lundi 17 juin 2019

The Killing Kind

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.fr

de Curtis Harrington. 1973. U.S.A. 1h39. Avec Ann Sothern, John Savage, Ruth Roman, Luana Anders, Cindy Williams, Susan Bernard

Sortie salles France: 7 Avril 1973

FILMOGRAPHIE: Gene Curtis Harrington est un réalisateur et scénariste américain, né le 17 Septembre 1926, décédé le 6 mai 2007. 1975: The Dead Don't Die (Télé-film). 1974 La révolte des abeilles (Télé-film). 1973 The Cat Creature (Télé-film). 1973 The Killing Kind. 1971 What's the Matter with Helen? 1971 Mais qui a tué tante Roo? 1970 Vengeance en différé (Télé-film). 1967 Le diable à trois. 1966 Queen of Blood. 1965 Voyage sur la planète préhistorique. 1961 Marée nocturne. 1977: Ruby. 1978: Les Chiens de l'Enfer (télé-film). 1985: Mata Hari.


Inédit en salles (et en Vhs) dans nos contrées si je ne m'abuse, The Killing Kind est une excellente surprise horrifique bien ancrée dans son époque Seventie, de par son réalisme documenté, le grain de sa pellicule et son climat malsain qui y émane. Ainsi, on ne peut qu'applaudir l'initiative d'Artus Films d'avoir exhumé de l'oubli ce fort intéressant portrait de serial-killer que John Savage incarne avec un naturel inné alors qu'il s'agit de sa 5è apparition à l'écran. Ce dernier dégageant par moment une douloureuse appréhension lors de ses crises de démence fortuites que Curtis Harrington nous impose de manière improvisée par le biais du ralenti. Huis-clos intimiste relatant la quotidienneté triviale d'une mère débonnaire et de son fils sexuellement refoulé, The Killing Kid s'alloue d'un charme attachant eu égard des relations maternelles que le duo partage, entre chaleur humaine, insouciance excentrique (leurs concours de danse) et soupçon d'inceste (les bisous sur la bouche que la maman impose à son rejeton).


Famille dysfonctionnelle Ă©ludĂ©e de prĂ©sence paternelle, l'intrigue s'appuie donc sur le cheminement immoral de Terry terriblement perturbĂ© Ă  la suite d'un viol forcĂ© qui lui valu 2 ans d'emprisonnement. Ainsi, au fil de sa morne quotidiennetĂ© et de l'omniprĂ©sence d'une maman protectrice beaucoup trop possessive, envieuse et envahissante, Terry sombre dans la folie criminelle au moment d'aborder les jeunes femmes de son voisinage, notamment cette voisine trentenaire nantie de pulsions dĂ©viantes (elle lui avouera son fantasme de se faire violer !). Sans vraiment rĂ©server de surprises au fil d'un cheminement tracĂ© d'avance, Curtis Harrington compte donc sur le rĂ©alisme des situations horrifiques et sur les Ă©troits rapports du duo inconsĂ©quent afin de maintenir l'attention tout le long d'une Ă©prouvante dĂ©liquescence criminelle (les meurtres brutaux ou cruels faisant leur petit effet poisseux). Et cela fonctionne plutĂ´t bien si bien que durant plus d'1h35 nous parvenons Ă  nous familiariser auprès de ce duo Ă  la fois irresponsable et peu recommandable que le cinĂ©aste radiographie Ă  l'aide d'une sobre force d'expression. Tant auprès de Ann Sothern en maman dĂ©cervelĂ©e nourrie aux films TV et aux pop-corn que de John Savage en serial-killer en herbe hantĂ© de visions criminelles, notamment Ă  travers un songe Ă©rotique nonsensique particulièrement dĂ©rangeant Ă  travers sa posture d'enfant.


Pour l'amour d'une engeance.
Malsain et dérangeant dans un format de série B mineure pour autant intelligent et attachant à dépeindre sans fard ces profils coupables unis par l'amour maternel, The Killing Kid fait honneur au psycho-killer sous l'impulsion de protagonistes contrariés parvenant à susciter une véritable empathie lors du poignant dénouement irrigué d'amertume et de mélancolie. A découvrir.

*Bruno

vendredi 14 juin 2019

Brûle, sorcière, brûle !

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.fr

de Sidney Hayers. 1962. Angleterre. 1h30. Avec Peter Wyngarde, Janet Blair, Margaret Johnston

Sortie salles Angleterre: 14 Mai 1962

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sidney Hayers est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur anglais nĂ© le 24 AoĂ»t 1921 Ă  Edinburgh, Scotland, dĂ©cĂ©dĂ© le 8 FĂ©vrier 2000 Ă  Altea, Espagne. 1960: Le cirque des horreurs. 1959 The White Trap. 1959 Violent Moment. 1961: Les Gangsters. 1964: La rue du pĂ©chĂ©. 1962 BrĂ»le, sorcière, brĂ»le! 1961 Echo of Barbara. 1966: Minibombe et minijupes.  1966 The Trap . 1965 Three Hats for Lisa.  1971: Violence en Sous-Sol. 1971 The Firechasers. 1971/I Meurtre Ă  haute tension. 1970 Mister Jerico (TV Movie). 1969 L'Ă©toile du sud. 1972: All Coppers Are... 1976: One Away. 1975 Diagnosis: Murder. 1975 King Arthur, the Young Warlord. 1975 Mortelle rencontre. 1975 Cet emmerdeur de Charly.


Perle maudite du Fantastique occulte honteusement inĂ©dite en salles dans nos contrĂ©es, BrĂ»le sorcière BrĂ»le traite de la sorcellerie sous le pilier d'un scĂ©nario retors constamment imprĂ©visible si bien qu'il s'avère difficile d'y deviner l'issue potentiellement dramatique (sa conclusion expĂ©ditive pourrait d'ailleurs dĂ©concerter certains d'entre vous). Le pitch: Un professeur cartĂ©sien nie l'existence de la sorcellerie face Ă  ses Ă©lèves curieux de mysticisme. Or, quelques jours plus tard, il s'aperçoit que sa propre Ă©pouse pratique la magie noie après avoir dĂ©couvert divers ustensiles planquĂ©s dans les meubles de la maison. Ainsi, Ă  partir de ce pitch inquiĂ©tant fondĂ© sur le simulacre et le jeu de pouvoir et de persuasion, Sidney Hayers (le Cirque des Horreurs) rĂ©alise probablement son meilleur film tant il parvient Ă  nous scotcher au siège de par l'interprĂ©tation magistrale que forment Peter Wyngarde (transi d'Ă©moi nĂ©vrotique en victime parano !), Janet Blair (pĂ©nĂ©trĂ©e d'apprĂ©hension Ă  travers l'intensitĂ© de son regard dĂ©rangĂ©), Margaret Johnston (en mĂ©gère claudiquante insidieusement diabolique). Un casting irrĂ©prochable parvenant Ă  tailler une solide carrure Ă  son rĂ©alisme surnaturel, notamment afin de remettre vĂ©ritablement en question la foi du spectateur partagĂ© entre le folklore de la superstition et la raison de la science parfois inapte Ă  thĂ©oriser l'inexplicable.


Outre le jeu viscĂ©ral de ce triangle de comĂ©diens compromis aux forces occultes, BrĂ»le sorcière, brĂ»le tire-parti d'une mise en scène consciencieuse oĂą rien n'est laissĂ© au hasard. Tant auprès de son noir et blanc crĂ©pusculaire sensiblement tĂ©nĂ©breux que de l'exploitation retorse de ces dĂ©cors gothiques magnifiquement cadrĂ©s si bien que le cinĂ©aste use d'architectures et sculptures ornementales afin de faire progresser la trajectoire de survie du professeur et de son Ă©pouse brutalement mis Ă  mal avec la magie noire. L'intĂ©rĂŞt majeur de l'intrigue s'Ă©vertuant Ă  tester l'Ă©preuve cĂ©rĂ©brale du professeur en proie Ă  une succession d'Ă©vènements inexpliquĂ©s oĂą prime l'effet de suggestion. Ce dernier Ă  la psychologie subitement chĂ©tive s'efforçant de se raisonner avec logique afin de ne pas se laisser influencer par ces incidents potentiellement improbables. Ainsi, nanti d'un rythme trĂ©pidant Ă  travers ses moult rebondissements cauchemardesques Ă  donner le tournis, BrĂ»le sorcière BrĂ»le insuffle un climat anxiogène davantage sauvage et oppressant Ă  travers la course effrĂ©nĂ©e du professeur s'efforçant de sauver la vie de son Ă©pouse. Tout du moins lors de sa seconde partie Ă©pileptique (si j'ose dire) sachant que Sidney Hayers eut la judicieuse idĂ©e d'inverser les rĂ´les auprès de son 1er acte pour y dresser les liens amoureux unissant le couple infortunĂ©.


De par son rythme infernal (qui en surprendra plus d'un !), la subtilitĂ© de ses effets-chocs et le jeu magistral des comĂ©diens, BrĂ»le, sorcière brĂ»le demeure une perle rare du Fantastique Ă©thĂ©rĂ©, Ă  l'instar du chef-d'oeuvre de Jacques Tourneur, Rendez-vous avec la peur. Un cauchemar sur pellicule saturĂ© d'une partition stridente que l'on croirait issue d'une prod Hammer. A dĂ©couvrir d'urgence pour tous les amateurs de sortilège et autres diableries ne prĂŞtant nullement Ă  rire ! 

*Bruno
2èx

jeudi 13 juin 2019

Le Battant

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Alain Delon. 1983. France. 2h02. Avec Alain Delon, François Périer, Pierre Mondy, Anne Parillaud, Andréa Ferréol, Marie-Christine Descouard, Michel Beaune, Gérard Hérold, Jean-François Garreaud, Richard Anconina.

Sortie salles France: 2 Février 1983

FILMOGRAPHIE: Alain Delon est un acteur et homme d'affaires français, nĂ© le 8 novembre 1935 Ă  Sceaux. 1973 : Les Granges BrĂ»lĂ©es (corĂ©alisateur non crĂ©ditĂ©). 1981 : Pour la peau d'un flic. 1983 : Le Battant.


Seconde et dernière rĂ©alisation d'Alain Delon, Le Battant renoue avec le succès commercial si bien qu'il engrange 1 935 094 entrĂ©es. Et si 2 ans auparavant Pour la peau d'un flic cumula un peu plus de 2 377 084 entrĂ©es, son exploitation Vhs chez RenĂ© Chateau battit des records, tant en terme de vente que locative. Hommage appuyĂ© Ă  son mentor le cinĂ©aste RenĂ© ClĂ©ment auquel il dĂ©dicace son oeuvre lors de l'ultime image, Alain Delon, acteur et rĂ©alisateur, nous fignole l'un des meilleurs polars des annĂ©es 80 selon mon jugement de valeur soutenu d'une tendresse mĂ©lancolique d'après cette Ă©poque rĂ©volue. Car lorsque l'on revoit Le Battant quelques dĂ©cennies après, on se surprend d'y renouveler un immense plaisir de cinĂ©phile puriste. De par la mise en scène avisĂ©e d'Alain Delon encore plus impliquĂ© devant et derrière la camĂ©ra que Pour la peau d'un flic, et toutes ces trognes d'acteurs burinĂ©s issus de la grande Ă©cole parmi lesquels s'y disputent l'immense François Perrier en mafieux perfide semi-retraitĂ©, Pierre Mondy en flic empotĂ©, AndrĂ©a FerrĂ©ol en maĂ®tresse insidieuse, Michel Beaune en fidèle acolyte infortunĂ© et enfin GĂ©rard HĂ©rold en maĂ®tre-chanteur flegmatique derrière une dĂ©froque de cadre supĂ©rieur. Ainsi, Ă  travers une intrigue plutĂ´t classique fondĂ©e sur le profil marginal d'un truand au grand coeur compromis par la trahison de son milieu et par une filature policière, Alain Delon donne chair Ă  son personnage avec une intensitĂ© ensorcelante. Tant et si bien que son regard azur Ă©lectrise l'Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions distinguĂ©es dans un costard cendrĂ© immaculĂ©.


Celui-ci incarnant de par sa carrure virile le rĂ´le d'un repris de justice venant de purger 15 ans de prison pour un crime qu'il n'a pas commis passĂ© le braquage d'un diamantaire. Bien Ă©videmment, depuis sa sortie, outre la police aux aguets de ces faits et gestes, des gangsters iront s'en prendre Ă  son entourage afin de lui soutirer ses diamants planquĂ©s dans un endroit tenu secret. Relativement peu spectaculaire mĂŞme si certaines brèves sĂ©quences de poursuite en voiture impressionnent par leur rĂ©alisme nocturne, Alain Delon n'en cède pas moins Ă  de brutaux Ă©clairs de violence lorsqu'il se rĂ©signe Ă  se venger de ses rivaux de manière rĂ©solument expĂ©ditive. Ainsi, Ă  travers ses estocades criminelles tranchĂ©es, on s'Ă©tonne de s'attacher Ă  un personnage aussi glaçant que radical de par sa justice individuelle dĂ©nuĂ©e de clĂ©mence. Mais au-delĂ  de l'attrait passionnant de sa mise en scène Ă  la fois posĂ©e et studieuse ne cessant de magnifier ses personnages illĂ©gaux sous l'impulsion de gueules d'acteur infaillibles, Le Battant s'alloue d'une surprenante dimension romantique Ă  travers le couple Delon / Parillaud mutuellement amoureux lors d'un concours de circonstances alĂ©atoires. Anne Parillaud Ă©rotisant rĂ©solument l'Ă©cran avec beaucoup plus de certitude que Pour la peau d'un flic. Notamment en y dĂ©voilant Ă  nouveau, et Ă  plusieurs reprises, son simple appareil longiligne ultra sexy. Alain Delon s'efforçant sans complaisance ni mièvrerie de rendre crĂ©dible leur relation sentimentale Ă  travers des moments de tendre intimitĂ© aussi pures que candides. Ainsi, ses sĂ©quences d'une certaine fragilitĂ© Ă©motionnelle vise droit au coeur du spectateur sous l'impulsion du thème mĂ©lodique de Christian Dorisse particulièrement attachant (et rĂ©cursif).


Se permettant en outre d'y ajouter quelques efficaces traits de cocasserie Ă  travers le personnage Ă©pieur de Pierre Mondy Ă©paulĂ© de quelques figurants d'un naturel confondant, Le Battant demeure un excellent divertissement policier menĂ© tambour battant par le perfectionniste Alain Delon. On n'en demandait pas tant car c'est avec beaucoup d'Ă©motions que l'on redĂ©couvre aujourd'hui ce Battant, anti-hĂ©ros peu recommandable mais pour autant nanti d'une loyautĂ© et d'une compassion sentimentale somme toute poignantes. 

*Bruno
2èx

John Wick: chapitre 2

                                              Photo empruntĂ© sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Chad Stahelski. 2017. U.S.A. 2h02. Avec Keanu Reeves, Riccardo Scamarcio, Ian McShane,
Ruby Rose, Common, Claudia Gerini, Lance Reddick, Laurence Fishburne, Tobias Segal, John Leguizamo, Bridget Moynahan, Peter Stormare, Franco Nero.

Sortie salles France: 22 Février 2017

FILMOGRAPHIEChad Stahelski est un cascadeur, coordinateur des cascades, acteur, assistant réalisateur puis réalisateur américain né le 20 septembre 1968 à Fort Worth (Texas). 2014 : John Wick (coréalisé avec David Leitch). 2017 : John Wick 2. 2019 : John Wick Parabellum.


Trois ans après le succès phĂ©nomène John Wick, le nĂ©ophyte Chad Stahelski rempile pour un chapitre 2 Ă©videmment bourrin en bonne et due forme. Sauf qu'en l'occurrence, si personnellement son modèle m'eut complètement laissĂ© de marbre dans son action en roue libre aussi vaine que gratuite (dĂ©solĂ© pour les fans) et ses personnages caricaturaux, John Wick 2: chapitre 2 m'a littĂ©ralement scotchĂ© au siège de par l'efficacitĂ© de son intrigue plus dense qu'au prĂ©alable et surtout de l'intensitĂ© des scènes d'action rĂ©solument hallucinĂ©es. Ainsi donc, aussi hyperbolique soit-il, John Wick: chapitre 2 s'avère Ă©tonnamment fun et jouissif sous l'impulsion de notre anti-hĂ©ros, tueurs Ă  gage monolithique traquĂ© tous azimuts par des mafieux mĂ©galos perfides. Sauf qu'ici on est Ă  fond avec lui pour suivre ses faits et gestes "surhumains" avec une fascination morbide ! Celui-ci Ă©tant contraint d'opĂ©rer un nouveau contrat auprès d'un opportuniste italien (assassiner sa soeur, nouvelle baronne du crime, afin de rĂ©cupĂ©rer son trĂ´ne) en lieu et place d'Ă©couler une paisible retraite. Or, Ă©videmment trahi par ce mentor, puis invoquant en dĂ©sespoir de cause un soutien auprès d'une confrĂ©rie de SDF (situation hallucinĂ©e pleine de rĂ©parties caustique !), John Wick ne cessera de fuir et de supprimer une armĂ©e de tueurs Ă  gage aussi intraitables que lui.


Bien Ă©videmment, l'intrigue simpliste (mais efficace car nanti d'enjeux plus Ă©prouvants quant au dilemme de Wick et inventive quant aux confrontations musclĂ©es parfois théâtrales) est un prĂ©texte afin d'aligner de façon mĂ©tronome des sĂ©quences d'ultra violence incroyablement percutantes. Tant auprès de l'ultra dynamisme du montage Ă  couper au rasoir que de leur chorĂ©graphie n'ayant rien Ă  envier aux meilleures prods nippones en mode "art martial". Qui plus est, usant de dĂ©cors tantĂ´t high-tech (le labyrinthe des glaces, la boite de nuit), tantĂ´t baroques (splendides architectures transalpines Ă  faire rougir Argento) Ă  travers une photo aussi glacĂ©e que rutilante, John Wick 2 enivre les yeux. Tant et si bien que son surrĂ©alisme assumĂ© se prĂŞte magnifiquement Ă  l'ambiance mortifère des confrontations dantesques se dĂ©cuplant au rythme d'une trajectoire de survie (labyrinthique) Ă  perdre haleine. Impassible, posĂ© et placide, Keanu Reeves se fond dans le corps du tueur Ă  gage avec un charisme distinguĂ© plutĂ´t inusitĂ©, notamment auprès de sa douce empathie pour son fidèle chien qu'il prĂ©serve hors-champ belliqueux. On est Ă©galement ravi de retrouver dans des seconds-rĂ´les saillants les gueules striĂ©es de Franco Nero (mĂŞme si toutefois discret en mafieux subsidiaire), Laurence Fishburne (en leader SDF nourri de sarcasme) et surtout Ian McShane (du haut de ses 76 ans !) en propriĂ©taire d'un hĂ´tel luxueux Ă  la fois Ă©quitable et draconien quant au sort prĂ©caire de son Ă©lève modèle.


Complètement dĂ©jantĂ© et dĂ©bridĂ© de par son ambiance surrĂ©aliste Ă©maillĂ©e de leste dĂ©rision, et son ultra-violence putassière aussi dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e que dĂ©complexĂ©e, John Wick 2 créé la surprise pour coiffer au poteau son insignifiant prototype. Et ce en assumant avec une ambition onirique fortuite un spectacle bourrin d'une carrure et d'une intensitĂ© fulgurantes. Chacun des protagonistes bellicistes se prĂŞtant viscĂ©ralement au jeu du gendarme et du voleur avec une douce ironie subtilement friponne, quand bien mĂŞme Keanu Reeves mène la danse macabre avec son Ă©lĂ©gance impĂ©rieuse. 

*Bruno

lundi 10 juin 2019

Pour la peau d'un flic

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

d'Alain Delon. 1982. France. 1h47. Avec Alain Delon, Anne Parillaud, Daniel Ceccaldi, Jean-Pierre Darras, Xavier Depraz, Michel Auclair, Jacques Rispal.

Sortie salles France: 9 Septembre 1981.

FILMOGRAPHIEAlain Delon, né le 8 novembre 1935 à Sceaux, est un acteur et homme d'affaires français. 1973 : Les Granges Brûlées (coréalisateur non crédité). 1981 : Pour la peau d'un flic. 1983 : Le Battant.


13è au box office avec 2 377 084 entrĂ©es (alors qu'1 an au prĂ©alable; 3 Hommes Ă  abattre cumulait 2 194 795 entrĂ©es), Pour la peau d'un flic s'alloue d'un atout spĂ©cifique, celui d'avoir Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par Alain Delon. Et on peut avouer sans rougir que pour une première rĂ©alisation (mĂŞme s'il co-rĂ©alisa les Granges BrĂ»lĂ©es en 73) l'acteur, plus fringant que jamais, s'en sort aussi bien derrière que face camĂ©ra. Car Ă  partir d'une intrigue efficace retraçant l'investigation Ă©pineuse d'un dĂ©tective privĂ© Ă  la recherche d'une fille disparue, Alain Delon dirige ce polar avec suffisamment de conviction, de soin et Ă©tonnamment d'humour pour nous divertir Ă  rythme mĂ©tronome. Entre scènes d'action percutantes (mĂŞme si elles s'avèrent assez rares), poursuites en bagnole, romance friponne (toutes les sĂ©quences dĂ©tendues entre le couple s'avèrent d'autant plus cocasses sous le pivot de dialogues inventifs) et confrontations psychologiques entre rivaux obtus.


Ainsi donc, grâce Ă  son imprĂ©vue dĂ©rision (parfois mĂŞme macabre), ses dĂ©tracteurs feraient mieux d'y jeter un oeil tant l'acteur ne se la joue pas orgueilleux en flic machiste consciencieux sur le point de dĂ©voiler au grand jour le vaste trafic de drogue d'une complicitĂ© policière. Outre sa cool attitude  Ă©paulĂ©e de son acolyte dĂ©vouĂ© Michel Auclair en faire-valoir semi-retraitĂ©, Pour la peau d'un flic affiche d'autant mieux une dĂ©contraction sensuelle parmi la prĂ©sence frivole d'Anne Parillaud. Une secrĂ©taire infidèle Ă©prise de tendresse pour son boss et jamais avare d'allusions grivoises pour Ă©rotiser l'atmosphère, quand bien mĂŞme l'actrice ose se dĂ©voiler dans son plus simple appareil après avoir Ă©tĂ© kidnappĂ©e par ses ravisseurs (qui s'en plaindrait !). Ainsi, sans livrer une prestance super convaincante, cette dernière parvient pour autant Ă  cultiver un certain charme naturel Ă  travers son second-rĂ´le de maĂ®tresse soumise et attentionnĂ©e peu Ă  peu emportĂ©e par l'ivresse de l'amour.


Polar ludique symptomatique de la décennie 80 auquel se disputait également sur d'autres affiches la star Bebel, Pour la peau d'un flic s'alloue d'un charme indéfectible en la présence du trio investigateur (particulièrement détendu pour y résoudre l'énigme) sous l'impulsion du tube planétaire d'Oscar Benton: "Bensonhurst blues". A revoir avec un pincement de nostalgie au coeur, notamment pour retrouver le talent hors-pair d'Alain Delon d'un charisme viril distingué inégalé dans le paysage français.

*Bruno

vendredi 7 juin 2019

Us

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jordan Peele. 2019. U.S.A. 1h56. Avec Lupita Nyong'o, Winston Duke, Elisabeth Moss, Tim Heidecker, Yahya Abdul-Mateen II.

Sortie salles France: 20 Mars 2019. U.S: 22 Mars 2019

FILMOGRAPHIE: Jordan Haworth Peele, né le 21 février 1979 à New York, est un acteur, humoriste, réalisateur, scénariste et producteur américain. 2017: Get Out. 2019: Us.


Observez l'affiche et méditez !
Révélé 2 ans au préalable par le coup de maître Get Out, Jordan Peele récidive dans l'horreur sociale avec Us. Un homme invasion assez efficace dans son lot d'attaques cinglantes brillamment mises en scène (en dépit de certaines facilités éculées quant aux confrontations physiques) doublé d'un survival hystérique eu égard de sa seconde partie beaucoup plus surprenante lorsque la famille Wilson doit riposter auprès de leurs oppresseurs en s'échappant de leur cocon familial vers un lunapark. Sorte d'épisode longiligne de la 4è Dimension, Us parvient donc doucement dans un premier temps à renouveler le survival domestique grâce à l'originalité de son thème dérangeant; le "doppelgänger" (métaphore de notre double maléfique) s'efforçant de substituer chaque membre afro-américain de la famille Wilson lors d'une partie de cache-cache diablement cintrée. Le réalisateur relançant avec assez de brio l'action vrillée par le biais d'une progression dramatique plus ample que prévue et d'idées souvent imprévisibles au risque de perdre le spectateur lors de son (confus) dénouement outre-mesure. Peu exploité au cinéma d'horreur si bien que son pouvoir de fascination fait à nouveau mouche en l'occurrence, le "doppelgänger" est donc ici abordé avec maîtrise quant à sa véracité identitaire. Notamment de par leur posture mécanique à la mine anxiogène, de leur dialecte inaudible sensiblement angoissant et de leur origine scientifique tenant de l'aberration.


Jordan Peele alternant fougueusement intensitĂ© dramatique et dĂ©rision macabre sous l'impulsion d'une BO pop aussi entraĂ®nante que dĂ©complexĂ©e, et d'une partition Ă©lectro tonitruante. Sa narration tributaire de la formulation classique "ouh fais moi peur" - intelligemment - abordant en sous-texte une satire sur le matĂ©rialisme technologique, le fĂ©minisme (la mère de famille finissant par prendre les commandes et dicter sa loi auprès de son mari pataud) et le despotisme gouvernemental rivalisant d'idĂ©es Ă  la fois immorales et saugrenues afin de mieux rĂ©gir notre manière de penser. Ainsi, Ă  travers son ossature narrative davantage dĂ©bridĂ©e au point d'y effleurer Ă  force d'ambition crĂ©ative le ridicule (le twist final discutable risquera Ă  coup sur de faire grincer certaines dents et d'y diviser le public), on songe inĂ©vitablement Ă  l'Invasion des profanateurs de SĂ©pulture auquel Us se prĂ©tend sa rĂ©actualisation moderne. Quant au cast spĂ©cialement afro-amĂ©ricain, outre la posture irritante du père de famille incarnĂ© par le lambda Winston Duke, Us Ă©volue au rythme des actions fĂ©ministes qu'impose avec charisme primitif Lupita Nyong'o en mère de famille belliqueuse Ă©paulĂ©e de Shahadi Wright-Joseph en fille aĂ®nĂ©e en apprentissage martial. Toutes deux formant dans la cohĂ©sion familiale un duo rebelle assez persuasif auprès de leur trajectoire personnelle Ă  courser vaillamment leur sosie.


Mask.
Sans toutefois jamais rivaliser avec le percutant Get Out, Us s'avère suffisamment inventif, efficace, facĂ©tieux, sardonique et dĂ©bridĂ© (jusqu'Ă  overdose diront les plus sceptiques) pour satisfaire l'amateur pur et dur de peloche horrifique dirigĂ©e avec indĂ©niable savoir-faire. Le "doppelgänger" s'avĂ©rant ici d'une hostilitĂ© franchement dĂ©stabilisante Ă  travers leur magnĂ©tisme moral Ă  daigner imposer leur ego sous couvert de dĂ©rision sociale caustique. 

*Bruno

jeudi 6 juin 2019

Amour et mort dans le jardin des Dieux / Amore e morte nel giardino degli dei

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Facebook
 
de Sauro Scavolini. 1972. Italie. 1h29. Avec Erika Blanc, Peter Lee Lawrence, Ezio Marano, Orchidea de Santis, Rosario Borelli.

Sortie salles Italie: 4 Décembre 1972

FILMOGRAPHIE: Sauro Scavolini est un réalisateur et scénariste italien né le 3 Février 1934 à Pesaro, Marche. 1992: Un posto freddo in fondo al cuore (Télé-film). 1989 Un coup fumant (télé-film). 1985 Un foro nel parabrezza. 1977: Una devastante voglia di vincere (TV Mini-Series). 1972: Amour et mort dans le jardin des Dieux.

Excellente dĂ©couverte inĂ©dite en France, exhumĂ©e de sa torpeur grâce Ă  l’Ă©diteur Le Chat qui Fume, Amour et mort dans le jardin des Dieux (quel titre fastueux, mais pleinement justifiĂ© !) bĂ©nĂ©ficie d’une copie HD scintillante qui permet de s’immerger dans ce thriller psycho-romantique au parfum d’onirisme sauvage. La nature - vaste, feutrĂ©e, verdoyante - devient l’interprète silencieuse du cadre criminel, complice des volatiles qu’un professeur Ă©tudie dans une solitude sereine (on pourra d’ailleurs y dĂ©celer un Ă©cho Ă  la trilogie animalière d’Argento, ou encore Ă  Blow Out de De Palma).

Car si, de prime abord, l’Ă©nigme policière observant les postures couardes d’un quatuor amoureux paraĂ®t sans vĂ©ritable surprise, Sauro Scavolini (hĂ©las pour son unique rĂ©alisation !) parvient Ă  nous enivrer par l’ossature minutieusement planifiĂ©e de son rĂ©cit et par le brio d’une mise en scène chiadĂ©e, profondĂ©ment personnelle. On en prend plein les yeux devant ces cadres stylisĂ©s, ces gros plans insistants, cette camĂ©ra Ă  l’Ă©paule respirant le rĂ©el - un rĂ©alisme envoĂ»tant autant que dĂ©rangeant, qui nous dĂ©sarçonne tout en nous sĂ©duisant.

Dans cette atmosphère d’Ă©trangetĂ© diffuse et permĂ©able, nous nous laissons happer par une dĂ©rive sentimentalo-mortuaire, toujours sur le qui-vive, Ă  dĂ©mĂŞler les affects vĂ©nĂ©neux d’amants pris dans les mailles de la jalousie, de l’infidĂ©litĂ©, de la rancune et de la vendetta. Ă€ l’Ă©coute des apartĂ©s enregistrĂ©s sur bande magnĂ©tique que le professeur mutique reconstitue patiemment, Scavolini alterne flash-backs et prĂ©sent, consolidant une intrigue vĂ©nĂ©neuse soumise Ă  la dĂ©rive morale de personnages dĂ©viants. Des prĂ©tendants maudits, Ă©pris d’amours passionnelles et obsessionnelles - au point que notre hĂ©roĂŻne, incarnĂ©e par l’Ă©trange et laiteuse Erika Blanc, consulte un psychiatre pour tenter d’Ă©lucider l’attraction charnelle qu’elle provoque chez ses soupirants.

Ainsi, Ă  travers le thème de l’inceste (manipulĂ© dans le cadre troublant du simulacre), Amour et mort dans le jardin des Dieux captive en latence, baignant dans un onirisme sensoriel sublimĂ© par une mise en scène expĂ©rimentale. Thriller intime, marginal et singulier, il se savoure au rythme placide d’une balade romantique Ă©maillĂ©e de morts brutales.


Aussi bien dĂ©sincarnĂ© que rĂ©aliste au cĹ“ur d’un paradis naturel faussement tranquille, Amour et mort dans le jardin des Dieux demeure une perle maudite du psycho-killer, Ă  recommander chaudement aux amateurs de romance nĂ©crosĂ©e.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

mercredi 5 juin 2019

La Saignée

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de Claude Mulot. 1971. France/Italie. 1h28. Avec Bruno Pradal, Charles Southwood, Gabriele Tinti, Ewa Swann, Patti D'Arbanville, Claude Cerval.

Sortie salles France: 10 Novembre 1971. U.S: 17 DĂ©cembre 1972.

FILMOGRAPHIE: Claude Mulot (Frédéric Lansac) est un réalisateur et scénariste français, né le 21 août 1942 à Paris, décédé le 13 Octobre 1986 à Saint-Tropez. 1968: Sexyrella. 1969: La Rose Ecorchée. 1971: La Saignée. 1973: Profession : Aventuriers. 1974: Les Charnelles. 1975: Le Sexe qui parle. 1976: La Rage de jouir. 1977: Suprêmes jouissances. 1977: La Grande Baise. 1977: Belles d'un soir. 1978: Le Sexe qui parle 2. 1980: La Femme Objet. 1980: l'Immorale. 1980: Les Petites écolières. 1981: Le jour se lève et les conneries commencent. 1983: Black Venus. 1986: Le Couteau sous la gorge.


A réserver aux amateurs de curiosité introuvable bien d'chez nous.
Copie HD irréprochable.

mardi 4 juin 2019

Cérémonie Sanglante / Ceremonia sangrienta

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinematerial.com

de Jorge Grau. 1973. Espagne. 1h28. Avec Lucia Bosè, Espartaco Santoni, Ewa Aulin, Ana Farra, Silvano Tranquilli, Lola Gaos.

Sortie salles Espagne: 19 Novembre 1973. Italie: 4 Octobre 1973

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Jorge Grau est un réalisateur et scénariste espagnol, né le 27 Octobre 1930 à Barcelone. 1973: Ceremonia sangrienta. 1974: Le Massacre des Morts-Vivants. 1959: Costa Brava. 1960: Sobre Madrid. 1960: Medio siglo en un pincel. 1961: Laredo, Costa Esmeralda. 1961: Barcelona vieja amiga. 1976: La Siesta. 1982: La Leyenda del tambor. 1983: Coto de Caza. 1987: El extranger-oh ! de la calle Cruz del Sur. 1990: La punyalada. 1994: Tiempos mejores.


Une pépite d'horreur gothique oubliée.

HĂ©las restĂ©e inĂ©dite en France et absente des Ă©tagères vidĂ©ographiques, CĂ©rĂ©monie Sanglante fait une apparition providentielle grâce Ă  l’inestimable initiative d’Artus Films, qui nous exhume cette pĂ©pite d’horreur gothique. RĂ©alisĂ© par Jorge Grau, l’auteur de l’indispensable Massacre des Morts-Vivants, ce film s’inspire des sombres exactions de la tristement cĂ©lèbre comtesse hongroise Élisabeth Báthory de EcsĂ©d, mais la touche personnelle de Grau, irrĂ©mĂ©diablement imprĂ©gnĂ©e d’une essence ibĂ©rique, en fait une variation originale, dĂ©routante, indĂ©niablement inquiĂ©tante.

L'intrigue de CĂ©rĂ©monie Sanglante est une vĂ©ritable odyssĂ©e visuelle et psychologique. Si, durant les deux premiers tiers du film, l’action semble dĂ©libĂ©rĂ©ment confuse, oscillant entre motivations obscures et intrigues cabalistiques, il est impossible de dĂ©tacher son regard de l’Ă©cran. Jorge Grau cultive notre attention avec brio, entretenant un jeu dĂ©licat entre forme et fond. La photographie flamboyante, les dĂ©cors architecturaux stylisĂ©s, et un contexte historique minutieusement recréé rendent le tout Ă©tonnamment crĂ©dible et d'une beautĂ© morbide. Ce cadre visuel n’est pas qu’un Ă©crin esthĂ©tique ; il devient le terrain de jeu d’une histoire oĂą dĂ©sir, jalousie, fĂ©lonie et soif de jeunesse Ă©ternelle se mĂŞlent et s'entrelacent, crĂ©ant une mĂ©galomanie criminelle alimentĂ©e par des meurtres en sĂ©rie.

Grau parvient Ă  nous faire croire Ă  l’authenticitĂ© de ce microcosme mĂ©diĂ©val, jusqu'aux plus infimes dĂ©tails — que ce soit les instruments de torture ou les seconds rĂ´les dĂ©nuĂ©s de fard, dont les expressions, simples mais sincères, renforcent l’impression de rĂ©alitĂ© crue et inaltĂ©rĂ©e. Le film ne se contente pas de nous montrer une Ă©poque ; il nous plonge dans une Ă©poque, violente, pleine de superstitions et de mĹ“urs primitives, oĂą les personnages sont Ă  la fois des victimes et des bourreaux.


CĂ©rĂ©monie Sanglante nous invite Ă  observer, impuissants, les agissements immoraux de ses personnages, tous plus dĂ©testables les uns que les autres. Leur perfidie, leur lâchetĂ©, leurs mensonges et leurs ambitions usurpĂ©es tissent un drame intime et social d’une noirceur fascinante. Aucun d’eux ne parvient Ă  Ă©veiller notre empathie ; au contraire, leur quĂŞte sans fin pour asservir et dĂ©truire leur proie, simplement pour goĂ»ter Ă  l’Ă©lixir de l’Ă©ternelle jeunesse, les rend plus monstrueux encore. Il n'y a ici aucune forme de rĂ©demption, seulement la violence d’un dĂ©sir insatiable qui conduit Ă  la ruine.

Mais ce qui donne Ă  CĂ©rĂ©monie Sanglante sa profondeur, c’est la manière dont Jorge Grau aborde des thèmes essentiels comme la superstition, le fanatisme et la peur irrationnelle de l'inconnu. Ă€ travers une populace rĂ©trograde, effrayĂ©e par l’idĂ©e mĂŞme du vampire suceur de sang, Grau dĂ©nonce un monde oĂą l’ignorance et la peur gouvernent les actes humains. Pourtant, loin de se conformer aux attentes, le rĂ©alisateur se libère des conventions en structurant son rĂ©cit de manière plus complexe, plus retorse qu’il n’y paraĂ®t. Loin du manichĂ©isme Ă©vident, les personnages majeurs du film s’inscrivent dans une dĂ©marche cynique mais fascinante, oĂą le mal ne s'expose pas, il se cache derrière des stratagèmes complexes, dans une ambiance d’anticonformisme occulte.

Un aspect particulièrement surprenant rĂ©side dans le dĂ©nouement de CĂ©rĂ©monie Sanglante. Le revirement moral de la comtesse, d’un retournement presque fortuit, est Ă  la fois choquant et habilement amenĂ©. Mais chut… ce secret, Ă  dĂ©couvrir sur l’Ă©cran, demeure l’un des plaisirs inavouables du film.


Classifiable, peut-ĂŞtre, dans la catĂ©gorie des sĂ©ries B gothiques, CĂ©rĂ©monie Sanglante n’en est pas moins une Ĺ“uvre de classe, une exploration sombre et raffinĂ©e de l’Ă©pouvante. Chaque dĂ©tail, chaque ombre, chaque souffle de vent dans la scène finale semble avoir Ă©tĂ© soigneusement orchestrĂ©. Il est clair que Jorge Grau, passionnĂ© par le genre, met un soin mĂ©ticuleux Ă  reconstruire non seulement l’architecture historique de son rĂ©cit, mais aussi la dĂ©pravation de ses personnages. Avec une certaine provocation qui fait Ă©cho Ă  la dĂ©sillusion existentielle de son Ă©poque, il parvient Ă  faire de ce film une Ĺ“uvre subtile, oĂą la beautĂ© macabre et le glauque se mĂŞlent dans une danse inoubliable.

Une perle rare, donc, dont la visibilitĂ© en France a Ă©tĂ© tragiquement nĂ©gligĂ©e. Et pourtant, CĂ©rĂ©monie Sanglante mĂ©rite d’ĂŞtre redĂ©couvert, car elle incarne tout ce que le cinĂ©ma gothique a de plus audacieux, de plus inquiĂ©tant et de plus envoĂ»tant. Un film Ă  dĂ©couvrir d’urgence, tant il regorge de richesse, de suspense et de vertige.

*Bruno
06.05.25. Vost. 2èx

lundi 3 juin 2019

Au service du Diable / La Nuit des Pétrifiés

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site arcadesdirect.fr

"LA NUIT DES PETRIFIES / LA PLUS LONGUE NUIT DU DIABLE / DEVIL'S NIGHTMARE" de Jean Brismée. 1971. Belgique/Italie. 1h35. Avec Erika Blanc, Jean Servais, Jacques Monseau, Ivana Novak, Lorenzon Terzon, Daniel Emilfork.

Sortie Française le 21 décembre 1973. U.S: Avril 1974

FILMOGRAPHIE: Jean BrismĂ©e est un rĂ©alisateur d'origine belge nĂ© le 20 AoĂ»t 1926. 1971: La plus longue nuit du diable.  1964 Monsieur Plateau (Short).  1962 Jean Rouch (TV Series).  1959 La planète fauve (TV Short).  1958 CinĂ©ma, bonjour (TV Movie documentary).  1956 Forges (Documentary short).


Unique film du réalisateur belge Jean Brismée, Au service du Diable (/ La Nuit des Pétrifiés) est un ovni d'autant plus rare que sa résurrection en Dvd et Blu-ray relève du miracle ! On ne peut donc que saluer l'heureuse initiative d'Artus Film d'avoir osé exhumé de l'oubli ce p'tit bijou bisseux à mi-chemin entre le nanar et la série B d'exploitation gentiment ludique. Le pitch: Durant la seconde guerre mondiale, un père de famille, le baron Von Rumberg, sacrifie sa progéniture depuis que sa femme enfanta une fille en lieu et place d'un garçon. Cet infanticide est à l'origine d'une vieille malédiction auquel ses descendants seraient des succubes si le nouveau-né s'avérait une fille. Quelques décennies plus tard, ce dernier sclérosé coule des jours paisibles dans son château reculé, quand bien même un groupe de 7 étrangers y fait irruption le temps d'une nuit d'épouvante chargée en fantasmes et cruelles mise à morts ! Avec l'entrée en matière d'un prologue aussi couillu pour son infanticide explicitement décrit en noir et blanc (bien que maladroitement mis en image désamorçant ainsi son réalisme escompté), Au service du diable fut donc interdit aux moins de 18 ans à l'époque de sa sortie ! Car si d'autres effets-chocs viennent ensuite égayer l'intrigue, elles s'avèrent plutôt sobres, concises et jamais choquantes, aussi sympatoches soient-elles.


Ainsi donc, dans une ambiance gothique constamment inquiĂ©tante Ă  travers son obscur château cĂ©dant parfois aux Ă©treintes saphiques purement gratuites, Au service du diable plante lentement son dĂ©cor occulte et sa poignĂ©e de convives s'Ă©garant dans les corridors, sous-sols et chambres de la bâtisse parmi la prĂ©sence d'une Ă©ventuelle succube (incarnĂ©e par l'Ă©trange et vĂ©ritablement effrayante Erika Blank lors de sa mĂ©tamorphose Ă  la mine patibulaire !). Sa motivation: sĂ©duire et Ă©liminer un par un tous les invitĂ©s depuis leurs tentations des 7 pĂŞchers capitaux, tout en s'efforçant de courtiser un jeune prĂŞtre timidement sensible Ă  ses charmes. Ainsi, Ă  travers un scĂ©nario somme toute banal et peu motivant, Jean BrismĂ© rĂ©ussit peu Ă  peu l'exploit de nous fasciner et de nous intriguer auprès d'une multitude de dĂ©tails visuels que nous ne voyons jamais arriver ! Car dĂ©concertant, interlope, machiavĂ©lique, imprĂ©vu, Au service du diable se dĂ©cline en fantasme horrifique indicible tant il cumule, dans des formes aussi bien maladroites que contrairement brillantes une moisson de situations ubuesques parfois imprĂ©gnĂ©es d'onirisme baroque. Le jeu théâtral des acteurs (dont certains timorĂ©s s'avèrent un peu inexpressifs) renforçant le caractère saugrenu de l'entreprise alternant le chaud et le froid avec une Ă©tonnante sagacitĂ© formelle et technique (notamment auprès de certains cadrages stylisĂ©s Ă©paulĂ©s d'une photo saturĂ©e). Car difficilement explicable sur papier Ă  dĂ©crire mes vĂ©ritables impressions subjectives, Au service du Diable enchaĂ®ne frĂ©quemment Ă  mi-parcours des sĂ©quences inquiĂ©tantes pensĂ©es par un auteur inĂ©narrable dĂ©libĂ©rĂ© Ă  Ă©garer notre perception cĂ©rĂ©brale dans une combinaison extravagante de qualitĂ©s et de dĂ©fauts.


A la fois film maudit et oeuvre culte dont l'identitĂ© mĂ©connue de l'auteur continuera Ă  jamais de nous interroger et de nous fasciner quant Ă  ses vĂ©ritables propos artistiques, Au service du Diable est un dĂ©lire saugrenu Ă  l'aura d'Ă©trangetĂ© inexplicablement permĂ©able. Une curiositĂ© inusitĂ© dĂ©gageant un charme vĂ©nĂ©neux de trouble sensualitĂ© Ă  travers l'icone d'une succube partagĂ©e entre l'amour et la mort. Sa conclusion Ă©quivoque s'achevant de manière Ă©tonnamment tendre et ironique sous la mĂ©lodie lancinante d'Alessandro Alessandroni dans toutes les mĂ©moires. A dĂ©couvrir.

*Bruno
03.06.19. 2èx
01.03.11. 568 v

jeudi 30 mai 2019

3 Hommes Ă  abattre

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site boxofficestory.com

de Jacques Deray. 1980. France. 1h36. Avec Alain Delon, Dalila Di Lazzaro, Michel Auclair, Pascale Roberts, Lyne Chardonnet, Jean-Pierre Darras, Bernard Le Coq.

Sortie salles France: 31 Octobre 1980 (Int - 13 ans)

FILMOGRAPHIEJacques Deray (Jacques Desrayaud) est un rĂ©alisateur français nĂ© le 19 fĂ©vrier 1929 Ă  Lyon, dĂ©cĂ©dĂ© le 9 aoĂ»t 2003 Ă  Boulogne-Billancourt. 1960 : Le Gigolo. 1963 : Rififi Ă  Tokyo. 1963 : Symphonie pour un massacre. 1965 : Par un beau matin d'Ă©tĂ©. 1966: Avec la peau des autres. 1966 : L'Homme de Marrakech. 1969 : La Piscine. 1970 : Borsalino. 1971: Doucement les basses. 1971 : Un peu de soleil dans l'eau froide. 1972 : Un homme est mort. 1974 : Borsalino & Co. 1975 : Flic Story. 1977 : Le Gang. 1978 : Un papillon sur l'Ă©paule. 1980 : Trois hommes Ă  abattre. 1982 : Les Secrets de la princesse de Cadignan (TV). 1983 : Le Marginal. 1983 : Credo (TV). 1985 : On ne meurt que deux fois. 1987 : Le Solitaire. 1987 : Maladie d'amour. 1989 : Les Bois noirs. 1991 : Contre l'oubli. 1991 : NetchaĂŻev est de retour. 1993 : Un crime. 1994 : 3000 ScĂ©narios contre un virus (segment « Arnaud et ses copains »). 1994 : L'Ours en peluche. 1998 : Clarissa (TV). 2000 : On n'a qu'une vie (TV). 2001 : Lettre d'une inconnue (TV).


Succès considĂ©rable Ă  sa sortie puisqu'il engrange 2 194 795 entrĂ©es, 3 Hommes Ă  abattre est la nouvelle rĂ©union du maĂ®tre Jacques Deray (Borsalino et sa suite, Flic Story, La Piscine, le Gang) et du monstre sacrĂ© Alain Delon pour le meilleur du polar si on en juge l'efficacitĂ© du script appuyĂ© d'une solide mise en scène et d'un casting hors-pair. Dans la mesure oĂą les comĂ©diens particulièrement virils ou autrement sclĂ©rosĂ©s se disputent la mise avec un charisme striĂ© que l'on ne retrouve que trop rarement dans le polar mainstream. Mais au-delĂ  du brio de sa mise en scène rigoureuse prenant son temps Ă  planter l'histoire ainsi que l'Ă©volution des personnages dans une formulation d'action en règle (notamment cette incroyable poursuite en voitures en plein Paris !) et de rebondissements parfois couillus (son Ă©pilogue hallucinant de radicalitĂ© pessimiste vaut son pesant de cacahuètes !), 3 Hommes Ă  abattre est illuminĂ© par la prĂ©sence dĂ©miurge d'Alain Delon. Un justicier impassible traquĂ© par des tueurs après avoir portĂ© assistance Ă  un homme grièvement blessĂ©.


Depuis, devenu une cible prioritaire, il ne cesse de se planquer d'un endroit Ă  un autre tout en tentant de prĂ©server la vie de sa compagne, une jolie italienne que campe modestement Dalila Di Lazzaro  (Chair pour Frankenstein pour citer son oeuvre scabreuse la plus mĂ©morable). Machiste, avouons le, auprès de sa compagne avenante, et d'une force de sĂ»retĂ© et de tranquillitĂ©, Alain Delon magnĂ©tise l'Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions fulgurantes. De par son Ă©lĂ©gance distinguĂ©e ne surfant pour autant jamais avec une quelconque complaisance orgueilleuse (mĂŞme si sa fiertĂ© sereine finira par le perdre) et son regard azur chargĂ© d'humanitĂ© et de loyautĂ©. Ainsi donc, Ă  travers son rĂ´le de victime lâchement traquĂ©e, engendrant par l'occasion quelques dommages collatĂ©raux, celui-ci s'alloue d'un hĂ©roĂŻsme particulièrement brutal eu Ă©gard du parti-pris draconien de Jacques Deray incluant par moments une violence frontale terriblement cinglante ! LĂ  encore, on s'Ă©tonne de subir un rĂ©alisme aussi percutant au point parfois d'y effleurer une certaine complaisance (zoom Ă  l'appui sur les chairs Ă©clatĂ©es) que le cinĂ© transalpin se fit porte-Ă©tendard (tant auprès de leur pellicule gorasse que du nĂ©o-polar bisseux). Quand bien mĂŞme sa conclusion d'une noirceur insensĂ©e aura probablement Ă©branlĂ© une majoritĂ© de spectateurs subitement gagnĂ©s par l'acrimonie.


Pour tous les amateurs de polar carrĂ© hĂ©ritĂ© du cinĂ©ma de papa, 3 Hommes Ă  abattre est un incontournable du genre Ă  travers sa corruption ministĂ©rielle qu'Alain Delon tente de contrecarrer avec une Ă©lĂ©gance virile imputrescible. Rien que pour sa prĂ©sence Ă©lectrisante, 3 Hommes Ă  abattre se doit d'ĂŞtre vu et revu avec toujours ce mĂŞme plaisir de cinĂ©phile puriste affectĂ© par les valeurs du cinĂ©ma noble. 

*Bruno
2èx

mercredi 29 mai 2019

Le Train sifflera 3 fois. Oscar du Meilleur Acteur: Gary Cooper.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"High Noon" de Fred Zinnemann. 1952. U.S.A. 1h25. Avec Gary Cooper, Grace Kelly, Thomas Mitchell, Lloyd Bridges, Katy Jurado, Lon Chaney Jr, Lee Van Cleef.

Sortie salles France: 26 Septembre 1962. U.S: 13 Août 1952

FILMOGRAPHIEFred Zinnemann est un réalisateur et producteur américain d'origine autrichienne, né le 29 avril 1907 à Vienne (Autriche), décédé le 14 mars 1997 à Londres (Royaume-Uni). 1930 : Les Hommes le dimanche. 1936 : Les Révoltés d'Alvarado. 1938 : Tracking the Sleeping Death. 1938 : They Live Again. 1938 : That Mothers Might Live. 1938 : A Friend in Need. 1938 : The Story of Doctor Carver. 1939 : Weather Wizards. 1939 : While America Sleeps. 1939 : Help Wanted. 1939 : One Against the World. 1939 : The Ash Can Fleet. 1939 : Forgotten Victory. 1940 : Stuffie. 1940 : The Old South. 1940 : The Great Meddler. 1940 : A Way in the Wilderness. 1941 : Forbidden Passage. 1941 : Your Last Act. 1942 : The Lady or the Tiger ? 1942 : L'Assassin au gant de velours. 1942 : Les Yeux dans les ténèbres. 1944 : La Septième Croix. 1946 : Little Mister Jim. 1947 : My Brother Talks to Horses. 1948 : Les Anges marqués. 1948 : Acte de violence. 1950 : C'étaient des hommes .1951 : Benjy. 1951 : Teresa. 1952 : Le train sifflera trois fois. 1952 : The Member of the Wedding. 1953 : Tant qu'il y aura des hommes. 1955 : Oklahoma ! 1957 : Une poignée de neige. 1959 : Au risque de se perdre. 1960 : Horizons sans frontières. 1964 : Et vint le jour de la vengeance. 1966 : Un homme pour l'éternité 1973 : Chacal. 1977 : Julia. 1982 : Cinq jours, ce printemps-là.


“LĂ  oĂą il n’y a le choix qu’entre lâchetĂ© et violence, je conseillerai la violence.”
Western lĂ©gendaire s'il en est, si bien qu'il est conservĂ© Ă  la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis pour son "importance culturelle, historique ou esthĂ©tique", le Train sifflera 3 fois privilĂ©gie dans une facture monochrome (alors que la plupart des westerns sont tournĂ©s en couleurs Ă  cette Ă©poque) la carte du suspense exponentiel lorsqu'un shĂ©rif s'efforce de redouter l'arrivĂ©e d'un repris de justice qu'il condamna autrefois Ă  mort. Western audacieux de par sa dĂ©marche psychologique dĂ©peignant sans ambages la lâchetĂ© d'une population urbaine apeurĂ©e par un danger si redoutĂ©, le Train sifflera 3 fois est sublimĂ© par le charisme saillant de Gary Cooper (Oscar du Meilleur Acteur svp) Ă  travers la gravitĂ© de son regard hantĂ© de contrariĂ©tĂ© mais pour autant rĂ©signĂ© Ă  faire preuve de bravoure en lieu et place de dignitĂ©. Quand bien mĂŞme la gracile Grace Kelly lui partage la vedette avec une tendresse dĂ©munie eu Ă©gard de son refus de lui porter assistance faute de son passĂ© familial tragique ayant engendrĂ© la mort de son père et de son jeune frère.


Ainsi donc, ce western iconoclaste n'hésitant pas à brosser le portrait d'un héros solitaire hanté de crainte et de doute s'alloue d'une dimension humaniste particulièrement empathique eu égard du spectateur s'identifiant à la résilience du shérif Will Kane refusant obstinément de quitter la ville depuis les avertissements des citadins communément lâches et sournois, voir même rancuniers auprès des plus influençables ou envieux. La grande force du cheminement narratif résidant dans son intensité dramatique que Fred Zinnemann ossature autour de confrontations psychologiques houleuses lorsque ceux-ci se résignent à décourager leur shérif afin d'y déjouer un bain de sang. Le cinéaste retardant au maximum toute action violente (en dépit d'une baston improvisée) lors des efforts infructueux du shérif à solliciter leur aide potentiellement stoïque avant que la venue (si escompté) d'un train ne nous dévoile son potentiel explosif depuis la vendetta d'un bandit sans vergogne.


Grand classique du western séculaire dénonçant avec force et radicalité les thèmes de la lâcheté, de la peur et de l'hypocrisie humaine lorsqu'elle s'y refuse de secourir une victime esseulée, le Train sifflera 3 fois s'accompagne de manière métronome de l'ironique mélodie: "si toi aussi tu m'abandonnes..." afin de caricaturer ses postures déloyales incapables de se mesurer au goût du soutien, du risque et de l'héroïsme.

P.S: omission d'un détail auprès de la génération 80 ayant été bercée par la Dernière Séance, le Train sifflera 3 fois fut diffusé le 6 Juillet 1982 en première partie de soirée.

*Bruno

Récompenses:
Oscar du meilleur acteur pour Gary Cooper
Oscar du meilleur montage pour Elmo Williams et Harry Gerstad
Oscar de la meilleure musique pour Dimitri Tiomkin
Oscar de la meilleure chanson pour Dimitri Tiomkin (musique) et Ned Washington (paroles)

mardi 28 mai 2019

Top Gun

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

de Tony Scott. 1986. U.S.A. 1h50. Avec Tom Cruise, Kelly McGillis, Anthony Edwards, Meg Ryan, Val Kilmer, Rick Rossovich, Tom Skerritt, Michael Ironside, John Stockwell, Tim Robbins, Whip Hubley.

Sortie salles France: 17 Septembre 1986. U.S: 16 Mai 1986

FILMOGRAPHIE: Tony Scott (nĂ© le 21 juillet 1944 Ă  Stockton-on-Tees, Royaume-Uni - ) est un rĂ©alisateur, producteur, producteur dĂ©lĂ©guĂ©, directeur de la photographie, monteur et acteur britannique. 1983 : Les PrĂ©dateurs, 1986 : Top Gun, 1987 : Le Flic de Beverly Hills 2, 1990 : Vengeance,1990 : Jours de tonnerre, 1991 : Le Dernier Samaritain,1993 : True Romance, 1995 : USS Alabama,1996 : Le Fan,1998 : Ennemi d'État, 2001 : Spy Game, 2004 : Man on Fire,   2005 : Domino, 2006 : DĂ©jĂ  Vu, 2009 : L'Attaque du mĂ©tro 123, 2010 : Unstoppable.


"Le 3 mars 1969, la marine américaine fonde une école pour pilotes d'élite. Son objectif: apprendre l'art du combat aérien et garantir que ceux sélectionnés soient les meilleurs pilotes de chasse du monde. Mission accomplie. La marine appelle cette école : Fighter Weapons School. Les pilotes l'appellent: Top Gun."


Produit commercial symptomatique de l'Ă©curie Hollywood chewing-gum, Top Gun demeure un divertissement lambda accueilli en fanfare par le grand public (certains fans lui attribuent d'ailleurs le terme "culte") mais dĂ©prĂ©ciĂ© par la critique. Car si 3 ans au prĂ©alable, Tony Scott nous livra le chef-d'oeuvre de sa carrière, les PrĂ©dateurs, il nous contente avec Top-gun le minimum syndical dans sa caricature d'une intrigue frimeuse truffĂ©e de clichĂ©s (prĂ´ner l'Ă©lite de pilotes de chasse lors d'un concours de rivalitĂ©s aĂ©riennes). Entre action virevoltante, drame en berne et romance Ă  l'eau de rose digne d'un roman-photo de gare. Et si les affrontements aĂ©riens font parfois illusion dans leur intensitĂ© escomptĂ©e (principalement l'action finale en apothĂ©ose), d'autres s'avèrent beaucoup moins captivants eu Ă©gard d'absence d'enjeu belliciste. Pour autant, avec un brin de nostalgie mĂ©lancolique,  Top Gun peut encore sĂ©duire son public grâce aux attachantes prestances des acteurs juvĂ©niles.


Tant et si bien que Tom Cruise ne dĂ©borde pas trop en pilote aguerri en ascension hĂ©roĂŻco-sentimentale, la charmante Kelly McGillis esquive de justesse la caricature mielleuse en mentor attentionnĂ©e quand bien mĂŞme la midinette Meg Ryan se laisse plutĂ´t dominer par ses sentiments en Ă©pouse Ă©plorĂ©e. Pour parachever on peut Ă©galement louer le charme des annĂ©es 80 que Tony Scott reproduit Ă  travers leur panel de bons sentiments fondĂ©s sur l'amitiĂ©, l'honneur, la fidĂ©litĂ©, l'amour, la bravoure et le dĂ©passement de soi (amen !). Divertissement mineur aussitĂ´t vu qu'oubliĂ© Ă  travers sa propagande martiale pro amĂ©ricaine (pour autant loin d'y dĂ©chaĂ®ner les passions), Top Gun se dĂ©cline donc en produit d'action gentiment naĂŻf (les rivalitĂ©s masculines affublĂ©es de lunettes noires nous font sourire Ă  travers leur provocation inoffensivement railleuse) soutenu d'une BO entraĂ®nante ("take ma breath away") et d'une photo scope clinquante.

*Bruno
3èx

lundi 27 mai 2019

The Perfection

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Richard Shepard. 2018. U.S.A. 1h31. Avec Allison Williams, Molly Grace, Logan Browning, Steven Weber, Alaina Huffman.

Diffusé sur Netflix le 24 Mai 2019

FILMOGRAPHIE: Richard Shepard est un réalisateur et scénariste américain né en 1965. Cool Blue (1990). L'incident de Linguini (1991). Mercy (1995). Oxygène (1999). Mexico (2000). Le matador (2005). Ugly Betty (2006) (TV). Le groupe de chasse (2007). 30 Rock (2008) (TV). Je savais que c'était toi (2010). Ringer (2011) (TV). Filles (2013) (TV). Golden Boy (2013) (TV). Dom Hemingway (2013). Salem (2014) (TV). Sweetbitter (2018) (TV). La perfection (2018). La zone crépusculaire (2019) (TV). 2019: Perfection.


Prenant pour thème l'enjeu de la compĂ©tition dans le cadre Ă©litiste d'une profession artistique (celle d'une soliste en violoncelle), The Perfection aurait pu aboutir Ă  un excellent thriller s'il ne s'Ă©tait entachĂ© des conventions du genre, notamment auprès de sa dernière partie punitive Ă  la limite du ridicule. Pour autant, plutĂ´t bien rythmĂ©, interprĂ©tĂ© avec aplomb et jamais ennuyeux, The Perfection fait en prime illusion lors de son allĂ©chante première demi-heure rĂ©solument inquiĂ©tante et impressionnante dans son art viscĂ©ral de provoquer le malaise eu Ă©gard d'une victime en Ă©tat de marasme. Richard Shepard parvenant admirablement Ă  nous dĂ©stabiliser grâce Ă  l'interprĂ©tation sensorielle de Logan Browning jouant les victimes Ă©plorĂ©es avec une force d'expression paranoĂŻde. LĂ  je me suis dis que la direction sinueuse empruntĂ©e par le cinĂ©aste Ă©tait fort prometteuse tant les sĂ©quences de malaise physiques que celle-ci accumule s'avère d'une intensitĂ© terriblement Ă©prouvante ! Outre cette excellente entrĂ©e en matière schizophrène provoquant donc une rĂ©elle apprĂ©hension aussi bien morale que viscĂ©rale, la bonne idĂ©e de The Perfection est Ă©galement d'osciller Ă©vĂ©nements du prĂ©sent et flasback afin de reconsidĂ©rer les actions des personnage. Le rĂ©alisateur prenant malin plaisir Ă  inverser les rĂ´les de victimes / coupables parmi l'efficacitĂ© du simulacre. Un procĂ©dĂ© qu'il rĂ©itĂ©rera plus d'une fois pour mieux nous surprendre en dĂ©pit d'une intrigue somme toute classique, comme le souligne son intensitĂ© dramatique pas si escarpĂ©e que prĂ©vu après avoir saisi les tenants et aboutissants de l'hĂ©roĂŻne.


Un sympathique thriller plutôt bien emballé mais finalement peu surprenant quant à la densité de l'intrigue débouchant sur les artifices d'une vendetta éculée, même si on peut y louer la gravité de ces thèmes abordés (Spoil ! notamment la pédophilie dans les milieux huppés fin du Spoil). Et donc vite vu vite oublié pour ma part...

*Bruno