vendredi 11 mai 2012

SANS RETOUR (Southern Comfort)

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site tvclassik.com

de Walter Hill. 1981. U.S.A. 1h44. Avec Keith Carradine, Powers Boothe, Fred Ward, Franklyn Sweales, T. K. Carter, Peter Coyote, Brion James.
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Sortie salles France: 9 Mars 1983. U.S: 25 Septembre 1981
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FILMOGRAPHIE: Walter Hill est un producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 10 janvier 1942 à Long Beach, en Californie (États-Unis). 1975 : Le Bagarreur (Hard Times),1978 : Driver,1979 : Les Guerriers de la nuit, 1980 : Le Gang des frères James,1981 : Sans retour, 1982 : 48 heures, 1984 : Les Rues de feu,1985 : Comment claquer un million de dollars par jour,1986 : Crossroads, 1987 : Extrême préjudice, 1988 : Double Détente, 1989 : Les Contes de la crypte (1 épisode),1989 : Johnny belle gueule,1990 : 48 heures de plus,1992 : Les Pilleurs,1993 : Geronimo,1995 : Wild Bill, 1996 : Dernier Recours,1997 : Perversions of science (série TV),2000 : Supernova, 2002 : Un seul deviendra invincible, 2002 : The Prophecy, 2004 : Deadwood (série TV)
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Dans la lignĂ©e de DĂ©livrance, Walter Hill signe en 1981 un survival racĂ© et sauvage, radiographie nerveuse de l’ambition compĂ©titive bien avant toute analogie guerrière avec le Vietnam. 

Le pitch : neuf militaires partis en manĹ“uvre dans les marais de Louisiane sont traquĂ©s par des rednecks revanchards après qu’un des leurs a jouĂ© les bravaches. Dans ce labyrinthe aquatique hostile, une chasse Ă  l’homme s’enclenche — inĂ©quitable — contre des soldats aux armes chargĂ©es Ă  blanc. 

Voyage au bout de l’enfer marĂ©cageux pour une poignĂ©e de troufions en exercice, violemment pris Ă  partie par les autochtones d’une contrĂ©e qui suinte la dĂ©fiance. Trois canoĂ«s volĂ©s, une provocation puĂ©rile, et la traque s’ouvre, inlassable, sinuant dans la vase, les ronces, et la paranoĂŻa.
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Au cĹ“ur de ce théâtre d’eaux stagnantes, Walter Hill orchestre un cauchemar dĂ©risoire, une dĂ©bâcle oĂą des militaires sans cap sombrent dès que leur leader tombe sous les balles. Il dresse alors le tableau d’une coalition belliqueuse, incapable, livrĂ©e Ă  ses failles, multipliant les bourdes Ă  un rythme infernal. DĂ©chus de toute autoritĂ© structurante, ces soldats dĂ©rivent, mus par leur Ă©go, leur orgueil — refusant de plier face Ă  un ennemi qu’ils ne comprennent pas. Arrogants, perfides, aveugles au terrain qu’ils foulent, ils s’embourbent dans un dĂ©dale sanglant. Hill expose, avec une aisance glaçante, la faillite humaine face Ă  l’Ă©preuve : inexpĂ©rience, opportunisme, paranoĂŻa… Et bientĂ´t, le poison s’infiltre : dissensions, affrontements internes, Ă©clatement du groupe. La peur s'inverse en violence. Et la menace, invisible, les dĂ©monte, pièce par pièce.
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Durant plus d’une heure quinze, le film laisse serpenter la terreur, tapie dans les ombres d’une forĂŞt vaseuse. Aucune Ă©chappatoire pour ces anti-hĂ©ros condamnĂ©s Ă  errer dans leur propre charnier. Un Ă  un, les membres de la garde nationale tombent, fauchĂ©s par les pièges et les tirs d’un chasseur vindicatif, bien dĂ©cidĂ© Ă  effacer ces Ă©trangers arrogants. Le climax, sauvage et abrupt, modèle de mise en scène et de tension viscĂ©rale, pousse jusqu’au bout son regard nihiliste : les agresseurs, dĂ©shumanisĂ©s, Ă©liminent les derniers tĂ©moins. Et lors d’une kermesse hallucinĂ©e, les survivants, hallucinĂ©s eux aussi, cèdent Ă  une violence nue, instinctive, Ă  l’arme blanche, pour tenter de s’extraire du cauchemar.


Haletant, brutal, poisseux et captivant, Sans Retour s’impose comme un emblème du survival, portĂ© par l’arrogance humaine gangrenĂ©e par l’orgueil. Ă€ travers les nappes visqueuses du bayou, cette chasse Ă  l’homme hallucinĂ©e imprime dans la chair et l’esprit une Ă©preuve de survie ravagĂ©e par la vengeance primale. Grand classique.

11.05.12. 4è
Bruno Dussart

jeudi 10 mai 2012

La Maison des Damnés / The Legend of Hell House

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de John Hough. 1973. Angleterre. 1h34. Avec Clive Revill, Roddy McDowall, Pamela Franklin, Gayle Hunnicutt, Roland Culver, Peter Bowles.

Sortie salles France: 17 Avril 1974

FILMOGRAPHIE (Info Wikipedia): John Hough est un réalisateur anglais, né le 21 Novembre 1941 à Londres. 1969: Wolfshead : The Legend of Robin Hood. 1970: Eyewitness. 1971: Les Sévices de Dracula. 1972: l'île au Trésor. 1973: La Maison des Damnés. 1974: Larry le dingue, Mary la garce. 1975: La Montagne Ensorcelée. 1978: Les Visiteurs d'un Autre Monde. 1978: La Cible Etoilée. 1980: Les Yeux de la Forêt. 1981: Incubus. 1982: Le Triomphe d'un Homme nommé Cheval. 1986: Biggles. 1988: Hurlements 4. 1988: American Gothic. 1989: Le Cavalier Masqué (télé-film). 1990: A Ghost in Monte Carlo (Télé-film). 1992: Duel of Hearts (télé-film). 1998: Something to Believe In. 2002: Bad Karma.

 
L’histoire de ce film, tout en Ă©tant fictive, expose une suite d’Ă©vĂ©nements et de phĂ©nomènes psychiques non seulement plausibles, mais qui pourraient fort bien ĂŞtre vrais.
Tom Corbett – DouĂ© de clairvoyance, extralucide britannique renommĂ©.

Dans la mouvance de La Maison du Diable et bien avant la saga Amityville, John Hough s’empare en 1973 du thème de la demeure hantĂ©e avec La Maison des DamnĂ©s, livrant lĂ  sa plus belle rĂ©ussite - Ĺ“uvre forte d’une carrière aussi passionnante que fluctuante, Ă©paulĂ©e ici par un solide scĂ©nario du maĂ®tre Richard Matheson.

Le pitch : quatre convives sont mis Ă  l’Ă©preuve pour participer Ă  une expĂ©rience paranormale dans l’ancienne demeure du tyran Belasco. Cinq jours durant, ils seront les tĂ©moins d’Ă©vĂ©nements surnaturels, tâcheront d’Ă©carter l’idĂ©e d’une supercherie, et tenteront, peut-ĂŞtre, d’approcher une preuve de l’au-delĂ .

AdaptĂ©e d’un roman de Matheson, La Maison des DamnĂ©s est une Ĺ“uvre ambitieuse, mue par une volontĂ© acharnĂ©e de renouer avec une ambiance gothique dĂ©pouillĂ©e d’effets-chocs gratuits. Ă€ l’instar du modèle du genre, La Maison du Diable, Hough exploite avec justesse le dĂ©cor anxiogène d’un manoir ancien, théâtre de phĂ©nomènes Ă©tranges observĂ©s par un groupe d’experts en parapsychologie. D’un cĂ´tĂ©, deux mĂ©diums Ă©mĂ©rites, Miss Tanner et Benjamin Fischer, persuadĂ©s que des forces invisibles provoquent les drames historiques de la maison Belasco. De l’autre, le Dr. Barrett, scientifique rigide, cartĂ©sien, accompagnĂ© de son Ă©pouse - tous deux hermĂ©tiques Ă  l’idĂ©e d’une puissance malĂ©fique.

Ensemble, ils s’efforcent de dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ©, entre science et occultisme, jusqu’Ă  tenter d’exorciser la maison grâce Ă  un appareil rĂ©volutionnaire. Barrett, convaincu que le corps humain Ă©met une forme d’Ă©nergie invisible, avance l’hypothèse que la maison aurait absorbĂ© un champ de radiations Ă©lectromagnĂ©tiques, vestige d’une force aveugle, sans but. Pour lui, la demeure serait un accumulateur gĂ©ant - et le renversement de polaritĂ©, l’unique solution pour dissiper l’ombre.

Mais bien avant cette tentative d’exorcisme peu commune, John Hough nous confronte, avec une prĂ©cision glaçante, Ă  une succession d’Ă©vĂ©nements troublants et violents. Objets projetĂ©s dans les airs, portes claquant d’elles-mĂŞmes, chat noir subitement possĂ©dĂ©, pulsions charnelles incontrĂ´lables... Autant d’agressions aussi viles qu’inquiĂ©tantes, mises en scène avec une rigueur gĂ©omĂ©trique, jamais risibles — et portĂ©es par la sobriĂ©tĂ© des acteurs, une tension palpable, un score monocorde, envoĂ»tant.

EsthĂ©tiquement, la maison irradie d’un charme Ă©trange. Pièces ornĂ©es de velours pourpre, salon azurĂ© au mobilier aristocratique, longs corridors sĂ©pia... Mais c’est dans l’opacitĂ© d’une chapelle dissimulĂ©e, antre mystique d’un secret inavouable, que se cache l’âme du rĂ©cit. CĂ´tĂ© interprĂ©tation, la fascinante Pamela Franklin incarne, Ă  mes yeux, l’Ă©nergie la plus magnĂ©tique : mĂ©dium imperturbable, elle s’impose avec une dĂ©termination presque tranchante, refusant de cĂ©der Ă  la raison. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, Roddy McDowall, Gayle Hunnicutt et Clive Revill (aux faux airs de David Warner !) renforcent la crĂ©dibilitĂ© du drame avec une prĂ©sence aussi Ă©lĂ©gante que troublĂ©e.

 
"Belasco, maître des lieux, tyran des âmes".
D’un gothisme rutilant Ă  damner un saint, La Maison des DamnĂ©s s’impose comme un chef-d’Ĺ“uvre d’Ă©pouvante : angoissant, Ă©trange, mais profondĂ©ment captivant. Les agressions du Dr. Barrett, l’attaque du chat noir, le final rĂ©vĂ©lĂ© dans la chapelle… autant de moments puissants et inoubliables. Ici, l’ombre pèse davantage que le sang, et l’angoisse psychologique l’emporte sur le gore. Toujours aussi ensorcelant aujourd’hui, ce film s’impose comme un classique absolu, laissant, bien après le gĂ©nĂ©rique, son empreinte obscure sur nos esprits.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Un grand merci Ă  Filesdrop.com
10.05.12. 
23.11.23. 5èx


HELL

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site khimairaworld.com   
de Tim Fehlbaum. 2011. Allemagne. 1h32. Avec Hannah Herzsprung, Lars Eidinger, Stipe Erceg, Lisa Vicari.

FILMOGRAPHIE: Tim Fehlbaum est un réalisateur, scénariste, directeur de la photo allemand.
2003: FĂĽr Julian (court)
2004: Nicht meine Hochzeit (court)
2006: Wo is Freddy ? (court)
2011: Hell

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Pour son premier long-métrage, le réalisateur germanique Tim Fehlbaum souhaite élaborer une rigueur formelle à son récit apocalyptique d'une écologie désincarnée. Par sa volonté esthétique probante jalonnée de décors sporadiques, Hell approuve également son intérêt par la dimension cafardeuse de survivants livrés à un despotisme primaire.

2016. En 4 ans, la température de l'atmosphère a augmenté de 10 degrés. Les réserves d'eau et de nourriture s'épuisent. Les structures sociales ont disparu...
Un quatuor de rescapĂ©s tentent de survivre dans ce monde dĂ©suni, asservi par une horde de cannibales. 
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Après avoir saluĂ© le soin esthĂ©tique accordĂ© Ă  son univers aride d'un climat solaire en dĂ©crĂ©pitude, le rĂ©alisateur rĂ©ussit la gageure de nous convaincre que notre planète n'est qu'un amas de terre dĂ©charnĂ©e auquel une poignĂ©e de survivants tentent d'y survivre en interne des forĂŞts clairsemĂ©es. Pour mieux subir une chaleur suffocante, nos derniers hĂ©ros ont endossĂ© des vĂŞtements soyeux, casquettes et lunettes de soleil en guise de camouflage. A bord de leur vĂ©hicule, Philippe, Marie, LĂ©onie et un quidam solitaire traversent les routes bucoliques en quĂŞte d'une contrĂ©e plus harmonieuse, oĂą la nourriture et l'eau seraient une aubaine inespĂ©rĂ©e. Par malchance, ils vont se confronter durant leur itinĂ©raire Ă  une confrĂ©rie de cannibales planquĂ©s dans un bâtiment agricole. DĂ©nuĂ©s de moralitĂ© (mĂŞme si rattachĂ© Ă  leur semblant de foi catholique) et en proie Ă  une sauvagerie Ă©perdue, faute d'une existence primitive, ces barbares sont dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  apprĂ©hender de la chair humaine pour subvenir Ă  leur besoin nutritif. Tout aussi assoiffĂ©s et affamĂ©s, nos rĂ©sistants blottis dans leur vĂ©hicule blindĂ© vont finalement devoir porter assistance Ă  l'une de leur camarade, LĂ©onie, subitement sĂ©questrĂ©e par ces antagonistes famĂ©liques.


Le scénario orthodoxe éludé de surprise ne souhaite pas renouveler la prescience du "Jour d'après". Avec pudeur et économie de moyens, le réalisateur souhaite retranscrire au mieux (mais sans esbroufe spectaculaire) la photogénie chaotique d'un climat solaire asphyxiant. Ce sentiment tangible de claustration est d'autant plus rendu prégnant par la fébrilité humaine des interprètes tentant désespérément de se soustraire à l'allégeance d'insurgés sans éthique. C'est cette ambiance désespérée d'isolement et désolation et les faibles enjeux de survie octroyés à nos protagonistes qui rendent l'aventure continuellement efficiente.
La dernière partie, beaucoup plus vigoureuse laisse place Ă  une action cinglante parfois violente dans l'Ă©vasion improvisĂ©e de nos protagonistes. Cet Ă©chappatoire encouru de prime abord par notre hĂ©roĂŻne esseulĂ©e n'est pas non plus exempt d'un certain suspense oppressant quand elle se rĂ©fugie dans le refuge restreint d'un abattoir suintant la mort et la puanteur. ATTENTION POILER !!! Enfin, pour parachever, son point d'orgue capital se culmine vers une traque Ă©chevelĂ©e Ă  travers champs pour nos fuyards essoufflĂ©s, pourchassĂ©s par la horde primitive, et aveuglĂ©s par la lumière Ă©crasante d'un soleil terrassant. FIN DU SPOILER.


Au final, Hell est une sĂ©rie B germanique au scĂ©nario convenu mais transcendĂ© par la vraisemblance d'un univers aride et suffocant, de personnages convaincants ancrĂ©s dans un frĂŞle dĂ©sespoir et d'un argument pessimiste efficacement troussĂ©. 
Dispensable mais mĂ©rite nĂ©anmoins le coup d'oeil pour sa rĂ©alisation appliquĂ©e et son climat dĂ©paysant. 
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Un grand merci Ă  Khimairaworld.com
09.05.12
Bruno Matéï

lundi 7 mai 2012

Les Crimes de Snowtown (Snowtown). Prix du Jury au festival d'Adélaïde.

                                                      
                          (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via cinemovies.fr, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

de Justin Kurzel. 2011. Australie. 2H00. Avec Daniel Henshall, Lucas Pittaway, Craig Coyne, Richard Green, Louise Harris, Anthony Groves, Brendan Rock, Frank Cwiertniak, Bob Adriaens, Bryan Sellars.

Sortie salles France: 28 DĂ©cembre 2011. Australie: 19 Mai 2011

FILMOGRAPHIE: Justin Kurzel est un réalisateur et scénariste australien.
2005: Blue Tongue (court). 2011: Les Crimes de Snowtown. .

D’après un fait divers notoire survenu entre 1992 et 1999, Justin Kurzel nous retrace avec Les Crimes de Snowtown la dĂ©rive meurtrière d’un serial-killer, John Bunting.

Dans le nord d’AdĂ©laĂŻde, Jamie et ses frères vivent de manière prĂ©caire avec leur mère divorcĂ©e. MolestĂ©s par un voisin, ils se rĂ©fugient dans le mutisme, incapables d’affronter l’humiliation. Puis dĂ©barque John Bunting, homme Ă  l’apparence affable et accueillante, Ă©pris de leur mère. Jamie y voit le père idĂ©al qu’il n’a jamais connu.

Ă€ travers l’ambiance blafarde d’une contrĂ©e isolĂ©e, le film nous plonge dans le triste quotidien d’une famille laminĂ©e par le chĂ´mage et la frĂ©quentation d’une populace marginale. Le dĂ©sespoir toujours plus abrupt d’un adolescent sexuellement abusĂ© met en exergue sa dĂ©chĂ©ance morale, sous la fausse indulgence d’un adulte. HyperrĂ©alisme proche du documentaire et photographie terne plongent ces protagonistes incultes dans l’acrimonie de leur commune insalubre. Cette tragĂ©die sordide, cĂ´toyant le marasme, rĂ©vèle la dĂ©gĂ©nĂ©rescence mentale d’un jeune garçon timorĂ© : un souffre-douleur fragile, livrĂ© Ă  la paternitĂ© d’un sociopathe adepte de tortures barbares.

De manière jusqu’au-boutiste, le film suit son implication dans le meurtre, sous la volontĂ© d’un justicier expĂ©ditif, dĂ©versant sa haine sur handicapĂ©s, droguĂ©s et homosexuels. Sa vocation : nettoyer l’agglomĂ©ration des quidams pervertis par la pĂ©dophilie, l’alcool ou la drogue.

Par sa condition sociale infortunĂ©e et l’absence de repères moraux et affectifs - hormis la bonhomie aigrie d’une mère taciturne - Jamie va peu Ă  peu se laisser happer par la folie meurtrière d’un exterminateur et de ses complices dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s. Au dĂ©part rĂ©fractaire Ă  ĂŞtre tĂ©moin malgrĂ© lui d’actes de torture et de meurtres, l’adolescent finit par accepter cet endoctrinement, mettant fin aux douleurs d’un suppliciĂ© moribond — sĂ©quence viscĂ©rale insoutenable.

Parmi le brio des comĂ©diens amateurs, Daniel Henshall et Lucas Pittaway sont Ă©poustouflants, incarnant une dĂ©shumanisation dĂ©chue dans leur complicitĂ© antinomique. Le film nous Ă©prouve jusqu’Ă  l’asphyxie, par son atmosphère irrespirable de misère humaine laissĂ©e pour compte. Ce sentiment d’abandon, d’injustice et de dĂ©sĹ“uvrement conduit certains individus au meurtre crapuleux, rĂ©gi par une idĂ©ologie fasciste. La lourdeur du score d’Emilio Kauderer, rythmĂ© de pulsations angoissantes, accentue l’intensitĂ© monolithique de cette besogne mortuaire.

Toute sociĂ©tĂ© a les crimes qu’elle mĂ©rite.
D’un naturalisme rugueux, viscĂ©ralement cafardeux et noyĂ© d’amertume par l’abdication d’une misère sociale livrĂ©e Ă  elle-mĂŞme, Les Crimes de Snowtown est un drame sordide dont il est difficile de s’extraire. L’histoire vraie et poisseuse d’un serial-killer utilisant une doctrine vindicative pour avilir l’innocence d’un rejeton dĂ©sorientĂ©. La verdeur putassière et l’impact Ă©motionnel du dĂ©sĹ“uvrement immoral de nos protagonistes nous plongent dans l’obscuritĂ© sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique bouclĂ©. Un choc thermique, dont la maĂ®trise acĂ©rĂ©e de la mise en scène laisse pantois.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

La Sentence de la juridiction
Le 20 Mai 1999, la police découvre des cadavres dans des barils, dans une banque désaffectée à Snowtown. Deux autres corps sont retrouvés enterrés dans un jardin.
Le 21 Mai 1999, plusieurs personnes sont arrêtées. Robert Wagner plaide coupable de trois meurtres. Il est reconnu coupable de dix. Mark Haydon est coupable d'avoir été complice de sept meurtres.
Le pire tueur en série d'Australie, John Bunting, coupable de onze meurtres et condamné à perpétuité. Le 6 Septembre 2001, Elisabeth Harvey meurt d'un cancer. Elle n'a jamais été condamnée pour sa participation au meurtre de Ray Davies. Jamies Vlassakis plaide coupable de quatre meurtres. Il est condamné à vie, dont 26 ans incompressibles. Ayant témoigné contre ses co-accusés, il purge sa peine sous un faux nom dans un lieu secret. En 2025, les autorités décideront s'il doit être relâché ou non. Il aura 45 ans.

Un grand merci Ă  Cinemovies.fr
07.05.12
Bruno Matéï

Récompenses: Prix du Jury au festival du film d'Adélaïde
Prix FIPRESCI au Festival de Cannes 2011 pour Justin Kurzel

vendredi 4 mai 2012

L'Invasion des Araignées Géantes / The Giant Spider Invasion


                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movi.ca

de Bill Rebane. 1975. U.S.A. 1h27. Avec Robert Easton, Leslie Parrish, Steve Brodie, Barbara Hale

Sortie salles U.S: 01 Octobre 1975            

FILMOGRAPHIE (info wikipedia): Bill rebane est un réalisateur, producteur, scénariste, auteur américain, né le 8 février 1937 à Riga en Lettonie.
1965: Monster A Go-go. 1974: Invasion from inner Earth. 1975: l'Invasion des Araignées Géantes. 1975: Croaked: Frog Monster from hell. 1978: The Alpha Incident. 1979: The Capture of Bigfoot
1983: The Demons of Ludlow. 1984: The Game. 1987: Twister's revenge ! Blood Harvest


"Les Joyeux Ravages de la Toile Géante".
En pleine vogue du film de terreur catastrophiste lancĂ© par Spielberg avec Les Dents de la mer, un tâcheron adepte du mini-budget et du film de monstres prend le risque, la mĂŞme annĂ©e — et Ă  quatre mois Ă  peine de la sortie du tout premier blockbuster de l’histoire ! — de rĂ©aliser une sĂ©rie Z mettant en vedette des arachnides extraterrestres. Avec l’attirail risible de trucages aussi bricolĂ©s que nos vieilles productions fifties, L’Invasion des AraignĂ©es GĂ©antes s’embourbe dans un grotesque hilarant, tentant de nous terrifier avec des monstres articulĂ©s. 

Synopsis: Une mĂ©tĂ©orite s’Ă©crase près d’une contrĂ©e bucolique des États-Unis. De son cratère jaillissent des cocons, libĂ©rant d’Ă©tranges araignĂ©es venues d’ailleurs. En prime : des diamants enchâssĂ©s dans les coquilles. Peu après, un couple de fermiers dĂ©couvre leur bĂ©tail atrocement mutilĂ©. Pendant ce temps, des scientifiques s’Ă©vertuent Ă  dĂ©couvrir l’origine de cette mĂ©tĂ©orite.


Amateurs d’authentiques nanars du samedi soir, ne ratez pas ce fleuron bisseux, qui se vautre avec une bonhomie irrĂ©sistible dans la nullitĂ© la plus franche. Le scĂ©nario Ă©voquĂ© ci-dessus tient de l’aberration du troisième type, tant il semble avoir Ă©tĂ© Ă©crit sous influence psychotrope. La mise en scène aseptisĂ©e aligne maladresses et non-sens dans un florilège dĂ©sopilant. Mais la palme du ridicule revient sans conteste Ă  ces charmantes arachnides, conçues avec les moyens prĂ©historiques des annĂ©es 50, ainsi qu’Ă  une galerie de personnages dĂ©cervelĂ©s cabotinant sans retenue. Entre les rednecks alcooliques ou Ă©rotomanes, le couple de chercheurs divaguant en thĂ©orie farfelue, le prĂ©dicateur bavard prophĂ©tisant Ă  l’infini l’apocalypse, ou encore le shĂ©rif dĂ©concertĂ© Ă  l’idĂ©e qu’une araignĂ©e de quinze mètres sème la terreur dans sa rĂ©gion... on atteint des sommets. Au paroxysme de la panique urbaine, ce mĂŞme shĂ©rif lâche une rĂ©plique dont seule la sĂ©rie Z a le secret : "Tu te souviens du film Les Dents de la mer ? Ce requin, Ă  cĂ´tĂ©, c’est un poisson rouge !"

Certes, la première partie laborieuse — deux chercheurs s’Ă©chinant Ă  trouver une solution rationnelle — a de quoi faire craindre le pire. Mais les mĂ©saventures suivantes, confiĂ©es Ă  une flopĂ©e de crĂ©tins en roue libre, instillent un climat extravagant, joyeusement dĂ©bridĂ©. Le rĂ©alisateur s’attarde sur les batifolages de mĂ©tayers occupĂ©s Ă  flâner, picoler ou copuler, quand ils ne revendent pas des diamants ou planquent des cadavres mutilĂ©s dans leurs champs. Pendant cette torpeur provinciale, l’invasion prend une tournure plus alarmante : les araignĂ©es s’infiltrent dans les maisons campagnardes pour agresser leurs occupantes dĂ©nudĂ©es. D’abord de taille ordinaire, ces crĂ©atures venues d’une galaxie lointaine atteignent une dimension gargantuesque, dĂ©chirent les cloisons, capturent les habitants blottis dans leurs foyers.

Paradoxalement, et pour accentuer l’horreur, les effets-chocs font preuve d’une violence sanguine gentiment effrontĂ©e. Les scènes de panique s’enchaĂ®nent Ă  un rythme rĂ©gulier jusqu’au fameux climax catastrophiste — Ă  la Jaws. Une araignĂ©e gĂ©ante, articulĂ©e par câbles et fixĂ©e sur une voiture camouflĂ©e pour simuler sa course folle, sème le chaos dans un parc d’attractions, fonçant sur une horde de bambins affolĂ©s. SĂ©quence d’anthologie, mise en scène avec une nervositĂ© grotesque, constituant un moment de dĂ©fouloir aussi hallucinĂ© qu’hilarant.


"Arachnocalypse Now".
Avec sa musique monocorde saturĂ©e de sonoritĂ©s spatiales, ses personnages nigauds aux trognes hĂ©bĂ©tĂ©es, ses dialogues absurdes et ses araignĂ©es gĂ©antes surgies de cocons diamantifères, L’Invasion des AraignĂ©es GĂ©antes transcende l’Ă©chec pour atteindre les cimes du nanar cartoonesque — un "craignos monster" Ă  inscrire dans les annales de la sĂ©rie Z galactique. Bref, inratable. 

*Bruno
10.06.25. 04.05.12.
 


jeudi 3 mai 2012

Le Masque du Démon / La maschera del demonio

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Intemporel.com

de Mario Bava. 1960. Italie. 1h23. Avec Barbara Steele, John Richardson, Andrea Checchi, Ivo Garrani, Arturo Dominici, Enrico Olivieri, Antonio Pierfederici, Tino Bianchi, Clara Bindi.

Sortie salles France: 29 Mars 1961. U.S: 15 Février 1961
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FILMOGRAPHIE:  Mario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie).
Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo.
1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte1947 : Legenda sinfonica1947 : Anfiteatro Flavio1949 : Variazioni sinfoniche1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire  , 1972 : Quante volte... quella notte1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).

"Noir et blanc comme la mort".
En 1960, alors que les succès de la Hammer culminent au firmament (deux ans plus tĂ´t, Le Cauchemar de Dracula ensorcelait les Ă©crans), un directeur de la photographie entreprend de concurrencer la cĂ©lèbre firme anglaise avec un long-mĂ©trage en noir et blanc, tirĂ© d’un conte russe de Nicolas Gogol (Vij). Le Masque du DĂ©mon rĂ©vèle aussi, au dĂ©tour de ses tĂ©nèbres, une jeune dĂ©butante nommĂ©e Barbara Steele. Cinquante ans plus tard, ce chef-d'Ĺ“uvre du gothique transalpin demeure le plus beau film en noir et blanc jamais photographiĂ©.

Le Pitch: Au XVIIe siècle, une sorcière et son amant, condamnĂ©s au bĂ»cher, jurent de se venger. Deux siècles plus tard, par la faute d’un mĂ©decin et de son assistant, les revenants brisent leur tombe pour venir hanter les hĂ©ritiers de la famille Vadja.

Dans une atmosphère typiquement latine, saturĂ©e de sensualitĂ© morbide, Le Masque du DĂ©mon incarne la quintessence du cinĂ©ma d’Ă©pouvante. Un gĂ©nie de la photographie s’y essaie pour la première fois au long-mĂ©trage horrifique, et ce, dans un florilège d’images flamboyantes oĂą l’esthĂ©tisme charnel Ă©pouse un baroque tĂ©nĂ©breux. Le film se contemple comme un livret d’images un soir d’hiver, sous la pleine lune. Dès l’ouverture, le ton est donnĂ© : sous une nuit automnale, brumeuse, oĂą les arbrisseaux famĂ©liques se dressent, dĂ©charnĂ©s, des bourreaux encapuchonnĂ©s prĂ©parent leur rituel. Deux amants, accusĂ©s de vampirisme, sont attachĂ©s Ă  un pilier ; leur visage sera transpercĂ© d’un masque de bronze hĂ©rissĂ© de pointes. Cette ambiance macabro-onirique, nĂ©e de la lumière crĂ©pusculaire et d’un cadrage pictural, confine Ă  l’art gothique pur.

La suite est un enchaĂ®nement d’images dantesques, conçues pour happer le spectateur dans un cauchemar somptueux, chargĂ© de rĂ©fĂ©rences au mythe vampirique. Chaque pĂ©ripĂ©tie semble ciselĂ©e pour graver dans la mĂ©moire des plages d’onirisme saisissantes : la dĂ©couverte d’une chapelle dĂ©charnĂ©e par deux voyageurs Ă©garĂ©s ; la première apparition de Katia, escortĂ©e de deux dobermans ; la promenade inquiète d’une fillette troublĂ©e par un bruissement de bosquet ; ou encore la rĂ©surrection d’Asa dans une crypte archaĂŻque. Tout ici n’est qu’effervescence, splendeur, apparat — au sein d’une horreur sĂ©culaire.

PassĂ©es ces plages de poĂ©sie rutilante, après l’exhumation des amants maudits, la narration se recentre sur un chassĂ©-croisĂ© entre les morts et les vivants, enfermĂ©s dans un château truffĂ© de pièges. Un Ă  un, les membres de la famille Vadja sont persĂ©cutĂ©s ou possĂ©dĂ©s par l’esprit d’Asa et d’Igor. L’assistant du Dr Kruvajan, secrètement Ă©pris de Katia (double vivant d’Asa), tentera tout pour la sauver.

Impossible d’ignorer la prestance magnĂ©tique de l’icĂ´ne de l’horreur vintage, Barbara Steele. D’une beautĂ© tĂ©nĂ©breuse, avec sa physionomie sensuelle et son regard d’encre, elle ensorcelle l’Ă©cran dans son rĂ´le de sorcière dĂ©lĂ©tère. Mais l’actrice se paie aussi le luxe de nous charmer avec suavitĂ© en incarnant la princesse Katia, victime asservie par sa propre ascendance. Divine et opaque Ă  en mourir.

Parfois audacieux dans ses effets chocs, Mario Bava transgresse l’horreur avec une poĂ©sie morbide et viscĂ©rale : un cadavre dĂ©couvert au bord d’une rivière ; le visage putrĂ©fiĂ© d’Igor s’exhumant de sa tombe ; la rĂ©surrection d’Asa, ses orbites grouillant d’insectes ; un crapaud sautillant dans la boue ; l’immolation du prince Vadja… Et ce trucage remarquable, lorsque Katia se voit possĂ©dĂ©e par Asa : son visage se fane, vieillit sous nos yeux — un prodige de lumière colorĂ©e, hĂ©ritĂ© du Dr Jekyll and Mr Hyde de Mamoulian, et uniquement rĂ©alisable en noir et blanc.

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"Les Amants d'outre-tombe".
Sans jamais singer ses illustres aĂ®nĂ©s de la Hammer, Mario Bava imprime au mythe vampirique sa propre empreinte, fulgurante, macabre, Ă  damner un saint. D’une beautĂ© sĂ©pulcrale ensorcelante, Le Masque du DĂ©mon ne ressemble Ă  rien d’autre. Ĺ’uvre d’un cinĂ©aste expĂ©rimental, il ose la photo monochrome Ă  l’instant mĂŞme oĂą la Hammer fait Ă©clater ses couleurs. Le noir et blanc devient ici sortilège.

Un grand merci Ă  Intemporel.com
03.05.12. 5è
Bruno Matéï


mercredi 2 mai 2012

Fragile (Fragiles). Prix du Jury à Gérardmer, 2006

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site forum.plan-sequence.com

de Jaume Balaguero. 2005. Espagne. 1h41. Avec Calista Flockhart, Elena Anaya, Yasmin Murphy, Gemma Jones, Richard Roxburgh, Colin McFarlane, Michael Pennington, Daniel Ortiz.

Sortie salles Espagne: 14 Octobre 2005. France: 14 Avril 2006

FILMOGRAPHIEJaume Balaguero est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol d'origine catalane, nĂ© le 2 Novembre 1968 Ă  LĂ©rida. 1999: La Secte sans Nom. 2002: Darkness. 2005: Fragile. 2006: A Louer (moyen mĂ©trage). 2007: REC (co-rĂ©alisĂ© avec Paco Plaza). 2009: REC 2 (co-rĂ©alisĂ© avec Paco Plaza). 2011: Malveillance.


Trois ans après Darkness, hommage nihiliste au Shining de Kubrick, Jaume Balaguero s'entreprend avec Fragile de nous conter une dĂ©licate ghost story sur fond de maltraitance infantile. OvationnĂ© Ă  GĂ©rardmer Ă  sa sortie (4 Prix, rien que ça), ce conte macabre s'enrichit en prime d'une intensitĂ© Ă©motionnelle en crescendo lors d'un final faste plutĂ´t bouleversant. 

Le Pitch: Après un grave accident ayant causĂ© la mort d'un enfant, une infirmière renoue avec sa profession en acceptant un poste de nuit dans un hĂ´pital reculĂ©. Sur place, parmi la communautĂ© d'enfants malades, elle fait la rencontre de Maggie, une fillette introvertie atteinte de mucoviscidose. Celle-ci lui confie qu'une Ă©trange personne du nom de Charlotte les importune durant leur nuit de sommeil. 
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Prenant pour cadre l'ambiance inquiĂ©tante d'un centre hospitalier, Fragile nous relate une sombre histoire d'enfants molestĂ©s par une prĂ©sence diabolique. Une infirmière affable, Amy, tentera de dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ© par l'entremise de Maggie, une fillette gravement malade et terrifiĂ©e par la menace invisible d'une "prĂ©sence mĂ©canique". PrĂ©nommĂ©e Charlotte, ce fantĂ´me errant semble daigner embrigader les enfants au sein de l'hĂ´pital en leur fracturant violemment l'ossature corporelle. D'autant plus que chaque patient doit prochainement ĂŞtre transfĂ©rĂ© vers une autre clinique, faute de dĂ©labrement industriel. Avec sensibilitĂ© prude et un humanisme fĂ©brile, Jaume Balaguero nous dĂ©peint la relation maternelle d'une infirmière particulièrement attentive au sort prĂ©caire des enfants malades. DĂ©jĂ  fustigĂ©e par un passĂ© tragique ayant coĂ»tĂ© la vie Ă  un enfant contre sa nĂ©gligence, Amy redouble d'attention et d'amour Ă  daigner prĂ©server chaque vie innocente. Durant une large majoritĂ© de l'intrigue, le rĂ©alisateur s'attacher Ă  compromettre la rationalitĂ© de son hĂ©roĂŻne davantage impliquĂ©e dans une suite d'incidents inexpliquĂ©s. Ayant pour seul tĂ©moignage la parole candide de Maggie, l'infirmière mènera une vĂ©ritable investigation autour de l'Ă©tablissement pour connaĂ®tre le vĂ©ritable mobile de ces sombres Ă©vènements. Avec une Ă©motion vulnĂ©rable portant atteinte au sort candide de l'enfance estropiĂ©e, Fragile accorde beaucoup d'intĂ©rĂŞt psychologique au traitement anxiogène de ces personnages tourmentĂ©s. RenforcĂ© d'une narration intelligente rĂ©futant l'esbroufe grand-guignolesque, le rĂ©alisateur souhaite de prime abord nous attendrir sans fioriture vers une dĂ©licate ghost story aussi angoissante que poignante.


Sa dernière partie haletante et oppressante, car laissant libre court Ă  une terreur cinglante (l'apparence spectrale est physiquement glaçante) rivalise de coups de théâtre inopinĂ©s, de pĂ©ripĂ©ties virulentes avant de nous prĂ©cipiter vers une sublime rĂ©demption philanthrope. C'est son point d'orgue poĂ©tique cĂ©lĂ©brant un magnifique hommage au baiser salvateur d'un illustre film d'animation, la Belle au bois dormant, qui achemine Fragile au rang d'oeuvre solennelle. Si la petite comĂ©dienne Yasmin Murphy demeure surprenante de naturel dans le rĂ´le d'une infirme incurable, Calista Flockhart dĂ©cuple un pouvoir Ă©motionnel dans celle d'une sobre infirmière dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  transcender son passĂ© galvaudĂ©. Une hĂ©roĂŻne pugnace entièrement dĂ©vouĂ©e Ă  prĂ©server la vie des bambins tourmentĂ©s, parfois mĂŞme physiquement maltraitĂ©s (notre spectre brime Ă  sa guise vindicative les os fracturĂ©s de certains d'eux), ce qui renforce sa dramaturgie escarpĂ©e au grĂ© d'estocades concises aussi percutantes qu'effroyablements viscĂ©rales.  


FantĂ´me d'amour
Baignant dans un climat d'inquiĂ©tude et d'angoisse latente, Fragile est une superbe ghost story bien ancrĂ©e dans l'humanitĂ© de ses personnages fragiles caressant une foi spirituelle. RenforcĂ© par la conviction d'une narration ombrageuse Ă  la tension grandissante, ce poème sur l'amour maternel provoque autant d'apprĂ©hension que d'Ă©motion gracile pour l'innocence sacrifiĂ©e. 

*Bruno
06.08.24. 3èx. Vostfr
02.05.12.

RĂ©compensesMeilleure Photographie et Meilleur Montage au Festival du film de Barcelone, 2006
Meilleurs effets spĂ©ciaux au Prix annuel de l'AcadĂ©mie Goya, 2006.
Prix du JuryPrix du Jury Jeunes, Prix du Public l'Est RĂ©publicain, Prix 13è Rue Ă  GĂ©rardmer, 2006


lundi 30 avril 2012

MALVEILLANCE (Mientras duermes, Sleep Tight)

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Jaume Balaguero. 2011. Espagne. 1h42. Avec Luis Tosar, Marta Etura, Alberto San Juan, Iris Almeida, Petra Martinez, Carlos Lasarte, Pep Tosar, Margarita Roset, Oriol Genis, Amparo Fernandez.

Sortie salles France: 28 Décembre 2011. U.S: 23 Septembre 2011. Espagne: 14 Octobre 2011

FILMOGRAPHIE: Jaume Balaguero est un réalisateur et scénariste espagnol d'origine catalane, né le 2 Novembre 1968 à Lérida.
1999: La Secte sans Nom. 2002: Darkness. 2005: Fragile. 2006: A Louer (moyen métrage). 2007: REC (co-réalisé avec Paco Plaza). 2009: REC 2 (co-réalisé avec Paco Plaza). 2011: Malveillance.

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Après sa quadrilogie Rec, Jaume Balaguero revient en solo pour nous convier Ă  un suspense hitchcockien dans la tradition respectueuse du genre. Ambiance angoissante sous-jacente, gestion minutieuse d'un suspense implacable, densitĂ© narrative et portrait incisif d'un tueur abordable sont agencĂ©s pour nous engendrer un thriller studieux. Un gardien d'immeuble dĂ©pitĂ© d'une existence morne comble son ennui en molestant ses locataires par rancoeur vindicative. Secrètement Ă©pris d'affection pour la jeune Clara, CĂ©sar dĂ©cide de planifier une combine machiavĂ©lique pour parfaire son dĂ©sir.  
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Dans le huis-clos d'un immeuble serein, Malveillance nous illustre la solitude d'un gardien aigri incapable d'accĂ©der au bonheur, faute de l'intransigeance d'une sociĂ©tĂ© dĂ©loyale. Pour apporter un sens Ă  la misĂ©ricorde de son destin, il occupe son temps Ă  perpĂ©trer des actes frauduleux envers les citadins prospères qu'il cĂ´toie aimablement. Et cela en dĂ©pit de l'arrogance d'une gamine effrontĂ©e, opĂ©rant sur lui le chantage d'une extorsion d'argent sous la menace de rĂ©vĂ©ler au grand jour des infos compromettantes. Mais depuis quelques jours, CĂ©sar se focalise sur l'une de ses folichonnes locataires pour l'asservir durant ses nuits de sommeil. En effet, chaque soir, il s'insinue sous le lit de sa victime, attendant avec un flegme impassible qu'elle puisse s'endormir pour la droguer contre son grĂ© grâce Ă  une drogue anesthĂ©siante. CĂ©sar semble donc dĂ©libĂ©rĂ© Ă  daigner dĂ©truire la vie de cette sĂ©duisante cĂ©libataire. Mais l'arrogance d'une fillette un peu trop curieuse et la nouvelle idylle de Clara entamĂ©e avec un amant circonspect vont compromettre ses ambitions.
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Dans une ambiance lourde et subtilement inquiétante, Jaume Balaguero nous concocte un oppressant suspense autour d'un personnage austère bâti sur son caractère particulièrement insidieux. L'habileté du scénario remarquablement élaboré émane de cette attitude couarde d'un tueur infortuné perpétrant des exactions délétères afin de se justifier un but existentiel. Un script efficient puisant sa force par cette confrontation inhabituelle entre la victime, persécutée dans son sommeil par un tortionnaire combinard. C'est ce sentiment d'impuissance pour le spectateur d'assister au calvaire récursif d'une victime immolée contre son gré qui exacerbe un suspense haletant en constante ascension. En prime, le réalisateur nous dépeint le portrait subversif d'un tueur contestataire. Un gardien d'immeuble dépressif mais lucide d'un monde terni par l'égocentrisme, l'affabulation et la cupidité. Pour interpréter ce personnage psychologiquement renfrogné, Luis Tosar se révèle parfait de fourberie mesquine dans la peau d'un tueur impassible. Il faut le voir se recueillir dans une chambre d'hôpital auprès de sa mère mourante pour lui débiter sans faillir ses confessions intimes liées à une rancoeur misogyne. Spoiler ! Profondément dépité d'une civilisation irréductible, sa déroute le mènera par ailleurs jusqu'au suicide rédempteur, avant de pouvoir se raviser in extremis grâce au retour précipité de Clara Fin du Spoiler. La force du personnage découle donc de ses états d'âme lamentés et de son affliction à ne pouvoir s'accepter soi même. On se surprend alors à éprouver une certaine compassion pour sa solitude meurtrie, cette défaite intrinsèque à n'avoir pu s'insérer dans une société égotiste..

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Son bonheur, c'est votre malheur
Mis en scène sans esbroufe car privilĂ©giant un climat ombrageux dans la conduite narrative d'un script machiavĂ©lique, Malveillance est un thriller Ă  suspense beaucoup plus finaud qu'il n'y parait. Pour s'en convaincre, il faudra attendre l'immoralitĂ© d'un Ă©pilogue audacieux pour comprendre les tenants et aboutissants d'un tueur misĂ©ricordieux acheminĂ© vers une quĂŞte salvatrice du bonheur. La sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens, renforcĂ©e par le portrait cynique du criminel et les multiples rebondissements qui Ă©maillent l'intrigue sont autant d'atouts solides pour tenir en haleine l'amateur de suspense cĂ©rĂ©bral. 

30.04.12
Bruno Matéï

vendredi 27 avril 2012

Chronicle

                                                     Photo empruntĂ©e Ă  Google, appartenant au site Allocine.fr

de Josh Trank. 2012. U.S.A. 1h29 (version longue). Avec Dane DeHaan, Alex Russell, Michael B. Jordan, Michael Kelly, Ashley Hinshaw, Anna Wood, Rudi Malcolm, Luke Tyler, Armand Aucamp.

Sortie salles France: 22 février 2012. U.S: 3 Février 2012

FILMOGRAPHIE: Josh Trank est un réalisateur, scénariste, monteur, acteur, producteur américain, né le 19 Février 1985 à Los Angeles, Californie. 2012: Chronicle
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           Avertissement ! Il est prĂ©fĂ©rable de visionner le film avant de lire ce qui va suivre.

Empruntant le concept en vogue du Found footage avec une efficacitĂ© perpĂ©tuelle, Josh Trank, cinĂ©aste novice puisqu'il s'agit de son 1er long, exploite avec autant d'intelligence que d'originalitĂ© la thĂ©matique du super-hĂ©ros afin de nous alerter sur le malaise existentiel d'une jeunesse pro real TV avide de reconnaissance populaire. Le PitchTrois lycĂ©ens se dĂ©couvrent des super-pouvoirs après avoir Ă©tĂ© en contact avec une matière insolite confinĂ©e dans une grotte. Si au dĂ©part leur don surhumain est un jeu de distraction pour Ă©pater ou brimer leurs camarades, l'un des trois acolytes se laisse peu Ă  peu influencer par une folie autodestructrice.  


Chronicle prend pour thème ludique le mythe du super-hĂ©ros Ă  travers la quotidiennetĂ© d'adolescents en quĂŞte identitaire. Cela dĂ©bute par des blagues de potaches, tel le fait de retrousser Ă  distance les jupes des filles, faire flotter dans les airs un ours en peluche ou encore dĂ©placer la voiture d'un parking Ă  un autre emplacement. C'est ensuite qu'intervient le premier incident commis par Andrew, le plus fragile du trio, faute d'un père alcoolique abusif. Sur une aire d'autoroute, après avoir Ă©tĂ© contrariĂ© par un conducteur empressĂ©, Andrew lui causera volontairement un accident en le faisant dĂ©vier de sa trajectoire. C'est Ă  cet instant prĂ©cis que le trio prend soudainement conscience du danger lĂ©tal que peut causer leur pouvoir potentiellement destructeur. Ce qui n'empĂŞchera pas Steve de rĂ©ussir quelques instants plus tard l'exploit de se maintenir dans les airs jusqu'Ă  entreprendre de voler, tel Superman, en amont des nuages. Nos comparses stimulĂ©s par le rĂŞve et l'Ă©vasion Ă©laboreront ensuite quelques numĂ©ros prodiges lors d'un spectacle de magie afin d'Ă©pater et gagner la popularitĂ© du public. Quand bien mĂŞme Andrew escompte enfin son premier rapport sexuel avec une jeune courtisane lors d'une rave party, et ce avant de se heurter Ă  l'abus d'alcool.


C'est donc du cĂ´tĂ© du profil complexĂ© d'Andrew que la narration amorce une tournure beaucoup plus radicale et alarmiste. Faute d'une relation parentale tempĂ©tueuse, d'une mère mourante et surtout d'un père condescendant, le rejeton profitera de ses facultĂ©s tĂ©lĂ©kinĂ©siques pour extĂ©rioriser sa haine punitive en provoquant des actes violents de vandalisme puis blesser son entourage. De son mal-ĂŞtre existentiel et nĂ©vrosĂ© en quĂŞte de reconnaissance affective, le rĂ©alisateur y extrait une rĂ©flexion sur l'avilissement du pouvoir le plus souverain. De par son sentiment mĂ©galo de se prĂ©tendre indestructible, son aptitude Ă  pouvoir contrĂ´ler et rĂ©gir son entourage par sa volontĂ© cĂ©rĂ©brale Ă©mane sa suprĂ©matie d'annihiler la terre ! Ainsi, Ă  travers une violence visuelle ultra homĂ©rique, la colère prĂ©alablement introvertie d'Andrew  explose littĂ©ralement lors d'un fracas de destruction urbaine massive ! Et niveau pyrotechnie, les sĂ©quences apocalyptiques de dĂ©vastation mĂ©tropolitaine sont transfigurĂ©es d'FX inventifs soumis Ă  la psychologie torturĂ©e de l'anti-hĂ©ros, alors que les fans du genre se remĂ©moreront facilement le manga culte Akira de Katsuhiro ĹŚtomo.


L'Enfant Cauchemar
Original et fun par son traitement ultra rĂ©aliste, puis davantage inquiĂ©tant et anxiogène au fil d'un rĂ©cit Ă  la progression dramatique implacable oscillant malaise et terreur, Chronicle dĂ©tonne par son vĂ©risme documentĂ© d'une intensitĂ© borderline (de par ses sentiments dichotomiques de rĂ©jouissance et d'apprĂ©hension que le spectateur ressent face Ă  un pouvoir aussi absolu). La prestance spontanĂ©e des comĂ©diens d'autant plus inconnus et la mise en scène ambitieuse dĂ©ployant des sĂ©quences hallucinĂ©es de destruction massive nous acheminant Ă  la cacophonie la plus cauchemardesque. Enfin, sa rĂ©flexion sur la solitude d'une jeunesse virtuelle ("j'ai dĂ©cidĂ© de tout filmer", dixit le hĂ©ros en prĂ©ambule !) obnubilĂ© par le pouvoir de l'image et la cĂ©lĂ©britĂ© nous laisse un goĂ»t aigre dans la bouche. 

* Bruno
27.04.12
11.09.23


mercredi 25 avril 2012

DETACHMENT

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site atthecinema.net

de Tony Kaye. 2011. U.S.A. 1h37. Avec Adrian Brody, Sam Gayle, Bryan Cranston, Lucy Liu, James Caan, Blythe Danner, Renée Felice Smith, Marcia Gay Harden, William Petersen, Tim Blake Nelson.

Sortie salles France: 01 FĂ©vrier 2012

FILMOGRAPHIE: Tony Kayle est un réalisateur, directeur de photo et producteur anglais, né en 1952. 1998: American History X
2011: Detachment
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"Jamais je ne me suis senti si profondément en un seul et même moment aussi... détaché de moi-même et tellement présent au monde" Albert Camus

Depuis 1998, nous Ă©tions restĂ©s sans nouvelle de Tony Kayle, rĂ©alisateur du percutant American History X. Une oeuvre choc d'une grande puissance dramatique sondant les rouages du parti de l'extrĂŞme droite Ă  travers l'engagement d'un jeune militant (magistralement interprĂ©tĂ© par Edward Norton). En l'occurrence, le rĂ©alisateur sort de son mutisme pour nous assĂ©ner un nouvel uppercut. Une production indĂ©pendante sortie dans l'indiffĂ©rence (en dĂ©pit de ses rĂ©compenses Ă  Deauville et Valenciennes) dĂ©montrant avec une noirceur implacable l'impuissance du milieu scolaire Ă  endoctriner une jeunesse caractĂ©rielle au bord de la faillite. Henry Barthes est un professeur remplaçant. Il est assignĂ© pendant 3 semaines dans un lycĂ©e difficile de la banlieue new-yorkaise. Lui qui s'efforce de toujours prendre ses distances va voir sa vie bouleversĂ©e par son passage dans cet Ă©tablissement.


Une société confinée dans le dénigrement peut-elle avancer ?
13 ans après American History XTony Kayle nous retrace avec Detachment le cheminement dĂ©sabusĂ© d'un professeur de lycĂ©e prĂŞchant les valeurs d'humanisme dans la spĂ©culation. Mis en scène avec un âpre rĂ©alisme proche du documentaire, ce constat impitoyable de l'Ă©chec scolaire nous Ă©prouve durement de son climat blafard hautement dĂ©pressif. Un prof remplaçant parvient Ă  prodiguer une certaine discipline Ă  ces Ă©lèves chahuteurs d'un lycĂ©e difficile. Mais son passĂ© galvaudĂ©, entachĂ© par le suicide de sa mère, l'Ă©tat pathologique de son grand-père sur le dĂ©clin, puis la rencontre impromptue d'une jeune prostituĂ©e, vont peu Ă  peu l'Ă©prouver lors de sa remise en question existentielle. Avec une sensibilitĂ© Ă©corchĂ©e et un humanisme empli de dĂ©sespoir, Tony Kayle nous livre ici un tableau Ă©lĂ©giaque d'une jeunesse discrĂ©ditĂ©e de tous repères. Par la faute d'une dĂ©mission parentale Ă©gocentrique rejetant leur responsabilitĂ© sur des professeurs tout aussi perdus et dĂ©semparĂ©s, la jeunesse new-yorkaise se morfond dans une dĂ©chĂ©ance en roue libre. Bien que ce professeur altruiste finisse par gagner la confiance de ses Ă©lèves perfectibles par la tolĂ©rance et l'Ă©rudition, le climat social en dĂ©gĂ©nĂ©rescence d'une sociĂ©tĂ© individualiste et l'inconfiance d'une population dĂ©sengagĂ©e finiront par ternir les aspirations personnelles. MĂŞme si au bout du chemin, la rĂ©demption d'une prostituĂ©e semble ĂŞtre la consolation d'un homme nĂ©vrosĂ© confrontĂ© Ă  la cĂ©citĂ© d'une sociĂ©tĂ© au bord du marasme. Dans un rĂ´le chĂ©tif empli d'humanitĂ© affaissĂ©e, Adrian Brody se dĂ©livre corps et âme ! Il livre avec pudeur une essentielle conviction spirituelle dans sa quĂŞte d'inculquer Ă  ses Ă©lèves l'importance d'ĂŞtre guidĂ©. Le soutien d'un Ă©ducateur aidant Ă  comprendre la complexitĂ© du monde dans lequel nous vivons. Notre nĂ©cessitĂ© de nous dĂ©fendre et nous battre contre la lassitude dans un processus de rĂ©flexion. Apprendre Ă  lire, Ă  stimuler notre imagination, Ă  cultiver notre propre conscience, notre propre système de croyances. Le besoin inhĂ©rent de ces compĂ©tences pour prĂ©server nos esprits.


"C'était une glace au coeur". "Un naufrage". "Un malaise du coeur".
SurchargĂ© en Ă©motion par un pessimisme foudroyant de nihilisme, Detachment ne pourra faire l'unanimitĂ© dans sa dĂ©tresse inconsolable fustigeant le genre humain. Pourtant, il s'agit d'un drame Ă©loquent qui interpelle et prend aux tripes dans son cri d'alarme assĂ©nĂ© au malaise de la nouvelle gĂ©nĂ©ration mais aussi aux adultes dĂ©valuĂ©s. Avec la prestance dĂ©pouillĂ©e de protagonistes Ă  la fragilitĂ© humaine flĂ©chissante, Tony Kaye nous illustre dans leur vĂ©ritĂ© humaine la lutte intrinsèque que chaque individu doit combattre pour Ă©clipser sa colère, ses injustices et renouer avec notre raison d'ĂŞtre. Detachment est alors une rĂ©flexion sur la foi, une quĂŞte identitaire (la plupart des gens jouent le rĂ´le de ce qu'ils croient ĂŞtre) sur ce que nous sommes capables d'extĂ©rioriser quand une personne lambda vous a acquise sa confiance, notamment l'importance que vous pouvez administrer aux yeux des autres. Ames sensibles et dĂ©pressifs, je vous prie nĂ©anmoins de vous abstenir car il est impossible de sortir indemne d'un tel fardeau discriminatoire pour Ă©noncer l'avilissement civil. Un tourbillon d'Ă©motions aussi ardues nous acheminant inĂ©vitablement au malaise ontologique !


Note: Hormis une critique globale relativement dubitative, Detachment a rĂ©coltĂ© quatre prix !
Prix de la rĂ©vĂ©lation Cartier et Prix de la critique Internationale au Festival de Deauville 2011, ainsi que le Grand Prix et le Prix du Public au Festival de Valenciennes 2011.

Un grand merci Ă  atthecinema.net
25.04.12
Bruno Matéï