mercredi 13 novembre 2024
Blink Twice
samedi 9 novembre 2024
The Outrun
FILMOGRAPHIE: Nora Fingscheidt, née en 17 février 1983 à Brunswick (en Basse-Saxe), est une réalisatrice et scénariste allemande. 2017 : Ohne diese Welt (documentaire). 2019 : Benni. 2021 : Impardonnable (The Unforgivable) (long métrage Netflix). 2021 : H24 (court métrage Arte, épisode 1 "07h - Signes"). 2024 : The Outrun.
Ne s'embarrassant nullement des clichés auprès d'un thème aussi rebattu que sinistrosé, The Outrun traite de l'addiction de l'alcoolisme avec sobriété et pudeur forçant le respect.
Porté à bout de bras par le talent naturaliste de l'actrice américano-irlandaise Saoirse Ronan, The Outrun relate de manière somme toute intimiste l'introspection épineuse d'une trentenaire écorchée vive de par sa dépendance à l'alcool. Reculée dans les Orcades de l'Ecosse, Rona s'efforce de tourner la page sombre de sa première existence en méditant sur le pouvoir métaphorique de l'océan.
Forcément splendide à travers ses paysages naturels aussi tempétueux qu'apaisants auquel les mammifères marins y communient, The Outrun provoque une émotion à la fois dure, douce et fragile auprès de cette jouvencelle esseulée se remémorant son passé tout en cheminant son présent avec un courage incertain.
Dénué de remplissage car si personnel, attentionné et contemplatif de façon éthérée, The Outrun bouleverse dans la juste mesure de la réserve quant à sa moralité torturée sur le point d'accomplir l'impossible.
Une oeuvre toute à la fois pudique, forte et sensible donc mais jamais complaisante ou démonstrative car privilégiant un réalisme naturaliste inscrit dans l'authenticité de profils galvaudés s'efforçant de se raccrocher aux valeurs humaines et familiales. Entre le fragile équilibre de l'espoir et du désespoir de dernier ressort.
Merci Thierry pour l'influence 😉
jeudi 7 novembre 2024
La Révolte des Morts-Vivants / La Noche del terror ciego
de Amando De Ossorio. 1972. Espagne / Portugal. 1h41. Avec César Burner, Lone Fleming, Elena Arpon, Joseph Thelman, María Elena Arpón.
Sortie salles France: 8 Mars 1973. Espagne: 10 Avril 1972
FILMOGRAPHIE: Amando de Ossorio (6 avril 1918 – 13 janvier 2001) est un réalisateur espagnol spécialisé dans le film d'horreur et connu plus particulièrement pour sa tétralogie dite « des Templiers ». 1956 : La Bandera negra (The Black Flag) ,1964 : La Tumba del pistolero,1966 : Massacre à Hudson River, 1967 : Pasto de fieras, 1967 : La Niña del patio,1967 : Arquitectura hacia el futuro, 1968 : Escuela de enfermeras, 1969 : Malenka, 1972 : La Révolte des morts-vivants , 1973 : La Noche de los brujos, 1973 : Le Retour des morts-vivants , 1974 : The Loreley's Grasp, 1974 : Le Monde des morts-vivants, 1975 : La Chevauchée des morts-vivants, 1975 : La Endemoniada,1976 : Las Alimañas (The Animals), classé S (= X en Espagne),1980 : Pasión prohibida (Forbidden Passion), classé S (-18 de ans) en Espagne, -18 puis reclassé -16 en France, 1984 : Hydra, le monstre des profondeurs.
La Révolte des Morts-vivants est le premier volet d’une illustre saga composée de quatre longs-métrages imaginés et réalisés par Amando de Ossorio. En s’appropriant un archétype mondialement célébré depuis La Nuit des Morts-vivants, le réalisateur espagnol y insuffle sa marque propre, avec ses templiers décharnés vêtus de soutanes décrépies, au point qu’une confrérie de cinéphiles (dont je fais partie) leur voue un culte inaltérable, se repaissant à l’envi de chaque révision.
Le pitch : au XIIIe siècle, une jeune femme est offerte en sacrifice à une secte de templiers reclus dans leur église. Après l’avoir flagellée et - potentiellement - dévorée, ces adorateurs du Malin sont condamnés par le roi d’Espagne pour meurtre rituel. Quelques siècles plus tard, les damnés reviennent d’entre les morts pour se venger des vivants.
Constamment magnifié par des décors gothiques - maisons en ruine, souterrains, caves, nécropoles, églises et châteaux -, La Révolte des Morts-vivants flatte les rétines sans retenue, d’autant plus que l’origine des templiers et leur immortalité sont justifiées par des flash-backs médiévaux. Sans oublier cette campagne verdoyante, saisie en plans larges dans une quiétude aphone si envoûtante qu’on rêve d’y errer. Avec une économie de moyens mais un amour sincère pour le genre, Amando de Ossorio insuffle une étrangeté immersive, portée par des templiers parcheminés d’une photogénie absolue - ils crèvent l’écran à cadence régulière. Surtout lorsqu’ils chevauchent, en quête de chair fraîche, lors de ralentis d’une beauté baroque indicible.
Et le final, étonnamment débridé, redouble d’horreur, lorsque les morts-vivants, assoiffés de sang, s’en prennent aux voyageurs d’un train condamnés à l’impuissance.
02.02.11.
mercredi 6 novembre 2024
A coup de crosse / Fanny Pelopaja
Sortie salles France: 29 Août 1984
FILMOGRAPHIE: Vicente Aranda Ezquerra, né le 9 novembre 1926 à Barcelone et mort le 26 mai 2015 à Madrid, est un réalisateur et scénariste de cinéma espagnol. 1965 : Fata Morgana (es). 1965 : Brillante porvenir. 1969 : Las crueles. 1972 : La Mariée sanglante. 1975 : Clara es el precio. 1977 : Je veux être femme. 1980 : La Fille à la culotte d'or. 1982 : Asesinato en el Comité Central. 1984 : La huella del crimen (es) (série télévisée, épisode : El crimen del Capitán Sánchez). 1984 : À coups de crosse. 1986 : Tiempo de silencio. 1987 : El Lute, marche ou crève. 1988 : Demain, je serai libre. 1989 : Si te dicen que caí. 1990 : Los jinetes del alba (série télévisée : 5 x 50 min). 1991 : Amants. 1993 : El amante bilingüe. 1993 : Intruso. 1994 : La pasión turca. 1995 : Lumière et Compagnie. 1996 : Libertarias. 1998 : La mirada del otro. 1999 : Celos. 2001 : Juana la Loca. 2003 : Carmen. 2004 : ¡Hay motivo! (segment intitulé Técnicas para un golpe de estado). 2006 : Tirant le Blanc. 2007 : Canciones de amor en Lolita's Club. 2009 : Luna caliente.
L'un des polars les plus chelous que j'ai pu voir.
Un rape and revenge franco-hispanique au climat à la fois austère, lymphatique, nonchalant. Quand bien même le traitement des personnages, discutable, laisse à désirer auprès de leur moralité anti-manichéenne dans une posture (trop ?) impassible.
Le séquence du braquage est surprenante d'originalité couillue et les fameux coups de crosse (infligés à 2 reprises sur 2 personnages) font leur effet de répulsion auprès d'un (assourdissant) hors-champs sonore.
Une curiosité plutôt Bis donc à découvrir d'un oeil curieux pour la confrontation ultra déconcertante entre un flic ripoux (Bruno Cremer) et une prostituée (Fanny Cottençon) aussi détachée et antipathique que lui quant à leur relation SM dénuée de passion amoureuse.
A réserver à la génération 80 et à un public préparé.
*Bruno
jeudi 31 octobre 2024
La Peau / La Pelle
FILMOGRAPHIE: Liliana Cavani est une réalisatrice italienne, née le 12 Janvier 1933 à Carpi (Emilie-Romagne). 1966: Francesco d'Assisi. 1968: Galileo. 1969: Les Cannibales. 1972: l'Ospite. 1974: Milarepa. Portier de Nuit. 1977: Au-dela du bien et du mal. 1981: La Peau. 1982: Derrière la porte. 1985: Berlin Affair. 1989: Francesco. 1992: La Traviata. 1993: Sans pouvoir le dire. 2002: Ripley s'amuse. 2005: De Gasperi, l'uomo della speranza. 2008: Einstein (téléfilm).
Affreux, sales et méchants (toutes proportions gardées !).
Fort d'une atmosphère blafarde particulièrement nécrosée au fil d'une ossature narrative sciemment sournoise, Liliana Cavani nous dépeint sans fard aucun le moment de libération d'une capitale italienne lors de la seconde guerre mondiale parmi une foule déstructurée réduite à la famine et à la prostitution depuis leur précarité. Mais c'est à travers les observations d'un général, d'une aviatrice, d'un capitaine américains puis d'un officier italien (Marcello Mastroianni insufflant avec un magnétisme inquiétant une force tranquille et mutique ambigüe !) que La Peau nous mènera au bout d'une horreur inhumaine. Un voyage au bout des ténèbres pour autant dénué de scènes de guerre mais d'une infinie émanation fétide que l'on ne voit pas vraiment arriver afin de se violemment confronter au malaise et au dégout de manière reptilienne quant aux agissements sans vergogne d'une populace emportée d'un vertige existentiel en perdition. Celle où les valeurs du Bien et du Mal y sont rompues sans espoir de rédemption. Car en dépit de la dépêche rassurante de ce pays libéré par les américains contre l'occupation allemande, La Peau illustre avec une vigueur dramatique implacable les (ex)actions d'un peuple italien se remettant peu à peu du trauma de la guerre pour à son tour se corrompre à travers leur bassesse.
A travers sa mise en scène à la fois âpre et glaçante soumise à l'horreur d'une déliquescence morale de masse, La Peau se décline en éprouvant drame social quant au constat amer imparti à une déchéance miséreuse suite aux conséquences d'un conflit belliciste planétaire. Une oeuvre choc donc qui révulse et scandalise à la fois dans sa criante reconstitution historique où le souci du détail ornemental/sculptural et le recrutement de nombreux figurants fort convaincants y saturent sa facture docu-vérité. Un drame de guerre d'autant plus baroque de par sa scénographie insalubre au seuil de la pornographie diluant le malaise diffus (en intraveineuse svp, sans nous demander pardon). Et ce jusqu'à la hantise d'une méchante gueule de bois que l'on ne parvient pas à évacuer au-delà du générique. A réserver à un public averti tant il me semble illogique d'avoir mentionné une interdiction aux moins de 13 ans lors de sa sortie dans l'hexagone.
*Bruno
29.09.10
31.10.24. Vostfr
mercredi 30 octobre 2024
Rue de la Violence / Milano trema: la polizia vuole giustizia / Polices Parallèles
Sortie salles France: 2 Mars 1977. Italie: 22 Août 1973
FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938 à Rome (Italie). 1970: l'Amérique à nu. Arizona se déchaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme à la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière étrusque. 1983: 2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.
Poliziottesco rondement mené à travers ses courses-poursuites hallucinées coordonnées par Rémi Julienne (!), son ultra violence rêche (une femme enceinte et une fillette y trinquent de manière tranchée !) et l'investigation (de longue haleine) d'un flic réac infiltré au coeur d'une pègre criminelle, Rue de la violence porte bien son titre français afin d'appuyer sa radicalité d'une brutalité en roue libre. Reflet de l'époque des Seventies au sein d'une Italie soumise aux années de plomb, Rue de la Violence détonne par son réalisme urbain à la fois poisseux et tendu eu égard des exactions criminelles instaurées dans les rues pour l'enjeu de braquage de banques. Or, un flic teigneux particulièrement revanchard décide d'y opérer sa propre loi après que son supérieur se soit fait assassiner en pleine rue. L'acteur français Luc Merenda portant le récit insalubre à bout de bras dans sa posture monolithique de justicier impassible résigné à nettoyer sa ville milanaise en faisant fi de déontologie.
Mais derrière ce remarquable polar d'action très efficacement géré et filmé avec une certaine inventivité (cadrages chiadés lors des poursuites automobiles par ex), Sergio Martino en profite d'y dénoncer le fascisme qui irriguait l'Italie des Brigades Rouges derrière une organisation mafieuse en étroite relation avec une police corruptrice. La texture granuleuse de sa photo grisonnante, son climat quelque peu dépressif ainsi que le charisme des sales gueules d'acteurs secondaires (criant d'expressivité ordurière) contribuant à renforcer le réalisme glaçant d'une vendetta où tous les coups y seront permis. Sans restriction possible si bien que l'on quitte cette Rue de la violence la mine amère auprès de sa conclusion préjudiciable laissant une ultime note déchue quant à la moralité assumée du flic conscient de ses erreurs et de sa culpabilité. A redécouvrir d'urgence notamment donc pour se rendre compte à quel point l'Italie des Seventies fut capable de rivaliser avec les meilleurs films d'action au-delà de leur frontière avec une audace (ici à nouveau) glaçante. Et ce sans compter l'attention portée au traitement des personnages possédant ici une épaisseur humaine déconfite eu égard de l'intensité dramatique qui y émane avec empathie dépouillée (le personnage secondaire de la prostituée à titre de vibrant exemple).
Infos subsidiaires: Box-office italien : 2 154 632 entrées
En 2009, la magazine Empire l'a classé 9e dans un sondage sur les « 20 plus grands films de gangsters que vous n'avez jamais vus » .
Octopussy
mardi 29 octobre 2024
Mother land / Never let go
Impeccablement endossé par une Halle Berry sans fard dans la peau d'une maman parano victime de son fanatisme religieux, Mother Land nous questionne, par ses actions à la fois drastiques et nonsensiques, et par le comportement interrogatif des enfants en proie à la perplexité, sur l'influence du Mal qu'ils dépendent communément au sein d'un contexte de survie éventuellement post-apo. Tour à tour vibrante, poignante et fragile mais déterminée et forcenée puisque aveuglée par sa folie parano en perdition, Hale Berry suscite crainte, effroi, désespoir à travers sa mélancolie morale de tenter de survivre dans la précarité en s'efforçant d'y préserver la vie de ses enfants avec une détermination irresponsable.
Sorte de conte plutôt noir à travers son réalisme à la fois naturaliste, feutré et onirique baignant dans un climat esseulé émaillé de visions d'effroi, Motherland surprend par ses rebondissements dramatiques impromptus et par le parti-pris intelligent d'Alexandre Aja d'aborder un Fantastique adulte en faisant fi de facilités standard qu'on a coutume de voir dans ce paysage (souvent formaté). A travers son art formel et du storytelling, Aja introduit d'autre part une émotion fébrile parfois même bouleversante au fil de l'évolution morale de ce trio maudit compromis par d'éventuelles forces du Mal intraitables. On est d'autant plus attaché à ces personnages rétrogrades qu'une intensité dramatique leur est également consignée avec un art consommé de l'autosuggestion. Le cheminement si indécis de ses enfants abandonnés de tous demeurant également la grande densité de ce récit métaphorique où la présence du Mal nous fera finalement office de réflexion existentielle, à l'instar d'un Carpenter persuadé que cette entité est parmi nous.
Merci Mr Aja pour votre proposition Fantastique de nous avoir traité un métrage intimiste aussi fort, douloureux et intelligent. *
Et merci à toi Jean-Marc Micciche de m'y avoir suscité la curiosité (pour ton optimisme et par le truchement du "chien").
*Bruno
Infos subsidiaires: A l'origine Mark Romanek devait le réaliser.
Tournage étalé sur une période de 3 mois (Avril à Juin 2023) à Vancouver (Canada).
Scénario de Kevin Coughlin et Ryan Grassby
Production : Alexandre Aja, Dan Cohen, Dan Levine et Shawn LevyMusique : Robin Coudert
lundi 28 octobre 2024
Le Comte de Monte Cristo. Festival du film de Cabourg 2024 : Swann du meilleur film.
Sortie salles France: 28 Juin 2024.
FILMOGRAPHIE: Alexandre Dubois de La Patellière, dit Alexandre de La Patellière, né le 24 juin 1971 à Paris, est un scénariste, dramaturge, réalisateur et producteur français. 2012 : Le Prénom en collaboration avec Matthieu Delaporte. 2019 : Le meilleur reste à venir en collaboration avec Matthieu Delaporte. 2024 : Le Comte de Monte-Cristo en collaboration avec Matthieu Delaporte. Matthieu Delaporte est un scénariste, réalisateur pour le cinéma et la télévision et dramaturge français né le 2 septembre 1971. 2006 : La Jungle. 2012 : Le Prénom avec Alexandre de La Patellière. 2014 : Un illustre inconnu. 2019 : Le meilleur reste à venir avec Alexandre de La Patellière. 2024 : Le Comte de Monte-Cristo en collaboration avec Alexandre de La Patellière.
Top 2024 (en tête de peloton du classement).
"Toute la sagesse humaine sera dans ces deux mots : attendre et espérer !"
Renouant avec la qualité disparue des grands classiques du genre tout en le modernisant un peu pour l'emploi de certains effets de style, le Comte de Monte Cristo est du grand cinéma populaire comme on n'en voit plus dans le paysage Français. On peut même prétendre une résurrection en somme.
Du pur plaisir de cinéma 2h50 durant auquel tout est admirablement réuni pour nous séduire avec une bouleversante sincérité. Si bien que ce récit de vengeance de longue haleine doit autant au talent d'écriture d'Alexandre Dumas que du jeu terriblement investi des acteurs se disputant l'autorité avec un souffle épique ou romanesque que l'on croyait aujourd'hui révolu.
C'est dire si la réunion des cinéastes Alexandre de La Patellière / Matthieu Delaporte a porté ses fruits d'avoir su réactualiser l'illustre récit sous une fulgurance formelle au cordeau (photo scope rutilante à l'appui). Si bien que le Comte de Monte Cristo est également un splendide livret d'images que son budget de plus de 42,9 millions d'euros (film français le plus cher de 2024) a rendu plausible en peaufinant chaque séquence jusqu'à la plus ordinaire.
Mais outre son régal pour les yeux et l'ouie (score musical de Jérôme Rebotier à damner un saint pour son sens lyrique), le Comte de Monte Cristo est avant tout et surtout un affrontement psychologique d'une intensité scrupuleuse passée une tolérance s'étalant sur une durée de plus de 14 ans. Des antagonistes couards au charisme infaillible (aucun ne déborde à travers leur commune expressivité antipathique) bientôt rattrapés par leur passé qu'Edmond Dantes (Pierre Niney est habité sans cligner d'un cil) est entrain de planifier pour son sens de la justice. Quand bien même le récit impeccablement charpenté met autant en exergue la valeur (ici écornée) de l'amour et de l'amitié avec un souffle lyrique ou dramatique tout en grâce élégiaque.
Une oeuvre d'art donc d'une beauté académique épurée, un futur grand classique du cinéma d'aventures auquel les 9 millions de spectateurs français n'ont fait que confirmer son potentiel fastueux.
*Bruno
Budget : 42,9 millions d'euros (film français le plus cher de 2024)
Box Office: 9 037 088 entrées (au 29/10/2024)
mardi 22 octobre 2024
Alien: Romulus
de Fede Alvarez. 2024. U.S.A/Angleterre. 2h00. Avec Cailee Spaeny, David Jonsson, Isabela Merced, Archie Renaux, Spike Fearn, Aileen Wu, Daniel Betts.
2009: Ataque de Panico (court-métrage). 2013: Evil-Dead. 2016: Don't Breathe. 2018 : Millénium : Ce qui ne me tue pas (The Girl in the Spider's Web). 2024 : Alien: Romulus.
vendredi 18 octobre 2024
La comtesse
P.S: Je n'avais pas vraiment apprécié la 1ère fois, j'ai aujourd'hui changé d'avis après ma révision d'hier soir (merci Jérôme pour l'influence) même si éloignée de ma zone de confort.
Il s'agit donc d'un récit historique dépouillé relatant la déliquescence morale de la fameuse comtesse Elisabeth Bathory qui, à la suite d'une déception amoureuse assez polémique et envieuse (faute de ses 20 ans d'écart avec son amant), sombre dans la folie meurtrière en s'abreuvant de sang humain afin d'y préserver sa jeunesse.
Si son climat relativement austère, son rythme nonchalant peut de prime abord rebuter, on se laisse peu à peu séduire, dérivé, un tantinet envoûté, par les caprices déviants de cette comtesse à la fois vaniteuse, égoïste, indolente que Julie Delpy impose (derrière et face caméra) dans une posture rigoureusement altière, impassible, pour ne pas dire antipathique. Raison pour laquelle nous avions affaire à un docu/fiction peu aimable.
Formellement soigné, tant pour sa photo scope, ses décors naturels et domestiques et sa réalisation personnelle avisée, et plutôt bien interprété auprès d'une distribution internationale assez impliquée, la Comtesse dérange, déroute et captive sensiblement au fil de son évolution morale puisque entravée par sa condition bourgeoise dénuée de charité. Sa cruauté sans morale atteignant l'innommable pour mieux se consoler de sa désillusion esseulée.
Un drame passionnel donc rongé d'une sinistrose existentielle, aussi intime que davantage horrifiant, que l'on quitte sans réelle empathie à force de dérive criminelle en roue libre dénuée de remord, de remise en question, de rédemption.
Enfin, quant à la vérité des faits historiques morbides, Julie Delpy n'évoque pas en carton d'avertissement qu'ils restent largement mis en doute par certains historiens puisque les témoignages furent obtenus sous la contrainte et la torture et que le nombre de victimes causées par la Comtesse hongroise reste incertain.
Alors, réalité ou légende ?
mercredi 16 octobre 2024
Vij ou le Diable / Viy (Вий)
Sortie salles France: 22 Mars 1972. Union soviétique : 27 novembre 1967
Nous sommes en terrain inconnu. Celui de la Russie des sixties sous la mainmise audacieuse du genre horrifique. Car le seul tourné chez eux (jusqu'aux années 2000 parait-il). Vij relatant les 3 jours cauchemardesques d'un séminariste contraint de veiller le corps d'une jeune fille se révélant une sorcière. Or, afin d'y canaliser ses affres, il s'enivre de Vodka au risque de perdre la vie.
Visuellement splendide en s'immergeant goulument à l'intérieur de l'écran, Vij est un voyage infiniment dépaysant à travers sa scénographie à la fois rurale et gothique issue de l'union soviétique. Tant auprès d'une auberge, d'une église, d'un pâturage ou d'un vaste champs verdoyant, Vij est un ravissement formel vu nulle part ailleurs.
Les réalisateurs Konstantine Ierchov et Gueorgui Kropatchiov élaborant des séquences oniriques à la fois féériques (les séquences de la jeune fille en berne puis ses apparitions en lévitation) et cauchemardesques (les démons qui harcèlent notre héros aviné jusqu'à un final anthologique surgit des enfers). Sur ce point les extraordinaires effets-spéciaux sont encore aujourd'hui pour la plupart surprenants, voirs bluffants de réalisme tout en nous illustrant avec une inventivité baroque des monstres difformes épatants de singularité séculaire.
Tiré d'un récit de Nicolas Gogol (déjà adapté à l'écran par Mario Bava avec son chef-d'oeuvre monochrome Le Masque du Démon), Vij ou le diable rassembla lors de sa sortie plus de 30 millions de spectateurs ! C'est dire si ce public peu familier à l'épouvante se rua dans les salles pour reluquer l'objet sulfureux puisant principalement sa force dans le jeu spontané des acteurs plutôt dynamiques (et à l'expressivité assez particulière) et surtout dans son imagerie ensorcelée faisant intervenir les forces occultes sous l'allégeance d'une sorcière à la fois physiquement répugnante et fastueuse.
On sort donc de ce cauchemar tel un rêve éveillé avec l'impression d'avoir assisté à une expérience de cinéma "autre" que la Russie abdiqua toutefois (le genre "épouvante" j'entends) des décennies durant pour des raisons qui m'échappent. C'est dire si Vij ou le diable demeure extrêmement précieux pour l'amateur éclairé qu'Artus Films extirpe de sa torpeur dans une superbe copie Blu-ray agrémentée de passionnants Bonus. Une seule pensée nous vient passé le générique de fin, rembobiner la pellicule pour s'y replonger d'une façon gouleyante aussi sommaire soit son intrigue quelque peu facétieuse, voire même sarcastique (à l'instar de son inopinée conclusion contraire à la morale).
P.S: Chez nous, Vij sortit le 22 Mars 1972, soit 5 ans après sa sortie soviétique le 27 Novembre 1967.
lundi 14 octobre 2024
The Substance. Prix du Scénario, Cannes 2024
Sortie salles France: 6 Novembre 2024. U.S: 20 Septembre 2024.
FILMOGRAPHIE: Coralie Fargeat, née en 1976 à Paris, est une réalisatrice et scénariste française. 2017 : Revenge. 2024 : The Substance.
— le cinéphile du cœur noir
Récompenses:
Festival de Cannes 2024 : Prix du scénario
Festival international du film de Toronto 2024 : People's Choice Award (section Midnight Madness).
Infos subsidiaires; Le tournage a été effectué à Paris et dans le Sud de la France.
Dennis Quaid a remplacé l'acteur Ray Liotta à la suite de son décès.
Budget: 17,5 millions de dollars.
Ci-joint le point de vue de Jean-Baptiste Thoret
Je crois que la singularité, pour ne pas dire la force, de "The Substance" tient moins dans ce que Coralie Fargeat semble d'abord vouloir nous dire (asséner serait un mot plus juste) - soit un féminisme à la truelle, de bon aloi et en grand angle - que les moyens plastiques et esthétiques fous qu'elle déploie pour faire mine d'y parvenir. De manière insidieuse, le film glisse peu à peu sur un autre terrain, à son corps défendant peut-être. À force d'enfoncer le même clou écarlate, on comprend bientôt qu'il vise un point plus éloigné, et plus profond que celui auquel on pouvait s'attendre, contrairement à "Revenge", son premier long-métrage, qui avait calé à ce stade (Female empowerment, male gaze, etc...). Son geste est tellement radical et enragé (mais d'une grande précision), sa volonté d'aller jusqu'au terme absolu de ses visions tératologiques est si forte (2h20 tout de même), qu'elle parvient à nous convaincre que le vrai sujet de son film tient finalement tout entier dans son (extrême) viscéralité.
De The Substance, on sort bien sûr éreinté, groggy, un peu nauséeux, avec un étrange sentiment mêlé de familiarité (à peu près tous les grands monstres qu'a produit le cinéma depuis ses origines sont invités à ce bal de l'horreur, De Palma, Lynch, Russell, Carpenter, Shining, Freaks...) et de dépaysement total, comme dans un cauchemar où tout semble parfaitement ressemblant (à ce qu'on a déjà vu) et pourtant radicalement autre (l'a-t-on déjà vu à ce point et comme ça ?). C'est, pour reprendre le titre d'une livre que Piers Handling a consacré à David Cronenberg au tout début des années 1990, un film d'horreur intérieure qui, au terme de son odyssée répugnante et nécessaire atteint malgré tout une forme de poésie et surtout de clairvoyance politique. À la fin du film, la feuille de route féministe de départ semble lointaine, presque oubliée, expédiée en quelques minutes ricanantes, comme si, au fond, il n'y avait rien de plus à en dire qu'une parodie de show télé obsédé par le fessier de sa nouvelle égérie et le visage déformé d'un Dennis Quaid libidineux. Mais le travail formel de Fargeat, époustouflant et débridé, son obstination à épuiser dans l'outrance et la férocité tous ses motifs, lui ont permis d'élever son film bien au-delà du genre body horror et de ses limites structurelles. Certes, son pas est toujours un pas de trop (du côté du gore, forcément, et de l'implosion de toute logique scénaristique) mais ce pas de trop est, en réalité, un pas plus loin. Au fond, que nous raconte "The Substance" ? Peut-être quelque chose comme ceci : le capitalisme contemporain est une immense fabrique de monstres auxquels le film veut rendre leur littéralité et leur substance organique. Et ces monstres-là - autrement dit nous, usagers dociles de sa technologie, de ses injonctions, de ses illusions, de sa bêtise et de son inhumanité - Fargeat nous propose de les regarder en face, mais surtout en chair et en os. Geste cronenbergien en diable qui consiste à redonner du corps (et donc du sens) à une idée et à la revitaliser par une forme d'incarnation frénétique. La métaphore, comme arme critique, aurait-elle fait son temps ?









