vendredi 21 août 2015

PIEGE DE CRISTAL

                                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site bryanonion.com

"Die Hard" de John Mc Tiernan. 1988. U.S.A. 2h12. Avec Bruce Willis, Alan Rickman, Alexander Godunov, Bonnie Bedelia, Reginald VelJohnson, Paul Gleason, De'voreaux White, William Atherton, Hart Bochner.

Sortie salles France: 21 Septembre 1988. U.S: 22 Juillet 1988

FILMOGRAPHIE
: John McTiernan est un réalisateur et producteur américain, né le 8 janvier 1951 à Albany à New-York. 1986: Nomads. 1987: Predator. 1988: Piège de Cristal. 1990: A la Poursuite d'Octobre Rouge. 1992: Medicine Man. 1993: Last Action Hero. 1995: Une Journée en Enfer. 1999: Le 13è Guerrier. 1999: Thomas Crown. 2002: Rollerball. 2003: Basic. 2015: Red Squad.


Modèle de suspense et d'efficacité au sein du cinéma d'action, Piège de Cristal renouvela le genre à l'issue des années 80 par le biais d'un réalisateur surdoué (un an au préalable, il triomphait déjà avec son second film, Predator), quand bien même Bruce Willis accéda à la consécration du public pour son rôle aguerri d'héros seul contre tous. 

Un groupe de faux terroristes prennent en otage les hôtes d'une réception en interne d'un gratte ciel afin de décoder un coffre fort contenant 640 millions de dollars. Au même moment, le lieutenant John McLane confiné dans une salle de bain entend les coups de feu de sommation du leader allemand Hans Gruber. Délibéré à se cloisonner, McLane va tenter avec bravoure suicidaire de déjouer l'ambitieux projet des cambrioleurs. 

Plaçant le cadre de son action dans le huis-clos d'un gigantesque immeuble d'une trentaine d'étages, dédale de tous les dangers pour notre héros sans repère, John McTiernan l'exploite avec une inventivité constante pour ses déplacements imposés. Ce dernier étant contraint de s'isoler dans les endroits les plus restreints (cage d'ascenseur, conduit d'aération, combles du plafond) avant de canarder les terroristes frayant son chemin. 


Dans la peau du flic arrogant infatigable coursant ses adversaires à pied nu et en "marcel", Bruce Willis iconise son personnage avec un charisme hargneux dénué de prétention sachant que l'acteur ne cesse de se railler de lui même dans sa situation désespérée d'intrus malgré lui ! Bourré de répliques cocasses échangées entre lui et ses ravisseurs, Piège de Cristal alterne action, humour et catastrophe (à l'instar de son final en apothéose rappelant l'anthologique Tour Infernale !) avec un sens du suspense incroyablement vertigineux (je pèse mes mots !). De par l'habileté dont le cinéaste charpente son intrigue, la précision accordé au sens du découpage que de la tension omniprésente qu'insuffle ce contexte de siège. En prime, pour épicer les caractérisations humaines, quelques seconds-rôles tantôt sournois, cupides ou obtus (un journaliste en mal de notoriété, un otage transfuge, un adjoint de police condescendant) viennent bouleverser la situation avec irresponsabilité. Outre la trempe antipathique de ces derniers, Piège de Cristal sait également se montrer altruiste lorsque McLean sympathise avec un sergent de police (un afro-américain ventripotent au coeur tendre) pour lui dévoiler des infos sur le blocus tout en lui révélant nombre de morts qu'il eut pu supprimer chez les terroristes. Enfin, une pointe de romance est impartie à ces efforts lorsqu'il doit préserver la vie de sa propre épouse prise en otage, cette dernière tentant fébrilement de masquer son identité aux yeux des assaillants. Bourré de situations et revirements imprévues, à l'instar de la police réunie en masse autour de l'immeuble et tentant d'y pénétrer quand bien même les terroristes ripostent sans modération, Piège de Cristal attise le danger omniprésent parmi l'appui de notre redresseur de tort en prise aux subterfuges et stratégies d'affront pour la survie des otages. 


Au rythme d'une bande-son haletante parfaitement idoine, Piège de Cristal renouvelle le cinéma d'action sous la houlette d'une réalisation virtuose exploitant à merveille les espaces restreints de l'empire de cristal. Quand bien même le duo impétueux formé par Bruce Willis et Alan Rickman se provoque avec une impudence si jouissive qu'il confine à l'anthologie ! Un absolu chef-d'oeuvre donc n'ayant rien perdu de son souffle épique pour ses explosions et canardages en règle, sans compter l'attrait émotionnel d'une intrigue fertile en incidents arbitraires quand bien même son suspense à couper au rasoir nous laisse bouche bée !  

58 Minutes pour vivre: http://brunomatei.blogspot.fr/…/…/58-minutes-pour-vivre.html
Une Journée en Enfer: http://brunomatei.blogspot.fr/…/08/une-journee-en-enfer.html

*Bruno
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jeudi 20 août 2015

UNE JOURNEE EN ENFER

                                                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

"Die Hard with a vengeance" de John Mc Tiernan. 1995. U.S.A. 2h08. Avec Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Jeremy Irons, Graham Greene, Colleen Camp, Larry Bryggman, Anthony Peck, Nick Wyman.

Sortie salles France: 2 Août 1995. U.S: 19 Mai 1995

FILMOGRAPHIE: John McTiernan est un réalisateur et producteur américain, né le 8 janvier 1951 à Albany à New-York. 1986: Nomads. 1987: Predator. 1988: Piège de Cristal. 1990: A la Poursuite d'Octobre Rouge. 1992: Medicine Man. 1993: Last Action Hero. 1995: Une Journée en Enfer. 1999: Le 13è Guerrier. 1999: Thomas Crown. 2002: Rollerball. 2003: Basic. 2015: Red Squad. 


Cinq ans après 58 minutes pour vivreJohn McTiernan reprend les commandes de la saga pour transcender une suite aussi digne que son modèle ! Concentré d'action, d'humour et de suspense sur fond de scénario catastrophe imparti au thème du terrorisme, Une Journée en Enfer est également la réunion de deux vétérans en la matière, Bruce Willis et Samuel L. Jackson. Nos deux cabotins formant avec complicité impayable (répliques incisives à l'appui !) un couple de héros à perdre haleine pour leur course intrépide engagée à travers les rues de New-York afin de déjouer le prochain attentat du terroriste Peter Krieg (Jeremy Irons, épatant de fourberie dans son modeste narcissisme !). Ce leader allemand (le frère du franc-tireur du 1er volet !) s'est investi par esprit de vengeance de se payer la tête de Mc Lean en lui assignant un jeu de devinettes. Un défi morbide que nos deux héros vont devoir relever dans un enjeu de survie afin de débusquer l'origine de la bombe et son potentiel désamorçage avant la fatale explosion.


Course effrénée contre la montre, Mc Lean et son co-équipier noir Zeus Carver sont donc contraints de se soumettre à ce chantage sardonique afin d'épargner la vie de centaines d'innocents. Spoil ! Mais toute cette mise en scène savamment planifiée autour d'un métro et d'une école n'était finalement qu'un leurre, un subterfuge afin que Krieg et son armée puissent dévaliser l'or de la réserve fédérale de New-York ! Fin du Spoil ! Cet hold-up du siècle renfermant des milliards de dollars, John McTiernan le transcende parmi l'audace d'un terroriste utopiste et la perspicacité de nos héros à bout de course. Jubilatoire dans son suspense à couper au rasoir et ses revirements homériques impromptus, le cinéaste se permet en outre de nous offrir une leçon de mise en scène par le biais d'un savoir-faire technique millimétré. Avec son intrigue alerte taillée sur mesure et la complicité pugnace de nos héros en roue libre, une Journée en Enfer décuple son intensité émotionnelle par le biais d'un montage nerveux enchaînant parfois en même temps deux situations alertes (la tentative policière de désamorçage d'une bombe infiltrée dans une école au moment même où nos héros s'efforcent de poursuivre les meurtriers en cavale). Les séquences intermittentes d'action et de catastrophe s'avérant d'autant plus vraisemblables et justifiées sous l'impulsion intraitable de terroristes et héros se défiant ironiquement l'autorité. Le réalisme imparti aux bravoures, la rigueur du montage et le sens inventif des cadrages (le prologue explosif en plein centre urbain, l'altercation sanglante dans l'ascenseur, la course-poursuite de véhicules entamée sous une pluie battante !) décuplant l'aspect addictif d'un jeu du chat et de la souris opposé entre bons et méchants.


Fun, drôle, trépidant, spectaculaire et jubilatoire, Une Journée en Enfer relève le défi d'égaler son modèle par le biais d'une leçon de mise en scène à inculquer dans les écoles et par la complicité de deux héros sévèrement raillés dans leur épreuve de survie. Pour le genre si improbable et fantaisiste du cinéma d'action en quête d'esbroufe souvent gratuite, le terme "chef-d'oeuvre" reprend ici tout son sens sous la caméra circonspecte d'un maître non dupe de dérision.  

Piège de Cristal: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/08/piege-de-cristal.html
58 Minutes pour vivre: http://brunomatei.blogspot.fr/…/…/58-minutes-pour-vivre.html


Bruno Matéï
3èx

mercredi 19 août 2015

BAD LIEUTENANT

                                                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Abel Ferrara. 1992. U.S.A. 1h36. Avec Harvey Keitel, Frankie Thorn, Victor Argo, Paul Calderon, Leonard L. Thomas, Zoë Lund, Jaime Sanchez, Peggy Gormley.

Sortie salles France: 10 Mars 1993. U.S: 20 Novembre 1992

FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un réalisateur et scénariste américain né le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crédité sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine.
1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos Funérailles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth. 2014: Welcome to New-York. 2014: Pasolini.


Témoignage édifiant sur la déliquescence morale un flic ripoux et sur l'avilissement de sa toxicomanie (drogue et alcool compris !), Bad Lieutenant est une descente aux enfers qu'Abel Ferrara filme au plus près des tourments de son personnage autodestructeur. Filmé à la manière d'un reportage en plein coeur des cités marginales new-yorkaises, son hyper réalisme s'avère d'autant plus rigoureux avec l'appui des comédiens poussant le vice jusqu'à l'extrême puisque véritablement shootés devant la caméra d'un Ferrara complice. 


Immersif, viscéral, glauque, étouffant, sensitif, Bad Lieutenant insuffle le malaise pour ausculter l'introspection licencieuse d'un lieutenant condamné à répéter les mêmes gestes de routine pour son accoutumance à la came, l'alcool et l'argent. Une posture davantage dépravée afin de fuir une réalité trop véreuse dans son lot quotidien de faits divers criminels et de délinquances mineures sans repères. Sa dérive vers le néant n'étant que les conséquences de ses excès toxicomanes, son goût pour les paris d'argent et son parti-pris libertaire à souiller l'honneur de son insigne jusqu'à concrétiser ses fantasmes pervers (son chantage sexuel imparti à deux jeunes fêtardes durant un contrôle routier). Avec une rare intensité émotionnelle, Ferrara filme les séquences de défonce à la manière d'un documentaire hardcore que n'aurait pas renié la chaîne allemande Arte. Les shoots à la seringue pénétrant dans les veines avec un réalisme chirurgical quand bien même le décorum restreint d'appartement délabré participe au climat putassier de l'environnement insalubre ! De par sa crudité abrupte et le jeu halluciné d'Harvey Keitel véritablement transi par sa déchéance humaine, le malaise éprouvé durant son cheminement existentiel inspire nausée mais aussi pitié lorsque ce dernier tente in extremis de trouver la rédemption auprès de Dieu. Subitement épris d'empathie pour le viol d'une nonne qui aura décidé d'invoquer le pardon à ses agresseurs (deux jeunes mineurs issus de quartier miséreux), le lieutenant l'incite dans un revers de conscience à déposer plainte. La puissance du film émanant également de son idéologie catholique, de ses remords éprouvés, de sa décision d'affronter sa culpabilité pour finalement se confesser à Dieu et qui, dans un ultime acte salvateur, décide d'alpaguer ces deux violeurs afin de se racheter une conduite. 


Réflexion sur le pardon, la rédemption spirituelle et l'influence perverse du Mal, cri d'alarme sur les ravages de la toxicomanie, Bad Lieutenant est un uppercut émotionnel d'une intensité crapuleuse aussi dérangeante que malsaine lorsque Harvey Keitel se met à nu devant la caméra expérimentale d'un Ferrara aussi torturé par ses vieux démons. 

A Zoë Lund...

Bruno Matéï
4èx 

mardi 18 août 2015

JACKIE BROWN

                                                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site fontsinuse.com

de Quentin Tarantino. 1997. U.S.A. 2h34. Avec Pam Grier, Samuel L. Jackson, Robert Foster, Robert De Niro, Bridget Fonda, Mickael Keaton, Michael Bowen, Chris Tucker, Lisa Gay Hamilton, Sid Haig, Hattie Winston, Tom Lister, Quentin Tarantino, Denise Crosby, Helmut Berger.

Sortie salles France: 1er Avril 1998. U.S: 25 Décembre 1997

FILMOGRAPHIE: Quentin (Jérome)Tarantino est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 27 Mars 1963 à Knoxville dans le Tennessee.
1992: Réservoir Dogs. 1994: Pulp Fiction. 1995: Groom Service (segment: The Man from Hollywood). 1997: Jackie Brown. 2003: Kill Bill 1. 2004: Kill Bill 2. 2007: Boulevard de la Mort. 2009: Inglorious Basterds. 2012: Django Unchained. 2015: The Hateful Eight.


Hommage à la Blaxploitation et déclaration d'amour à son égérie féminine, Pam GrierJackie Brown emprunte un roman d'Elmore Leonard, Punch Creole, afin de célébrer le complot d'une hôtesse de l'air prise à parti avec la police et un trafiquant d'armes pour lequel elle intervient en tant que passeuse de monnaie. Par l'entremise d'un tour de passe-passe avec des sacs et avec l'aide d'un prêteur sur gages, elle décide de s'emparer de 550 000 dollars sous la surveillance discrète de la police délibérée à coincer son mentor, le gangster Ordell Robbie. Trois ans après la consécration de Pulp FictionQuentin Tarantino continue de surfer sur le polar dans une démarche de suspense policier et de mettre sur piédestal une anti-héroïne au passé galvaudé cette fois-ci déterminée à prendre sa revanche sur sa médiocre existence. Comme de coutume, Tarantino rassemble autour de son intrigue un florilège de stars notoires pour mettre en exergue des numéros d'acteur à la verve infatigable. 


Que ce soit De Niro pour son numéro parodique de braqueur de banque en beauf semi-retraité, Bridget Fonda dans sa fonction railleuse de garce arrogante ou Samuel L. Jackson interprétant avec cynisme un trafiquant d'armes sournois dans ses accès de rancoeur meurtrière. Mais la palme du duo le plus proéminent revient à Pam Grier, l'actrice en second souffle endossant avec flegme couillu une hôtesse de l'air apte à duper ses adversaires, quand bien même Robert Foster (l'inoubliable interprète de Vigilante de Lustig) lui partage la vedette dans celui du prêteur de caution, un quinquagénaire subitement amoureux de cette récidiviste malmenée. Au rythme d'une BO entraînante enchaînant sans modération les plus beaux tubes de Soul-Music, et parmi la stylisation d'une réalisation toujours aussi épurée, Quentin Tarantino bâti une intrigue charpentée autour d'une conjuration retorse que mène Jacky pour parfaire son dessein et piéger à son tour une police perfide. Outre l'aspect stimulant de ce complot de longue haleine non dénué d'humour et de rebondissements caustiques pour ses éclairs de violence réaliste, l'intensité émotionnelle qui s'y dégage est largement impartie à la spontanéité flamboyante des comédiens en roue libre superbement dessinés dans leur étude caractérielle. Notamment l'intérêt que porte son auteur au thème de la vieillesse qu'il aborde avec tendresse sous l'impulsion romantique de Jackie et Max. C'est ce que laisse transparaître la sous-intrigue, une histoire d'amour forte et mature allouée au couple véreux de quinquagénaires. Par le biais de leur rapport timoré, voir hésitant, mais par l'alchimie de leurs sentiments qu'ils partagent implicitement, Jackie Brown bouleverse les coeurs au sens noble du terme. Le film abordant l'amour et la vieillesse avec la considération de ces seniors en quête de rédemption mais finalement incapables de s'autoriser une seconde chance par crainte de l'engagement et de l'échec. Le film se clôturant sur leur amertume d'un destin infortuné quand bien même l'usure du temps s'étiole un peu plus entre leurs mains. 


En dépit de son brio technique inébranlable, de la fougue faconde des comédiens et de l'aspect roublard de son intrigue, Quentin Tarantino livre peut-être avec Jackie Brown son oeuvre la plus intimiste et émouvante afin de sacraliser la Blaxploitation parmi l'icone de deux anciens vétérans du cinéma Bis, Pam Grier et Robert Foster. Un grand moment de cinéma d'une maturité beaucoup plus sensible et profonde qu'elle n'y parait !

Bruno Matéï
2èx

lundi 17 août 2015

Splice

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Vincenzo Natali. 2009. U.S.A/France/Canada. 1h44. Avec Adrien Brody, Sarah Polley, David Hewlett, Delphine Chanéac, Brandon McGibbon, Simona Maicanescu.

Sortie salles France: 30 Juin 2010. U.S: 4 Juin 2010

FILMOGRAPHIE: Vincenzo Natali est un réalisateur, scénariste et producteur canadien, né le 6 Janvier 1969 à Détroit, Michigan. 1997: Cube. 2002: Cypher. 2003: Nothing. 2009: Splice. 2013: Haunter.


(Sempiternelle) Mise en garde contre les manipulations génétiques à des fins médicales, Splice empreinte ce thème d'anticipation afin d'y façonner une série B aussi efficace que bougrement inquiétante eu égard de son aura de souffre perméable. Le PitchAfin de favoriser la recherche médicamenteuse, un couple de chercheurs joue aux apprentis-sorciers en combinant l'ADN humain avec celui de divers animaux. Il en résulte une créature hybride mi-humaine, mi-animale que le duo décide de confiner dans la grange de leur foyer. Prénommé Dren, cette dernière adopte un comportement toujours plus agressif depuis sa claustration, quand bien même les rapports du couple de scientifiques s'avèrent houleux face à leur situation devenue ingérable. Sous couvert de science-fiction alarmiste, le réalisateur de Cube  exploite fort efficacement le mythe du savant fou sous l'impulsion d'un suspense soutenu quant à l'évolution morale (puis physique) de la créature et de nos apprentis sorciers ne sachant plus distinguer le bien du mal. Par le biais d'effets spéciaux numériques incroyablement réalistes, Splice insuffle un indéniable pouvoir de fascination pour l'attrait immaculé du cobaye androgyne chamarré d'un regard sensuel aussi diaphane qu'anxiogène. 


Le réalisateur accordant notamment avec soin documenté d'y dépeindre les diverses étapes de sa transformation, de sa gestation à sa maturité. Outre l'aspect attractif de cette découverte révolutionnaire tenant lieu de situations tantôt tendres, tantôt cocasses, l'intrigue met en parallèle les rapports équivoques du couple de chercheurs bravant les lois et leur éthique pour parfaire leur intérêt personnel (la quête de célébrité) et médical (notamment afin de créer un vaccin contre Alzheimer). Par conséquent, de par leurs expériences frauduleuses y émane un comportement malsain bâti sur le mensonge, la trahison et même l'adultère lorsque la sexualité commence à susciter chez l'un d'eux un désir irrépressible d'expérience nouvelle avec l'étranger. Et donc, à travers leur autorité contradictoire dénuée de repère dans leur éthique anti manichéenne, et l'attitude toujours plus farouche de Dren, une tension palpable commence à s'irriguer autour d'eux, quand bien même le spectateur, conscient de leur tardive prise de conscience redoute une issue dramatique. Parfois angoissant, voir même flippant auprès de la posture imprévisible de la créature plus vraie que nature, Splice n'en demeure pas moins passionnant et empathique de par le caractère attachant des amants en perdition (Adrien Brody et Sarah Polley provoquent une épaisseur psychologique davantage sentencieuse dans leurs accès de remords et quête désespérée de rédemption) . Sans compter l'aspect onirique de certaines séquences crépusculaires (particulièrement le final à la dramaturgie homérique) qu'une créature en mutation progressive instaure en nouvelle icone du bestiaire fantastique.


A la fois malsain, inquiétant et parfois même étonnamment pervers, Splice parvient surtout à conjuguer avec intelligence suspense, tension, émotion, appréhension et tendresse autour des agissements véreux du trio maudit. Tant au niveau de leur amour maternel que de la montée progressive du danger engendrant de façon insidieuse le ressort du sacrifice. Outre l'alchimie romantique du duo infortuné se disputant la vedette avec rigueur dramatique, l'oeuvre fétide est toutefois contrebalancée d'un sens de l'émerveillement en la présence ambivalente de Dren, victime hybride malencontreusement enfantée par le genre humain.

*Bruno
08.04.23. 3èx 
17.08.15 / 02.11.10 - 70v

samedi 15 août 2015

L'HOMME QUI VENAIT D'AILLEURS

                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site blogs.rue89.nouvelobs.com

"The Man Who Fell to Earth" de Nicolas Roeg. 1976. Angleterre. 2h19. Avec David Bowie, Rip Torn, Candy Clark, Buck Henry, Bernie Casey, Jackson D. Kane.

Sortie salles France: 6 Juillet 1977. U.S: 28 Mai 1976

FILMOGRAPHIE: Nicolas Roeg est un réalisateur anglais et directeur de photo, né le 15 Août 1928 à Londres. 1970: Performance. 1971: La Randonnée. 1973: Ne vous retournez pas. 1976: l'Homme qui venait d'ailleurs. 1980: Enquête sur une passion. 1984: Eureka, 1985: Insignificance. 1986: Castaway. 1988: Track 29. 1990: Les Sorcières. 1991: Cold Heaven. 1995: Two Deaths. 2007: Puffball.


                          Une chronique exclusive de Audrey Jeamart (http://scopophilia.fr/)

À l’opposé de son titre français laconique, ou anglais (« The man who fell to earth ») factuel, le quatrième film du britannique Nicolas Roeg est une œuvre complexe, sinueuse, d’une circonvolution confinant au vertige. Tenter de la résumer serait, plus qu’une gageure, une erreur, tant l’on savait bien avant X-Files que la vérité est ailleurs. Son intrigue, dévoilée par bribes, part d’une base linéaire et relativement sommaire (un extra-terrestre ayant pour mission de trouver un moyen d’acheminer de l’eau sur sa planète, où se meurent sa femme et ses deux enfants), mais emprunte constamment des chemins de traverse qui la rendent finalement accessoire et font du film, saturé d’ellipses et de soubresauts, une œuvre aussi décontenançante que fascinante.

Si la trame du film, dans sa globalité, suit bien une ligne chronologique, Roeg brouille constamment les repères et se montre peu avare en ellipses. On reste également interdits devant l’étrangeté et la beauté de ses montages alternés, dont le sens peu ou prou nous échappe. À nous de reconstituer, déduire, supposer, sans jamais acquérir de certitude. Tout comme la trajectoire du personnage, la narration du film se caractérise par un certain flottement, entre détours et raccourcis. Les motivations même du héros semblent floues, ses réactions parfois incohérentes. Sans plus d’explications, il nous faut accepter que Thomas Jerome Newton, qui vient tout juste d’arriver sur Terre, et après avoir simplement eu le temps de vendre son alliance, se retrouve assis dans le salon d’un avocat spécialisé dans les brevets (d’où découlera l’entreprise qui le rendra riche, mais dans quel but ?), qu’il s’établisse, en dépit de sa fortune, dans une chambre d’hôtel peu cossue où il accumulera les postes de télévision (abrutissement délibéré ou volonté d’engranger en peu de temps l’ensemble des us et coutumes humains ?), qu’il s’installe avec Mary-Lou, la femme qu’il y a rencontrée, dans une maison isolée, pour finalement ne se sentir bien nulle part.


De ce désordre apparent naît le vertige. Vertige d’une narration heurtée, ponctuée de cul-de-sac, traversée de réminiscences-visions de cet ailleurs (des étendues blanches et désertiques, et trois êtres aux yeux jaunes vêtus d’étranges combinaisons : souvenirs, visualisations mentales en temps réel ou espoirs futurs matérialisés, on ne saurait vraiment dire) dont on ignore au fond si le héros souhaite vraiment le retrouver. Vertige de la quête qui se délite progressivement (a-t-elle seulement existé ?), se désagrège comme une navette qui exploserait en entrant dans l’atmosphère. Car il apparaît de plus en plus évident que ce qui pouvait s’apparenter au départ à une mission des plus essentielles (retrouver sa famille et la sauver) n’est en fait qu’une errance. Celle d’un être qui s’invente un but sans être lui-même convaincu de son importance, qui bâtit un empire et devient millionnaire pour tout abandonner et finir reclus (d’abord volontairement, puis contre son gré, mais au fond, cela fait-il une différence ?). Qu’importe d’où il vienne (ni où il va), Thomas Jerome Newton est surtout dévasté par le nihilisme.

Difficile alors de ne pas voir le film de Roeg comme une allégorie de la chute originelle. Thomas Jerome Newton n’est-il pas celui qui littéralement « tombe sur la Terre » ? Dans leur dénuement, leur ascétisme serein, les visions de sa planète d’origine ne reflètent-elles pas une sorte de paradis perdu, où seul compte le bonheur d’être ensemble et de mener une vie simple ? Troublant également est ce plan de Tommy et Mary-Lou (qui interprète également sa femme extraterrestre), cet homme et cette femme, nus, qui se regardent, puis nous regardent, nimbés d’un voile vaporeux.

L’espoir d’un retour à l’âge d’or s’incarnerait alors dans cette mission de sauvetage familial, ni plus ni moins qu’une illusion destinée à amortir la chute, dont Tommy devient le symbole errant. Une fois identifiée comme un leurre, cette quête fait de Tommy un homme tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Un homme s’inventant un personnage. D’extraterrestre, en l’occurrence. Et c’est là que le choix de David Bowie (pour qui Roeg a conçu l’adaptation du roman de Walter Stone Tevis), d’emblée évident sans que l’on puisse au premier abord avancer une raison autre que son magnétisme et l’atypisme de sa silhouette frêle, de ses yeux vairons et de ses cheveux orange, prend tout son sens.


Qui d’autre pouvait mieux incarner Thomas Jerome Newton (nom ternaire comme celui de David Robert Jones) qu’un musicien qui semblait lui-même venu d’ailleurs et s’était toujours inventé des personnages, dont le plus connu, Ziggy Stardust, créé en 1972 (le film a été tourné en 1975), n’est autre qu’un messager d’une intelligence extraterrestre ? En 1969, Space Oddity, inspiré par sa fascination pour 2001 L’Odyssée de l’espace de Kubrick, raconte déjà l’errance, spatiale, du Major Tom, dont on apprendra quelques dix années plus tard, dans Ashes to Ashes, qu’il n’était qu’un junkie, et que l’astronaute était donc un personnage.

La figure de l’extraterrestre n’est pas innocente en ce sens que les termes « alien » et « aliénation », cette idée de dépossession de ce qui fait l’essence d’un être, proviennent du même mot latin. L’alien éprouvant des difficultés à s’intégrer n’est autre qu’un être aliéné qui traverse l’existence à la recherche, comme à tâtons, d’une complétude se dérobant sans cesse devant lui. Sans raison de vivre (l’autodestruction, par l’alcool, ou en tant qu’idée, comme avec ce pistolet intervenant dans les jeux érotiques de Tommy et Mary-Lou, parcourt le film entier), l’homme vit dans l’illusion de grands projets qui ne font que masquer le vide qui l’accable. C’est ce qui rend L’Homme qui venait d’ailleurs si mélancolique, si tragique, au fond.


Et comme les correspondances à l’œuvre dans le film n’en finissent plus et donnent elles aussi le vertige, la légende raconte que Bowie était sous l’emprise de substances pendant toute la durée du tournage. Qu’importe. Peu nous intéresse, au final, de savoir si cet air détaché, ce faciès quasiment imperturbable traversé par quelques sourires et mimiques ironiques d’autant plus saisissants qu’ils sont rares, découlent d’une volonté de jeu d’acteur ou d’un état second. Il est surtout troublant de superposer l’altérité manifeste à la fois de l’acteur, et du personnage. « Just being me as I was was perfectly adequate for the role. I wasn’t of this earth at that particular time », avait-il déclaré.

Au terme de cette déambulation chaotique, c’est par la création artistique que Tommy (qui tel Dorian Gray ne prend pas une ride, quand tous les autres personnages sont devenus vieux) se reconnecte à sa quête. On découvre en effet qu’il a composé un album (que sa femme entendra peut-être de là où elle est, nous suggère-t-on) sous le nom de The Visitor. Quelques années, plus tard, ce seront des portraits de Bowie tirés du film qui orneront les pochettes des albums Station to Station et Low (sur lequel figurent certains morceaux écrits pour la bande originale du film, mais qui ne furent pas utilisés).

En dépit de sa complexité, de sa continuité malmenée ne facilitant pas la compréhension immédiate et nous laissant parfois hagards, L’Homme qui venait d’ailleurs est d’une beauté confondante. D’une poésie rare, lancinante, profondément mélancolique. On demeure fasciné devant la trajectoire de cet homme qui se prend parfois à rêver et s’invente, échappatoire illusoire aux tourments qu’il tente de contourner, de sublimer, une seconde peau qui ne remplacera jamais vraiment la première, et devient le sublime et fragile écrin métaphorique de la difficulté de vivre et de s’adapter.

Audrey Jeamart (http://scopophilia.fr/)

vendredi 14 août 2015

Planet Terror

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site planetterror.wikia.com

de Robert Rodriguez. 2007. U.S.A. 1h45. Avec Rose McGowan, Freddy Rodríguez, Marley Shelton,
Josh Brolin, Naveen Andrews, Michael Biehn, Stacy « Fergie » Ferguson, Michael Parks, Tom Savini, Jeff Fahey, Carlos Gallardo, Nicky Katt, Bruce Willis, Quentin Tarantino.

Sortie salles France: 14 Août 2007. U.S: 6 Avril 2007

FILMOGRAPHIE: Robert Rodriguez est un réalisateur et musicien américain, d'origine mexicaine, né le 20 Juin 1968 à San Antonio, Texas, Etats-Unis. 1992: El Mariachi. 1993: Roadtracers (télé-film). 1995: Desperado. 1995: Groom Service (Four Rooms, segment: The Misbehavers). 1996: Une Nuit en Enfer. 1998: The Faculty. 2001: Spy Kids. 2002: Spy Kids 2. 2003: Spy Kids 3. 2003: Desperado 2. 2005: Sin City. 2005: Les Aventures de Shark Boy et Lava Girl. 2007: Planète Terror. 2009: Shorts. 2010: Machete (co-réalisé avec Ethan Maniquis). 2011: Spy Kids 4. 2013: Machete Kills. 2014: Sin City: j'ai tué pour elle. 2014: From dusk till Daw: The Series (épis 1,2 et 4). 2015: Machete Kills Again... in Space.


Vibrant hommage aux séries Z horrifiques des années 70 et 80, Planet Terror s’édifie en offrande ultime, celle que tous les amoureux du Bis espéraient un jour voir éclore sur grand écran. Autrement dit, ceux qui ont été bercés par des pellicules aussi incongrues que L’Avion de l’Apocalypse, Le Monstre qui vient de l’espace, Le Manoir de la Terreur ou Contamination. Si le duo Rodriguez/Tarantino nous avait déjà comblés avec le polar vampiresque (au goût de Tequila) Une Nuit en Enfer, nos lurons remettent le couvert de l’ultra-référence, en décuplant l’épice action/gore autour d’une invasion de zombies purulents. La faute à une transaction militaire menée par le lieutenant Muldoon : un gaz mortel s’échappe et infecte la population d’une bourgade rurale. Cherry, go-go danseuse en rupture de barre, et son ex-amoureux, s’allient à un restaurateur et une poignée de mercenaires pour repousser les monstres affamés de chair humaine.

Ce pitch éculé que les amateurs connaissent par cœur, Rodriguez en extirpe une gigantesque farce macabre, bourrée jusqu’à la moelle de poursuites, gunfights et agressions sauvages. Une confrontation démesurée entre zombies (à tête de pizza, siouplaît !) et survivants cloîtrés entre hôpital, grill-room et base militaire. Baignant dans le mauvais goût le plus délicieux, avec un gore aux effluves transalpines (clin d’œil savoureux à Fulci et sa fameuse écharde !), Rodriguez s’en donne à cœur joie, illustrant avec esbroufe grand-guignolesque d’innombrables éventrations, décapitations, démembrements, mutilations... à grand renfort de geysers de sang.

Outre la jouissance de son action trépidante nappée d’humour noir, Planet Terror est transcendé par une galerie de personnages tous plus excentriques, cyniques et ubuesques les uns que les autres. Porté par les trognes charismatiques de comédiens en roue libre - dignes rejetons des années 80 - le film arbore une patine vintage irrésistible, notamment dans la manière iconique dont Rodriguez dessine ses deux héroïnes estropiées. Le film rivalise d’idées saugrenues (la mitraillette encastrée dans le moignon d’une unijambiste !) et de situations scabreuses et pittoresques : des couilles émasculées comme enjeu diplomatique, des pustules giclant en pleine face au détour d’un dialogue.

Mais derrière l’absurde s’impose un soin constant de l’ambiance, qu’elle soit rurale (le grill-room) ou médicale (l’hôpital en alerte). Rodriguez cisèle l’esthétique flamboyante d’une photo rongée de scratchs - clin d’œil appuyé aux vieilles bobines Grindhouse -, rythmée par une partition électro en droite ligne d’un Carpenter halluciné. Une poésie visuelle et sonore qui ne tarit jamais dans son flot de trouvailles fantasques, graveleuses, répulsives.


Planet Terror, hymne solennel aux bisseries Z et autres classiques du gore transalpin que Fulci avait souillé de sa patte licencieuse, transfigure l’hommage, dépoussière le cinéma d’exploitation avec une vigueur galvanisante, une inventivité débridée, une verve insolente (les dialogues rivalisent de vulgarité gouailleuse !) et une générosité dévastatrice. Immersif en diable dans sa volonté de sacraliser l’atmosphère palpable d’une bourgade texane en proie à un surnaturel charognard, Planet Terror redore le zombie apathique avec un purisme fiévreux, porté par des comédiens cartoonesques littéralement fascinants.

Bruno
05.07.25 — 3èx

    jeudi 13 août 2015

    SCREAM 2

                                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinemagora.com

    de Wes Craven. 1997. U.S.A. 2h01. Avec Neve Campbell, Courteney Cox, David Arquette, Jamie Kennedy, Jerry O'Connell, Elise Neal, Liev Schreiber, Timothy Olyphant, Sarah Michelle Gellar.

    Sortie salles France: 8 Juillet 1998. U.S: 12 Décembre 1997

    FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur né le 2 Aout 1939 à Cleveland dans l'Ohio.
    1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La Créature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des Ténèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire à brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.


    Seconde suite d'un premier opus mondialement reconnu, Scream 2 continue de surfer sur le slasher en vogue avec un goût tacite pour la parodie, Wes Craven s'interrogeant aujourd'hui sur la nécessité des suites à succès générant le merchandising, quand bien même les producteurs véreux utilisent l'appât du fait-divers crapuleux pour l'adapter à l'écran et divertir le public ado. A l'instar de son modèle, le film s'ouvre avec un prologue tout aussi cruel lorsqu'un couple de spectateurs est pris à parti avec le tueur masqué en pleine projection de Stab (adaptation cinématographique du premier Scream). Wes Craven ayant auparavant pris soin de nous attacher à leur rapport romantique afin de mieux irriguer l'empathie après leurs assassinats. Nanti d'un ressort dramatique, il utilise la mise en abîme pour mettre en exergue la réaction aphone du public lorsqu'il se retrouve témoin d'un véritable assassinat sur la scène de l'écran. Par le biais du "film dans le film" auquel ces derniers se frissonnent à observer le meurtre fictif d'une baby-sitter, Scream 2 tend à prouver à quel point le réalisme au cinéma peut altérer l'esprit du spectateur ne sachant plus ici distinguer fiction et réalité. Ou lorsque la tragédie du quotidien vient transcender l'illusion pour rappeler à l'ordre la conscience soumise du jeune public en émoi !


    Outre sa réflexion sur le pouvoir de l'image et l'influence de la violence cinématographique qu'il peut parfois exercer chez des sujets fragiles, l'intrigue met également en appui un discours sur l'avidité de la célébrité par l'entremise des journalistes sans scrupule et surtout de l'étudiant Cotton Weary (celui que Sidney avait accusé dans le 1er opus et qui lui valu d'écoper une peine de prison), délibéré aujourd'hui à prendre sa revanche sur sa réputation auprès de l'opinion public. Bourré de références aux classiques du Slasher mais aussi du Giallo, l'intrigue exploite moult rebondissements épiques, suspects et faux coupables lorsqu'un nouveau tueur décide de fonder une suite au 1er Scream pour y imposer sa signature et commettre une nouvelle série d'homicides afin de brimer Sidney Prescott et son entourage. Avec inventivité, cruauté sardonique et pas mal de vigueur dans la gestion des séquences de poursuites, Wes Craven élabore de nouvelles séquences d'angoisse ou de terreur particulièrement palpitantes (avant d'exploiter les repères du huis-clos claustro !) lorsque les victimes sont incessamment traquées par un tueur malhabile, ce dernier ne cessant de trébucher lorsqu'il s'engage à rattraper sa proie en panique. Une manière habile de détourner les codes du genre et de s'en moquer en jouant autant sur les poncifs éculés des suites à rallonge (notamment ces fameux alibis impartis à la vengeance et au coupable bicéphale !). Le point d'orgue s'avérant assez jubilatoire dans son humour sarcastique et ses contrecoups en pagaille régis autour d'une scénographie théâtrale. Une leste manière de dévoiler l'envers du décor cinégénique et tous ces artifices techniques que le cinéaste pratique inévitablement dans l'hyperbole ! Pour parachever, on peut également prôner la complicité amicale de tous les comédiens (déjà célébrés dans le premier opus !) formant une cohésion attachante par leur caractère spontané, quand bien même Courteney Cox insuffle à sa fonction de journaliste cupide une dimension plus humaine (et romantique !) dans sa prise de conscience d'aborder cette nouvelle dramaturgie avec discernement. 


    Fun et bien troussé par son savoir-faire véloce et son rythme sans faille, Scream 2 renouvelle son style ironique avec perspicacité pour divertir son public complice d'une farce macabre. De manière satirique, voire parodique, Wes Craven profitant de nous questionner sur notre responsabilité morale à distinguer la fiction d'une violence horrifique et la tragédie du fait-divers qu'Hollywood n'hésite pas exploiter vulgairement afin de favoriser le merchandising des suites lucratives. 

    Les Chroniques de Scream: http://brunomatei.blogspot.com/2011/04/scream.html
                                   Scream 4: http://brunomatei.blogspot.com/2011/04/scream-4.html

    Bruno Matéï
    3èx

    mercredi 12 août 2015

    Cloverfield

                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

    de Matt Reeves. 2008. U.S.A. 1h21 (1h14 sans générique). Avec Michael Stahl-David, Mike Vogel, Lizzy Caplan, Jessica Lucas, T.J. Miller, Odette Yustman, Theo Rossi.

    Sortie salles France: 6 Février 2008. U.S: 18 Janvier 2008

    FILMOGRAPHIE: Matt Reeves est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 27 Avril 1966 à Rockville Centre (Etats-Unis). 1993: Future Shock (segment "Mr Petrified Forrest). 1996: Le Porteur de Cercueil. 2008: Cloverfield. 2010: Laisse moi entrer. 2014: La Planète des Singes: l'Affrontement.


    D'après un concept original du producteur J.J. Abrams, Cloverfield empreinte la démarche du Found Footage afin de renforcer l'ultra réalisme d'une invasion animale au sein de l'état de New-York. C'est à dire une créature géante (dont nous ne connaîtrons jamais l'origine ) chargée ici de semer le chaos en plein coeur des cités de Manhattan. L'armée enrôlée en masse s'efforçant vainement de déjouer l'ennemi parmi l'artillerie lourde de leurs mitraillettes, lance-roquettes et missiles envoyés par chars, hélicoptères ou encore avions de chasse. Ainsi, en alliant le film de monstre, digne héritier de Godzilla et la topographie du film catastrophe, Matt Reeves rivalise de prouesse technique pour authentifier son apocalypse urbain par le principe du documenteur. Car expérience de cinéma immersive imperturbable, Cloverfield parvient miraculeusement à se démarquer de la surenchère dans son habile dosage de destruction massive et d'apparition dantesque d'une créature protéiforme terriblement charismatique. Or, jouant également sur la suggestion en retardant le plus souvent possible sa morphologie démesurée, l'intrigue puise son efficacité dans le caractère vraisemblable de cette situation incongrue auquel un monstre aura décidé d'imposer sa loi. Ou comment cristalliser l'impensable dans le domaine du crédible par le biais d'une caméra mobile multipliant les ellipses visuelles pour mieux attiser notre curiosité. 


    C'est là la grande force de Cloverfield, car outre ses scènes d'action au souffle apocalyptique vertigineux, son pouvoir de fascination émane de l'apparition cauchemardesque du monstre par l'habileté de plans soigneusement étudiés. Et même si les protagonistes s'avèrent brièvement développés au cours de leur vicissitude de survie, bien que nantis d'une épaisseur humaine somme toute fragile, le parti-pris d'avoir sélectionné des acteurs inconnus renforce également sa facture si crédible. Et si le scénario superficiel n'apporte aucune surprise (en dehors des créatures annexes venues brimer la traque des survivants) quant au cheminement affolant des héros sillonnant les quartiers décharnés pour porter secours à une fille recluse dans un appartement, la manière urgente dont Matt Reeves nous immerge dans le feu de l'action nous laisse pantois de stupeur. Dès lors, nous redoutions la prochaine apparition du monstre déambulant avec une démarche aussi lourde qu'effrayante à travers les buildings tout en éprouvant une implacable fascination hypnotique face à ses exactions de destructions urbaines. On peut d'ailleurs souligner l'acuité de sa bande-son là encore conçue pour nous assourdir les tympans afin de rehausser la démarche pataude de la masse animale et les explosions d'immeubles qu'il génère tout en éprouvant l'empathie des survivants toujours plus à bout de course quant à l'évolution dramatique de leurs tourments dénués d'espoir. 


    Pur spectacle de samedi soir régi en tour de montagne russe, Cloverfield tient la dragée haute du divertissement alerte de par l'habileté du faux documentaire et d'un brio technique à couper le souffle. Par sa puissance visuelle crépusculaire et l'impact catastrophique d'une situation aussi aléatoire rappelant sciemment les tragiques évènements du 11 Septembre, le film peut s'officialiser comme l'un des plus réalistes film de monstres jauquel les remakes ricains de Godzilla sont balayés en un (furtif) coup de vent. 

    *Bruno
    22.08.24. 3èx. Vostfr. 4k.

      mardi 11 août 2015

      MENACE II SOCIETY

                                                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site gettyimages.com

      des Frères Hughes. 1993. U.S.A. 1h37. Avec Tyrin Turner, Larenz Tate, Jada Pinkett Smith, MC Eiht, Samuel L. Jackson, Clifton Powell, Vonte Sweet, Charles S. Dutton.

      Sortie salles France: 5 Janvier 1994. U.S: 26 Mai 1993

      FILMOGRAPHIE: Albert et Allen Hughes sont des frères jumeaux producteurs, scénaristes et réalisateurs américains, né le 1er Avril 1972 à Détroit (Michigan).
      1993: Menace II Society. 1995: Génération Sacrifiée. 1999: American Pimp (doc). 2001: From Hell. 2009: New-York, I love you (un segment d'Allen Hughes). 2009: Le Livre d'Eli. 2013: Broken City (d'Allen Hughes).


      Film choc s'il en est, plus encore que ses précurseurs Colors et Boyz'n the Hood, Menace II Society dresse le portrait effrayant d'une délinquance juvénile, celle des ghettos noirs retranchés dans une idéologie criminelle où la loi du plus fort y engendre une ingérable spirale de violence. En témoigne son prologue cinglant auquel un couple de commerçants va être lâchement abattu par un jeune noir parce que l'épicier aura osé offenser verbalement sa mère. Cette violence implacable s'avère d'autant plus terrifiante par son réalisme poisseux qu'elle découle d'un jeune marginal destitué de toute morale à accorder la moindre chance et empathie pour sa victime. Et de pousser le bouchon de l'incongruité lorsqu'il vantera plus tard les mérites de ses actes crapuleux auprès de ses proches après avoir dérobé l'enregistrement de la video surveillance !


      Terrifiant pour l'impact cru imposé à sa violence gratuite, les exactions criminelles qui empiètent le cheminement du témoin du meurtrier (c'est à dire Caine, afro-américain de 18 ans !), provoque émoi et malaise dans son lot de circonstances sanglantes. Entre règlements de comptes aux motifs dérisoires, à l'instar d'un regard ou d'une provocation verbale mal placés, voir d'un désir de vengeance ou d'un ressort de jalousie, et avant que Caine ne commence à s'éveiller de sa torpeur existentielle par l'appui d'une idylle amoureuse et des sermons de son grand-père. Illustrant sans compromis sa dérive criminelle en chute libre, les Frères Hughes n'y vont pas avec le dos de la cuillère pour mettre en exergue cette déliquescence morale établie au sein d'une communauté noire engluée dans le chômage, l'alcool et la drogue. Si les flics les pourchassent la plupart du temps avec une longueur de retard, certains autres les incriminent avec un mépris raciste au point d'enfreindre leur loi pour se porter complice d'un éventuel lynchage (voir la séquence au cours duquel deux noirs molestés seront vulgairement déposés sur le trottoir d'un quartier latino). Outre ses scènes d'ultra violence particulièrement poisseuses, ce qui ébranle quand on revoit aujourd'hui Menace II Society émane du comportement irresponsable, décérébré et inconscient de ses bandes rivales s'entretuant pour des motifs d'orgueil et de supériorité dans leur condition désoeuvrée. Cette jeunesse constamment sur le fil du rasoir n'ayant comme seule optique de profiter de l'instant présent par leur autonomie ingrate au point même d'envisager parfois d'assassiner un des proches de leur clan.


      Pessimiste et désespéré car sans échappatoire, Menace II Society provoque un malaise tangible par son climat malsain abrupt ou la violence putassière découle du comportement irréfléchi d'une minorité noire souvent livrée à l'abandon parental et à leur déchéance dépravée. Son intensité dramatique rigoureuse culminant vers un point de non retour tristement prévisible et nihiliste. Un témoignage édifiant, un constat d'échec d'une société nombriliste dont on ne sort pas indemne...

      Bruno Matéï
      4èx

      lundi 10 août 2015

      DEATH SENTENCE

                                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site allocine.fr

      de James Wan. 2007. U.S.A. 1h45. Avec Kevin Bacon, Garrett Hedlund, Kelly Preston, Aisha Tyler, John Goodman, Jordan Garrett, Stuart Lafferty, Matt O'Leary.

      Sortie salles France: 16 Janvier 2008. U.S: 31 Août 2007

      FILMOGRAPHIE: James Wan est un producteur, réalisateur et scénariste australien né le 27 Février 1977 à Kuching (Malaisie), avant de déménager à Perth (Australie).
      2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2.


      Pur hommage au Vigilante Movie, James Wan ne réinvente rien avec Death Sentence, le film épousant une structure narrative éculée avec cet aimable père de famille reconverti en exterminateur depuis la mort tragique de sa famille. Il compte donc sur l'efficacité des séquences d'actions remarquablement exécutées (à l'instar de cette poursuite filmée en plan-séquence en interne d'un parking !) et enchaînées sur un rythme sans faille, et sur l'interprétation poignante de Kevin Bacon, parfaitement charismatique dans celui du cadre sombrant peu à peu dans la folie meurtrière par regain de rancoeur. En savourant cette série B menée avec savoir-faire, les amateurs du genre se remémoreront avec nostalgie les péloches d'exploitation qui pullulaient à l'aube des années 80, particulièrement Le Droit de Tuer, Vigilante, Un justicier dans la ville 2 et le Justicier de Minuit pour en citer les plus notoires


      Outre son action échevelée et son ultra violence jouissive émanant du comportement vindicatif de rivaux incapables de s'amnistier, Death Sentence fait également preuve d'une intensité dramatique poignante lorsqu'un père de famille se retrouve témoin de la mort de son fils. De brèves séquences intimistes (la scène de l'hôpital où les parents apprennent le deuil de leur fils aîné, la séquence de la douche lorsque Nick se met à fondre en larme, l'étreinte du couple réunit dans la cave) faisant preuve de pudeur sont aussi mises en exergue pour illustrer la douleur insurmontable de Nick confronté à la violence aveugle d'une criminalité urbaine depuis la démission d'une juridiction laxiste. On peut d'ailleurs approuver la présence bicéphale de Kevin Bacon insufflant à son personnage en berne une sobre dimension humaine, notamment lors de son premier homicide quand il constate avec autant d'effroi que de dégoût la perversion de sa première pulsion morbide. Le film illustrant avec beaucoup d'efficacité sa lente descente aux enfers vers l'auto-justice et sa responsabilité immorale à prôner la meurtre depuis les conséquences dramatiques du destin de sa famille. Hormis son ossature narrative éprouvée, James Wan parvient tout de même à insérer quelques séquences inattendues, à l'instar de la confrontation improvisée entre Nick et le père de l'assassin (un vendeur illicite d'armes que John Goodman endosse avec une ambiguïté sociopathe !) alors que ce dernier n'hésitera pas à lui avouer sa démission parentale. Il y a aussi cette posture quasi ironique et désespérée d'observer Nick et son ennemi assis dans un canapé après leurs échanges de tir, quand bien même ce dernier lui fait constater à quel point il est devenu l'ennemi qu'il combattait depuis sa déliquescence criminelle.


      Mené avec un implacable savoir-faire dans sa mise en scène nerveuse d'une caméra très mobile, Death Sentence joue la carte du divertissement ultra violent en exploitant nos bas instincts réactionnaires. Il en émane un hommage sincère et intelligent pour le genre (le film n'approuvant jamais l'apologie de l'auto-justice) avec l'appui d'un inquiétant Kevin Bacon dans sa stature fragilisée d'anti-héros pourfendeur. 

      Bruno Matéï
      2èx

      jeudi 6 août 2015

      Le Venin de la Peur / Una Lucertola con la Pelle di Donna / Lizard in a woman's skin / Un lézard à la peau de femme / Carole / Les Salopes vont en Enfer

                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site giallociaociao.com

      de Lucio Fulci. 1971. Italie. 1h42. Avec Stanley Baker, Florinda Bolkan, Jean Sorel, Silvia Monti, Alberto de Mendoza.

      Sortie salles France: 18 Août 1976. Italie: 17 Février 1971

      FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996.
      1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 :L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio,1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.


      "Ombres sur la soie".
      Giallo atypique dans la carrière de Fulci comme dans l’histoire du genre, Le Venin de la Peur télescope psychanalyse sexuelle et enquête policière, avec un goût prononcé pour les climats oniriques et diaphanes. Traversé de séquences baroques à l’esthétisme stylisé, de visions hallucinées et de meurtres graphiques audacieux (le meurtre de Julia et l’éviscération des chiens hantent les mémoires par leur verdeur crapuleuse !), Fulci tisse une intrigue tortueuse, parfois nébuleuse — les dialogues y ont une importance capitale — centrée sur les frustrations sexuelles d’une épouse trompée.
       
      Carole est hantée par des cauchemars fantasques dans lesquels elle succombe aux charmes de sa voisine Julia, célibataire lubrique adepte des séances d’échangisme parmi une faune de jeunes hippies. Autant dire que les psychotropes sont aussi de la partie. À travers ces rêves récurrents aux accents morbides, Carole consulte un psychiatre dans l’espoir d’exorciser sa névrose. Mais peu après ces séances, Julia est retrouvée morte, poignardée avec un coupe-papier. Exactement comme dans les visions que Carole avait confiées à son thérapeute…
      L’inspecteur Corvin, chargé de l’enquête, soupçonne d’abord le mari volage, mais les carnets de rêves de Carole, eux, semblent dessiner une autre vérité.

      Expérience érotico-horrifique au pouvoir de fascination indéfinissable, Le Venin de la Peur tient aussi du bad trip psychédélique, habité par une galerie de figures troubles — bourgeois arrogants et jeunesse déviante sous LSD se disputant la scène dans un ballet de duplicité.
      Fulci, particulièrement inspiré, magnifie les séquences de rêves en les tirant vers la pure fantasmagorie, nourries par la psyché tourmentée de son héroïne. La beauté vénéneuse des actrices italiennes ajoute une sensualité latente à cette ambiance de déviance criminelle. Rêve et réalité se confondent, se frottent, s’enlacent dans l’esprit d’une femme en quête de vérité, et nous entraînent dans un labyrinthe mental sans repères, captivant comme une transe.
      Ce qui semblait flirter avec la clairvoyance glisse doucement vers une enquête classique, que des inspecteurs, sur le qui-vive, tentent de résoudre alors que Fulci orchestre des séquences de suspense paranoïaque, où Carole tente d’échapper à de mystérieuses menaces.
      La faune secondaire — silhouettes outrancières, postures agressives, regards fuyants — compose une galerie de figures délirantes, hostiles, souvent perverses. Émaillée de fausses pistes et de coups de théâtre, l’intrigue distille un suspense fiévreux, de plus en plus anxiogène, jusqu’à ce que l’évidence du coupable ne vienne clore cette partition baroque.

      Mais au-delà de la révélation, c’est la forme du puzzle qui fascine. Le souffle baroque, le regard noir sur la nature humaine, et cette dérive hypnotique qui ne nous lâche plus.


      "Miroirs brisés sur l’oreiller"
      Pièce maîtresse d’un giallo hétérodoxe, Le Venin de la Peur paraît aujourd’hui encore plus vénéneux, plus expérimental, plus cauchemardesque, sublimé par le master Blu-ray supervisé par Le Chat qui Fume. Un spectacle d’une beauté macabre et sensuelle, à couper au rasoir, où l’onirisme fétide dispute sa place à la stylisation extrême des visions d’horreur.
      Au-delà de ses choix formels, de la puissance de son élégie musicale et de sa narration en trompe-l’œil, Fulci s’amuse à caricaturer la psychanalyse de comptoir et le saphisme inavoué… du point de vue d’une femme-lézard en gestation.

      Remerciement à Philippe Blanc et au Chat qui Fume.

      Bruno 
      01.11.24. Vostfr. 5èx
      06.08.15
      01.10.10 (268)