samedi 6 mai 2017

A 16 ANS DANS L'ENFER D'AMSTERDAM

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"La ragazza del Vondel Park" de Rino Di Silvestro (Axel Berger). 1984. Italie. 1h28. Avec Ann-Gisel Glass, Sebastiano Somma, Tony Serrano, Donatella Damiani

Sortie salles France: 2 Novembre 1984

FILMOGRAPHIE: Rino Di Silvestro est un acteur, scénariste et réalisateur italien né le 30 Janvier 1932, décédé le 3 Octobre 2009. 1985: Les nuits chaudes de Cléopâtre. 1984 À seize ans dans l'enfer d'Amsterdam. 1980 Bello di mamma. 1979 Baby Love. 1976 Les déportées de la section spéciale SS. 1976 La louve sanguinaire. 1974 Prostituzione. 1973 La vie sexuelle dans une prison de femmes


Epigone Z du traumatisant Moi, Christine F... 13 ans, droguĂ©e et prostituĂ©e, A 16 ans dans l'enfer d'Amsterdam porte la signature de Rino Di Silvestro (aka Axel Berger), spĂ©cialiste du cinĂ©ma d'exploitation comme le souligne sa filmographie lucrative bien connue des fans bisseux. C'est notamment Ă  lui que l'on doit l'Ă©trange et (gentiment) fascinant La Louve Sanguinaire, aussi superficiel et saugrenu soit-il, si bien qu'il s'agit Ă  mon sens de son meilleur film, du moins le plus atmosphĂ©rique, inquiĂ©tant et trouble dans son concentrĂ© d'Ă©rotisme et de lycanthropie gore. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  surenchĂ©rir le modèle d'Uli Edel Ă  renfort de sĂ©quences glauques d'une dĂ©viance parfois Ă©trangement fascinante (la sĂ©ance de voyeurisme dans le train effleure la pornographie, son plan X insĂ©rĂ© au cours d'une brève sĂ©quence pĂ©nitentiaire et les moult shoots que les droguĂ©s s'injectent de manière parfois si convaincante qu'on y soupçonne l'authenticitĂ© de leurs gestes !), A 16 ans dans l'enfer d'Amsterdam sombre dans le nanar Ă  force de maladresses techniques, de cabotinage d'acteurs de seconde zone et d'ultra complaisance en roue libre.


Par le truchement d'une intrigue indigente Ă  peine inspirĂ©e d'un Ă©pisode des Feux de l'Amour (une jeune ado, Anna, sombre dans la drogue et la pornographie au moment de tomber amoureuse d'un quidam au grand coeur), Rino Di Silvestro s'efforce de provoquer malaise et dĂ©goĂ»t par le biais d'un dĂ©corum sordide oĂą industrie pornographique, tapinage et fixettes d'hĂ©ros sont le lot quotidien de notre hĂ©roĂŻne tributaire d'un maquereau aussi paumĂ© qu'elle. Au coeur de leur sempiternelle crise conjugale et des rapports houleux d'Anna avec sa mère, un quidam philanthrope succombe Ă  ses charmes lors d'une sĂ©quence expĂ©ditive de drague improvisĂ©e (comptez 2 minutes chrono pour nous convaincre de leur Ă©treinte). En prime d'un montage elliptique ahurissant de maladresse (Ă  moins qu'il ne s'agisse d'une version Cut !), l'intrigue nous perd d'ailleurs un peu en cours de route en dĂ©pit de son extrĂŞme simplicitĂ© Ă  surligner (et alterner) les dĂ©chĂ©ances physiques et morales d'Anna rendue toxicomane et les règlements de compte entre divers macros et l'amant au grand coeur. Pour autant, en dĂ©pit de tous ces dĂ©fauts prĂ©citĂ©s Ă©rigeant l'entreprise au rang de nanar d'exploitation, A 16 ans dans l'enfer d'Amsterdam distille charme et sympathie Ă  suivre (dans notre instinct voyeuriste gentiment pervers) les errances sordides d'Anna sous l'impulsion d'une narration fertile en pĂ©ripĂ©ties et ce malgrĂ© ses redondances. A l'instar de son final musclĂ© involontairement drĂ´le car multipliant les pugilats de comptoir, faute du cabotinage des comĂ©diens surjouant Ă  n'en plus finir dans leurs expressions Ă  la fois colĂ©riques, rebelles et dĂ©munies.


Pur produit d'exploitation estampillĂ© Z, A 16 ans dans l'enfer d'Amsterdam mĂ©rite le dĂ©tour par son charme bisseux typiquement latin (comme le souligne d'ailleurs sa mĂ©lancolique partition musicale) au grĂ© de situations scabreuses ostentatoires que Rino Di Silvestro prend plaisir Ă  filmer sans aucun complexe (tel ce plan X aussi inopinĂ© qu'il provoque soupçon de cocasserie !) et avec le dĂ©sir de choquer le spectateur parmi des codes narratifs inĂ©vitablement ludiques. 

P.S: A noter que le montage est signataire du cinéaste Bruno Mattei ! Ceci explique cela !

Eric Binford

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Christiane F. - Wir Kinder vom Bahnhof Zoo" (Nous, les enfants de la gare du Zoo) de Uli Edel. 1981. Allemagne. 2h09. Avec Natja Brunckhorst, Thomas Haustein, Jens Kuphal, Rainer Woelk, Jan Georg Effler, Christiane Reichelt, Daniela Jaeger.

Sortie salles France: 24 Juillet 1981 (Interdit aux - de 13 ans). Allemagne: 2 Avril 1981.

FILMOGRAPHIEUli Edel est un rĂ©alisateur, producteur et monteur allemand, nĂ© le 11 Avril 1947 Ă  Neuenburg am Rhein (Allemagne).
1971: Der Kleine Soldat. 1976: Die Erzählungen Bjelkins (tĂ©lĂ©-film). 1977: Der Harte Handel (tĂ©lĂ©-film). 1978: Das Ding: (sĂ©rie TV). 1981: Moi, Christiane F., 13 ans, droguĂ©e, prostituĂ©e. 1984: Eine Art von Zorn (tĂ©lĂ©-film). 1987: Waldhaus (sĂ©rie TV). 1989: Dernière sortie pour Brooklyn. 1993: Body. 1994: Confessions d'une rebelle (tĂ©lĂ©-film). 1995: Mike Tyson, l'histoire de sa vie (tĂ©lĂ©-film). 1996: Raspoutine (tĂ©lĂ©-film). 1999: La Ville des LĂ©gendes de l'Ouest (tĂ©lĂ©-film). 2000: Le Petit Vampire. 2001: Les Brumes d'Avalon (tĂ©lĂ©-film). 2002: King of Texas (tĂ©lĂ©-film). 2002: Jules CĂ©sar (tĂ©lĂ©-film). 2003: Evil Never Dies (tĂ©lĂ©-film). 2004: L'Anneau SacrĂ© (tĂ©lĂ©-film). 2008: La Bande Ă  Baader. 2010: Zeiten Andern Dich.


"D'la pisse et d'la merde, partout ! Y'a qu'Ă  r'garder ! Qu'est ce que ça peut faire que d'loin tout est l'air neuf et de grand standing, avec des blouses vertes, des supermarchĂ©s ! Ce qui pue l'plus Ă  l'intĂ©rieur, c'est les cages d'escalier. Les enfants, qu'est ce qu'ils peuvent faire quand ils jouent dehors et qu'ils ont envie d'pisser ! Le temps qu'l'ascenseur arrive au 11è ou au 12è, ils ont fait dans leur culotte et ils reçoivent une raclĂ©e. Autant l'faire dans la cage d'escalier. Et j'habite lĂ  depuis qu'j'ai 6 ans, avec ma mère, ma soeur et mes chats. Et j'en ai ras l'bol ! En ville, il y a des affiches partout. Le Sound, la discothèque la plus moderne d'Europe. C'est lĂ  qu'je veux aller..." 

ExpĂ©rience jusqu'au-boutiste Ă  l'intensitĂ© dramatique impitoyablement Ă©prouvante, Moi, Christiane F. est un uppercut Ă©motionnel difficilement soutenable lorsque l'on tĂ©moigne impuissant de la descente aux enfers d'une junkie dans le Berlin des annĂ©es 70. L'Ă©preuve de force intarissable d'une adolescente de 13 ans prise au piège de son addiction Ă  l'hĂ©roĂŻne, est donc contrainte de se prostituer afin de subvenir Ă  ses besoins depuis le divorce parental. Cette dĂ©chĂ©ance humaine en dĂ©clin, ce dĂ©sespoir sans Ă©chappatoire, le spectateur la contemple avec un malaise viscĂ©ral et sensitif proche de la nausĂ©e. De par son ambiance lourde, oppressante, glauque (score lancinant hypnotique Ă  l'appui !) rĂ©gie autour d'une gare berlinoise frĂ©quentĂ©e par de jeunes SDF, et son rĂ©alisme documentĂ© extrĂŞmement dĂ©rangeant qu'une camĂ©ra voyeuriste ausculte sans tabou (les seringues pĂ©nĂ©trant dans les veines avant une giclĂ©e de sang, les crises de manque et les crampes oĂą sueur et vomi s'entremĂŞlent pour y arroser les draps et tapisser les murs, les rapports sexuels forcĂ©s avec une clientèle dĂ©pravĂ©e !).


Uli Edel ne recule donc devant rien pour relater sans concession le quotidien misĂ©reux de Christiane et ses comparses dĂ©ambulant, tels des zombies nĂ©crosĂ©s, dans un quartier malfamĂ© pour y tapiner afin de se procurer leur offrande. L'ultra rĂ©alisme allouĂ© Ă  leur cheminement urbain s'avère si tangible qu'on jurerait qu'acteurs mĂ©connus et figurants marginaux se soient prĂŞtĂ©s au jeu de la dĂ©fonce pour se shooter volontairement face camĂ©ra ! Devant l'acuitĂ© d'une fascination aussi malsaine, aucun long-mĂ©trage n'Ă©tait parvenu Ă  un tel degrĂ© d'authenticitĂ©, Ă  l'instar de la dĂ©liquescence physique des comĂ©diens retranscrite en temps rĂ©el ! Si le jeu assez amateur des seconds-rĂ´les juvĂ©niles et les dialogues triviaux font preuve de facilitĂ©, le sentiment d'improvisation Ă©prouvĂ© se prĂŞte plutĂ´t bien au climat de sinistrose auquel ils appartiennent, quand bien mĂŞme une photo blafarde nous martèle l'esprit par sa facture opaque. Le cinĂ©aste s'attardant perpĂ©tuellement Ă  mettre en exergue leur contrariĂ©tĂ© psychique liĂ©e Ă  l'accoutumance incontrĂ´lĂ©e du produit (d'oĂą ce parti-pris du montage elliptique !). Si Moi Christiane F. s'avère si implacablement immersif et criant de vĂ©ritĂ© dans la dĂ©chĂ©ance morale des toxicos, il le doit beaucoup au talent Ă©pidermique de Natja Brunckhorst. L'actrice se fondant dans la peau d'une infortunĂ©e avec un sentiment de dĂ©sespoir collapsĂ© et parmi l'apitoiement du regard affligĂ© d'impuissance et de solitude !


Cri d'alarme contre une jeunesse dĂ©boussolĂ©e avide d'expĂ©rience nouvelle, Ă©preuve de survie impartie Ă  l'emprise de la came, Moi Christiane F... remĂ©more dans une ambiance funĂ©raire suffocante le tĂ©moignage le plus glauque, le plus sordide et Ă©prouvant jamais traitĂ© sur le flĂ©au. Outre son portrait vĂ©ritĂ© imparti Ă  son hĂ©roĂŻne mondialement cĂ©lĂ©brĂ©e par le best-seller des journalistes Kai Hermann et Horst Rieck, Moi, Christiane F... laisse le spectateur dans un Ă©tat de choc mutique sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique Ă©coulĂ©. Pour publics avertis mais Ă  prescrire dans tous les collèges, lycĂ©es et universitĂ©s ! 

A mon frère de coeur Pascal, décédé en Décembre 93, et à tous ceux qui n'ont eu la chance de s'en sortir...

Bruno Dussart

vendredi 5 mai 2017

Le Crocodile de la Mort / Eaten Alive. Licorne d'Or, Rex de Paris, 1978.


"Death Trap / Eaten Alive" de Tobe Hooper. 1977. U.S.A. 1h31.Avec Neville Brand, Mel Ferrer, Carolyn Jones, Marilyn Burns, William Finley, Stuart Whitman, Robert Englund, Janus Blythe.

Sortie en salles en France le 24 Mai 1978. U.S.A: Mai 1977.

FILMOGRAPHIE: Tobe Hooper est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 25 Janvier 1943 Ă  Austin (Texas)
1969: Eggshells, 1974: Massacre à la Tronçonneuse, 1977: Le Crocodile de la Mort, 1979: The Dark (non crédité), 1981: Massacre dans le Train Fantome, 1982: Poltergeist, 1985: Lifeforce, 1986: l'Invasion vient de Mars, Massacre à la Tronçonneuse 2, 1990: Spontaneous Combustion, 1993: Night Terrors, 1995: The Manglers, 2000: Crocodile, 2004: Toolbox Murders, 2005: Mortuary, 2011: Roadmaster.

                                     

"J'm'appelle Buck et j'veux baiser !".
Trois ans après l’onde de choc Massacre Ă  la Tronçonneuse, Tobe Hooper renoue avec l’horreur poisseuse pour transcender Ă  nouveau un cauchemar sur pellicule, cette fois installĂ© dans un motel marĂ©cageux. Mais Ă  la suite d’un diffĂ©rend avec la production, il quitte le projet en plein tournage, laissant au producteur Mardi Rustam le soin de prendre la relève. AllouĂ© d’un budget plus confortable et entièrement tournĂ© en studio, ce film commanditĂ© pour surfer sur le succès de Massacre… et des Dents de la mer s’inspire des exactions d’un vĂ©ritable tueur en sĂ©rie des annĂ©es 30 : Joe Ball. Ancien soldat de la Première Guerre mondiale, parfois surnommĂ© “l’homme alligator”, Ball fut propriĂ©taire d’une auberge et d’un Ă©tang oĂą il Ă©levait cinq crocodiles. Il les nourrissait de chiens et de cochons vivants… avant d’y sacrifier vingt femmes.

Au-delĂ  de son atmosphère visuelle, flirtant parfois avec le surnaturel (Ă©clairages criards Ă  l’appui), Le Crocodile de la Mort conserve un pouvoir de fascination intact dans son tableau caustique de l’AmĂ©rique rurale. Le scĂ©nario linĂ©aire (un tenancier et son alligator sèment la mort parmi les touristes Ă©garĂ©s) sert de prĂ©texte Ă  une enfilade de meurtres saignants. Hooper y impose de nouveau sa patte : une ambiance putride, moite, Ă©touffante, dans le dĂ©cor hostile d’un motel de Louisiane. Dès le prologue, une Ă©trangetĂ© plane - les couleurs saturĂ©es d’orange et de rouge criard - tandis qu’une jeune catin, hĂ©sitante, s’approche d’une auberge semblant surgir d’un conte de fĂ©e vitriolĂ©.

Le cadre hospitalier et la menace larvĂ©e rappellent Psychose, et Hooper pousse l’hommage jusqu’Ă  Ă©vacuer son hĂ©roĂŻne dès le premier quart d’heure, alors mĂŞme que le spectateur commençait Ă  s’attacher Ă  sa fragilitĂ©. ProstituĂ©e en herbe, rudoyĂ©e par un client brutal, elle connaĂ®tra une mort sauvage, poignardĂ©e Ă  coups de fourche dans une scène d’une violence viscĂ©rale.
 
 
L’arrivĂ©e d’un couple nĂ©vrosĂ©, accompagnĂ© d’un chien et d’une fillette, relance la mĂ©canique. Ils feront Ă  leur tour les frais du taulier azimutĂ© et de son crocodile, lors de scènes de panique Ă  l’intensitĂ© presque dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. En dĂ©pit de l’aspect parfois brinquebalant du croco en carton-pâte, Hooper le rend menaçant, surgissant des eaux blafardes pour dĂ©vorer ses proies avec une voracitĂ© fĂ©tide. Une sĂ©quence, notamment, gagne en tension : une fillette, tĂ©tanisĂ©e, assiste impuissante Ă  l’attaque de son chien tombĂ© dans l’Ă©tang.

Plus tard, le père et la sĹ“ur de la première victime se rendent Ă  l’auberge pour interroger le propriĂ©taire, intriguĂ©s par sa disparition. Au-delĂ  de son atmosphère lourde, quasi irrespirable, le film fascine par sa galerie de personnages dĂ©glinguĂ©s. Une horde de machistes cintrĂ©s, dominĂ©e par Neville Brand, impĂ©rial en taulier ravagĂ©, suintant la dĂ©mence. Troisième Ĺ“il vrillĂ©, cheveux hirsutes, regard d’ancien du Vietnam - il incarne Ă  merveille cette figure de patriarche flĂ©tri, oĂą la misogynie devient pulsion homicide.

Pour intensifier cette dĂ©mence poisseuse, Hooper mĂŞle Ă  son image saturĂ©e une bande-son dissonante, oĂą se tĂ©lescopent grĂ©sillements de transistor et tubes country dĂ©saccordĂ©s. Et la dernière demi-heure, furieuse, cauchemardesque, bascule dans une frĂ©nĂ©sie hystĂ©rique, digne de Massacre…, lors de courses-poursuites escarpĂ©es Ă  travers bois, chambres et soubassements crasseux du motel.


"La gueule bĂ©ante de l’AmĂ©rique".
Baignant dans une atmosphère mortifère, malsaine, suffocante, oĂą chaque marginal, obsĂ©dĂ© ou nĂ©vrosĂ© incarne un fragment d’AmĂ©rique profonde, rustre, Ă©grillarde et paumĂ©e, Le Crocodile de la Mort se dresse comme une fable d’horreur furibarde. Ă€ mi-chemin entre conte sardonique et mĂ©taphore du trauma vietnamien, Hooper Ă©rige avec brio, dignitĂ© et insolence un second classique de l’horreur sociale, jalonnĂ© de sĂ©quences choc, propulsĂ©es par des hurlements stridents.
Un authentique (second) chef-d’Ĺ“uvre traumatique. Ă€ rĂ©habiliter d’urgence.


A Marilyn Burns, décédée le 5 Août 2014...

*Bruno 
21.03.25. vost
05.05.17
17.08.11 (307)


RĂ©compensesGrand Prix (Licorne d'Or) et Prix d'InterprĂ©tation masculine pour Neville Brand au festival du film fantastique du Rex Ă  Paris en 1978.



jeudi 4 mai 2017

Un Ange pour Satan / Un angelo per Satana

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site themoviedb.org

de Camillo Mastrocinque. 1966. Italie. 1h32. Avec Barbara Steele, Anthony Steffen, Ursula Davis, Aldo Berti, Maureen Melrose, Vassili Karamesinis.

Sortie salles France: 24 Mai 1967. Italie: 4 Mai 1966

FILMOGRAPHIE: Camillo Mastrocinque est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur italien nĂ© Ă  Rome le 11 mai 1901, dĂ©cĂ©dĂ© le 23 avril 1969. 1936 : Regina della Scala (it). 1938 : L'orologio a cucĂą. 1940 : Don Pasquale. 1940 : La danza dei milioni. 1941 : I mariti. 1942 : Fedora. 1943 : Mariage secret, tournĂ© en Espagne. 1947 : Perdu dans les tĂ©nèbres. 1947 : Il segreto di don Giovanni. 1948 : L'Homme aux gants gris. 1948 : Le Choix des anges. 1949 : Duel sans honneur. 1950 : Plus fort que la haine. 1956 : La Banda degli onesti. 1956 : Totò, Peppino e... la malafemmina. 1957 : Dites 33. 1958 : Parisien malgrĂ© lui. 1958 : Domenica è sempre domenica. 1958 : La Loi de l'homme. 1959 : La cambiale. 1959 : Brèves amours. 1960 : Noi duri. 1960 : Petites femmes et haute finance. 1960 : Incorrigibles parents. 1961 : Totòtruffa 62. 1962 : Un beau chassis. 1962 : Diciottenni al sole. 1962 : Gli eroi del doppio gioco . 1964 : Un cĹ“ur plein et les poches vides. 1964 : La Crypte du vampire. 1966 : Un ange pour Satan. 1968 : Totò Story. 1968 : La piĂą bella coppia del mondo.


"BeautĂ© damnĂ©e, regard d’Ă©bène".
Bijou de gothisme transalpin tournĂ© dans un somptueux noir et blanc, Un Ange pour Satan offre Ă  la reine de l’horreur l’occasion de dĂ©voiler sans retenue l’ampleur de son talent, Ă  travers un double rĂ´le liĂ© Ă  la possession dĂ©moniaque. Je parle bien entendu de l’icĂ´ne Barbara Steele, qui transperce ici encore l’Ă©cran de son regard d’Ă©bène et de sa sensualitĂ© capiteuse, euphĂ©misme. Modeste production longtemps occultĂ©e dans sa filmo pourtant foisonnante, Un Ange pour Satan est exhumĂ© de l’oubli en DVD sous l’effigie de Seven 7 puis aujourd'hui en Blu-ray et Dvd chez Artus Films. Une aubaine tant sa raretĂ© en avait fait une chimère. Et les amateurs auraient tort de s’en priver, tant le cinĂ©aste Camillo Mastrocinque impose une rigueur formelle et narrative qui envoĂ»te irrĂ©mĂ©diablement, par une approche du gothique typiquement italienne.

Ecoutez un peu le commencement de son rĂ©cit : Ă€ la suite du retour inattendu de la jeune Harriet, nièce du comte Montebruno, et de la restauration d’une Ă©trange statuette, les villageois redoutent le rĂ©veil d’une malĂ©diction bicentenaire menaçant leur quiĂ©tude. Très vite, Harriet semble possĂ©dĂ©e par l’esprit d’une ancĂŞtre noyĂ©e dans la jalousie et la rancune, blessĂ©e par sa propre beautĂ©.  

Baignant dans une envoĂ»tante atmosphère de mystère, le film se dĂ©ploie sous l’impulsion viciĂ©e d’une Barbara Steele habitĂ©e, pulsionnelle, presque spectrale. Un Ange pour Satan orchestre un ballet de manipulations et de perversitĂ©s, tout entier tissĂ© autour de la fourberie du Mal. Plusieurs villageois, fragiles, s’Ă©garent dans les filets d’une mante religieuse obsĂ©dĂ©e par l’idĂ©e d’ĂŞtre aimĂ©e — proies masculines ou fĂ©minines, nul n’est Ă  l’abri. La force du rĂ©cit rĂ©side dans ces stratĂ©gies perfides, dans cette sĂ©duction Ă©rotique redoublĂ©e qu’Harriet exerce avec une facilitĂ© presque surnaturelle, manipulant son entourage en Ă©tat de vertige face Ă  sa beautĂ© tĂ©nĂ©breuse (euphĂ©misme j'vous dit !).

Outre la puissance des enjeux dĂ©moniaques liĂ©s Ă  ce pouvoir de fascination irrĂ©pressible, le film distille lentement mais sĂ»rement une cruautĂ© sourde, une dramaturgie impitoyable oĂą l’innocence finit par payer le prix fort. Ă€ l’instar des unions brisĂ©es que le village subit en silence, jusqu’au cĂ©rĂ©monial funèbre final.


"Un visage, deux âmes : Barbara Steele au seuil du Mal".
D'autant plus renversant lors de son final Ă  rebondissements retors, Un Ange pour Satan demeure un spectacle d’Ă©pouvante dĂ©licieusement captivant, ancrĂ© dans une ambiance gothique monochrome aux charmes troubles. Car plus que tout, c’est le jeu ambivalent de Barbara Steele qui ensorcelle : entre noirceur Ă©lĂ©gante (bon sang ce regard infernal !), masochisme larvĂ© et sensualitĂ© vĂ©nĂ©neuse. Un Ange pour Satan est une Ă©pure de chaque instant portĂ©e par les thĂ©matiques rĂ©trogrades du patriarcat, de la jalousie, du refoulement sexuel et de la superstition sous le pivot d'une Ă©mancipation fĂ©minine osant mĂŞme se frotter au saphisme. 

Bruno
04.06.25. 3èx 

mercredi 3 mai 2017

POLICE FEDERALE, LOS ANGELES

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"To Live and Die in L.A." de William Friedkin. 1985. U.S.A. 1h56. Avec William L. Petersen, Willem Dafoe, John Pankow, Debra Feuer, John Turturro, Darlanne Fluegel, Dean Stockwell, Steve James, Robert Downey Sr.

Sortie salles France: 7  Mai 1986. U.S: 1er Novembre 1985.

FILMOGRAPHIE: William Friedkin est un réalisateur, scénariste et producteur de film américain, né le 29 août 1935 à Chicago (Illinois, États-Unis). Il débute sa carrière en 1967 avec une comédie musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaîtra la consécration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux récompensés à la cérémonie des Oscars d'Hollywood. 1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: Têtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police Fédérale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: Traqué. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.


Echec public en France alors qu'aujourd'hui tous les cinĂ©philes s'accordent Ă  dire qu'il s'agit d'un des plus grands polars des annĂ©es 80, Police Federale, Los Angeles renouvelle le genre avec un esthĂ©tisme stylisĂ© aussi baroque qu'envoĂ»tant. William Fridekin filmant scrupuleusement la capitale de Los Angeles sous une photo crĂ©pusculaire aussi hyper rĂ©aliste que lĂ©chĂ©e. Polar Ă  la fois haletant et intense menĂ© par un trio de comĂ©diens furibards dans leur fonction combative, Police Federale... tire-parti de sa grande efficacitĂ© grâce Ă  son intrigue anticonformiste bafouant les règles de la biensĂ©ance. Chien fou avide de revanche derrière son insigne, Richard Chance tente d'apprĂ©hender un dangereux faussaire ayant assassinĂ© au prĂ©alable son meilleur ami Ă  deux jours de la retraite. Avec l'aide d'un co-Ă©quipier, il dĂ©cide de braquer illĂ©galement un convoyeur afin de proposer une transaction au contrefacteur en Ă©change de ses billets volĂ©s. Mais rien se dĂ©roulera comme prĂ©vu. 


Autour de scènes d'actions d'une violence âpre et d'une anthologique course-poursuite automobile Ă  la fois inventive, originale et effrĂ©nĂ©e (sans toutefois Ă©galer celle de French Connection), William Friedkin magnifie les portraits anti-manichĂ©ens de flics aussi bien vĂ©reux qu'empotĂ©s Ă  la poursuite d'un artiste criminel (il peint des tableaux en dehors de ses activitĂ©s de faussaire) d'une sĂ©duction vĂ©nĂ©neuse (comme le souligne la fidĂ©litĂ© de sa compagne vĂ©nale). D'une audace aussi inouĂŻe que dĂ©concertante quant Ă  la tournure des Ă©vènements dramatiques, Police Federale... illustre avec une ambition formelle la dĂ©liquescence morale de deux flics impliquĂ©s dans l'illĂ©galitĂ© d'un braquage oĂą les consĂ©quences de leurs actes s'avĂ©reront tragiques. Vengeance sournoise et jeu de manipulation menĂ©s sur un rythme trĂ©pidant, notamment grâce au brio de sa mise en scène particulièrement innovante si bien que l'on se surprend du caractère baroque de certaines sĂ©quences Ă  la limite du surrĂ©alisme (le final symbolique imposant un brasier infernal face au tĂ©moignage d'un flic en mutation identitaire), Police Federale... insuffle une emprise hypnotique au fil d'une structure narrative dangereusement lĂ©tale. Les flics sur le qui-vive et les seconds-rĂ´les flirtant avec le Mal de manière parfois Ă©quivoque (Ă  l'instar de l'avocat "bicĂ©phale" et de la compagne de Richard Chance en libertĂ© conditionnelle, potentiellement complice de la dĂ©route policière).


Au rythme d'une BO pop / Ă©lectro typique des annĂ©es 80, Police FĂ©dĂ©rale, Los Angeles affiche une intensitĂ© magnĂ©tique au cours de son intrigue reptilienne oĂą les figures du Bien et du Mal se jumellent pour un vĂ©nĂ©neux enjeu de vengeance. Outre l'implication très spontanĂ©e des comĂ©diens habitĂ©s par une fureur de vaincre, on reste autant frappĂ© par la stylisation d'une urbanisation hyper documentĂ©e aux Ă©clairages oniriques. Du grand art (moderne) pour une rĂ©fĂ©rence du genre se renouvelant Ă  chaque visionnage si bien que la pellicule de Friedkin semble habitĂ©e par une entitĂ© rampante.    

Bruno Dussart
3èx

mardi 2 mai 2017

PITCH BLACK

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de David Twohy. 2000. U.S.A. 1h48. Avec Vin Diesel, Radha Mitchell, Cole Hauser, Keith David,
Lewis Fitz-Gerald, Rhiana Griffith.

Sortie salles France: 19 Juillet 2000. U.S: 18 Février 2000

FILMOGRAPHIE: David Twohy est un réalisateur et scénariste américain, né le 18 octobre 1955 à Los Angeles (États-Unis). 1992 : Timescape. 1996 : The Arrival. 2000 : Pitch Black. 2002 : Abîmes.
2004 : Les Chroniques de Riddick. 2009 : Escapade fatale. 2013 : Riddick.


SĂ©rie B moulĂ©e Ă  l'ancienne si j'ose dire, de par l'amour et l'intĂ©gritĂ© du rĂ©alisateur Ă  honorer le genre autour de l'efficacitĂ© de scènes d'actions percutantes et le souci formel d'une scĂ©nographie dĂ©paysante, Pitch Black assure le spectacle, aussi modeste soit-il. A partir d'un schĂ©ma narratif orthodoxe inspirĂ© de la saga Alien, David Twohy en extirpe un haletant survival menĂ© sur le rythme soutenu d'une action jamais gratuite ou racoleuse. ConfinĂ©s sur une planète solaire Ă  la suite de leur crash, une poignĂ©e de survivants doit se confronter Ă  l'agressivitĂ© de crĂ©atures vampires n'attaquant qu'au crĂ©puscule. Hors, une Ă©clipse est sur le point d'apparaĂ®tre au moment mĂŞme oĂą nos hĂ©ros tentent d'accĂ©der au vaisseau d'une base scientifique afin de fuir. Exploitant Ă  merveille le cadre insolite d'une planète incandescente si bien que la nuit ne peut voir le jour (Ă  une seule exception !), David Twohy oscille les teintes colorĂ©es avec l'appui d'une photo dĂ©saturĂ©e, surexposĂ©e puis progressivement fluctuante quant Ă  la dernière partie naturellement crĂ©pusculaire. EgarĂ© au sein de ce no man's land spatial, le spectateur observe les rĂ©currents dĂ©placements de nos protagonistes avec une fascination mĂŞlĂ©e d'apprĂ©hension depuis que des crĂ©atures extra-terrestres tapies dans les grottes se prĂ©parent Ă  l'affront.


Ces dernières numérisées s'avérant assez photogéniques et singulières pour provoquer l'effet escompté (à 2/3 plans en CGI ratés près !) lors d'attaques aériennes aussi furtives que cinglantes. Outre l'intensité des agressions homériques que nos survivants affrontent vaillamment durant une course contre la montre (celle de survivre le temps d'une nuit interminable !), Pitch Black est notamment valorisé par le refus de concession du sort de ces derniers. Opposant les confrontations obtuses entre un chasseur de primes et un évadé de prison prénommé Riddick (que Vin Diesel cabotine avec une virilité égocentrique en mastard intraitable !), l'intrigue joue sur leurs conflits d'autorité avec une certaine ambiguïté. Dans le sens où Riddick, anti-héros par excellence que n'aurait pas renié Plissken, s'avère assez énigmatique dans ses intentions rebelles à privilégier la loi du plus fort et du plus rusé. Au coeur de leur dissension morale, une jeune héroïne préalablement compromise par ses sentiments contradictoires d'égoïsme et d'indulgence (le prologue met clairement en lumière son désir de préserver sa peau au péril de ses pairs) va tenter de se racheter et d'apporter un regain d'humanisme et de fraternité quant à l'austérité de Derrick en instance (d'éventuelle) clémence.


Affichant une fulgurance formelle atmosphĂ©rique au sein d'un paysage post-apo horrifique, Pitch Black fait presque office de modèle d'efficacitĂ© dans son lot de scènes d'actions parfois impitoyables si bien que n'importe quel survivant peut trĂ©passer d'une sĂ©quence Ă  l'autre (le dĂ©nouement en Ă©tonnera d'ailleurs plus d'un !). Constamment inventif lorsqu'il s'agit de mettre en lumière sa scĂ©nographie nocturne parmi l'appui d'un anti-hĂ©ros nyctalope et parmi l'attirail de gadgets fluos que nos survivants improvisent en guise de survie, l'action ne cesse de rebondir sous leurs impulsions pugnaces tantĂ´t sournoises. 

Eric Binford
3èx

Définition de Nyctalope: faculté de voir la nuit

lundi 1 mai 2017

LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site uniqueman.over-blog.org

de Pierre B. Reinhard. 1987. France. 1h16. Avec Véronique Catanzaro, Kathryn Charly, Sylvie Novak, Anthea Wyler, Laurence Mercier, Patrick Guillemin.

Sortie salles France: 16 Septembre 1987.

FILMOGRAPHIE: Pierre B. Reinhard est un rĂ©alisateur français nĂ© en 1951. 2003: France nymphos (TV Movie). 1998 French Lolita.  1994 Baise Ă  Budapest (Video). 1993 Le grand guignol. 1989 Initiation d'une jeune marquise. 1988 Le diable rose.  1987 La revanche des mortes vivantes. 1987 Le nain assoiffĂ© de perversitĂ©. 1986 L'Ă©tĂ© les petites culottes s'envolent. 1986 Dressage. 1986 Adolescentes pour satyres. 1985 Outrages transsexuels des petites filles violĂ©es et sodomisĂ©es. 1985 La perverse châtelaine dans l'Ă©curie du sexe. 1984 De la pĂ©nĂ©tration par tous les trous. 1984 Extases anales. 1984 Bien au fond du petit trou. 1984 Les besoins de la chair. 1983 La voisine est Ă  dĂ©puceler. 1983 La grande giclĂ©e. 1983 Le bal du viol. 1983 Laisse tomber ta culotte. 1983 Femmes par derrière. 1982 Le pensionnat des petites salopes. 1982 Caresseuses expertes. 1982 DĂ©lices d'un sexe chaud et profond. 1982 Les caprices d'une souris. 1981 Tracking. 1981 Baisez les otages. 1981 Trois Bavaroises Ă  Paris. 1980 Maison de plaisir. 1980 Paradise. 1979 Refais-le moi encore. 1979: Orgasmes.  1978 PĂ©nĂ©trations multiples. 1978 Baisez-moi. 1977 Entrecuisses.


SĂ©rie Z franchouillarde rĂ©alisĂ©e par un habituĂ© de films pornographiques, La Revanche des mortes-vivantes est une aberration filmique Ă  faire passer le Lac des Morts-vivants pour un chef-d'oeuvre. A partir d'une intrigue aussi ridicule qu'incohĂ©rente (après leur dĂ©cès, 3 mortes-vivantes se vengent des responsables industriels de leur mort), Pierre B. Reinhard pastiche (involontairement) le genre avec une maladresse digne d'une production X. Tant pour l'amateurisme des comĂ©diens aussi inexpressifs que patauds, pour son montage Ă  la fois elliptique et foutraque, pour son leitmotiv musical rĂ©barbatif que pour son ambiance horrifique proprement grotesque dans ses vaines tentatives de provoquer l'apprĂ©hension.


A l'instar des déambulations tantôt apathiques, tantôt furtives de nos trois mortes-vivants grimées d'un masque mortifère alors que leur simple appareil ne nous signale aucune trace de putréfaction ! On peut d'ailleurs prétendre par tant d'incohérences, de bêtises et de non-sens que le réalisateur serait éventuellement réfractaire au genre horrifique pour s'en railler de manière tacite. Pur produit des années 80 surfant sur la mode des films gores générés par nos voisins transalpins, Pierre Reinhard se contente donc de filmer cette plate vengeance d'outre-tombe parmi l'exploitation d'un érotisme trivial (filmé à l'instar d'une production X) et d'un gore malsain typiquement latin. Sur ce dernier point, on peut tout de même s'amuser de l'aspect répulsif de trois séquences sanglantes assez viscérales que Benoit Lestang a su assez adroitement façonner. Au détour de cette imagerie complaisante émerge d'ailleurs un moment zinzin d'une originalité incongrue, à savoir le viol collectif d'une jeune secrétaire que nos 3 zombies dévergondées perpétuent sans gêne. Une séquence nécrophile aussi ridicule que génialement débridée culminant avec une exaction sexuelle audacieusement crapuleuse ! Sans nul doute la meilleure séquence du film par son effet de surprise effronté !


D'une nullitĂ© affligeante difficilement surpassable (mĂŞme si "la rĂ©vĂ©lation" incluse dans les Bonus du Dvd Neo fait preuve d'un peu plus de cohĂ©rence quant Ă  la dĂ©froque grotesque des mortes-vivantes !), la Revanche des Mortes-vivantes provoque tout de mĂŞme en intermittence l'amusement par son amateurisme ringard digne d'une production Magma (l'Ă©curie du X spĂ©cialisĂ©e dans les films amateurs durant les annĂ©es 90 qu'un comĂ©dien s'amuse Ă  citer Ă  travers une rĂ©plique) et par sa dĂ©rision que le rĂ©alisateur sous-entend par tant de "je m'enfoutisme". 

Bruno Matéï
3èx

vendredi 28 avril 2017

Zardoz

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cartelesmix.com

de John Boorman. 1974. Angleterre. 1h46. Avec Sean Connery, Charlotte Rampling, Sara Kestelman, Niall Buggy, John Alderton.

Sortie salles France: 13 Mars 1974. U.S: 6 Février 1974

FILMOGRAPHIE: John Boorman est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain, nĂ© le 18 Janvier 1933 Ă  Shepperton (Royaume-Uni). 1965: Sauve qui peut. 1967: Le Point de non-retour. 1968: Duel dans le pacifique. 1970: Leo the last. 1972: DĂ©livrance. 1974: Zardoz. 1977: L'Exorciste 2. 1981: Excalibur. 1985: La ForĂŞt d'Emeraude. 1987: Hope and Glory. 1990: Tout pour rĂ©ussir. 1995: Rangoon. 1998: Le GĂ©nĂ©ral. 2001: Le Tailleur de Panama. 2003: In my Country. 2006: The Tiger's Tail. 2014 : Queen and Country.


Synopsis :
En 2293, des survivants de l’apocalypse, les Brutes et les Éternels, se disputent le pouvoir depuis l’intrusion de l’Exterminateur Zed dans le vortex de ces derniers. Semant la zizanie autour de lui, Zed tente de bouleverser les règles de leur hiĂ©rarchie en cherchant Ă  dĂ©couvrir qui tire rĂ©ellement les ficelles derrière le tabernacle : un cristal dĂ©miurge potentiellement créé par des savants fous afin d’offrir l’immortalitĂ© Ă  une poignĂ©e de survivants privilĂ©giĂ©s. Pendant ce temps, Ă  l’extĂ©rieur du vortex, les Brutes perpĂ©tuent leur gĂ©nocide envers les laissĂ©s-pour-compte selon les prĂ©ceptes du dieu Zardoz.

Trip hallucinogène au cĹ“ur d’un paysage dystopique surgi de nulle part (ah, ce masque de pierre se dĂ©plaçant dans les airs tel un dirigeable pour enfanter la guerre !), expĂ©rience mĂ©taphysique autour de notre questionnement spirituel et du sens de notre mortalitĂ©, Zardoz aborde les thèmes de l’immortalitĂ© et de la crĂ©ation divine avec une folie furieuse sans Ă©gale. En grossissant le trait de la dĂ©rision, le film pourrait presque s’apparenter Ă  un improbable croisement entre Les Diables de Ken Russell et La Montagne sacrĂ©e de Jodorowsky, mâtinĂ© de La Machine Ă  explorer le temps.

Tant pour son audace formelle Ă  la fois inĂ©puisable et Ă©lectrisante, pour l’excentricitĂ© de ses personnages aux cimes d’une folie collective que pour ses thèmes mystiques invoquant un Dieu manipulateur. BoudĂ© par le public et assassinĂ© par la critique Ă  sa sortie - avant que son succès en VHS ne lui permette d’accĂ©der au rang de film culte - Zardoz ne peut laisser indiffĂ©rent par sa vigueur visuelle « schizophrène » que John Boorman orchestre avec une ambition dĂ©lurĂ©e.

Si l’intrigue hermĂ©tique se perd parfois en cours de route (la dernière demi-heure part en vrille de manière aussi chaotique qu’effarouchĂ©e, du moins lors d’un premier visionnage) et que son cheminement narratif souvent elliptique donne le vertige Ă  travers une multitude d’indices nĂ©buleux, le spectacle furieusement grisant hypnotise nos sens jusqu’au vertige cĂ©rĂ©bral. Certains spectateurs, toujours aussi impassibles face Ă  ce programme expĂ©rimental, continuent de railler l’accoutrement sexy de Sean Connery en brute virile plantureuse et de conspuer ses figurants bigarrĂ©s tout droit sortis d’un Ă‚ge de cristal sous LSD. Pourtant, Zardoz fascine incessamment par sa facture psychĂ©dĂ©lique Ă©minemment ensorcelante.

Son thème existentiel opposant mortalitĂ© et immortalitĂ© suggère d’ailleurs que l’Ă©ternitĂ© pourrait ĂŞtre synonyme d’ennui : privĂ©e d’enjeu, de plaisir et d’accomplissement, elle viderait l’existence de toute saveur. Comme si notre unique destin consistait finalement Ă  perpĂ©tuer la vie sur Terre par l’entremise d’une cohĂ©sion familiale. Car la vie a sans doute davantage de valeur lorsque nous ignorons le temps qu’il nous reste.


"Le Magicien d’Oz."
Atypique, Ă©trange au possible, sibyllin, dĂ©concertant, fascinant, hypnotique, Zardoz demeure un ovni d’anticipation passionnant par sa satire philosophique oĂą religion et fanatisme se voient ici mystifiĂ©s par un habile maĂ®tre-chanteur (Oz !). L’un des spectacles les plus hallucinants jamais inscrits sur pellicule, un vĂ©ritable mad movie Ă  dĂ©couvrir de prĂ©fĂ©rence Ă  jeun, au risque sinon de flirter avec une douce dĂ©mence… ou une incomprĂ©hension totale.

Il faut le voir pour le croire.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

*Bruno 
5èx. 13.03.26.  07.05.24. Vostfr

jeudi 27 avril 2017

CHRONIC. Prix du Scénario, Cannes 2015

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site AllocinĂ©.fr

de Michel Franco. 2015. Mexique. 1h34. Avec Tim Roth, Tate Ellington, Bitsie Tulloch, Maribeth Monroe et Cleo Monroe, Claire van der Boom

Sortie salles France: 21 octobre 2015

FILMOGRAPHIE: Michel Franco est un réalisateur et scénariste né en 1979 à Mexico. 2009 : Daniel y Ana. 2012 : Después de Lucía. 2013 : A los ojos. 2015 : Chronic. 2017 : Las hijas de Abril


Relatant avec une rare pudeur la rĂ©alitĂ© quotidienne de David, un infirmier auprès du chevet de ces malades en phase terminale, Chronic insuffle un climat dĂ©primant relativement lourd et sans Ă©chappatoire. Abordant les thèmes de la maladie, de la solitude et de la mort avec un rĂ©alisme quasi documentaire, Michel Franco opte pour une mise en scène clinique afin de plonger le spectateur dans la rĂ©alitĂ© morose de ces patients extrĂŞmement fragiles quant Ă  leur situation de survie. Parfois Ă©prouvant et blafard par le biais de sĂ©quences intimistes d'une intensitĂ© dramatique inopinĂ©e (leurs crises d'angoisse et leurs symptĂ´mes pathologiques que David s'efforce d'assister sans rĂ©pit), Chronic ausculte leurs derniers instants sous l'assistance de cet infirmier prĂ©venant. Et ce en dĂ©pit de l'Ă©goĂŻsme de certains d'entre eux (notamment l'entourage familial) n'hĂ©sitant pas Ă  le discrĂ©diter pour des motifs personnels d'euthanasie, de dĂ©ni ou d'insolence colĂ©rique.


Au-delà des rapports sensiblement amicaux que se partagent ces malades avec leur aide-soignant, l'intrigue met en parallèle la remise en question de David à reprendre contact avec sa famille qu'il n'a pas revu depuis des années, et ce depuis l'injustice de la mort. Davantage conscient de la fragilité de la vie et de la mort inéluctable que chacun d'entre nous devra un jour traverser, David reprend contact auprès des siens avec une retenue timorée. Taciturne, placide et d'une patience à toute épreuve, Tim Roth se glisse dans la peau de cet infirmier altruiste avec une dimension humaine souvent poignante si bien que derrière sa carrure virile s'y cache une contrariété sous-jacente. Par le truchement de ce personnage aussi volontaire qu'exemplaire, Chronic rend dignement hommage au métier d'infirmier armé de patience et de rigueur morale à s'occuper et se préoccuper des malades dans l'intimité la plus confidentielle (notamment leurs bains de toilette quotidiens). Quand aux seconds-rôles imputés aux grabataires, ils nous bouleversent de manière viscérale par leurs expressions à la fois hagardes et démunies sans JAMAIS s'appuyer sur une sinistrose racoleuse. Sur ce point, Michel Franco frappe juste et fort dans son parti-pris documenté de privilégier coûte que coûte la pudeur au sein d'une quotidienneté souvent mutique où le non-dit prime.


Un film choc mais pudibond sur la fatalité de la maladie létale.
Poignant et bouleversant, dur et difficile, dĂ©primant et pesant, Chronic ne nous laisse pas indemne pour tĂ©moigner de la maladie incurable parmi le tĂ©moignage impuissant mais empathique du corps infirmier redoublant de tact et modestie Ă  accompagner le souffrant jusqu'au dernier souffle. On sera d'autant plus frappĂ© d'amertume et de morositĂ© quand Ă  la brutalitĂ© impromptue de sa conclusion qui en dit long sur l'improvisation de la mort.  

Dédicace à Pascal Frezzato
Bruno Dussart

mercredi 26 avril 2017

LE BAISER DU DIABLE

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

Una vela para el diablo /A candle for the Devil d'Eugenio Martin. 1973. Espagne. 1h31. Avec Avec Aurora Bautista, Esperanza Roy, Judy Geeson, Vic Winner (Victor Alcazar), Lone Fleming, Blanca Estrada.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Eugenio Martin est un réalisateur et scénariste espagnol, né en 1925 à Grenade. 1983: Sobrenatural. 1965: L'uomo di Toledo. 1966: Les Tueurs de l'Ouest. 1969: La vida sigue igual. 1971: Les 4 Mercenaires d'El Paso. 1972: Terreur dans le Shangaï express. 1972: Pancho Villa. 1973: La Chica del Molino Rojo. 1973: Una vela para el diablo (as Eugene Martin). 1966: Les Tueurs de l'Ouest. 1964: Mes Aventuriers de la Jungle. 1961: Les Corsaires des Caraïbes.


CĂ©lèbre pour avoir rĂ©alisĂ© le gĂ©nialement barrĂ© Terreur dans le ShangaĂŻ Express, Eugenio Martin est Ă©galement l'auteur d'une petite curiositĂ© ibĂ©rique sortie un an plus tard, "Una vela para el diablo" restĂ© inĂ©dite dans nos contrĂ©es. PropriĂ©taires d'une pension, deux soeurs catholiques sombrent dans la criminalitĂ© Ă  la suite de l'exhibition d'une jeune fille en maillot de bain sur le toit de leur Ă©tablissement. Inquiète de son absence, la soeur de la victime se rend sur les lieux et s'Ă©tonne du rigorisme des mĂ©gères rivalisant d'intolĂ©rance castratrice. 


SĂ©rie B horrifique dĂ©diĂ©e Ă  son ambiance aussi baroque (certains dĂ©cors domestiques de la pension) que (tantĂ´t) malsaine, le Baiser du Diable puise son charme dans sa facture visuelle typiquement hispanique, Ă  l'instar du trouble et atmosphĂ©rique Cannibal Man, et dans la prestance vĂ©nĂ©neuse des deux sexagĂ©naires plutĂ´t insidieuses par leur idĂ©ologie rĂ©actionnaire. L'une d'elle se rĂ©confortant discrètement dans les bras d'un jeune amant de 20 ans d'Ă©cart quand bien mĂŞme l'autre ose secrètement observer les corps dĂ©nudĂ©s d'ados batifolants dans une rivière. Cette sĂ©quence dĂ©rangeante s'avère l'Ă©picentre de dĂ©viance morale si bien que durant son dĂ©part, cette dernière s'Ă©corchera le corps (et ce de manière masochiste !) au moment de traverser un champs semĂ© de ronces. MĂŞme si la caractĂ©risation distincte des deux soeurs aurait gagnĂ© Ă  ĂŞtre un peu plus Ă©toffĂ©e, Eugenio Martin les dirigent tout de mĂŞme avec suffisamment d'habiletĂ© et d'attention pour mettre en exergue leur dĂ©liquescence immorale Ă  s'autoriser le crime en guise d'expiation. JalonnĂ© de quelques meurtres parfois sanglants et assez violents, Le Baiser du Diable se permet aussi d'insuffler en fin de parcours un petit suspense oppressant en la prĂ©sence perplexe de la soeur de la victime en investigation autonome.


La providence du mal.
Réquisitoire vitriolé contre l'obscurantisme et plaidoyer pour l'émancipation féminine au sein d'une société réactionnaire en mutation, Le Baiser du Diable emprunte le genre horrifique parmi l'exploitation d'un gore (gentiment) crapoteux et d'un érotisme polisson issu du roman photo. Une sympathique curiosité au climat d'étrangeté assez séduisant, à découvrir avec attention.

Remerciement particulier Ă  Video Party Massacre

Eric Binford.

mardi 25 avril 2017

MES VIES DE CHIEN

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site solarmovie.net

"A Dog's Purpose" de Lasse Hallström. 2017. U.S.A. 1h40. Avec K.J. Apa, Britt Robertson, Josh Gad, Dennis Quaid, Peggy Lipton, Juliet Rylance, John Ortiz

Sortie salles France: 19 Avril 2017. U.S: 27 Janvier 2017

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lasse Haekstrom est un réalisateur et scénariste suédois, né le 2 Juin 1946 à Stockholm (Suède). 1975: A Guy and A gal. 1985: Ma vie de chien. 1991: Ce cher Intrus. 1993: Gilbert Grape. 1995: Amours et mensonges. 1996: Lumièe et compagnie. 1999: l'Oeuvre de Dieu, la part du Diable. 2000: Le Chocolat. 2001: Terre Neuve. 2005: Une vie inachevée. 2005: Casanova. 2006: Faussaire. 2009: Hatchi. 2010: Dear John. 2012: Des saumons dans le désert. 2012 : L'Hypnotiseur. 2013 : Un havre de paix. 2014 : Les Recettes du bonheur. 2017: Mes vies de chien. 2018: The Nutcracker and the Four Realms.


Par le rĂ©alisateur de Hatchi, le plus traumatisant des films canins, Mes vies de chien reprend le thème de l'Ă©ternelle amitiĂ© qui unit un chien et son maĂ®tre sous le pilier mystique de la rĂ©incarnation. AgĂ© de 8 ans, Ethan parvient Ă  convaincre ses parents d'adopter un chien abandonnĂ© qu'il prĂ©nomme Bailey. Rapidement, un lien amical se tisse entre les 2 compagnons qui mènent une existence paisible, et ce en dĂ©pit de l'alcoolisme du père d'Ethan. Contraint de se sĂ©parer de son chien durant quelques temps, Ethan est un beau jour alertĂ© par ses grands-parents que Bailey est sur le point de mourir, faute de son âge avancĂ©. PassĂ©s les adieux, Bailey se rĂ©incarne sous une autre apparence canine afin de vivre une nouvelle existence en compagnie d'un policier et avant de dĂ©couvrir au fil d'autres rĂ©incarnations l'instinct filial d'une retrouvaille amicale indĂ©fectible. ComĂ©die familiale pĂ©trie de bons sentiments, d'Ă©motions et de tendresse, Mes Vies de chien constitue une leçon de vie derrière l'apparence candide d'un chien loyal conscient de l'importance du temps prĂ©sent et de son entourage familial Ă  travers ses multiples vies.


En dĂ©pit de cette incohĂ©rence existentielle (il s'avère Ă  mon sens impossible de se remĂ©morer avec autant de prĂ©cisions nos passĂ©s antĂ©cĂ©dents si on est partisan de la mĂ©tempsychose, et ce mĂŞme si parfois l'impression de dĂ©jĂ -vu pourrait nous aiguiller sur cette croyance spirituelle) et de certaines facilitĂ©s assez conventionnelles (le sketch centrĂ© autour de la romance du jeune couple afro-amĂ©ricain), mes Vies de chien joue la carte du divertissement amiteux avec assez d'efficacitĂ© pour tĂ©moigner de la fidĂ©litĂ© lĂ©gendaire qui unit le chien et l'homme. Outre cette intense amitiĂ© que se partagent de prime abord Ethan et Bailey, l'action se renouvelle ensuite assez efficacement par le principe des rĂ©incarnations successives que Bailey rencontre lors de conditions de vie hĂ©tĂ©roclites. Au passage, le rĂ©alisateur en profite pour dĂ©noncer brièvement (et sans complaisance) la maltraitance animale par le biais d'un jeune couple marginal, quand bien mĂŞme les chiens de sauvetage sont Ă©galement mis en exergue pour leur rendre dignement hommage (sans toutefois m'Ă©taler sur la polĂ©mique d'une condition de tournage). Enfin, l'intrigue culmine ensuite vers une dernière partie rĂ©solument Ă©mouvante Ă  travers les thèmes de la dĂ©sillusion et de la rĂ©demption amoureuses. Le temps qui passe inexorablement, le regret de n'avoir pu saisir sa chance au moment propice, l'amertume de la solitude et de la vieillesse, Lasse Haekstrom les abordent avec une prude Ă©motion sous le tĂ©moignage amical de Bailey dĂ©libĂ©rĂ© Ă  combler son maĂ®tre. Car conscient du poids de la solitude de celui-ci, il se rĂ©sout Ă  exaucer un voeux inavouable de sa part et lui rappeler le sens de l'existence (concilier l'amour et le partager Ă  son entourage durant nos vies indĂ©finies) grâce Ă  son exceptionnelle mĂ©moire.


Si tout le pĂ©riple initiatique de Bailey s'avère gentiment naĂŻf, un brin puĂ©ril (renforcĂ© de la voix-off du chien nous exprimant ouvertement ses pensĂ©es intimes de manière un peu trop infantile) et que nous sommes Ă  100 lieux de la puissance dramatique de l'Ă©prouvant Hatchi, Mes Vies de chien insuffle toute de mĂŞme une tendre Ă©motion autour de l'Ă©ternelle fidĂ©litĂ© du chien et de son maĂ®tre. A travers ses retrouvailles Ă  la fois inespĂ©rĂ©es et bouleversantes, Lasse Haekstrom amorce une poignante Ă©motion en la prĂ©sence inopinĂ©e de Dennis Quaid, presque mĂ©connaissable en sexagĂ©naire esseulĂ© (il n'est âgĂ© que de 63 ans durant le tournage !) car physiquement marquĂ© par les Ă©preuves du temps de son propre vĂ©cu. 

Bruno Matéï