mardi 27 août 2024

La salle des Profs / Das Lehrerzimmer / The teachers' Lounge

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ä°lker Çatak. 2023. Allemagne. 1h37. Avec Leonie Benesch, Michael Klammer, Rafael Stachowiak, Anne-Kathrin Gummich, Eva Löbau, Kathrin Wehlisch, Sarah Bauerett, Leonard Stettnisch.

Sortie salles France: 6 Mars 2024. Allemagne: 4 Mai 2023

FILMOGRAPHIE: Ä°lker Çatak, nĂ© le 11 janvier 1984 Ă  Berlin-Ouest (Allemagne de l'Ouest), est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de cinĂ©ma allemand. 2017 : Dans la cour des grands (Es war einmal Indianerland). 2019 : Parole donnĂ©e (Es gilt das gesprochene Wort). 2021 : Au bout du voyage (de) (Räuberhände). 2021 : Tatort (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e), Ă©pisode no 1173 : Borowski und der gute Mensch. 2023 : La Salle des profs (Das Lehrerzimmer). 

Une claque cette salle des profs, d'utilitĂ© publique que d'y dĂ©noncer en filigrane l'hypocrisie du journalisme biaisant Ă  leur sauce (racoleuse) une vĂ©ritĂ© exposĂ©e sans preuves infaillibles. 

RĂ©alisĂ© avec souci documentĂ© on est d'autant plus immergĂ© dans ce huis-clos sous tension qu'il est magnifiquement incarnĂ© par des comĂ©diens allemands inconnus chez nous. L'immersion est donc au diapason sachant que le rĂ©alisateur nous radiographie le portrait vibrant d'humanitĂ© (et de luciditĂ©) d'une prof lĂ©gitime (elle n'a pas volĂ© son prix d'interprĂ©tation) auprès de ses valeurs morales fondĂ©es sur le respect d'autrui, le civisme, la tolĂ©rance religieuse, l'amour de son prochain quelque soit sa race, l'acceptation des cultures Ă©trangères. On reste enfin pantois par sa rĂ©silience, son flegme Ă  ne pas cĂ©der Ă  la colère, l'abandon, la panique pouvant lui entraĂ®ner des actes irrĂ©flĂ©chies (tant pour elle que pour la prĂ©sumĂ©e coupable) auprès de sa fragilitĂ© dĂ©munie. 

Davantage tendu sous l'impulsion d'un score monocorde subtilement inquiĂ©tant, la classe des profs nous laisse craindre le pire Ă  mi-parcours auprès de la rebellion de l'Ă©lève incriminĂ© alors que son final inopinĂ© demeure autrement trouble, sciemment Ă©quivoque, interrogatif Ă  se forger sa propre rĂ©flexion sur la notion de culpabilitĂ© et surtout sur les consĂ©quences dramatiques que cela puisse entraĂ®ner quand on brave un peu la lĂ©galitĂ© (filmer quelqu'un Ă  son insu) et que l'entourage (Ă©tudiant / parents / corps enseignant) s'efforce d'y dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ© selon leur propre personnalitĂ© (indulgente, empathique, rancunière, frondeuse ou suspicieuse), leur condition sociale et leurs thĂ©ories branlantes bâties sur le prĂ©jugĂ©. 

Un tĂ©moignage puissant donc, accablant sur les rapports vĂ©nĂ©neux qu'entretiennent de nos jours victime / prĂ©sumĂ© coupable notamment compromis par les commĂ©rages des rĂ©seaux sociaux, cathaliseurs de consĂ©quences vindicatives pouvant entrainer l'irrĂ©parable. 

*Bruno

Merci Jean-Marc Micciche pour l'influence.

Récompenses: Deutscher Filmpreis 2023 : meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario, meilleure actrice pour Leonie Benesch et meilleur montage

lundi 26 août 2024

La folle histoire du monde / History of the World: Part I

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Mel Brooks. 1981. U.S.A. 1h32. Avec Mel Brooks, Dom DeLuise, Madeline Kahn, Harvey Korman, Cloris Leachman, Ron Carey, Gregory Hines, Pamela Stephenson.

Sortie salles France: 3 Février 1982. U.S: 12 Juin 1981

FILMOGRAPHIE: Mel Brooks (Melvin Kaminsky) est réalisateur, acteur, scénariste, compositeur et producteur américain, né le 28 Juin 1926 à New-York. 1968: Les Producteurs. 1970: Le Mystère des 12 Chaises. 1974: Frankenstein Junior. 1974: Le Shérif est en prison. 1976: La Dernière folie de Mel Brooks. 1977: Le Grand Frisson. 1981: La Folle Histoire du monde. 1987: La Folle Histoire de l'Espace. 1991: Chienne de vie. 1993: Sacré Robin des Bois. 1995: Dracula, mort et heureux de l'être.


Même si moins réussi que le Shérif est en prison, La Folle histoire du monde reste une formidable parodie historique où Mel Brooks se permet à nouveau tout et n'importe quoi en terme de comique ubuesque imparti à la mise en abyme au sein d'une succession de sketchs plus ou moins drôles. Les décors très soignés (même ceux en matte-painting) participant au charme visuel de cette fantaisie menée tambour battant par une troupe de comédiens toujours aussi impliqués (avec toujours sa même équipe fétiche prenant tant plaisir à participer au spectacle de l'intérieur). D'ailleurs, de la même façon hybride, éclatée que le Shérif est en prison, il se permet en outre de rendre à nouveau hommage à la comédie musicale lors de son segment sur l'inquisition espagnole, véritable feu d'artifice d'émotions jouasses à travers ses ballets dansées de manière enchanteresse.


La folle histoire du monde me semble d'ailleurs encore plus charmant et frétillant que lors de sa sortie faute de notre époque imberbe trop souvent à court de créativité, d'audaces (alors qu'ici on se moque à nouveau des juifs et des nègres sans vulgarité ni complexe), d'ambition, d'inspiration.

Mel Brooks aimait tout simplement ce qu'il filme car il était amoureux du cinéma à part entière, entre sincérité, amour et tendresse pour la fiction qu'il détournait au profit d'une mise en abyme dénuée de repère afin de mieux nous faire rêver.

*Bruno.
3èx. VF

Budget : 11 000 000 $

Box-Office France: 2 286 783 entrées

vendredi 23 août 2024

Longlegs

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Oz Perkins. 2024. U.S.A. 1h41. Avec Maika Monroe, Lauren Acala, Nicolas Cage, Blair Underwood, Alicia Witt, Michelle Choi-Lee, Dakota Daulby, Kiernan Shipka 

Sortie salles France: 10 Juillet 2024 (Int - 12 ans). U.S: 12 Juillet 2024 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIEOz Perkins est un acteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 2 fĂ©vrier 1974 Ă  New York, New York (États-Unis). Il est le fils de l'acteur Anthony Perkins et de la photographe Berry Berenson et le frère du chanteur Elvis Perkins. 2015 : February. 2016 : I Am the Pretty Thing That Lives in the House. 2020 : Gretel et Hansel. 2024 : Longlegs. 2025 : The Monkey. 

Un thriller sépulcral habité par le diable en personne.
PrĂ©cĂ©dĂ© d’une rĂ©putation Ă©logieuse (malgrĂ© les rageux, haineux, envieux, prompts Ă  railler pour le simple plaisir de discrĂ©diter toute nouvelle sommitĂ© — plus t’es adulĂ©, plus tu es haĂŻ, rengaine connue), Longlegs est une claque Ă©motionnelle comme il en pousse peu dans ce paysage mortifère. Thriller horrifique Ă  la mise en scène stylisĂ©e, frĂ´lant la perfection — un Carpenter conjuguĂ© Ă  un Argento Ă©purĂ©, toutes proportions gardĂ©es — Longlegs distille dès son prologue blafard un malaise qu’on croise rarement dans un genre pourtant conçu pour nous glacer. Il faut le rappeler : la peur est devenue rare, malgrĂ© quelques nobles exceptions qui sauvent encore notre goĂ»t pour la frousse. Ici, la pellicule (magnifiquement sĂ©pia) suinte littĂ©ralement une aura fĂ©tide, glauque, poisseuse, qui ne nous lâche pas d’une semelle, portĂ©e par un climat rural d’un flegme insidieux mais terriblement inconfortable.

Si certains ont ressenti une peur viscĂ©rale et tangible (au dire d’amis ou de spectateurs inconnus), ce ne fut pas tout Ă  fait mon cas : j’y ai plutĂ´t trouvĂ© une angoisse rampante, hypnotique, fascinante, malgrĂ© deux accalmies Ă  mi-parcours quand l’hĂ©roĂŻne rend visite Ă  sa mère. Mais, paradoxe dĂ©licieux, je rejoins sans mal ceux qui, dans les vingt dernières minutes, ont Ă©prouvĂ© une terreur rare, tĂ©tanisante, Ă  rendre presque corporel ce malaise dĂ©jĂ  bien asphyxiant : l’Ă©chine prise d’assaut comme rarement un film y est parvenu.

Pour ma part, il faut remonter aux plus fortes sĂ©quences dĂ©moniaques de L’Exorciste (1 et 3), Ă  Amityville 2 ou au tĂ©lĂ©film Les EnvoĂ»tĂ©s pour retrouver ce vertige d’insĂ©curitĂ© viscĂ©rale, jusqu’Ă  l’Ă©tourdissement. Sans exagĂ©ration. Car la façon dont Oz Perkins maĂ®trise sa mise en scène (il prend son temps sans jamais ennuyer), son atmosphère occulte (discrète mais palpable) et la raideur trouble de ses acteurs — tout cela tient du coup de maĂ®tre alchimiste. L’intrigue, certes, ne rĂ©volutionne rien et certains rebondissements se devinent (raison pour laquelle mieux vaut ne pas trop rĂ©flĂ©chir, pour prĂ©server son plaisir de cinĂ©phile friand d’ambiances faisandĂ©es Ă  damner un saint) ; mais chaque dĂ©tail compte : la pâleur inerte d’une poupĂ©e de porcelaine, un macchabĂ©e fulcien, des rĂ©bus Ă  dĂ©crypter, un triangle diabolique Ă  dĂ©mĂŞler — et surtout la posture proprement terrifiante de Nicolas Cage. Gourou goguenard, transi de douce dĂ©mence, serial killer insidieux, rapace, dĂ©lĂ©tère — donnez-lui un Oscar, tant il est mĂ©connaissable.

Que dire de Maika Monroe, rĂ©vĂ©lĂ©e dans It Follows ? Ici, agent du FBI intuitive, hantĂ©e par un passĂ© Ă  demi effacĂ©, elle crève l’Ă©cran par sa pudeur nerveuse, ses angoisses rentrĂ©es qui explosent dans un final exutoire. Un physique naturel, presque ordinaire, pour une performance habitĂ©e, digne des plus grandes.


"Longlegs : le diable sous celluloĂŻd".
On sort de l’Ă©preuve sataniste de Longlegs le souffle court, brutalement Ă©prouvĂ© par un ectoplasme redoutable, passĂ© maĂ®tre dans l’art de manipuler nerfs et tripes, avec une rigueur fĂ©tichiste Ă  la limite du soutenable — notamment dans son dernier quart d’heure anthologique, terreur froide d’une intensitĂ© rare. Fascinant de la première Ă  la dernière bobine, ce thriller renoue avec une peur universelle, spirituelle, primitive, presque enfantine : celle de sentir le Mal, le diable en personne, dĂ©cidĂ© Ă  possĂ©der notre âme juste pour le plaisir de nous soumettre Ă  ses caprices sadiques. Ad vitam aeternam…

*Bruno

Budget : 9 millions de dollars

Ci-joint le p'tit mot d'amour de Thierry Savastano

Top 2024
♥️Coup de Coeur❤️
Longlegs ⭐⭐⭐⭐
Directed by Osgood Perkins
2024 1h40 VOSTFR 4K
🟢 Une proposition occultiste oppressante et dérangeante dans son ensemble.
🟢 Osgood Perkins nous envoûte et nous tient en haleine à la fois en combinant le familier (déjà vue) avec l'inattendu, il arrive à nous pousser dans un état d'idée préconçue et de malaise et bifurquer dans de surprise en surprise.
🟢 Maika Monroe ma soufflé, elle est absolument exceptionnelle.
Évidemment Cage est flippant même si on le voit peu, mais chaque apparition est un régal.
J'ai bien aimé Blair Underwood en chef du FBI.
🟢 Longlegs est un thriller fantastique d'horreur superbement réalisé par Osgood Perkins, ce fils d'Anthony Perkins est a surveiller de près.
"Gloire a Satan"

Requiem for a dream

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Darren Aronofski. 2000. U.S.A. 1h41. Avec Ellen Burstyn, Jared Leto, Jennifer Connelly, Marlon Wayans, Christopher McDonald, Louise Lasser, Marcia Jean Kurtz.

Sortie salles France: 21 Mars 2001. U.S: 27 Octobre 2000.

FILMOGRAPHIE: Darren Aronofski est un réalisateur américain né le 12 février 1969 à Brooklyn (New York). Il travaille aussi en tant que scénariste et producteur. 1998 : π, 2000 : Requiem for a dream, 2006 : The Fountain, 2009 : The Wrestler, 2010 : Black Swan. 2014: Noé. 2017: Mother ! 2023 : The Whale. 2025 : Caught Steeling.


Une descente aux enfers aussi malaisante qu'Ă©prouvante ciblant les matières les plus addictives que l'ĂŞtre humain puisse consommer jusqu'Ă  plus soif (nourriture / sexe / drogue, mĂŞme combat). 
Et plus l'intrigue Ă©volue plus on bifurque vers une dĂ©liquescence physique/morale horrifiante difficilement supportable. 
Si tous les acteurs juvĂ©niles sont formidablement impliquĂ©s, c'est Ellen Burstyn, davantage habitĂ©e par le dĂ©sespoir et la dĂ©mence, qui emporte la mise pour nous hanter bien au-delĂ  du gĂ©nĂ©rique. 
Puissant, rigoureux, trouble et capiteux, Requiem for a dream ne nous laisse aucun rĂ©pit Ă  travers sa mise en image expĂ©rimentale dont la dramaturgie dĂ©nuĂ©e de lueur d'espoir nous confine Ă  l'isolement le plus dĂ©primant.  

Merci Tommy pour l'influence.

*Bruno
2èx. 4K Vostfr


Box-Office France: 228 410 entrées

Récompenses:
Festival international du film de Stockholm 2000 : meilleure actrice pour Ellen Burstyn
Festival international de Valladolid 2000 : Golden Spike pour Aronofsky
National Board of Review 2000 : Special Recognition for Excellence in Filmmaking
Sierra Awards (Las Vegas Film Critics Society) 2000 : meilleure actrice pour Ellen Burstyn
Boston Society of Film Critics Awards 2000 : meilleure actrice pour Ellen Burstyn
Chicago Film Critics Association Awards 2000 : meilleure actrice pour Ellen Burstyn et meilleure réalisation pour Darren Aronofsky 3
Chlotrudis Awards 2001 : meilleur film4
Florida Film Critics Circle Awards 2001 : meilleure actrice pour Ellen Burstyn
Independent Spirit Awards 2001 : meilleure actrice pour Ellen Burstyn
Kansas City Film Critics Circle Awards 2001 : meilleure actrice pour Ellen Burstyn
Online Film Critics Society Awards 2001 :
Meilleure actrice pour Ellen Burstyn
Meilleure réalisation pour Darren Aronofsky
Meilleur montage pour Jay Rabinowitz
Meilleure musique originale pour Clint Mansell
Phoenix Film Critics Society Awards 2001 :
Meilleure actrice pour Ellen Burstyn
Meilleur montage pour Jay Rabinowitz
Satellite Awards 2001 : meilleure actrice Ellen Burstyn
Southeastern Film Critics Association Awards 2001 : meilleure actrice pour Ellen Burstyn
Golden Trailer Awards 2001 : prix de la meilleure bande-annonce

mardi 20 août 2024

Evil-dead 2 / Evil Dead 2: Dead by Dawn. Licorne d'Or, Paris 1988.

                                                  Photo empruntĂ©e sur google, appartenant au site imdb.com

de Sam Raimi. 1987. U.S.A. 1h24. Avec Bruce Campbell, Sarah Berry, Dan Hinks, Kassie Wesley, Denise Bixler

Sortie salles France: 8 Juillet 1987. U.S: 13 Mars 1987

FILMOGRAPHIE: Sam Raimi est un rĂ©alisateur, acteur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 23 Octobre 1959 Ă  Franklin, Etats-Unis. 1981: Evil-Dead. 1985: Mort sur le Grill. 1987: Evil-Dead 2. 1990: Darkman. 1993: Evil-Dead 3. 1995: Mort ou Vif. 1998: Un Plan Simple. 1999: Pour l'amour du jeu. 2000: Intuitions. 2002: Spi-derman. 2004: Spider-man 2. 2007: Spider-man 3. 2009: Jusqu'en Enfer. 2013: Le Monde fantastique d'Oz. 2022 : Doctor Strange in the Multiverse of Madness. 



6 ans après Evil Dead, parangon du cinĂ©ma d’horreur contemporain en mode dĂ©gueulbif, Sam Raimi rempile et remixe son Ĺ“uvre avec Evil Dead 2, aurĂ©olĂ© de la Licorne d’Or au Rex Ă  Paris. Nouveau tour de montagne russe, menĂ© Ă  un rythme hystĂ©rique, avec un pitch faux-fuyant (Ash toujours en guerre contre les monstres, tandis que quatre jeunes touristes se voient Ă  nouveau possĂ©dĂ©s par des entitĂ©s malĂ©fiques), Evil Dead 2 dĂ©coiffe Ă  tous les Ă©tages, grâce Ă  une mise en scène encore plus inventive et maĂ®trisĂ©e — notamment grâce aux moyens techniques impartis Ă  son gĂ©niteur, plus badin, cinglĂ© et frĂ©tillant que jamais.
 

Ă€ l’image de son comparse Bruce Campbell, qui crève littĂ©ralement l’Ă©cran dans sa seconde posture de victime estropiĂ©e, molestĂ©e tous azimuts par de nouveaux dĂ©mons ricaneurs — mais ici bien plus revanchard, pugnace, intarissable Ă  les combattre sans relâche, armĂ© de sa tronçonneuse encastrĂ©e au moignon de son bras gauche. En privilĂ©giant une horreur infiniment plus cartoonesque que celle de son aĂ®nĂ© — probablement pour s’en dĂ©marquer, tant le premier Ă©tait insurpassable — Raimi assume ici un comique sardonique, aussi ubuesque que dĂ©complexĂ©. Si bien que tout est permis dans ce sens de la dĂ©rision dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, oĂą les personnages encaissent avec une apprĂ©hension Ă©peurante, frĂ´lant la dĂ©mence Ă  force de frĂ©quenter les forces du Mal.

C’est dire si cette nouvelle mouture, menĂ©e Ă  100 Ă  l’heure, carbure Ă  l’adrĂ©naline d’une horreur dĂ©saxĂ©e, laissant libre cours Ă  moult railleries en roue libre, sans la moindre once de rĂ©pit. Et ce jusqu’au final, encore plus dĂ©bridĂ© et dĂ©paysant, puisqu’il prĂ©sage dĂ©jĂ  un futur opus aux genres disparates.


"Hystérical".
Rigoureusement allumĂ©, franchement drĂ´le et parfois terrifiant, avec cette ambiance dĂ©moniale confinĂ©e Ă  nouveau dans une cabane forestière oĂą les arbres n’ont pas encore livrĂ© leur dernier mot, Evil Dead 2 rivalise avec son chef-d’Ĺ“uvre initial. Tant le degrĂ© de folie ici atteint peut prĂ©tendre Ă  ĂŞtre encore plus dĂ©jantĂ©, dans ce moule ludique de cartoon live gĂ©nĂ©rĂ© par un sale gosse dĂ©lurĂ©. Personne ne s’attendait Ă  un tel dĂ©luge de fulgurances formelles et techniques, tant la camĂ©ra virevoltante de ce gĂ©nie de Raimi (Ă  nouveau) semble habitĂ©e par une frĂ©nĂ©sie paroxystique. Jubilatoire est un euphĂ©misme — et ce n’est pas le Festival du Rex qui nous contredira, fort de sa Licorne d’Or.

*Bruno 
6èx. Vostfr. 4k.

lundi 19 août 2024

Le Pic de Dante / Volcano.

                                               
                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Roger Donaldson. 1997. U.S.A. 1h49. Pierce Brosnan, Linda Hamilton, Charles Hallahan, Jamie Renée Smith, Jeremy Foley, Elizabeth Hoffman, Grant Heslov.

Sortie salles France: 2 Avril 1997. U.S: 7 Avril 1997

FILMOGRAPHIE: Roger Donaldson, né le 15 novembre 1945 à Ballarat, dans l'État de Victoria, en Australie, est un réalisateur, producteur et scénariste australo-américano-néo-zélandais. 1977 : Sleeping Dogs. 1980 : Nutcase (en). 1981 : Smash Palace (en) (+ scénariste). 1984 : Le Bounty. 1985 : Marie. 1987 : Sens unique. 1988 : Cocktail. 1990 : Cadillac Man. 1992 : Sables mortels. 1994 : Guet-apens. 1995 : La Mutante. 1997 : Le Pic de Dante. 2000 : Treize Jours. 2003 : La Recrue. 2005 : Burt Munro. 2008 : Braquage à l'anglaise. 2011 : Le Pacte. 2014 : The November Man. 2017 : McLaren: L'homme derrière la légende.

TraitĂ© sobrement Ă  l'ancienne afin de renouer avec nos classiques des Seventies, avec son lot de clichĂ©s moins appuyĂ©s que ces congĂ©nères et l'efficacitĂ© d'un rĂ©cit Ă  suspense captivant, le Pic de Dante prend son envol au bout d'1heure pour aligner des sĂ©quences catastrophes non stop, 40 minutes durant. Or, quelques dĂ©cennies plus tard on reste bluffĂ© par la qualitĂ© des FX numĂ©riques. 

Brosnan (en géologue) et Hamilton (en maire du village) sont attachants sans en faire des caisses, notamment lorsqu'ils jouent les héros de dernier ressort plutôt stoïques lors de leurs vicissitudes inarrêtables. Efficace, bien troussé et impressionnant même si l'écrin semble un tantinet formaté. On passe un bon moment.

Budget: 116 000 000 $

 
de Mick Jackson. 1997. U.S.A. 1h43. Avec Tommy Lee Jones, Anne Heche, Gaby Hoffmann, Don Cheadle, Jacqueline Kim, John Corbett, John Carroll Lynch.

Sortie salles France: 27 AoĂ»t 1997. U.S: 25 Avril 1997

FILMOGRAPHIE: Mick Jackson est un rĂ©alisateur et producteur britannique nĂ© le 4 octobre 1943 Ă  Aveley (Royaume-Uni). 1989 : Chattahoochee. 1991 : L.A. Story (L.A. Story). 1992 : Bodyguard (The Bodyguard). 1994 : Trou de mĂ©moire (Clean Slate). 1997 : Volcano. 2002 : Les 20 Premiers Millions. 2016 : Le Procès du siècle (Denial). 


MenĂ© Ă  un rythme effrĂ©nĂ©, si bien que passĂ©es les 30 minutes d'exposition l'action dĂ©marre pour ne plus nous lâcher jusqu'au gĂ©nĂ©rique, Volcano est un divertissement apocalyptique aussi fascinant que Twister, premier du nom. Son pitch complètement improbable (un volcan entre en Ă©ruption dans le centre-ville de Los Angeles, ah c'te blague de Carembar !) demeurant jubilatoire pour qui raffole des concepts dĂ©bridĂ©s prĂ©texte Ă  sĂ©quences d'action anthologiques toutes plus folingues les unes que les autres. Et ça dĂ©mĂ©nage Ă  mort, on reste rivĂ© Ă  son siège, les yeux de bambin Ă©carquillĂ© mĂŞme si peu d'FX numĂ©riques sont parfois visibles et que certains gros clichĂ©s (les bons sentiments de la sĂ©quence du chien, la petite dissension raciale entre un black et un pompier blanc, le final hilarant lorsque Tommy Lee Jones s'extirpe des dĂ©combres avec un sourire de bambin frĂ©tillant - rire nerveux assurĂ© ! -) prĂŞtent Ă  rire ou Ă  sourire (avec le film !). 

Tommy Lee Jones possède la carrure virile et paternelle qu'on lui connait (tant auprès de sa fille que de ses co-Ă©quipiers pompiers) et Anne Heche lui partage la vedette avec douceur et candeur en gĂ©ologue plus perspicace que son entourage musclĂ©. 
Du grand spectacle de Samedi soir comme on n'ose plus en faire, aussi fun que jubilatoire, on ne s'ennuie pas une seconde. 

Budget: 90 millions de dollars.

*Bruno

samedi 17 août 2024

Halloween 4 / Halloween 4: The Return of Michael Myers

                                             
                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Dwight H. Little. 1988. U.S.A. 1h29. Avec Donald Pleasence,  Ellie Cornell, Danielle Harris, George P. Wilbur, Michael Pataki, Beau Starr, Kathleen Kinmont.

Sortie salles France: 9 Mai 1990. U.S: 21 Octobre 1988

FILMOGRAPHIEDwight Hubbard Little est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 13 janvier 1956 Ă  Cleveland, Ohio (États-Unis).1986 : Getting Even. 1986 : KGB: la guerre secrète. 1988 : Bloodstone. 1988 : Halloween 4. 1989 : Le FantĂ´me de l'opĂ©ra. 1990 : DĂ©signĂ© pour mourir. 1992 : Rapid Fire. 1995 : Sauvez Willy 2 : La Nouvelle Aventure. 1997 : Meurtre Ă  la Maison-Blanche. 2001 : Deep Blue. 2004 : Anacondas : Ă€ la poursuite de l'orchidĂ©e de sang. 2009 : Tekken.


Faisant suite aux 2 premiers opus, Halloweeen 4 est probablement l'Ă©pisode le plus rĂ©ussi après ceux-ci en flirtant Ă  nouveau avec ce parfum (si cher) des annĂ©es 80 auquel il appartient. Si bien que l'on sent rapidement dès l'intervention de Loomis, (le visage brĂ»lĂ© un peu plus sclĂ©rosĂ© qu'au prĂ©alable suite Ă  sa confrontation finale avec Michael lors du second opus), l'application, l'honnĂŞtetĂ© de Dwight H. Little d'y contenter l'amateur Ă©clairĂ© auprès d'une trame classique pour autant efficace culminant lors des 40 ultimes minutes. Nos hĂ©ros s'efforçant de se confiner dans une demeure domestique afin de se prĂ©server de la menace meurtrière de Michael aux aguĂŞts. Quant bien mĂŞme son final autrement haletant et explosif se fixe comme ambition d'y dĂ©localiser l'action sur les routes champĂŞtres d'Haddonfield magnifiquement Ă©clairĂ©es d'un onirisme bleutĂ© crĂ©pusculaire. Il faut dire que la sublime photographie de Peter Lyons Collister doit Ă©galement beaucoup de l'aura tantĂ´t angoissante, tantĂ´t envoĂ»tante qui se dĂ©gage de cette banlieue que Michael Myers arpente en discrĂ©tion pour mieux y instiller un climat d'insĂ©curitĂ© sous-jacent. Et celĂ  fonctionne encore en toute modestie (mĂŞme si les moyens sont plus importants et tape Ă  l'oeil), si bien que Dwight H. Little s'amuse Ă  reprendre la règle de Carpenter d'y privilĂ©gier de prime abord la suggestion avant le dĂ©ploiement d'exactions Ă  la fois brutales et percutantes entre proies et tueur. 


Et ce sans jamais verser dans un gore outrancier au profit de l'effet de surprise d'une violence tranchĂ©e. Outre son climat de sĂ©duction horrifique Ă©maillĂ© de bĂ©vues entre Dr Loomis pourchassant Ă  nouveau sans relâche Loomis lors de sĂ©quences explosives parfois disproportionnĂ©es (la sĂ©quence de la station et son feu dantesque qui s'ensuit), on apprĂ©cie davantage les prĂ©sences juvĂ©niles d'Ellie Cornell en soeur aĂ®nĂ©e Ă  la fois sensible et prĂ©venante d'y prĂ©server la vie de sa soeur adoptive (nièce de Michael) que Danielle Harris campe avec une innocence particulièrement craintive, voire carrĂ©ment parano eu Ă©gard de ses horribles visions auprès d'un Michael rĂ©solument menaçant. Ellie Cornel s'Ă©cartant naturellement de la caricature de la potiche dĂ©cervelĂ©e dans celle d'une Rachel humainement vulnĂ©rable mais nĂ©anmoins affirmĂ©e et combattive, tant auprès de son compagnon infidèle que de sa longue confrontation avec Michael sur les toits d'une maison ou dans l'habitacle d'un vĂ©hicule sur bitume. Rachel formant avec la petite Jamie un tandem fĂ©minin Ă  la fois attachant, amiteux, persĂ©vĂ©rant dans leur cohĂ©sion fraternelle Ă  se serrer les coudes coĂ»te que coĂ»te. Quant Ă  l'Ă©pilogue d'une audace proprement terrifiante, il renoue de manière rĂ©fĂ©rentielle et novatrice avec le chef-d'oeuvre de Carpenter en instaurant une habile dimension surnaturelle quant aux liens de parentĂ© entre Jamie et Michael que Dwight H. Little nous aiguilla plus tĂ´t Ă  travers des indices narratifs d'autant plus interrogatifs et crĂ©dibles quant Ă  l'Ă©volution morale de celle-ci. 


Proposition de redite horrifique Ă  la fois sincère, gĂ©nĂ©reuse, intelligente et intègre, Halloween 4  commĂ©more la sĂ©rie B avec une modestie quelque peu touchante Ă  s'efforcer de rendre une copie perfectible mais profondĂ©ment intègre afin d'y respecter son ailleul insurpassable. Un excellent divertissement donc plus moderne car plus nerveux et un peu plus extravagant (Ă  l'instar de cette chasse contre Myers perpĂ©trĂ©e par des Redneck rĂ©acs que l'empotĂ© Loomis leur incita Ă  traquer dans sa folie parano !) mais rondement menĂ©, assez crĂ©dible niveau acting, psychologiquement censĂ© et atmosphĂ©rique auprès de la prĂ©sence fantomatique de Michael nanti d'un charisme autrement Ă©trange avec son masque dĂ©gingandĂ© (sans ĂŞtre pĂ©joratif).

*Bruno
30.10.2017. 365v
2022 ou 2023
17.08.24. 6èx. vostfr


lundi 12 août 2024

Twisters

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Lee Isaac. 2024. U.S.A. 2h02. Avec Daisy Edgar-Jones, Glen Powell, Anthony Ramos, Brandon Perea, Maura Tierney, Harry Hadden-Paton, Sasha Lane.

Sortie salles France: 17 Juillet 2024

FILMOGRAPHIELee Isaac Chung, nĂ© le 19 octobre 1978 Ă  Denver (Colorado), est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste corĂ©ano-amĂ©ricain. 2007 : Munyurangabo. 2010 : Lucky Life. 2012 : Abigail Harm. 2015 : I Have Seen My Last Born (documentaire, co-rĂ©alisateur). 2020 : Minari. 2024 : Twisters. 


Formidable surprise que ce Twisters, reboot faisant suite Ă  son modèle natif de 96 que Lee Isaac nous retranscrit avec une intĂ©gritĂ© indĂ©fectible tout en s'extirpant admirablement de l'embarrassant copiĂ©-collĂ© (mĂŞme si Ă©videmment on retrouve certains Ă©lĂ©ments clef du prototype). Surtout auprès du traitement des personnages ici plus intĂ©ressants, plus humains, moins factices, et donc moins stĂ©rĂ©otypĂ©s mĂŞme si on peut dĂ©plorer que l'esprit de camaraderie qui nous sĂ©duisait tant dans son modèle est ici remplacĂ© par une romance latente pour autant moins nunuche que celle chez Jan De Bont. Il faut dire qu'avec une actrice de la trempe juvĂ©nile de Daisy Edgar-Jones, on ne peut que s'incliner pour sa prestation sans fard puisque d'un naturel innĂ© (physique / psychologique) Ă  nous retransmettre, entre fĂ©brilitĂ© et fragilitĂ©, ses tourments moraux tributaires du prologue dramatique bougrement percutant (quelle audace fortuite !). Si bien qu'elle porte le film sur ses Ă©paules avec une densitĂ© psychologique jamais forcĂ©e lorsqu'elle cède Ă  ses faiblesses comme le dĂ©couragement, la dĂ©ception et la capitulation puis lorsqu'elle se laisse enfin emporter par le goĂ»t de l'aventure pour amorcer un hĂ©roĂŻsme stoĂŻque après avoir vaincu ses peurs pour accĂ©der au dĂ©passement de soi. 


Parfaitement structurĂ©, en se focalisant beaucoup sur les actions et rĂ©actions des personnages parvenant Ă  Ă©voluer positivement (en tablant Ă©galement sur une Ă©tonnante inversion des rĂ´les), Twisters se dĂ©cline donc en excellent divertissement d'une Ă©motion Ă  la fois forte et Ă©purĂ©e au point de se surprendre de renouer de nos jours avec une sensibilitĂ© aussi communicative pour ce genre de Blockbuster tous publics. Et si Twister 96 Ă©tait peut-ĂŞtre (je n'en suis pas sĂ»r puisque je me suis frĂ©quemment posĂ© la question durant toute l'intrigue) un peu plus spectaculaire et furieusement fascinant, Twisters ne manque pourtant pas de qualitĂ©s formelles auprès de ses sĂ©quences catastrophes affolantes, rĂ©alisĂ©es qui plus est par des FX numĂ©riques encore plus rĂ©alistes et Ă©paulĂ©s il est vrai d'une splendide photo quasi naturaliste. On peut Ă©galement dire un mot sur le jeu Ă  la fois arrogant et gouailleur de l'acteur Glen Powell car si au dĂ©part il peut sciemment irriter Ă  travers sa posture de cow-boy pĂ©dant que l'on remarque Ă  10 kms, il suscite peu Ă  peu chez nous l'attachement, voir mĂŞme la sympathie grâce au parti-pris de Lee Isaac  l'orientant vers une direction morale surprenante auprès de ses rapports amicaux mais orageux (toujours dans la juste mesure) avec Kate (Daisy Edgar-Jones) qu'il tente de courtiser auprès de sa force tranquille trop sĂ»re. 


Sans jamais nous ennuyer ne serait ce qu'une seconde, Twisters est le divertissement estival idoine pour qui raffole s'Ă©vader vers des univers homĂ©riques oĂą action, tendresse, charme et Ă©motion finissent par se rejoindre pour ne faire plus qu'un. Si bien que outre ses superbes actions tempĂ©tueuses dissĂ©minĂ©es Ă  juste dose (pas une outrance Ă  l'horizon donc), c'est l'humanisme Ă  la fois chĂ©tif, contenu et sincère des personnages qui rend si attachante cette formidable attraction nous suscitant si peu la dĂ©sagrĂ©able impression de dĂ©jĂ  vu (en dĂ©pit de certaines apparitions des tornades toutefois filmĂ©es de manière chiadĂ©e, inventive afin de contredire cette lacune). On n'en demandait pas tant au demeurant.  

*Bruno
Vostfr


jeudi 8 août 2024

8 MM / Eight Millimeter

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Joel Schumacher. 1999. U.S.A/Allemagne. 2h03. Avec Nicolas Cage, Joaquin Phoenix, James Gandolfini, Peter Stormare, Anthony Heald, Chris Bauer.

Sortie salles France: 10 Mars 1999 (Int - 18 ans). U.S: 26 Février 1999

FILMOGRAPHIE: Joel Schumacher est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 29 AoĂ»t 1939 Ă  New-York, dĂ©cĂ©dĂ© le 22 juin 2020. 1981: The Incredible Shrinking Woman. 1983: SOS Taxi. 1985: St Elmo's Fire. 1987: GĂ©nĂ©ration Perdue. 1989: Cousins. 1990: l'ExpĂ©rience Interdite. 1991: Le Choix d'Aimer. 1993: Chute Libre. 1994: Le Client. 1995: Batman Forever. 1996: Le Droit de Tuer ? 1997: Batman et Robin. 1999: 8 mm. 1999: Personne n'est parfait(e). 2000: Tigerland. 2002: Bad Company. 2002: Phone Game. 2003: Veronica Guerin. 2004: Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra. 2007: Le Nombre 23. 2009: Blood Creek. 2010: Twelve. 2011: Effraction. 2013: House of Cards (2 Ă©pisodes). 

"A chaque fois que je fais un long-mĂ©trage oĂą le hĂ©ros se salit les mains, les Français me qualifient de fasciste ou de rĂ©publicain. Mais comment un libĂ©ral hippie comme moi peut-il ĂŞtre vu de la sorte ? C’est bizarre, parce que j’ai toujours imaginĂ© les Français comme des gens sophistiquĂ©s ! C’est comme s’ils taxaient le personnage de Hamlet de fasciste !"
Joel Schumacher – Interview, Mad Movies n°250, Mars 2012

"Lorsque ton regard pénètre longtemps au fond d'un abîme, l'abîme, lui aussi, pénètre en toi"
C'est l'histoire d'un type qui va perdre son âme Ă  force de frĂ©quenter et de jouer avec le diable. 
VoilĂ  ce que rĂ©sume le controversĂ© 8MM comme souvent auprès d'oeuvres tabous osant aborder les thĂ©matiques de la pĂ©dophilie et du Snuf movie comme l'eurent illustrĂ©s le remarquable Sound of Freedom, le scandaleux A Serbian Film ou encore (le perfectible) Hardcore de Paul Schrader dans toutes les mĂ©moires. Baignant dans un climat ultra malsain de sexualitĂ© sordide lorsqu'on y lève le voile de la pornographie underground, 8MM est une expĂ©rience extrĂŞme aussi fascinante que rĂ©pugnante eu Ă©gard du rĂ©alisme fuligineux qui se dĂ©gage de ce thriller horrifique impeccablement rĂ©alisĂ© et interprĂ©tĂ© par des comĂ©diens habitĂ©s par leur dĂ©chĂ©ance (im)morale. Nicolas Cage demeurant magnĂ©tique, concentrĂ©, absorbĂ©, tendu puis enfin dĂ©stabilisant (jusqu'au malaise cĂ©rĂ©bral quant au final Ă  contre-emploi si dĂ©criĂ©) en enquĂŞteur privĂ© dĂ©libĂ©rĂ© Ă  retrouver la trace d'une mineure de 16 ans potentiellement assassinĂ©e face camĂ©ra après que l'on eu retrouvĂ© un film dans le coffre-fort d'un milliardaire. Quant au nĂ©ophyte Joaquin Phoenix, il joue aimablement le faire-valoir en commerçant lunaire de sex-shop avec une spontanĂ©itĂ© si dĂ©sinhibĂ©e qu'il nous suscite perplexitĂ©, rĂ©serve, suspicion en dĂ©pit de son intelligence et sa collaboration Ă  entraĂ®ner le dĂ©tective dans les bas-fonds new-yorkais les plus insalubres, ad nauseam. 


Sur ce point, Joel Schumacher parvient Ă  faire naĂ®tre une incroyable ambiance d'insĂ©curitĂ© Ă©trangement fascinante, perverse, mĂ©phitique au fil de rencontres avec des marginaux sans vergogne nous suscitant gĂŞne et dĂ©goĂ»t. Et donc chapeau bas aux prestations littĂ©ralement ordurières de James Gandolfini en margoulin sournois, Peter Stormare en gourou dĂ©saxĂ© et Chris Bauer en violeur SM, mastard affublĂ© d'un masque de latex au rictus contractĂ©. 8MM se dĂ©clinant, non sans une certaine suggestion (tout du moins 1h30 durant), en vĂ©ritable descente aux enfers que le spectateur ne parvient pas Ă  s'extraire sous l'impulsion d'un Nicolas Cage peu Ă  peu vampirisĂ© par le Mal alors qu'il fut Ă  deux doigts de se rĂ©tracter quelques secondes plus tĂ´t. D'oĂą la controverse impartie Ă  cette fameuse ultime demi-heure lorsque son personnage sombre dans la corruption d'une justice expĂ©ditive Ă  la fois ordurière (son 1er meurtre primal quasi insoutenable nous invoque isolement et dĂ©sillusion) et putassière (le second meurtre autrement complaisant et putassier dans sa plus simple gratuitĂ©). Et si sa première victime parvient Ă  nous invoquer avec crĂ©dibilitĂ© malaise moral et Ă©coeurement auprès de ses exactions barbares, la seconde se vautre dans la facilitĂ© des conventions comme si Joel Schumacher sombrait Ă©galement dans une idĂ©ologie bassement immorale qu'il dĂ©nonça avec force et (une certaine sobriĂ©tĂ©) durant tout le long de son intrigue. Et c'est franchement dommageable car en dĂ©pit de ses 3 minutes racoleuses assez indigestes puisque quelque peu contradictoires, 8MM confinait au modèle du genre tant il passionne, envoĂ»te et nous questionne quant Ă  notre instinct meurtrier pouvant basculer aux moments les plus tendus. 


En tout Ă©tat de cause ce thriller vertigineux Ă  la fois implacable, ensorcelant (jusqu'au  malaise psychologique avec le dĂ©sir d'y faire une pause ou de prendre une douche sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clĂ´t) et extrĂŞmement dĂ©rangeant nous laisse dans un Ă©tat d'amertume et d'impuissance contre l'industrie du X underground impossible Ă  Ă©radiquer, dĂ©chiffrĂ©, dĂ©nouĂ© auprès du duo bourreaux / voyeurs dĂ©nuĂ©s d'identitĂ©. A rĂ©habiliter donc si bien que ce pur film d'ambiance crĂ©pusculaire ne lâchera pas d'une semelle votre conscience sĂ©vèrement rudoyĂ©e. 
Pour public averti.

*Bruno
3èx. Vostfr. 

"Je crois que tout cela est liĂ© Ă  la notion d’auteur, très forte en Europe […] Quand je raconte une histoire, elle n’est pas arrachĂ©e Ă  ma vie. C’est une histoire ! Mais, oui, je peux comprendre que l’on puisse faire la confusion entre le point de vue du rĂ©alisateur et celui du personnage. Comme l’a dit Mike Nichols, les gens confondent souvent le contenu et l’intention. Ce n’est pas parce que vous mettez quelque chose dans votre film que vous le cautionnez. A ce moment-lĂ , ne pensez-vous pas que RomĂ©o et Juliette fasse la promo du suicide adolescent ? A une Ă©poque, on acceptait beaucoup mieux l’ambiguĂŻtĂ© du cinĂ©ma […] Après avoir vu 8 mm, un de mes amis m’a dit : « Tu as eu assez de courage pour faire un film des annĂ©es 70, et ils vont te tuer pour ça »"
Joel Schumacher – Interview, Première n°318, AoĂ»t 2003

Récompenses:

Golden Trailer Awards 1999 :

Prix de la Toison d'Or,

Prix de la bande-annonce dorée pour Une nuit sombre et orageuse

Box Office France: 621 074 entrées

mercredi 7 août 2024

Arthur the king

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Simon Cellan Jones. 2024. U.S.A. 1h47. Avec Mark Wahlberg, Simu Liu, Juliette Rylance, Nathalie Emmanuel, Ali Suliman, Paul Guilfoyle.

DTV France: 24 Mai 2024. Sortie salles U.S: 15 Mars 2024.

FILMOGRAPHIE PARTIELLESimon Cellan Jones (nĂ© en janvier 1963) est un producteur, rĂ©alisateur de tĂ©lĂ©vision et de cinĂ©ma britannique. 2010: On Expenses. 2023: The Family Plan. 2024: Arthur the King. 

Il y a des films. Et il y a des oeuvres qui vous callent au siège sans prĂ©venir pour vous marquer toute une vie. Arthur the King en fait donc parti grâce Ă  l'influence d'une poignĂ©e d'inconnus cinĂ©philes aussi conquis que ma personne par l'incroyable odyssĂ©e humaine qui se dessine dans une facture naturaliste Ă  couper le souffle. Et ce en dĂ©pit de sa privation salles chez nous alors qu'Outre-Atlantique il y eut droit avec, en sus, des critiques aussi conquises que globalement enthousiastes (jetez par exemple un oeil sur la note d'IMDB ou de Rotten Tomatoes). Aussi improbable et extraordinaire soit l'intrigue, sachez toutefois qu'il s'agit d'une histoire vraie comme le souligne le crĂ©dit liminaire et ces clichĂ©s authentiques dĂ©filant lors du gĂ©nĂ©rique de fin afin d'y renforcer la rĂ©alitĂ© des faits (les plus majeurs) exposĂ©s que Simon Cellan a su illustrer avec une sobriĂ©tĂ© forçant le respect. Exit donc le produit standing sirupeux, spĂ©ciale prise d'otage Ă©motionnel, si bien que Arthur the King prĂ´ne sans effet de manche ni fioriture les valeurs de l'amour, de la tolĂ©rance, de l'endurance, de la rĂ©silience et surtout de l'incroyable amitiĂ© partagĂ© entre l'homme et l'animal avec une tendresse somme toute naturelle. Et c'est bien lĂ  la grande rĂ©ussite, la force implacable du mĂ©trage que de ne jamais surligner une Ă©motion outrancière auprès de leur grande complicitĂ© davantage empathique, alors qu'une dramaturgie s'y profile peu Ă  peu sans cĂ©der Ă  la complaisance du pathos. Car vĂ©ritable bain de fraĂ®cheur au sein d'un dĂ©paysement tropical issu de la RĂ©publique Dominicaine, Arthur the King nous fait partager 1h40 durant le championnat du monde de la course d'aventure en pleine jungle pendant 700 kms. 

Et ce en compagnie de Mark Wahlberg (davantage Ă©patant d'implication compassionnelle au fil de son Ă©volution morale avec l'animal) et ses acolytes aguerris bientĂ´t accompagnĂ©s du compagnon canin d'une endurance physique dĂ©passant l'entendement. Ainsi donc, face Ă  ce dernier abandonnĂ© de tous, vĂ©ritable influenceur de la gagne, de la hargne et de la rescousse, Arthur the King nous fait participer Ă  une aventure aussi humaine que sportive eu Ă©gard du rĂ©alisme naturaliste qui s'extrait des images passionnelles façon "National Geographic" sous l'impulsion d'une intensitĂ© effrĂ©nĂ©e quant aux Ă©preuves arpentĂ©es avec hĂ©roĂŻsme dĂ©coiffant. A l'instar de cette traversĂ©e vertigineuse du haut d'un câble suspendu dans le vide Ă  l'aide d'un vĂ©lo accrochĂ© dans le dos de chaque participant pour poursuivre ensuite leur marathon Ă  bicyclette. Mais outre cette sĂ©quence spectaculaire Ă  couper le souffle auprès de son intensitĂ© insĂ©cure et du contexte inĂ©dit (l'Ă©lĂ©ment du vĂ©lo !), Arthur the King n'est point conçu comme un film d'action pour nous en foutre plein la vue (vous ĂŞtes donc prĂ©venus), bien au contraire. Simon Cellan privilĂ©giant le rĂ©alisme quelque peu documentĂ© (notamment en camĂ©ra subjective ou portĂ© Ă  l'Ă©paule) pour mieux nous immerger dans leur parcours d'endurance Ă  moult Ă©preuves Ă  dĂ©fier. Tant Ă  pied, en VTT, en canoĂ©, en escalade ou suspendu par un câble, nos Ă©quipiers n'auront de cesse de dĂ©passer leur force (corporelle / Ă©thique), vaincre leur peur avec l'aide du chien errant qui changera Ă  jamais leur existence d'un point de vue philosophique. 

Hymne universel Ă  l'amitiĂ©, Ă  la tendresse, Ă  l'amour et surtout Ă  une fidĂ©litĂ© exemplaire, Arthur the King puise sa force, son intensitĂ©, son intĂ©rĂŞt de par la sincĂ©ritĂ© infaillible du cinĂ©aste de nous narrer dans la simplicitĂ© une histoire hors du commun. Mais c'est aussi une cantique de la communion entre l'homme et l'animal ici entraidĂ©s lors d'une Ă©preuve Ă©pique qui changera Ă  jamais leur destinĂ©e humaine. En tout Ă©tat de cause, Arthur the King laissera une trace Ă©motionnante en cette annĂ©e 2024, quelques mouchoirs Ă  portĂ©e de main pour les plus sensibles d'entre nous.   

*Bruno
Vostfr.