconnaissance, cette fantaisie musicale vĂ©hicule un pouvoir d'Ă©vasion renouant avec nos songes les plus fous et affranchis.

*Bruno
07.06.12. 2èx


mercredi 6 juin 2012

THE SECRET LIFE OF WORDS (La Vida secreta de las palabras). Meilleur film GOYAS 2005.

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cartelespeliculas.com   
d'Isabel Coixet. 2006. Espagne/U.S.A. 1h52. Avec Sarah Polley, Tim Robbins, Javier Camara, Eddie Marsan, Steven Mackintosh, Julie Christie, Danny Cunningham, Emmanuel Idowu, Dean Lennox Kelly, Daniel Mays.

Sortie salles France: 19 Avril 2006. U.S: 15 Décembre 2006

Récompenses: Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario aux GOYAS 2005

FILMOGRAPHIE: Isabel Coixet est une réalisatrice, scénariste et productrice espagnole, née le 9 avril 1960 à Barcelone.
1989: Demasiado viejo para morir joven
1996: Des choses que je ne t'ai jamais dites
1998: XII Premios Goya (TV). L'Heure des nuages.
2003: Ma vie sans moi
2005: The Secret Life of Words
2008: Lovers
2009: Map of the Sounds of Tokyo
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Sur une plate-forme pĂ©trolière, une jeune infirmière est enrĂ´lĂ©e pour soigner un grand brĂ»lĂ©. Entre les deux inconnus, une complicitĂ© amicale va se nouer et dĂ©voiler leur secret les plus inavouables. 
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A travers le portrait de deux ĂŞtres laminĂ©s par la honte et la culpabilitĂ©, la rĂ©alisatrice Isabel Coixet nous illustre avec pudeur leur amitiĂ© naissante pour finalement nous acheminer vers une rĂ©miniscence traumatisante. Hanna, infirmière mutique, introvertie et taciturne, se morfond dans une solitude aigrie devant ses camarades de travail, rĂ©fractaires Ă  son attitude impassible. DĂ©lĂ©guĂ©e par son patron durant un mois sur une plate-forme pĂ©trolière, elle y fait la connaissance de Josef. Un homme gravement brĂ»lĂ© par la cause d'un incendie industriel, faute d'avoir tenter de porter secours Ă  son meilleur ami. AllongĂ© sur un lit, affaibli par ses diverses plaies et contusions, Josef est Ă©galement atteint de cĂ©citĂ© le temps de deux semaines de convalescence. C'est par l'intermĂ©diaire de cette infirmière timorĂ©e et mystĂ©rieuse, recrutĂ©e pour le soigner de ses blessures, que Josef va peu Ă  peu tenter d'instaurer une complicitĂ© amicale.


Avec la candeur d'une une mise en scène épurée exploitant la beauté naturelle de la mer et scrutant progressivement les états d'âme bafoués de nos deux protagonistes, The Secret Life of Words s'emprunt d'une poésie lancinante à travers leurs intimes confidences. La réalisatrice insufflant ici judicieusement le pouvoir de suggestion comme cet éloge culinaire dialogué par Josef pour tenter de désnihiber Annah d'un silence trop pesant. Mais quand les langues se familiarisent et se délient au fil de leur connivence, la douleur meurtrie, décrite de façon textuelle, nous glace le sang pour le souvenir d'une affliction.
A travers leur sombre confidence emplie de rancoeur et culpabilité, la réalisatrice porte finalement un témoignage accablant sur les victimes avilies par la barbarie inhumaine de la guerre. Les tortures et viols infligées sur les victimes les plus démunies nous sont mis en exergue par la suggestion des dialogues énoncés pas la victime. L'impact verbal de l'horreur décrite n'en n'est que plus abjecte, car jusqu'au-boutiste dans l'imaginaire vécu. Et la narration préalablement contenue dans un altruisme vertueux se transforme dès lors en tragédie humaine à la porté émotionnelle déchirante.
Par la densitĂ© humaine de ces deux interprètes principaux (Tim Robbins et Sarah Polley, Ă©poustouflants de vĂ©ritĂ© endolorie, se livrent corps et âme avec une pudeur Ă  fleur de peau !), cette amitiĂ© naissante entre deux inconnus va finalement tenter de s'uniformiser vers une rĂ©demption amoureuse.


Pour ne jamais oublier !
DĂ©nonciation de la barbarie pour toutes les victimes asservies par le trauma de la guerre, The Secret Life of Words est un Ă©loge pĂ©rilleux Ă  la vie. A travers l'amitiĂ© candide de deux ĂŞtres brisĂ©s par un drame incurable, Isabel Coixet en tire une leçon de tolĂ©rance sur l'aspiration au bonheur dĂ©chu par la grâce amoureuse. En rĂ©sulte un conte bouleversant Ă  la fantasmagorie sous-jacente (l'esprit spirituel d'une âme infantile plane sur le rĂ©cit !), nous laissant dans une acuitĂ© Ă©motionnelle emplie de fragilitĂ© et de prostration. Attention Spoiler ! Et cela juste avant l'ultime rĂ©vĂ©lation fracassante d'une catharsis maternelle. Fin du spoiler. Inoubliable !
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Dédicace à Jérome Roulon
07.06.12
Bruno Matéï
                                         

Vendredi Sanguinaire / Blutiger Freitag / Tueurs Professionnels / S.O.S Police

Photo empruntée sur Google, appartenant au site intemporel.com

de Rolf Olsen. 1972. Allemagne de l'Ouest / Italie. 1h30. Avec Raimund Harmstorf, Gila von Weitershausen, Daniela Giordano, Gianni Macchia.

Sortie Ciné le 11 Décembre 1974

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Rolf Olsen est un rĂ©alisateur, acteur et scĂ©nariste autrichien nĂ© le 26 DĂ©cembre 1919, dĂ©cĂ©dĂ© le 3 Avril 1998 Ă  Starnberg. 1964: Le ranch de la Vengeance. La ChevauchĂ©e vers Santa Cruz. 1967: Les Violences de la Nuit. 1968: Le MĂ©decin de Hambourg. 1969: Nuits Blanches Ă  Hambourg. 1970: HĂ´tel du vice. 1972: Vendredi sanguinaire. 1976: Shocking Asia. 1979: Ekstase. 1988: Starke Zeiten


Un dangereux bandit s'Ă©chappe une nouvelle fois de prison au cours d'un transfert vers le palaos dejustice. AidĂ© de ses complices, il complote un dernier hold-up, histoire de prendre le large et de quitter l'Allemagne. 

Une sympathique bisserie d'exploitation surestimée à mes yeux. J'attendais quand même beaucoup plus de hargne de la part des gangsters contestataires !



mardi 5 juin 2012

Autopsie d'un crime / The Burning Bed

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bambootrading.com

Télé-film de Robert Greenwald. 1984. U.S.A. 1h40. Avec Farrah Fawcett, Paul Le Mat, Richard masur, Grace Zabriskie, Penelope Milford, Christa Denton, James T. Callahan, Gary Grubbs, David Friedman.
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FILMOGRAPHIE: Robert Greenwald est un rĂ©alisateur et producteur de cinĂ©ma et de tĂ©lĂ©vision, nĂ© le 28 AoĂ»t 1945 Ă  New-York. 1977: Sharon: Portrait of a mistress. 1978: Katie: portrait of a centerfold. 1979: Flatbed Annie and Sweetiepie: Lady Truckers. 1980: Xanadu. 1982: In the Custody of Strangers. 1984: Autopsie d'un Crime. 1986: Shattered Spirits. 1987: On Fire. 1988: Sweet Hearts Dance. L'amour a 4 temps. 1990: Forgotten Prisoners. 1993: Hear no Evil. 1995: Les Tourments du Destin. 1997: Breaking Up. 1999: The Living Winess. 2000: Steal This Movie.

"Autopsie d’un cri."

Succès public et critique lors de sa diffusion dans les annĂ©es 80, Autopsie d’un crime Ă©branla bien des spectateurs, bouleversĂ©s par l’Ă©tonnante prestance de Farrah Fawcett en victime asservie Ă  un mari tyrannique. Ă€ travers un rĂ©alisme brutal, rare dans le paysage tĂ©lĂ©visuel de l’Ă©poque, son intensitĂ© dramatique demeure d’autant plus Ă©prouvante que l’actrice y atteint le sommet de sa carrière. CouronnĂ© de multiples rĂ©compenses dans divers festivals, ce tĂ©lĂ©film aujourd’hui oubliĂ© reste un tĂ©moignage fort et bouleversant sur le sort des femmes battues, prisonnières d’une impĂ©riositĂ© machiste dĂ©nuĂ©e de toute morale.

Le pitch : Le 9 mars 1977, Francine Hughes quitte son foyer avec ses trois enfants après avoir incendiĂ© sa maison, son mari Ă  l’intĂ©rieur. ArrĂŞtĂ©e, elle est inculpĂ©e pour meurtre avec prĂ©mĂ©ditation. Devant le tribunal, elle livre le rĂ©cit de son calvaire : des annĂ©es d’humiliations et de coups infligĂ©s par un Ă©poux alcoolique. 

De par la douceur docile de Farrah Fawcett et un sujet que l’on aurait pu croire racoleur - ciblant prioritairement les mĂ©nagères de moins de cinquante ans - on pouvait craindre le pire. Pourtant, cette Ĺ“uvre conçue pour la tĂ©lĂ©vision surprend par l’intĂ©gritĂ© de sa mise en scène, sincèrement vouĂ©e Ă  la cause des femmes battues, et par la gravitĂ© nouvelle d’une actrice jusque-lĂ  star de sĂ©ries populaires. MalgrĂ© quelques facilitĂ©s inhĂ©rentes au format (notamment un procès un peu prĂ©cipitĂ©), Autopsie d’un crime Ă©vite le piège du voyeurisme et de la complaisance.

Ă€ travers une chronologie dĂ©clinante, Robert Greenwald nous expose le fait divers d’une femme abusĂ©e, broyĂ©e par la violence conjugale. Comment en arrive-t-on Ă  commettre l’irrĂ©parable, quand l’existence d’une Ă©pouse soumise n’est plus que terreur et coups ? Derrière les barreaux, Francine revit, par la voix de son avocat, les vicissitudes d’un passĂ© martyr : de sa première idylle - dĂ©jĂ  empreinte d’insidieuse domination - Ă  la tragĂ©die finale, imposĂ©e en dĂ©sespoir de cause. Le tribunal devra dĂ©terminer si le meurtre fut prĂ©mĂ©ditĂ© ou s’il relève d’une lĂ©gitime dĂ©fense.

TranscendĂ© par la performance bouleversante de Farrah Fawcett, visage tumĂ©fiĂ© et âme dĂ©faite, Autopsie d’un crime met en lumière les failles d’un système judiciaire incapable de protĂ©ger celles qui dĂ©noncent l’inacceptable. Sans esbroufe, le rĂ©cit dĂ©crit le quotidien d’une femme aimante, fidèle, entièrement dĂ©vouĂ©e Ă  son mari et Ă  ses enfants, jusqu’Ă  ce que la douceur bascule dans l’enfer. Après avoir trouvĂ© le courage de rompre, Francine doit encore subir les menaces d’un mari dĂ©chu, dĂ©cidĂ© Ă  reprendre ses enfants et Ă  la reconquĂ©rir par la force.


Son instinct maternel, la volontĂ© de garder ses enfants près d’elle, la pousse Ă  revenir vers lui - au pĂ©ril de sa vie. Par un rĂ©alisme d’une brutalitĂ© parfois insoutenable, le film met en exergue l’impuissance d’une femme seule face Ă  un bourreau qu’aucune autoritĂ© ne contraint. Greenwald montre avec rigueur comment une Ă©pouse terrorisĂ©e, mais vaillante, se heurte Ă  l’indiffĂ©rence du monde avant de commettre l’irrĂ©parable, faute d’avoir trouvĂ© aide et Ă©coute. Si Autopsie d’un crime Ă©meut, c’est grâce Ă  Fawcett : femme chĂ©tive, digne et rĂ©siliente, dont le regard usĂ© et le corps meurtri traduisent la vĂ©ritĂ© nue du dĂ©sespoir. Elle Ă©vite le pathos, et sa fragilitĂ© humble confère au film une puissance rare.


En dĂ©pit de son format tĂ©lĂ©visuel, Autopsie d’un crime s’impose comme un tĂ©moignage fort, Ă©loquent, sur la dĂ©tresse des femmes battues, incapables de convaincre l’autoritĂ© d’un État aveugle. Au-delĂ  de son Ă©pilogue..., demeure le souvenir d’un calvaire : celui d’une femme prisonnière d’un amour empoisonnĂ©. Solitude, honte, perte de soi… Le film rappelle que les femmes violentĂ©es se retrouvent souvent rĂ©duites au silence, au repli et Ă  la peur - jusqu’Ă  ce que la douleur devienne plus forte que la vie.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
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A Farrah...
Un grand merci Ă  film dvd vhs v3

05.06.12

Récompenses: Emmy Award 1985 du Meilleur Réalisateur Robert Greenwald, Meilleure Actrice pour Farrah Fawcett, Meilleur Acteur pour Richard Masur, Meilleur scénario pour Rose Leiman Goldemberg.
Golden Globe 1985, Meilleur Acteur pour Paul Le Mat, Meilleure Actrice pour Farrah Fawcett, Meilleur télé-film.


vendredi 1 juin 2012

ALUCARDA (Alucarda, la hija de las tinieblas)

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site grotesqueinfestation.blogspot.com

de Juan Lopez Moctezuma. 1975. Mexique. 1h20. Avec Tina Romero, Claudio Brook, Lili Garza, Tina French, David Silva, Susana Kamini.

Sortie le 26 Janvier 1978

FILMOGRAPHIE: Juan Lopez Moctezuma est un acteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur mexicain, nĂ© en 1932 et  dĂ©cĂ©dĂ© le 2 AoĂ»t 1995 Ă  Mexico.
1973: The Mansion of Madness. 1975: Mary, Mary, Bloody Mary. 1977: Alucarda. 1987: Le Tueur
1994: El Alimento del Miedo.
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Le pitch: A sa naissance, Alucarda est adoptĂ©e par les nonnes d'un couvent sous les ordres de sa mère moribonde. Plusieurs annĂ©es ont passĂ© et la jeune fille fait la rencontre de Justine, une orpheline venue s'exiler dans le monastère. Ensemble, elles se lient d'une tendre amitiĂ© mais un jour elles libèrent une force dĂ©moniaque dans un cercueil. Depuis, les jeunes candides semblent tributaires de l'allĂ©geance du diable.  
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En pleine mouvance de démonologie issue de l'Exorciste de Friedkin, le mexicain Juan Lopez Moctezuma réalise deux ans plus tard un curieux film fantastique imprégné d'obscurantisme religieux. La première qualité de cette oeuvre étrange émane de sa nature singulière dans son alliage de culte spirituel, sorcellerie, superstitions et possession sataniste. Le réalisateur nous dépeignant ici une vision personnelle des affres de l'au-delà par l'entremise d'une communauté fondamentaliste. Justine et Alucarda sont deux jeunes filles abdiquées dès leur plus tendre enfance par leur famille. Elles se retrouvent embrigadées dans un couvent pour y vivre et subir une éducation drastique exposée aux valeurs de piété. Avides de liberté et d'épanouissement, elles décident un beau jour de partir en forêt pour y faire la rencontre d'étranges bohémiens. Elles pénètrent ensuite dans l'enceinte d'un bâtiment abandonné pour y libérer une force démoniaque inhumée dans un cercueil. C'est là qu'Alucarda va laisser libre court à son instinct libertaire, avouer son affection à son acolyte et se dévouer ensemble au satanisme en pactisant avec les forces du mal.


A travers ce canevas d'Ă©pouvante oĂą le Mal s'empare de l'esprit de deux nonnes candides, le rĂ©alisateur y dĂ©nonce le fanatisme religieux liĂ© aux superstitions sĂ©culaires au cours duquel un exorcisme moyenâgeux sera assujetti pour l'une d'entre elles. Juan Lopez Moctezuma insistant Ă  mettre en exergue la propagande sectaire entreprise par l'Ă©glise au cours des prières divines. Une doctrine inculquĂ©e auprès de nonnes terrifiĂ©es Ă  l'idĂ©e que l'Enfer puisse les diaboliser si leur foi vertueuse en Ă©tait souillĂ©e. Par la cause de cet endoctrinement et d'une existence fastidieuse, nos deux hĂ©roĂŻnes vont finalement se rĂ©conforter auprès du dĂ©mon pour y dĂ©couvrir une forme d'autonomie frondeuse. Livrant leur nouvelle Ă©thique sataniste aux autoritĂ©s religieuses, Justine va d'abord devoir se confronter au jugement d'un exorcisme entrepris par ses supĂ©rieurs. Attention spoiler ! Les Ă©vènements ultĂ©rieurs vont ensuite nous amener vers une vengeance dĂ©moniaque entreprise par Justine, exhumĂ©e de sa tombe ! Tandis qu'un mĂ©decin avisĂ© va tenter d'extraire Alucarda des forces du Mal, d'une manière plus pondĂ©rĂ©e que ses confrères anachronistes. Fin du spoiler. ÉmaillĂ© de plages horrifiques laissant parfois libre court Ă  une imagerie gore onirique, le film nous plonge dans un dĂ©lire festif oĂą l'emprise dĂ©moniaque fustige les fidèles de Dieu dans un apocalypse de feu. Certaines sĂ©quences de sensualitĂ© trouble ou de poĂ©sie morbide (l'exorcisme pratiquĂ© sur Justine ainsi que son exhumation sanglante, le sabbat Ă©rotique dans la forĂŞt ou encore le brasier final) faisant preuve d'imagination sans Ă©gale pour laisser dans l'esprit du spectateur une imagerie incandescente.

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Les Forces du Mal
Visuellement Ă©tonnant pour son emprunt Ă  un onirisme aussi bien macabre qu'insolite Ă©manant d'un climat paĂŻen natif du Mexique (l'accoutrement vestimentaire des nonnes semblables Ă  des momies obsolètes rajoutant notamment une aura indicible), Alucarda demeure une dĂ©lirante fantasmagorie sur le totalitarisme religieux. La conviction des interprètes mĂ©connus au charisme saillant rehaussant l'intensitĂ© Ă©motionnelle des enjeux satanistes pour se laisser dĂ©river vers une sarabande infernale Ă  l'atmosphère chimĂ©rique. A ne pas rater !  

Dédicace à l'Univers Fantastique de la Science-Fiction
01.06.12
Bruno Matéï

                                     

mercredi 30 mai 2012

Prometheus

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site critique-film.fr   

de Ridley Scott. 2011. U.S.A. 2h02. Avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba, Guy Pearce, Logan Marshall-Green, Sean Harris, Rafe Spall, Emun Elliott, Benedict Wong.

Sortie salles France: 30 Mai 2012. U.S: 8 Juin 2012

FILMOGRAPHIE (Info Wikipedia)Ridley Scott est un rĂ©alisateur et producteur britannique nĂ© le 30 Novembre 1937 Ă  South Shields.
1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: TraquĂ©e. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les AssociĂ©s. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande AnnĂ©e. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus

 
PitchUne Ă©quipe de scientifiques met le cap sur une planète hostile, guidĂ©e par une carte gravĂ©e dans une grotte, promesse de percer l’origine de la vie. Ă€ bord de cette expĂ©dition, Elizabeth et son ami Charlie espèrent rencontrer nos crĂ©ateurs sur la planète LV-223. 

Trente-trois ans après Alien, Ridley Scott, épaulé par Damon Lindelof et John Spaihts, concrétise enfin le rêve de millions de fans : offrir une préquelle à son mythe, relancer la franchise, explorer de nouveaux horizons spéculatifs et séduire une génération fraîche.

Spectacle de science-fiction d’une sobriĂ©tĂ© presque sacrĂ©e, Prometheus brille d’abord par sa photogĂ©nie rugueuse, ce règne interlope imprĂ©gnĂ© de mystère avant le fracas d’un cataclysme terrestre. Ă€ la manière de son aĂ®nĂ©, Scott orchestre Ă  nouveau l’excursion ombrageuse d’une compagnie d’explorateurs venus dissĂ©quer l’origine de la vie Ă  travers une carte symbolique. Sur place, au cĹ“ur d’une cavitĂ© rocheuse Ă  l’atmosphère irrespirable, ils affrontent une cascade d’Ă©nigmes : apparitions furtives d’humanoĂŻdes virtuels, corps momifiĂ© d’un extraterrestre, sculptures et monuments gravĂ©s dans les remparts d’un sous-sol oĂą palpite une technologie funeste.

Avec une ambition formelle intacte, Ridley Scott s’approprie les codes de la mythologie dans une mise en abyme vertigineuse, rĂ©interprĂ©tant un univers opaque, irrĂ©sistiblement inquiĂ©tant. L’immersion est totale : artiste virtuose, dĂ©miurge des grands dĂ©cors organiques d’une planète caverneuse, Scott ravive la fascination pour des images inĂ©dites, nous plongeant dans une galaxie de brumes et de questions, en Ă©cho Ă  l’origine de notre propre chaos. MaĂ®tre d’un suspense souterrain, Prometheus exhale une atmosphère d’abandon et d’isolement autour d’une Ă©quipe de chercheurs dĂ©passĂ©s par un antagoniste insidieux.

Les enjeux humains s’Ă©chinent sur leurs Ă©paules fragiles : survivre, sauver la Terre, sauver leur foi. Sans hĂ©roĂŻsme guerrier superflu, leurs choix contradictoires et leur mĂ©taphysique vacillante se heurtent au chaos. Mention spĂ©ciale Ă  Naomi Rapace, hĂ©roĂŻne opiniâtre Ă©cartelĂ©e entre science et mysticisme, et Ă  Michael Fassbender, androĂŻde Ă©quivoque, traĂ®tre charmant et faux confident. Des scientifiques Ă  la psychologie taillĂ©e dans la crainte et l’espĂ©rance, piĂ©gĂ©s par une Ă©volution toxique sous la tutelle d’un esprit perfide. Et pourtant, leur quĂŞte dĂ©clinante, hantĂ©e par l’idĂ©e d’un dieu crĂ©ateur prĂŞt Ă  anĂ©antir sa propre progĂ©niture, interroge notre soif de croire pour ne pas mourir de savoir.

 
Je ne sais rien mais c'est ce que je choisi de croire
Si tant de questions restent suspendues (pourquoi ces IngĂ©nieurs veulent-ils Ă©radiquer la Terre ? Que dissimulent rĂ©ellement ces armes biologiques ?), Prometheus reste dense, tangible, convaincant - parfois mĂŞme terrifiant - et pose les fondations d’une franchise renouvelĂ©e. Spectaculaire, esthĂ©tiquement fascinant, impressionnant : l’avortement forcĂ© devient scène d’anthologie horrifique, la cruautĂ© de certaines mises Ă  mort renforce son cauchemar organique. En prime, un nouvel antagoniste Ă©sotĂ©rique, humanoĂŻde accouplĂ© Ă  une forme bien connue des amateurs, dĂ©voilĂ©e ici dans sa gestation primitive.

Ce n’est peut-ĂŞtre pas le chef-d’Ĺ“uvre promis, mais la dĂ©mesure de Ridley Scott fait de Prometheus un grand film d’anticipation sur l’horreur d’une menace inconnue, l’infini qui nous Ă©chappe - et la brĂ»lure de vouloir en percer le sens.

La critique de Gilles Rollandhttp://www.onrembobine.fr/critiques/critique-prometheus
30.05.12
Bruno 


mardi 29 mai 2012

Pulsions / Dressed to Kill

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site CulturBisZ

de Brian De Palma. 1980. U.S.A. 1h45. Avec Angie Dickinson, Michael Caine, Nancy Allen, Keith Gordon, Dennis Franz, David Margulies, Ken Baker, Susanna Clemm, Brandon Maggart, Amalie Collier.

Sortie salles France: 15 Mars 1981. U.S: 23 Juin 1980
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RĂ©compense: Saturn Award de la meilleure actrice pour Angie Dickinson, en 1981.

FILMOGRAPHIEBrian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinĂ©aste amĂ©ricain d'origine italienne, nĂ© le 11 septembre 1940 Ă  Newark, New-Jersey, Etats-Unis. 1968: Murder Ă  la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le BĂ»cher des vanitĂ©s. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted.
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Après avoir enchaĂ®nĂ© les rĂ©ussites (SĹ“urs de sang, Phantom of the Paradise, Obsession, Carrie), Brian De Palma puise, pour entreprendre Pulsions, dans une blessure intime - ce souvenir d’enfance oĂą sa mère lui demanda de pister son père, soupçonnĂ© d’adultère - et dans un fait divers sur des meurtres au sein de la communautĂ© gay des annĂ©es 70.

Synopsis: Kate Miller est une femme en manque, inassouvie par son mari, frustrĂ©e dans sa chair. Elle consulte le psychiatre Robert Elliot pour tenter de comprendre cette fĂŞlure intime. Quelques instants après l’entretien, elle s’aventure dans un musĂ©e et y croise un charmeur invĂ©tĂ©rĂ©. Après une nuit fiĂ©vreuse, elle se fait assassiner Ă  coups de rasoir dans l’Ă©troitesse d’un ascenseur, sous les yeux d’une prostituĂ©e. Cette dernière, interrogĂ©e par la police, dĂ©crit une silhouette fĂ©minine : une grande blonde aux lunettes noires. Mais dĂ©jĂ , le fils de Kate mène sa propre enquĂŞte pour dĂ©masquer l’assassin..

 
"Le reflet tue".
Sorti en 1980, Pulsions s’impose comme l’un des titres phares du thriller Ă©rotique des annĂ©es 80. Hommage ironique Ă  Psychose - humour salace Ă  l’appui - De Palma renoue avec l’art d’Hitchcock, maniant la roublardise et le trompe-l’Ĺ“il dans un jeu de miroirs et de faux-semblants. Dès le prologue, une scène charnelle sous une douche embuĂ©e : notre hĂ©roĂŻne se caresse langoureusement devant l’indiffĂ©rence de son mari… avant qu’un inconnu surgisse pour tenter de la violer. Un leurre soigneusement orchestrĂ©. Tout le film repose sur ce principe du simulacre, des pulsions travesties, pour mieux nous Ă©garer dans un suspense millimĂ©trĂ©.

La sĂ©quence de filature dans le musĂ©e, oĂą une femme s’offre au regard, puis se fait elle-mĂŞme proie, est d’une perversitĂ© fascinante. L’Ă©change de regards, la drague improvisĂ©e, la montĂ©e du dĂ©sir culminent dans l’espace confinĂ© d’un taxi, puis sous les draps. Un peu plus tard, on apprend que l’amant est porteur d’une MST. Rebondissement cruel, qui ajoute Ă  l’anxiĂ©tĂ© de la victime - juste avant sa mort, violente, sèche, dans l’ascenseur.

Ce meurtre emblĂ©matique, chorĂ©graphiĂ© comme une agression symphonique, tĂ©moigne d’une maĂ®trise redoutable du montage. Le rasoir fend l’espace avec prĂ©cision gĂ©omĂ©trique. Le visage de la victime se fige dans l’effroi. Le reflet dans le miroir laisse entrevoir l’assassin : silhouette androgyne, en manteau noir, armĂ©e d’un Ă©clat mĂ©tallique. La call-girl, tĂ©moin impuissant, deviendra Ă  son tour la cible. Dans une scène de mĂ©tro d’une tension presque insupportable, elle fuit, traquĂ©e Ă  la fois par le tueur et par une bande de dĂ©linquants lubriques. Quand elle appelle un policier Ă  l’aide, ses harceleurs ont dĂ©jĂ  disparu... mais le danger, lui, est toujours lĂ . Et le spectateur, Ă  nouveau, se fait piĂ©ger.

De Palma orchestre un vertigineux ballet d’apparences, de jeux de rĂ´le, d’ambiguĂŻtĂ©s. Sa mise en scène glisse insensiblement du thriller clinique vers l’Ă©rotisme dĂ©rangĂ©. La seconde partie, portĂ©e par une enquĂŞte bicĂ©phale - prostituĂ©e dĂ©terminĂ©e et jeune bricoleur fĂ©ru d’Ă©lectronique - intensifie l’intrigue jusqu’Ă  un final aussi cynique que retors. Un dernier twist, une rĂ©vĂ©lation glaçante… puis une pirouette, une ultime boutade. Retour Ă  l’imaginaire sexuel. La boucle est bouclĂ©e.

Sensuel, provocant, charnel, Pulsions est un jeu de sĂ©duction avec la mort. Un canular impudique, oĂą la sexualitĂ© refoulĂ©e explose en fantasmes meurtriers. PortĂ© par la musique lascive de Pino Donaggio, sublimĂ© par un esthĂ©tisme immaculĂ©, interprĂ©tĂ© par deux femmes-objets aussi troublantes que sacrifiĂ©es, ce chef-d’Ĺ“uvre du thriller voyeuriste reste une leçon de mise en scène. Une Ă©nigme sensuelle, tapie dans un Ă©crin de violence froide.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

30.05.12. 4èx
 

lundi 28 mai 2012

Les Diables / The Devils

                                                    
                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Facebook

de Ken Russell. 1971. Angleterre. 1h52. Avec Oliver Reed, Vanessa Redgrave, Dudley Sutton, Max Adrian, Gemma Jones, Murray Melvin, Michael Gothard, Georgina Hale, Brian Murphy, Christopher Logue.

Sortie salles France: 29 Octobre 1971. U.S: 16 Juillet 1971

FILMOGRAPHIE: Ken Russell est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur, producteur, monteur et directeur de la photographie britannique nĂ© le 3 juillet 1927 Ă  Southampton.
1967 : Un cerveau d'un milliard de dollars, 1969 : Love , 1970 : The Music Lovers, 1971 : Les Diables, 1971 : The Boy Friend, 1972 : Savage Messiah, 1974 : Mahler, 1975 : Tommy, 1975 : Lisztomania, 1977 : Valentino, 1980 : Au-delà du réel, 1984 : Les Jours et les nuits de China Blue,1986 : Gothic, 1988 : Salome's Last Dance , 1988 : Le Repaire du ver blanc ,1989 : The Rainbow ,1991 : La Putain, 2002 : The Fall of the Louse of Usher, 2006 : Trapped Ashes segment "The Girl with Golden Breasts".

 
 
"Les Diables : une messe noire pour la tolĂ©rance". 
Chef-d'Ĺ“uvre d'hystĂ©rie ecclĂ©siastiqueLes Diables relate, avec une provocation couillue, l’affaire de Loudun dans les annĂ©es 1630. Cette chasse aux sorcières, fomentĂ©e par le cardinal de Richelieu, fut une manĹ“uvre politique destinĂ©e Ă  Ă©radiquer le père Urbain Grandier, prĂŞtre libertin et militant de la cause protestante. En 1634, Ă  Loudun, Grandier devient la proie des convoitises de nonnes cloĂ®trĂ©es. Tandis que Richelieu souhaite abattre les remparts du temple religieux, Mère Jeanne des Anges, secrètement Ă©prise de Grandier, fomente de graves accusations de sorcellerie Ă  son encontre.
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Ĺ’uvre frappadingue d’une audace incongrueLes Diables est une spirale de folie pure oĂą l’intolĂ©rance et le fanatisme religieux se nourrissent de superstitions dĂ©moniaques. Ken Russell, en pourfendeur furieux, pousse le dĂ©lire et l’aliĂ©nation jusqu’Ă  l’extrĂŞme pour mieux exposer l’absurditĂ© des mentalitĂ©s fondamentalistes. Sa mise en scène, dĂ©mesurĂ©e, Ă©rige l’architecture baroque en théâtre de la dĂ©mence. Il y narre le dĂ©clin d’un abbĂ©, homme de foi mais sexuellement affranchi, emportĂ© dans le chaos par la jalousie d’une religieuse bossue, mentalement Ă©garĂ©e. AcculĂ© devant un tribunal pour sorcellerie, Grandier devient l’agneau sacrificiel d’une mascarade inquisitoriale. Soumises Ă  la torture, d’autres nonnes se laissent prendre au simulacre, trouvant lĂ  une Ă©trange dĂ©livrance. SauvĂ©es in extremis d’une mort certaine par un exorciste dĂ©vorĂ© de zèle, elles sombrent dans une orgie furieuse pour s’affranchir de leurs frustrations charnelles. Tout autour, les badauds assistent, complices et voyeurs, Ă  cette sarabande infernale.

 
Scènes scabreuses, psychĂ©s torturĂ©es, visions hallucinĂ©es : Les Diables est une descente aux enfers sans filet. Un dĂ©lire historico-emphatique oĂą l’ombre d’un pouvoir thĂ©ocratique pousse les ĂŞtres Ă  leurs instincts les plus vils, pour mieux condamner un homme d’Ă©glise portĂ© par la tolĂ©rance. CinĂ©aste expĂ©rimental et tĂ©mĂ©raire, Ken Russell nous emporte dans un cauchemar frĂ©nĂ©tique, oĂą l’hystĂ©rie collective secoue le spectateur sans jamais verser dans le racolage. Si certaines images heurtent par leur cruditĂ©, le film Ă©vite la complaisance, prĂ©fĂ©rant dĂ©noncer une rĂ©alitĂ© historique effrayante : celle d’un fanatisme qui consume tout sur son passage. IrriguĂ© d’un florilège d’images scandaleuses, outrancières, subversives, Les Diables n’oublie jamais de rĂ©vĂ©ler la dimension humaine d’un prĂŞtre libĂ©ral. Le calvaire d’un homme de Dieu, fustigĂ© par un État totalitaire et trahi par les siens, alors que sa seule Ă©thique Ă©tait d’offrir tolĂ©rance et charitĂ©.

Dans le rĂ´le de Grandier, Oliver Reed incarne son personnage avec une vĂ©ritĂ© humaine, pugnace, dĂ©sabusĂ©e, dans une quĂŞte rĂ©demptrice pour prouver Ă  un tribunal biaisĂ© qu’il n’a jamais reniĂ© Dieu. Son courage inflexible face Ă  la torture, sa dignitĂ© face au bĂ»cher, Ă©lèvent sa foi en la libertĂ© jusqu’Ă  l’incandescence. Et Vanessa Redgrave, dans le rĂ´le de Mère Jeanne — Ă©trangement suave —, glace le sang en martyre estropiĂ©e rongĂ©e par la jalousie et les visions christiques. Son profil pathologique, tout en fĂŞlures, nous terrifie autant qu’il nous Ă©meut, emportĂ© par une dĂ©chĂ©ance mentale nourrie par l’idĂ©ologie puritaine.

"La foi en flammes". 
Pamphlet furieux contre l’intĂ©grisme religieux et l’inquisition, Les Diables reste un tĂ©moignage sans fard d’une Ă©poque effrayĂ©e par la rĂ©forme. HystĂ©rique, choquant dans sa reprĂ©sentation des « possĂ©dĂ©es de Loudun », ce chef-d’Ĺ“uvre blasphĂ©matoire sacralise pourtant une chose essentielle : l’ode Ă  la tolĂ©rance.
 
*Bruno
Dédicace à David Soleau
29.05.12




vendredi 25 mai 2012

SELLE D'ARGENT (Sella d'Argento)


de Lucio Fulci. 1977. Italie. 1h40. Avec Giuliano Gemma, Sven Valsecchi, Ettore Manni, Gianni De Luigi, Cinzia Monreale, Licinia Lentini, Aldo Sambrell, Philippe Hersent.

Inédit en France. Sortie salles Italie: 20 Avril 1978

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur italien, nĂ© le 17 juin 1927 Ă  Rome oĂą il est mort le 13 mars 1996.
1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 :L'EmmurĂ©e vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delĂ , 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio,1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.




Pas une grande réussite mais un sympathique western, jalonné de bonnes scènes d'action et suffisamment efficace pour maintenir l'intérêt jusqu'au bout.






jeudi 24 mai 2012

Le Cauchemar de Dracula / Dracula / Horror of Dracula

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site papyblues.com/

de Terence Fisher. 1958. Angleterre. 1h22. Avec Peter Cushing, Christopher Lee, Michael Gough, Melissa Stribling, Carol Marsh, Olga Dickie, John Van Eyssen, Valérie Gaunt, Janina Faye, Barbara Archer.

Sortie Salles France: 4 Février 1959. U.S: 8 Mai 1958

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un rĂ©alisateur britannique nĂ© le 23 fĂ©vrier 1904 Ă  Londres (Maida Vale), et dĂ©cĂ©dĂ© le 18 juin 1980 dans la mĂŞme ville. 1957 : Frankenstein s'est Ă©chappĂ©, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein , 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La MalĂ©diction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les MaĂ®tresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll , 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'ĂŽle de la terreur, 1966 : Dracula, prince des tĂ©nèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein crĂ©a la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974 : Frankenstein et le monstre de l'enfer.
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Un an après l’immense succès de Frankenstein s’est Ă©chappĂ©, Terence Fisher renoue avec la mĂŞme Ă©quipe technique (directeur photo, dĂ©coriste, scĂ©nariste, compositeur) et enrĂ´le les deux vĂ©tĂ©rans de l’Ă©pouvante, Cushing et Lee, pour rĂ©actualiser sa version de Dracula, librement inspirĂ©e du roman de Bram Stoker. Ă€ l’arrivĂ©e, ce titre emblĂ©matique de la Hammer, concrĂ©tisĂ© en 1958, demeure LE chef-d’Ĺ“uvre absolu du mythe vampirique — maintes fois copiĂ©, jamais Ă©galĂ© !

Le pitch : Jonathan Harker se rend au château du comte Dracula sous couverture de bibliothĂ©caire. RĂ©solu Ă  l’Ă©liminer, il attend la tombĂ©e du jour pour le sacrifier dans son cercueil. Mais une jeune femme vampire, asservie par le comte, l’attaque et le mord. Le docteur Van Helsing part alors Ă  sa recherche, craignant que son acolyte ne soit tombĂ© Ă  son tour sous l’emprise du prince des tĂ©nèbres.

Le Cauchemar de Dracula ! Titre culte qu’une gĂ©nĂ©ration de fantasticophiles dĂ©couvrit, un mardi soir de 1985, dans La Dernière SĂ©ance d’Eddy Mitchell — il Ă©tait 23h ! Que reste-t-il aujourd’hui de ce souvenir mythique, gravĂ© dans le cĹ“ur des passionnĂ©s, oĂą Van Helsing tentait encore de sauver le monde en traquant inlassablement le comte des Carpates ? Si les diamants sont Ă©ternels, le chef-d’Ĺ“uvre de Fisher brille lui aussi d’un Ă©clat immuable, portĂ© par une mise en scène d’une rigueur gĂ©omĂ©trique, d’une puretĂ© saisissante.

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BeautĂ© gothique des dĂ©cors architecturaux, environnement champĂŞtre d’un onirisme tranquille, teinte sĂ©pia d’une photographie picturale, narration structurĂ©e avec un sens aigu du vraisemblable. Mais surtout: un affrontement lĂ©gendaire entre deux gentlemans de l’horreur — Peter Cushing / Christopher Lee. En revoyant l’Ĺ“uvre, encore et encore, on mesure Ă  quel point la fascination que suscitent ses images flamboyantes tient de la sidĂ©ration pure.

Ă€ travers une atmosphère gothique d’un Ă©rotisme brĂ»lant, les femmes soumises deviennent l’objet du dĂ©sir d’un prince des tĂ©nèbres en quĂŞte de revanche. Ici, Ă  l’inverse du roman de Stoker ou des adaptations futures, Dracula n’est jamais Ă©pris — il violente, il contamine, il souille. Sa morsure est un acte de domination charnelle, sa mĂ©galomanie : propager le Mal. Deux sĂ©quences magistrales montrent des femmes, alanguies dans leur lit de soie, gagnĂ©es par un vertige sexuel irrĂ©sistible, prĂŞtes Ă  accueillir leur bourreau. Cet Ă©rotisme rampant est exacerbĂ© par leur posture : craintive ou extatique, elles redoutent, autant qu’elles dĂ©sirent, l’irruption orgueilleuse du prince. Ce trouble de rĂ©pulsion/attraction, cette impuissance face Ă  un dĂ©sir inextinguible, nous fascine — car il touche Ă  l’obscène, Ă  l’interdit, Ă  l’Ă©ternel.

                              

Mais au-delĂ  de cette sensualitĂ© exaltĂ©e, le rĂ©cit suit aussi la quĂŞte salvatrice de Van Helsing, Ă©paulĂ© par Arthur Holmwood, frère de la première victime, dans une traque semĂ©e d’embĂ»ches. Une maĂ®tresse vampirisĂ©e rĂ´de la nuit, cherchant Ă  attirer la petite Tania dans un sous-bois brumeux. Dracula, bien dĂ©cidĂ© Ă  contaminer la compagne d’Arthur, multiplie les subterfuges pour Ă©liminer ses adversaires. Ce pouvoir d’envoĂ»tement inaltĂ©rĂ©, Le Cauchemar de Dracula le doit aussi Ă  l’Ă©lĂ©gance virile de ses deux protagonistes.

Dans le rĂ´le du vampire, Christopher Lee livre une performance insidieuse, en aristocrate glacĂ© au regard noyĂ© de perversitĂ©, son corps hiĂ©ratique drapĂ© d’une cape immense. Face Ă  lui, Peter Cushing incarne un Van Helsing loyal et pugnace, imposant par sa prestance et sa ferveur hĂ©roĂŻque Ă  vouloir anĂ©antir un damnĂ©.


Mis en scène avec une virtuositĂ© fulgurante, alliance de gothisme funèbre et de sensualitĂ© torride, Le Cauchemar de Dracula illustre la vision d’un crĂ©ateur convaincu du pouvoir Ă©rotique de son mythe. Tandis que deux gentlemans, au charisme souverain, impriment leur duel dantesque dans la rĂ©tine du spectateur.
Quoi de plus belle dĂ©claration d’amour au mythe de Dracula que cette version luminescente, vouĂ©e Ă  nous hypnotiser ad vitam aeternam ? 

*Bruno

La critique de Dracula, Prince des Ténèbreshttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/11/dracula-prince-des-tenebres-dracula.html

Dédicace à Eugène Rocton
24.05.12. 5èx