jeudi 13 octobre 2016

Une Fille pour le Diable / To the devil a Daughter

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horrorpedia.com

de Peter Sykes. 1976. Angleterre/RFA. 1h31. Avec Richard Widmark, Christopher Lee, Honor Blackman, Denholm Elliott, Michael Goodliffe, Nastassja Kinski.

Sortie salles France: 30 Mars 1977. Angleterre: 4 Mars 1976

FILMOGRAPHIE: Peter Sykes est un réalisateur et scénariste australien né le 17 juin 1939 à Melbourne (Australie) et mort le 1er mars 2006. 1968 : The Committee. 1971 : Venom. 1972 : Les Démons de l'esprit. 1973 : The House in Nightmare Park. 1973 : Steptoe and Son Ride Again. 1976 : Une fille... pour le diable. 1979 : Jesus.


Avant-dernière production de la Hammer pour leur 1er cycle, Une Fille pour le Diable porte la signature de Peter Sykes, dĂ©jĂ  auteur de l'excellent les DĂ©mons de l'esprit pour le compte de la firme. TirĂ© d'un roman de Dennis Wheatley, l'intrigue surfe sur la vague des films d'horreur satanistes initiĂ©s par Rosemary's Baby et L'Exorciste alors que la MalĂ©diction prendra le relais quelques mois plus tard après la sortie d'Une fille pour le diable. Le PitchUn Ă©crivain, spĂ©cialiste des sciences occultes, se porte garant pour protĂ©ger la fille d'un ami, une jeune religieuse tributaire des agissements malĂ©fiques d'un prĂŞtre excommuniĂ©. Un combat rigoureux contre les forces du Mal s'engage entre les deux hommes. En dĂ©pit d'une rĂ©putation timorĂ©e et de conditions de tournages houleuses entre la prod et certains acteurs,  Une Fille pour le Diable surprend beaucoup dans l'ossature de son climat malsain irrĂ©sistiblement ombrageux.


Bien que son cheminement narratif s'avère parfois un peu dĂ©cousu pour les enjeux diaboliques compromis avec le Lord "Astaroth", la rĂ©alisation scrupuleuse de Peter Sykes dĂ©tonne par son rĂ©alisme documentĂ© en insistant notamment sur les pouvoirs machiavĂ©liques que la confrĂ©rie parvient Ă  animer Ă  distance. Outre le soin consciencieux de son atmosphère mĂ©phitique, sa distribution de prestige doit autant Ă  la vĂ©racitĂ© des Ă©vènements Ă©noncĂ©s que le cinĂ©aste s'efforce d'acheminer avec force et dĂ©tails inquiĂ©tants (grimoire, mĂ©daillon, signes et symboles rituels). Tant par la prĂ©sence du grand Richard Widmark dans une posture hĂ©roĂŻque contrariĂ©e, du dandy Christopher Lee, impressionnant de charisme dĂ©lĂ©tère sous l'intensitĂ© d'un regard viciĂ©, que de la compagnie candide de Nastassia Kinski, Ă©trange de sensualitĂ© en victime dĂ©florĂ©e. D'autres seconds-rĂ´les sont mĂ©ritoires dans leur fonction de faire-valoir (Honor Blackman, Denholm Elliott, Michael Goodliffe), communĂ©ment malmenĂ©s par l'emprise invisible du Mal. Enfin, on peut aussi souligner l'audace de la Hammer d'avoir osĂ© tolĂ©rer des sĂ©quences chocs franchement licencieuses (l'accouchement sordide pour le projet du premier baptĂŞme, la transfusion sanguine d'une Ă©lue, la vision ensanglantĂ©e d'un bĂ©bĂ© monstrueux que Catherine s'efforce de pĂ©nĂ©trer Ă  l'intĂ©rieur de son vagin et le sacrifice d'un nourrisson perpĂ©trĂ© lors du rituel final).


Un "Hammer" indécent que les bien-pensants ont tendance d'occulter pour son réalisme fétide.
Série B perfectible dans sa narration biscornue un brin prévisible, Une Fille pour le Diable extériorise pourtant un sentiment persistant de malaise environnemental de par son réalisme clinique et l'aura de souffre suintant du moindre cadre de l'écran (tant pour les décors domestiques et gothiques que des extérieurs naturels subordonnés au cérémonial occulte). Fascinant, inquiétant, incongru et dérangeant, il doit beaucoup de sa vigueur dramatique dans la coordination de séquences-chocs sulfureuses et l'autorité renfrognée d'une distribution quatre étoiles.

2èx

mercredi 12 octobre 2016

BEFORE I WAKE

                                                                                                 
                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bom-boxoffice.over-blog.com

"Somnia" de Mike Flanagan. 2016. U.S.A. 1h37. Avec Kate Bosworth, Thomas Jane, Jacob Tremblay, Topher Bousquet, Annabeth Gish, Dash Miho.

Sortie salles France: Prochainement...

FILMOGRAPHIE: Mike Flanagan est un réalisateur américain né le 20 Mai 1978 à Salem, Massachusetts. 2016: Before I Wake. 2016: Hush. 2013: The Mirror. 2011: Absentia. 2003: Ghosts of Hamilton Street. 2001: I Still Life. 2000: Makebelieve.


SĂ©rie B horrifico-fantastique toute en intimisme, Before I Wake renoue avec un cinĂ©ma mature pour honorer le genre sans cĂ©der Ă  une facilitĂ© racoleuse dans son savant dosage de frissons et vives Ă©motions. Dans la lignĂ©e des chefs-d'oeuvre d'un Fantastique Ă©purĂ© comme le caractĂ©risent Le Cercle Infernal, l'Enfant du Diable ou encore Ne vous Retournez pas, Before i wake aborde lestement la thĂ©matique du deuil infantile sous le pivot d'un duo de comĂ©diens dĂ©pouillĂ©s dans leur carrure parentale meurtrie. A la suite de la mort accidentelle de leur fils, le couple Hobson dĂ©cide d'adopter un garçon orphelin du nom de Cody. Souffrant d'insomnie, ce dernier est terrorisĂ© Ă  l'idĂ©e de s'endormir depuis que ces rĂŞves prennent vie dans la rĂ©alitĂ©. AffublĂ© d'un don exceptionnel, Cody va bouleverser le destin de ses nouveaux parents après avoir matĂ©rialisĂ© le fantĂ´me de leur dĂ©funt rejeton. 


Dans son art de narrer un conte dĂ©lĂ©tère sous l'impulsion Ă©nigmatique d'une autoritĂ© infantile, Mike Flanagan prend soin de dĂ©velopper ses protagonistes en Ă©tudiant les rapports conflictuels du couple fragile Ă  tolĂ©rer la perte de l'ĂŞtre aimĂ©. Face Ă  leur tĂ©moignage, un enfant tributaire d'un passĂ© traumatique doit Ă©galement surmonter une double Ă©preuve (sa hantise des cauchemars nocturnes et son deuil familial) si bien que le rĂ©alisateur oppose leurs points communs de l'angoisse et du chagrin inĂ©quitable avec une Ă©tonnante pudeur. L'Ă©motion jamais programmĂ©e nous saisissant en intermittence (la bouleversante projection du film en camescope !) parmi la juste mesure d'une maturitĂ© parentale ne s'apitoyant jamais sur leur sort. Jouant la carte du suspense anxiogène en la prĂ©sence spectrale d'une crĂ©ature famĂ©lique et d'Ă©nigmes en suspension, ce dernier nous traduit des sĂ©quences frissonnantes plutĂ´t convaincantes dans son dĂ©sir d'enchĂ©rir une terreur sournoise voguant vers la rancoeur. Baignant dans un climat d'angoisse palpable cĂ©dant parfois Ă  un onirisme (inopinĂ©ment) enchanteur (la prĂ©sence incandescente des papillons nocturnes !), Before i wake condense avec une rare alchimie horreur et fĂ©erie afin de culminer vers une mĂ©taphore rĂ©demptrice (l'amour spirituel et maternel). A ce titre, le final rĂ©vĂ©lateur s'avère divinement bouleversant lorsque le cinĂ©aste lève le voile sur le don singulier de Cody par l'entremise d'une main maternelle.


Sous le format minimaliste de la sĂ©rie B et parmi le parti-pris de crĂ©dibiliser son histoire surnaturelle sans pathos ni sinistrose, Mike Flanagan parvient Ă  transfigurer un douloureux conte de fĂ©e dans son dĂ©sir de conjurer les dĂ©mons qui habitent les corps des personnages. Remarquablement interprĂ©tĂ© (le jeune Jacob Tremblay - rĂ©vĂ©lation de Room - s'avère aussi modĂ©rĂ© dans sa culpabilitĂ© candide !), Before i wake recourt au fantastique psychologique sous l'impulsion d'une caractĂ©risation humaine en questionnement mystique. Une jolie rĂ©ussite rehaussĂ©e d'un point d'orgue transcendant dans son acuitĂ© lyrique !

Dédicace à George Abitbol et Jean-Marc Micciche
B-M

mardi 11 octobre 2016

PHANTASM: RAVAGER

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

de David Hartman. 2016. U.S.A. 1h27. Avec Angus Scrimm, A. Michael Baldwin, Bill Thornbury,
Reggie Bannister, Kathy Lester, Gloria Lynne Henry. Scénario et Production: Don Coscarelli.

Sortie salles US: 7 Octobre 2016

FILMOGRAPHIE: David Hartman est un réalisateur américain.
2016: Phantasm: Ravager


18 ans après Phantasm 4: Oblivion, Don Coscarelli cède sa place Ă  un spĂ©cialiste de sĂ©ries TV, David Hartman (si bien qu'il s'agit ici de son premier long-mĂ©trage) afin de parachever son illustre saga. ScĂ©narisĂ© et produit par le maĂ®tre en personne, Phantasm: ravager relance l'intĂ©rĂŞt des enjeux belliqueux entre Reggie et Tall Man sous le pivot d'une narration (classiquement) fourre-tout et dĂ©cousue. Ayant prĂ©alablement combattu en plein dĂ©sert l'homme en noir, Reggie se retrouve Ă  nouveau confrontĂ© Ă  lui après avoir Ă©tĂ© hĂ©bergĂ© au domicile d'une jeune automobiliste. Ayant perdu tous repères avec la rĂ©alitĂ©, il semble acquĂ©rir le don d'ubiquitĂ© au moment mĂŞme oĂą Mike vient lui rendre visite dans un hospice pour l'avertir de sa dĂ©mence. HantĂ© par le spectre du Tall Man, Reggie s'efforce de le convaincre que ses fantasmes ne sont pas le fruit de son imagination dĂ©lurĂ©e. A travers ce pitch dĂ©libĂ©rĂ©ment tortueux, nous sommes en terrain connu depuis la ligne de conduite des prĂ©cĂ©dents opus s'Ă©vertuant Ă  nous entraĂ®ner dans un univers fantasmagorique en perte de repères (illusion et rĂ©alitĂ© se tĂ©lescopant jusqu'Ă  saturation).


Inscrit dans la sincĂ©ritĂ© et le respect des codes de la saga, Phantasm: Ravager constitue une pochette surprise assez dĂ©gingandĂ©e car alternant dĂ©fauts formels (FX numĂ©riques souvent dĂ©suets, rĂ©alisation digne d'un tĂ©lĂ©-film, photo stĂ©rile) et qualitĂ©s narratives (situations saugrenues truffĂ©es de pĂ©ripĂ©ties inventives d'oĂą perce en intermittence une Ă©motion poignante lors de retrouvailles familiales). A mi-chemin entre la sĂ©rie B et Z (n'ayons pas peur du terme pĂ©joratif !), Phantasm: Ravager tire parti de son attrait gogo grâce Ă  la gĂ©nĂ©rositĂ© du cinĂ©aste s'efforçant de satisfaire l'attente des fans par le biais des composantes du gore et de l'action se disputant la mise sans rĂ©pit. Outre le caractère ludique des rebondissements dĂ©bridĂ©s menĂ©s avec esprit bonnard, les personnages familiers qui y Ă©voluent s'avèrent toujours aussi attachants dans leur cohĂ©sion fraternelle mais aussi empathiques pour leur âge burinĂ© (18 ans sĂ©parent le 4è opus de ce dernier chapitre !). Sur ce dernier point, et en abordant les thèmes de la peur de l'inconnu et l'injustice de la mort sous couvert de loyautĂ© amicale, Phantasm: Ravager transfigure le conte mĂ©taphysique (la vie n'est qu'un long rĂŞve dont la mort nous rĂ©veille !) avec une Ă©motion franchement poignante. A l'instar des retrouvailles chaleureuses de nos hĂ©ros lors du prologue ou encore lors des adieux Ă©mouvants (j'en ai d'ailleurs versĂ© une larme !) instaurĂ©s vers sa conclusion. TruffĂ© de clins d'oeil au 1er volet, les spectateurs seront notamment heureux de retrouver des antagonistes secondaires dont je tairais l'indice alors que des dĂ©cors (et Ă©lĂ©ments) familiers ne manquent pas non plus de titiller notre nostalgie. Quant au regrettĂ© Angus Scrimm, le monstre sacrĂ© insuffle toujours autant d'aplomb et de vigueur dans son charisme dĂ©lĂ©tère avec une persuasion indĂ©fectible !


Des retrouvailles émouvantes pour un cadeau d'adieu fantasmatique.
En brossant avec imagination et maladresse une parabole sur l'illusion existentielle (la vie n'est qu'un rĂŞve dans un rĂŞve !), David Hartman en extirpe par le biais du fantasme une catharsis sur l'acceptation de notre mort. Cheap en diable et inabouti (comme chacun des prĂ©cĂ©dents opus !) mais suscitant un charme tangible par son esprit Bisseux, Phantasm: Ravager tire parti de sa frĂ©nĂ©sie fantaisiste dans son esprit modeste de B movie intègre. Pour conclure, ce dernier chapitre ne comblera pas toutes les attentes des fans mais il parvient nĂ©anmoins Ă  laisser en mĂ©moire une Ă©motion mĂ©lancolique pour sa cantique confĂ©rĂ©e Ă  la chimère et Ă  l'amour de la fratrie.  

La Chronique de Phantasm: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/05/phantasm.html
B-M

lundi 10 octobre 2016

DESIERTO. Prix FIPRESCI, Toronto 2015.

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jonás Cuarón. 2015. Mexique. 1h32. Avec Gael García Bernal, Jeffrey Dean Morgan, Alondra Hidalgo, Diego Cataño, Marco Pérez,

Sortie salles France: 13 Avril 2016. Interdit - de 12 ans. Mexique: 15 Avril 2016.

FILMOGRAPHIE: Jonás CuarĂłn est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste mexicain nĂ© en 1981 Ă  Mexico. Il est le fils d'Alfonso CuarĂłn.
2007: Año uña. 2007: The Shock Doctrine (documentaire). 2013: Aningaaq (court métrage). 2015:
Desierto.


Survival cauchemardesque d'un réalisme percutant, Desierto est la seconde réalisation du mexicain Jonas Cuaron, fils du célèbre cinéaste Alfonso Cuaron (Les Fils de l'homme, Gravity). A partir d'un pitch linéaire (des migrants mexicains voulant rejoindre les Etats-Unis par le désert californien sont subitement coursés par un prédateur raciste), Jonas Cuaron exploite habilement son potentiel alarmiste sous l'impulsion d'une chasse à l'homme escarpée ! Optant comme unité de lieu la vaste scénographie d'un désert rocheux émaillé d'éléments hostiles (les sentiers des cactus, le nid des serpents, les immenses rochers blancs), le cinéaste magnifie son cadre solaire et crépusculaire (photo naturel à l'appui !) que les protagonistes à bout de souffle arpentent avec la peur au ventre !


En relançant efficacement l'action des règlements de compte par de multiples itinĂ©raires que ces derniers improvisent par instinct de survie, Desierto laisse les mains moites Ă  observer de manière aussi impuissante une dĂ©rive criminelle d'autant plus intolĂ©rable par ses actes xĂ©nophobes. D'un rĂ©alisme âpre quant au sentiment de dĂ©rĂ©liction que les survivants Ă©prouvent inlassablement, Desiorto recourt Ă  une violence tranchĂ©e lorsqu'un chasseur habitĂ© par la haine de l'Ă©tranger dĂ©cide de les exterminer avec une ruse perfide. Et sur ce point, on peut compter sur le charisme impĂ©rieux de Jeffrey Dean Morgan (Sans retour, ExtrĂŞme PrĂ©judice) pour exprimer la posture virile d'un bourreau mĂ©prisant de lâchetĂ© et de turpitude. Avec l'appui d'un berger allemand dressĂ© pour tuer, le cinĂ©aste compte notamment sur ce pilier secondaire pour perdurer la tension des poursuites par le biais d'estocades criminelles d'une grande violence ! Sans romancer la notion d'hĂ©roĂŻsme, le cinĂ©aste dresse notamment le portrait Ă©quivoque d'un migrant mexicain (Gael GarcĂ­a Bernal impressionnant de vigueur viscĂ©rale dans son regard en Ă©moi !) partagĂ© entre un courage endurant mais aussi une lâchetĂ© contestable (une condition pourtant indispensable Ă  la survie !), Spoiler ! mĂŞme si au final son instinct de prĂ©server la vie d'autrui le rappellera Ă  l'ordre ! Fin du Spoil.


“La lâchetĂ©, cette condition que personne ne reconnaĂ®t ou n'accepte, pourtant indispensable Ă  la survie.”
Pamphlet anti raciste, hymne Ă  l'espoir de la libertĂ© par l'entremise du courage de la survie, Desierto exploite le thème Ă©culĂ© de la chasse Ă  l'homme avec une efficacitĂ© en roue libre. Tant par le brio de sa mise en scène ne cĂ©dant jamais Ă  une vaine esbroufe que par la prestance humaine des seconds-rĂ´les pleinement investis dans leur fonction de bĂŞtes traquĂ©es. Excellent. 

B-M

Le point de vue de Jean-Marc Micciche
Séance de rattrapage avec le magnifique survival Desierto. On se souviens déjà l'année dernière de The sea fog, les clandestins, où comment un sujet qui prêtait un traitement dramatique se laissait déborder par l'horreur de son sujet pour embrasser quelques chose de plus viscérale. Par son jusqu'au boutisme, The sea fog transcendait les clichés pour afficher une vrai démarche d'auteur dans le cinéma de genre. Et un an plus tard, à travers un sujet qui malheureusement schlingue le fait divers, Desertio nous montre qu'il n'y a rien de mieux qu'un sujet de B Movies pour nous parler avec horreur de notre époque. Le méchant du film du film incarné comme un ange de la mort (magnifique Jeffrey Dean Morgan) est le prisme révélateur de notre époque. Dans les années 80, on tapait sur le clochard, sur le voyou, sur les russes. Aujourd'hui, la source de haine et de peur est incarné par l'émigré, l'étranger, le clandestin. A travers son postulat aussi simple qu'évident (des clandestins se font charcler comme des merdes par un malade et son clébard), Desertio suit une logique narrative inébranlable. Bien sûr, cerise sur le gâteau, Desertio renvoie par sa simplicité et sa force brute à une pléthorique bande culte, de Duel en passant par Hitcher, Calme Blanc, Blue Steel auquel on peut aussi cité le moins connu Marathon Killer), un sens du cadre et de l'atmosphère (le plan d'ouverture est sublime) qui captive et réjouit, un décor qui incarne à merveille cette descente en enfer. Pas de pose 'festival' (comme Ma loute, The Assassin ou The Neon Demon), juste une ligne brute, qui nous rappelle que le cinéma sera toujours le meilleur sous cette forme. Alors on peut regretter que le score musical ne soit pas plus tranchant (un truc à la Tangerine dream), que le face à face final ne se pas nourrit pas un idée plus marquante. Mais honnêtement pour un premier film, Jonas Curaon frappe juste et fort pour marquer les esprits.

RĂ©compenses: Prix FIPRESCI au Festival international du film de Toronto 2015 : sĂ©lection « Special Presentations »

vendredi 7 octobre 2016

En plein Cauchemar. Corbeau d'Or, Bruxelles 84.

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

"Nightmares" de Joseph Sargent. 1983. U.S.A. 1h39 (version non censurée). Avec Cristina Raines, Emilio Estevez, Moon Unit Zappa, Billy Jayne, James Tolkan, Lance Henriksen, Tony Plana.

Sortie salles France: 13 Juin 1984. U.S: 2 Septembre 1983.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joseph Sargent (Giuseppe Danielle Sorgente) est un réalisateur, acteur et producteur américain, né le 22 juillet 1925 à Jersey City, New Jersey (États-Unis), mort le 22 décembre 2014 à Malibu (Californie). 1966: L'Espion au chapeau vert. 1970: Le Cerveau d'Acier. 1974: Les Pirates du Métro. 1975: La Nuit qui terrifia l'Amérique (télé-film). 1979: De l'or au bout de la piste. 1983: En plein Cauchemar. 1987: Les Dents de la Mer 4. 2008: Un coeur à l'écoute (télé-film).


Cinéaste prolifique détenteur de 70 films (ciné / TV) à son actif, Joseph Sargent profite du succès de Creepshow réalisé un an au préalable pour façonner un film à sketchs avec En plein Cauchemar. Série B horrifique particulièrement soignée par sa réalisation adroite, sa photo parfois stylisée (l'épisode 3) et la sobriété de seconds-couteaux particulièrement attachants (Emilio Estevez, Lance Henriksen, Richard Masur, Veronica Cartwright), En plein cauchemar aborde différents thèmes du cinéma horrifique et de la science-fiction de manière inégale comme le veut la tradition du film à sketchs. Le 1er segment, le plus court et le plus faible (mais jamais ennuyeux), empreinte la voie du slasher lorsqu'une mère de famille en manque de nicotine décide d'emprunter sa voiture pour se payer un paquet de cigarette au tabac le plus proche. Mais quelques heures au préalable, non loin de sa contrée, un flic fut retrouvé assassiné depuis l'évasion d'un demeuré. Un pitch éculé et prévisible que seuls son prologue particulièrement sauvage (du moins dans la version uncut puisque dans nos salles françaises il fut expurgé de toute violence graphique !) et sa chute sardonique parviennent gentiment à surprendre.


Dénué de longueur, notamment en raison de sa faible durée, Terreur à Topanga parvient quand même à maintenir notre attention grâce à l'efficacité de sa réalisation et à l'atmosphère nocturne instaurée en bourgade urbaine parmi une galerie de citadins interlopes. Il demeure donc finalement plaisant, un tantinet atmosphérique même et quelque peu efficace en faisant preuve d'une certaine indulgence. Le second chapitre, l'Evêque des Batailles, l'un des meilleurs du lot, constitue une satire de l'addiction aux jeux videos par le biais d'un ado névrotique accro à sa passion si bien qu'il est réputé comme le meilleur joueur de sa région. Délibéré à accéder au 13è niveau d'un jeu d'arcades malgré ses tentatives infructueuses, ce dernier décide de pénétrer illégalement dans sa boutique de jeux-videos afin de défier une ultime fois "l'évêque des batailles". Démarquage sarcastique de Tron en mode inversé (ici les entités informatiques s'extraient du jeu pour pénétrer dans notre réalité et brimer le héros), l'intrigue pétulante parvient à captiver sans modération grâce au portrait caustique imparti à l'ado rebelle et à l'enchaînement de péripéties et rebondissements qu'engendrent ses épreuves de force avec la machine ! Pour parachever, on peut également souligner l'efficacité des FX conçus en images de synthèse lorsqu'ils se jumellent à notre réalité !


Le 3è segment, déclinaison de Duel en mode sataniste, s'intéresse à l'étude caractérielle d'un prêtre en reniement catholique depuis la mort accidentelle d'un enfant. Sur le chemin de son départ, il est harcelé par le pick-up d'un conducteur sans visage s'efforçant de le poursuivre dans l'unique but de l'assassiner. En dépit de timides moments spectaculaires de poursuites automobiles, La Bénédiction peine à insuffler une quelconque tension par son rythme poussif et la caractérisation trop rapidement expédiée du personnage en perdition spirituelle. Et ce, en dépit de l'esthétisme envoûtant de sa photo sépia et de la prestance sentencieuse de Lance Henrikson. Le 4è sketch, le plus jouissif et atmosphérique, met en exergue la nuit de cauchemar d'un couple et de leur fille pris à parti avec les agissements sournois d'un rat particulièrement destructeur. Ce dernier n'hésitant pas à saccager les meubles domestiques avec une vélocité cinglante ! Nanti d'un climat d'angoisse palpable sous l'impulsion d'une bande-son dissonante très efficace, La Nuit du Rat insuffle angoisse et suspense avec l'habileté de la suggestion et d'une tension en crescendo. Si les trucages cheaps de sa conclusion prêtent à sourire quant à l'apparition disproportionnée du rat, l'efficience de sa réalisation, l'implication spontanée des comédiens et sa narration soigneusement structurée empruntant au final les codes du "conte" (avec naïveté !) parviennent à transcender l'improbable.


Perfectible et inĂ©gal si bien que 2 chapitres sur 4 mĂ©ritent le dĂ©tour, mais habilement rĂ©alisĂ©, formellement soignĂ© et toujours attachant comme le confirme sa distribution de seconde zone, En plein Cauchemar constitue une sĂ©rie B bonnard que les nostalgiques auront plaisir Ă  recĂ´toyer. 

B-M. 5èx

jeudi 6 octobre 2016

S.O.S FANTOMES. Version Longue.

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Ghostbusters" de Paul Feig. 2016. U.S. Version Longue 2h13 (vs 1h56). Avec Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon, Leslie Jones, Chris Hemsworth, Neil Casey

Sortie salles France: 10 Août 2016. U.S: 15 Juillet 2016

FILMOGRAHIE: Paul Feig, né le 17 septembre 1962 à Royal Oak (Michigan (États-Unis), est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur américain.
1997 : Life Sold Separately. 2003 : I Am David. 2006 : Enfants non accompagnés. 2011 : Mes meilleures amies. 2013 : Les Flingueuses. 2015 : Spy. 2016 : S.O.S Fantômes. 2017 : Tango et Cash.

Déception, moi qui espérais tant le défendre (puisque vilipendé par la planète entière avant même sa sortie !).

mercredi 5 octobre 2016

La Gorgone

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vicsmovieden.com

"The Gorgon" de Terence Fisher. 1964. Angleterre. 1h20. Avec Christopher Lee, Peter Cushing, Richard Pasco, Barbara Shelley, Michael Goodliffe, Patrick Troughton, Jack Watson.

Sortie salles Angleterre: 18 Octobre 1964

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un rĂ©alisateur britannique nĂ© le 23 fĂ©vrier 1904 Ă  Londres (Maida Vale), et dĂ©cĂ©dĂ© le 18 juin 1980 dans la mĂŞme ville. 1957 : Frankenstein s'est Ă©chappĂ©, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein, 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La MalĂ©diction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les MaĂ®tresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll, 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All. 1964 : La Gorgone. 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'ĂŽle de la terreur , 1966 : Dracula, prince des tĂ©nèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein crĂ©a la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974: Frankenstein et le monstre de l'enfer.


Après avoir revisitĂ© auprès de la Hammer diverses icĂ´nes du cinĂ©ma d'horreur classique (le loup-garou, le monstre de Frankenstein, Dracula et Dr Jekyll), Terence Fisher aborde la mythologie grecque avec La Gorgone. Peu exploitĂ© au cinĂ©ma, surtout dans le domaine de l'Ă©pouvante, le rĂ©alisateur perdure son talent de conteur Ă  travers le portrait fulgurant d'une antagoniste fĂ©minine ayant la facultĂ© de pĂ©trifier ses proies Ă  la vue de son simple regard. Avec maĂ®trise formelle et brio technique, Terence Fisher cultive des sĂ©quences d'angoisse et de terreur remarquablement efficaces quant aux apparitions furtives de la Gorgone souvent inscrits dans la suggestion. A l'instar du reflet de son visage aperçu dans l'eau qu'un des protagonistes observe contre son grĂ© !


Le Pitch: A la suite de la mort de son père et de son frère, Paul Heitz se rend au domicile familial afin de tenter de percer le mystère qui entourent leurs dĂ©cès. RetrouvĂ© pĂ©trifiĂ© Ă  son domicile un soir de pleine lune, son paternel est prĂ©alablement parvenu Ă  lui Ă©crire une lettre pour l'avertir du danger. SĂ©duit par l'assistante du docteur Namaroff, Paul s'attire la jalousie de ce dernier au point que Carla Hoffman est contrainte de feindre leur relation sentimentale. Avec l'aide du professeur Karl Meister, Paul tente de dĂ©masquer l'identitĂ© de la gorgone surnommĂ©e "la mĂ©gère" quand bien mĂŞme des soupçons se portent sur Carla. Alliant horreur et romance avec l'efficacitĂ© d'une intrigue Ă  suspense davantage oppressante, la Gorgone nourrit son intensitĂ© dramatique dans la caractĂ©risation contrariĂ©e de ces personnages. Paul Heitz (Richard Pasco, Ă©patant de tĂ©nacitĂ© caractĂ©rielle !) se disputant les contradictions avec son acolyte Karl Meister (Christopher Lee dans un ton impĂ©rieux !) et l'Ă©nigmatique Dr Namaroff (Peter Cushing dans un jeu suspicieux de la rĂ©serve !) afin de prĂ©server l'innocence de sa nouvelle maĂ®tresse. Quant Ă  la victime soumise Ă  la malĂ©diction antique, Terence Fisher prend soin de la dĂ©peindre avec fragilitĂ© de par ses sentiments d'aigreur de repousser contre son grĂ© l'amour de Paul. Car craignant de manière intuitive d'ĂŞtre Ă  l'origine de ses homicides depuis ses rĂ©currentes amnĂ©sies, elle tente en dĂ©sespoir de cause de protĂ©ger son entourage en s'exilant vers une lointaine contrĂ©e. Dans ce rĂ´le ambivalent, la sublime Barbara Shelley excelle Ă  se fondre dans la peau d'une victime anxieuse avec une Ă©lĂ©gance Ă©tonnamment rassurante.


Baignant dans un climat onirique ensorcelant par le biais d'une nature crĂ©pusculaire Ă  la lisière de la fĂ©erie (le jardin d'Eden du pavillon de Heitz), La Gorgone insuffle un suspense horrifique lattent sous l'impulsion d'investigateurs pugnaces s'efforçant de dĂ©mystifier la plus sournoise des menaces. Si la crĂ©ature fĂ©minine s'avère aussi magnĂ©tique que repoussante Ă  chacune de ses terrifiantes apparitions, Terence Fisher aura pris soin d'y transfigurer son apparence machiavĂ©lique avec l'appui d'un sens retors du cadrage (tant auprès du plan serrĂ© ou large). Un splendide poème gothico-macabre au pouvoir vĂ©nĂ©neux de sĂ©duction d'oĂą s'y prĂ©cise une tragĂ©die sentimentale. 

B-M. 3èx

mardi 4 octobre 2016

FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L'ENFER

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vostfr.club

"Frankenstein and the Monster from Hell" de Terence Fisher. 1974. Angleterre. 1h34. Avec Peter Cushing, David Prowse, Shane Briant, Madeline Smith, John Stratton, Michael Ward, Elsie Wagstaff

Sortie salles France: Avril 1974. Angleterre: 2 Mai 1974

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un réalisateur britannique né le 23 février 1904 à Londres (Maida Vale), et décédé le 18 juin 1980 dans la même ville.
1957 : Frankenstein s'est échappé, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein, 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La Malédiction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les Maîtresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll, 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le Fantôme de l'Opéra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'Île de la terreur , 1966 : Dracula, prince des ténèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein créa la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974: Frankenstein et le monstre de l'enfer.


Dernier chapitre de la saga des Frankenstein estampillĂ© HammerFrankenstein et le Monstre de l'Enfer constitue le dernier chef-d'oeuvre de la firme sous l'Ă©gide du maĂ®tre du genre, Terence Fisher. A partir d'un pitch que l'on connait par coeur, le rĂ©alisateur rĂ©ussit l'exploit de transcender ses conventions sous l'impulsion d'une mise en scène inspirĂ©e et la prestance spontanĂ©e des comĂ©diens pleinement investis dans leur fonction dĂ©miurge. Ces deux qualitĂ©s essentielles permettant Ă  l'intrigue de se rĂ©inventer avec une puissance visuelle prĂ©gnante ! Directeur d'un asile psychiatrique sous une fausse identitĂ©, Victor Frankenstein perdure ses exploits de ressusciter un mort avec l'aide d'un mĂ©decin marginal rĂ©cemment inculpĂ© pour sorcellerie. Victor n'ayant plus la facultĂ© d'utiliser ses mains, c'est Ă  Simon qu'incombe donc la tâche de redorer la vie du monstre avec l'appui d'une pensionnaire mutique. Baignant dans une atmosphère malsaine mĂ©phitique au sein d'un Ă©tablissement psychiatrique peuplĂ© d'aliĂ©nĂ©s et d'employĂ©s charlatans, Frankenstein et le monstre de l'Enfer captive incessamment par son sujet mystique auquel deux praticiens se concertent Ă  nouveau afin de concurrencer Dieu !


InquiĂ©tant par son climat d'insĂ©curitĂ© aussi anxiogène qu'Ă©touffant, le film imprime une dimension cauchemardesque en la prĂ©sence renfrognĂ©e d'une crĂ©ature insolite chez la saga car conforme Ă  un homme-singe. Franchement impressionnant par sa musculature corpulente et la noirceur de son vaste regard chargĂ© de haine et de mĂ©lancolie, David Prowse se fond dans le corps martyr avec une vigueur aussi terrifiante que poignante. Outre le rĂ©alisme imparti Ă  sa caractĂ©risation hybride de cobaye en apprentissage (comme le veut la tradition), les rapports tendus qu'entretiennent Simon et Victor font preuve d'un passionnant jeu d'autoritĂ© depuis l'orgueil immoral de ce dernier ne songeant qu'Ă  son ego. Peter Cushing explosant une fois de plus l'Ă©cran de sa prĂ©sence Ă©maciĂ©e avec une autoritĂ© perfide dĂ©loyale. En assistant Ă©rudit beaucoup plus indulgent que son mentor, Shane Briant lui partage la vedette avec sobriĂ©tĂ© dans sa remise en question moraliste. Dans un second-rĂ´le beaucoup plus modeste, Madeline Smith se prĂŞte au jeu introverti sous l'apparence timorĂ©e d'une servante traumatisĂ©e par un passĂ© familial. Terence Fisher prenant soin avec habiletĂ© de dĂ©velopper la part sombre de cette dernière en nous dĂ©voilant les motifs de sa pathologie mentale ainsi que l'identitĂ© du responsable. Tous ces protagonistes magnifiquement Ă©clairĂ©s sous une lumière sĂ©pia servant l'intrigue avec une rigueur dramatique en crescendo. On peut d'ailleurs souligner le caractère barbare du dernier acte d'une rare violence auquel son climat de folie contagieuse semble avoir dĂ©teint sur la psychologie du baron !


A l'aube d'une fin de carrière dĂ©clinante, l'illustre firme Hammer compte une ultime fois sur leur architecte Terence Fisher pour imprimer sur pellicule un chef-d'oeuvre d'Ă©pouvante gothique inopinĂ©ment fĂ©tide et nĂ©vrotique (l'atmosphère dĂ©pressive suintant des corridors de l'Ă©tablissement), sardonique et sans illusion quant Ă  l'avenir infructueuse du baron Frankenstein.  

B-M. 3èx

lundi 3 octobre 2016

ELLE

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Paul Verhoeven. 2016. France. 2h10. Avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Anne Consigny,
Charles Berling, Virginie Efira, Judith Magre, Christian Berkel, Jonas Bloquet, Alice Isaaz.

Sortie salles France: 25 Mai 2016

FILMOGRAPHIE: Paul Verhoeven est un réalisateur néerlandais, né le 18 Juillet 1938 à Amsterdam.
1971: Business is business. 1973: Turkish Delices. 1975: Keetje Tippel. 1977: Le Choix du Destin. 1980: Spetters. 1983: Le Quatrième Homme. 1985: La Chair et le Sang. 1987: Robocop. 1990: Total Recall. 1992: Basic Instinct. 1995: Showgirls. 1997: Starship Troopers. 2000: l'Homme sans Ombre. 2006: Black Book. 2016: Elle.


10 ans après Black Book, Paul Verhoeven nous revient avec Elle, un thriller singulier à contre courant des codes traditionnels du genre, d'après le roman Oh... de Philippe Djian. Production franco-allemande entièrement tournée avec des acteurs français (selon Verhoeven, il était impossible de localiser l'action à Boston à cause de son sujet jugé trop sulfureux), Elle relate la quotidienneté intime et professionnelle d'une divorcée esseulée après avoir été violée par un mystérieux inconnu. Lors d'une seconde agression, une étrange relation amiteuse va se nouer entre eux. Thriller d'une perversité vénéneuse où se télescope en annexe le drame psychologique, Elle constitue un magnifique portrait de femme torturée aux antipodes des conventions. Car subversif et anticonformiste, le cinéaste milite pour les ambiances licencieuses au travers d'une protagoniste austère en proie à ses fantasmes (la séquence de masturbation et son voyeurisme qui en émane par la fenêtre de sa chambre !) et ses pulsions sadomasochistes (les rapports de soumission/domination avec son agresseur).


SublimĂ© par la prĂ©sence diaphane d'Isabelle Hupert, cette dernière parvient Ă  extĂ©rioriser une aura malsaine sous l'impulsion d'une personnalitĂ© Ă©quivoque au sang froid mâtinĂ© de dĂ©viance. ProfondĂ©ment marquĂ©e par un Ă©pisode tragique de son enfance, Michele se glisse aujourd'hui dans la peau d'une directrice autonome au franc-parler parfois vexant ou offensant selon ses humeurs versatiles. Entrepreneuse d'une sociĂ©tĂ© de jeu-video, sa forte personnalitĂ© lui attire quelques jalousies et rancunes de la part de certains adjoints professionnels. Sournoise lorsqu'elle complote une relation d'adultère avec un ex mari, elle se rĂ©vèle donc instable pour renouer une vie conjugale Ă©quilibrĂ©e. EpaulĂ© de personnages secondaires au caractère bien trempĂ©, l'intrigue insuffle parfois un ton fantaisiste dĂ©calĂ© lors de leurs postures extravagantes ou dĂ©sinvoltes que caractĂ©risent l'entourage familial et amical. Ces jeux d'acteurs dĂ©complexĂ©s dĂ©peints sans romantisme avivant subtilement le cĂ´tĂ© dĂ©rangeant d'une intrigue dĂ©routante bâtie sur les rapports conflictuels que s'Ă©changent couples et amants. Car sans jamais juger ses personnages, et sous couvert d'une diatribe contre l'intĂ©grisme (le passĂ© traumatique de l'hĂ©roĂŻne Ă©levĂ©e sous l'autoritĂ© d'un père bigot), Verhoven en structure un suspense diffus au fil d'un cheminement tortueux (l'ambivalence psychologique de Michele) sur le fil du rasoir.


D'une perversitĂ© vĂ©nĂ©neuse indicible par son climat malsain sous-jacent ou contrairement explicite, Elle redore les composantes du thriller avec une provocation iconoclaste. De par l'Ă©tude caractĂ©rielle de personnages anti manichĂ©ens et du portrait lubrique imparti Ă  une femme d'affaire oĂą perce finalement une fragilitĂ© humaine (comme le constate son final rĂ©dempteur aussi beau que poignant !). Traitant sans fard ni tabou des thèmes de la nĂ©vrose sexuelle et de l'intĂ©grisme, Elle constitue un grand thriller cĂ©rĂ©bral n'hĂ©sitant pas Ă  dĂ©voiler la face cachĂ©e de nos fantasmes les plus intimes. 

B-M

Le mot de Jean-Marc Micciche:

Cycle film d'auteur avec ouf enfin un bon film et on dit merci Paulo. Donc disons les choses clairement pour bien situer le dernier opus du filmeur fou aussi bien dans le contexte actuel et dans sa filmo. Si on place Elle dans le contexte du cinéma français et sur celui du film d'auteur, ben c'est clairement ce qu'on voit de mieux à l'heure actuel. A l'inverse si on le place dans son immense filmo (on compte pas Tricked), faut reconnaître que le film n'a pas forcément les épaules pour se mesurer aussi bien sur le terrain du film sulfureux et dérangeant que sur le plan stylistique. Attention je dis pas que le film n'a aucun style mais on sent deux principaux manques. La première c'est bien la place qu'occupait ses deux chef op de prestige à savoir Jost Vacano et Jan De Bont qui réussissait même avec des films intimistes à avoir un style percutant (et parfois il faut bien le dire, certains passages de Elle pourront paraître anodin sur le plan formel). De l'autre la patte d'un vrai scriptwritter qui parviendrait à transfigurer un sujet soyons honnête un thriller de cul du samedi soir sur M6 en quelque chose de plus perver crade. Donc oui Elle pourra sembler comme trop sage et avec le recul on peut comprendre comment le public bourgeois de Cannes et les critiques Dandy des Cahiers ont pu être tenter d'élever le réal Paul Verhoeven à un statut proche horreur de Michael Haneke. Fort heureusement, le film reste du Verhoeven pur souche car il réussit à pervertir l'aspect bourgeois du récit en quelque chose de plus subtil de plus sournois. Et ça passe aussi bien par le jeu en nuance de Huppert, par des choix de montage déconcertant, des dérapages ironiques croustillants. En attendant son probable succès aux oscars et aux césars (et pourquoi pas opportunisme culturel oblige une nomination comme président aux festivals de Cannes, rigolez pas, ils l'ont fait pour George Miller), Elle est donc à sa façon une belle réussite, à relativiser bien évidement, mais concrète. Donc dans mon Top 20 en toute éventualité.

samedi 1 octobre 2016

BRAQUEURS

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Julien Leclercq. 2016. 1h20. France. Avec Sami Bouajila, Guillaume Gouix, Youssef Hajdi, Kaaris, Redouane Behache, Kahina Carina, David Saracino.

Sortie salles France: 4 Mai 2016

FILMOGRAPHIE: Julien Leclercq est un rĂ©alisateur et  producteur français, nĂ© le 7 aoĂ»t 1979 Ă  Somain, dans le nord de la France. 2004 : Transit. 2007 : Chrysalis. 2011 : L'Assaut. 2013 : Gibraltar. 2016 : Braqueurs. 2018 : Prost.


Sortie en catimini dans nos salles si je ne m'abuse, Braqueurs est une putain de série B d'action burnée comme on en voit peu dans le paysage français !

A partir d'une intrigue simple mais solide, Braqueurs nous immerge de plein fouet dans l'univers vénal de braqueurs émérites avec une efficacité incisive depuis l'entrée en scène de dealers belliqueux délibérés à les extorquer ! Tant par l'hyper réalisme des scènes d'actions ultra tendues et spectaculaires (à titre de comparaison, Heat a de quoi rougir pour l'ampleur épique de ces braquages et gunfights sanglants) que par la prestance charismatique d'une poignée de seconds couteaux totalement impliqués dans leur bravoure suicidaire où perce une contrariété en chute libre !


Froid, hargneux, violent (mais jamais complaisant), rapide, haletant, implacable, oppressant, car d'une intensité exponentielle à couper au rasoir, Braqueurs nous cloue au siège parmi le brio d'une mise en scène géométrique, comme le souligne la fluidité du montage et son sens du découpage ! (notamment un travail rigoureux sur le son !). Impliqués tête baissée dans une dérive criminelle escarpée, Braqueurs laisse les mains moites avec un réalisme blafard si bien que nous nous prenons d'empathie pour ces anti-héros solidaires fustigés par leurs conséquences immorales ! (les décisions aussi avisées qu'expéditives du leader du groupe).


Rappel du Synopsis (source allo ciné):
Yanis, Eric, Nasser et Frank forment l’Ă©quipe de braqueurs la plus efficace de toute la rĂ©gion Parisienne. Entre chaque coup, chacun gère comme il peut sa vie familiale, entre paranoĂŻa, isolement et inquiĂ©tude des proches. Par appât du gain, Amine, le petit frère de Yanis, va commettre une erreur... Une erreur qui va les obliger Ă  travailler pour des caĂŻds de citĂ©. Cette fois, il ne s'agit plus de braquer un fourgon blindĂ©, mais un go-fast transportant plusieurs kilos d'hĂ©roĂŻne. Mais la situation s’envenime, opposant rapidement braqueurs et dealers…

B-M


Le p'tit mot de Jean-Marc Miciche:
Séance découverte avec le bonnard Braqueurs, une chouette série B d'une heure 20. Carré, superbement bien joué, une mise en scène au plus proche de ses personnages, un récit ramassé qui va à l'essentiel, des seconds rôles attachants, quelques scènes d'actions bien senties....le meilleur film de son réal. Après certains reprocheront sans doute au film ses faux airs de Heat, référence obligatoire, mais le réal parvient à s'extirper de cet influence pour imprimer son propre univers. Franchement c'est de la série B que j'aime.



vendredi 30 septembre 2016

LES CICATRICES DE DRACULA

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

"Scars of Dracula" de Roy Ward Barker. 1970. Angleterre. 1h36. Avec Christopher Lee, Dennis Waterman, Jenny Hanley, Patrick Troughton, Michael Ripper, Michael Gwynn, Wendy Hamilton.

Sortie salles Angleterre: 8 Novembre 1970

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Roy Ward Baker est un réalisateur, producteur, scénariste anglais, né le 19 Décembre 1916 à Londres (Royaume-Uni), décédé le 5 Octobre 2010.
1947: L'Homme d'Octobre. 1952: Troublez moi ce soir. 1968: Les Champions. 1969: Mon ami le fantôme. 1970: The Vampire Lovers. 1970: Les Cicatrices de Dracula. 1971: Dr Jekyll et Sr Hyde. 1972: Asylum. 1973: Le Caveau de la Terreur. 1973: And now the Screamin starts. 1974: Les 7 vampires d'or. 1980: Le Club des Monstres. 1984: Les Masques de la mort (télé-film).


6è volet de Dracula issu de l'illustre firme Hammer, Les Cicatrices de Dracula peut se targuer d'ĂŞtre le plus violent et dĂ©vergondĂ© de la sĂ©rie dans son alliage d'Ă©rotisme polisson et de gore outrancier. A l'instar d'un homicide d'une rare sauvagerie intentĂ© sur une victime fĂ©minine prise en flagrant dĂ©lit d'adultère ! MĂŞme encore aujourd'hui, on se surprend du rĂ©alisme poisseux de la mise Ă  mort que Dracula perpĂ©tue avec frĂ©nĂ©sie lorsque le poignard perfore Ă  moult reprises la chair ensanglantĂ©e ! Outre le caractère graphique de ses sĂ©quences-chocs souvent impressionnantes (notamment le massacre dans l'Ă©glise ou encore l'agression d'une chauve-souris !), Roy Ward Barker prend Ă©galement soin d'instaurer un climat d'Ă©rotisme sulfureux (surtout pour l'Ă©poque !) en brossant les portraits dĂ©complexĂ©s de personnages lubriques.


Tant pour la présence vénéneuse de Tania, maîtresse infidèle de Dracula, de Paul, séducteur invétéré au point de courtiser en un temps furtif trois paysannes impudentes, ou encore de Klove, l'assistant versatile de Dracula aux penchants sado-maso et fétichistes ! En dépit d'une intrigue au cheminement classique (épaulé de son épouse, Simon tente de retrouver son frère aîné au sein du château de Dracula, quand bien même ce dernier s'efforce de vampiriser sa partenaire), Roy Ward Barker parvient efficacement à captiver sans modération par la nervosité d'un récit fertile en rebondissements, situations fortuites et péripéties haletantes. Prenant soin de fignoler la forme gothique au sein de magnifiques décors domestiques comme le souhaite la tradition Hammer, Les Cicatrices de Dracula envoûte les sens sous l'impulsion de personnages perfides. Comme le prouve le serviteur de Dracula pétri de contradiction et de fourberie en dupant ses adversaires avec perversité exubérante ! Avec une cruauté escarpée, Roy Ward Barker n'hésite pas non plus à y sacrifier quelques victimes innocentes alors qu'une empathie venait de s'instaurer auprès de l'une d'elles depuis sa bravoure de prêter main forte à notre héros. Quant au personnage vicié que caractérise orgueilleusement Dracula, l'irremplaçable Christopher Lee magnétise l'écran à chacune de ses apparitions avec une classe impérieuse ! Au visage blême se succédant parfois un regard éraillé dans son désir de nuire à autrui pour le plaisir d'asservir sa proie !


DĂ©clinaison couillue de la sĂ©rie des Dracula, les Cicatrices de Dracula s'affranchit de tout carcan afin d'extĂ©rioriser une atmosphère malsaine inhabituellement dĂ©pravĂ©e pour la firme. Par le biais d'une investigation pĂ©rilleuse et du traditionnel jeu du chat et de la souris Ă©mane un habile exercice de style auquel se prĂŞtent avec charisme infaillible la stature hiĂ©ratique de Christopher Lee, des seconds rĂ´les fielleux et un dĂ©filĂ© de jeunes actrices somptueusement Ă©moustillantes !  

B-M. 3èx

jeudi 29 septembre 2016

WOLF

                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Mike Nichols. 1994. U.S.A. 2h05. Avec Jack Nicholson, Michelle Pfeiffer, James Spader, Kate Nelligan, Richard Jenkins, Christopher Plummer, Eileen Atkins.

Sortie salles France: 14 Septembre 1994. U.S: 17 Juin 1994

FILMOGRAPHIEMike Nichols, nĂ© Michael Igor Peschkowsky le 6 novembre 1931 Ă  Berlin et mort Ă  New York le 19 novembre 2014 (Ă  83 ans), est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, d’origine russe et allemande. 1966 : Qui a peur de Virginia Woolf ? 1967 : Le LaurĂ©at. 1970 : Catch 22. 1971 : Ce plaisir qu'on dit charnel. 1973: Le Jour du dauphin. 1975 : La Bonne Fortune. 1983 : Le Mystère Silkwood. 1986 : La BrĂ»lure. 1988 : Biloxi Blues. 1988 : Working Girl. 1990 : Bons baisers d'Hollywood. 1991 : Ă€ propos d'Henry. 1994 : Wolf. 1996: Birdcage. 1998 : Primary Colors. 2000 : De quelle planète viens-tu ? 2004 : Closer, entre adultes consentants. 2007: La Guerre selon Charlie Wilson.


- Il y a bien des hommes qui sont plus monstres que vous, dit la Belle, et je vous aime mieux avec votre figure que ceux qui, avec la figure d’homme, cachent un cĹ“ur faux, corrompu, ingrat.

Immense rĂ©alisateur rĂ©vĂ©lĂ© par Qui a peur de Virginia Wolf ? et Le LaurĂ©at, Mike Nichols renoue avec le Fantastique après nous avoir dĂ©jĂ  sĂ©duit avec l'Ă©mouvant (et mĂ©connu) Le Jour du Dauphin. Prenant pour thème le mythe sĂ©culaire du loup-garou, Mike Nichols nous offre Ă©galement avec Wolf une variation moderne de la Belle et la BĂŞte que le duo Nicholson/Pfeiffer transfigure par le biais de leur romance en perdition. Après avoir Ă©tĂ© mordu par un loup un soir de pleine lune, Will Randall s'Ă©tonne de ses nouveaux dons olfactifs et auditifs. LicenciĂ© par son patron d'Ă©dition par la faute de son ennemi jurĂ©, l'opportuniste Stewart Swinton, il tente en dĂ©sespoir de cause de renĂ©gocier son emploi au moment mĂŞme oĂą il rencontre incidemment la fille du boss, Laura Alden. Sensiblement attirĂ©s l'un pour l'autre, cette dernière s'efforce de soutenir les angoisses expansives de son compagnon persuadĂ© qu'il est habitĂ© par un instinct primitif depuis sa morsure


Avec le brio d'une mise en scène classieuse, Mike Nichols renouvelle le mythe du loup-garou par le biais d'une trajectoire narrative prĂ©visible mais constamment captivante. Si l'intrigue linĂ©aire n'apporte rien de neuf, le cinĂ©aste compte sur l'art de conter son histoire en prenant son temps Ă  y poser les enjeux humains par l'entremise d'une Ă©tude caractĂ©rielle. Jack Nicholson et Michelle Pfeiffer formant sobrement le couple infortunĂ© avec un humanisme et une pudeur fragile. Charismatiques en diable et plein de sĂ©duction dans leurs Ă©changes amoureux, ces derniers portent le film sur leurs Ă©paules avec une densitĂ© psychologique que Mike Nichols prend soin d'intensifier sans prĂ©tention. La belle, partagĂ©e entre l'optimisme et l'angoisse, s'efforçant sereinement de protĂ©ger la bĂŞte en proie Ă  une contrariĂ©tĂ© davantage pesante. La force du rĂ©cit Ă©manant notamment de sa capacitĂ© Ă  nous faire croire Ă  l'improbable (la victime possĂ©dĂ©e par l'instinct lycanthrope) en optant Ă©galement pour l'effet de suggestion si bien que les sĂ©quences vĂ©ritablement horrifiques et homĂ©riques n'interviennent que durant le dernier tiers du film. Outre sa belle romance transcendĂ©e par l'aplomb de nos illustres comĂ©diens, Mike Nichols en extirpe Ă©galement en sous-texte social une satire sur l'arrivisme des financiers prĂŞts Ă  s'entretuer pour accĂ©der en haut de la pyramide. Sur ce point, James Spader s'avère dĂ©lectable de cynisme et de fourberie en endossant le rĂ´le annexe d'un transfuge habitĂ© par l'appât du gain.


Si Wolf aurait mĂ©ritĂ© Ă  ĂŞtre plus compact et surprenant si son cheminement narratif eut Ă©tĂ© plus original, Mike Nichols parvient nĂ©anmoins avec brio indiscutable Ă  instaurer une acuitĂ© Ă  travers la caractĂ©risation contrariĂ©e des personnages combattant le Mal, entre foi amoureuse et espoir de rĂ©demption. Habilement exploitĂ©s car retardant au possible les mĂ©tamorphoses spectaculaires, on peut enfin prĂ´ner le rĂ©alisme des maquillages Ă  l'ancienne (aussi concis soient-ils et inspirĂ©s des travaux de la Universal !) ainsi que sa partition musicale qu'Ennio Morricone transfigure avec une Ă©motion Ă©purĂ©e ! (suffit de capter l'essence onirique de son Ă©pilogue Ă©lĂ©giaque pour s'en convaincre !). 

B-M. 3èx

Récompense: Saturn Award du meilleur scénario par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur.

mercredi 28 septembre 2016

Mamba / Fair Game

       
                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google

"Fair Game" de Mario Orfini. 1988. Italie. 1h21. Avec Trudie Styler, Gregg Henry, Bill Moseley, John Randolph, Rene Auberjonois.

Sortie salles France: 28 Juin 1989

FILMOGRAPHIE: Mario Orfini est un réalisateur et producteur italien né en 1936 à Lanciano.
1978 : Noccioline a colazione. 1988 : Mamba. 1992 : Jackpot (classe spéciale). 1998 : L'anniversario.

SĂ©rie B oubliĂ©e des annĂ©es 80 malgrĂ© sa sĂ©lection officielle Ă  Avoriaz en 1989, Mamba exploite le snake movie dans l’Ă©tau d’un huis clos domestique de tous les dangers.

Ă€ la suite d’une rupture, un amant sans vergogne orchestre un jeu machiavĂ©lique Ă  l’encontre de son ancienne maĂ®tresse : introduire un mamba noir dans son studio, serpent rĂ©putĂ© pour ĂŞtre l’un des plus dangereux du monde, surtout si la victime est en proie Ă  l’adrĂ©naline. Ă€ l’aide d’un ordinateur et d’une mini-camĂ©ra de surveillance, il observe, tel un joueur devant son Ă©cran, les dĂ©placements du reptile, espĂ©rant la mort brutale de sa compagne dans un temps chronomĂ©trĂ© de soixante minutes. Seule, piĂ©gĂ©e malgrĂ© elle, Eva comprend bientĂ´t la menace lĂ©tale qui rampe autour d’elle. DĂ©terminĂ©e Ă  survivre, elle tente par tous les moyens de se dĂ©fendre contre l’intrus.


Modeste production signĂ©e par un cinĂ©aste transalpin mĂ©connu - sa filmographie ne comptant que quatre longs-mĂ©trages - Mamba joue la carte du survival intimiste Ă  travers le principe d’unitĂ© de lieu et de temps. L’hĂ©roĂŻne, confinĂ©e, Ă©labore des stratĂ©gies de dĂ©fense que la camĂ©ra vĂ©loce exploite habilement en vue subjective ou via des cadrages alambiquĂ©s. Si certaines pĂ©ripĂ©ties flirtent parfois avec la facilitĂ©, forçant le trait des effets de surprise, la plupart des rebondissements parviennent Ă  captiver en instaurant une angoisse oppressante, amplifiĂ©e par la partition haletante du mĂ©lomane Giorgio Moroder (La FĂ©line, Midnight Express). Sur une durĂ©e minimaliste d’1h21 (gĂ©nĂ©rique inclus), Mario Orfini exploite habilement le cadre restreint du cocon domestique, relançant sans cesse l’action : Eva, courant tous azimuts, tente de dĂ©sorienter le serpent et de le piĂ©ger Ă  l’aide d’accessoires retors dont je tairai ici la nature.

RĂ©alisĂ© avec un soin formel et une vraie habiletĂ© technique, distillant çà et lĂ  de jolis moments de terreur viscĂ©rale, Mamba s’impose comme une sĂ©rie B horrifique fort sympathique, construite sur un jeu pervers d’Ă©preuve de force impartie au survival. Le duo antinomique formĂ© par Trudie Styler (Ă©pouse du chanteur Sting) et Gregg Henry (Body Double, Scarface) assure vigoureusement une confrontation Ă  distance des plus sournoises, jusqu’Ă  un final sardonique… malgrĂ© une incohĂ©rence que l’on pourra juger grossière.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx