vendredi 16 septembre 2016

LE PONT DE CASSANDRA

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

"The Cassandra Crossing" de George Pan Cosmatos. 1977. Italie/Angleterre/France/allemagne. 2h04. Avec Sophia Loren, Richard Harris, Burt Lancaster, Martin Sheen, Ava Gardner, O.J. Simpson, Ingrid Thulin.

Sortie salles France: 15 Juin 1977. U.S: 9 Février 1977

FILMOGRAPHIE: George Pan Cosmatos Ă©tait un rĂ©alisateur et scĂ©nariste grec nĂ© le 4 janvier 1941 Ă  Florence (Toscane, Italie), mort le 19 Avril 2005 Ă  Victoria (Colombie-Britannique, Canada) d'un cancer du poumon.1973 : SS ReprĂ©sailles. 1971 : The Beloved. 1977: Le Pont de Cassandra. 1979: Bons Baisers d'Athènes. 1983: Terreur Ă  Domicile. 1985: Rambo 2, la Mission. 1986: Cobra. 1989: Leviathan. 1993: Tombstone. 1997: Haute Trahison.


Sorti en pleine mouvance du genre catastrophe, le Pont de Cassandra porte la signature de George Pan Cosmatos, habile artisan de sĂ©rie B si je me rĂ©fère aux cĂ©lèbres Rambo 2, Cobra et Ă  moindre Ă©chelle, Haute Trahison. Mais bien avant ces classiques bourrins, le rĂ©alisateur d'origine grec nous avait dĂ©jĂ  offert deux de ses meilleurs mĂ©trages, Terreur Ă  Domicile et ce Pont de Cassandra. Fort d'une distribution prestigieuse rĂ©unissant selon la tradition du genre d'illustres stars tels que Sophia Loren, Richard Harris, Burt Lancaster, Martin Sheen, Ava Gardner et O.J. Simpson, le Pont de Cassandra ne s'embarrasse pas trop de clichĂ©s Ă©culĂ©s si bien que chaque comĂ©dien donne chair Ă  leur personnage avec une humble sobriĂ©tĂ©. Et si les amourettes futiles Ă©changĂ©es entre deux couples n'Ă©vitent pas le stĂ©rĂ©otype, les acteurs engagĂ©s parviennent tout de mĂŞme Ă  nous impliquer dans leur discorde et/ou rĂ©conciliation conjugales avec une certaine densitĂ© caractĂ©rielle. Par le principe du survival menĂ© sur rythme haletant sous le pilier d'un suspense tendu, George Pan Cosmatos parvient Ă  dĂ©poussiĂ©rer le genre grâce Ă  son concept inĂ©dit de dĂ©cor ferroviaire et Ă  son sujet alarmiste (le danger bactĂ©riologique) aux cimes du genre horrifique. A la suite d'un cambriolage dans un laboratoire mĂ©dical, l'un des malfrats contaminĂ©s par un produit toxique parvient Ă  s'Ă©vader pour se confiner Ă  l'intĂ©rieur d'un train. Rapidement, il est localisĂ© grâce aux services secrets de l'armĂ©e. Ces derniers ordonnant aux 1000 passagers de rester cloĂ®trĂ©s en interne du wagon pour ĂŞtre prochainement placĂ©s en quarantaine vers un village polonais. Mais sur leur chemin ferroviaire, ils doivent emprunter le pont de Cassandra, un viaduc fermĂ© depuis 1948. Une course contre la montre s'engage alors entre les passagers et les services d'ordre afin d'empĂŞcher le train de traverser le pont. 


Ce pitch original semĂ© de rebondissements (Spoil ! l'intrusion des militaires en combinaison afin de faire rĂ©gner l'ordre, le trafiquant de drogue semant la zizanie fin du Spoil) et revirements Ă©piques (Spoil ! sa dernière demi-heure multipliant les confrontations musclĂ©es d'Ă©changes de tir entre passagers rebelles et assaillants militaires fin du Spoil) gagne en vigueur au fil d'un cheminement dramatique prĂ©sageant un Ă©ventuel crash ferroviaire ! Mais bien avant l'apprĂ©hension d'arpenter ce fameux pont que Cosmatos filme Ă  la manière d'un spectre d'acier chargĂ© de silence, nos passagers embrigadĂ©s de force dans leur compartiment ont fort affaire avec l'hostilitĂ© de militaires affublĂ©s de combinaisons blanches. Baignant dans un climat de claustration irrespirable, le Pont de Cassandra parvient Ă  nous immerger dans une Ă©preuve de force morale que les passagers du train doivent transcender afin de rester en vie. Qui plus est, parmi l'apparition progressive de victimes contaminĂ©es par la peste pneumonique, une angoisse viscĂ©rale s'empare de notre psychĂ© depuis que ces dernières affaiblies par le virus sombrent dans une dĂ©chĂ©ance physique fĂ©brile. Pour accentuer l'intensitĂ© des enjeux humains et y dĂ©noncer les mĂ©thodes expĂ©ditives d'une armĂ©e sans vergogne, l'intrusion d'un colonel opiniâtre (remarquablement campĂ© par l'inflexible Burt Lancaster !) provoque l'ambiguĂŻtĂ© quant Ă  connaĂ®tre sa vĂ©ritable dĂ©ontologie Ă  prĂ©server ou Ă  sacrifier 1000 vies innocentes ! Ce dernier surveillant sur son Ă©cran radar l'itinĂ©raire du train tout en correspondant par Ă©metteur radio ses consignes drastiques auprès d'un mĂ©decin charitable. La peur viscĂ©rale de la maladie progressive et l'intuition de redouter une destination mortelle doublant donc la mise d'une terreur psychologique Ă  double visage !


Dernier train pour Cassandra
Empruntant la démarche du genre catastrophe sous un aspect novateur de survival horrifique fustigeant les expérimentations bactériologiques, Le Pont de Cassandra captive sans relâche le spectateur embarqué dans une descente aux enfers ferroviaire aussi anxiogène qu'oppressante. Le spectacle brillamment rodé et interprété culminant vers un point d'orgue cauchemardesque parmi le réalisme d'FX artisanaux en maquettes aux antipodes d'une production Toho

B.M. 4èx
16.09.2016
02.03.11. (179 vues)

mercredi 14 septembre 2016

Les Yeux sans Visage

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de George Franju. 1960. France. 1h28. Avec Pierre Brasseur, Alida Valli, Juliette Mayniel, Édith Scob, François Guérin, Alexandre Rignault, Béatrice Altariba, Charles Blavette, Claude Brasseur.

Sortie salles France: 11 janvier 1960.

FILMOGRAPHIEGeorges Franju est un réalisateur français, né le 12 avril 1912 à Fougères (Ille-et-Vilaine) et mort le 5 novembre 1987 (à 75 ans) à Paris. 1958 : La Tête contre les murs
1960 : Les Yeux sans visage. 1961 : Pleins feux sur l'assassin. 1962 : Thérèse Desqueyroux. 1963 : Judex. 1965 : Thomas l'imposteur. 1970 : La Faute de l'abbé Mouret. 1974 : Nuits rouges.


"L’apparence est le vĂŞtement de la personnalitĂ©."
Grand classique de l’horreur Ă  la française, Les Yeux sans Visage adapte le roman de Jean Redon publiĂ© en 1959. Aussi notoire que La Belle et la BĂŞte, le film tisse les thèmes de la beautĂ©, de la laideur et de l’amour avec une singularitĂ© troublante : une poĂ©sie maladive en Ă©mane, alternant sĂ©quences surrĂ©alistes oĂą le morbide se mĂŞle Ă  une mĂ©lancolie Ă©trange. L’hĂ©roĂŻne, dĂ©figurĂ©e par un accident, promène sa silhouette fragile tel un spectre errant, naufragĂ©e dans sa propre dĂ©sillusion. Coupable de cette difformitĂ©, son père, chirurgien Ă©minent, enlève de jeunes filles pour greffer Ă  sa fille une beautĂ© juvĂ©nile volĂ©e.

  
"La beautĂ© de l’apparence n’est qu’un charme de l’instant ; le corps ne reflète pas toujours l’âme."
Conte d’Ă©pouvante d’un humanisme aussi douloureux que dĂ©sespĂ©rĂ©, Les Yeux sans Visage invoque sacrifice, jeunesse Ă©ternelle et dissection clinique, transcendĂ© par l’onirisme de sa photographie noir et blanc. Le contraste frappe : la pĂ©nombre crĂ©pusculaire s’oppose Ă  la froideur aseptisĂ©e du manoir, laboratoire d’expĂ©riences et de vivisections. La mise en scène, minutieuse, Ă©chafaude une intrigue tordue, malsaine, oĂą Georges Franju impose son style documentaire sous une chape d’onirisme Ă©purĂ©, parfois enchanteur. Ă€ la densitĂ© narrative — corruption d’âmes aveuglĂ©es par l’Ă©goĂŻsme — rĂ©pond le jeu sobre des comĂ©diens, drapĂ© dans une Ă©locution théâtrale chère au cinĂ©ma français. Mais si Les Yeux sans Visage fascine, jusqu’Ă  l’opacitĂ©, dans sa quĂŞte formelle et sa rĂ©flexion sur l’identitĂ© morale et charnelle (Christiane, Ă©trangère Ă  son âme sous ce nouveau visage), c’est surtout grâce Ă  l’aura incandescente d’Édith Scob. VoilĂ©e d’un masque laiteux presque tout du long, elle n’a pour armes que la fièvre de son regard et la grâce de son corps longiligne, distillant une empathie amère pour cette victime complice, rongĂ©e de remords et de solitude.


"Les Voleurs de corps."
RĂ©cit horrifique dĂ©viant, collision de beautĂ© et de monstruositĂ©, Les Yeux sans Visage Ă©rige son style d’auteur dans l’Ă©crin d’un conte cruel, dĂ©shumanisĂ©. En dĂ©pit d’un rythme languissant qu’il faut apprivoiser, cette tragĂ©die familiale, Ă©cartelĂ©e entre remords, amour et orgueil, ensorcelle les sens d’un magnĂ©tisme Ă©thĂ©rĂ© qu’un second regard rĂ©vĂ©lera encore, Ă  la faveur de ses ombres et de ses secrets.

*Bruno 
13.06.25. 4èx

mardi 13 septembre 2016

Emilie, l'Enfant des Ténèbres / Il medaglione insanguinato


de Massimo Dallamano. 1975. Italie/Royaume-Uni. 1h30. Avec Richard Johnson, Joanna Cassidy, Ida Galli, Nicoletta Elmi, Edmund Purdom.

Sortie en salles en France le 21 mars 1979.  Sortie U.S.A: Mars 1976.

FILMOGRAPHIEMassimo Dallamano est un directeur de la photographie et un rĂ©alisateur italien nĂ© le 17 avril 1917, dĂ©cĂ©dĂ© le 4 Novembre 1976. 1968: Le tueur frappe trois fois. 1972: Mais qu'avez vous faits Ă  Solange ? 1973: Piège pour un tueur. 1974: La Lame Infernale. 1975: Emilie, l'enfant des TĂ©nèbres.
                                         

"..... Le Diable est à l'origine des premiers malheurs de l'humanité...... Il est l'ennemi secret qui a semé erreurs et calamités dans l'histoire de l'homme."
Sa saintetĂ©. Le Pape Paul VI.
 
"La Chambre aux tableaux". 
Illustre auteur des classiques du Giallo Mais qu’avez-vous fait Ă  Solange ? et La Lame Infernale, Massimo Dallamano signe en 1975 son dernier testament — il meurt quelques mois après la fin du tournage — Emilie, l’enfant des tĂ©nèbres. Surfant sur la vague de L’Exorciste, sorti deux ans plus tĂ´t, le film explore Ă  son tour les chemins du satanisme Ă  travers la possession d’une fillette traumatisĂ©e par la mort de sa mère, brĂ»lĂ©e vive sous ses yeux.

Le pitch : Michael vient de perdre sa femme dans un tragique incendie. Sa fille, Emilie, est brisĂ©e par cette perte maternelle. Pour faire le deuil, il part en Italie rĂ©aliser un reportage sur les fresques reprĂ©sentant le Diable. LĂ , irrĂ©sistiblement attirĂ© par un tableau Ă©trange — qu’une petite fille semble fuir, effrayĂ©e par l’apparition spectrale d’une dame en blanc —, il achète un mĂ©daillon dans une boutique d’antiquitĂ©s. Il l’offre Ă  Emilie. Dès lors, son comportement change. Elle devient irascible, imprĂ©visible.

Avec ce dernier long-mĂ©trage, Dallamano dĂ©laisse le Giallo pour s’aventurer dans un cinĂ©ma d’Ă©pouvante plus psychique, plus atmosphĂ©rique, dans le sillage de L’Exorciste. Il tisse ici une nouvelle variation sur la possession, doublĂ©e d’un drame de rĂ©incarnation et d’un trouble complexe d’Ĺ’dipe. Tout est dĂ©diĂ© Ă  l’Ă©trangetĂ© : nature crĂ©pusculaire baignĂ©e de lumière spectrale, villas provinciales saturĂ©es de silence... Emilie, l’enfant des tĂ©nèbres opte pour la suggestion, installe un suspense diffus, une langueur envoĂ»tante.

Sans surenchère sanglante, mĂŞme si quelques brèves secousses viennent Ă©branler l’âme — visions paniquĂ©es de villageois hostiles, lĂ©vitations d’objets, terreur pure figĂ©e sur le visage d’une enfant — Dallamano privilĂ©gie la retenue, bâtit une ambiance opaque, nourrie d’une fresque gothique d’une beautĂ© hermĂ©tique. Nos protagonistes se rĂ©unissent dans une vieille bâtisse, scrutent les dĂ©tails d’un tableau macabre peint deux siècles plus tĂ´t par un artiste inconnu. Rapidement, on soupçonne qu’Emilie serait la rĂ©incarnation d’une fillette jadis damnĂ©e. Le scĂ©nario se rĂ©pète aujourd’hui, guidĂ© par le mĂ©daillon maudit et la peinture d’un dĂ©mon cornu.

La prĂ©sence d’une comtesse sexagĂ©naire fĂ©rue d’Ă©sotĂ©risme ajoute un mystère insondable, alors que le père d’Emilie Ă©coute ses conseils avec scepticisme, pendant que sa nouvelle compagne, elle, prĂ©fère s’abandonner Ă  ses bras. Richard Johnson (l’inoubliable docteur de L’Enfer des zombies) et Joanna Cassidy forment un couple d’amants un brin Ă©quivoques, au comportement glacial face Ă  une certaine disparition.

Quant Ă  Nicoletta Elmi (La Baie sanglante, Chair pour Frankenstein, Les Frissons de l’angoisse), elle livre une prestation Ă©corchĂ©e, viscĂ©rale, d’une enfant nĂ©vrosĂ©e hantĂ©e par les rĂ©miniscences : flash-backs moyenâgeux, visions morbides de sa mère immolĂ©e. Son regard perdu dans le vide, la beautĂ© Ă©trange de ses taches de rousseur, la douceur de sa chevelure... elle dĂ©gage un charme vĂ©nĂ©neux, hypnotique, indicible.

Au-delĂ  des plages de calme consacrĂ©es aux investigations, la rĂ©ussite du film tient Ă  sa simplicitĂ© : il narre une tragĂ©die familiale oĂą se mĂŞlent inceste, sacrifice et Ĺ“dipianisme. C’est ce que rĂ©vèle sa dernière partie, Ă©lĂ©giaque, bouleversante, lorsqu’on dĂ©couvre le destin d’Emilie.                                


"Le Visage Blanc d’Émilie".
PassĂ© inaperçu Ă  sa sortie, encore ignorĂ© aujourd’hui (malgrĂ© quelques cinĂ©philes fidèles), ce dernier film de Dallamano scande un gothisme d’ambiance avec un esthĂ©tisme digne des plus beaux travaux de Bava. Il ne faut pas bouder la simplicitĂ© de son scĂ©nario — tout en mystère diffus et suspense latent — pour mieux se laisser bercer par ces images baroques d’une limpiditĂ© poĂ©tique : Emilie, le teint blĂŞme, toute de blanc vĂŞtue, pianotant dans une chambre envahie de tableaux…

PortĂ© par la mĂ©lodie lancinante et inoubliable de Stelvio Cipriani, Emilie, l’enfant des tĂ©nèbres honore la sĂ©rie B d’Ă©pouvante avec intelligence et humilitĂ©. Son point d’orgue poignant accouche finalement d’une mĂ©ditation troublante sur l’amour interdit et le pouvoir du Mal, transmis Ă  travers une postĂ©ritĂ© damnĂ©e.

*Bruno
12.01.23. 4èx
13.09.16. 
25.05.11. (422)

vendredi 9 septembre 2016

La Secte / La Setta

                                                                                                                           
 CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site IMDb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives

de Michel Soavi. 1991. Italie. 1h56. Avec  Kelly Curtis, Herbert Lom, Mariangela Giordano, Michel Adatte, Tomas Arana, Donald O'Brien.

Inédit en salles en France. Sortie Italie: 1er Mars 1991

FILMOGRAPHIE: Michele Soavi est un réalisateur italien né le 3 Juillet 1957 à Milan, (Italie).
1985: The Valley (vidéo). 1985: Le Monde de l'horreur (Documentaire). 1987: Bloody Bird. 1989: Le Sanctuaire. 1991: La Secte. 1994: Dellamorte Dellamore. 2006: Arrivederci amore, ciao. 2008: Il sangue dei vinti.


Deux ans après Le Sanctuaire, l’Ă©toile montante Michele Soavi poursuit son ascension avec La Secte, un film qui surpasse mĂŞme son premier coup d’essai — le psycho-killer onirique Bloody Bird, alors acclamĂ© par les fans. InĂ©dit en salles françaises et Ă  nouveau coproduit par son pair Dario Argento, La Secte s’inspire librement du schĂ©ma de Rosemary’s Baby, qu’il dynamite avec une inventivitĂ© en roue libre. VĂ©ritable cauchemar Ă©veillĂ© d’un onirisme macabre et vĂ©nĂ©neux, Michele Soavi renouvelle les codes de l’horreur sataniste par le biais d’un scĂ©nario incongru, foisonnant de revirements hallucinĂ©s et de situations outrageusement insolentes.

Miriam, jeune femme cĂ©libataire, se retrouve piĂ©gĂ©e dans une conjuration dĂ©moniaque après avoir recueilli un vieil homme accidentĂ©. Dès lors, les Ă©vĂ©nements inquiĂ©tants s’enchaĂ®nent sans relâche — depuis l’instant oĂą l’inconnu, dans un geste inexplicable, lui inocule un insecte dans la narine… avant de mourir subitement.


Soignant une mise en scène personnelle, Ă  la fois fluide et baroque, Soavi joue de travellings vĂ©loces, de plans subjectifs et d’angles tarabiscotĂ©s pour Ă©pouser le vertige de son rĂ©cit. Il brouille les frontières du rĂ©el en confondant les dĂ©cors d’une nature champĂŞtre avec une scĂ©nographie fĂ©erique. Le cadre fourmille d’objets et de dĂ©tails Ă©nigmatiques — agenda, seringue, journal, cercueil, eau, chiffon — tissant un rĂ©seau d’indices dans un espace aussi domestique qu’Ă©trangement surnaturel. L’intrusion rĂ©currente d’animaux et d’insectes (le "lapin", le "marabout") renforce le sentiment de dĂ©rĂ©alisation, alors que l’hĂ©roĂŻne s’enfonce dans un labyrinthe mental sans issue.

Prenant le temps de dĂ©ployer sa narration Ă  travers une succession d’incidents — parfois infligĂ©s Ă  ses proches — Soavi nous entraĂ®ne dans une descente aux enfers hypnotique, jusqu’Ă  l’Ă©veil d’une initiation malĂ©fique. Ă€ l’image de ce puits abyssal tapi dans la cave domestique, trou noir oĂą semble converger la stratĂ©gie dĂ©moniale. Si La Secte paraĂ®t de prime abord dĂ©cousue, son rĂ©cit se clarifie peu Ă  peu, jusqu’Ă  offrir un dernier acte aussi limpide qu’Ă©prouvant. Dans une ambiance tangible et superbement Ă©clairĂ©e, Soavi injecte sporadiquement des sĂ©quences-chocs, typiques du gothique latin, qui nous heurtent par leur cruditĂ© organique, appuyĂ©es de trucages artisanaux saisissants — comme ce rituel sataniste, sauvage, invoquĂ© sous une lune sĂ©pulcrale.


Ambitieux, mĂ©ticuleux, habitĂ©, rafraichissant, Michele Soavi redonne ses lettres de noblesse au cinĂ©ma d’horreur transalpin, avec un esprit premier degrĂ© et une modernitĂ© inespĂ©rĂ©e. La Secte, version latine et hallucinĂ©e de Rosemary’s Baby, ne cesse d’inquiĂ©ter, de dĂ©ranger, de surprendre — jusqu’au cĹ“ur mallĂ©able du quotidien d’une Ă©lue tiraillĂ©e entre sa morale et l’appel trouble du Mal.

E-B
08.05.25. 4èx. VIstfr

jeudi 8 septembre 2016

OSLO, 31 AOUT. Grand prix du jury long-métrage européen.

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemapassion.com

"Oslo, 31. august" de Joachim Trier. 2011. Norvège. 1h35. Avec Anders Danielsen Lie, Hans Olav Brenner, Ingrid Olava, Petter With, Malin Crépin, Tone Beate Mostraum

Sortie salles France: 29 Février 2012. Norvège: 31 Août 2011

FILMOGRAPHIEJoachim Trier est un réalisateur et scénariste norvégien, né à Copenhague en 1974. 2006: Reprise. 2011: Oslo, 31 août. 2015: Back Home.


Drame psychologique relatant avec réalisme documenté la réinsertion sociale d'un jeune toxico de retour dans sa ville natale, Oslo, 31 Août doit beaucoup de sa vigueur émotive à la maîtrise de sa mise en scène rigoureusement personnelle et au talent criant de vérité du jeune Anbders Danielsen Lie. Ce dernier se livrant corps et âme face caméra avec un humanisme à bout de souffle. Accablé par le poids de sa solitude, l'aigreur, le désespoir, la susceptibilité, Anders tente timidement de se raccrocher à la réconciliation de son ex amie avant de contacter en dernier ressort ces anciennes fréquentations.


Introverti, timoré, placide, Anders déambule tel un fantôme errant au sein d'une cité urbaine où citadins expansifs et couples amoureux semblent en harmonie existentielle. Du moins en apparence si bien que chacun de nous dépendons d'un jardin secret de notre propre personnalité. Sans verser dans une sinistrose complaisante (le film baignant dans un climat austère perpétuellement anxiogène), Joachim Trier s'efforce d'illustrer avec souci de vérité l'introspection cafardeuse de ce jeune repenti à deux doigts de chavirer vers le néant. C'est d'ailleurs ce que nous dévoile ouvertement son prologue pessimiste avant qu'Anders ne se ravise de se noyer dans un lac. Durant son cheminement itinérant, nous poursuivons ses errances urbaines avec l'appui d'anciens collègues et d'une nouvelle partenaire finalement peu attentifs à son désarroi affectif et à sa désillusion d'un avenir sans lendemain. Au-delà de traiter de la difficulté de s'extraire de la drogue dure, le réalisateur s'attarde surtout à relever les conséquences tragiques du poids (écrasant) de la solitude lorsqu'un jeune toxico en voie de convalescence tente vainement de se raccrocher au fil de l'espoir. Celui de l'amour d'une ex auquel il songeait renouer quand bien même cette dernière hésite à lui tendre la main, faute d'un passé trop lourd à porter. Avec une attention toute particulière, Joachim Trier filme les témoignage amicaux partagés entre vivacité et allégresse tout en scrutant ostensiblement le regard meurtri d'Anders, victime malgré lui de son isolement inconsolable, entre non-dits et causettes futiles.


D'un pessimisme plombant, Joachim trier dresse le portrait infortunĂ© d'un jeune toxico trop fragile Ă  pouvoir survivre dans une sociĂ©tĂ© en perpĂ©tuel mouvement oĂą chacun des tĂ©moins ne songe finalement qu'Ă  son propre intĂ©rĂŞt. Constat monocorde sur l'hypocrisie de l'amitiĂ© et la cruautĂ© de l'amour, Oslo, 31 AoĂ»t jette un pavĂ© dans la marre sur l'individualisme de nos civilisations contemporaines. 

Dédicace à Franck Gossard.

Récompenses
24e festival Premiers Plans d'Angers : Grand prix du jury long-métrage européen et prix Jean-Carmet d'interprétation masculine pour Anders Danielsen Lie.
Cheval de bronze au Festival international du film de Stockholm de 2011

mardi 6 septembre 2016

WARGAMES

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemateaser.com

de John Badham. 1983. U.S.A. 1h55. Avec Matthew Broderick, Ally Sheedy, Dabney Coleman, Barry Corbin, John Wood.

Sortie salles France: 14 Décembre 1983. U.S: 3 Juin 1983

FILMOGRAPHIE: John Badham est un réalisateur et producteur britannique, né le 25 Août 1939 à Luton. 1976: Bingo. 1977: La Fièvre du samedi soir. 1979: Dracula. 1981: C'est ma vie après tout. 1983: Tonnerre de feu. 1983: Wargames. 1985: Le Prix de l'exploit. 1986: Short Circuit. 1987: Etroite Surveillance. 1990: Comme un oiseau sur la branche. 1991: La Manière Forte. 1992: Nom de code: Nina. 1993: Indiscrétion Assurée. 1994: Drop Zone. 1995: Meurtre en suspens. 1997: Incognito. 1998: Road Movie.


Gros succès en salles (79 567 667 dollars de recette contre un budget de 12 000 000), Wargames est l'oeuvre de John Badham, maĂ®tre du divertissement Ă  qui l'on doit le somptueux Dracula (beaucoup plus classieux Ă  mon sens que la flamboyante relecture de Coppola), le bouleversant C'est ma vie après tout (drame sur l'euthanasie), le tonitruant Tonnerre de Feu (actionner militant contre les nouvelles technologie de l'armĂ©e aĂ©rienne et de l'espionnage industriel) et le classique musical La Fièvre du samedi soir (tĂ©moignage naĂŻf de la vogue du Disco Ă  la fin des Seventies). TournĂ© en 1983, Wargames est mon sens sa dernière grande rĂ©ussite mĂŞme si la suite de sa filmographie enchaĂ®ne une poignĂ©e d'autres excellents mĂ©trages aussi carrĂ©s dans l'art du savoir-faire ludique. Par le biais d'un concept aussi singulier qu'improbable (un ordinateur optimal capable de provoquer la 3è guerre mondiale en moins de 52 heures !), John Badham parvient aisĂ©ment Ă  crĂ©dibiliser pareille utopie dans l'art de conter, dans la complicitĂ© fougueuse des comĂ©diens et dans le savoir-faire technique d'une rĂ©alisation scrupuleuse s'efforçant de documenter le corps informatique ! Haletant et passionnant dans son lot de rebondissements et poursuites que notre hĂ©ros juvĂ©nile doit dĂ©jouer afin de prĂ©munir l'humanitĂ©, l'intrigue se focalise sur sa condition de victime hĂ©roĂŻque.


David Ă©tant un gĂ©nie informaticien ayant parvenu avec l'aide de son ordinateur Ă  infiltrer un système informatique au sein du rĂ©seau de dĂ©fense militaire. Croyant Ă©changer une partie de jeu video avec NORAD (un ordinateur conçu pour la surveillance de l'espace aĂ©rien et prĂ©dire les pertes humaines en cas de guerre nuclĂ©aire, nouveau substitut de l'homme trop faillible Ă  impulser le bouton rouge ! ), David Lightman dĂ©clenche sans le savoir une guerre thermonuclĂ©aire globale contre l'URSS. Dès lors, persuadĂ©s qu'ils ont affaire Ă  un espion pro-russe sur leur sol amĂ©ricain, des agents se lancent Ă  ses trousses. Avec l'aide de son amie Jennifer, David va notamment tenter d'entrer en contact avec le crĂ©ateur de l'ordinateur, le professeur Falken afin d'obstruer les prĂ©dictions mortuaires de NORAD. D'une efficacitĂ© Ă  toutes Ă©preuves, Wargames s'avère si remarquablement coordonnĂ© dans sa gestion du suspense exponentiel qu'on a beau connaĂ®tre l'issue de son enjeu catastrophiste, le caractère haletant puis affolant de la situation (rendue ingĂ©rable !) insuffle une vigueur jubilatoire ! Car sous l'autoritĂ© faillible du tĂ©moignage militaire et du duo juvĂ©nile en quĂŞte de soutien, nous restons fascinĂ©s car accrochĂ©s Ă  notre siège Ă  observer leurs ultimes recours de contrecarrer le projet belliciste d'une machine Ă©chappant au contrĂ´le de son crĂ©ateur ! Diatribe contre le pĂ©ril nuclĂ©aire Ă  renfort d'humour caustique, le rĂ©alisateur en profite sous couvert de divertissement de nous alerter des dangers du progrès informatique si l'homme dĂ©cidait un jour de nous substituer d'une responsabilitĂ© cruciale ! (l'ordinateur impassible n'accordant aucune clĂ©mence ni empathie pour l'Ă©ventuel sort de millions de pertes humaines en cas de conflit atomique).


D'une incroyable frĂ©nĂ©sie pour l'intensitĂ© des enjeux humains Ă  grande Ă©chelle et d'une folle originalitĂ© pour son concept catastrophiste en chute libre, Wargames captive et passionne avec un brio technique jubilatoire. Pour clore avec une pincĂ©e de nostalgie, on peut Ă©galement prĂ´ner les prestations attachantes de Matthew Broderick en informaticien facĂ©tieux et d'Ally Sheedy lui partageant tendrement la vedette en petite amie avenante. Un p'tit chef-d'oeuvre d'humour au vitriol (Spoil !!! si bien qu'il s'agit au final d'une immense farce sarcastique ! fin du Spoil) doublĂ© d'un modèle de suspense Ă  redĂ©couvrir d'urgence ! 

E-B

lundi 5 septembre 2016

LES AILES DE L'ENFER

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

"Con Air" de Simon West. 1997. U.S.A. 1h55. Avec Nicolas Cage, John Malkovich, John Cusack, Steve Buscemi, Ving Rhames, Colm Meaney, Nick Chinlund.

Sortie salles France: 6 Juin 1997. U.S: 20 Août 1997

FILMOGRAPHIE: Simon West est un réalisateur, producteur et scénariste britannique né en 1961 à Letchworth (Royaume-Uni). 1997 : Les Ailes de l'enfer. 1999 : Le Déshonneur d'Elisabeth Campbell. 2001 : Lara Croft : Tomb Raider. 2006 : Terreur sur la ligne. 2011 : Le Flingueur. 2012 : Expendables 2 : Unité spéciale. 2012 : 12 heures. 2015 : Joker. 2016 : Stratton. 2017: Salty.


Blockbuster des annĂ©es 90 ayant remportĂ© un succès considĂ©rable, Les Ailes de l'Enfer fait parti de ses rĂ©ussites du genre ayant sur exploiter avec beaucoup d'efficacitĂ© une action homĂ©rique sous l'effigie d'un pitch assez dĂ©lirant. Cameron Poe vient de purger une peine de 8 ans de prison pour homicide alors qu'il venait de secourir sa femme lors d'une rixe. Avant de retrouver sa libertĂ©, il doit embarquĂ© Ă  bord d'un avion pĂ©nitenciaire avec Ă  son bord une communautĂ© de criminels extrĂŞmement dangereux. Ayant pris le contrĂ´le de l'appareil lors d'une stratĂ©gie prĂ©alablement planifiĂ©e par leur leader Cyrus, ces derniers dĂ©cident de prendre en otage l'appareil afin de rejoindre Las Vegas. EpaulĂ© d'un Marshall restĂ© au sol, Cameron va tenter d'empĂŞcher leur plan d'action. Un script linĂ©aire sans surprise que Simon West parvient pourtant Ă  transcender grâce au soin de sa mise en scène nerveuse (vĂ©locitĂ© du montage Ă  l'appui !) et de la complicitĂ© attractive des comĂ©diens s'en donnant Ă  coeur joie dans leur archĂ©type criminel. Mention spĂ©ciale au charismatique John Malkovich endossant avec une spontanĂ©itĂ© placide un leader aussi finaud que sans pitiĂ©.


Si Nicolas Cage joue les redresseurs de tort avec une prĂ©tention modeste (si bien que l'on s'amuse parfois de ses acrobaties outrĂ©es sous l'autoritĂ© de son regard inflexible), il parvient Ă  rendre attachant son personnage hĂ©roĂŻque multipliant risques et subterfuges contre l'autoritĂ© de ses alliĂ©es, tout en insufflant au final bouffĂ©e de tendresse dans sa fonction paternelle en requĂŞte d'amour. Si sa bluette sentimentale impartie avec sa compagne n'Ă©pargne pas les clichĂ©s et la mièvrerie, on se prend tout de mĂŞme d'empathie pour leurs retrouvailles escomptĂ©es lorsque sa fille le repousse timidement avant de se rĂ©conforter dans ses bras. Grâce Ă  son contexte dĂ©bridĂ© de huis-clos aĂ©rien et Ă  un schĂ©ma narratif plutĂ´t bien ficelĂ©, les Ailes de l'Enfer rĂ©ussit pleinement son contrat de divertissement jouissif. Tant par le souffle spectaculaire des scènes d'action (au service narratif !) que de l'exploitation des dĂ©cors (comme ceux dĂ©charnĂ©s d'un cimetière d'avion que les criminels empruntent pour une escale en plein dĂ©sert). Cette nouvelle situation de trĂŞve permettra ensuite de renouveler l'action des enjeux sous l'impulsion de Cameron et du Marschall secrètement en concertation afin de dĂ©jouer l'Ă©vasion des criminels. Les fĂ©dĂ©raux en retrait participant Ă©galement au conflit sur terre et dans les airs ! Et pour parachever de la manière la plus cinglante, Simon West surenchĂ©rit l'action vertigineuse lors d'un point d'orgue catastrophiste sans doute inspirĂ© du procĂ©dĂ© gĂ©nĂ©reux de Speed de Jan De Bont (offrir une dernière gerbe de pyrotechnie alors que l'on pensait l'action achevĂ©e !).


Hormis ses instants d'intimitĂ© naĂŻve (les rapports cucul la praline du couple) et une violence racoleuse souvent gratuite (hĂ©ritiaire d'"Hollywood Night"), les Ailes de l'Enfer affiche une Ă©nergie galvanisante dans son concentrĂ© d'actions explosives et d'humour noir exprimĂ© par des taulards cabotins hauts en couleur ! (les seconds-rĂ´les s'en donnant Ă  coeur joie dans leur vanitĂ© cynique). Un excellent spectacle donc, aussi fun que dĂ©complexĂ©, si bien que les 1h55 s'Ă©coulent comme une lettre Ă  la poste ! 

E-B

jeudi 1 septembre 2016

Six Feet Under

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site www.sixfeetunder-france.com

Créé par Alan Ball. 2001/2005. U.S.A. Avec  Peter Krause, Michael C. Hall, Frances Conroy, Lauren Ambrose, Rachel Griffiths, Jeremy Sisto, Freddy RodrĂ­guez, Justina Machado, Mathew St. Patrick,
Richard Jenkins, Lili Taylor, Brenna et Bronwyn Tosh, James Cromwell, Tina Holmes.

Diffusion TV:  3 juin 200121 aoĂ»t 2005


Avant-propos: "Lorsque j'ai regardĂ© (avec beaucoup de craintes, de tension et d'apprĂ©hension) le dernier Ă©pisode, je me suis vu au final vieillir et Mourir. En l'occurrence, il ne me reste plus qu'Ă  Vivre".

"Le chemin qui mène à la sagesse et au bonheur est long, tortueux et semé d'obstacles"
5 semaines ! C'est le temps qu'il m'aura fallu pour dĂ©vorer les 5 saisons de Six Feet Under rĂ©unissant 63 Ă©pisodes ! Une sĂ©rie inoxydable d'une vigueur dramatique vertigineuse (particulièrement l'ultime saison ! ) sachant que les thèmes universels brillamment autopsiĂ©s sont traitĂ©s sans pathos ni fioriture. A savoir la Vie, l'Amour, la Mort que la famille Fisher cĂ´toie quotidiennement avec un humanisme aussi pugnace que fragile et torturĂ©. Comment s'extirper d'une sĂ©rie dramatique aussi rĂ©aliste dans la ferveur des sentiments après avoir vĂ©cu aussi intimement les vicissitudes de Nathaniel (père), Ruth, David, Keith, Claire, George, Rico, Vanessa, Lisa, Olivier, Maggie, Billy, Brenda et Nathaniel (Junior - mon personnage fĂ©tiche - !) ! ? Ces derniers s'efforçant communĂ©ment de cristalliser leur destin avec une ambition partagĂ©s entre dĂ©sespoir et fureur de s'affirmer ! Car outre sa leçon de vie et l'hymne Ă  l'amour conjugal que les crĂ©ateurs nous inculquent sans mièvrerie, la sĂ©rie baigne subtilement dans un anticonformisme caustique sous l'impulsion des tĂ©moins familiaux et amicaux (drogue, homosexualitĂ©, bisexualitĂ©, saphisme, Ă©changisme, inceste, schizophrĂ©nie, pĂ©dophilie, sadomasochisme, adultère sont traitĂ©s sans concession ni voyeurisme).


"La vie est simple mais nous insistons Ă  la rendre compliquĂ©e". 
Car aussi imparfaite soit-elle, la Famille Fisher incarne avec une sensibilitĂ© digne la complexitĂ© de notre nature humaine incessamment ballottĂ©e entre l'optimisme (nos dĂ©sirs, nos sentiments amoureux) et le pessimisme (l'angoisse de l'abandon et notre crainte de la mort). La peur de clore ses jours sous le poids de la solitude, sans amour, ni soutien, ni amant. La peur de rater sa vie (sentimentale et professionnelle), la peur de ne plus aimer, la peur de mourir brièvement sans avoir pu concrĂ©tiser nos espoirs et nos rĂŞves ! Les crĂ©ateurs de la sĂ©rie nous plongeant Ă©galement dans les pensĂ©es intimes les plus anxiogènes et malsaines des personnages depuis leur remise en question et leur crainte de l'Ă©chec. Par le biais des rapports conjugaux en perpĂ©tuel discorde, Six Feet Under tend Ă  souligner qu'au sein de notre sociĂ©tĂ© contemporaine nous nous sommes Ă©garĂ©s dans l'instabilitĂ©, l'Ă©goĂŻsme et la nĂ©vrose (aussi intelligents et Ă©rudits que nous puissions l'ĂŞtre), la lâchetĂ©, le mensonge, le simulacre, car trop individualistes (et donc pas assez Ă  l'Ă©coute de l'autre) quant Ă  notre quĂŞte idĂ©ale d'amour absolu. Comme il est difficile d'aimer avec sincĂ©ritĂ© infaillible et d'ĂŞtre autant aimĂ© en retour, comme il est difficile de fonder une famille lorsque l'on enchaĂ®ne les erreurs et les Ă©checs et que le manque de confiance en soi tend Ă  nous fragiliser toujours un peu plus au fil de notre cheminement identitaire. La peur, toujours cette peur viscĂ©rale, sensorielle ! De vivre, d'aimer, de mourir, de s'affirmer, de s'accomplir, de risquer les dĂ©fis ! La fougue, l'exaltation amoureuse, ce besoin de tendresse immodĂ©rĂ©e, la famille Fisher s'y plonge trop vite au fil de rencontres passionnelles oĂą chacun des nouveaux compagnons extĂ©riorise ce mĂŞme sentiment d'indĂ©cision, d'Ă©goĂŻsme, de jalousie et de peur de l'Ă©chec. Portrait crachĂ© de l'ĂŞtre humain tributaire de sa complexitĂ© et ses contradictions, de ses dĂ©fauts et de ses qualitĂ©s !


"Parfois il suffit d'une série pour atteindre la perfection".
Quant Ă  la mort omniprĂ©sente que soulèvent les prologues de chaque Ă©pisode (afin de mieux nous interroger sur son absurditĂ© et le sens d'une hĂ©rĂ©ditĂ© aussi fatale !), Six Feet Under l'aborde avec autant de gravitĂ© et de poĂ©sie que d'humour noir si bien que la peur de trĂ©passer et de perdre l'ĂŞtre cher parviennent constamment Ă  nous rappeler Ă  la raison d'une valeur essentielle ! Celle de chĂ©rir l'instant prĂ©sent au lieu de s'apitoyer sur son sort existentiel. Le fait de cĂ´toyer la mort Ă  chaque Ă©pisode nous amène Ă  nous rĂ©concilier avec cette injustice puisque nous ne tenons qu'Ă  un fil et qu'il est donc urgent d'aimer ceux qui nous sont proches et encore en vie. Outre son exutoire mortifère et sa rĂ©flexion fructueuse sur la spiritualitĂ© et l'athĂ©isme, Six Feet Under constitue Ă©galement un hymne Ă  la fidĂ©litĂ© amicale Ă  travers l'esprit de famille que nous caractĂ©risent fĂ©brilement les Fisher. Car devenant au fil progressif des Ă©pisodes des personnages intimes de notre quotidiennetĂ© en constante Ă©volution comme s'ils s'agissaient de nouveaux membres de notre famille. Sur ce point, lĂ  encore la sĂ©rie frappe TRES fort (et s'avère mĂŞme sa plus grande rĂ©ussite !) sachant que TOUS les comĂ©diens criants de spontanĂ©itĂ© et de vĂ©hĂ©mence nous Ă©meuvent et nous bouleversent avec une acuitĂ© viscĂ©rale parfois inconsolable. Les Fisher devenant de vĂ©ritables amis, de nouveaux parents qu'on ne demande qu'Ă  daigner protĂ©ger au-delĂ  de notre lucarne TV ! Ce qui m'amène Ă  vous souffler un petit mot sur le dernier Ă©pisode de la saison 5. Le moment Ă©motionnel le plus ardu (et rĂ©dempteur !) que je n'ai jamais subi de mĂ©moire de cinĂ©phile ! Une conclusion dĂ©chirante, "dĂ©vastatrice" (pour reprendre un terme que j'ai osĂ© "piller" dans une critique), d'une poĂ©sie limpide proche de l'enchantement (alors qu'elle ne cesse de cumuler la rĂ©sultante de destins morbides !). Un cadeau d'adieux pour une famille infortunĂ©e unie par les liens du bonheur et du malheur alors qu'elle puise son attachement dans sa facture la plus ordinaire ! On en sort Ă©videmment Ă©branlĂ© Ă  jamais, aussi bouleversĂ© que grandi (notre perception de la vie et de la mort ayant Ă©voluĂ© au fil des saisons !) car il est si bon de vivre et d'aimer notre entourage le plus proche, de s'enthousiasmer pour son prochain avant de s'exiler inĂ©vitablement six pieds sous terre ! Car malgrĂ© sa cruautĂ© et son injustice, la vie reste belle et si fragile. RĂ©pĂ©tez-le vous chaque matin car tout a une fin si bien que nous ne savons pas quand l'horloge s'arrĂŞtera...

A Pascal...
Dédicace à Isabelle Rocton et à mon entourage.

J'ai tant reçu de la vie, de joie, de tendresse, de plaisir, d'amitié, de bonheur, de savoir, que ma seule angoisse est de n'avoir pas su donner assez avant de m'endormir...
Jean Marais


Récompenses
Emmy Award 2002 : Meilleur réalisateur de série dramatique pour Alan Ball
Emmy Award 2002 : Meilleur casting pour une série dramatique
Emmy Award 2002 : Meilleurs maquillages pour l’Ă©pisode IntimitĂ© (A Private Life)
Emmy Award 2002 : Meilleur thème musical pour Thomas Newman
Emmy Award 2002 : Meilleur générique
Emmy Award 2002 : Meilleure participation d’actrice pour Patricia Clarkson
Golden Globe 2002 : Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Rachel Griffiths
Golden Globe 2002 : Meilleure Série Dramatique
Emmy Award 2003 : Meilleur casting pour une série dramatique
Golden Globe 2004 : Meilleure actrice dans une série dramatique pour Frances Conroy

TANK GIRL

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Rachel Talalay. 1995. U.S.A. 1h44. Avec Lori Petty, Ice-T, Naomi Watts, Don Harvey, Jeff Kober, Reg E. Cathey, Malcolm Mc Dowel.

Sortie salles U.S: 31 mars 1995. France: 12 juillet 1995

FILMOGRAPHIE: Rachel Talalay est une productrice et réalisatrice américaine née à Chicago dans l'Illinois. 1991 : La Fin de Freddy - L'ultime cauchemar. 1993: Le Tueur du futur. 1995: Tank Girl


Echec commercial et critique si je ne m'abuse, Tank Girl est la dernière rĂ©alisation de Rachel Talalay, cinĂ©aste Ă  qui l'on doit le mĂ©diocre 6è volet de la Fin de Freddy et le non moins sympathique Ghost Machine (Le Tueur du Futur). Librement inspirĂ© du comics Ă©ponyme d'Alan Martin et Jamie Hewlett publiĂ© en 88, Tank Girl s'affiche en sĂ©rie B dĂ©complexĂ©e sous l'impulsion d'une hĂ©roĂŻne effrontĂ©e Ă©voluant au sein d'un univers post-apo. En 2022, après l'explosion d'une comète sur la terre, une sĂ©cheresse s'Ă©tale sur une durĂ©e de 11 ans. Rebecca Buck, rĂ©sistante impavide, tente de s'approprier l'eau du dictateur Kesslee au sein de son entreprise hydraulique. Mais lors d'une offensive avec les "Ă©ventreurs", Rebecca est retenue prisonnière par les sbires de Kesslee. Soumise Ă  l'esclavage dans une mine, elle tente de s'Ă©chapper en dĂ©robant un tank avec l'aide de la prisonnière, Jet Girl (Naomi Watts, Ă©tonnamment Ă  l'aise dans un rĂ´le Ă  contre-emploi !).


Spectacle d'action et de fantaisies en roue libre fonctionnant sur l'abattage d'une punk haute en couleurs, Tank Girl insuffle une bonne humeur communicative en la prĂ©sence de la survoltĂ©e Lori Petty (Point Break). Cette dernière endossant la cool attitude d'une militante avec une rĂ©partie expansive et un charme sexy gentiment provocant ! Insouciante et stoĂŻque Ă  toutes Ă©preuves de force, Lori Petty exprime une dĂ©rision irrĂ©sistible dans sa fonction de dĂ©tenue sans peur ni reproche puis dans son cheminement homĂ©rique après s'ĂŞtre libĂ©rĂ©e de ses chaines. Autour d'elle et au fil de ses rencontres dans un crĂ©puscule aride, des personnages hybrides (les hommes kangourous) vont lui prĂŞter main forte afin de combattre le tyran Kessler. Malcolm McDowell endossant avec un naturel aussi dĂ©complexĂ© l'archĂ©type du dictateur aussi pervers que cruel. EmaillĂ© de sĂ©quences d'actions explosives particulièrement rĂ©jouissantes et d'idĂ©es folingues (Ă  l'instar des gadgets visuels impartis Ă  certaines armes), Tank Girl parvient Ă  amuser le spectateur par son esprit post-nuke cartoonesque oĂą humour potache et violence inoffensive font bon mĂ©nage. Rachel Talalay tablant notamment sur le rythme d'une bande-son rock fulgurante (on y croise Portishead, Busch, Hole, Bjork, L7, Devo, Ice-T, etc) et sur des planches animĂ©es particulièrement expressives.


"On sauve le monde ... Mais d'abord on boit une bière "
Fun et jouissif, drĂ´le, un brin vulgaire et grotesque, Tank Girl parvient facilement Ă  transcender son schĂ©ma narratif classique par le biais de situations pittoresques surgies de nulle part (notamment cette sĂ©quence improvisĂ©e de music-hall !), de stratĂ©gies guerrières planifiĂ©es, d'une action Ă©tonnamment Ă©pique et de la bonne humeur de personnages extravagants assumant pleinement leur fonction clownesque (les hommes kangourous plutĂ´t dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s !). Inscrit dans un esprit Bis dĂ©complexĂ©, Tank Girl fait office de sĂ©rie B culte (maudite !) sous le ressort d'un enthousiasme exaltant ! 

E-B

mercredi 31 août 2016

LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site traileraddict.com

"The Day the Earth Stood Still" de Robert Wise. 1951. U.S.A. 1h32. Avec Michael Rennie, Patricia Neal, Hugh Marlowe, Sam Jaffe, Billy Gray, Frances Bavier.

Sortie salles France: 18 Septembre 1952. U.S: 28 Septembre 1951

FILMOGRAPHIE: Robert Wise est un réalisateur, scénariste, producteur, monteur né le 10 Septembre 1914, décédé le 14 Septembre 2005 à Winchester (Indiana).
1944: La Malédiction des Hommes Chats, 1945: Le Récupérateur de cadavres, 1948: Ciel Rouge. Né pour Tuer. 1949: Nous avons gagné ce soir. 1952: La Ville Captive. 1952: Le Jour où la terre s'arrêta. 1954: Les Rats du Désert. 1957: Marqué par la Haine. 1958: l'Odyssée du sous-marin Nerka. 1962: West Side Story. 1964: La Maison du Diable. 1966: La Mélodie du Bonheur. 1967: La Canonnière du Yang-Tsé. 1972: Le Mystère Andromède. 1975: L'Odyssée du Hindenburg. 1977: Audrey Rose. 1980: Star Trek. 1989: Les Toits. 2000: Une Tempête en été (télé-film)


Grand classique des annĂ©es 50, le Jour oĂą la terre s'arrĂŞta aborde la science-fiction intimiste pour mettre en garde notre rapport belliqueux avec l'arme nuclĂ©aire. Robert Wise imaginant sans esbroufe l'arrivĂ©e sur terre d'un extra-terrestre messianique et d'un robot indestructible afin de nous avertir des dangers de nos nouvelles technologies (fusĂ©e, bombe atomique) pouvant nuire aux autres planètes. Ces E.T coexistant dans leur galaxie en harmonie pacifiste grâce Ă  une sociĂ©tĂ© Ă©pargnĂ©e de police (substituĂ©e par des robots !), d'armes et de guerre. MĂ©taphore sur le pĂ©ril atomique et le racisme sous l'apparence hostile d'un Ă©tranger d'origine inconnue, La Jour oĂą la terre s'arrĂŞta repose sur une mise en scène et une distribution solides pour crĂ©dibiliser son contexte alarmiste. Et ce, en dĂ©pit de la tenue vestimentaire ringarde des extra-terrestres prĂŞtant aujourd'hui Ă  sourire mais toutefois emprunte de poĂ©sie ! Sous l'autoritĂ© de son inquiĂ©tant regard placide, Michael Rennie soutient le film de sa stature longiligne en porte-parole dĂ©libĂ©rĂ© Ă  rassembler nos dirigeants afin de leur Ă©mettre un ultimatum pour le sort de la Terre. Mais l'homme instinctivement mĂ©fiant, parano, farouche et orgueilleux endosse la dĂ©fensive afin de se prĂ©munir du danger dont il ignore les tenants et aboutissants ! Wise caricaturant nos comportements pleutres et outranciers par le biais du corps militaire et policier ainsi que la meute des journalistes et badauds en mal de sensations. Pendant ce temps, notre extra-terrestre surpris de notre comportement sournois trouve refuge chez une veuve et son fils afin de se prĂ©munir d'un Ă©ventuel lynchage et avant d'entrer en contact avec un Ă©minent scientifique.


RĂ©quisitoire contre l'instinct destructeur de l'homme et les dangers de nos technologies avancĂ©es, le Jour oĂą la Terre s'arrĂŞta distille un climat trouble d'inquiĂ©tude et de suspense sous-jacent pour mettre en garde le destin de notre planète qu'un messie extra-terrestre tente pĂ©niblement de sauvegarder. Un film fort et intelligent d'une surprenante audace dans son refus du spectaculaire et dans son interrogation finale dĂ©nuĂ©e de rĂ©ponse. C'est dire si Wise doute du bon sens de l'homme ! 

E-B

mardi 30 août 2016

BLOOD FATHER

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de Jean-François Richet. 2016. U.S.A. 1h28. Avec Mel Gibson, Erin Moriarty, William H. Macy
Diego Luna, Elisabeth Röhm, Thomas Mann, Dale Dickey.

Sortie salles France: 31 Août 2016. U.S: 26 Août 2016

FILMOGRAPHIE: Jean-François Richet, nĂ© le 2 juillet 1966 Ă  Paris, est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste, dialoguiste et monteur français. 1995: État des lieux. 1997: Ma 6-T va crack-er. 2001: De l'amour. 2005: Assaut sur le central 13. 2008: L'Instinct de mort. 2008: L'Ennemi public n° 1
2015: Un moment d'égarement. 2016: Blood Father. 2017: Twice.


Vendu comme le grand retour de Mel Gibson dixit "Premiere" du haut de l'affiche hexagonale, ou lorsque la montagne accouche d'une souris rĂ©pondit l'Ă©cho ! SĂ©rie B d'action moulĂ©e Ă  l'ancienne si j'ose dire, Blood Father constitue un très mauvais divertissement bourrin. Faute Ă  une intrigue aseptique dĂ©nuĂ©e de toute vigueur dramatique (Spoil ! Ă  l'instar de son Ă©pilogue tragique dont on Ă©prouve aucune compassion ! fin du Spoil), Ă  des antagonistes primaires sans charisme animal et surtout au portrait apathique imparti au père et Ă  sa fille buissonnière. PourchassĂ©e par des tueurs du Cartel depuis qu'elle eut incidemment assassinĂ©e leur leader (son petit ami !), Lydia, 17 ans, dĂ©cide de renouer contact avec son père pour lui invoquer de l'aide. PersĂ©cutĂ©s et menacĂ©s, ils n'ont comme seul recourt de s'Ă©chapper du cocon domestique pour sillonner les contrĂ©es mexicaines entre deux escales dans des chambres d'hĂ´tels. Mais les tueurs sans pitiĂ© restent Ă  l'affĂ»t de leurs moindres dĂ©placements. 


D'une platitude exaspĂ©rante dans son cheminement narratif poussif et d'un rythme langoureux mĂŞme si quelques affrontements sanglants avivent timidement notre attention (notamment cet incroyable clash automobile auquel un poids lourds viendra percuter de plein fouet un motard !), Blood Father fait pâle figure pour renouer avec les plaisirs coupables des actionner 80. Le plaisir de retrouver le monstre sacrĂ© Mel Gibson dans un genre qui le rendit cĂ©lèbre s'estompe donc rapidement si bien que l'acteur peine Ă  insuffler une quelconque Ă©motion dans sa fonction paternelle en rĂ©demption. MĂŞme si sa carrure hĂ©roĂŻque titille notre nostalgie et que la virilitĂ© de son charisme burinĂ© impressionne encore du haut de ses 60 ans, l'acteur semble peu Ă  l'aise pour s'iconiser en redresseur de tort par le biais de rĂ©pliques approximatives. EntourĂ© de la prĂ©sence juvĂ©nile de Erin Moriarty en ado instable et dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e, cette dernière ne parvient jamais Ă  densifier une fragilitĂ© humaniste dans sa personnalitĂ© lambda si bien que son amitiĂ© Ă©voquĂ©e avec son paternel n'apporte aucune empathie Ă  leur rĂ©conciliation.


Peu inspirĂ© et d'une Ă©tonnante maladresse dans le fond et la forme (mĂŞme si sa photo ocre esthĂ©tise parfois une nature crĂ©pusculaire), Jean François Richet vient de commettre avec Blood Father le plus mauvais film de sa carrière entraĂ®nant notamment dans sa chute l'acteur emblĂ©matique des annĂ©es 80 mĂŞme si Mel Gibson tente de sauver les meubles avec un minimum de dignitĂ©.  

E-B

Le p'tit mot de Jean-Marc Micciche:
Séance découverte avec le film attendue Blood Father, du frenchie Richet. Au delà du plaisir de retrouver Mel Gibson et de la bonne facture de l'ensemble, j'avoue avoir été déçus par cette série B un peu molle et bavarde...je trouve qu'avec ce type de sujet, deux perso que tout le monde veut gicler, j'ai malheureusement vue trop de bon films dans les années 70 et 80 pour mouiller mon slip. on attendait un film haletant, bourré de temps fort et bourré d'adrénaline, et au final tout ça tire en longueur.

lundi 29 août 2016

Conjuring 2: le cas Enfield

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"The Conjuring 2" de James Wan. 2016. U.S.A. 2h14. Avec Patrick Wilson, Vera Farmiga, Sterling Jerins, Frances O'Connor, Madison Wolfe, Lauren Esposito, Patrick McAuley.

Sortie salles France: 29 Juin 2016. U.S: 10 Juin 2016.

FILMOGRAPHIE: James Wan est un producteur, réalisateur et scénariste australien né le 27 Février 1977 à Kuching (Malaisie), avant de déménager à Perth (Australie).
2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2. 2016: The Conjuring 2.


"Conjuring 2 : entre deux battements d’âme".
Après le succès international de The Conjuring, James Wan rempile trois ans plus tard pour offrir une suite Ă  la mesure de son talent. InspirĂ© du cas Enfield, oĂą une famille anglaise fut persĂ©cutĂ©e par le fantĂ´me d’un vieillard au milieu des annĂ©es 70, Conjuring 2 prĂ©serve la recette du premier opus (jump-scares, suspense oppressant, rebondissements, effets-chocs dĂ©chaĂ®nĂ©s, tension Ă©pidermique), avec une efficacitĂ© sans doute encore plus convaincante. Car la structure de son rĂ©cit, plus subtile, plus nourrie, permet aux situations homĂ©riques qui jalonnent l’intrigue de se renouveler sans lassitude. James Wan s’appuie sur l’Ă©preuve professionnelle des Warren, contraints de repousser leur retraite spirituelle pour superviser une nouvelle demeure hantĂ©e.

Dans leur jeu de dĂ©cryptage Ă©sotĂ©rique, Ă  dĂ©mĂŞler le vrai du faux, s’immisce une quĂŞte identitaire : qui se cache derrière l’entitĂ© dĂ©moniaque ? LĂ  encore, Wan parvient Ă  surprendre dans un habile jeu de miroirs oĂą se confondent Janet Hodgson, la fille aĂ®nĂ©e en proie aux soupçons, et le spectre sclĂ©rosĂ©, manipulateur larvaire tapi dans l’ombre.

Hormis ces situations de dĂ©jĂ -vu, recyclĂ©es autour des thèmes de la maison hantĂ©e et de la possession, James Wan continue d’imprimer un savoir-faire indĂ©niable, par sa mise en scène incisive, son montage rigoureux et son cadrage volontairement alambiquĂ©. Pour rendre plausible cette nouvelle histoire de hantise fertile en agressions surnaturelles, il s’appuie aussi sur une direction d’acteurs solide — en particulier les seconds rĂ´les enfantins, d’une sobriĂ©tĂ© troublante dans leur vulnĂ©rabilitĂ© (mention spĂ©ciale Ă  la nĂ©ophyte Madison Wolfe). Quant au couple Patrick Wilson / Vera Farmiga, il impose toujours la mĂŞme intensitĂ© dans sa posture mythifiĂ©e de chasseurs de poltergeists, avec une cohĂ©sion conjugale poignante — notamment dans cette invocation bouleversante des valeurs du mariage auprès de la jeune Janet. Ed Warren est d’ailleurs cette fois gravement mis en danger, hantĂ© par une sombre prĂ©monition entrevue par son Ă©pouse.

Outre l’angoisse savamment distillĂ©e dans ces instants muets oĂą plane un danger imminent, Conjuring 2 joue habilement du hors-champ sonore, prĂŞt Ă  nous faire bondir de notre siège au moment le plus inattendu.


"Demeure le mal, demeure l’amour".
Angoissant, parfois terrifiant — sa première heure distillant la suggestion avant de livrer ses visions d’effroi, notamment les apparitions de l’« homme tordu » — et captivant grâce Ă  une narration plus Ă©toffĂ©e que son modèle, Conjuring 2 renchĂ©rit le « ouh, fais-moi peur » avec une efficacitĂ© redoutable, au point de surpasser, peut-ĂŞtre, la première affaire des Warren. Ajoutez Ă  cela une splendide photographie, contrastant avec sa scĂ©nographie nocturne, et une bande-son percutante (entre deux hommages nostalgiques aux Beatles et Ă  Elvis), et vous obtenez un tour de montagnes russes oĂą l’Ă©motion forte finit par se fondre dans une vĂ©ritable ode Ă  l’union conjugale.

La Chronique de The Conjuringhttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/08/the-conjuring.html

E-B
08.06.25. 2èx. Vost

Le p'tit mot de Jean Marc Micciche:
Cycle 'foutre la trouille 1' avec The conjuring 2. On le sait, s'il y a bien un genre où James Wan est vraiment à l'aise c'est avec le fantastique traditionnel, du curieux Dead silence, en passant par l'inégale mais passionnante saga des Insidious, sans oublier le premier The conjuring n'a cessé de retrouver la substantielle moelle de de la peur au cinéma...tous les vieux trucs du cinéma old school mais aussi de vraie tentatives de renouvellement des thèmes tout comme le travail sur le son et le cadre. La grande question que l'on pouvait se poser c'était de quel manière l'expérience du blockbuster Fast and furious 7 allait d'une certaine manière influencé le cinéma d'épouvante. Et force et de reconnaître que James Wan tente une greffe aussi étonnante qu'originale, tenter de faire un film d'action horrifique. La terminologie peut sembler poussive mais force et de reconnaître que Wan sur de ses moyens propose une mise en scène dynamique que seul Raimi (Evil Dead 1 et 2, Jusqu'en en enfer) ou Jackson (Fantômes contre fantômes) avaient réussi. En utilisant les thèmes les plus usités du cinéma d'épouvante, Wan parvient à créer grâce à une mise en scène et un découpage étonnant à créer d'authentiques moments de terreur primitives. Fondu et raccord étonnant, mouvement amples, direction artistiques tout dévoyés à une creer une ambiance de danger et de chaos palpable, James Wan éléve le cinéma de terreur et sa saga The Conjuring à un niveau étonnant. D'autant plus étonnant que sa sortie n'a pas fait dans le vague alors que le challenge a de grande chance de marquer durablement les esprits. Que dire d'autres ? le prologue sur Amytiville et sur Amythiville 2 est déjà en soi un moment de terreur unique, les cinéphiles apprécieront sans aucun doute la subtile citation à Audrey Rose de Robert Wise. Que le film est puritain ? mais étant donné l'angle narratif, on s'en fout un peu. Que le film a beau jouait la carte de l'épouvante, le film n'oublie jamais ses acteurs et que le film reste aussi un beau film d'amour sur un couple....

Le point de vue de Seb Lake:
Trois ans d'attente pour enfin voir la suite du meilleur film d'horreur de ces vingt dernières années,ce Conjuring 2 est construit de la même manière que son prédécesseur, petit prologue d'une de leur affaire (en l'occurrence ici celle d'Amityville),présentation de la famille concernée par leur future enquête puis les événements paranormaux qui s'en suivent,les deux films sont très proches dans leur concept à faire monter la tension en crescendo et une fois de plus James Wan réussi son pari,le film est mené de main de maître, ce qui est encore plus fort de la part du jeune cinéaste c'est que tous les clichés des films de maison hantée sont présents (porte qui claque,jouet démoniaque, jumpscare, possession, voix suspectes etc etc) malgré ça le film est étrangement innovant et se suit avec un grand plaisir. Venons en au bémol du film et il est de taille, ce qui faisait le charme et l'angoisse omniprésente du premier Conjuring c'était la peur ,la vraie peur viscérale, autant vous le dire tout de suite je n'ai pas fait un seul sursaut et à aucun moment j'ai senti la trouille m'envahir,c'est ma seule déception mais qui au final lui fait baisser sa note. En conclusion Conjuring 2 est un bon film d'horreur mais qui n'égale pas le premier opus. 4/6