vendredi 25 mai 2018

L'Exorciste, la suite / "The Exorcist III: Legion"

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vfstreaming.co
 
de William Peter Blatty. 1990. 1h50. U.S.A. Avec Dourif Brad, Scott George C., Williamson Nicol, Miller Jason, Flanders Ed, Wilson Scott, Fish Nanc.

Sortie salles France: 9 Janvier 1991. U.S: 17 AoĂ»t 1990

FILMOGRAPHIE: William Peter Blatty est un Ă©crivain, scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain d'origine libanaise, nĂ© Ă  New York le 7 janvier 1928. On lui doit deux uniques rĂ©alisations: la Neuvième configuration (1980) et L'Exorciste, la suite (1990).


Synopsis : La contrée de Georgetown est à nouveau le théâtre de meurtres sanglants. Chargé de l'enquête, le lieutenant Kinderman se souvient qu'un psychopathe mort quinze ans plus tôt perpétrait, de manière aussi géométrique, des homicides dénués de mobile et bâtis sur la souffrance corporelle...

SĂ©quelle du chef-d'Ĺ“uvre de William Friedkin faisant l'impasse sur le second volet de John Boorman (tant boudĂ© Ă  tort selon mon jugement de valeur), L'Exorciste, la suite porte la signature du scĂ©nariste et producteur William Peter Blatty, après dix ans d’absence derrière la camĂ©ra, et ce, d’après son propre roman sorti en 1983 sous le titre Legion. La revanche du romancier ayant enfin sonnĂ© : car pour rappel, Ă  la sortie triomphante de L’Exorciste, il avait perdu la bataille qui l’opposa Ă  Friedkin pour une question de choix de montage (et ce, avant que - ironie du sort - ce dernier ne se ravise en 2000 avec le remontage initial souhaitĂ© par Blatty).

Ă€ contre-emploi de l’horreur explicite de son modèle, L’Exorciste, la suite n’est guère destinĂ©e Ă  ressasser une possession satanique sur fond d’exorcisme outrancier (mĂŞme si son dernier acte l’impose, de manière plutĂ´t concise). L’intrigue, imprĂ©gnĂ©e de mystère et d’aura malsaine, se divise en deux parties : une enquĂŞte criminelle ardue menĂ©e par le robuste George C. Scott (il porte littĂ©ralement l'intrigue sur ses Ă©paules, de par son charisme impĂ©rieux !) et un huis clos anxiogène, bâti sur la dissension psychologique entre le tueur et le lieutenant Kinderman.

Le rĂ©cit amorce d’abord une dĂ©marche investigatrice dans la lignĂ©e de Seven, avec son serial killer mĂ©thodique prĂ©nommĂ© le GĂ©meaux, que Kinderman se tue Ă  dĂ©masquer. Ce segment ombrageux, impeccablement structurĂ©, nous magnĂ©tise l’esprit par son climat inquiĂ©tant, que Blatty parvient Ă  diluer Ă  travers les dĂ©couvertes glaçantes de cadavres mutilĂ©s - dont nous ne verrons jamais la rĂ©sultante. Il prend son temps pour planter son univers (religieux et mĂ©dical), et ses personnages d’ordre confrontĂ©s Ă  l’incomprĂ©hension, la perplexitĂ©, l’irascibilitĂ© (le caractĂ©riel Kinderman ne cessant de tourmenter les tĂ©moins de l’hĂ´pital avec une fâcheuse insolence), quand bien mĂŞme la splendide photo naturelle contraste avec les Ă©vĂ©nements sombres dĂ©peints, oĂą chaque dĂ©tail religieux provoque un certain malaise.

Endossant l’insigne policier avec un sens professionnel notoire, George C. Scott prĂŞte ses traits Ă  un lieutenant avisĂ©, mine renfrognĂ©e et regard dĂ©concertĂ©, tĂ©moin d’une sĂ©rie de crimes inexplicables, exĂ©cutĂ©s avec un art consommĂ© de la perfection. L’ambiance d’insĂ©curitĂ© palpable qui en Ă©mane engendre dans l’esprit du spectateur un sentiment d’angoisse, mĂŞlĂ© d’une fascination irrĂ©pressible face aux mĂ©thodes du tueur, infaillible Ă  ne laisser aucun indice auprès de ses macabres exactions.

La seconde partie, un chouĂŻa plus vĂ©nĂ©neuse, traite du rapport de force entre Kinderman et le potentiel tueur : le GĂ©meaux, incarnation du Mal, infiltrĂ© dans le corps du prĂŞtre Damien Karras. Cette confrontation psychologique, de longue haleine, instaurĂ©e dans la cellule d’un centre psychiatrique, nous transmet une incommoditĂ© sourde, Ă  travers les rĂ©pliques cinglantes du tueur, rehaussĂ©es du jeu transi de fiel de Brad Dourif (et de Jason Miller dans un double rĂ´le aussi insidieux), galvanisĂ© par son omnipotence meurtrière. Ces moments intenses, bâtis sur la provocation du dĂ©sir de soumission et de croyance satanique, nous confinent au seuil du crĂ©puscule, au regard d’un final Ă©pique semĂ© de visions dĂ©moniaques.

ÉmaillĂ© d’incidents horrifiques conçus sur le malaise ou le vĂ©ritable effroi, L’Exorciste, la suite laisse notamment en mĂ©moire quelques anthologies indĂ©crottables dont il faut taire l'indice !


"J’ai rencontrĂ© le Diable."
RĂ©solument passionnant, magnĂ©tique, et fascinant dans sa conjugaison inusitĂ©e de thriller poisseux et d’Ă©pouvante lucifĂ©rienne, L’Exorciste, la suite parvient - avec une intensitĂ© Ă©thĂ©rĂ©e - Ă  provoquer le malaise, de par son aura vĂ©nĂ©neuse que le Mal distille lentement sur les Ă©paules des personnages. Car Ă  travers son intrigue fĂ©tide, rĂ©gentĂ©e par un dĂ©mon au visage familier, William Peter Blatty rĂ©ussit l’exploit d’honorer son modèle avec un art de suggestion Ă  la fois retors et rĂ©aliste, pour tenir lieu de la suprĂ©matie du Mal.
Son prĂ©ambule, Ă  l’atmosphère d’inquiĂ©tude opaque, provoque en deux temps trois mouvements une apprĂ©hension dĂ©moniale tacite que le spectateur apprivoise Ă  l’instinct. ExpĂ©rience Ă©purĂ©e, nourrie d’une peur mortifère, car imprĂ©gnĂ©e du Mal le plus couard et destructeur, L’Exorciste 3 est une Ĺ“uvre maudite Ă  rĂ©habiliter d’urgence.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

RĂ©compenses : Saturn Award du Meilleur scĂ©nario (William Peter Blatty) en 1991

25.10.10
25.05.18. 4èx

jeudi 24 mai 2018

Cherry 2000

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineclap.free.fr

de Steve De Jarnatt. 1987. U.S.A. 1h39. Avec David Andrews, Melanie Griffith, Tim Thomerson, Jennifer Balgobin, Marshall Bell, Harry Carey Jr., Laurence Fishburne, Pamela Gidley, Michael C. Gwynne.

Sortie salles France: 27 Avril 1988. U.S: 5 Février 1988

FILMOGRAPHIE: Steve De Jarnatt est un réalisateur et scénariste américain.
1983: Strange Brow. 1987: Cherry 2000. 1988: Appel d'Urgence.

TournĂ© Ă  la fin des annĂ©es 80, Cherry 2000 s’impose comme l’un des derniers reprĂ©sentants du post-nuke amĂ©ricain, surfant sur le succès phĂ©nomène de Mad Max 2 avec un goĂ»t prononcĂ© pour la dĂ©rision. VĂ©ritable bande dessinĂ©e menĂ©e tambour battant, entre gunfights et cascades explosives (souvent futiles mais gĂ©nĂ©reuses), Cherry 2000 brille par son univers "rose bonbon" - logements futuristes rĂ©tro, dĂ©serts stylisĂ©s, costumes bariolĂ©s dignes d’une fĂŞte de carnaval. Steve De Jarnatt en tire une mise en scène ample, oĂą chaque petite poursuite Ă  travers les Ă©tendues du Nevada respire la libertĂ© du plan large. Évasif, le film repose sur un duo de fortune aussi improbable qu’attachant : David Andrews, candide Ă©garĂ©, et Melanie Griffith, Mad Girl Ă  la douceur armĂ©e. Ensemble, ils font osciller Cherry 2000 entre sĂ©rie B et sĂ©rie Z, dans un joyeux cocktail de romantisme, d'humour, de tendresse et d'Ă©nergie.


L’intrigue, aussi simple qu’un ticket de mĂ©tro - un jeune veuf engage une chasseuse marginale pour retrouver le modèle androĂŻde de son ancienne compagne - ne brille pas par sa profondeur. PrĂ©visible, certes, notamment dans l’Ă©veil amoureux du hĂ©ros pour son guide jalouse, mais le film dĂ©ploie un plaisir rĂ©crĂ©atif Ă©vident Ă  travers son road trip mĂ©canique. Qu’ils soient suspendus dans les airs par l’aimant d’une grue (sĂ©quence homĂ©rique, cocasse et dĂ©bridĂ©e) ou filant dans le ciel en avion, leurs pĂ©ripĂ©ties respirent la fantaisie modeste. Entre deux escarmouches et rencontres plus ou moins amicales, nos cowboys du futur affrontent des clans de mercenaires aussi orgueilleux que guindĂ©s - des "patibulaires" aux airs d’humanistes burlesques. Derrière ces panoplies saturĂ©es, on savoure le retour d’une galerie de seconds couteaux familiers aux cinĂ©phages.


NaĂŻf, pittoresque, mais d’une tendresse sincère, Cherry 2000 charme par sa douce Ă©trangetĂ© et ses accalmies poĂ©tiques. Sous ses airs de divertissement anodin, le film esquisse dĂ©jĂ  une rĂ©flexion prophĂ©tique sur le sexisme et la dĂ©shumanisation par l’intelligence artificielle. Ce B movie sans prĂ©tention, Ă  la fois attendrissant, fantasque et un brin dĂ©senchantĂ©, demeure aujourd’hui un curieux OVNI : un western post-apocalyptique mâtinĂ© de romance, baignĂ© d’une mĂ©lancolie feutrĂ©e. Et Melanie Griffith, tout juste rĂ©vĂ©lĂ©e par Body Double, y porte le film sur ses Ă©paules avec une grâce dĂ©sarmante, Ă  contre-courant, dans la tendresse la plus innocente.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

14/10/2025. 3èx. Vostf. 

mercredi 23 mai 2018

SANS UN BRUIT

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"A Quiet Place" de John Krasinski. 2018. U.S.A. 1h30. Avec John Krasinski, Emily Blunt, Noah Jup, Millicent Simmonds, Cade Woodward.

Sortie salles France: 20 Juin 2018. U.S: 6 Avril 2018

FILMOGRAPHIE: John Krasinski est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, né le 20 Octobre 1979 à Newton, Massachusetts, USA. 2018: Sans un bruit. 2016: La Famille Hollar. 2010-2012: The Office (TV Series: 3 episodes). 2009: Brief Interviews with Hideous Men.


PrĂ©cĂ©dĂ© d'une rĂ©putation dithyrambique auprès des critiques, Sans un bruit redore ses lettres de noblesse au cinĂ©ma horrifique adulte si bien que cette petite pĂ©pite d'angoisse et de tension redouble d'inventivitĂ© pour nous caler au siège avec une efficience optimale. Et ce en dĂ©pit de sa durĂ©e minimaliste (1h24 sans le gĂ©nĂ©rique) et d'un schĂ©ma narratif bien connu des amateurs (le survival en huis-clos avec son lot de stratagèmes offensifs et dĂ©fensifs et effets-chocs rĂ©currents). Car fort d'un concept gĂ©nialement insolite (dans un monde post-apo, une famille et une sourde et malentendante vont tenter de dĂ©jouer la menace de crĂ©atures ultra sensibles au bruit), John Krasinski (rĂ©alisateur mĂ©connu de Brief Interviews with Hideous Men et de La Famille Hollar) s'avère redoutablement inspirĂ© pour donner chair Ă  ses personnages dĂ©munis au sein du cadre exigu d'une ferme customisĂ©e. Sa configuration jalonnĂ©e de gadgets faisant notamment office de labo expĂ©rimental afin d'y dĂ©celer l'Ă©ventuelle faille des crĂ©atures. Le moindre bruit impromptu, le moindre accident domestique, le moindre objet tombĂ© par inadvertance pouvant leur ĂŞtre fatal si bien que chaque membre familial eut Ă©tĂ© formĂ© dans la vigilance, la patience, la discipline et l'esprit de solidaritĂ©. Par le truchement de cette menace meurtrière d'origine inconnue, on reste d'ailleurs fascinĂ© par le design dĂ©charnĂ© de ces crĂ©atures comparables Ă  des sauterelles mutantes et numĂ©risĂ©es avec souci probant de rĂ©alisme.


Leurs nombreuses apparitions et agressions véloces provoquant une appréhension sensitive lorsque nos protagonistes sur le qui-vive se résignent à n'émettre aucun son en guise de survie. Maîtrisant une bande-son oppressante où chaque détail sonore nous distille une tension diffuse, et maîtrisant le non-dit des personnages statiques s'exprimant à travers le langage des signes, John Krasinski relance sans modération l'action horrifique dans de multiples directions impromptues. Et ce en départageant la famille (enfants livrés à eux mêmes au sein de la campagne, père à la recherche de ces derniers, mère repliée dans son foyer pour une raison maternelle) et en exploitant la disparité des décors (domestiques / naturels) plongés dans une obscurité à la lisière de l'onirisme (notamment à travers un jeu de lumières rutilants afin d'avertir le membre extérieur d'une situation de danger). Le jeu de cache-cache avec la peur (et le mutisme) atteignant parfois des sommets d'intensité lorsque nos protagonistes font preuve d'un héroïsme suicidaire pour se protéger mutuellement. Sur ce point, John Krasinski n'hésite pas non plus à tailler une carrure fragile à cette famille à la fois pugnace et désespérée si bien que certaines séquences poignantes provoquent une digne empathie jamais pathétique. L'intrigue mettant en exergue à travers ses personnages sévèrement ébranlés les valeurs familiales par le biais de l'amour, de la culpabilité, de la rédemption et du pardon.


Hurlements
BourrĂ© d'idĂ©es retorses, de chausse-trappes (dont je tairais tout indice) et de pĂ©ripĂ©ties alertes d'une intensitĂ© sensorielle, Sans un Bruit exploite au 1er degrĂ© la sĂ©rie B du samedi soir (rare pour ne pas le souligner !) Ă  travers une intrigue linĂ©aire oh combien charpentĂ©e si bien que chaque Ă©vènement horrifique se renouvelle fissa sous l'impulsion d'une bande-son aphone (ou autrement stridente) oĂą le hurlement escomptĂ© tiendra lieu de dĂ©livrance ! 

* Bruno

lundi 21 mai 2018

PHANTASM 2

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

de Don Coscarelli. 1988. U.S.A. 1h37. Avec James LeGros, Reggie Bannister, Angus Scrimm, Paula Irvine, Samantha Phillips, Kenneth Tigar.

Sortie salles France: 15 Février 1989. U.S: 8 Juillet 1988

FILMOGRAPHIE: Don Coscarelli est un scénariste et réalisateur américain né le 17 Février 1954 à Tripoli (Lybie). 1976: Jim the World's Greatest. 1976: Kenny and Compagny. 1979: Phantasm. 1982: Dar l'invincible. 1988: Phantasm 2. 1989: Survival Quest. 1994: Phantasm 3. 1998: Phantasm 4. 2002: Bubba Ho-tep. 2012: John Dies at the end.


Une séquelle inutile aux antipodes de son illustre modèle (chef-d'oeuvre absolu du Fantastique moderne), Don Coscarelli privilégiant aujourd'hui la surenchère et la dérision sardonique (sans doute inspiré par les derniers exploits de Freddy Kruger) pour pallier son intrigue étique (jeu de cache-cache rébarbatif) dénuée de surprises, de suspense, d'angoisse et surtout d'intensité. Pour autant, grâce à 2/3 effets chocs convaincants et inventifs (les sphères volantes sont encore plus novatrices dans leur technologie meurtrière) et grâce sa dernière demi-heure homérique assez fluide, je peux comprendre qu'on puisse trouver le spectacle gentiment bonnard.

* Bruno
3èx

vendredi 18 mai 2018

CARGO

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Yolanda Ramke et Ben Howling. 2017. Australie. 1h44. Avec Martin Freeman, Anthony Hayes, Caren Pistorius, David Gulpilil, Susie Porter, Kris McQuade

Diffusion uniquement sur Netflix : 18 Mai 2018

FILMOGRAPHIE: Yolanda Ramke est une rĂ©alisatrice, scĂ©nariste et actrice amĂ©ricaine.
Ben Howling est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2017: Cargo.


Produit par Netflix, Cargo retrace le cheminement de survie d'un père et de son nourrisson au sein d'une Australie post-apo infectĂ©e par un mystĂ©rieux virus. Les citadins mordus par des crĂ©atures humaines se transformant Ă  leur tour en meurtriers assoiffĂ©s de sang. Avec l'aide d'une adolescente aborigène Ă©galement en berne depuis la disparition de son père, Andy dĂ©ambule dans la campagne Ă  la recherche d'autres survivants et d'un Ă©ventuel havre de paix, aussi malingre soit son nouveau destin. DĂ©poussiĂ©rant le thème des infectĂ©s avec une ambition intègre si bien que Yolanda Ramke et Ben Howling parviennent Ă  y imprimer leur personnalitĂ© avec une digne maturitĂ© puisque Ă©levant le genre au 1er degrĂ© (exit donc les effets de manche grands guignolesques), Cargo est une heureuse surprise au sein du genre Ă©culĂ©, usĂ© jusqu'Ă  la corde. Ces derniers parvenant dès le prĂ©ambule particulièrement oppressant (on peut d'ailleurs prĂŞter d'une manière autrement suggĂ©rĂ©e un clin d'oeil Ă  l'Enfer des Zombies) Ă  planter leur univers mortifiĂ© et ses personnages en berne avec un rĂ©alisme naturaliste. Outre les idĂ©es inventives qui empiètent le rĂ©cit (notamment en jouant sur le simulacre du danger afin de s'extirper des clichĂ©s) et la manière inĂ©dite de caractĂ©riser ces infectĂ©s dĂ©gingandĂ©s (ils passent par d'Ă©tranges Ă©tapes de convulsion et de mutation avant leur mĂ©tamorphose atone), Cargo  tire parti de son humanisme fragile Ă  travers le profil Ă©quivoque d'un père de famille de prime abord plutĂ´t couard et pleutre dans son indĂ©cision Ă  porter secours aux appâts humains tout en observant impuissant Ă  la dĂ©gĂ©nĂ©rescence d'une terre infectĂ©e de l'intĂ©rieur.


Les auteurs y exprimant un message Ă©colo, une mĂ©taphore anti-capitaliste Ă  travers la beautĂ© sauvage de l'Australie que l'homme blanc a corrompu par son instinct Ă  la fois matĂ©rialiste et cupide. Et donc du point de vue pacifique de ces aborigènes particulièrement solidaires entre eux, Cargo leur rend humblement hommage en revenant aux sources de leur culture tribale oĂą la famille, la cohĂ©sion, l'amour, le respect pour la nature et la spiritualitĂ© font partie de leur Ă©thique pour se forger leur sens existentiel. L'intrigue abordant d'autre part le thème du racisme, de l'esclavage que certains dĂ©tenus pâtiront sous l'impulsion opportuniste d'un fermier sans vergogne. Enfin, et pour parachever vers un final onirique aussi lumineux que bouleversant, Cargo est Ă©galement rehaussĂ© d'une intense amitiĂ© que se partagent Andy et Josie. Toute le rĂ©cit dĂ©diĂ© Ă  leur rĂ©silience cultivant une initiation au courage, Ă  la communication et Ă  la confiance Ă  travers les diffĂ©rences raciales. Martin Freeman  (dans une posture binaire crĂ©dible de par ses sentiments contradictoires) et la mĂ©connue  Natasha Wanganeen (d'une candeur naturelle Ă  travers l'acuitĂ© de son regard mĂ©lancolique) insufflant sans pathos une humanitĂ© prude. Entre dĂ©sespoir (le suicide plane constamment sur leurs Ă©paules puis Ă  proximitĂ© d'autres survivants aussi extĂ©nuĂ©s par le deuil, le cannibalisme et le pessimisme) et aspiration d'une terre nouvelle (Ă  labourer).


Dur et cruel, fort et beau Ă  la fois, Cargo redore dignement le genre horrifique Ă  hauteur d'homme et de dame nature. 

* Bruno

mercredi 16 mai 2018

Un Eté d'Enfer

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Michael Shock. 1984. France. 1h44. Avec Thierry Lhermitte, Véronique Jannot, Daniel Duval, Corynne Charbit, Michel Devilliers, Nana Mouloudji.

Sortie salles France: 12 DĂ©cembre 1984 (Int - 13 ans)

FILMOGRAPHIEMichael Schock est un réalisateur et acteur français né à Paris en 1948. 1978 : Trocadéro bleu citron. 1984 : Un été d'enfer. 1987 : Les Nouveaux Tricheurs.


"Emotion".
Polar français tournĂ© Ă  l'amĂ©ricaine parmi les vedettes de l'Ă©poque Thierry Lhermitte (Ă  contre emploi en justicier en blouson de cuir ! ?) / VĂ©ronique Jeannot (fraĂ®chement cĂ©lĂ©brĂ©e par la sĂ©rie TV Pause CafĂ©), Un EtĂ© d'enfer fut un succès considĂ©rable Ă  sa sortie avec ses 1 137 300 entrĂ©es. Moi mĂŞme fis d'ailleurs le dĂ©placement dans une salle un mercredi après-midi en compagnie d'un ami collĂ©gien. Raison pour laquelle aujourd'hui je ne peux pas vraiment ĂŞtre objectif puisque Ă  l'Ă©poque j'avais pris beaucoup de plaisir Ă  suivre les vicissitudes du dĂ©tective Darland, aussi lambda et naĂŻve soit son investigation ! Nanar pour les uns, plaisir innocent pour les autres, cette sĂ©rie B oscillant l'action et les bons sentiments pâtie d'une faible intrigue plutĂ´t prĂ©visible (Spoil ! bien que l'on soupçonne un faux dĂ©nouement tragique pour le sort de la disparue fin du Spoil). A savoir qu'une mère Ă©plorĂ©e sollicite l'aide d'un dĂ©tective privĂ© afin de retrouver sa jeune fille droguĂ©e disparue 3 mois plus tĂ´t. Pour autant, grâce Ă  sa rĂ©alisation clinquante jalonnĂ©e de sĂ©quences clippesques (les sĂ©quences romanesque auquel le couple se prĂ©lasse en bord de mer) et grâce Ă  l'attachant duo susnommĂ©, Un EtĂ© d'Enfer se suit sans dĂ©plaisir entre deux  sĂ©quences involontairement comiques (la rencontre timorĂ©e de Lhermitte et Jeannot autour d'un verre que celui-ci ne parvient pas Ă  choisir, rire nerveux assurĂ©e, ah ah !).


L'intrigue malingre s'affublant en outre d'une rĂ©currente mĂ©lodie sirupeuse que Debbie Davis chantonne Ă  plusieurs reprises afin d'accentuer l'attrait charnel des amants en Ă©treinte (on peut mĂŞme entrevoir un bout de sein de Jeannot lors d'une sĂ©quence dĂ©shabillĂ©e, ouh lĂ  lĂ  !). Outre la complicitĂ© assez convaincante du duo romantique, le film bĂ©nĂ©ficie Ă©tonnamment de seconds-couteaux aux gueules burinĂ©es (le franc-tireur Daniel Duval en commissaire vĂ©reux) ou Ă©maciĂ©es (le mĂ©connu Michel de Viliers en dealer crapuleux). Parmi la prĂ©sence très marquante de ce dernier, on peut d'ailleurs se remĂ©morer LA sĂ©quence choc restĂ©e dans les mĂ©moires par sa surprenante intensitĂ© dramatique. Ainsi, l'altercation au cours de laquelle Lhermitte finit par ĂŞtre forcĂ© de sniffer une montagne de coke provoque encore aujourd'hui un malaise viscĂ©ral vertigineux. Raison pour laquelle le film Ă©copa tout de mĂŞme Ă  sa sortie d'une interdiction aux - de 13 ans. Hormis quelques mini longueurs Ă  mi-parcours du rĂ©cit (la filature nocturne auprès des trafiquants Ă  proximitĂ© du paquebot s'essouffle rapidement), Un EtĂ© d'Enfer parvient donc modestement Ă  divertir avec savoir-faire technique (slow motion stylisĂ© en sus), mĂŞme si aujourd'hui il ne contentera que les nostalgiques des annĂ©es 80 ainsi que les amoureux de VĂ©ronique Jeannot qui ne fut alors jamais aussi radieuse que dans cet EtĂ© d'Enfer.

Dédicace à mon camarade de classe Didier Top
* Bruno

mardi 15 mai 2018

DOWNRANGE

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Ryuhei Kitamura. 2017. U.S.A. 1h29. Avec Kelly Connaire, Stephanie Pearson, Rod Hernandez, Anthony Kirlew, Alexa Yeames, Jason Tobias, Aion Boyd.

Sortie salles France: Prochainement.

FILMOGRAPHIE: Ryuhei Kitamura (北村 龍平) est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste japonais nĂ© le 30 mai 1969 Ă  ĹŚsaka (Japon). 1996: Heat After Dark. 1997: Down to Hell. 2000: Versus, l'ultime guerrier. 2002: Jam Films (segment The Messenger - Requiem for the Dead). 2002 : Alive. 2003 : Aragami. 2003 : Azumi.  200: Sky High. 2004: Longinus. 2004: Godzilla: Final Wars. 2006 : LoveDeath. 2008: The Midnight Meat Train. 2012: No One Lives. 2014: Lupin III. 2017: Downrange.


Sniper : Tireur d'élite armé d'un équipement spécifique et à la pointe de la technologie qui lui permet de prendre part à un affrontement, tout en étant embusqué et éloigné de ses cibles.

Survival horrifique prenant pour cadre exigu une portion de chaussée rurale auquel une poignée
d'ados s'y sont retranchĂ©s derrière la carrosserie de leur voiture, Downrange est une excellente surprise concoctĂ©e par l'habile artisan japonais Ryuhei Kitamur(Versus, Azumi, Midnight Meat Train). Intense, Ă©prouvant et ultra sanguinolent de par ses FX artisanaux du plus bel effet, Downrage joue la carte de la sĂ©rie B explosive dans son florilège d'exactions criminelles qu'un sniper, planquĂ© dans un arbre, perpĂ©tue en toute dĂ©contraction. Les quelques survivants constamment dans sa ligne de mire s'efforçant de trouver rapidement une issue de dernier ressort par le biais d'idĂ©es retorses convaincantes (smartphones, perchoir, pneu, briquet, frein Ă  main, caisse Ă  outils seront leurs principaux stratagèmes de dĂ©fense), mĂŞme si redoutablement couillues en pareille situation chaotique. Recrutant en prime des acteurs mĂ©connus contournant habilement le stĂ©rĂ©otype de l'ado dĂ©cervelĂ© (on est aux antipodes d'un Vendredi 13 avec son schĂ©ma narratif tracĂ© d'avance), Ryuhei Kitamura  exploite son astucieux concept avec une efficacitĂ© structurĂ©e afin de maintenir le spectateur dans une tension en roue libre.


Si bien que nous nous familiarisons d'entrĂ©e de jeu Ă  l'humanisme fĂ©brile de ces protagonistes compromis par leurs sentiments contradictoires de dĂ©sillusion et de pugnacitĂ©. Toute l'intrigue mĂ©chamment immorale n'Ă©tant qu'une initiation Ă  leur survie, une Ă©pineuse Ă©preuve de force aussi bien physique que morale. Et bien malin celui qui devinera qui parviendra Ă  se prĂ©munir des balles jusqu'au point d'orgue, notamment lorsque le cinĂ©aste n'Ă©prouve aucun remord Ă  sacrifier les plus attachants ou vaillants, et qu'il relance en intermittence sa frĂ©nĂ©sie sanglante parmi l'intrusion de nouveaux protagonistes. Le jeu de l'assassinat affichant clairement une tournure sardonique auprès de leur sort prĂ©caire que la rĂ©alisation inventive renchĂ©rit Ă  l'aide de cadrages alambiquĂ©s (pour ne pas dire extravagants Ă  certains moments gorasses que l'on pourrait comparer Ă  Evil-Dead !). Constamment haletant et Ă©pique dans son florilège de rebondissements cruels franchement impitoyables, Downrange ne possède aucun complexe pour afficher une ultra violence tantĂ´t âpre (les râles d'agonie de la seconde victime distillent un malaise viscĂ©ral) au point d'y sacrifier l'innocence la plus fragile.


Complètement vrillĂ© dans sa violence endĂ©mique et jusqu'au-boutiste de par le cynisme insidieux du sniper s'en donnant Ă  coeur joie dans les provocations criminelles (entre fausse alerte et exĂ©cution sommaire), Downrange exploite avec astuces et dĂ©rision son gĂ©nial concept de prise d'otages sous la chaleur Ă©crasante du bitume maculĂ© de sauce piquante. 

* Bruno

lundi 14 mai 2018

REVENGE. Prix de la Meilleure Réalisatrice, Catalogne.

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Coralie Fargeat. 2017. France. 1h48. Avec Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe, Guillaume Bouchède, Avant Strangel.

Sortie salles France: 8 Février 2018.

FILMOGRAPHIECoralie Fargeat est une réalisatrice et scénariste française.
2017: Revenge.


                    Un "Rape and Revenge" made in France en pleine polĂ©mique "Wenstein" ! 

En dĂ©pit d'un concept morbide rĂ©solument grotesque et improbable (une victime empalĂ©e revenue d'entre les morts après sa chute d'une falaise, il fallait carrĂ©ment oser !), Revenge est un sympathique Rape and revenge si bien qu'il s'agit de la première rĂ©alisation de Coralie Fargeat. Ultra gore en mode stylisĂ© (pour ne pas dire cartoonesque), relativement charpentĂ© au niveau de la mise en scène souvent inventive (notamment auprès de l'habile photogĂ©nie du dĂ©sert accompagnĂ©e d'une photo contrastĂ©e) et scandĂ© d'une bande-son (techno) percutante, Revenge parvient Ă  soigner la forme puis maintenir l'attention grâce Ă  la posture aguerrie de la victime en initiation de survie. La première partie s'attardant Ă  sa situation moribonde de manière assez dĂ©bridĂ©e si je me rĂ©fère Ă  ses combines de fortune afin de tenter de rester en vie puis anticiper sa vendetta. De cette intrigue Ă©videmment linĂ©aire que l'on connait par coeur, la rĂ©alisatrice parvient donc Ă  tisser assez d'efficacitĂ© autour du portrait de cette justicière stoĂŻque (elle se retrouve seule contre trois dans un dĂ©sert aride) que la jeune italienne Matilda Lutz parvient Ă  rendre convaincant (Ă  dĂ©faut d'ĂŞtre transcendante) de par la sobriĂ©tĂ© de son regard impassible. Et pour maintenir sa progression dramatique fĂ©brile, Coralie Fargeat  relance l'intensitĂ© de l'action du point de vue des agresseurs parvenant par moments Ă  s'extirper de leur situation prĂ©caire. Et ce mĂŞme si la tension escomptĂ©e avait gagnĂ© Ă  ĂŞtre plus Ă©toffĂ©e, plus maĂ®trisĂ©e auprès d'une dramaturgie plus escarpĂ©e et rĂ©aliste.

* Bruno

vendredi 11 mai 2018

Hercule contre les Vampires / Ercole al centro della terra

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotions.com

de Mario Bava. 1961. Italie. 1h26. Avec Reg Park, Christopher Lee, Leonora Ruffo, George Ardisson, Marisa Belli, Ida Galli.

Sortie salles France: 9 Mai 1962. Italie: 16 Novembre 1961

FILMOGRAPHIEMario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire  , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).

 
PĂ©plum hybride Ă  la croisĂ©e du fantastique, de la comĂ©die, de la romance, de l'aventure mythologique et de l'Ă©pouvante, Hercule contre les Vampires porte clairement la signature du maestro Mario Bava, dans une fulgurance flamboyante de chaque instant. Il redouble ici de crĂ©ativitĂ© pour varier ses dĂ©cors baroques, envoĂ»tĂ©s de filtres rouges, verts, bleus, orangĂ©s - le tout dans une harmonie picturale oĂą l’Ĺ“il du spectateur est sans cesse courtisĂ©. Ă€ ce niveau purement contemplatif, Hercule contre les Vampires demeure un chef-d'Ĺ“uvre : un spectacle du samedi soir d’une inĂ©puisable recherche stylisĂ©e, comme seul le maestro savait en ciseler. Et ce, en se rĂ©inventant Ă  chaque projet, souvent pour pallier ses carences budgĂ©taires. Ce parti-pris esthĂ©tisant lui permet d’embellir son intrigue romantique - Hercule et un de ses comparses tentent d’extraire de l’enfer leurs dulcinĂ©es sĂ©questrĂ©es par le roi Lico - oĂą la tendresse des sentiments s’ouvre aux plages d’onirisme gracieuses et capiteuses.


Ă€ travers son intrigue attachante, testant la fidĂ©litĂ© amicale d’Hercule et de son compagnon, en tension avec leur passion amoureuse (en demi-teinte pour le second), la bonhomie hĂ©roĂŻque de leur solidaritĂ© (accompagnĂ©e d’un bateleur badin, gentiment pusillanime), le charisme tĂ©nĂ©breux de Christopher Lee en sorcier insidieux, et l’attrait baroque de ses situations occultes - du combat improbable contre une crĂ©ature de pierre Ă  l’invasion furtive de macchabĂ©es s’exhumant de leur caveau - tout concourt Ă  parfaire (sans l’ombre d’une prĂ©tention) un spectacle aussi stimulant que dĂ©paysant. C’est le Fantastique qui prĂ©domine ici, au cĹ“ur d’un cadre antique dĂ©complexĂ©, oĂą les codes du pĂ©plum sont triturĂ©s, transcendĂ©s, portĂ©s Ă  incandescence dans une ambition latine, exubĂ©rante et dĂ©mesurĂ©e. On peut mĂŞme louer la dimension gĂ©nialement bricolĂ©e de ses effets artisanaux, que Bava sublime par l’acuitĂ© du montage, le cadre gĂ©omĂ©trique et cette patte esthĂ©tisante qui Ă©lectrise l’image et capte notre regard. Bref, on reste constamment surpris, Ă©branlĂ©, happĂ© par cette recherche formelle en mutation constante, qui nous fait perdre pied pour mieux exalter l’Ă©merveillement du fantasticophile Ă©baubi.


Du cinéma de quartier imputrescible, car sans égal.
Éblouissante expĂ©rience occulte, typiquement bisseuse, baignĂ©e d’un onirisme baroque aussi hallucinĂ© qu’inusitĂ© (telles ces branches de rameaux sectionnĂ©es qui hurlent en saignant), Hercule contre les Vampires s’empare de l’alibi du songe et de la fantasmagorie pour laisser libre cours Ă  une foisonnance du dĂ©tail typiquement latine. Ă€ revoir d’urgence, en qualitĂ© HD, pour en goĂ»ter la rutilante beautĂ© Ă  couper le souffle, avec la trouble impression de dĂ©couvrir une Ĺ“uvre Ă©trange, autrement dense, substantielle, sensuelle, vĂ©nĂ©neuse.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

11.05.18. 3èx
14.06.22.

jeudi 10 mai 2018

BURN OUT

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Yann Gozlan. 2017. France. 1h43. Avec François Civil, Olivier Rabourdin, Manon Azem, Samuel Jouy, Narcisse Mame.

Sortie salles France: 3 Janvier 2018

FILMOGRAPHIEYann Gozlan est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur associĂ© français nĂ© le 28/03/1977 Ă  Aubervilliers. 2010 : Captifs. 2015 : Un homme idĂ©al. 2018 : Burn Out.


SĂ©rie B d'action signĂ©e Yann Gozlan (Captifs, son premier essai bonnard), Burn out est une formidable surprise au sein du paysage français si fĂ©ru des comĂ©dies familiales et drame sociaux rĂ©barbatifs. A partir d'une intrigue simpliste (pour sauver son ex amie Ă  rembourser une dette, un pilote de moto est contraint de livrer de la drogue pour des truands en sillonnant Rotterdam), Yann Gozlan redouble d'efficacitĂ© Ă  conjuguer action et suspense au service du cheminement hĂ©roĂŻque du jeune Tony contraint de parfaire des go-fast entre la France et la Hollande. Aux antipodes des actionner ricains jouant plein pot la gratuitĂ© de la surenchère et de la fioriture (Fast and Furious Ă  titre d'exemple Ă©loquent), Burn Out tire parti de son magnĂ©tisme grâce au caractère rĂ©solument rĂ©aliste de cette odyssĂ©e dĂ©linquante. Tant et si bien que l'incroyable lisibilitĂ© des sĂ©quences de poursuites (de jour et de nuit !) magnifiquement filmĂ©es en camĂ©ra subjective nous scotche Ă  notre siège avec un sentiment d'immersion limite viscĂ©ral.


Le rĂ©alisateur renouvelant par ailleurs l'action vertigineuse Ă  mi-parcours avec deux rebondissements successifs afin d'observer l'Ă©volution morale de Tony embarquĂ© contre son grĂ© dans un chantage irrĂ©versible oĂą la violence finira par Ă©clater. L'intrigue incessamment captivante jouant au jeu du gendarme et du voleur sous l'impulsion de tĂŞtes d'affiche charismatiques, des gueules de truands taillĂ©s Ă  la serpe endossant leur rĂ´le vĂ©reux avec une sobriĂ©tĂ© anti-théâtrale. Au delĂ  de la carrure virile de ses personnages burnĂ©s peu recommandables, le jeune François Civil en impose autrement dans son profil de motard fĂ©brile endossant 3 fonctions Ă  la fois (pilote sur les pistes motos et sur les autoroutes, puis salariĂ© dans un entrepĂ´t). Constamment sur le qui-vive du danger permanent lors de ses missions effrĂ©nĂ©es, puis peu Ă  peu gagnĂ© par le burn-out faute de perdurer ses 3 emplois plein temps, François Civil parvient Ă  nous transmettre une palette de sensations fortes (adrĂ©naline, apprĂ©hension, dĂ©sarroi limite dĂ©pressif) Ă  travers la sueur de ses pores. On apprĂ©cie d'ailleurs en guise de causticitĂ© son vĂ©nĂ©neux Ă©pilogue (que personne ne voit venir) nous poussant Ă  rĂ©flĂ©chir sur l'addiction de la vitesse et du danger Ă  travers l'engrenage infectieux de la dĂ©linquance.


Pur divertissement d'action oppressante rondement gĂ©rĂ©e par une mise en scène maĂ®trisĂ©e (Yann Gozlan est un vrai talent Ă  surveiller pour ses futurs projets), Burn out exploite intelligemment la sĂ©rie B avec souci singulier de rĂ©alisme et de vraisemblance (notamment Ă  travers son casting mĂ©connu irrĂ©prochable), si bien qu'il fait office de cas Ă  part au sein du genre consensuel de l'actionner bourrin familièrement ballot. 

* Bruno

Arrivederci amore, ciao

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Michele Soavi. 2006. Italie. 1h51. Avec Alessio Boni, Michele Placido, Isabella Ferrari, Alina Nadelea, Carlo Cecchi.

Sortie salles France: 2 Août 2006. Italie: 24 Février 2006

FILMOGRAPHIE: Michele Soavi est un réalisateur italien né le 3 Juillet 1957 à Milan, (Italie).
1985: The Valley (vidéo). 1985: Le Monde de l'horreur (Documentaire). 1987: Bloody Bird. 1989: Le Sanctuaire. 1991: La Secte. 1994: Dellamorte Dellamore. 2006: Arrivederci amore, ciao. 2008: Il sangue dei vinti.

 
"Michele Soavi ou l’odeur du Mal absolu."
 
RĂ©alisĂ© par Michele Soavi, maestro transalpin aussi discret que passionnant, Arrivederci amore, ciao est un polar malade, d’une noirceur quasi inĂ©galĂ©e. De mĂ©moire de cinĂ©phile, je connais peu d’autres prototypes aussi fĂ©tides, viciĂ©s, acrimonieux. Par son climat austère, rĂ©solument poisseux, irrespirable et dĂ©bauchĂ©, et par la posture foncièrement immorale de cette faune de truands littĂ©ralement habitĂ©e par le Mal, le film oppose nos sentiments antithĂ©tiques de fascination et de rĂ©pulsion, jusqu’Ă  gĂ©nĂ©rer un malaise profond, une aversion face Ă  son contenu immoral, infiniment dĂ©complexĂ©.

Soavi scrute avant tout, sans la moindre fioriture et Ă  travers un rĂ©alisme rugueux, le portrait abject d’un terroriste en voie de rĂ©habilitation, sous la tutelle d’un flic vĂ©reux. Le cinĂ©aste enfonce le clou du nihilisme et de la dĂ©chĂ©ance amorale au fil de missions sanglantes, jusqu’Ă  un final couillu, d’une cruautĂ© psychologique proprement insupportable.

On quitte alors cette odyssĂ©e meurtrière et insalubre - guidĂ©e par un instinct pervers et primal - avec cette sensation dĂ©sagrĂ©able, presque bipolaire, d’avoir assistĂ© Ă  un grand moment de cinĂ©ma (casting burinĂ© plus vrai que nature, mise en scène chiadĂ©e, stylisĂ©e, constamment inventive - voire expĂ©rimentale -, photographie au magnĂ©tisme opaque qui hypnotise les sens), tout en Ă©prouvant un regain de mĂ©pris, de dĂ©goĂ»t et d’antipathie face au profil licencieux de cet indic bellâtre, sĂ©ducteur dĂ©lĂ©tère, s’enfonçant toujours plus profondĂ©ment dans les racines du Mal, sans jamais cĂ©der Ă  l’ombre d’un remords, encore moins Ă  la repentance.

Un Ă©lectrochoc moral d’une noirceur abyssale, ad nauseam, Ă  dĂ©couvrir avec la plus grande prĂ©caution. 
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

mardi 8 mai 2018

LA TAVERNE DE L'ENFER

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Paradise Alley" de Sylvester Stallone. 1978. U.S.A. 1h47. Avec Sylvester Stallone, Lee Canalito, Armand Assante, Frank McRae, Anne Archer, Kevin Conway, Joe Spinell.

Sortie salles France: 16 Mai 1979. U.S: 22 Septembre 1978

FILMOGRAPHIE: Sylvester Stallone est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 6 Juillet 1946 à New-York. 1978: La Taverne de l'Enfer. 1979: Rocky 2, la Revanche. 1982: Rocky 3, l'Oeil du Tigre. 1983: Staying Alive. 1985: Rocky 4. 2006: Rocky Balboa. 2008: John Rambo. 2010: Expendables: Unité Spéciale.


Initialement Ă©crit par Sylvester Stallone avant Rocky, La Taverne de l'Enfer fut finalement portĂ© Ă  l'Ă©cran 2 ans après le succès de John G. Alvidsen. Bien qu'il se solda d'un Ă©chec commercial (en France, il totalise 475 283 entrĂ©es pour se classer 70è/70), la première rĂ©alisation de Stallone est une superbe Ă©popĂ©e humaine dĂ©crivant, non sans un certain brio stylisĂ© (suffit d'observer scrupuleusement son Ă©tonnant gĂ©nĂ©rique en trompe l'oeil ou encore le combat final perpĂ©trĂ© au sein d'un ring torrentiel !), le cheminement professionnel de laissĂ©s pour compte Ă©voluant dans le cadre new-yorkais d'Hell's Kitchen un an après la seconde guerre. De par sa reconstitution soignĂ©e que Stallone s'efforce Ă  redonner vie autour d'une faune urbaine marginalisĂ©e, La Taverne de l'Enfer nous plonge dans la moiteur des quartiers malfamĂ©s, entre insouciance des beuveries, bastonnades et dĂ©sespoir existentiel. En particulier auprès de trois frères italo-amĂ©ricains s'efforçant de survivre entre jobs prĂ©caires et p'tites combines. Mais Ă  la suite d'un bras de fer opposant son frère cadet Victor avec un caĂŻd,  Cosmo, sans emploi, dĂ©cide de l'initier aux combats de catch du fait de sa corpulence râblĂ©e. Et ce en dĂ©pit de la rĂ©ticence de l'aĂ®nĂ© Lenny travaillant comme embaumeur dans une morgue. PrĂ©cisons aussi que Victor est un livreur de glace dĂ©sireux de quitter l'AmĂ©rique pour l'Egypte en compagnie de sa voisine et qu'il est facilement influençable depuis sa dĂ©ficience morale. Autour de leur rapport fraternel assez virulent mais toutefois solidaire, Cosmo et Lenny se disputent d'autant plus l'autoritĂ© auprès d'une relation sentimentale de jeunesse.


Aventure humaine pleine de cocasseries (notamment auprès des intimidations extravagantes de mafieux Ă  la p'tite semaine), de drames (la sĂ©quence fortuite du suicide nous laisse un goĂ»t aigre dans la bouche) et de bons sentiments (Cosmo/Lenny se disputant un amour impossible), la Taverne de l'Enfer fut injustement occultĂ© Ă  cause du rĂ©cent phĂ©nomène Rocky. Car loin de nous offrir un Ă©pigone mercantile, Stallone, combine pour la 1ère fois son talent d'acteur, de conteur et de rĂ©alisateur avec une franche sincĂ©ritĂ© assortie de gĂ©nĂ©rositĂ©. Et ce mĂŞme si son personnage de marginal au grand coeur peut rappeler par instants (et surtout par ses mimiques amiteuses n'appartenant qu'Ă  son instinct fringant), le personnage de Balboa. Sauf qu'en l'occurrence Cosmo ne fait que coacher son frère cadet afin de l'amener vers la victoire pour profiter ensemble du magot. Le film gagnant notamment en intensitĂ© auprès des actions chorĂ©graphiĂ©es particulièrement violentes que de la caractĂ©risation humaine des personnages pleins de vulnĂ©rabilitĂ© mais pour autant dĂ©sireux d'emporter la mise entre une prise de conscience sur les consĂ©quences sanitaires du sport du catch (les rapports ambigus entre Cosmo et Lenny et l'inversion des rĂ´les qu'ils s'octroient durant leur rĂ©flexion personnelle pour la destinĂ©e de Victor). Passionnant et immersif (notamment auprès de la Taverne et du Paradise riches de dĂ©tails et Ă©clairĂ©s de lumières chaudes), La Taverne de l'Enfer transfigure des personnages bougrement attachants (tant auprès des seconds-rĂ´les fantaisistes que des trois frères unis par les liens du sang). Stallone, jamais prĂ©tentieux, s'efforçant de structurer son intrigue romantico-dramatique d'Ă©pisodes humoristiques fougueux en plus du charisme patibulaire de seconds-couteaux irrĂ©sistibles (notamment Joe Spinell en arbitre vĂ©reux affublĂ© d'un costume de clown !).


OccultĂ©, pour ne pas dire discrĂ©ditĂ© du fait de sa faible notoriĂ©tĂ©, La Taverne de l'Enfer est Ă  rĂ©habiliter d'urgence. Première vraie rĂ©ussite de Stallone en tant que cinĂ©aste en herbe nous dĂ©crivant avec une tendre humanitĂ© jamais outrĂ©e une preuse Ă©popĂ©e sur les losers en quĂŞte de discernement, de dignitĂ© et d'ascension.  

* Bruno
3èx

dimanche 6 mai 2018

THE FLORIDA PROJECT

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site robbinsrealm.wordpress.com

de Sean Baker. 2017. U.S.A. 1h51. Avec Brooklynn Kimberly Prince, Bria Vinaite, Willem Dafoe, Valeria Cotto, Christopher Rivera, Mela Murder.

Sortie salles France: 20 Décembre 2017. U.S; 6 Octobre 2017

FILMOGRAPHIESean S. Baker est un réalisateur et scénariste américain né à New York (États-Unis). 2000 : Four Letter Words. 2004 : Take Out (co-réalisé avec Tsou Shih-ching). 2008 : Prince of Broadway. 2012 : Starlet. 2015 : Tangerine. 2017 : The Florida Project.


Portrait au vitriol d'une mère monoparentale asociale résolument paumée, impudente et instable car marginalisée par son sédentarisme sur la corde raide, The Florida Project est une comédie sociétale bipolaire, assez difficilement apprivoisable selon mon jugement de valeur.
La faute incombant notamment à une certaine redondance à daigner trop insister sur la banalité quotidienne de cette dernière livrée à sa glauque médiocrité et des pitreries de sa fille influençable follement irrévérencieuse. Pour autant, et grâce à son interprétation d'un naturel indiscutable, le récit davantage amer laisse distiller une vibrante humanité, notamment grâce à son ultra réalisme documenté si bien que les 20 dernières minutes d'une gravité désespérée nous laisse sur le bitume quant aux conséquences dramatiques de cet échec maternel. On en sort donc déprimé et bouleversé si bien que l'émotion cuisante nous saisit à la gorge avec une acuité insupportable.

P.S: Méfiez vous de la bande-annonce extrêmement fallacieuse puisqu'il n'est aucunement question de comédie cocasse et légère carburant aux sentiments extravagants des postures rebelles.

* Bruno

Box Office France : 167 396 entrées

vendredi 4 mai 2018

FASCINATION

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmaffinity.com

de Jean Rollin. 1979. France. Avec Brigitte Lahaie, Franca Maï, Jean-Marie Lemaire, Fanny Magier, Évelyne Thomas, Sophie Noël, Muriel Montossé.

Sortie salles France: 2 Janvier 1980 (int - 18 ans)

FILMOGRAPHIE: Jean Michel Rollin, Roth Le Gentil est un réalisateur, producteur et scénariste français, né le 3 novembre 1938 à Neuilly-sur-Seine (France), décédé le 15 Décembre 2010.
1958 : Les Amours jaunes, 1961 : Ciel de cuivre, 1963 : L'Itinéraire marin, 1964 : Vivre en Espagne, 1965 : Les Pays loin, 1968 : Le Viol du vampire, 1969 : La Vampire nue, 1970 : Le Frisson des vampires, 1971 : Requiem pour un vampire, 1973 : La Rose de fer, 1974 : Les Démoniaques, 1975 : Lèvres de sang, 1978 : Les Raisins de la mort, 1979 : Fascination,1980 : La Nuit des traquées, 1981 : Fugues mineures (Les Paumées du petit matin, 1981 :Le Lac des morts vivants (sous le pseudonyme de J. A. Lazer), 1982 : La Morte vivante, 1984 :Les Trottoirs de Bangkok, 1985 : Ne prends pas les poulets pour des pigeons (sous le pseudonyme de Michel Gentil), 1989 : Perdues dans New York, 1990 : La Griffe d'Horus(TV), 1991 : À la poursuite de Barbara, 1993 : Killing Car, 1997 : Les Deux Orphelines vampires, 2002 : La Fiancée de Dracula, 2007 : La Nuit des horloges, 2010 : Le Masque de la Méduse.


ConsidĂ©rĂ© comme un vulgaire tâcheron dans les annĂ©es 70 et 80 puis peu Ă  peu reconnu comme un auteur chez une communautĂ© de fans, principalement en Angleterre, Jean Rollin est bel et bien le franc-tireur atypique que la France bien pensante a souvent occultĂ©. Faute du jeu amateur de ses interprètes, de sa mise en scène au budget plus que prĂ©caire et de ses histoires sans queue ni tĂŞte. Et pourtant, de par sa sincĂ©ritĂ© et son amour pour le cinĂ©ma Ă©rotico-fantastique, son goĂ»t pour l'esthĂ©tisme onirique (tant auprès d'un environnement naturel feutrĂ©, de ses nymphettes en position lascive que des bâtisses et monuments gothiques superbement Ă©clairĂ©s), Jean Rollin nous aura lĂ©guĂ© une dizaine de films inĂ©gaux souvent fascinants, voir mĂŞme envoĂ»tants Ă  travers leur charme permĂ©able quasi indicible. Ce qui survient Ă  point nommĂ© avec Fascination, l'une de ses oeuvres les plus accessibles et rĂ©ussies illustrant avec une dĂ©licate attention la prise d'otage d'un truand auprès de deux lesbiennes domestiques confinĂ©es dans leur château.


Tandis qu'un peu plus tard, les rĂ´les seront amenĂ©s Ă  s'inverser lorsqu'une confrĂ©rie de convives fĂ©minines frapperont Ă  leur porte afin d'entamer leur liturgie annuelle. Etrange, vĂ©nĂ©neux, magnĂ©tique, ensorcelant auprès de tĂŞtes d'affiches charnelles n'hĂ©sitant pas Ă  se dĂ©vĂŞtir dans leur plus simple appareil, Fascination constitue une invitation au fantasme opaque chez des misandres d'une audace aussi insidieuse que licencieuse. Jean Rollin recourant Ă  l'expectative de cette fameuse procession rĂ©unissant au sein du salon de gentes dames Ă  la fois aguicheuses, interlopes et provocatrices. Quand bien mĂŞme au prĂ©alable nous aurions fait connaissance avec deux châtelaines (la sublime Brigitte Lahaie très Ă  l'aise en aguicheuse effrontĂ©e et Franca MaĂŻ, fraĂ®chement naturelle en gouvernante ambivalente) prises Ă  parti avec un malfaiteur rĂ©solument machiste. Comme de coutume chez Rollin, le jeu théâtral de sa distribution et ses ellipses narratives semĂ©es d'incohĂ©rences et maladresses peuvent de prime abord rebuter le spectateur non averti. Pour autant, la franche sincĂ©ritĂ© de ces interprètes Ă©tonnamment attachants (jeu de soumission/domination autour d'une guerre des sexes) et sa succession de sĂ©quences Ă©tranges conçues sur l'emprise lubrique et la violence morbide nous magnĂ©tisent l'esprit auprès d'une scĂ©nographie stylisĂ©e, et ce en dĂ©pit de ces dĂ©cors limitĂ©s. Le tout accompagnĂ© d'une contribution musicale lancinante de Philippe d'Aram se prĂŞtant Ă  merveille au climat fantastique d'une aura sensiblement indolente.


Fantasmatique, baroque et enivrant parmi la synergie de l'Ă©rotisme et de l'horreur (on y taille les victimes Ă  la grande faux !), Fascination recourt Ă  l'expĂ©rience cinĂ©gĂ©nique hors norme de la part d'un artiste fĂ©ru de ces actrices et d'un cadre naturel flirtant avec le gothisme polisson. Et ce Ă  travers un thème majeur du genre (dont je tairais l'indice mĂŞme si on y devine facilement son dĂ©nouement) traitĂ© Ă  la fois avec une certaine originalitĂ© et une ambition auteurisante. Une perle du genre donc au vĂ©nĂ©neux pouvoir de sĂ©duction si bien qu'Ă  la revoyure il semble aussi prĂ©gnant qu'Ă  l'Ă©poque de sa (discrète) sortie. 

* Bruno
2èx

jeudi 3 mai 2018

ABYSS

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site voiceofcinema.wordpress.com

de James Cameron. Ed Harris, Mary Elizabeth Mastrantonio, Michael Biehn, Leo Burmester, Todd Graff, John Bedford Lloyd, J. C. Quinn, Kimberly Scott.

Sortie salles France: 27 Septembre 1989. U.S: 9 Août 1989

FILMOGRAPHIE: James Francis Cameron est un réalisateur, scénariste et producteur canadien, né le 16 Août 1954 à Kapuskasing (Ontario, Canada). 1978: Kenogenis (court-métrage). 1981: Piranhas 2, les Tueurs Volants. 1984: Terminator. 1986: Aliens, le Retour. 1989: Abyss. 1991: Terminator 2. 1994: True Lies. 1997: Titanic. 2003: Les Fantomes du Titanic. 2005: Aliens of the Deep. 2009: Avatar.


                            "Lorsque vous regardez l'abysse, l'abysse vous regarde aussi"

Spectacle d'aventures homĂ©riques Ă  la croisĂ©e de l'anticipation fĂ©erique Ă  faire pâlir de jalousie le maĂ®tre incontestĂ© Steven Spielberg (on songe clairement Ă  Rencontres du 3è type lors de son dĂ©nouement enchanteur dĂ©ployant la vision dantesque d'une citĂ© inconnue), Abyss demeure le chef-d'oeuvre maudit de James Cameron toujours apte Ă  relever les dĂ©fis outre-mesure. La faute incombant Ă  des conditions de tournages inĂ©vitablement houleuses (99% de l'action se dĂ©roule sous l'eau si bien que Cameron a construit une vĂ©ritable centrale nuclĂ©aire au sein d'une cuve contenant des milliers de litres d'eau !) et Ă  un Ă©chec commercial cuisant, et ce en dĂ©pit des 1 990 271 entrĂ©es sur notre territoire. D'une beautĂ© formelle capiteuse et d'une intensitĂ© claustro Ă  couper le souffle au sens littĂ©ral chez les plus vulnĂ©rables, Abyss enchaĂ®ne rebondissements et pĂ©ripĂ©ties Ă  une cadence effrĂ©nĂ©e si bien que le spectateur n'a pas le temps de reluquer son cadran (en dĂ©pit de sa durĂ©e exclusive) lorsqu'une poignĂ©e de commandos, proprios d'une plate-forme de forage pĂ©trolier n'auront de cesse de transcender les bravoures afin de rĂ©cupĂ©rer du fond de l'ocĂ©an une ogive nuclĂ©aire. Car au prĂ©alable, un sous-marin amĂ©ricain y percuta un objet non identifiĂ© pour s'Ă©craser dans l'abysse sans y laisser de quelconque survivant.


D'un rĂ©alisme ultra documentĂ© par son souci du dĂ©tail technique et sa plĂ©thore d'engins sous-marins que nos hĂ©ros manipuleront pour l'enjeu de leur survie, Abyss nous immerge de plein fouet au fond du crĂ©puscule ocĂ©anique avec son lot d'incidents techniques et humains qu'ils devront parfaire lors du surpassement de soi. DoublĂ© d'une superbe histoire d'amour entre un duo d'amants en discorde conjugale mais pour autant prĂŞt Ă  s'unifier dans la pugnacitĂ© et le sens du sacrifice afin de sauver leur couple, Abyss insuffle une intensitĂ© dramatique jamais gratuite, eu Ă©gard de la caractĂ©risation des personnages au caractère bien trempĂ© (Mary Elizabeth Mastrantonio en impose dans l'autoritĂ© frondeuse), entre vaillance solidaire, rĂ©bellion (erratique !) et fragilitĂ© humaine, et d'une action ultra spectaculaire au service narratif. James Cameron prenant soin de renchĂ©rir les Ă©vènements catastrophiques autour d'une intrigue oppressante habilement structurĂ©e se combinant habilement Ă  la digression d'une intrusion extra-terrestre. Plus prĂ©cisĂ©ment une INT (intelligence non terrestre) que le cinĂ©astes parvient Ă  donner chair Ă  l'aide d'effets visuels "fluos" ou "minĂ©raux" convaincants Ă  dĂ©fauts d'ĂŞtre transcendants (Oscar des meilleurs effets visuels Ă  l'Ă©poque). Et donc, en prime de nous offrir un grand spectacle pyrotechnique par son rĂ©alisme inĂ©galĂ©, Cameron se permet Ă©galement d'y lĂ©nifier sa dramaturgie progressive au grĂ© d'une invitation au rĂŞve et Ă  l'Ă©vasion. Car outre son hymne Ă  la bravoure et Ă  la constance; Abyss dĂ©clare autant sa flamme aux mondes inconnus d'une intelligence singulière apte Ă  communiquer avec l'Ă©tranger.


Un hymne à la vie, au pacifisme et à l'existence au delà des frontières de l'inconnu.
Gros morceau de bravoure d'un rĂ©alisme Ă©bouriffant oscillant avec l'esprit candide d'un Spielberg Ă  sa pĂ©riode la plus divine (dans son sens innĂ© du merveilleux), Abyss confine au chef-d'oeuvre le plus abouti chez Cameron on ne peut plus circonspect et tatillon Ă  relever le dĂ©fi du rĂŞve, de l'illusion et de la fĂ©erie sur la toile. Le maestro rĂ©inventant le cinĂ©ma Ă  grand spectacle Ă  sa notion la plus  intègre, noble et Ă©purĂ©e !   

* Bruno

Anecdote ayant créée une polĂ©mique lors de sa sortie (source Wikipedia):
Le fluide respiratoire employé dans le film pour plonger en grande profondeur existe réellement. De plus, la scène où un rat est emprisonné dans une cage et respire du liquide n'est pas truquée. Cela a attiré les foudres des associations de protection d'animaux ; cette scène a même été supprimée de la version sortie au Royaume-Uni.

Récompense: Oscar des meilleurs effets visuels, 1989