jeudi 23 juillet 2015

La Colline a des Yeux / The Hills have eyes

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site allocine.fr
 
d'Alexandre Aja. 2006. U.S.A. 1h48 (version non censurée). Avec Aaron Stanford, Ted Levine, Kathleen Quinlan, Vinessa Shaw, Emilie de Ravin, Dan Byrd.

Sortie salles France: 21 Juin 2006. U.S: 10 Mars 2006

FILMOGRAPHIE: Alexandre Aja, (Alexandre Jouan-Arcady) est un réalisateur, producteur, scénariste, dialoguiste et acteur, né le 07 Août 1978 à Paris. 1999: Furia. 2003: Haute Tension. 2006: La Colline a des Yeux. 2008: Mirrors. 2010: Piranha 3D. 2014: Horns.


"Ocre et sang : le hurlement d’Aja dans la Colline".
Remake du classique de Wes Craven, La Colline a des Yeux rĂ©vèle aux cinĂ©philes le Français Alexandre Aja par ce coup de maĂ®tre horrifique, Ă  la violence âpre et incisive. On ne compte plus les coups de pioche et de hache fracassant les corps, qu’ils s’abattent sur les autochtones forcenĂ©s ou sur les survivants insurgĂ©s; et la sĂ©questration dans la caravane cristallise l’Ă©picentre traumatique du carnage, avec une fĂ©rocitĂ© quasi insoutenable. Si La Colline a des Yeux oscille si bien entre angoisse et terreur pure, c’est d’abord grâce Ă  l’atmosphère d’inquiĂ©tude qui cerne les collines dĂ©sertiques du Nouveau-Mexique - ocre surexposĂ© sous un soleil Ă©crasant - oĂą une famille de vacanciers, accidentĂ©e, s’Ă©gare Ă  la recherche d’un secours hypothĂ©tique. Mais perdus au milieu de nulle part, ils tombent sur la sauvagerie d’une horde de cannibales, dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s et dĂ©figurĂ©s par les essais nuclĂ©aires qui ont souillĂ© leur ancien village.

C’est une nouvelle descente aux enfers pour la survie que nous convie Aja, au cĹ“ur du tempĂ©rament humaniste d’une famille soudĂ©e par des valeurs chrĂ©tiennes, avant que la tragĂ©die ne les martyrise d’une cruautĂ© primitive. La peur viscĂ©rale du danger invisible, tapi derrière les collines ; la crainte de mourir sous les exactions d’un autre âge : voilĂ  les ressorts majeurs qu’Aja tend, minutieux Ă  installer une atmosphère lourde, avant de lâcher la violence brute des confrontations tribales. Et ça dĂ©mĂ©nage en diable ! Par sa brutalitĂ© hardcore, parfois jusqu’au-boutiste (la tuerie dans la caravane en est l’exemple roi), et par la solidaritĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e d’une famille jetĂ©e dans l’horreur et le chaos, Aja ressuscite le rĂ©alisme poisseux des bandes des Seventies avec un art consommĂ©. Il peaufine l’intensitĂ© dramatique autour de survivants Ă©puisĂ©s, mais rĂ©solus Ă  sauver leur peau, hache Ă  la main. Pour mieux exalter leur rage et les affrontements barbares, Aja mise sur la sobriĂ©tĂ© de comĂ©diens possĂ©dĂ©s par l’instinct de survie, libĂ©rant pulsions de vendetta et ruses machiavĂ©liques (chien-cerbère en renfort !) pour piĂ©ger leurs bourreaux.


"La Colline a des Yeux (2006) : la sauvagerie retrouvée".
D’une brutalitĂ© inouĂŻe et d’un rĂ©alisme Ă©reintant parfois mĂŞme bouleversant (le carnage dans la caravane est une sĂ©quence anthologique Ă  marquer au fer rouge), La Colline a des Yeux, version Aja, surpasse son modèle par la prĂ©cision de sa mise en scène, l’exploitation vertigineuse d’un dĂ©cor implacable et la fureur fiĂ©vreuse de ses acteurs, dĂ©semparĂ©s mais habitĂ©s par une criminalitĂ© viscĂ©rale. Évoquant en filigrane le pĂ©ril nuclĂ©aire, Aja transcende un morceau de cinĂ©ma horrifique brut de dĂ©coffrage, un survival aride et tranchant dont l’hĂ©ritage se prolonge, poisseux, jusqu’aux entrailles des Seventies. Et ça fait peur, très peur, une fois n'est pas coutume. 
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

La chronique de son modèle: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/09/la-colline-des-yeux-hills-have-eyes.html

*Bruno
04.01.26. 4èx

    mercredi 22 juillet 2015

    SPEED

                                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

    de Jan De Bont. 1994. U.S.A. 1h56. Avec Keanu Reeves, Dennis Hopper, Sandra Bullock, James DuMont, Joe Morton, Jeff Daniels.

    Sortie salles France: 24 Août 1994. U.S: 10 Juin 1994

    FILMOGRAPHIE: Jan De Bont est un réalisateur, directeur de photo et producteur néerlandais, né le 22 Octobre 1943 à Eindhoven, Pays-Bas.
    1994: Speed. 1996: Twister. 1997: Speed 2. 1999: Hantise. 2003: Lara Croft, le berceau de la vie.


    Immense succès planétaire lors de sa sortie, Speed n'a pas usurpé sa réputation de modèle du film d'action tant Jan De Bont redouble d'efficacité à relancer les enjeux de survie parmi l'efficacité de stratagèmes d'attaques et de défense, et vice-versa ! Par l'entremise d'un concept aussi retors que redoutablement pernicieux (un bus est contraint de dépasser la vitesse de 50 miles à l'heure pour éviter de faire exploser ses passagers à tous moments !), Speed puise sa vigueur dans la métronomie de séquences d'action ébouriffantes sachant que le véhicule pris en otage à distance est incessamment contraint de rouler à vive allure afin d'éviter le crash.


    En empruntant le schĂ©ma du cinĂ©ma catastrophe, l'intrigue alerte s'agence autour t'intimidations et retournements de situations d'un jeu avec la peur compromis entre bons et mĂ©chant. A ces rapports de force concertĂ©s Ă  distance vont dĂ©couler dommages accidentels (vĂ©hicules et balises fauchĂ©s dans les centres urbains) et incidents techniques (fuite de carburant, crevaison de pneu !) par le biais d'une interminable course-poursuite sur bitume ! Si certaines situations Ă  risque relèvent de l'improbabilitĂ© (le vol planĂ© du bus Ă  partir d'une parcelle manquante de l'autoroute, Jack rĂ©fugiĂ© sous le car afin de dĂ©samorcer la bombe ou de prendre la fuite sur une planche de mĂ©tal parmi sa compagne, et enfin son audace de dernier ressort en interne d'un compartiment ferroviaire !), la perfection des effets spĂ©ciaux, la rigueur de ces cascades Ă©piques et surtout le sens du dĂ©tail imparti aux solutions de survie parviennent Ă  crĂ©dibiliser ces tours de force vertigineux ! EpaulĂ© de la prestance sarcastique du diablotin Dennis Hopper (sorte de "Jocker" moderne fĂ©ru de cynisme dans son propos orgueilleux de nuire aux otages et ridiculiser le jeune hĂ©ros redresseur de tort !) et du duo communĂ©ment pugnace que forment Keanu Reeves et la pĂ©tillante Sandra Bullock, Speed parvient Ă  captiver le spectateur dans une sĂ©rie d'Ă©preuves de force Ă©rigĂ©es autour d'une cage d'ascenseur, d'un autobus infernal et (pour parachever) d'un train.


    Conçu Ă  la manière d'un tour de montagne russe oĂą l'action incessante est entièrement impartie au cheminement intrĂ©pide d'une intrigue fertile en pĂ©ripĂ©ties, Speed peut sans rougir accĂ©der au panthĂ©on des plus grands films d'action des annĂ©es 90. Si la mise en scène avisĂ©e de Jan De Bont, l'originalitĂ© du pitch et le rĂ©alisme des effets spĂ©ciaux nous plaquent au fauteuil dans le quotient de son intensitĂ© Ă©motionnelle, la complicitĂ© attachante formĂ©e par le couple Keanu Reeves/Sandra Bullock et la prĂ©sence roublarde de Dennis Hopper dĂ©cuplent l'effervescence dans leur inimitiĂ© infatigable. 

    Bruno Matéï
    3èx

    Récompenses: Oscars 1995:
    Oscar du meilleur son
    Oscar du meilleur montage sonore
    BAFTA Awards 1995
    Meilleur montage
    MTV Movie Awards 1995
    Meilleure actrice pour Sandra Bullock
    Meilleur duo pour Keanu Reeves et Sandra Bullock
    Meilleur méchant pour Dennis Hopper
    Meilleure scène d'action pour l'échappée du bus et l'explosion de l'avion.
    Saturn Awards
    Meilleure actrice pour Sandra Bullock

    La critique de Mathias Chaput: 
    « Speed » est un modèle du genre, mĂ©lange entre film d’action, polar et film catastrophe, ce mĂ©trage est un pur rĂ©gal !
    Certes, on a du mal Ă  y croire, mais le talent de Jan de Bont parvient Ă  faire admettre, mĂŞme au spectateur le plus blasĂ©, l’irĂ©el !
    Des plans incroyables (comme la scène de l’ascenseur au dĂ©but) et le filin accrochĂ© Ă  une poutre sur le toit de la tour qui retient le câble de l’ascenseur, l’explosion du bus (vide) qui vient s’encastrer sur un avion long courrier et surtout le coup magistral de Jack allongĂ© sur le dos sur une planche Ă  roulettes parvenant Ă  passer sous le bus en essayant de dĂ©samorcer la bombe, le tout Ă  grande vitesse !
    Des sĂ©quences de folie pure qui font redoubler le stress vĂ©cu par le spectateur jusqu’Ă  une issue salvatrice clĂ´turĂ©e par un happy end un peu nunuche, reconnaissons le ! mais ici on est Ă  Hollywood !
    Dennis Hopper est magistral et nous rĂ©gale d’une composition dont seul lui a le secret, il est gĂ©nial en terroriste dĂ©jantĂ© et expert en explosifs !
    Keanu Reeves est rempli de testostérone et livre un combat sans merci pour éradiquer le mal et faire triompher la justice !
    Sandra Bullock ajoute un charme et sa fĂ©minitĂ© est bienvenue au milieu de cet univers de mâles…
    Le passage de la « poussette » vaut son pesant de cacahuètes et respire la dĂ©stabilisation, parfaitement bien rĂ´dĂ©e et amenĂ©e dans le dĂ©roulement du mĂ©trage, accentuant une nouvelle fois le stress chez le spectateur, dĂ©jĂ  particulièrement Ă©prouvĂ© !
    La décapitation sur le toit de la rame du métro est également bien vue !
    Un excellent film, « Speed » est un concentrĂ© d’action, un florilège de scènes dynamiques oĂą cela n’arrĂŞte pratiquement jamais une seule seconde ! (la remise des mĂ©dailles est le seul temps mort du film, tout le restant n’est qu’action pure Ă  200 Ă  l’heure !).
    A voir et revoir avec le mĂŞme plaisir !
    9/10

    mardi 21 juillet 2015

    The American Way. Prix du Jury, Prix de la Critique, Prix Antenne d'Or, Avoriaz 1987.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

    "Riders of the Storm" de Maurice Phillips. 1986. Angleterre/U.S.A. 1h45. Avec Dennis Hopper, Michael J. Pollard, Eugène Lipinski, James Aubrey, Al Matthews, William Armstrong.

    Sortie salles France: 27 Mai 1987. U.S: 7 Mai 1988.

    FILMOGRAPHIE: Maurice Phillips est un réalisateur, acteur et scénariste américain, né le
    1986: American Way. 1990: Un cadavre sur les bras. 1991: Another You. 1996: The Vanishing Man (télé-film). 2000: Second Sight: Parasomnia (télé-film). 2003: Dr Jekyll et My Hyde (télé-film). 2006: Losing Gemma (télé-film).

     
    Satire fĂ©roce de la guerre du Vietnam, du fanatisme religieux et d’un corps politique gangrĂ©nĂ© — notamment par l’extrĂŞme droite — The American Way emprunte les atours d’une sĂ©rie B dĂ©complexĂ©e pour vilipender l’AmĂ©rique puritaine, oĂą l’apparence n’est que duperie destinĂ©e Ă  mieux manipuler un peuple de masse lobotomisĂ©.
      
    Le Pitch: Ă€ bord d’un avion rafistolĂ©, une poignĂ©e d’anciens vĂ©tĂ©rans du Vietnam survolent les États-Unis pour pirater les ondes hertziennes du petit Ă©cran. En prime, afin de saboter l’ascension d’une candidate conservatrice aux prochaines prĂ©sidentielles, ils orchestrent des attentats symboliques lors de ses apparitions tĂ©lĂ©visĂ©es. Mais Ă  l’instant mĂŞme oĂą ils s’apprĂŞtent Ă  dĂ©masquer son imposture corporelle, cette dernière ordonne Ă  l’armĂ©e de l’air de pulvĂ©riser leur appareil au moyen de missiles nuclĂ©aires.


    Ovni improbable, oĂą l’Ă©tiquette “culte” reprend enfin tout son sens, The American Way s’Ă©rige en vilain petit canard du cinĂ©ma : une production mal Ă©levĂ©e, un premier film se vautrant dans le politiquement incorrect avec une insolence ravageuse. PortĂ© par l’iconographie dĂ©bridĂ©e d’insurgĂ©s jubilant dans leurs pitreries anarchistes et dĂ©fiances anti-gouvernementales, le rĂ©cit enchaĂ®ne provocations verbales et visuelles sans jamais lever le pied. VĂŞtus de dĂ©froques militaires qui Ă©voquent les anti-hĂ©ros de BD underground, ces justiciers de fortune font de leur rĂ©bellion une parade pop, grotesque et jubilatoire. VĂ©ritable bras d’honneur au consensus mĂ©diatique, aux lobbies rampants et aux discours dĂ©magos, Maurice Phillips raille sa rĂ©publique avec une verve dĂ©lirante — jusqu’Ă  transformer, une candidate, mais chut... ÉmaillĂ© de rebondissements explosifs, de rencontres improbables avec des mafieux burlesques et un E.T blafard, The American Way insuffle un vent de libertĂ© euphorisant, portĂ© par des vĂ©tĂ©rans hĂ©donistes, alcoolisĂ©s, droguĂ©s, rock'n'roll jusqu’Ă  la moelle, galvanisĂ©s par une bande-son dĂ©moniaque.


    Hymne Ă  l’indĂ©pendance d’esprit, Ă  la sous-culture, Ă  l’Ă©thique du “fuck the system”, The American Way transfigure sa diatribe dĂ©chaĂ®nĂ©e contre la guerre, la soumission, le totalitarisme et l’intĂ©grisme. Et si l’intrigue rocambolesque et la rĂ©alisation chancelante manquent parfois de rigueur dans leur construction rythmique, l’Ă©loquence survitaminĂ©e des comĂ©diens emporte tout sur son passage, dans un Ă©lan aussi hĂ©roĂŻque que dĂ©vergondĂ©. De la graine de comĂ©die culte, subversive et transgressive, pour le plus grand bonheur du cinĂ©phile frondeur !

    Bruno Matéï
    4èx

    lundi 20 juillet 2015

    GOODNIGHT MOMMY. Prix du Jury Syfy, Prix du Jury Jeunes, Gerardmer 2015.

                                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

    "Ich seh Ich seh" de Severin Fiala et Veronika Franz. 2014. Autriche. 1h40. Avec Susanne Wuest, Elias Schwarz, Lukas Schwarz, Hans Escher, Elfriede Schatz, Karl Purker.

    Sortie salles France: 13 Mai 2015. Autriche: Janvier 2015

    FILMOGRAPHIE: Severin Fiala est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur producteur autrichien. Veronika Franz est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste autrichienne. 
    2014: Goodnight Mommy


    ExpĂ©rience hermĂ©tique avec l'insolite, de par son environnement high-tech aussi Ă©purĂ© que baroque, son cheminement dramatique abrupt et surtout la posture interlope des protagonistes en phase de questionnement, Goodnight Mommy dĂ©route et dĂ©range jusqu'au malaise d'une dernière partie surfant avec la torture physique. Sans fioriture et avec une volontĂ© de bousculer les habitudes du spectateur, ce huis-clos nous fait suivre le chemin de croix d'une mère molestĂ©e par ses progĂ©nitures, deux frères jumeaux incapables de l'identifier depuis son opĂ©ration chirurgicale. Car dĂ©figurĂ©e, distante et castratrice, cette dernière adopte une posture antipathique Ă  leurs Ă©gards au point de leur remettre en doute son identitĂ© maternelle. Toujours plus suspicieux, les enfants dĂ©cident de l'emprisonner dans sa chambre pour mieux l'interroger et tenter d'y dĂ©masquer l'Ă©ventuelle imposture


    Dans la lignĂ©e du cinĂ©ma de Lynch et de Haneke, Goodnight Mommy rĂ©fute le divertissement conventionnel, le film empruntant les genres du drame et de l'horreur avec rĂ©alisme clinique et climat d'Ă©trangetĂ© que le mutisme des personnages renforce sans sourciller. EsthĂ©tiquement avisĂ© et nanti d'un onirisme crĂ©pusculaire parfois envoĂ»tant, cet Ă©tonnant jeu de pouvoir entre la candeur de l'enfance et l'autoritĂ© de leur gĂ©nitrice ne provoque aucune empathie pour leur Ă©tude caractĂ©rielle destituĂ©e de bĂ©atitude. PrivilĂ©giant notamment le non-dit et le nonsensique dans leur comportement hĂ©tĂ©rodoxe (notamment ce goĂ»t singulier pour la passion des cafards !), Severin Fiala et Veronika Franz distillent autour d'eux une froide atmosphère feutrĂ©e parmi l'architecture moderne d'une rĂ©sidence ornĂ©e de silhouettes diaphanes (le design baroque imparti aux ombres chinoises des portraits du salon). Sans faire preuve d'outrance et de trivialitĂ©, le film Ă©volue vers une direction toujours plus malsaine quant Ă  l'entĂŞtement des enfants rĂ©duits en bourreaux malgrĂ© eux, mais sans que l'un d'eux ne cède au plaisir pervers pour leurs exactions punitives. Si l'intrigue linĂ©aire peut laisser perplexe au premier abord dans la motivation des personnages et le sens de leur dĂ©marche, les cinq dernières minutes viennent tout remettre en question sur ce que nous venons d'assister afin d'Ă©lucider Spoiler !!! une rĂ©flexion sur le deuil, l'incapacitĂ© d'en assumer le fardeau et l'influence dĂ©pressive qu'il peut engendrer sur notre inconscient vis Ă  vis des thèmes du double, du traumatisme et de la gĂ©mellitĂ©. Fin du Spoiler.


    Langoureux par la monotonie de son rythme et donc difficile d'accès pour certains, Goodnight Mommy n'est pas conçu pour plaire au public de masse tant cette épreuve psychologique monopolise le climat d'inquiétude et la posture équivoque des personnages avec une singularité auteurisante.
    Pour public averti.

    Bruno Matéï
    La critique de Audrey Jeamart: http://scopophilia.fr/goodnight-mommy-conte-cruel-de-la-jeunesse/

    RĂ©compensesFestival international du film de Catalogne 2014 : « Official FantĂ stic Panorama Selection » - Grand prix du film fantastique europĂ©en en argent
    Festival international du film de Thessalonique 2014 : « International Competition » - Prix FIPRESCI
    Festival international du film fantastique de Gérardmer 2015 : Prix du Jury Syfy et Prix du Jury Jeunes
    Festival Hallucinations Collectives 2015 : Grand prix du festival (prix du public)


    lundi 13 juillet 2015

    Kamikaze

                                                        Photo empruntĂ©e sur
    Google, appartenant au site Imdb.com

    de Didier Grousset. 1986. France. 1h29. Avec Richard Bohringer, Michel Galabru, Dominique Lavanant, Romane Bohringer, Etienne Chicot, Harry Cleven, Riton Liebman.

    FILMOGRAPHIE: Didier Grousset est un réalisateur français.
    1986: Kamikaze. 1990: Rendez-vous au tas de sable. 1994: Eclats de Famille (télé-film). 1995: Le Fils de Paul (télé-film). 2000: Le Coup du Lapin (télé-film). Dans la gueule du loup (télé-film). 2001: Permission Moisson (télé-film). 2003: Il court, il court le furet (télé-film). 2003: Retour aux Sources (télé-film). 2005: Confession d'un menteur (télé-film). 2006: Le Chapeau du P'tit Jésus (télé-film). 2006: Mariés... ou presque ! (télé-film). 2007: Un Crime très populaire (télé-film). 2008: Il faut sauver Saïd (télé-film). 2009: Sur le chemin de Compostelle (télé-film)/ 2012: La Smala s'en mêle (télé-film).


    Produit et co-scĂ©narisĂ© par Luc Besson, Kamikaze est un petit ovni oubliĂ© des annĂ©es 80, premier long-mĂ©trage de Didier Grousset, ancien assistant de Subway. Partant d’un concept d’anticipation dĂ©bridĂ© - tuer Ă  distance les speakerines de la tĂ©lĂ©vision par le biais d’une arme Ă©lectronique - le film choisit la dĂ©rision sardonique lorsqu’un savant limogĂ© dĂ©cide de se venger de la sociĂ©tĂ© en façonnant une machine rĂ©volutionnaire. Satire du milieu mĂ©diatique par la caricature grotesque de ses speakerines, cette comĂ©die noire doit beaucoup de son attrait Ă  l’audace d’un humour au vitriol, portĂ© par la posture extravagante du grand Michel Galabru, campant un misanthrope ruminant sa haine depuis son licenciement abusif. Il crève l'Ă©cran de manière forcenĂ©e dans sa sociopathie sans limite. 

    Fuyant son ennui devant son tĂ©lĂ©viseur mais toujours plus irritĂ© par la vulgaritĂ© d’Ă©missions aseptisĂ©es, il se mue en exterminateur afin d’exhiber toute l’Ă©tendue de son gĂ©nie. Sans surprise mais efficace, l’intrigue linĂ©aire repose sur l’investigation opiniâtre de l’inspecteur Pascot (campĂ© avec autoritĂ© par notre excellent Richard Borhinger), dĂ©terminĂ© Ă  dĂ©jouer les nouvelles exactions criminelles d’Albert - savant-fou piĂ©gĂ© par sa propre dĂ©chĂ©ance meurtrière - et Ă  lui tendre un piège par le biais de son arme Ă©lectromagnĂ©tique.


    Au-delĂ  du caractère dĂ©lirant d’une telle situation (Ă©liminer les prĂ©sentatrices les plus importunes directement Ă  travers l’Ă©cran cathodique !), le film distille un climat parfois dĂ©rangeant dans la manière outrancière dont Galabru esquisse son personnage, oscillant entre verve insolente et irascibilitĂ© sans vergogne. La dernière partie, notamment, accorde Ă  deux protagonistes un sort d’une noirceur inattendue. L’atmosphère insolite, dĂ©calĂ©e, baigne dans un mĂ©lange ravageur d’humour noir, d’action sanguinolente (ces spectaculaires scènes-chocs oĂą l’estomac des speakerines Ă©clate aussi furtivement qu’inopinĂ©ment !) et de suspense fonctionnel, le tout rythmĂ© par l’onirisme d’une partition envoĂ»tante signĂ©e Éric Serra.

    Hormis une scène mal exploitĂ©e (sa fausse idylle avec sa collègue Laure Frontenac) et la nĂ©gligence de certains seconds-rĂ´les (Kim Massee peine un peu Ă  convaincre dans la peau d'une nièce d'une bonhomie excessive), Kamikaze assure la sympathie d'une curiositĂ© complètement cintrĂ©e parmi l'excentricitĂ© d'un Michel Galabru aussi grotesque qu'Ă©trangement dĂ©lĂ©tère. Et cela reste tout Ă  fait rĂ©jouissant quelques dĂ©cennies plus loin.  

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
    23.08.25. 3èx

    vendredi 10 juillet 2015

    La Guerre des Mondes / War of the Worlds

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site war-ofthe-worlds.co.uk

    de Steven Spielberg. 2005. U.S.A. 1h56. Avec Tom Cruise, Dakota Fanning, Justin Chatwin, Henry Jane Watson, Miranda Otto, Tim Robbins, Rick Gonzales.

    Sortie salles France: 6 Juillet 2005. U.S: 29 Juin 2005

    FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis).
    1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln. 2015: Le Pont des Espions.


    Spectacle pyrotechnique Ă  couper le souffle, de par les moyens dantesques mis en oeuvre pour l'ampleur de sĂ©quences catastrophes aux FX numĂ©riques ahurissants de rĂ©alisme, La Guerre des Mondes s'impose comme une relecture du fameux roman de H.G Wells dĂ©jĂ  adaptĂ© Ă  l'Ă©cran par Byron Haskin en 1953. Reprenant le concept Ă©culĂ© d'une invasion extra-terrestre dĂ©libĂ©rĂ© Ă  Ă©radiquer notre planète pour mieux s'y implanter, Steven Spielberg parvient Ă  rĂ©inventer le genre grâce Ă  la virtuositĂ© de sa mise en scène multipliant les sĂ©quences anthologiques au service d'une narration simple mais efficace. En se focalisant sur les tentatives de survie d'un père divorcĂ© et de ses deux enfants, pris Ă  parti avec la menace extra-terrestre d'engins destructeurs, Steven Spielberg parvient Ă  cultiver l'intĂ©rĂŞt de leurs pĂ©rĂ©grinations au sein d'un monde rĂ©duit au chaos. Souvent spectaculaire et inventif dans les sĂ©quences de destructions massives (Ă  l'instar de son prĂ©lude catastrophiste !), La Guerre des Mondes en profite pour souligner l'instinct ingrat de notre civilisation lorsque nous sommes confrontĂ©s Ă  une situation apocalyptique Ă©chappant Ă  notre contrĂ´le. Parmi ces foules humaines en panique, des centaines de survivants tentent d'embarquer Ă  bord d'un paquebot après avoir tentĂ© de dĂ©rober un vĂ©hicule au mĂ©pris de la vie de ces occupants. 


    A travers leur comportement individualiste surmenĂ© par la peur de l'inconnu et de trĂ©passer Ă  tous moments, Spielberg intensifie le rĂ©alisme d'un climat tĂ©nĂ©breux lorsqu'ils parcourent les plaines d'un environnement belliqueux. Face Ă  cette hĂ©catombe humaine engendrĂ©e par les tripodes avides de mĂ©galomanie, on peut peut-ĂŞtre y percevoir une mĂ©taphore sur le gĂ©nocide juif au vu de leur Ă©radication expĂ©ditive, les extra-terrestres se substituant aux spectres du nazisme dans leur ambition totalitaire. Si la Guerre des Mondes parvient Ă  fasciner et provoquer une terreur psychologique, il le doit Ă©galement Ă  la prestance humaine des comĂ©diens totalement impliquĂ©s dans leur fonction de survie et de bravoure. Spielberg accordant notamment un intĂ©rĂŞt majeur sur la relation de discorde qu'un père divorcĂ© tente de nĂ©gocier parmi la rĂ©bellion infantile. Leur cheminement ardu de survie et Ă©preuves de sĂ©paration s'avĂ©rant une initiation Ă  la rĂ©conciliation après avoir vaincu leur peur de trĂ©passer et celle de l'abandon. Dans celui du père rejetĂ©, Tom Cruise adopte la juste mesure du hĂ©ros combatif avec la dignitĂ© d'un paternel en requĂŞte d'amour, de confiance et de rĂ©demption. La petite Dakota Fanning lui partageant la vedette avec une indĂ©niable empathie pour sa fragilitĂ© naturelle, sa terreur viscĂ©rale de tĂ©moigner malgrĂ© elle d'une guerre dĂ©vastatrice. Enfin, dans la peau de l'adolescent en quĂŞte identitaire, Justin Chatwin endosse la carrure du rebelle volontairement provocateur afin de mesurer le sentiment de confiance, l'autoritĂ© rĂ©gressive de son gĂ©niteur, puis de se prouver Ă  lui mĂŞme sa facultĂ© de se prendre en main dans un baroud hĂ©roĂŻque.  


    Pur spectacle d'anticipation belliciste, La Guerre des Mondes est une expérience visuelle étourdissante de réalisme dans son lot de scènes catastrophes d'une rare intensité épique et dans la structure démesurée des machines extra-terrestres plus vraies que nature. Si le scénario avait mérité à être plus original et inventif, on peut aussi se réconforter auprès de l'étude caractérielle de notre trio familial formé par Tom Cruise, Justin Chatwin et Dakota Fanning

    *Bruno
    3èx. 4K. Vost

    jeudi 9 juillet 2015

    UNE NUIT EN ENFER

                                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nerdreactor.com

    "From dusk till dawn" de Robert Rodriguez. 1996. U.S.A. 1h48. Avec Quentin Tarantino, George Clooney, Harvey Keitel, Juliette Lewis, Ernest Liu, Salma Hayek, Cheech Marin, Danny Trejo, Tom Savini, Fred Williamson

    Sortie salles France: 26 Juin 1996. U.S: 19 Janvier 1996

    FILMOGRAPHIERobert Rodriguez est un rĂ©alisateur et musicien amĂ©ricain, d'origine mexicaine, nĂ© le 20 Juin 1968 Ă  San Antonio, Texas, Etats-Unis. 1992: El Mariachi. 1993: Roadtracers (tĂ©lĂ©-film). 1995: Desperado. 1995: Groom Service (Four Rooms, segment: The Misbehavers). 1996: Une Nuit en Enfer. 1998: The Faculty. 2001: Spy Kids. 2002: Spy Kids 2. 2003: Spy Kids 3. 2003: Desperado 2. 2005: Sin City. 2005: Les Aventures de Shark Boy et Lava Girl. 2007: Planète Terror. 2009: Shorts. 2010: Machete (co-rĂ©alisĂ© avec Ethan Maniquis). 2011: Spy Kids 4. 2013: Machete Kills. 2014: Sin City: j'ai tuĂ© pour elle. 2014: From dusk till Daw: The Series (Ă©pis 1,2 et 4).


    Avertissement: Il est préférable de ne pas lire cette chronique pour ceux ignorant le retournement de situation de l'épicentre horrifique !

    Fruit de l'association Rodriguez/Tarantino, Une Nuit en Enfer se prĂ©sente comme un hommage rĂ©fĂ©rentiel aux films gores des annĂ©es 80, particulièrement les classiques notoires Evil-Dead, Brain Dread ou RĂ©-animator ayant su combiner avec efficacitĂ© humour noir et horreur. Fort d'un concept aussi original qu'audacieux, Quentin Tarantino juxtapose dans le mĂŞme mĂ©trage deux genres distincts, le polar ultra violent et le film d'horreur gore afin de surprendre le spectateur embarquĂ© dans une virĂ©e meurtrière Ă  l'aura exotique. La première partie s'attarde sur les exactions criminelles de deux Ă©minents gangsters, les frères Gesko dont l'un s'avère un redoutable psychopathe Ă  la gâchette facile. Dans un rĂ´le aussi excentrique que cynique, Tarantino himself se prend un malin plaisir Ă  se parodier dans sa fonction secondaire de criminel sans vergogne tributaire de ses pulsions sexuelles et sadiques. Le prĂ©lude dĂ©butant par leur braquage d'une Ă©picerie annonce la couleur (sardonique) dans le spectacle imparti Ă  ses gunfights chorĂ©graphiĂ©s, sa violence volontairement grand-guignolesque et son humour dĂ©bridĂ© rehaussĂ© de rĂ©parties percutantes (on reconnait bien la verve ciselĂ©e des dialogues de Tarantino attitrĂ© au poste de scĂ©nariste !).


    Après leur prise d'otage tragique auprès d'une caissière, nos deux malfrats dĂ©cident de s'en prendre Ă  un veuf catholique propriĂ©taire d'un camping-car et accompagnĂ© de ses deux chĂ©rubins. Une stratĂ©gie d'Ă©vasion afin de rejoindre la frontière mexicaine et d'attendre l'arrivĂ©e d'un auxiliaire au Titty Twister, un pub salace dont la clientèle est uniquement constituĂ©e de motards et camionneurs fĂ©rus de fornication. Après quelques Ă©chauffourĂ©es musclĂ©s avec quelques marginaux irascibles et l'entracte d'une danse lascive chorĂ©graphiĂ©e par une effeuilleuse (la plantureuse Salma Hayek se prĂŞte au jeu torride avec une Ă©lĂ©gance sulfureuse !), place au dĂ©fouloir des règlements de compte d'un style nouveau. Le Titty Twister s'avĂ©rant finalement le repère d'un nid de vampires mexicains assoiffĂ©s de sang auprès de leur clientèle Ă©mĂ©chĂ©e. Avec une inventivitĂ© vertigineuse dans les stratĂ©gies d'attaques et de dĂ©fense que nos hĂ©ros doivent rapidement nĂ©gociĂ©s, et un sens dĂ©bridĂ© de leurs affrontements homĂ©riques contre des crĂ©atures hybrides (vampires reptiliens, crĂ©atures animalières et goules dĂ©caties !), Robert Rodriguez accumule les sĂ©quences horrifiques sur un rythme Ă©chevelĂ© et parmi l'appui d'FX dĂ©complexĂ©s (en dĂ©pit de certains effets grossiers en CGI). RenforcĂ© des aimables camĂ©os que forment Tom Savini et Fred Williamson, ces derniers s'en donnent Ă  coeur joie pour prĂŞter main forte Ă  nos hĂ©ros avec un sens de dĂ©rision burlesque. Qui plus est, avec une vĂ©ritable ambition formelle, Rodriguez transfigure l'architecture gothique de l'antre mexicain du Titty Twister par le biais d'une flamboyante photo sĂ©pia, tout en exploitant habilement les recoins subsidiaires de couloirs et sous-sols caverneux. Le tout rythmĂ© au son endiablĂ© d'un rock mexicain oscillant avec le classicisme d'une musique funèbre.


    Jouissif et trépidant, Une Nuit en Enfer transcende la forme d'une série B cartoonesque pour le bonheur des fantasticophiles ayant été bercés par les classiques gores de leur adolescence. Bougrement inventif pour les affrontements épiques maniés avec l'artillerie d'armes customisées, et motivé par la chaude complicité de comédiens en roue libre, ce train fantôme vertigineux se permet notamment de rendre hommage au cinéma fantastique mexicain imprégné de mysticisme (la rédemption du père mécréant et son influence spirituelle sur son groupe de survivants). Ce qui nous conduit au baroud d'honneur lorsque des goules faméliques arpentent scrupuleusement les couloirs étroits de la crypte pour y affronter nos rescapés, bien avant de nous dévoiler l'envers du décor du Titty Twister !

    Bruno Matéï
    4èx


    mercredi 8 juillet 2015

    MADMAN

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site projectdeadpost.com

    de Joe Giannone. 1982. U.S.A. 1h28. Avec Gaylen Ross, Tony Fish, Harriet Bass, Seth Jones, Jan Claire, Alexander Murphy Jr, Tom Candela, Frederick Neumann.

    Sortie salles U.S: 1er Janvier 1982

    FILMOGRAPHIE: Joe Giannone est un réalisateur, producteur et scénariste américain né le 17 Novembre 1946, décédé le 10 Décembre 2006.
    1982: Madman.


    Slasher forestier inédit en France, Madman s'estampille ersatz Z de Vendredi 13 tant le réalisateur inexpérimenté (il s'agira d'ailleurs de son unique réalisation) peine à plagier son modèle avec une maladresse inexcusable. Reprenant le concept linéaire du classique (surestimé) de Cunningham, Madman ne se contente que d'illustrer la partie de cache-cache improvisée entre une poignée de vacanciers (inexpressifs au possible !) et un tueur aussi bêta que ces victimes inlassablement traquées. Le prologue ressassant la légende urbaine du monstre de la forêt contée autour du feu de camp annonce déjà la couleur de la redite avec une banalité affligeante. Prénommé "Mars le dément" (!!! ???), ce bûcheron tapi dans l'ombre des bosquets attend impatiemment sa revanche après avoir été pendu par des villageois depuis l'assassinat de sa famille perpétré à la hache. Un par un, ces touristes dont on éprouve aucune empathie dans leur fonction de chair à pâtée vont devoir user de vigilance et d'endurance afin d'éviter les coups de hache violemment perpétrés par un ogre clamant des grognements préhistoriques ! On peut également souligner la carrure bedonnante du psychopathe râblé s'efforçant avec une expressivité ahurie à provoquer la peur dans sa posture arriérée. Si quelques altercations gores s'avèrent gentiment attrayantes, la manière stérile dont le réalisateur anticipe l'expectative du coup porté désamorce tout effet de suspense, faute d'un montage elliptique et de la prestance cabotine de seconds-rôles clamant et gesticulant leur affolement outre-mesure. Ennuyeux au possible car lassant à force de suivre les mêmes péripéties de courses-poursuites (apathiques) entre le tueur et les victimes, le film parvient parfois à provoquer le (sou)rire involontaire lors d'idées assez délirantes (à l'instar de cette tête encastrée sous le capot d'une voiture) ou lors de situations proprement excentriques (afin d'échapper au monstre, l'une des vacancières décide de se planquer à l'intérieur d'un frigo !!!).


    Bref, vous l'aurez compris, il n'y a quasiment rien Ă  sauver dans ce slasher parodique terriblement fossilisĂ©, faute d'une mise en scène apprentie, d'un casting bovin dĂ©nuĂ© du moindre charisme et d'une absence de suspense ou d'intensitĂ© dans les poursuites et masssacres en règle. A sauver peut-ĂŞtre quelques jolis Ă©clairages en clair-obscur, un humour involontaire Ă©veillant notre indolence (la baignade des deux amants dans le jakusi filmĂ©e en prise de vue panoramique) et deux/trois agressions gores timidement spectaculaires. 

    Bruno Matéï

    mardi 7 juillet 2015

    BOUND. Prix du Jury, Deauville, 96.

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposter.com

    des frères Wachowski. 1996. 1h48. Avec Gina Gershon, Jennifer Tilly, Joe Pantoliano, John P. Ryan, Barry Kivel, Christopher Meloni, Richard C. Sarafian.

    Sortie salles France: 6 Novembre 1996. U.S: 4 Octobre 1996

    Récompenses: Prix du Jury, Deauville 1996.
    Meilleurs réalisateurs au National of Review Awards, 1996
    Prix du Meilleur Film et de la Meilleure Actrice (Jennifer Tilly), Fantasporto 1997
    Meilleur Film aux GLAAD Media Awards, 1997

    FILMOGRAPHIE: Lana Wachowski, née le 21 Juin 1965 à Chicago, et Andy Wachowski, né le 29 Décembre 1967 à Chicago sont des réalisateurs américains.
    1996: Bound. 1999: Matrix. 2003: Matrix Reloaded. 2003: Matrix Revolutions. 2008: Speed Racer. 2012: Cloud Atlas. 2015: Jupiter: le Destin de l'Univers.


    Première réalisation des Frères Wachowski célébré en grande pompe aux festivals de Deauville (Prix du Jury) et de Fantasporto (Prix du Meilleur Film), Bound exploite à merveille un scénario tarantinesque sans doute inspiré de Reservoir Dogs (pour le jeu de massacre imparti entre criminels), notamment par l'épure d'un esthétisme stylisé où les teintes du noir et blanc contrastent avec le rouge sang des victimes. Violet, maîtresse d'un truand, s'éprend d'affection pour sa voisine de palier, une locataire saphique ancienne détenue en liberté provisoire. Eprise d'un coup de foudre, elle propose à sa nouvelle amante de dérober l'argent de son concubin, une valise contenant la somme de 2 millions de dollars que le parrain Gino Marzzone doit venir empocher. Malgré l'habileté de leur plan machiavélique, rien ne se déroulera comme prévu....


    Polar noir et rouge d'une rigueur affĂ»tĂ©e dans l'ossature d'un scĂ©nario perfide faisant fuiter quelques Ă©clairs de violence brute (le passage Ă  tabac d'un transfuge et sa torture du doigt coupĂ© au sĂ©cateur !), Bound fait clairement appel au suspense Hitchcockien dans la tension d'une intrigue criminelle bourrĂ©e de rebondissements et bĂ©vues impromptues. Nanti du design stylisĂ© d'un appartement classieux, les Wachowski accordent un soin mĂ©ticuleux Ă  enjoliver la scĂ©nographie de leur huis-clos oĂą chaque pièce peut occulter un cadavre pour tenir lieu de survie. VĂ©nĂ©neux, sardonique et cruel, Bound ne cesse de relancer ses ressorts dramatiques dans les Ă©changes tendus impartis entre une communautĂ© mafieuse, faute d'une stratĂ©gie cupide entamĂ©e par deux lesbiennes audacieuses. DominĂ© par le duo tĂ©nĂ©breux Gina Gershon / Jennifer Tilly, le film adopte en prĂ©lude un jeu de sĂ©duction torride entres les actrices parmi deux Ă©treintes sexuelles Ă  l'aura charnelle. Bien qu'en retrait dans la seconde partie, Gina Gershon s'efface au profit de son adjointe, la plantureuse et faussement timorĂ©e Jennifer Tilly, redoublant ici de vigilance puis de dĂ©robade pour tromper son macro mafieux (Joe Pantoliano s'avĂ©rant saisissant d'autoritĂ© mesquine dans son sang froid Ă  feindre la vĂ©ritĂ© contre ses supĂ©rieurs). Jubilatoire dans la manière documentĂ©e dont Ceasar tente de se dĂ©pĂŞtrer de la dĂ©veine (convaincre ses sbires qu'il possède toujours les 2 millions de dollars dans la mallette), l'intrigue ne cesse de le mesurer aux conditions de danger (notamment cette intervention hitchcockienne de la police !) pour l'enjeu de sa survie, quand bien mĂŞme Violet assiste impuissante Ă  sa potentielle faillite. En parallèle, le jeu de ruse et de suspicion partagĂ©s entre Caesar et Violet dĂ©cuple une tension addictive afin de savoir qui emportera la mise lors de cette impitoyable guerre des sexes, quand bien mĂŞme sa complice Corky se porte tĂ©moin auditive Ă  travers les murs de l'immeuble.


    Jouissif et irrĂ©sistiblement trĂ©pidant dans son intrigue criminelle fertile en suspense, et endossĂ© par le charisme insidieux d'interprètes en roue libre, Bound est Ă©galement transcendĂ© par la virtuositĂ© d'une mise en scène aussi inventive qu'alambiquĂ©e ! Un polar sardonique Ă©tourdissant de roublardise dans son jubilatoire jeu de duperie 

    Bruno Matéï
    3èx

      lundi 6 juillet 2015

      Freddy 5, l'Enfant du Cauchemar. Prix de la Critique, Fantasporto 1990.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposter.com

      "A Nightmare on Elm Street 5: The Dream Childde Stephen Hopkins. 1988. U.S.A. 1h29. Avec Robert Englund, Lisa Wilcox, Kelly Jo Minter, Erika Anderson, Danny Hassel.

      Sortie salles France: 5 Août 1990. U.S: 11 Août 1989

      FILMOGRAPHIE: Stephen Hopkins est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© en 1958 en JamaĂŻque. 
      1987: Dangerous Game. 1989: Freddy 5. 1990: Predator 2. 1993: La Nuit du Jugement. 1994: Blown Away. 1996: L'Ombre et la Proie. 1998: Perdus dans l'Espace. 2000: Suspicion. 2004: Moi, Peter Sellers. 2007: Les Châtiments. 2016: Race.


      Cinquième volet d’une saga lucrative, Freddy 5 : L’Enfant du Cauchemar tire parti d’un scĂ©nario plus original que certains opus prĂ©cĂ©dents et d’un esthĂ©tisme gothique que personne n’attendait. Il s’abandonne Ă  une scĂ©nographie onirique, aussi tĂ©nĂ©breuse que cauchemardesque.

      Synopsis : rescapĂ©e du prĂ©cĂ©dent Ă©pisode, Alice doit de nouveau affronter l’arrogance nĂ©crosĂ©e de Freddy, qui, pour parfaire sa rĂ©surrection, s’en prend cette fois… Ă  son enfant Ă  naĂ®tre. Par une stratĂ©gie insolite — infiltrer les songes d’un fĹ“tus pour atteindre les vivants, et s’abreuver de leurs âmes pour mieux renaĂ®tre — le croquemitaine dĂ©ploie son emprise jusqu’Ă  contaminer l’entourage d’Alice, pris au piège dans leurs propres rĂŞves. Pour protĂ©ger son futur enfant, ses amis, et anĂ©antir Freddy, Alice s’unit Ă  Amanda Krueger dans un ultime combat contre l’ombre.

      RĂ©alisateur prolifique des annĂ©es 90 (Predator 2, Blown Away, Les Châtiments), Stephen Hopkins orchestre ici un divertissement certes classique dans sa trame, mais d’une efficacitĂ© indĂ©niable, et surtout animĂ© d’une inspiration visuelle singulière. Avec un soin particulier accordĂ© Ă  la fusion d’une ambiance gothique sĂ©pulcrale et de scènes horrifiques gorgĂ©es de rebondissements et de cruautĂ©s sardoniques, Hopkins ranime l’esprit fiĂ©vreux du cauchemar.


      Et si le scĂ©nario n’aligne qu’une succession de confrontations hĂ©roĂŻco-sanglantes entre Freddy et une poignĂ©e d’adolescents, ces sĂ©quences, nerveusement emballĂ©es, s’avèrent franchement inventives, immersives — presque sensitives. Car le rĂŞve y devient matière vivante, mallĂ©able, transfigurĂ©e par un onirisme gothique littĂ©ralement renversant. AppuyĂ© par une photo rutilante et des dĂ©cors rigoureusement ciselĂ©s, le film dĂ©gage un pouvoir fascinatoire plus sombre, plus glauque, plus premier degrĂ© que ses prĂ©dĂ©cesseurs, embrassant sans ironie le vertige macabre de l’univers Krueger.

      Certaines idĂ©es fortes — comme la coalition salvatrice d’Amanda et de Jacob pour dĂ©jouer les plans du dĂ©mon — raniment la vigueur des confrontations, jusqu’Ă  un acte final d’une dĂ©mesure baroque. Si les seconds rĂ´les juvĂ©niles demeurent stĂ©rĂ©otypĂ©s, Lisa Wilcox impose une prĂ©sence forte et habitĂ©e, incarnant une maternitĂ© combative, lucide, rigoureusement pugnace. Ă€ mi-parcours, l’arrivĂ©e du jeune Whitby Hertford, Ă©trange silhouette candide baignĂ©e de mĂ©lancolie, ajoute un souffle trouble, presque spectral. Son regard d’enfant trop grave insuffle Ă  la trame une rĂ©sonance fragile, inattendue, touchante d'une certaine manière.


      "Les Songes DĂ©viĂ©s de l’Enfant Maudit"
      MalgrĂ© son (inĂ©vitable) air de dĂ©jĂ -vu et la simplicitĂ© de son canevas, compensĂ©e par quelques fulgurances — comme l’idĂ©e osĂ©e de prendre en otage l’esprit d’un fĹ“tus pour perpĂ©tuer les exactions de Freddy — Freddy 5 : L’Enfant du Cauchemar s’impose comme une rĂ©ussite singulière, Ă  la fois efficace, soignĂ©e, ludique et fascinante. Les FX dĂ©bridĂ©s demeurent d’une tenue remarquable. Stephen Hopkins y imprime une patte personnelle, traversĂ©e d’une ambition crĂ©pusculaire, renouant par moments avec l’angoisse adulte du premier opus. Ă€ rĂ©habiliter d’urgence. Ă€ mes yeux, et au 6è visionnage, il est aujourd’hui devenu le plus fascinant de la saga après le chef-d’Ĺ“uvre de Craven.

      *Bruno Matéï
      28.05.25. 6èx. Vost. 
      30.12.21.

      vendredi 3 juillet 2015

      L'Armée des Morts / Dawn of the Dead

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site yellmagazine.com
       
      de Zack Snyder. 2004. U.S.A. 1h49 (version intégrale). Avec Sarah Polley, Ving Rhames, Jake Weber, Mekhi Phifer, Ty Burrell, Inna Korobkina, Michael Kelly, Ken Foree, Tom Savini.

      Sortie salles France: 30 Juin 2004. U.S: 19 Mars 2004

      FILMOGRAPHIE: Zack Snyder est un réalisateur, scénariste et acteur américain né le 1er mars 1966 à Green Bay, Wisconsin (États-Unis). 2004 : L'Armée des morts (Dawn of the Dead). 2007 : 300. 2009 : Watchmen. 2010 : Le Royaume de Ga'hoole : La Légende des gardiens. 2011 : Sucker Punch. 2012 : Superman: Man of Steel. 2016: Batman v Superman: l'Aube de la Justice.
       
       
      "Snyder éventre Romero".
      Remake modernisĂ© du mastodonte Zombie de Romero, L’ArmĂ©e des Morts joue la carte d’une sĂ©rie B survitaminĂ©e, concentrĂ© d’horreur et d’action habilement conjuguĂ©s. Sans cĂ©der Ă  la tentation de l’esbroufe gratuite, Zack Snyder se dĂ©marque de son modèle inĂ©galable par un dosage savant des genres : l’action, aussi explosive soit-elle, reste au service d’une narration fertile en rebondissements et en bĂ©vues humaines. On est d’ailleurs dĂ©jĂ  soufflĂ© par un prologue hallucinĂ© : un couple au foyer pris Ă  partie dans l’intimitĂ© de leur chambre par la sauvagerie de la fille des voisins. La sĂ©quence, vorace, oĂą la gamine infectĂ©e se jette sur la gorge de l’homme pour l’arracher Ă  pleines dents, vrille les nerfs par la violence des corps, l’urgence des tentatives d’Ă©vasion, l’orage de sang hyperrĂ©aliste et la frĂ©nĂ©sie du montage, dopĂ© par l’Ă©pouse affolĂ©e !

      Le dĂ©cor migre ensuite vers un mall oĂą la mère rescapĂ©e et une poignĂ©e de survivants ratissent les galeries pour y Ă©tablir leur bastion. L’ArmĂ©e des Morts profite de la prestance charismatique de comĂ©diens qui, vaillants ou couards, s’Ă©chinent Ă  contenir l’ennemi : l’hĂ©roĂŻne pugnace que Sarah Polley campe avec un naturel confondant, Jake Weber, prĂ©sence secondaire mais humanitĂ© Ă  fleur de peau, touchant jusque dans ses hĂ©sitations.


      ExploitĂ© comme un labyrinthe de verre et de couloirs, le huis clos commercial expose d’abord nos survivants Ă  un trio de rĂ©actionnaires assoiffĂ©s d’autoritĂ©. PassĂ©es les Ă©chauffourĂ©es, l’intrigue les replonge dans un quotidien prĂ©caire oĂą le danger peut surgir du moindre recoin. Car l’intĂ©rieur lui-mĂŞme se contamine : chaque morsure infecte, chaque infiltration coĂ»te un morceau de chair. Ă€ l’extĂ©rieur, une horde d’infectĂ©s cerne la barricade, pressant de toutes parts pour la fracturer. Entre stratĂ©gies de dĂ©fense et contre-attaques improvisĂ©es, d’autres rescapĂ©s s’invitent pour relancer la dynamique de groupe. Avec malice, Snyder corse l’Ă©preuve : un quidam rĂ©fugiĂ© sur le toit d’un magasin d’en face leur adresse sa dĂ©tresse Ă  coups de pancartes — il faudra le secourir ou l’abandonner. Enfin, quand l’Ă©vasion devient ultime, le film dĂ©cuple l’action Ă©pique et le gore exultant, dans une cavalcade Ă  pied ou en camions bricolĂ©s, cap sur une Ă®le paradisiaque — clin d’Ĺ“il sardonique au Jour des Morts-vivants.


      "Zombies sous amphétamines, barricades sous tension".
      Sans singer platement son aĂ®nĂ©, Snyder insuffle Ă  L’ArmĂ©e des Morts un souffle neuf : un alliage nerveux d’action et de sang qui tâche, toujours au service du rĂ©cit. Derrière l’intensitĂ© de ses rebondissements homĂ©riques, le film pulse aussi grâce Ă  la virilitĂ© cabossĂ©e de comĂ©diens trempĂ©s dans l’acier, opposant leur carcasse Ă  des zombies sous amphĂ©tamines — un choix audacieux, relancĂ© après 28 Jours Plus Tard de Boyle, qui hĂ©rissera peut-ĂŞtre le poil des puristes. Qu’importe : ce remake retors est un divertissement de haute volĂ©e, un ballet d’action intermittente, de sang festif et de concertation humaine, jusqu’Ă  l’ultime escapade de tous les dangers.

      Bruno 
      3èx

      jeudi 2 juillet 2015

      TERREUR SUR LA LAGUNE

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site caveofcult.co.uk

      "Solamente Nero / The Bloodstained Shadow" de Antonio Bido. 1978. Italie. 1h50. Lino Capolicchio, Stefania Casini, Craig Hill, Massimo Serato, Juliette Mayniel.

      FILMOGRAPHIE: Antonio Bido est un réalisateur et scénariste italien né le 8 Janvier 1949
      1977: Il gatto dagli occhi di giada. 1978: Terreur sur la Lagune. 1984: Barcamenandoci. 1987: Mak P 100. 1989: Aquile (télé-film). 1991: Blue Tornado. 2000: Battaglione San Marco.


      Giallo sous-estimĂ© prĂ©alablement dĂ©couvert en VHS par les cinĂ©philes des annĂ©es 80 sous l'Ă©tendard d'Hollywood Video, Terreur sur la Lagune se rĂ©approprie des codes du genre avec une maladresse tout Ă  fait attachante. Le rĂ©alisateur prenant soin de dupliquer le travail stylisĂ© de Dario Argento avec motivation, que ce soit au niveau de l'ossature d'une narration machiavĂ©lique, de la mise en scène clippesque des meurtres ou des Ă©clairages blĂŞmes d'un Venise feutrĂ© prĂ©figurant l'esthĂ©tisme pastel de TĂ©nèbres. Un professeur, StĂ©phano, rend visite Ă  son frère pasteur dans un hameau de Venise. Ayant prĂ©alablement sympathisĂ© avec une jeune peintre durant son voyage ferroviaire, il reste fascinĂ© par l'un de ces tableaux religieux illustrant la mort d'une fille par un dĂ©mon. Au mĂŞme moment, un mystĂ©rieux tueur s'en prend aux riverains pendant que le prĂŞtre est sujet Ă  un morbide chantage. 


      Ersatz du genre aussi naĂŻf que sympathique pour son intrigue Ă  rebondissements compromise aux digressions, puis dans la bonhomie du couple de hĂ©ros tĂ©moins malgrĂ© eux d'une succession d'assassinats quand bien mĂŞme nombre de seconds-rĂ´les peu recommandables font office de mine suspecte, Terreur sur la Lagune tire parti de son capital sympathie pour la sincĂ©ritĂ© du cinĂ©aste Ă  façonner un giallo dans sa noble tradition. L'ombre des Frissons de l'Angoisse planant d'ailleurs sur les Ă©paules du professeur exposĂ© au trauma infantile et curieux d'Ă©lucider l'Ă©nigme d'un tableau d'art sous icone catholique. Prenant pour cadre la citĂ© littorale de Venise, Antonio Bido parvient Ă  insuffler un sentiment envoĂ»tant d'Ă©trangetĂ© Ă©thĂ©rĂ©e, Ă  l'instar des poursuites horrifiques ou de la dĂ©ambulation des (rares) riverains suspectant avec vigilance l'Ă©tranger. Si les 2/3 tiers du film se concentrent sur la rĂ©currente dĂ©rive criminelle du tueur masquĂ©, le cinĂ©aste prend soin de peaufiner la forme dans l'exploitation inventive de ces dĂ©cors naturels (sĂ©pulture, presbytère, bâtisse gothique, berge, Ă©glise) auquel victimes et assassin servent de figuration au spectacle gothico-baroque (notamment l'Ă©pure livide des Ă©clairages urbains inscrits dans une architecture onirique). RehaussĂ© de la partition Ă©clectique de Stelvio Cipriani, le film adopte la mĂŞme sonoritĂ© entraĂ®nante des Goblin afin d'intensifier les situations d'apprĂ©hension et d'altercation dans une mĂ©tronomie haletante et avant que n'intervienne la modestie des cruautĂ©s meurtrières. Quant Ă  sa dernière partie multipliant avec efficacitĂ© les rebondissements et levant le voile sur une machination Ă  tiroirs, l'intrigue s'avère suffisamment bien pensĂ©e pour s'y laisser berner et comprendre les aboutissants du tueur Spoiler ! tout en Ă©gratignant au passage la corruption religieuse Fin du Spoiler.


      Si la plupart des interprètes cabotins surjouent modestement leur stature de victime ou de présumé coupable, l'indéniable empathie accordée au couple de héros et au prêtre de la paroisse permet de s'immerger dans une investigation criminelle éculée de prime abord mais assez surprenante dans le dénouement de sa dernière demi-heure fertile en péripéties et contrecoups. Un sympathique giallo donc tout à fait fréquentable, notamment pour son charme onirico-macabre imparti à sa confection argentesque !

      Remerciement Ă  Contrebande VHS
      Bruno Matéï

                                             

      mercredi 1 juillet 2015

      IL ETAIT UNE FOIS UN MEURTRE. Prix du Jury au Festival du film Policier de Beaune, 2011

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bloody-disgusting.com

      "Das letzte Schweigen / The Silence" de Baran bo Odar. 2010. Allemagne. 1h55. Avec Ulrich Thomsen, Wotan Wilke Möhring, Sebastian Blomberg, Katrin Sab, Burghart Klaubner.

      Sortie salles France: 27 Avril 2011. U.S: 8 Mars 2013. Allemagne: 1 Juillet 2010

      FILMOGRAPHIE: Baran bo Odar est un rĂ©alisateur suisse nĂ© le 18 Avril 1978. 
      2006: Sous le soleil. 2010: Il Ă©tait une fois un meurtre. 2014: Who Am I: Kein System ist sicher


      Production allemande rĂ©compensĂ©e du Prix du Jury au Festival du film policier de Beaune, Le silence (titre beaucoup mieux subtil et appropriĂ© que son homologue français quant Ă  l'issue de l'intrigue !) allie drame psychologique et thriller sous couvert d'un tabou brĂ»lant, le trouble mental de la pĂ©dophilie. Le 8 juillet 1986, un pĂ©dophile circulant en voiture kidnappe une adolescente au moment oĂą cette dernière emprunte un sentier bucolique Ă  bicyclette. Le passager du vĂ©hicule observe impuissant au viol et Ă  la strangulation de la fillette par son acolyte. 23 ans plus tard, le mĂŞme jour estival, et sur les lieux du prĂ©cĂ©dent homicide, une autre fille circulant Ă  bicyclette est portĂ©e disparue. PersuadĂ© qu'il s'agit du mĂŞme agresseur, la police rouvre l'enquĂŞte quand bien mĂŞme le coupable oculaire de l'affaire prĂ©cĂ©dente tente de retrouver la trace de son compagnon meurtrier. 


      Thriller psychologique au suspense perpĂ©tuellement tendu, notamment grâce Ă  la sobriĂ©tĂ© sentencieuse des comĂ©diens, le Silence prĂ©conise l'investigation policière de longue haleine afin d'Ă©lucider une affaire criminelle de pĂ©dophilie vieille d'un quart de siècle. On peut d'ailleurs saluer la pudeur dont le cinĂ©aste fait preuve pour illustrer sans racolage quelques sĂ©quences difficiles par le biais d'un rĂ©alisme rugueux et de la conviction d'interprètes taillĂ©s sur mesure pour extĂ©rioriser face Ă  l'Ă©cran des pulsions de dĂ©viance sexuelle. En parallèle d'une enquĂŞte Ă©maillĂ©e d'indices et de rebondissements alertes, Baran bo Odar privilĂ©gie l'Ă©tude caractĂ©rielle du second pĂ©dophile, ancien tĂ©moin oculaire aujourd'hui Ă©poux et père de deux enfants mais contraint en l'occurrence de faire resurgir sa responsabilitĂ© d'un passĂ© crapuleux. Par sa posture dĂ©sespĂ©rĂ©e Ă  tenter de dĂ©couvrir l'auteur de cette nouvelle disparition et par sa difficultĂ© ardue Ă  refrĂ©ner ses pulsions perverses, l'intrigue dilue un climat anxiogène particulièrement malsain lorsque le spectateur est contraint d'observer sa culpabilitĂ© existentielle en perdition. Pour renforcer l'acuitĂ© du contexte singulier, la narration est Ă©galement impartie au portrait plus dĂ©lĂ©tère du criminel pĂ©dophile, concierge d'immeuble vivant reclus dans un appartement parmi le fĂ©tichisme de ces fantasmes pĂ©dopornographiques. Enfin, en alternant le deuil insurmontable des parents de la première disparue avec la dĂ©tresse des nouveaux parents redoutant une issue morbide pour le sort de leur fille, Le Silence allie suspense et ressort dramatique modĂ©rĂ© afin d'escompter un dĂ©nouement potentiellement optimiste. 


      Captivant et haletant dans l'ossature studieuse d'une investigation sordide, et donc Ă©prouvant par le climat pervers rĂ©gi autour des profils pĂ©dophiles, Le Silence se permet Ă©galement de dĂ©noncer le rĂ´le (racoleur) des mĂ©dias anticipant la rĂ©solution d'une affaire crapuleuse sans preuves tangibles, et la fonction expĂ©ditive d'une hiĂ©rarchie policière incapable d'Ă©lucider les auteurs d'infanticides. Un sombre thriller constamment sur le fil du rasoir dans sa narration indĂ©cise qu'une interprĂ©tation sans faille rehausse d'intensitĂ© dans leur fardeau moral, mais dont l'audace incongrue du dĂ©nouement risque d'en dĂ©router plus ! 

      Remerciement Ă  Pascal Frezzato
      Bruno Matéï