jeudi 27 août 2020

Heartless

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Philip Ridley. 2009. Angleterre. 1h54. Avec Jim Sturgess, Clémence Poésy, Noel Clarke, Timothy Spall, Eddie Marsan, Luke Treadaway

Sortie salles France: 27 Janvier 2011 (au Festival de Gérardmer). Angleterre: 21 Mai 2010

FILMOGRAPHIE: Philip Ridley est un réalisateur et scénariste anglais né le 29 Décembre 1964 à Londres. 1990: L'enfant miroir. 1995: Darkly Noon. 2009: Heartless.


C'est seulement dans l'obscurité que vous pourrez voir les étoiles - Martin Luther King.
Il aura fallu attendre plus de 15 ans pour voir dĂ©barquer le nouveau long du franc-tireur Philip Ridley, rĂ©alisateur anglais bousculant les règles dans des directions toujours inopinĂ©es. Tant et si bien que son dernier rejeton laisse une fois de plus sur le carreau de par son alliage des genres voguant de l'amour Ă  la tendresse et de l'humour noir Ă  l'horreur la plus crue si je me rĂ©fère Ă  2 scènes-chocs Ă  la limite du supportable. Tortueux cauchemar d'un jeune solitaire reniant son physique au sein d'un monde primitif gangrenĂ© par la violence urbaine, Heatless dĂ©range, trouble, Ă©meut, bouleverse, impressionne et terrifie avec une intensitĂ© dramatique que l'on ne voit jamais venir. Tant et et si bien qu'il s'avère impossible de deviner la sĂ©quence suivante quant au chemin de croix du jeune Jamie combattant ses dĂ©mons (internes et externes) avec une hargne dĂ©sespĂ©rĂ©e. Ainsi, en s'inspirant du Mythe de Faust rĂ©actualisĂ© dans un contexte d'ultra violence sociĂ©tale au sein d'une Angleterre livrĂ©e Ă  l'anarchie dĂ©linquante, Philip Ridley nous dĂ©peint de manière toujours aussi personnelle le parcours chaotique de Jamie dĂ©figurĂ© par une tâche sur sa joue gauche mais qui pallie sa peur de dĂ©plaire et sa souffrance existentielle dans la passion des photos de charme. Introverti donc au sein d'un monde dont il ne saisit le sens, brimĂ© et insultĂ© par la majoritĂ© des rebelles de son quartier, Jamie signera un Ă©trange pacte avec un inconnu (papa B) depuis la mort de sa mère brĂ»lĂ©e vive par d'Ă©tranges assaillants au visage monstrueux. 


De par la prĂ©sence encapuchonnĂ©e de ces derniers d'apparence reptilienne, le ton est donnĂ©. Heartless demeure marginal, hĂ©tĂ©rodoxe, dĂ©calĂ©, fou, singulier, mĂ©chant, cruel, dĂ©rangeant et d'une extrĂŞme violence. Dans la mesure oĂą le message du film tend Ă  souligner les effets fructueux de la sauvagerie particulièrement gratuite afin que le monde puisse progresser et Ă©voluer vers des horizons finalement rĂ©dempteurs. BourrĂ© de mĂ©taphores donc, Ă  l'instar du combat interne que nous pratiquons chaque jour pour se libĂ©rer de l'emprise du mal et de cette crainte paralysante de l'acceptation de soi, Heartless parvient Ă  conjuguer terreur et Ă©motion avec une fluide alchimie. Car profondĂ©ment humain Ă  travers sa splendide et fragile romance en herbe et son ode Ă  l'amour paternel, dĂ©routant et dĂ©stabilisant quant Ă  l'impĂ©riositĂ© de papa B manipulant Ă  sa guise Jamie, Heartless insuffle un pouvoir de fascination mĂ©phitique au fil de sa dĂ©rive existentielle en proie aux insupportables dilemmes. Dans sa force Ă©motive d'une fragilitĂ© dĂ©munie, Jim Sturgess oppose avec fĂ©brilitĂ© ses sentiments contradictoires d'humanisme torturĂ© et de rĂ©volte morale au sein d'un cheminement tortueux qu'il se créé lui mĂŞme afin de trouver la vĂ©ritĂ© sur sa raison de vivre et d'ĂŞtre. Un rĂ´le complexe en demi-teinte passant de victime apeurĂ©e Ă  bourreau acharnĂ© dans sa labeur de sacrifier l'innocence sous la mainmise d'un dĂ©mon perfide. Si bien qu'un monde sans violence n'est possible qu'après y avoir semĂ© dĂ©sordre et chaos. La terre ne serait alors qu'un purgatoire afin de tester notre rĂ©sistance au Mal le plus couard nous promettant monts et merveilles.


RĂ©flexion sur la peur de vivre, sur la difficultĂ© de s'imposer aux autres et sur le dolorisme afin d'accĂ©der au bonheur, exutoire existentiel au sein d'un cauchemar chimĂ©rique thĂ©orisant sur le pouvoir prĂ©dominant du Mal dans nos sociĂ©tĂ©s modernes (on peut d'ailleurs envisager que l'Enfer se trouve sur terre alors que sa conclusion salvatrice suppose que le paradis se situe au-delĂ  des Ă©toiles !), Heartless oppose ses thĂ©matiques sans jamais omettre la profonde tendresse de Jamie rĂŞvant d'amour et de postĂ©ritĂ© d'après sa bouleversante fragilitĂ© morale. Du cinĂ©ma d'horreur auteurisant profondĂ©ment actuel Ă  travers l'impunitĂ© d'une violence contagieuse que Jamie combat incessamment dans son identitĂ© torturĂ©e. 

*Bruno
27.08.20
02.03.11. 110 v

RECOMPENSES: Meilleur Acteur (Jim Sturgess), Meilleure mise en scène, Meilleur réalisateur, Meilleur film au Festival de Fantasporto 2010.
Méliès d'Argent au Leeds International Film Festival 2009.

mercredi 26 août 2020

La Momie Sanglante

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Blood from the Mummy's Tomb" de Seth Holt. 1971. 1h34. Avec Andrew Keir, Valerie Leon, James Villiers, Hugh Burden, George Coulouris.

Sortie salles France: ? Angleterre: 14 Octobre 1971

FILMOGRAPHIESeth Holt (né le 21 juin 1923 et mort le 14 février 1971) est un réalisateur et un monteur britannique. 1958 : Nowhere to Go. 1961 : Hurler de peur. 1962 : La Blonde de la station 6. 1965 : Confession à un cadavre. 1967 : Le Coup du lapin. 1971 : La Momie sanglante.


Le pitch: Margaret est peu à peu possédée par le corps astral de la reine Tera, faute d'une main coupée que son père déroba en lui soutirant par cette occasion une bague rouge qu'il offrit à sa fille.

N'y allons pas par 4 chemins, La Momie Sanglante fait clairement parti des oeuvres les moins intĂ©ressantes de la Hammer en cette pĂ©riode dĂ©clinante des Seventies. Faute Ă  une plate intrigue plutĂ´t poussive (voire parfois mĂŞme un tantinet confuse et sporadique), Ă  des acteurs que l'on croiraient issus du cinĂ©ma Bis (en dehors de la ravissante et vĂ©ritablement magnĂ©tique Valerie Leon de par l'intensitĂ© du regard azur) et Ă  une rĂ©alisation relativement peu inspirĂ©e (pour ne pas dire dĂ©nuĂ©e d'âme). Ni bon ni mauvais, la Momie Sanglante demeure donc moyennement ludique auprès d'un public aussi fidèle qu'indulgent auprès la notoriĂ©tĂ© de la firme. Quand bien mĂŞme ses quelques effets gores Ă©tonnamment rĂ©alistes Ă©veillent un peu l'intĂ©rĂŞt Ă  travers des plaies d'Ă©gorgement du plus bel effet grossier (zoom Ă  l'appui / rouge rutilant). On peut enfin relever son rythme un peu plus engagĂ© lors de son ultime demi-heure (toujours) aussi curieuse qu'inquiĂ©tante. En tout Ă©tat de cause, la magie gothique de la Hammer n'opère plus ici Ă  travers cette commande vaguement inspirĂ©e d'une nouvelle de Bram Stoker. Il vaudrait mĂŞme mieux revoir le très sympatoche Dans les Griffes de la Momie pour s'y consoler (ci-joint la chronique : http://brunomatei.blogspot.com/2017/09/dans-les-griffes-de-la-momie.html).


*Bruno

mardi 25 août 2020

Le Baiser du Vampire

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"The Kiss of the Vampire" de Don Sharp. 1962. Angleterre. 1h28. Avec Edward de Souza, Jennifer Daniel, Clifford Evans, Noel Willman.

Sortie salles France: 8 Juin 1964. U.S: 11 Septembre 1963

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Don Sharp est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur anglais d'origine australienne, né le 19 Avril 1922 à Hobart (Australie), décédé le 18 Décembre 2011.
1962: Le Baiser du Vampire. 1964: Les Pirates du Diable. 1965: La Malédiction de la Mouche. 1965: Le Masque de Fu-Manchu. 1966: Raspoutine, le moine fou. 1966: Opération Marrakech. 1966: Les 13 Fiancées de Fu Manchu. 1967: Le Grand Départ vers la lune. 1968: Les Champions. 1973: Le Manoir des Fantasmes. 1978: Les 39 marches. 1979: Le Secret de la banquise.


Honteusement mĂ©connu pour une prod Hammer alors qu'une seconde jeunesse lui fut allouĂ© en Dvd et en Blu-ray dans l'hexagone en 2017, Le Baiser du Vampire est un authentique bijou horrifique faisant office de meilleur archĂ©type du mythe après l'inĂ©galable le Cauchemar de Dracula et avec Dracula et les Femmes et les MaĂ®tresses de Dracula (bien Ă©videmment cela ne reste que mon jugement de valeur). Par ailleurs, c'est grâce Ă  ce titre que Roman Polanski s'en inspira pour parfaire son parodique Le Bal des Vampires. Un parti-pris parodique dans la mesure oĂą celui-ci dĂ©testait les oeuvres de la Hammer Ă  son goĂ»t trop ridicules, orthodoxes, commerciales et obsolètes. Ca c'Ă©tait pour la piqĂ»re de rappel car lorsque l'on dĂ©couvre pour la toute première fois Le Baiser du Vampire  (ce qui est mon cas et j'en ai bougrement honte ce soir au vu du flamboyant rĂ©sultat !), on se rend de nouveau compte Ă  quel point la firme possĂ©dait cet art innĂ© de nous immerger dans leur univers gothique irrĂ©sistiblement magnĂ©tique sous la houlette d'un dandy vampire bourru. On peut d'ailleurs adouber le jeu aussi discret que nuancĂ© de l'acteur Noel Willman plutĂ´t convaincant Ă  se tailler une carrure d'aristo aux canines affĂ»tĂ©es en dĂ©pit de son charisme (Ă©videmment) moins expressif et dĂ©lĂ©tère qu'un Christopher Lee. Ainsi, si les clichĂ©s sont de rigueur dans le Baiser du Vampire  (surtout auprès de sa 1ère demi-heure plantant le dĂ©cor de l'auberge autour d'hĂ´tes venus s'abriter le temps d'une panne d'essence), le soin scrupuleux de la mise en scène, le jeu des acteurs (qui plus est inconnus afin de mieux s'identifier Ă  eux) et ce prĂ©gnant climat de fascination macabre transcendent tout sur leur passage sous l'impulsion d'une rutilante recherche formelle. Tant auprès des dĂ©cors domestiques fastueux, de sa nature forestière parfois tempĂ©tueuse, de la robe rouge de Marianne que du château poussiĂ©reux renfermant Ă  l'intĂ©rieur des trĂ©sors d'architecture gothique.


Ainsi donc, la trame a beau être éculée (un jeune homme mettra tout en oeuvre pour récupérer son épouse kidnappée au château du vampire, et ce avec l'appui d'un Van Helsing aussi torve qu'aviné - apparenté à Coffin Joe avec sa cape et son chapeau noir - !), sa manière structurée de nous la conter et surtout le talent auquel Don Sharp s'emploie pour donner chair à cet univers irréel nous enivre de charme. Tant et si bien que l'on croit à l'irréel sans jamais se plaindre de mauvaises questions incohérentes ou racoleuses. Qui plus est, et afin de se démarquer du chef-d'oeuvre Le Cauchemar de Dracula, il modernise un peu le contexte de l'époque (d'où l'apparition de la voiture en début d'intrigue, de l'agressivité d'antagonistes bonimenteurs et de l'idée du bal costumé résolument baroque) en émaillant son intrigue de trouvailles aussi originales qu'audacieuses. Tant auprès de son prologue cinglant que l'on ne voit pas arriver, de l'accoutrement limpide de la secte des vampires à travers leur toge blanche, du bal masqué dont Polanski reprendra l'idée emphatique et de son final plutôt sanglant faisant intervenir une armée de chauve-souris sous la mainmise de Zimmer invoquant les force du Mal sur le propre terrain des vampires. Enfin, si le Baiser du Vampire demeure aussi captivant et capiteux, il le doit notamment à sa tension dramatique émanant d'une galerie de personnages mesquins en collaboration perfide afin de piéger le couple de jeunes mariés. Et sur ces surprenants ressorts, il vaut d'ailleurs mieux taire le nom de certains protagonistes. Ainsi, en s'identifiant pleinement au désarroi alarmiste de Gérald (qui plus est à peine remis d'une gueule de bois !), s'évertuant à retrouver son épouse en alertant tout l'entourage, l'intrigue insuffle un suspense exponentiel d'après la lâcheté d'une complicité communautaire. Autant dire qu'ici les vampires confinés en groupe s'avèrent redoutablement impassibles, sournois, maléfiques et détestables dans leur égocentrisme commun.


BourrĂ© de charme, vĂ©nĂ©neux et insidieux Ă  travers une facture macabre subtilement moderne, le Baiser du Vampire demeure un incontournable de la Hammer Ă  (re)dĂ©couvrir d'urgence ! 

*Bruno

lundi 24 août 2020

La Piscine.

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Mauvais-genres.com

de Jacques Deray. 1969. France/Italie. 2h02. Avec Alain Delon, Romy Schneider, Maurine Ronet; Janes Birkin, Paul Crauchet, Suzie Jaspard.

Sortie salles France: 31 Janvier 1969

FILMOGRAPHIE: Jacques Deray (Jacques Desrayaud) est un rĂ©alisateur français nĂ© le 19 fĂ©vrier 1929 Ă  Lyon, dĂ©cĂ©dĂ© le 9 aoĂ»t 2003 Ă  Boulogne-Billancourt. 1960 : Le Gigolo. 1963 : Rififi Ă  Tokyo. 1963 : Symphonie pour un massacre. 1965 : Par un beau matin d'Ă©tĂ©. 1966: Avec la peau des autres. 1966 : L'Homme de Marrakech. 1969 : La Piscine. 1970 : Borsalino. 1971: Doucement les basses. 1971 : Un peu de soleil dans l'eau froide. 1972 : Un homme est mort. 1974 : Borsalino & Co. 1975 : Flic Story. 1977 : Le Gang. 1978 : Un papillon sur l'Ă©paule. 1980 : Trois hommes Ă  abattre. 1982 : Les Secrets de la princesse de Cadignan (TV). 1983 : Le Marginal. 1983 : Credo (TV). 1985 : On ne meurt que deux fois. 1987 : Le Solitaire. 1987 : Maladie d'amour. 1989 : Les Bois noirs. 1991 : Contre l'oubli. 1991 : NetchaĂŻev est de retour. 1993 : Un crime. 1994 : 3000 ScĂ©narios contre un virus (segment « Arnaud et ses copains »). 1994 : L'Ours en peluche. 1998 : Clarissa (TV). 2000 : On n'a qu'une vie (TV). 2001 : Lettre d'une inconnue (TV).


"Un crime n'est véritablement un chef-d'oeuvre que si l'auteur reste impuni."
Chef-d'oeuvre imputrescible du cinĂ©ma français saluĂ© par la critique et le public, si bien qu'il cumule Ă  sa sortie 2 342 059 entrĂ©es pour se hisser 9è au classement, La Piscine est autant un modèle de mise en scène qu'un film d'acteurs au diapason. Car en y rĂ©unissant les duos sacrĂ©s Alain Delon / Romy Schneider, et dans une moindre mesure Maurice Ronet / Jane Birkin, Jacques Deray dirige ces derniers Ă  la perfection Ă  travers leur complicitĂ© conjugale Ă  la fois vĂ©nĂ©neuse et sournoise qu'ils s'Ă©changent au sein d'une idyllique villa TropĂ©zienne. De par la force des regards tacites partagĂ©s entre dĂ©sir, passion et jalousie y dĂ©coulera un acte impensable de la part de l'un d'eux en proie Ă  une rancoeur devenue ingĂ©rable. C'est donc une histoire de rivalitĂ© machiste que nous relate avec parcimonie Jacques Deray Ă  travers les personnages trop orgueilleux de Jean-Paul (Delon) et Harry (Ronet), amis d'hier, ennemis d'aujourd'hui. Ainsi, Ă  travers les expressions en berne des personnages tĂ©moins d'une situation criminelle improvisĂ©e, La Piscine s'enrichit d'une puissante intensitĂ© dramatique au fil des profils galvaudĂ©s du duo maudit Delon / Schneider transperçant l'Ă©cran Ă  chacune de leur fĂ©brile prĂ©sence.


Des amants pris dans les mailles de la rupture conjugale sous l'impulsion des silences pesants du regard sentencieux. Car en y transplantant le drame psychologique dans le cadre d'une intrigue criminelle, La Piscine demeure une histoire d'amour maladive lorsque un couple s'adonne au jeu dangereux d'une sĂ©duction un brin provocatrice en guise de convoitise. Alain Delon se fondant dans le corps de l'amant en perdition avec une saisissante expression Ă  la fois tranquille et contrariĂ©e eu Ă©gard de son geste irrĂ©parable d'une implacable cruautĂ©. Un ĂŞtre assombrit par la dĂ©faite et la peur de perdre l'ĂŞtre aimĂ© qui, peu Ă  peu, prendra conscience de la gravitĂ© de sa folie. Quand bien mĂŞme Romy Schneider (d'une beautĂ© sensuelle ici très Ă©rotique, notamment auprès de ce prologue Ă  la fois charnel et torride !) se taille une carrure de femme envieuse davantage meurtrie au fil de sa relation Ă©quivoque avec Jean-Paul. Et ce jusqu'Ă  y dĂ©roger les barrières de sa moralitĂ© si je me rĂ©fère Ă  l'Ă©tonnant Ă©pilogue oĂą chacun y laissera malgrĂ© tout de profondes cicatrices quelque soit leur destinĂ©e.


Drame passionnel donc dĂ©bouchant vers une sombre intrigue criminelle (avec en filigrane une rĂ©flexion complexe sur le pardon), La Piscine puise sa densitĂ© grâce Ă  la mise en scène Ă©purĂ©e de Deray prenant tout son temps Ă  implanter son rĂ©cit et Ă  nous familiariser avec ses protagonistes par le biais d'un climat estival davantage orageux. Un grand moment de cinĂ©ma au sens noble du terme, transcendĂ© de la caractĂ©risation humaine des personnages fragiles, surtout si je me rĂ©fère au passĂ© obscur de Jean-Paul (que Deray effleure Ă  travers sa tentative de suicide) aujourd'hui impliquĂ© dans les arcanes d'un amour fusionnel pour autant destructeur. Un personnage prĂ©tentieux et possessif incapable de gĂ©rer ses Ă©motions contradictoires lorsque rancune et jalousie viendront ternir sa romance Ă©panouie.  

*Bruno
2èx

vendredi 21 août 2020

A Good Woman Is Hard to Find

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bifff.net

de Abner Pastoll. 2019. U.S.A. 1h37. Avec Sarah Bolger, Edward Hogg, Andrew Simpson, Jane Brennan, Caolan Byrne.

Sortie salles UK:  25 October 2019. France: 19 AoĂ»t 2020 en Dvd

FILMOGRAPHIEAbner Pastoll est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et monteur anglo-sud-africain, nĂ© le 12 fĂ©vrier 1982 en Afrique du Sud. 2004: Shooting Shona. 2015: Road Games. 2019: A Good Woman Is Hard to Find


                      « DĂ©couper quelqu'un est très dur, très douloureux, et très… très long. »

Le pitch: EprouvĂ©e par le dĂ©cès de son mari, sauvagement poignardĂ© par un mafieux, Sarah Collins n'est pas au bout de ses surprises lorsqu'un inconnu entre par effraction chez elle pour y planquer de la came. Or, lors d'un concours de circonstances malchanceuses, elle est contrainte de se dĂ©fendre contre cet assaillant pour ensuite remonter la filière des responsables de son dĂ©funt mari grâce au tĂ©moignage de son fils.  


Bon p'tit thriller nappĂ© de polar violent et tendu d'après l'influence de Nicolas Winding Refn (photo lĂ©chĂ©e, Ă©clairs de violence stylisĂ©s, tempo musical clinquant, plages d'accalmie envoĂ»tĂ©es), A Good Woman Is Hard to Find tire attrait de son intensitĂ© dramatique de par le magnĂ©tisme lascif de Sarah Bolger portant le film Ă  bout de bras en nĂ©mĂ©sis en initiation criminelle. L'actrice s'avĂ©rant très impliquĂ©e dans sa fonction de mère semi-dĂ©pressive en proie Ă  une apprĂ©hension expressive (quel tĂ©nu regard Ă©tincelant !) quant Ă  sa soudaine condition de victime molestĂ©e peu Ă  peu gagnĂ©e par une bravoure de dernier ressort. Et bien que son cheminement narratif pâti parfois de grosses ficelles au niveau de la cohĂ©rence des situations de stress (la mère peu Ă©tonnĂ©e que sa fille se parle Ă  elle-mĂŞme dans le couloir alors qu'elle s'adressait au tueur !), de l'apparition furtive du mafieux Ă  un moment auditif trop propice ou de certaines exactions criminelles (l'idĂ©e vrillĂ©e du dĂ©membrement du cadavre), A good woman is Hard to Find demeure efficace de bout en bout pour qui raffole des thrillers du samedi soir.


Et ce mĂŞme si sa formidable première partie (dans la gestion du suspense lattent peu Ă  peu oppressant) demeure le moment le plus probant au niveau de sa scrupuleuse mise en scène dĂ©nuĂ©e de fioriture. EmaillĂ© d'anicroches donc, notamment auprès du mĂ©chant caricatural un peu trop outrĂ© dans ses expressions mĂ©galos, A Good Woman Is Hard to Find n'en demeure pas moins constamment ludique Ă  travers son cocktail de suspense, d'action et de violence parfois grand-guignolesque (principalement au niveau d'un dĂ©coupage de chair efficacement graphique pour tenir lieu de la difficultĂ© de l'assassin Ă  s'employer Ă  une gageure aussi incongrue dans sa fonction novice !). FrĂ©quentable. 

*Bruno

jeudi 20 août 2020

Sue perdue dans Manhattan

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Sue" de Amos Kollek. 1997. U.S.A. 1h31. Avec Anna Thomson, Matthew Powers, Tahnee Welch, Tracee Ellis Ross, John Ventimiglia.

Sortie salles France: 16 Septembre 1998

FILMOGRAPHIEAmos Kollek est un réalisateur et scénariste israélien né le 15 septembre 1947 à Jérusalem. 1985 : Goodbye New York. 1987 : Prise (Forever, Lulu). 1989 : High Stakes. 1992 : Trois semaines à Jérusalem. 1993 : Five Girls. 1994 : Whore 2. 1996 : Teddy Kollek (documentaire). 1997 : Sue perdue dans Manhattan. 1999 : Fiona. 2000 : Fast Food, Fast Women. 2001 : Queenie in Love. 2002 : Bridget. 2003 : Happy End. 2008 : Dans la nuit. 2010 : L.L. 2011 : Chronicling a crisis. (documentaire).


"La souffrance et la solitude sont les maîtres-maux du chaos."
Peu connu du public en dĂ©pit de sa rĂ©putation Ă©logieuse par la critique, si bien qu'il s'agit d'une oeuvre indĂ©pendante sortie en catimini en 1998, Sue perdue dans Manhattan laisse une trace dans l'encĂ©phale sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clĂ´t. Car rĂ©solument influencĂ© par le cinĂ©ma vĂ©ritĂ© de John Cassavetes, l'israĂ©lien Amos Kollek nous livre un magnifique portrait d'ange dĂ©chu Ă  travers le cheminement en perdition de Sue Ă©garĂ©e au sein d'une jungle urbaine dĂ©nuĂ©e de clĂ©mence pour les laissĂ©s pour compte. Anna Thomson transperçant le cadre Ă  chaque seconde (du fait de son omniprĂ©sence Ă  l'Ă©cran) en femme esseulĂ©e d'une fragilitĂ© Ă  fleur de peau. Tant auprès de son dĂ©sir immodĂ©rĂ© d'affection amicale et sentimentale, d'amour maternel (sa mère est atteinte de la maladie d'Alzheimer) et de reconnaissance professionnelle (notamment Ă  travers son CV louablement diplĂ´mĂ©). D'un charisme indicible Ă  travers l'Ă©lĂ©gance de sa posture filiforme et sa lascivitĂ© du regard blĂŞme noyĂ© de douceur, Anna Thomson nous communique son dĂ©sarroi, faute d'un passĂ© infortunĂ©. Son besoin inassouvi d'aimer et d'ĂŞtre aimĂ© sous l'impulsion de sa posture infiniment naturelle. Digne des grandes actrices du cinĂ©ma indĂ©pendant (on peut mĂŞme oser la comparer Ă  Gena Rowlands Ă  travers son charisme autonome aussi ineffable que terriblement impressionnant), Anna Thomson nous trouble de sĂ©duction dĂ©senchantĂ©e Ă  travers ses dĂ©ambulations urbaines Ă©maillĂ©es de rencontres marginales aussi misĂ©reuses et dĂ©pressives dans leur requĂŞte ultime de tendresse. 


Ainsi, à travers le parti-pris d'une réalisation documentée à la lumière naturelle, Sue perdue dans Manhattan rejoint sans rougir les plus grands drames sociaux de John Cassavetes de par sa force d'expression plus vraie que nature (et j'évoque tous les comédiens et seconds-rôles !) et l'intensité dramatique d'une solitude existentielle faisant office de mal du siècle. Sue s'efforçant de communiquer le plus souvent auprès d'une faune cosmopolite afin d'éclipser sa profonde détresse existentielle. Inévitablement émouvant donc de manière extrêmement prude, poignant puis bouleversant auprès Spoil ! d'un épilogue disgracieux d'un cruauté inconsolable fin du Spoil, Sue ensorcelle l'écran tel un fantôme errant de par son extrême pudeur à ne pas nuire à autrui dans sa condition miséreuse. Cumulant les rencontres sexuelles d'un soir, (si bien qu'elle ne communique qu'à travers la sexe avouera t'elle à une quidam d'une laverie), Sue ne parvient pas à gérer son immense solitude en dépit de ses aventures parfois amicales, si bien qu'une potentielle rencontre amoureuse la contraint néanmoins de se plonger dans une défiance et une appréhension finalement préjudiciables. Ainsi, quoiqu'elle fasse et quelque soit son courage employé, son destin galvaudé semble tracé d'avance, notamment faute de sa naïveté trop influençable.


Seule contre tous. 
De par son hyper rĂ©alisme Ă  couper au rasoir extĂ©riorisant une dimension dramatique toujours dĂ©pouillĂ©e, Sue perdue dans Manhattan nous transmet Ă  l'Ă©cran avec une rare vĂ©ritĂ© humaine le douloureux portrait d'une marginale en berne que personne ne parviendra Ă  extraire de la dĂ©veine faute d'une sociĂ©tĂ© dĂ©shumanisĂ©e ne comptant que sur leur ego pour s'extirper de la prĂ©caritĂ©. Très dur dans sa sinistrose pleine de pudeur mais inoubliable de puissance Ă©motionnelle Ă  travers ce profil intime noyĂ© de mansuĂ©tude .  

*Bruno2èx

mercredi 19 août 2020

Summer of Sam

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site posteritati.com

de Spike Lee. 1999. U.S.A. 2h22. Avec John Leguizamo, Adrien Brody, Mira Sorvino, Jennifer Esposito, Michael Rispoli, Saverio Guerra, Brian Tarantina, Al Palagonia, Ken Garito.

Sortie salles France: 5 Janvier 2000

FILMOGRAPHIE: Spike Lee (Shelton Jackson Lee) est un scénariste, réalisateur, acteur et producteur américain né le 20 mars 1957 à Atlanta (Géorgie, États-Unis).1983 : Joe's Bed-Stuy Barbershop: We Cut Heads. 1986 : Nola Darling n'en fait qu'à sa tête. 1988 : School Daze. 1989 : Do the Right Thing. 1990 : Mo' Better Blues. 1991 : Jungle Fever. 1992 : Malcolm X. 1994 : Crooklyn. 1995 : Clockers. 1996 : Girl 6. 1996 : Get on the Bus. 1998 : He Got Game. 1999 : Summer of Sam. 2000 : The Very Black Show. 2002 : La 25e Heure. 2004 : She Hate Me. 2006 : Inside Man. 2008 : Miracle à Santa Anna. 2012 : Red Hook Summer. 2013 : Old Boy. 2014 : Da Sweet Blood of Jesus. 2015 : Chi-Raq. 2018 : BlacKkKlansman. 2020 : Da 5 Bloods.


Grande fresque sociale de plus de 2h22, vĂ©ritable documentaire sur les annĂ©es 70 Ă  travers la mode du Disco, la nouvelle vague Punk, la coke et la libĂ©ration sexuelle (les boites Ă  partouze, les streap pornos, le cinĂ©ma X, l'homosexualitĂ© se dĂ©voilant un peu plus en public), Summer of Sam insuffle un climat paranoĂŻde en crescendo sous l'impulsion du cĂ©lèbre tueur en sĂ©rie, "le fils de Sam" durant l'Ă©tĂ© caniculaire de 77. Nanti d'un prestigieux casting Ă  travers le quatuor John Leguizamo (en Ă©poux infidèle hantĂ© de culpabilitĂ©), la douce Mira Sorvino (en maĂ®tresse bafouĂ©e en proie Ă  la rĂ©bellion), Jennifer Esposito (en jeune effrontĂ©e en quĂŞte identitaire), Adrien Brody (en punk Ă  l'homosexualitĂ© refoulĂ©e),  Summer of Sam s'illumine de leurs prĂ©sences hautes en couleur. Spike Lee ne lĂ©sinant pas sur les Ă©treintes Ă©rotico-pornos Ă  travers quelques coĂŻts bercĂ©s de soul et de tube discos. Pour ce faire, on peut presque Ă©voquer le genre musical tant le cinĂ©aste voue un culte Ă  ses tubes entĂŞtants que les fans auront plaisir Ă  réécouter. Mais au-delĂ  de sa satire caustique contre l'homophobie et l'adultère en expansion lors des Seventies (probablement faute de la nouvelle tendance du porno "hardcore"), Spike Lee dĂ©nonce la paranoĂŻa collective d'une communautĂ© italienne dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  faire la peau Ă  l'assassin Ă  travers leur loi du Talion. MĂŞme la mafia s'en mĂŞlera depuis la sollicitation d'un policier prĂ©alablement issu de leur mĂŞme milieu vĂ©nal.


Et ce parmi le tĂ©moignage majeur du porto-ricain Vinny, vĂ©ritable emmanchĂ© dans ses infidĂ©litĂ©s conjugales et fĂ©lonie amicale, tant et si bien que son meilleur ami Ritchie risque de trĂ©passer faute de son excentricitĂ© vestimentaire, son look de carnaval et son ambiguĂŻtĂ© sexuelle. On y traite donc de droit Ă  la tolĂ©rance dans ce thriller torride jonglant avec plusieurs genres Ă  travers sa reprĂ©sentation folklorique d'une faune urbaine en Ă©bullition, faute de la flambĂ©e de l'insĂ©curitĂ© dĂ©coulant d'une unique menace. La foule, et particulièrement les jeunes couples, sombrant toujours un peu plus dans une apprĂ©hension contagieuse. Les scènes de violence rĂ©alistes demeurant souvent impressionnantes dans leur impact cinglant (avec toujours ce mĂŞme mode opĂ©ratoire criminel de plusieurs balles dans la tĂŞte dans l'habitacle d'une voiture). Tout cela demeure donc assez sombre, dĂ©complexĂ©, hystĂ©rique et captivant. Tant auprès de son climat d'insĂ©curitĂ© aux confins de l'horreur, du profil improbable du demeurĂ© obsĂ©dĂ© par les aboiements d'un chien, que de la caractĂ©risation humaine de ces personnages instables en proie Ă  une quĂŞte identitaire. Spike Lee dressant le pathĂ©tique portrait d'un porto-ricain incapable de grandir dans son entĂŞtement machiste, son orgueil et son obsession pour le sexe. Quand bien mĂŞme son alter-ego Ritchie s'affuble d'une posture de grand benĂŞt (il cohabite au dĂ©part avec sa mère) en punk aussi instable se rĂ©fugiant dans la prostitution et les bras de sa meilleure amie en guise de survie.


Hormis des effets de mise en scène inutilement alambiquĂ©s, un rythme parfois sporadique se perdant mĂŞme un tantinet en cours de route (fallait-il raccourcir le film Ă  2h00 ?) et une violence aseptique  paradoxalement peu rĂ©aliste (j'Ă©voque uniquement les tabassages musclĂ©s abusant de ralentis ou  d'effets maniĂ©rĂ©s fort peu convaincants), Summer of Sam demeure un flamboyant spectacle de dĂ©cadence corruptrice. Tant auprès de Vinny se raccrochant Ă  la foi de Dieu afin de pardonner son Ă©rotomanie, de l'Ă©volution sordide de Ritchie mais aussi du courant dĂ©vergondĂ© de Dionna (compagne de Vinny) dĂ©semparĂ©e Ă  l'idĂ©e de combler son partenaire sexuel. Perfectible sans aucun doute de par son climat frĂ©nĂ©tique pas aussi bien gĂ©rĂ© par moments, peut-ĂŞtre mĂŞme dĂ©manchĂ© (surtout vers sa seconde partie), mais nĂ©anmoins transcendĂ© du brio des comĂ©diens totalement investis dans leur fonction Ă  la fois impopulaire et galvaudĂ©e. L'intrigue traitant prioritairement d'Ă©chec conjugal et professionnel au sein d'une sociĂ©tĂ© en pleine mutation (le fameux courant Punk anti social). A revoir donc. 

*Bruno
3èx

mardi 18 août 2020

Little Miss Sunshine. Grand Prix, Deauville 2006.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jonathan Dayton et Valerie Faris. 2006. U.S.A. 1h42. Avec Greg Kinnear, Toni Collette, Steve Carell, Paul Dano, Abigail Breslin, Alan Arkin, Bryan Cranston, Dean Norris.

Sortie salles France: 6 Septembre 2006 

FILMOGRAPHIEJonathan Dayton est un réalisateur, producteur, scénariste, et directeur de la photographie américain. Il est né le 7 juillet 1957 à Alameda, en Californie. Il est marié à Valerie Faris, réalisatrice, productrice et scénariste. 2017: Battle of the Sexes. 2012: Elle s'appelle Ruby. 2006: Little Miss Sunshine.
Valerie Faris est une réalisatrice, productrice, scénariste et monteuse américaine née le 20 octobre 1958 dans le comté de Los Angeles en Californie aux États-Unis. 1989 : Rhythm Nation 1814. 2005 : The Check Up. 2006 : Little Miss Sunshine. 2012 : Elle s'appelle Ruby. 2017 : Battle of the Sexes.


Un esprit "punk" plane chez la famile Hoover ! 
Bijou d'humour et d'émotions caustiques à travers les thématiques de l'apparence, de l'élitisme et de la célébrité, Little miss Sunshine n'a pas grugé ses moult récompenses tant il demeure aussi jubilatoire qu'intelligent à se gausser (là on ne l'attend jamais !) du politiquement correct. Tant et si bien que le couple de réalisateurs Jonathan Dayton et Valerie Faris (au passage couple à la ville) parvient à nous attacher à l'une des plus facétieuses familles ricaines vues sur écran de cinéma. Et ce avec une originalité dévergondée comme le souligne l'éthique transgressive du grand-père avide d'interdits et de grossièretés grivoises faute de son âge avancé. Pour ce faire, on s'étonne de rire nerveusement ou de bon coeur lors des moments les plus réjouissants, alors qu'à la seconde d'après on se surprend d'éprouver le sentiment contraire d'une empathie subitement poignante lors d'un contexte tragi-comique. Mais si Little Miss Sunshine parvient autant à séduire sans fard, il le doit aux profils hauts en couleurs (MAIS plus vrais que nature !) d'une famille si fragile dans leur humanisme torturé (le cast irréprochable est donc littéralement renversant !). Car d'autant plus en proie à une rage de vivre incontrôlée dans leur refus de se plier aux exigences d'une société condescendante dénuée d'indulgence chez les précaires, surtout lorsque l'apparence demeure trop standard.


Car communĂ©ment partagĂ©s entre le dĂ©sir de vaincre et la crainte de perdre comme leur enseigne le patriarche dans sa rĂ©signation du dĂ©passement de soi, ces derniers vont finir par s'Ă©pauler Ă  se rebeller contre les convenances tout en acceptant leurs Ă©checs personnels. Car comme l'Ă©nonce si justement l'un des protagonistes Ă  peine remis d'un chagrin d'amour, c'est par la souffrance que l'on finit par grandir pour apprendre de nos erreurs alors que les jours heureux demeureront de simples souvenirs ludiques. Ainsi, c'est Ă  travers le parcours infantile d'Olive que l'intrigue se cultive, tant et si bien que cette dernière va participer Ă  un cĂ©lèbre concours de beautĂ© en Californie en compagnie des membres de sa famille malmenĂ©s par l'alĂ©a du deuil. Et donc Ă  travers le vent de libertĂ© qui agite davantage chaque personnage, Little Miss Sunshine parvient avec cette Ă©nergie solaire Ă  exister par lui mĂŞme pour se dĂ©marquer du divertissement imberbe. De par sa tendresse et ses Ă©clats de rire constants Ă©mergeant au sein d'un climat familial orageux, le couple Dayton / Faris radiographie ces profils lambdas avec un humanisme terriblement expressif. La grande rĂ©ussite de cette satire contre l'Ă©litisme Ă©manant de leur Ă©volution morale Ă  s'exprimer indĂ©pendamment par eux mĂŞmes après avoir essuyĂ© leurs revers. Et ce au mĂ©pris de se plier aux hiĂ©rarchies bien-pensantes se vautrant dans une vulgaritĂ© de mauvais goĂ»t Ă  travers l'univers pailletĂ© des mini-miss grimĂ©es en poupĂ©e Barbie.


Il y a des occasions oĂą il vaut mieux perdre que gagner.
Ode suprĂŞme Ă  la libertĂ© la plus Ă©panouie du point de vue des valeurs familiales, de l'amour et de la tolĂ©rance (quelque soit le choix de nos cultures religieuses, sociales, politiques ou sexuelles), Little Miss Sunshine donne furieusement envie d'embras(s)er la vie si l'on parvient Ă  extraire le vainqueur qui est en soi après avoir assumĂ© les dĂ©ceptions. Si bien que les premiers seront derniers et les derniers seront premiers... 

*Bruno
2èx

Récompenses: Festival du cinéma américain de Deauville 2006 : Grand prix
Festival international du film de Saint-Sébastien 2006 : Prix du public
American Film Institute Awards 2006 : top 10 des meilleurs films de l'année
BAFTA Awards 2007 :
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Alan Arkin
Meilleur scénario original pour Michael Arndt
César du cinéma 2007 : meilleur film étranger
Independent Spirit Awards 2007 : meilleur film
Oscars du cinéma 2007 :
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Alan Arkin
Meilleur scénario original pour Michael Arndt
Screen Actors Guild Awards 2007 : meilleure distribution
Young Artist Awards 2007 : meilleure actrice pour Abigail Breslin

lundi 17 août 2020

La Route

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Road" de John Hillcoat. 2009. U.S.A. 1h52. Avec Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Charlize Theron, Garret Dillahunt, Robert Duvall, Guy Pearce.

Sortie salles France: 2 Décembre 2009

FILMOGRAPHIEJohn Hillcoat est un cinĂ©aste australien nĂ© en 1961 au Queensland. 1988 : Ghosts… of the Civil Dead. 1996 : To Have and to Hold. 2005 : The Proposition. 2009 : La Route. 2012 : Des hommes sans loi. 2016 : Triple 9. 2020 : Witchfinder General.


Terrassant d'intensitĂ© dramatique Ă  travers l'Ă©preuve de survie d'une odyssĂ©e dĂ©senchantĂ©e, La Route laisse en Ă©tat d'amertume bouleversĂ© eu Ă©gard de son hyper-rĂ©alisme blafard dĂ©nuĂ© de luminositĂ©. Car Ă©paulĂ© d'une photo dĂ©saturĂ©e afin de souligner l'aspect funeste de ces dĂ©cors dĂ©charnĂ©s Ă©trangement mutiques, La Route transcende le drame post-apo sous l'impulsion d'une caractĂ©risation humaine Ă  fleur de peau. Viggo Mortensen endossant avec une sobriĂ©tĂ© sentencieuse un paternel prĂ©venant rĂ©signĂ© Ă  prĂ©server coĂ»te que coĂ»te la vie de son fils que Kodi Smit-McPhee incarne avec une fragilitĂ© naturelle aussi dĂ©pouillĂ©e. A eux deux, ils forment un duo inoubliable dans leur parcours chaotique oĂą ne cesse de s'y profiler la menace du trĂ©pas, tant auprès de la famine, de la maladie que des prĂ©dateurs cannibales sillonnant les bourgades. Quand bien mĂŞme le rĂ©alisateur nous rappelle via l'entremise du flash-back la situation conjugale en berne que traversa l'homme avant de plier bagage avec son fils vers un no mans land. LĂ  encore d'une grande sensibilitĂ© de par l'intensitĂ© dramatique d'une condition de vie dĂ©nuĂ©e de lueur d'espoir, ses sĂ©quences intimistes provoquent le sentiment d'impuissance Ă  travers la dĂ©termination d'une femme Ă©puisĂ©e par la misère. Poignant et bouleversant (pour ne pas dire dĂ©chirant quant au final binaire), mais aussi terriblement inquiĂ©tant, parfois terrifiant et dĂ©primant; si bien que l'on y traite de cannibalisme avec une cruautĂ© impassible, La Route ne s'embarrasse ni de fioriture ni de lueur (ou alors si peu) pour provoquer le dĂ©sarroi.


Et ce Ă  travers son houleux climat de dĂ©rĂ©liction qu'un père et son fils arpente dĂ©sespĂ©rĂ©ment afin de dĂ©nicher un Ă©ventuel havre de paix (musique Ă©lĂ©giaque Ă  l'appui composĂ©e par Nick Cave et Warren Ellis, excusez du peu !). Le cheminement narratif Ă©tant soumis Ă  leur pĂ©rĂ©grination et intermittentes rencontres humaines au sein d'un environnement hostile Ă©pargnĂ© de toute trace vĂ©gĂ©tative et animale. C'est dire si La Route s'avère psychologiquement plombant car d'une infinie tristesse eu Ă©gard du chemin de croix que traverse le duo avec une foi dĂ©sargentĂ©e. Au-delĂ  d'y soigner sa mise en forme crĂ©pusculaire auquel le dĂ©paysement demeure glaçant d'austĂ©ritĂ©, John Hillcoat s'efforce tout le long de l'intrigue d'humaniser ses personnages prĂ©caires soumis Ă  des conditions de vie draconiennes. Le fils tentant d'ailleurs frĂ©quemment de rappeler Ă  l'ordre de la morale la rigiditĂ© de son père lorsqu'il s'agit de prĂŞter main forte Ă  un Ă©tranger potentiellement inhospitalier. Cette dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale tendant Ă  prouver qu'en situation de dystopie seule la loi du plus fort et l'individualisme priment afin de pouvoir rester en vie. On peut d'ailleurs s'offenser de certaines sĂ©quences horrifiantes lorsque des victimes (confinĂ©es dans une cave de garde-manger) sont sur le point d'ĂŞtre dĂ©vorĂ©s par des cannibales alors que l'homme ne prendra aucune mesure pour tenter de les sauver de leur fatale situation.


Terriblement dur donc par son rĂ©alisme cafardeux difficilement gĂ©rable et d'une noirceur singulière auprès du genre post-apo (j'ai rarement vu aussi nihiliste !), La Route demeure une bouleversante aventure humaine parmi l'autoritĂ© de l'amour paternel rĂ©signĂ© Ă  sauver sa progĂ©niture pour la postĂ©ritĂ© du lendemain meilleur. De par son intensitĂ© dramatique Ă©prouvante Ă  travers le duo plein de fragilitĂ© que forment Viggo Mortensen  Kodi Smit-McPhee, la Route traite de l'amour, du souvenir, de l'espoir et de la rĂ©silience avec une tangible tendresse jamais outrĂ©e. Une oeuvre existentielle magnifique aux confins du chef-d'oeuvre sĂ©pulcral. 

*Bruno
2èx

Récompenses: 2009 : San Diego Film Critics Society Award de la meilleure photographie (Javier Aguirresarobe)
2009 : Utah Film Critics Association Award du meilleur acteur (Viggo Mortensen)
2010 : Vits Award de la meilleure photographie (Javier Aguirresarobe)

dimanche 16 août 2020

The King of Staten Island

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Judd Apatow. 2020. U.S.A. 2h17. Avec Pete Davidson, Bel Powley, Ricky Velez, Lou Wilson, Moises Arias, Marisa Tomei, Maude Apatow.

Sortie salles France: 22 Juillet 2020

FILMOGRAPHIEJudd Apatow est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de cinĂ©ma amĂ©ricain, nĂ© le 6 dĂ©cembre 1967 Ă  Syosset (New York). 2001: North Hollywood (TV Movie). 2007: En cloque, mode d'emploi. 2005: 40 ans, toujours puceau. 2009: Funny People. 2012: 40 ans mode d'emploi. 2015: Crazy Amy.


ComĂ©die Ă  la fois tendre et drĂ´le Ă  travers le portrait d'un jeune adulte de 24 ans piquant sa crise de nerf lorsque sa mère roucoule avec un nouveau prĂ©tendant depuis la disparition de son père mort en service lors d'un incendie; The King of Staten Island est arc en ciel de fraĂ®cheur et d'Ă©motions (bipolaires) en dĂ©pit de la gravitĂ© du sujet (faisant Ă©cho en filigrane aux attentats du 11 Septembre). Le climat hybride, aussi bien explosif que dĂ©tendu, alternant avec une surprenante fluiditĂ© le politiquement incorrect, les dĂ©compressions morales de la banalitĂ© quotidienne et les actions altruistes. Entre prises de drogue douce (Scott et ses potes tatouĂ©s fument du matin au soir), soirĂ©es cinĂ© d'exploitation Ă©maillĂ©es de sĂ©ries TV (en mode Game of Throne svp !), leçon nĂ©ophyte de baby-sitting, cambriolage en herbe, combats de boxe improvisĂ©s en plein resto et pĂ©dagogie professionnelle (tant pour la passion du tatouage que Scott cultive tout le long de son cheminement que de l'hĂ©roĂŻsme des soldats du feu depuis une Ă©viction familiale !). Le rĂ©alisateur en profite d'ailleurs de rendre hommage Ă  la bravoure des pompiers lors d'un stage impromptu que Scott tĂ©moignera avec Ă©motion forte. Mais c'est autour des thèmes majeurs de l'acceptation du deuil et de l'absence paternelle que Judd Apatow fait Ă©voluer son rĂ©cit de par son talent de narrateur aussi bien gĂ©nĂ©reux qu'inventif lorsqu'il s'agit de relancer l'action dans des directions toujours imprĂ©visibles.


C'est dire le plaisir procurĂ© face Ă  cette moisson de scĂ©nettes de mĂ©nage d'un humour caustique (tant familiales et amicales que sentimentales) car soufflant le chaud et le froid quant aux confrontations tempĂ©tueuses des personnages se dĂ©battant autour de Scott afin de l'extirper de sa torpeur. Outre l'incroyable fantaisie des dialogues incisifs constamment jouissifs, The King of Staten Island est saturĂ© d'un scĂ©nario charpentĂ© pour rendre compte de l'Ă©tat moral du jeune hĂ©ros Ă  la fois paumĂ© et insouciant depuis la disparition d'un père qu'il a connu jusqu'Ă  l'âge de 7 ans. Cette absence inconsolable pesant inconsciemment sur ses frĂŞles Ă©paules au point de lui freiner toute ambition sociale, professionnelle et sentimentale. Scott dĂ©ambulant au ralenti (tel un zombie junkie) Ă  se cloĂ®trer dans les jupes de sa mère davantage prĂ©occupĂ©e pour son avenir en suspens. Mais pour autant pĂ©tri d'humanitĂ© tacite dans son dĂ©sir timorĂ© de s'ouvrir aux autres avec une impayable maladresse, Scott finira donc par y semer amour, courage, pardon, confiance et reconnaissance de par son initiation de s'Ă©veiller aux autres grâce aux leçons de vie que son entourage lui instille le plus naturellement. Et ce entre flegme et pulsions colĂ©riques (avec un brin de rancune), et vice-versa. De par la sobre expansivitĂ© des acteurs dĂ©bordants de vitalitĂ© et de sĂ©millance Ă  travers leur optimisme mais aussi leur dĂ©couragement subsidiaire, Judd Apatow y extrait une galerie de nobles personnages rĂ©solument authentiques dans leur esprit foisonnant de communication, de partage, de soutien et de cohĂ©sion Ă  mettre en pratique les bienfaits de l'ambition et des valeurs familiales.


Splendide comĂ©die fringante Ă©maillĂ©e de fragments de sensibilitĂ© et de tendresse, The King of Staten Island est une merveille d'Ă©criture d'y composer sous l'alibi d'un humour fructueux les prĂ©occupations morales de la peur de soi et de grandir face Ă  la tare d'une absence paternelle pĂ©niblement gĂ©rable. Y Ă©mane du vrai cinĂ©ma mature au sens "noble" qui plus est renforcĂ© de protagonistes superbement dessinĂ©s dans leur humanisme aussi bien vulnĂ©rable que pugnace. Un hymne Ă  la vie et Ă  l'amour en somme que nous procure Ă  bras ouvert son auteur confirmĂ©. 

*Bruno

vendredi 14 août 2020

Bully. Grand prix, Stockholm, 2001

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fr.shopping.rakuten.com

de Larry Clark. 2001. U.S.A. 1h53. Avec Brad Renfro, Rachel Miner, Bijou Phillips, Nick Stahl, Michael Pitt.

Sortie salles France: 12 Décembre 2001

FILMOGRAPHIE: Larry Clark est un réalisateur, photographe, directeur de la photographie, né le 19 Janvier 1943 à Tulsa dans l'Oklahoma. 1995: Kids. 1998: Another Day in Paradise. 2001: Bully. 2002: Teenage Caveman (télé-film). 2002: Ken Park. 2004: Wassup Rockers. 2006: Destricted (segment Impaled). 2012: Marfa Girl (uniquement dispo sur le net). 2015: The Smell of us. 2018 : Marfa Girl 2.


Film choc s'il en est, ad nauseum, Bully est le nouvel uppercut de Larry Clark après avoir Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par le mythique Kids et le non moins poisseux Another day in Paradise. InspirĂ© d'un fait-divers perpĂ©trĂ© en 1993 auquel 7 adolescents tuèrent un de leur camarade abusif, Bully nous laisse le souffle coupĂ© sitĂ´t les sentences prononcĂ©es. Car on a beau s'Ă©coeurer de la posture psychopathe de ces tueurs en herbe, Larry Clark possède ce don innĂ© d'y dresser leur fragilitĂ© morale avec un hyper rĂ©alisme plus vrai que nature (pour ne pas dire documentĂ©). C'est d'ailleurs ce qui fait la rigueur du drame sordide qui se dessine devant nos yeux, si bien que l'on subit Bully de plein fouet Ă  l'instar d'un docu-vĂ©ritĂ© brut de dĂ©coffrage, qui plus est Ă©maillĂ© d'instants de poĂ©sie Ă  travers ses visages naturalistes. Les acteurs, pour la plupart mĂ©connus, Ă©tant bluffants de naturel de par leur jeu improvisĂ© et leur physionomie pubère; tant et si bien que nous n'Ă©prouvions aucune empathie pour leur profil marginal imprĂ©gnĂ© d'inconscience et d'irresponsabilitĂ©. Outre le caractère insoutenable de la longue sĂ©quence de meurtre d'une cruditĂ© Ă©prouvante (on peut d'ailleurs se remĂ©morer la fameuse tagline d'Hitchcock Ă  travers sa tension exponentielle), Bully tire-parti du souci du dĂ©tail auprès des expressions cyniques de ces ados pervers communĂ©ment influencĂ©s par leurs sentiments de haine et de revanche avec un goĂ»t prononcĂ© pour le sang.


Tant et si bien qu'ils y Ă©prouvent excitation et jouissance communautaire, tant auprès des prĂ©paratifs, de leur première tentative manquĂ©e que de l'acte odieusement perpĂ©trĂ© en complicitĂ© insidieuse. Glaçant, effrayant, primitif, ultra malsain et dĂ©rangeant, Bully distille un malaise davantage plombant Ă  se familiariser auprès de ces bambins dĂ©cervelĂ©s (voir leur stupide concertation afin d'Ă©laborer un alibi ou encore leurs conversations ne tournant qu'autour du sexe, de la drogue et des sorties nocturnes !) adoptant des postures immorales dans leur innocence pubère. Antipathiques donc, car se complaisant dans la drogue, la luxure et le crime avec une vulgaritĂ© dĂ©complexĂ©e (certaines sĂ©quences sensorielles effleurent d'ailleurs la pornographie par certains plans charnels), ceux-ci finissent tout de mĂŞme par nous susciter un regain de tristesse, un sentiment de gâchis irrĂ©versible passĂ© l'acte criminel. Si bien que le collapse, le sentiment irrĂ©pressible de la paranoĂŻa du gendarme seront de rigueur pour la plupart d'entre eux incapables de contenir leur sang froid passĂ© l'irrĂ©parable. C'est d'ailleurs Ă  cet instant crucial que Larry Clark insiste sur la fragilitĂ© dĂ©soeuvrĂ©e de ces ados en perdition abdiquĂ©s par leurs parents mais aussi la sociĂ©tĂ©. Car livrĂ©s Ă  eux-mĂŞme dans leur prĂ©caritĂ© socio- professionnelle, ils ne comptent donc que sur l'Ă©vanescence de la drogue et du sexe pour Ă©vacuer l'ennui de leur quotidien sans repère. Ainsi, Ă  travers ce tableau terrifiant d'une marginalitĂ© juvĂ©nile irrĂ©cupĂ©rable, Larry Clark nous foudroie d'aigreur, de crainte et de dĂ©solation Ă  travers ce terrible constat d'Ă©chec d'une jeunesse anti-manichĂ©enne incapable d'assimiler les notions d'amitiĂ©, de confiance, d'amour et de pardon.


De toute évidence, Bully est à réserver à un public (très) averti bien que le public ado devrait peut-être y jeter un oeil studieux pour éviter d'emprunter cette trajectoire délinquante de non retour. Profondément pervers et putassier au gré d'une acuité dramatique, il reste probablement l'un des Teen Movie les plus choquants vus au cinéma dans sa facture racée vitriolée.

*Bruno
2èx

RĂ©compenseGrand Prix au Festival international du film de Stockholm de 2001

SPOIL !
Les sentences suivantes sont prononcées proportionnellement au rôle que chacun a tenu dans le complot : (source WIKIPEDIA)

Heather J. Swallers (Kelli Garner) : 7 ans de réclusion criminelle pour complicité d'homicide volontaire avec préméditation
Derek Dzvirko (Daniel Franzese) : 11 ans de réclusion criminelle pour complicité d'homicide volontaire avec préméditation
Alice Willis (Bijou Phillips) : 40 ans de réclusion criminelle pour complicité d'homicide volontaire avec préméditation + circonstances aggravantes
Donald Semenec (Michael Pitt) : emprisonnement à perpétuité pour homicide volontaire avec préméditation + circonstances aggravantes
Derek Kaufman (Leo Fitzpatrick) : emprisonnement à perpétuité pour complicité d'homicide volontaire avec préméditation + circonstances aggravantes
Lisa Connely (Rachel Miner) : emprisonnement à perpétuité pour complicité d'homicide volontaire avec préméditation + circonstances aggravantes
Marty Puccio (Brad Renfro) : condamnation à la peine de mort par la chaise électrique pour homicide volontaire avec préméditation + incitation à la violence + circonstances aggravantes

mercredi 12 août 2020

L'Agression

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Gérard Pires. 1975. France/Italie. 1h41. Avec Jean-Louis Trintignant, Catherine Deneuve, Claude Brasseur, Philippe Brigaud, Franco Fabrizi, Michèle Grellier, Delphine Boffy.

Sortie salles France: 16 Avril 1975 (Int aux - 18 ans)

FILMOGRAPHIEGérard Pirès est un réalisateur français, né le 31 août 1942 à Paris. 1968 : Erotissimo. 1971 : Fantasia chez les ploucs. 1973 : Elle court, elle court la banlieue. 1974 : L'Agression. 1975 : Attention les yeux ! 1976 : L'Ordinateur des pompes funèbres. 1980: L'Entourloupe. 1981 : Rends-moi la clé. 1998 : Taxi. 2001 : Riders. 2004 : Double Zéro. 2005 : Les Chevaliers du ciel.


Quand la violence s'empare de la France profonde, un justicier sommeille en toi.
Ovni français sombrĂ© dans l'oubli depuis pas mal de dĂ©cennies alors qu'Ă  sa sortie il rĂ©colta tout de mĂŞme 1 227 990 entrĂ©es (en dĂ©pit, ou plutĂ´t, grâce Ă  son interdiction aux moins de 18 ans !), L'Agression exploite le vigilante movie de manière aussi auteurisante que lucrative. Tant et si bien que nous sommes frĂ©quemment dĂ©sarçonnĂ©s par le ton dĂ©calĂ© des personnages lunaires et outranciers palliant leur douleur morale dans la violence et les apartĂ©s lubriques. Le pitch: sur une autoroute estivale, 3 motards s'en prennent violemment Ă  un couple et leur fille Ă  bord de leur voiture. PassĂ©e une longue course-poursuite, seul l'Ă©poux y rĂ©chappe après avoir constatĂ© le viol suivi du dĂ©cès de sa femme et de sa fille. Tentant d'Ă©vacuer sa souffrance dans les bras de sa belle-soeur, Paul Varlin finit par cĂ©der Ă  la loi du talion après l'impuissance de la police. DĂ©concertant Ă  plus d'un titre Ă  travers sa mise en scène personnelle teintĂ©e de comĂ©die grivoise et d'âpre violence ou dĂ©rangĂ©e (son final meurtrier et l'Ă©tonnante conclusion pleine d'ironie quant Ă  sa diatribe contre la lĂ©gitime dĂ©fense), l'Agression vaut surtout pour ses courses-poursuites sur bitume très rĂ©ussies car rĂ©alistes, brutales et effrĂ©nĂ©es, ainsi que la soliditĂ© de son casting hĂ©ritières des Seventies.


Si bien que se disputent Ă  l'Ă©cran (lors de conversations de comptoir frĂ©quemment grivoises !) Jean Louis Trintignant en justicier paumĂ© au comportement erratique (il tente tout de mĂŞme de violer sa belle-soeur pour Ă©vacuer sa souffrance insurmontable du deuil ! ?), la radieuse et spontanĂ©e Catherine Deneuve en belle-soeur prĂ©venante au fil d'une initiation dĂ©vergondĂ©e (!?) et de l'inquiĂ©tant Claude Brasseur en taulier fascisant aussi inspirĂ© par sa vulgaritĂ© folichonne. Ainsi donc, de par ses situations excentriques tragi-cocasses (notamment chez le repère isolĂ© des 3 motards) et son climat indicible d'une sociĂ©tĂ© d'insĂ©curitĂ© en dĂ©liquescence (le prologue demeure carrĂ©ment hallucinĂ©, tant auprès des exactions gratuites des assaillants que du couple de vacanciers irresponsables dans leur provocation puĂ©rile), l'Agression fascine (mais agace aussi parfois) par ses ruptures de ton Ă©trangement magnĂ©tiques. Tout du moins pour le cinĂ©phile avide d'expĂ©rience atypique apprĂ©ciant les thèmes de la nĂ©vrose, de la frustration sexuelle et de la vendetta musclĂ©e. En prĂ©cisant tout de mĂŞme que l'action s'avère nĂ©anmoins timorĂ©e (si on Ă©carte ses 2/3 incroyables poursuites sur bitume). GĂ©rard Pires se focalisant plutĂ´t sur les rapports Ă©tranges car Ă  la fois tendus, attachants et masochistes entre Catherine Deneuve (resplendissante Ă©galement de beautĂ© naturelle !) et Jean-louis Trintignant très Ă  l'aise dans leur rĂ´le respectif difficilement domptable.


A dĂ©couvrir donc en Ă©tant plutĂ´t averti que cette oeuvre oubliĂ©e demeure tout de mĂŞme difficile d'accès par son contenu hybride (Ă  la limite de l'auto-parodie lors des situations les plus cintrĂ©es). En tout Ă©tat de cause, il ne laisse pas indiffĂ©rent et laisse mĂŞme certaines traces dans l'encĂ©phale grâce Ă  sa libertĂ© de ton marginale Ă©tonnamment autonome. 

*Bruno

mardi 11 août 2020

FantĂ´mes contre FantĂ´mes

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposters.ha.com

"The Frighteners" de Peter Jackson. 1996. Nouvelle-ZĂ©lande/U.S.A. 1h51. Avec Michael J. Fox, Trini Alvarado, Peter Dobson, John Astin, Jeffrey Combs, Dee Wallace-Stone, Jake Busey, Chi McBride. 

Sortie salles France: 29 Janvier 1997 (Int - 12 ans)

FILMOGRAPHIE: Sir Peter Robert Jackson est un réalisateur, producteur et scénarise néo-zélandais, né le 31 Octobre 1961 à Pukerua Bay, North Island (Nouvelle-Zélande). 1987: Bad Taste. 1989: Les Feebles. 1992: Braindead. 1994: Créatures Célestes. 1995: Forgotten Silver. 1996: Fantômes contre fantômes. 2001: Le Seigneur des Anneaux. 2002: Les Deux Tours. 2003: Le Retour du Roi. 2005: King-Kong. 2009: Lovely Bones. 2012: Le Hobbit: un voyage inattendu. 2013: Le Hobbit: la Désolation de Smaug. 2014: Le Hobbit: Histoire d'un aller et retour.

Objet filmique aussi frappadingue que dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© de par l'originalitĂ© de son intrigue menĂ©e Ă  100 Ă  l'heure, son action Ă  rĂ©pĂ©tition et sa galerie de personnages lunaires s'opposant entre les valeurs du Bien et du Mal, FantĂ´mes contre FantĂ´mes exploite les codes avec une audace burnĂ©e eu Ă©gard de la contradiction des genres ballottĂ©s tous azimuts. EpaulĂ© de l'ultra dynamisme du montage et de la complicitĂ© expansive des personnages usant de bravoures pour venir Ă  bout d'un ectoplasme serial-killer; Peter Jackson se prend presque pour Sam Raimi Ă  travers ses situations Ă©chevelĂ©es tout droit sorties d'un cartoon mal Ă©levĂ©. Mais louablement, il parvient avec une Ă©nergie folingue Ă  y imprimer sa patte Ă  travers ses Ă©lans de cocasserie bonnard (sa 1ère partie avec les gentils fantĂ´mes missionnĂ©s pour faire peur Ă  de jeunes occupants) et sa dramaturgie frissonnante lors d'une seconde partie plus alerte quant au jeu mirobolant du chat et de la souris. Ainsi donc, en exploitant les clichĂ©s du film de hantise, entre modernitĂ© et gothisme sĂ©culaire, Peter Jackson redouble d'efficacitĂ© de par son inventivitĂ© en roue libre d'y cumuler les poursuites infernales entres hĂ©ros humains (le couple Franck/lucie), gentils fantĂ´mes (le trio protecteur de Franck) et mĂ©chants fantĂ´mes (le serial-killer d'outre-tombe Spoil ! bientĂ´t accompagnĂ© de sa compagne azimutĂ©e Fin du Spoil. Si bien qu'un nombre consĂ©quent de crises cardiaques viennent d'alerter les forces de l'ordre de la bourgade de Fairwater dĂ©pĂŞchant sur les lieux un agent du FBI aussi borderline que psychotique (Jeffrey Combs crève littĂ©ralement l'Ă©cran Ă  travers sa force d'expression viscĂ©rale et son look de gestapo SM !).

Quant Ă  notre hĂ©ros Franck, chasseur de fantĂ´mes au rabais Ă  peine remis du deuil de son Ă©pouse, il a depuis la facultĂ© de communiquer et de voir les revenants. Mais alors qu'il tente de prĂŞter main forte Ă  un jeune couple tĂ©moins de phĂ©nomènes paranormaux, il doit se mesurer au plus redoutable des tueurs en sĂ©rie, un fantĂ´me revanchard poursuivant ses exactions sur terre après s'ĂŞtre Ă©chappĂ© de l'enfer. Au passage, ce dernier dĂ©guisĂ© en faucheuse se prendra vĂ©ritablement pour la mort en personne de manière faraude. Au-delĂ  de la fantaisie de sa narration fertile en rebondissements et inventions dĂ©jantĂ©es, on reste bluffĂ© par le renouvellement de son action effrĂ©nĂ©e poursuivant sa trajectoire vers des directions davantage inquiĂ©tantes. Quand bien mĂŞme des personnages secondaires (vivants ou morts) y font leur apparition de manière totalement improvisĂ©e afin de se mĂŞler Ă  l'aventure dĂ©moniale. Bref, c'est donc un vĂ©ritable tour de montagne russe que nous parachève Peter Jackson sous l'impulsion d'un Michael J. Fox Ă©tonnamment sobre et parfois mĂŞme (un brin) touchant dans sa fonction de hĂ©ros en herbe en quĂŞte d'exutoire. Et ce en exploitant aussi efficacement d'autres codes issus du genre policier oĂą s'y mĂŞlent Ă©nigme filiale, romance novice et acceptation du deuil. Seul bĂ©mol face Ă  ce divertissement de premier choix, les FX en CGI hĂ©las peu crĂ©dibles dans la majoritĂ© des sĂ©quences factices, si bien que Peter Jackson doit probablement aujourd'hui s'en mordre les doigts d'avoir accĂ©der Ă  une facilitĂ© aussi peu probante. A titre d'exemple, l'apparition de la faucheuse autrefois si fascinante ne possède plus aujourd'hui ce mĂŞme Ă©clat visuel, ce similaire fantasme formel, cet identique attrait magnĂ©tique. 

Quoiqu'il advienne, le plaisir du cinĂ©phile en quĂŞte d'Ă©motions, de frissons et de cocasserie reste intacte de par la pĂ©tulante Ă©nergie que procure FantĂ´mes contre FantĂ´mes Ă  travers sa pochette-surprise de tous les dangers. 

*Bruno

3èx