mercredi 22 juillet 2026

Nekromantik de Jorg Buttgereit. 1988. Allemagne de l'Ouest. 1h11.

                        (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives) 
 
Hier soir, troisième révision du terriblement controversé Nekromantik de Jörg Buttgereit, réalisé en 1988, que je n'avais pas osé revoir depuis plus de 20 ans.
 
Œuvre underground tournée en 16 mm avec des bouts de ficelles, ce premier long provocateur nous plonge dans le quotidien d'un couple dont la déviance sexuelle se confond avec la nécrophilie. 
Interdit dans plusieurs pays, notamment au Royaume-Uni, Nekromantik n'a absolument rien perdu de sa saveur fétide, sépulcrale et fuligineuse. Bien au contraire, maturité aidant, cette redécouverte s'avère encore plus dérangeante qu'autrefois. Sa texture granuleuse, indissociable du 16 mm, lui confère une authenticité quasi documentaire. Et le fait que le film soit interprété par des comédiens amateurs renforce cette impression de réalité intimiste inspirée par le docu-vérité.

Jörg Buttgereit met ainsi en scène un récit d'une noirceur extrême, où s'enchaîne une succession de séquences glauques, scabreuses et profondément nauséeuses, au point de provoquer chez le spectateur un malaise aussi viscéral qu'olfactif. Or, c'est précisément cette singularité qui empêche de réduire Nekromantik à un simple film d'exploitation. Derrière sa radicalité effrontée, le cinéaste semble aborder la nécrophilie avec un premier degré particulièrement déstabilisant, tout en cherchant à insuffler une forme de poésie macabre. Les étreintes morbides improbables sont accompagnées par la musique de Hermann Kopp, tour à tour douce et mélancolique, puis dissonante, inquiétante et oppressante pour d'autres séquences, créant un contraste aussi fascinant que déroutant.

À la revoyure, Nekromantik s'impose donc comme une véritable aberration filmique, un trip hallucinatoire et éprouvant dont il est difficile de sortir indemne. On sort du film transi, apathique, désarmé. On se sent égaré dans un vide moral, comme si nous étions en quête d'une main secourable. Car les images morbides et lubriques s'enchaînent avec une régularité quasi hypnotique, entraînant le spectateur dans un vortex émotionnel où fascination et répulsion ne cessent de s'entremêler. On peine parfois à comprendre ce que l'on ressent tant le film pousse son aura malsaine et sa violence graphique à leurs limites, entre réalisme sordide et illusion factice.

Car si certains maquillages cheap et effets spéciaux artisanaux accusent leur faible budget et atténuent ponctuellement l'illusion, d'autres nombreuses séquences frappent par leur réalisme hyper dérangeant. La manipulation d'organes humains, les bains de sang, les caresses adressées à un cadavre en décomposition ou certaines visions d'une frontalité inouïe composent des scènes d'une rare audace, au point de donner le sentiment d'assister à un véritable cauchemar sur pellicule issu des entrailles même d'un cadavre. On demeure comme prisonnier de cet univers putride, incapable de s'en extirper, tout en conservant une curiosité quasi malsaine pour l'évolution de ce couple pathologique, et plus particulièrement pour ce personnage solitaire employé dans une agence de nettoyage, chargée de ramasser les cadavres.

L'une des grandes forces du film réside également dans son traitement résolument sérieux de son sujet. Buttgereit ne recherche pas le rire ni le second degré, même si par moments des traits d'humour le contredit. À travers cette fusion entre désir charnel et chair morte, il esquisse une réflexion sur la solitude, l'isolement, l'incommunicabilité, le désir charnel et le rapport entre la fragilité de la vie et l'appel (rédempteur) de la mort. Son personnage semble finalement plus à sa place parmi les morts que parmi les vivants, comme le démontre le final aussi célèbre que profondément dérangeant, dont les effets spéciaux volontairement grossiers donnent presque l'impression que le cinéaste cherche enfin à nous arracher brutalement à ce cauchemar putrescent, à nous mettre à distance pour mieux se relever ensuite de la projection.

Attention ! Le film intègre également un véritable snuff animalier, d'une violence morale incontestable. Si cette image d'archive demeure, à mes yeux, moins moralement condamnable que les mises à mort spécialement réalisées pour Cannibal Holocaust chez Deodato, elle n'en reste pas moins extrêmement éprouvante, insoutenable, et constitue probablement la limite que beaucoup de spectateurs refuseront de franchir. Libre à chacun de prendre la télécommande et d'amorcer la scène en "avance rapide".

Évidemment, Nekromantik est une œuvre maladive à ne mettre entre aucune main inexpérimentée. Son contenu incongru en réserve l'accès à un public particulièrement averti. Mais pour les amateurs d'horreur expérimentale, il demeure un véritable film culte, aussi incroyable que trouble et fascinant. Jörg Buttgereit y développe une véritable démarche d'auteur autour de la marginalité, de la solitude et de l'exclusion, dans un appartement mortifère envahi de cadavres et de chairs en décomposition, où suintent la puanteur, le sang, le sperme et la mort avec un art consommé du réalisme faisandé.

Fort de son succès confidentiel, principalement en VHS, et de sa réputation internationale aussi sulfureuse que malsaine, Buttgereit réalisera trois ans plus tard une suite bien plus maîtrisée.

Mais ceci est une autre histoire… On en reparle la semaine prochaine.

- Celui du cœur noir des images 🖤

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