mardi 15 octobre 2019

The Stuff

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Larry Cohen. 1985. U.S.A. 1h26. Avec Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris, Paul Sorvino, Scott Bloom, Danny Aiello, Patrick O'Neal

Sortie salles U.S: 14 Juillet 1985

FILMOGRAPHIELarry Cohen est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 15 Juillet 1941. Il est le crĂ©ateur de la cĂ©lèbre sĂ©rie TV, Les Envahisseurs. 1972: Bone, 1973: Black Caesar, Hell Up in Harlem, 1974: Le Monstre est vivant, 1976: Meurtres sous contrĂ´le, 1979: Les Monstres sont toujours vivants, 1982: Epouvante sur New-York, 1985: The Stuff, 1987: La Vengeance des Monstres, Les Enfants de Salem, 1990: l'Ambulance. 1995 Fausse identitĂ© (TV Movie) 1996: Original Gangstas. - Comme Producteur: Maniac Cop 1/2/3.
- Comme Scénariste: Cellular, Phone Game, 3 épisodes de Columbo.


Hommage aux films de monstres et d'invasions extra-terrestres des annĂ©es 50 (le Blob nous vient promptement Ă  l'esprit) derrière une satire semi-parodique contre la malbouffe, The Stuff gĂ©nère une nouvelle fois la surprise auprès de son auteur fĂŞlĂ© Larry Cohen. L'illustre crĂ©ateur de la sĂ©rie TV Les Envahisseurs, des fort sympathiques Epouvante sur New-YorkLes Enfants de Saleml'Ambulance  puis enfin des chefs-d'oeuvre Le Monstre est Vivant / Meurtres sous contrĂ´le imprimĂ©s dans toutes les mĂ©moires. Car rarement avare d'idĂ©es saugrenues, ce dernier créé encore l'effet de surprise avec comme concept "olĂ© olĂ©" une crème dessert de couleur blanchâtre prenant possession de ses consommateurs livrĂ©s Ă  une toxicomanie alimentaire Ă  nous donner la nausĂ©e ! Ainsi, grâce Ă  son pouvoir de fascination viscĂ©rale / rĂ©pulsion grand-guignolesque, tel la crème dessert agrandissant la bouche de ses victimes pour s'y extraire ou leur plaquant le visage pour les Ă©touffer, The Stuff divertit en diable Ă  travers un schĂ©ma narratif Ă©culĂ© (une course contre la montre Ă  avertir la populace du danger planĂ©taire) menĂ© sur rythme effrenĂ©. PrĂ©visible certes mais pour autant constamment ludique et palpitant, notamment si on compte sur le climat dĂ©complexĂ© de l'intrigue folingue et sur la bonhomie friponne de l'acteur fĂ©tiche Michael Moriarty (en agent industriel dĂ©lateur) Ă©paulĂ© de la non moins attachante Andrea Marcovicci et de l'enfant rebelle Scott Bloom (rĂ©duit malgrĂ© lui Ă  l'Ă©tat d'orphelin lors de son parcours de survie). 


Ainsi donc, sans toutefois crier au gĂ©nie pour rivaliser avec ses plus grandes rĂ©ussites susnommĂ©es, faute d'une narration ici foutraque et dĂ©structurĂ©e et du manque d'intensitĂ© auprès des enjeux humains, The Stuff compense ses anicroches par l'adresse de trucages plutĂ´t rĂ©ussis (Ă  dĂ©faut de perfection) et par le ton gĂ©nialement dĂ©calĂ© d'une invasion singulière que d'aimables hĂ©ros en herbe tentent de contracarrer dans une solidaritĂ© plutĂ´t fantaisiste. Et puis d'un aspect visuel horrifiant, quel dĂ©clice de voir cette crème volumineuse blanchatre se dĂ©placer insidieusement sur ses victimes de manière parfois impromptue au point de virer vers l'invraisemblance que l'on accepte facilement quant Ă  la nature dĂ©complexĂ©e d'une investigation officieuse que mènent nos hĂ©ros redresseurs de tort. Larry Cohen  soignant d'aurte part ses sĂ©quences chocs (dissĂ©minĂ©es de manière fortuite pour mieux nous surprendre) au grĂ© d'un montage dynamique palliant parfois le cĂ´tĂ© dĂ©suet de ses dĂ©monstrations les plus ambitieuses (notamment lorsque les visages se mettent Ă  exploser de par la fragilitĂ© soudaine des vertèbres ou lorsqu'ils sont Ă©crasĂ©s par des vĂ©hicules). Or, on y croit tant l'aventure rondement menĂ©e et l'implication enjouĂ©e des personnages font illusion ! Si bien que truffĂ© de dĂ©rision, tant auprès de l'horreur de ses situations grotesques que de ses postures dĂ©contractĂ©s, on s'amuse enfin (lors du final belliqueux) de la prĂ©sence pittoresque de Paul Sorvino en colonel psychorigide terriblement complexĂ© par l'absence de notoriĂ©tĂ© de sa carrière militaire.


Une sémillante série B horrifique comme on en fait plus donc, n'ayant d'ailleurs rien à envier au réjouissant Blob de Chuck Russel.

*Bruno
13.02.25. 4èx
15.10.19.
05.07.17

lundi 14 octobre 2019

Le Camion de la Mort. Prix Spécial du Jury, Avoriaz 83


"Battletruck/Warlords of the 21st Century" de Harley Cokliss. 1982. Nouvelle Zélande. 1h31. Avec Michael Beck, Annie McEnroe, James Wainwright, Bruno Lawrence, John Bach, Randy Powell.

Sortie en salles en France le 2 janvier 1983

FILMOGRAPHIE SELECTIVEHarley Cokliss est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 11 FĂ©vrier 1945 Ă  San Diego (Californie). 1976: The Battle of Billy's Pond. 1977: Glitterball. 1979: That Summer. 1982: Le Camion de la mort. 1986: Sans Issue. 1987: Malone, un tueur en enfer. 1988: Dream Demon. 1994: Hercule et le royaume oubliĂ© (tĂ©lĂ©-film). 2000: Pilgrim. 2002: An angel for may (tĂ©lĂ©-film). 2010: Paris Connections


Un an après le phĂ©nomène Mad-Max 2, une ribambelle d'ersatz aux budget dĂ©risoire prolifĂ©rèrent chez nos voisins transalpins. Des sĂ©ries Z risibles interprĂ©tĂ©es par des tacherons quand bien mĂŞme les affiches aguicheuses inspirĂ©es de l'univers de la BD tentaient d'y feindre leur prĂ©caritĂ©. Pour autant, quelques nanars impayables sortirent du lot si bien qu'aujourd'hui ils continuent toujours de marquer les esprits (nostalgiques) de cette Ă©poque rĂ©volue, Ă  savoir le bien nommĂ© "post-nuke". Les Guerriers du BronxCherry 2000Le Gladiateur du futur et surtout le Guerrier de l'espace et 2019, après la chute de New-York restant sans conteste les plus beaux fleurons bisseux. Mais en 1982, c'est au tour de la nouvelle zĂ©lande de tenter d'y apporter leur vision dĂ©senchantĂ©e du monde barbare auprès d'une sĂ©rie B de samedi soir au budget un peu plus Ă©toffĂ©, qui plus est finalement ovationnĂ©e d'un Prix SpĂ©cial du Jury Ă  Avoriaz. De par cette improbable rĂ©compense, on se demande d'ailleurs comment une oeuvre aussi standard, aussi bougrement sympatoche soit-elle, eut pu remporter une rĂ©compense aussi prestigieuse ! Le PitchDans une Ă©poque futuriste, le colonel Straker sillonne les contrĂ©es dĂ©sertiques des Etats-Unis Ă  bord d'un gigantesque camion pour la quĂŞte de carburant. Avec une bande de hors la loi, il sème la terreur auprès des rares survivants pour imposer sa hiĂ©rarchie dictatoriale. Mais un solitaire du nom de Hunter dĂ©cide de contrecarrer ses ambitions vĂ©reuses en l'affrontant Ă  bord de sa moto futuriste. 
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Totalement occultĂ© de nos jours après avoir dĂ©jĂ  sombrĂ© dans l'oubli depuis son Ă©chec en salles, Le Camion de la Mort est une modeste et très agrĂ©able sĂ©rie B se dĂ©marquant de la zĂ©derie grâce Ă  ces comĂ©diens Ă  la trogne bonnard, aussi cabotins soient les mĂ©chants, Ă  son action sagement spectaculaire et Ă  sa mise en image plutĂ´t envoĂ»tante au coeur d'un no mans land aride. L'intrigue convenue constituant une relecture champĂŞtre de Mad-Max (bien qu'ici, l'antagoniste mĂ©galo s'avère le propriĂ©taire du camion blindĂ© !) avec beaucoup moins d'ambition dans sa maigre tentation de renouer avec l'action cinglante et les cascades Ă©bouriffantes de son modèle. NĂ©anmoins, ce petit mĂ©trage fort attachant affiche un convaincant climat de dĂ©solation auprès d'une populace prĂ©caire tentant de survivre dans leurs bungalows de fortune. Et la confrontation entre Michael Beck (les Guerriers de la nuit) et James Wainwright (Un ShĂ©rif Ă  New-York) parvenant jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin Ă  maintenir l'intĂ©rĂŞt dans leur enjeu de pouvoir et d'autoritĂ©, notamment en tentant d'y rĂ©cupĂ©rer la dissidente Corlie en fuite depuis les dernières exactions de son paternel (Straker himself apprendra t'on durant l'intrigue !). Annie McEnroe (les Marais de la mort, la Main du cauchemar) endossant avec une sensibilitĂ© non nĂ©gligeable cette fugitive en quĂŞte d'amour et d'havre de paix. ScandĂ© d'une partition planante (Tangerine Dream s'en fait d'ailleurs presque l'Ă©cho !), l'ambiance post-apo du Camion de la mort dĂ©gage donc un charme dĂ©suet afin d'accentuer cet environnement solaire jalonnĂ© de plaines clairsemĂ©es. A l'instar du western moderne, l'affrontement houleux de nos survivants solidaires communĂ©ment opposĂ©s Ă  la hiĂ©rarchie du tyran Straker cultivant de nombreuses pĂ©ripĂ©ties (entre une trahison) pour tenter de dĂ©jouer l'assaillant beaucoup plus lâche, cruel et insidieux qu'eux. Enfin, pour adoucir le propos belliqueux, une timide idylle survient durant tout le pĂ©riple avec la fille de Straker Ă©prise d'affection pour le motard (jamais Ă  court de carburant !).
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MenĂ© avec rythme et efficacement contĂ©, le Camion de la Mort demeure un divertissement plein de charme dans sa sincĂ©ritĂ© de se confronter sans prĂ©tention au genre post-apo Ă  l'aide d'un budget low-cost. Un western futuriste d'une simplicitĂ© dĂ©sarmante (bien qu'il sous entend une rĂ©flexion sur la mĂ©galomanie en militant pour la solidaritĂ©) mais paradoxalement assez attrayant et d'autant plus atmosphĂ©rique qu'on se laisse facilement sĂ©duire par la tournure des Ă©vènements prĂ©visibles. Et ce mĂŞme si aujourd'hui il ne pourrait (probablement) que contenter les nostalgiques de l'âge d'or du Post-nuke. Quand Ă  son "Prix spĂ©cial" dĂ©cernĂ© Ă  Avoriaz, il restera pour ma part une nĂ©buleuse Ă©nigme irrĂ©solue.  

*Bruno
14.10.19. 3èx
30.12.11. 386 v

vendredi 11 octobre 2019

El Camino : un film Breaking Bad

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"El Camino: A Breaking Bad Movie" de Vince Gilligan. 2019. U.S.A. 2h02. Avec Aaron Paul, Bryan Cranston, Charles Baker, Matt L. Jones, Jonathan Banks, Larry Hankin.

Diffusion mondiale Netflix: 11 Octobre 2019 

FILMOGRAPHIEVince Gilligan est un scĂ©nariste, producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 10 fĂ©vrier 1967 Ă  Richmond. 2000-2002 : X-Files - Je souhaite (saison 7, Ă©pisode 21) et IrrĂ©futable (saison 9, Ă©pisode 18). 2008-2013: Breaking Bad - Chute libre (saison 1, Ă©pisode 1) - Pleine Mesure (saison 3, Ă©pisode 13) - Échec (saison 4, Ă©pisode 12) – Mat (saison 4, Ă©pisode 13) - Revenir et Mourir (saison 5, Ă©pisode 16). 2015-2017 : Better Call Saul (4 Ă©pisodes). 2019: El Camino.


"La vie est ce que tu en fais"
CrĂ©ateur de la notable sĂ©rie TV Breaking Bad, Vince Gilligan a dĂ©cidĂ© d'offrir Ă  ses fans planĂ©taires une adaptation cinĂ© en bonne et due forme afin de clore une bonne fois pour toute les vicissitudes de Jesse Pinkman, ultime survivant recherchĂ© en l'occurrence par toutes les polices de l'Ă©tat. Ainsi donc, Ă  travers la simplicitĂ© de sa trame pour autant imprĂ©visible afin de tenir en haleine le spectateur scrupuleux aux faits et gestes de Jesse traquĂ© tous azimuts, Vince Gilligan exploite de main de maĂ®tre un jeu de la survie aussi tendu qu'angoissant eu Ă©gard des moult rebondissements que notre anti-hĂ©ros tentera de dĂ©jouer en faisant preuve d'esprit retors mais aussi de maladresse (Ă  l'instar de sa houleuse transaction avec le vendeur d'aspirateur que campe au travers d'une posture impassible le vĂ©tĂ©ran Robert Foster au charisme sclĂ©rosĂ©).


Magnifiquement rĂ©alisĂ©, tant auprès des cadrages alambiquĂ©s, des effets de style Ă©paulĂ©s d'une photo solaire que de ses influences westerniennes (avec un duel d'anthologie Ă  couper le souffle !), El Camino rappelle entre autres dans notre inconscient le cinĂ©ma perfectionniste de Tarantino Ă  travers ses dialogues ciselĂ©s (un rĂ©gal permanent !) et ses confrontations masculines chargĂ©es de dĂ©rision, de perversitĂ© et de sournoiserie. D'une durĂ©e standard de 2h02, on aurait peut-ĂŞtre souhaitĂ© un mĂ©trage un peu plus quantitatif de 3h00 tant le temps s'Ă©tiole Ă  la vitesse de l'Ă©clair. Si bien que l'on surprend de quitter Jesse sur cette ultime image mĂŞme si sa conclusion rationnelle ne déçoit aucunement. Ce qui prouve donc l'effet hypnotique qu'eurent si bien procurĂ©s sa charpente narrative (tant indĂ©cise) et les dĂ©placements des personnages matois impliquĂ©s dans un enjeu pĂ©cuniaire en lieu et place de confort (pour les mĂ©chants) ou de survie (pour le destin prĂ©caire de Jesse). Au-delĂ  du plaisir Ă©prouvĂ© Ă  son imagerie stylisĂ©e et Ă  ses pĂ©ripĂ©ties instillĂ©es au compte-goutte avec un art consommĂ© du suspense latent, El Camino est Ă©videmment transcendĂ© du jeu borderline d'Aaron Paul toujours aussi habitĂ© Ă  travers ses expressions contradictoires oĂą s'entrechoquent apprĂ©hension, espoir fĂ©brile et dĂ©termination pugnace sans jamais se laisser distraire par l'invraisemblance du geste hĂ©roĂŻque.


"Aller là où l'univers t'emmènes."
TournĂ© en format scope, El Camino demeure donc une excellente prolongation Ă  l'Ă©minente sĂ©rie Breaking Bad (Ă  dĂ©faut d'y parfaire le chef-d'oeuvre auprès des plus gourmets), mĂŞme si on aurait souhaitĂ© poursuivre un peu plus le pĂ©riple de Jesse (avec 1 ou 2 rebondissements supplĂ©mentaires. Quand bien mĂŞme Vince Gilligan est parvenu sans aucune prĂ©tention Ă  boucler la boucle avec une indiscutable cohĂ©rence, tant en terme de cheminement narratif d'une remarquable fluiditĂ© que de psychologie des personnages (parmi 2/3 apparitions surprises impliquĂ©es dans une Ă©thique existentielle !). 

*Bruno

jeudi 10 octobre 2019

l'Esclave de Satan

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Satan's Slave" de Norman J. Warren. 1976. Angleterre. 1h29. Avec Michael Gough, Martin Potter, Candace Glendenning, Barbara Kellerman, Michael Craze.

Sortie salle France: 8 FĂ©vrier (ou 3 Mai) 1978 (Int - 18 ans). Angleterre: DĂ©cembre 76.

FILMOGRAPHIE: Norman J. Warren, né Norman John Warren le 25 Juin 1942 à Londres en Angleterre, est un réalisateur, producteur et scénariste anglais. 1967: Her Private Hell, 1968: Loving Feeling, 1976: l'Esclave de Satan, 1978: Le Zombie venu d'ailleurs, 1979: Outer Touch, la Terreur des Morts-vivants, 1981: Inseminoïd, 1984: Warbirds Air Display, 1985: Person to person, 1986: Gunpowder, 1987: Les Mutants de la St-Sylvestre, 1992: Meath School, 1993: Buzz.


Le pitch : Ă  la suite de la mort de ses parents dans un accident de voiture, Catherine est recueillie par son oncle Alexandre et par Stephen, le fils de celui-ci. En proie Ă  d’horribles cauchemars durant ses nuits esseulĂ©es, elle se laisse amadouer par Stephen, jusqu’Ă  ce que la majordome Frances manifeste Ă  son Ă©gard une jalousie violente.

Premier essai horrifique du talentueux artisan britannique Norman J. Warren (Inseminoid, Le Zombie venu d’ailleurs), L’Esclave de Satan transpire l’amour du genre, aussi Ă©tique soit son intrigue, probablement influencĂ©e par la vague sataniste des seventies (Course contre l’Enfer, La Pluie du Diable). Dans un format de sĂ©rie B symptomatique des budgets famĂ©liques qu’il s’octroya tout au long de sa carrière, Warren accomplit pourtant le prodige de nous envoĂ»ter - de nous captiver - par la puissance de ses images gothiques, d’une beautĂ© sĂ©pulcrale et ensorcelante.

Certes, la psychologie prĂ©mâchĂ©e des personnages laisse Ă  dĂ©sirer - notamment la posture incohĂ©rente de Frances, soudain dĂ©vouĂ©e Ă  sauver l’hĂ©roĂŻne pour un mobile obscur, alors qu’elle ne nourrissait jusqu’alors qu’une jalousie fĂ©roce envers elle. Et si l’intrigue, somme toute classique, cède parfois Ă  la trivialitĂ©, L’Esclave de Satan impose nĂ©anmoins un rĂ©alisme cauchemardesque, nourri par la fulgurance visuelle du film et la fragilitĂ© de Catherine, proie offerte Ă  la magie noire et aux forces du Mal.


Ses hallucinations nocturnes - parfois mĂŞme diurnes - se mĂŞlent aux exactions insidieuses d’un oncle dĂ©vorĂ© par le vice, prĂŞt Ă  franchir l’irrĂ©parable lors d’un final dĂ©rangeant (twist sardonique Ă  la clĂ©, rĂ©futant tout happy end). Warren illustre avec une attention scrupuleuse les messes noires et leurs sacrifices humains, enveloppĂ©s d’un raffinement gothique rutilant, tandis que la forĂŞt automnale ceinturant la bâtisse distille une Ă©trangetĂ© capiteuse.

Au-delĂ  du plaisir Ă©prouvĂ© devant ce climat dĂ©rĂ©glĂ© et charnel, L’Esclave de Satan cède - comme souvent chez Warren - Ă  une complaisance dĂ©licieusement malsaine : scènes gores crues, zooms brutaux sur les chairs lacĂ©rĂ©es, Ă©treintes moites flirtant parfois avec le viol rituel. On s’attache pourtant Ă  la sobriĂ©tĂ© de son casting mĂ©connu - en dĂ©pit du vĂ©nĂ©rable Michael Gough en gourou dĂ©monial -, aussi perfectibles soient leurs expressions autoritaires ou leurs Ă©lans contrariĂ©s. Le manque d’intensitĂ© dramatique se ressent, notamment lors de la première partie centrĂ©e sur le deuil de Catherine, mais qu’importe : le jeu diaphane et dĂ©rangeant de Martin Potter (le fils d’Alexandre) happe le regard. Sa prĂ©sence, pâle et Ă©quivoque, distille un venin trouble dans ses rapports lubriques avec les femmes, se concluant souvent dans un bain de sang.


Film d’ambiance aux p’tits oignons, disparu de nos Ă©crans depuis des siècles de lĂ©thargie, L’Esclave de Satan demeure un objet magnĂ©tique - voire ensorcelant -, attachant et Ă©trangement captivant. Mineur, parfois maladroit, souvent prĂ©visible, il n’en reste pas moins gonflĂ© de charme et d’insolence, fort de son art d’instaurer sans mesure une atmosphère cauchemardesque au cĹ“ur mĂŞme du thème sataniste.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

2èx

mercredi 9 octobre 2019

House of sand and fog

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Vadim Perelman. 2003. U.S.A. 2h06. Avec Jennifer Connelly, Ben Kingsley, Ron Eldard, Frances Fisher, Kim Dickens, Shohreh Aghdashloo.

Sortie salles France: 13 Mai 2004 (uniquement au marché du Film du Festival de Cannes). U.S: 26 Décembre 2003.

FILMOGRAPHIE: Vadim Perelman est un réalisateur et producteur russo-américain né le 8 septembre 1963 à Kiev (Ukraine). 2003 : House of Sand and Fog. 2008 : La Vie devant ses yeux. 2016 : Yolki 5.


Drame psychologique mâtinĂ© de mĂ©lo sous le pilier d'une partition envoĂ»tante, House of sand and fog fut ignorĂ© de nos salles chez nous en dĂ©pit de sa projection au marchĂ© du film du Festival de Cannes. Et donc j'imagine que les distributeurs ont probablement Ă©tĂ© effrayĂ©s par le nihilisme de son final effroyablement dĂ©pressif pour oser le faire connaĂ®tre auprès du grand public. Car dĂ©libĂ©rĂ© Ă  châtier tous ces protagonistes au grand dam d'un enjeu matĂ©rialiste (expulsĂ©e de chez elle Ă  la suite d'une erreur des impĂ´ts, Kathy tente de rĂ©cupĂ©rer la demeure de son père face au refus drastique de son nouveau propriĂ©taire d'origine iranienne), le rĂ©alisateur privilĂ©gie une intensitĂ© dramatique en crescendo afin d'Ă©branler le spectateur finalement dĂ©concertĂ© par tant d'aigreur et de pessimisme. Mais au-delĂ  des effets de surprise de son final mĂ©lodramatique franchement discutable, car Ă  mon sens plombĂ© par sa sinistrose infructueuse, (pour ne pas dire illogique), House of sand and fog bĂ©nĂ©ficie d'une intrigue solide entièrement bâtie sur la confrontation psychologique entre une jeune solitaire en perdition et un père de famille pratiquant, dĂ©terminĂ© Ă  subvenir aux besoins de sa famille en tablant sur la plus-value de sa nouvelle bâtisse.


Au centre de ce duo houleux oĂą chacun tente de dĂ©fendre son bout de territoire avec acharnement et dĂ©sespoir, un shĂ©rif Ă©pris d'affection pour Kathy jouera les redresseurs de tort avec une maladresse prĂ©judiciable. Constamment captivant de par son intrigue charpentĂ©e et surtout portĂ© Ă  bout de bras par les compositions talentueuses de Jennifer Connely en ange dĂ©chu Ă©puisĂ©e par la solitude et la dĂ©veine, de Ben Kingsley en Ă©poux aussi prĂ©venant qu'abusif avide de combler sa famille, et de Ron Eldard en shĂ©rif vindicatif d'autant plus contrariĂ© par sa double liaison conjugale, House of sand and fog plante son intrigue et ses personnages autour d'une mise en scène posĂ©e prĂ©conisant les huis-clos intimistes (ceux des 2 couples susnommĂ©s). Sa densitĂ© narrative Ă©manant Ă©galement de l'Ă©volution de ces personnages anti-manichĂ©ens se dĂ©menant comme ils peuvent Ă  dĂ©fendre leur position avec autant d'autoritĂ© que de fragilitĂ©. Ainsi, compromis par leurs sentiments d'orgueil matĂ©rialiste et pĂ©cuniaires (aussi comprĂ©hensifs soient leur combat pour la justice puis celui de la rĂ©ussite sociale et familiale), ces derniers vont peu Ă  peu cĂ©der Ă  leur valeur d'empathie en se prĂŞtant mutuellement main forte depuis l'incidence de circonstances fortuites.


Sur ce point, lĂ  aussi House of sand and fog fait mouche si bien qu'il est impossible d'anticiper les Ă©vènements orageux, d'autant plus que le rĂ©alisateur Ă©lude l'outrance sentimentale (ou alors si peu) afin d'Ă©mouvoir le spectateur impliquĂ© dans cet improbable enjeu matĂ©rialiste. Les comĂ©diens, sobrement poignants, ne dĂ©bordant jamais dans leur condition morale malmenĂ©e, tant et si bien que l'on s'attache Ă  leurs blessures intimes sans oser prendre parti pour qui que ce soit dans leur conflit d'ego ou d'intĂ©rĂŞt Ă  la fois financier et familial (notamment auprès de l'hĂ©ritage de Kathy afin d'honorer son père). D'oĂą l'intensitĂ© sobrement ressentie auprès de ce drame psychologique nouant brillamment les profils sentencieux de ces protagonistes effleurant pour autant l'issue de rĂ©solution lors d'un moment propice de remise en question. Et ce avant que Vadim Perelman ne vienne tout foutre en l'air pour brutaliser/phagocyter ses protagonistes lors d'un final tragique dĂ©nuĂ© de rĂ©demption et de logique selon mon jugement de valeur. Aussi limpide et bĂ©nĂ©fique soit son manifeste contre le matĂ©rialisme et la prospĂ©ritĂ© financière ! Et c'est fichtrement dommage car House of sand and fog avait au prĂ©alable assez d'arguments fiables et solides pour satisfaire le spectateur auprès d'un happy-end autrement noble, censĂ© et lĂ©gitime.

*Bruno

mardi 8 octobre 2019

Au coeur de la nuit

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Dead of Night" de Alberto Cavalcanti, Charles Crichton, Basil Dearden et Robert Hamer. 1945. Angleterre. 1h44. Avec Mervyn Johns, Roland Culver, Mary Merrall, Anthony Baird, Robert Wyndham, Judy Kelly, Sally Ann Howes, Michael Allan, Googie Withers, Ralph Michael, Basil Radford, Naunton Wayne, Frederick Valk, Allan Jeayes, Michael Redgrave.

Sortie salles France: 8 Mai 1946

FILMOGRAPHIEAlberto de Almeida Cavalcanti (Rio de Janeiro, 6 fĂ©vrier 1897 - Paris, 23 aoĂ»t 19821), est un scĂ©nariste, rĂ©alisateur et producteur d'origine brĂ©silienne. 1926 : Le Train sans yeux. 1926 : Rien que les heures. 1927 : En rade. 1927 : Yvette. 1930 : Dans une Ă®le perdue. 1930 : Les Vacances du diable. 1931 : Ă€ mi-chemin du ciel. 1932 : Le Truc du BrĂ©silien. 1932 : En lisant le journal. 1933 : Le Mari garçon. 1933 : Coralie et compagnie. 1944 : Champagne Charlie. 1945 : Au cĹ“ur de la nuit. 1958 : Les Noces vĂ©nitiennes. 1971 : La Visite de la vieille dame, tĂ©lĂ©film.


Si Au coeur de la nuit fait office de jalon des annĂ©es 40 au sein du moule omnibus et qu'il influença une ribambelle de cinĂ©astes (la cĂ©lèbre firme Amicus lors des annĂ©es 60 et tous ces fleurons british incarnĂ©s avec classe, la sĂ©rie TV La 4è Dimension créée par Rod Serling, la sĂ©rie B mĂ©connue La PoupĂ©e Diabolique de Lindsay Shonteff, la saga des Chucky, etc...), il s'avère nĂ©anmoins dĂ©suet Ă  travers ses segments Ă  la fois trop courts, timorĂ©s et finalement peu surprenants. Si bien que depuis de l'eau a coulĂ© sous les ponts car d'autres modèles autrement plus crĂ©atifs et audacieux se sont rĂ©appropriĂ©s du concept avec beaucoup plus d'imagination, d'efficacitĂ©, de folie et de violence (on peut d'ailleurs citer Histoires d'outre-tombe, Frissons d'outre-tombe, Creepshow ou encore Trick or Treat en guise de parangons du genre). Pour autant, Au coeur de la Nuit vaut encore le dĂ©tour Ă  travers sa troisième histoire gentiment ludique, un brin fascinante (un miroir dĂ©formant la rĂ©alitĂ© auprès de son nouvel acquĂ©reur poussera ce dernier Ă  la folie criminelle), et surtout avec son ultime sketch proprement fascinant, j'ai nommĂ© le Mannequin du Ventriloque (que Richard Attenborough poursuivra en format long quelques dĂ©cennies plus tard avec son chef-d'oeuvre Magic endossĂ© par le jeune et dĂ©jĂ  talentueux Anthony Hopkins).


Car prenant pour thèmes le dĂ©doublement de personnalitĂ©, la possessivitĂ© et la dĂ©mence autour d'un enjeu professionnel suggĂ©rant la compĂ©tition d'un confrère, le Mannequin du ventriloque dĂ©gage un climat de folie irrĂ©el compromis par les sentiments fĂ©tides de domination perverse lorsqu'une poupĂ©e Ă  l'Ă©loquence sarcastique semble douĂ©e de vie sous l'impulsion de son maĂ®tre Ă  penser tirant ses ficelles vocales. Transi d'Ă©moi, de contrariĂ©tĂ© et d'angoisse palpable Ă  travers son visage humectĂ© par l'alcool et ses yeux aussi exorbitĂ©s que vaporeux, Michael Redgrave crève l'Ă©cran, provoque l'empathie, distille gĂŞne et malaise auprès de sa condition torturĂ©e de se livrer Ă  l'infernale soumission de sa crĂ©ation de porcelaine. A moins que toute cette mise en scène impayable dĂ©coule de son esprit schizophrène de s'ĂŞtre adonnĂ© corps et âme Ă  son don de ventriloque afin de contenter un large public intransigeant. Puissant, vertigineux, terrifiant et d'autant plus cruel quant Ă  sa conclusion davantage sardonique, ce sketch glaçant n'a aujourd'hui rien perdu de son pouvoir de fascination sous l'impulsion d'une intensitĂ© dramatique escarpĂ©e eu Ă©gard de la tournure navrante des consĂ©quences battis sur la jalousie, l'emprise de la folie et la peur de l'anonymat. Ainsi donc, rien que pour l'impact Ă©motionnel qu'il suscite encore aujourd'hui sur notre conscience, Au coeur de la Nuit est Ă  ne pas rater auprès de ce bouquet final littĂ©ralement anthologique, qui plus est renforcĂ© d'une photo monochrome renforçant ainsi le vĂ©risme de cette tragique confrontation entre un artiste et son double.

*Bruno
2èx 

lundi 7 octobre 2019

Le Jour de Gloire

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jacques Besnard. 1976. France. 1h34. Avec Jean Lefebvre, Pierre Tornade, Darry Cowl, Robert Rollis, Pierre Doris, Corinne Lahaye, Jacques Marin, Chantal Nobel, Hans Verner.

Sortie salles France: 8 Décembre 1976

FILMOGRAPHIE: Jacques Besnard est un réalisateur, scénariste et producteur français né le 15 juillet 1929 au Petit-Quevilly (Seine-Maritime) et mort le 9 novembre 2013 à Boutigny-Prouais (Eure-et-Loir). 1966 : Le Grand Restaurant. 1967 : Estouffade à la Caraïbe. 1967 : Le Fou du labo 4. 1972 : La Belle Affaire ou Les marginaux. 1974 : C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule. 1975 : La situation est grave... mais pas désespérée. 1976 : Le Jour de gloire. 1976 : Et si tu n'en veux pas ou Joëlle et Pauline. 1978 : Général... nous voilà ! 1982 : Te marre pas ... c'est pour rire ! 1984 : Allo Béatrice (TV). 1985 : Hôtel de police (TV). 1988 : La Belle Anglaise (TV). 1990 : Le Retour d'Arsène Lupin (1 épisode). 1992 : Feu Adrien Muset (TV). 1994 : Avanti, téléfilm.


En dĂ©pit de ses trop rares occasions d'Ă©clats de rire Ă©gayant une trame linĂ©aire faiblarde (durant l'occupation, des villageois de la commune de Saint-Laurent sont contraints d'accueillir les Allemands Ă  la suite de l'explosion terroriste de leur pont, quand bien mĂŞme le facteur GrĂ©goire tentera de solliciter l'aide des amĂ©ricains), Le Jour de Gloire bĂ©nĂ©ficie pour autant d'un rythme soutenu et d'un attachant casting (Jean Lefebvre, Pierre Tornade, Darry Cowl, Robert Rollis, Pierre Doris) pour trouver l'ensemble gentiment bonnard. A rĂ©server toutefois Ă  la gĂ©nĂ©ration 80 tant cette comĂ©die franchouillarde surfant sur le filon de la Grande Vadrouille accuse le poids des annĂ©es, alors qu'Ă  l'Ă©poque elle cumula tout de mĂŞme 1 991 801 entrĂ©es (12è au Box-Office).

*Bruno
2èx

vendredi 4 octobre 2019

Midsommar

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Ari Aster. 2019. U.S.A/Suède. 2h27. Avec Florence Pugh, Jack Reynor, William Jackson Harper, Will Poulter, Julia Ragnarsson, Anna Ă…ström.

Sortie salles France: 31 Juillet 2019 (Int - 12 ans avec avertissement)

FILMOGRAPHIE: Ari Aster est un réalisateur, acteur et scénariste américain. Hérédité est sa première réalisation. 2018: Hérédité. 2019: Midsommar.


Sortir de la projo d'un film aussi singulier que Midsommar et tenter de relater sur papier ses chaudes impressions relève d'une gageure tant le second long du surdouĂ© Ari Aster m'a laissĂ© en Ă©tat de choc, de stupeur, de perplexitĂ©, de doute, de fascination, d'irritation, de dĂ©sorientation, de malaise indicible, d'angoisse viscĂ©rale proche d'une drogue LSD. Un peu, beaucoup sonnĂ©, secouĂ©, dĂ©sarmĂ©, amer, transi de fatigue morale, de par son aura anxiogène davantage dĂ©pressive, Midsommar demeure une expĂ©rience hallucinogène autour des rites d'une communautĂ© paĂŻenne en harmonie/alchimie avec la nature et le sacrifice humain. Car Ă  partir d'un pitch prĂ©visible au schĂ©ma somme toute classique (durant leur villĂ©giature une bande de jeunes touristes joue les anthropologues au sein d'une communautĂ© hippie avant d'y ĂŞtre sĂ©questrĂ©s, quand bien mĂŞme la jeune fille qui les accompagne se remet difficilement de la mort de ses parents), Ari Aster plante lentement son dĂ©corum pour nous offrir une vraie proposition horrifique comme on en dĂ©niche rarement au sein du paysage cinĂ©matographique trop souvent formatĂ©. Si bien qu'Ă  travers son parti-pris fraĂ®chement documentĂ©, ce dernier s'efforce de capter, saisir, manipuler nos sens et nos Ă©motions sous l'impulsion d'une plĂ©thore d'images fĂ©eriques en contradiction avec les vĂ©ritables agissements de cette communautĂ© hĂ©rĂ©tique. Tant et si bien que son atmosphère malsaine, sous-jacente dans un premier temps, nous effleure subtilement les pores du visage afin de mieux nous Ă©branler ensuite vers sa progressive descente aux enfers dĂ©nuĂ©e de concession (et donc de happy-end).


Autant donc avertir les amateurs non initiĂ©s, Midsommar divisera et dĂ©concertera sans doute une partie du public peu habitĂ© Ă  ce genre d'expĂ©rience Ă  la fois trouble, Ă©trange, radicale, voire difficile d'accès selon les sensibilitĂ©s. Et mĂŞme si les fantasticophiles connaissent sur le bout des ongles le chef-d'oeuvre British de Robin Hardy, The Wicker Man auquel le film s'inspire sans JAMAIS le remaker, Midsommar parvient admirablement Ă  imposer sa propre personnalitĂ© auprès de son brio expĂ©rimental Ă  couper au rasoir ! Ainsi donc, en opposant les visions chocs de certaines scènes sanglantes ou autrement violentes parmi la prĂ©sence limpide d'une communautĂ© familiale accueillant ses hĂ´tes avec un flegme paisible, Midsommar imprime un tel rĂ©alisme Ă  l'Ă©cran naturaliste qu'il incommode le spectateur partagĂ© entre l'interrogation, l'inexpliquĂ©, le non-sens, la perplexitĂ©. Sa structure narrative cheminant autour des faits et gestes indĂ©cis de la vulnĂ©rable Dani en plein deuil parental et interrogation sentimentale, et donc facilement influençable (mais aussi terriblement expressive dans son malaise interne) pour se laisser voguer par cette communautĂ© sĂ©culaire sous l'impulsion de drogues psychĂ©dĂ©liques. Ari Aster jouant notamment Ă  merveille avec la distorsion d'images qu'il manipule Ă  sa guise tel un alchimiste de l'apocalypse afin de confronter le spectateur Ă  une angoisse aussi bien cĂ©rĂ©brale que viscĂ©rale, Ă  l'instar d'un bad trip que l'on ne parvient pas Ă  extraire en soi. Son climat florissant faussement tranquille ne cessant de nous titiller la curiositĂ© avec une amertume davantage craintive. Si bien que plus l'intrigue fĂ©tide progresse, plus le danger s'y fait explicite Ă  coup d'Ă©changes de regards, de cris et de silence communĂ©ment complices, et ce avant de nous commotionner avec une ultime reprĂ©sentation emphatique nous distillant des Ă©motions bipolaires.


CintrĂ©, incongru, primitif et dĂ©rangĂ© alors que son climat solaire de douce sĂ©rĂ©nitĂ© festoie autour de sourires frĂ©tillants, entre chants communautaires et danses paĂŻennes, Midsommar n'a comme ultime ambition que d'y distiller un malaise tangible auprès de l'apprĂ©hension du spectateur immergĂ© dans un cauchemar onirique d'une rigueur naturaliste eu Ă©gard de l'emprise sectaire jouant la fraternitĂ© avec un terrifiant aplomb commun. Que l'on adhère ou que l'on rejette cette proposition horrifique venue d'ailleurs, Midsommar laisse dans une partie de notre encĂ©phale une moisson d'images chocs sublimement mises en scène, notamment de par son souci du dĂ©tail rituel opĂ©rĂ© en toute tranquillitĂ© au sein d'un Eden dĂ©monial. A revoir d'urgence pour en saisir toute sa substance faisandĂ©e si bien que j'en Ă©tais ce soir Ă  mon 2è Bad Trip autrement plus incommode, empoisonnant, asphyxiant. 

Pour public averti si bien qu'il faut y être peut-être préparé afin d'apprécier à sa juste valeur l'expérience horrifiante évacuée de fioriture.

*Bruno.
2èx. Vostfr. 4K

jeudi 3 octobre 2019

La rose pourpre du Caire. César du Meilleur Film Etranger, 1986.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

"The Purple Rose of Cairo" de Woody Allen. 1985. U.S.A. 1h22. Avec Mia Farrow, Jeff Daniels,
Danny Aiello, Dianne Wiest, Van Johnson, Zoe Caldwell, John Wood.

Sortie salles France: 29 Mai 1985. U.S: 1er Mars 1985.

FILMO: Woody Allen est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, scĂ©nariste, acteur et humoriste amĂ©ricain, nĂ© le 1er dĂ©cembre 1935 Ă  New York. 


“Lorsque vous lui ouvrez la porte, la magie est partout.”
Qui n'a jamais rĂŞvĂ© un jour rencontrer en chair et en os sa star prĂ©fĂ©rĂ©e du cinĂ©ma ? Mieux encore, et soyons donc plus fous ! Qui n'a jamais fantasmĂ© pĂ©nĂ©trer Ă  l'intĂ©rieur de son film attitrĂ© ? Chef-d'oeuvre de fĂ©erie, d'humour et de romance jusqu'Ă  plus soif, la Rose pourpre du Caire exauce nos souhaits les plus saugrenus Ă  travers la chimère de la pellicule que Woody Allen met en exergue avec un sens onirique inusitĂ© ! Tant et si bien que certaines sĂ©quences hallucinĂ©es (les protagonistes du mĂ©trage en noir et blanc s'adressant au public et vice-versa, l'acteur principal s'extirpant de son film pour s'en aller rejoindre sa plus grande fan confinĂ©e dans la salle, quand bien mĂŞme un peu plus tard cette dernière pĂ©nĂ©trera Ă  son tour en interne de la fiction) font peut-ĂŞtre partis des plus belles anthologies vĂ©cues sur une toile. TruffĂ© d'invention, de drĂ´lerie, de lyrisme, mais aussi entrecoupĂ© de cruautĂ© (si je me rĂ©fère surtout Ă  sa radicale conclusion - pourtant censĂ©e - risquant d'en dĂ©cevoir ou dĂ©primer plus d'un !), la Rose pourpre du Caire donne le vertige, nous euphorise les sens sous l'impulsion de situations, quiproquos et revirements constamment imprĂ©visibles. Si bien que sous couvert d'une romcom traitĂ©e durant l'obscure pĂ©riode de la crise de 29, Woody Allen nous prĂ´ne une dĂ©claration d'amour au cinĂ©ma Ă  travers le regard ingĂ©nu d'une spectatrice avide de romance, de rĂŞve et d'Ă©vasion, faute de sa condition d'exclusion. Car souffre-douleur tributaire de sa terne existence eu Ă©gard des maltraitances et de l'indiffĂ©rence de son Ă©poux abusif,  Cecilia, serveuse de bar empotĂ©e noyĂ©e dans ses pensĂ©es, s'immerge après le taf dans la chimère de son film favori afin d'oublier sa lamentable solitude.


Irradiant l'Ă©cran de sa chĂ©tive prĂ©sence filiforme, Mia Farrow nous ensorcelle d'Ă©motions Ă  travers l'intensitĂ© de son regard d'enfant si bien que son âme semble s'extraire de son enveloppe (factice) d'actrice. Un personnage malingre trop vulnĂ©rable car plein de fragilitĂ©, de timiditĂ©, de doute et d'angoisse de par sa frĂŞle tentative de survivre, d'oser se faire une place dans une sociĂ©tĂ© draconienne livrĂ©e au chĂ´mage, au sexisme, Ă  l'Ă©goĂŻsme, l'austĂ©ritĂ© et le machisme. Mais au-delĂ  de sa puissante rĂ©flexion sur notre rapport (si) intime avec la fiction ainsi que le pouvoir et la magie du cinĂ©ma Ă©gratignant au terme la naĂŻvetĂ© des spectateurs les plus influençables, La Rose Pourpre du Caire inonde l'Ă©cran de gags cocasses oĂą le merveilleux, la poĂ©sie, l'enchantement et la tendresse s'y chevauchent afin de nous imprimer l'une des plus incroyables romance vues sur l'Ă©cran. Si bien qu'en guise de persuasion et de cerise sur le gâteau, je ne peux oublier de saluer l'interprĂ©tation (binaire) de Jeff Daniels en acteur explorateur habitĂ© par la fougue amoureuse auprès de sa plus fidèle fan. LĂ  aussi, Ă  travers son regard exaltant plein d'innocence, de fantaisie, de gentille maladresse et de tendresse, Woody Allen nous scande un magnifique portrait d'aventurier franc-tireur de par sa soif de goĂ»ter Ă  la vĂ©ritable existence en s'extirpant du mĂ©trage de carton pâte ! Et ce avant de nous ramener Ă  la brutalitĂ© de la rĂ©alitĂ© auprès du vĂ©ritable acteur l'ayant ainsi conçu. J'ai nommĂ© Gil Shepherd, dandy rupin finalement insidieux quant Ă  sa crainte grandissante de voir sa carrière sombrer dans la nĂ©gligence et la faillite.


“Tous les changements, mĂŞme les plus souhaitĂ©s, ont leur mĂ©lancolie.”
Courez donc (re)voir La Rose pourpre du Caire et pleurez à jamais dans les bras de la mélancolique et douce rêveuse Cecilia. L'un des personnages les plus élégiaques, attendrissants et bouleversants vus sur un écran de cinéma au point d'y révéler Mia Farrow emblème de l'amour...

P.S: Pour l'anecdote subsidiaire, il s'agit du film préféré de Woody Allen.

*Bruno
2èx

Box Office France: 1 842 700 Entrées

Récompenses:
1985 : BAFTA du meilleur film et du meilleur scénario.
1985 : NYFCC Award du meilleur scénario.
1985 : Prix Léon Moussinac.
1986 : César du meilleur film étranger.
1986 : Bodil du meilleur film non européen.
1986 : BSFC Award du meilleur scénario.
1986 : Prix FIPRESCI du Festival de Cannes
1987 : Prix Mainichi du meilleur film en langue étrangère.

mardi 1 octobre 2019

Killer Klowns from outer space / Les Clowns tueurs venus d'ailleurs

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Stephen Chiodo. 1988. U.S.A. 1h28. Avec Grant Cramer, Suzanne Snyder, John Allen Nelson, John Vernon, Michael Siegel.

Sortie salles U.S: 27 Mai 1988. France (uniquement en video): Mars 1991

FILMOGRAPHIEStephen Chiodo est un réalisateur, producteur, scénariste, acteur américain, né le 2 Mars 1954 dans le Bronx à New York, USA. 1988: Les clowns tueurs venus d'ailleurs.

Film culte dans un format de sĂ©rie B bricolĂ©e, Killer Klowns from Outer Space demeure Ă  ce jour l’unique rĂ©alisation de Stephen Chiodo - Ă©paulĂ© par ses deux frères, l’un au scĂ©nario, l’autre Ă  la production. Et l’on peut vraiment dĂ©plorer qu’il n’ait pas percĂ© davantage dans le genre horrifique, tant il nous livre ici, sans jamais ĂŞtre avare d’idĂ©es vrillĂ©es, un jeu de massacre aussi fun que dĂ©bridĂ©.

Ă€ partir d’une intrigue linĂ©aire exploitant une Ă©nième invasion extra-terrestre - symptomatique des annĂ©es 50 - Killer Klowns joue la carte de la singularitĂ© Ă  coups de tartes Ă  la crème et de numĂ©ros de prestidigitateurs, qu’inquiĂ©tants clowns tumĂ©fiĂ©s exercent sur une population rurale en proie Ă  la stupeur et Ă  l’incomprĂ©hension. Sous leur volumineuse apparence, volontairement grotesque et dĂ©calĂ©e, ils provoquent autant la fascination qu’un malaise diffus, exultant dans l’exubĂ©rance sournoise, se gaussant de leurs victimes sans une once de clĂ©mence ni le moindre remords. Le tout renforcĂ© d’un rictus diablotin, d’une large dentition dĂ©manchĂ©e, et d’un gros nez rouge… qui dissimule pourtant leur point faible (effet de surprise garanti - mais chut).

Sardonique, donc, mais plaisamment cocasse et jamais malsain (le sang s’avère quasi absent de la pellicule), Killer Klowns compte sur l’enchaĂ®nement ininterrompu de ses exactions criminelles pour amuser un public venu assister Ă  un numĂ©ro de cirque du 3e type. Ă€ l’instar de ses amples dĂ©cors en carton-pâte, tout droit sortis d’un dessin animĂ© psychĂ©dĂ©lique, tant et si bien que les victimes, dĂ©paysĂ©es par ce dĂ©dale futuriste, se laissent aisĂ©ment berner avant d’ĂŞtre ensevelies dans des cocons de barbe Ă  papa - en guise de garde-manger.

De par sa formulation volontairement dĂ©complexĂ©e, friponne et grotesque, il est Ă©tonnant de constater que les comĂ©diens, sobrement attachants, ne sombrent jamais (ou si peu) dans le ridicule. Ils crĂ©ent un surprenant contraste, Ă©vitant la sĂ©rie Z de pacotille, que ce soit dans leur parcours de survie, leur condition de chair Ă  pâtĂ© ou le pĂ©riple hĂ©roĂŻque d’un jeune couple s’efforçant d’alerter deux flics entĂŞtĂ©s.


Complètement autre, doucement inquiĂ©tant et joyeusement dĂ©mentiel, notamment par la disparitĂ© de ses dĂ©cors festoyants, Killer Klowns from Outer Space demeure un rĂ©gal d’originalitĂ©. Sa pluralitĂ© de sĂ©quences-chocs, en filiation directe avec nos souvenirs infantiles, nous embarque sans dĂ©lai dans cette quatrième dimension cartoonesque, propulsĂ©e par des clowns humanoĂŻdes au magnĂ©tisme mutique et Ă  l’Ă©nergie tumultueuse. Fascinants. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

01.10.19
28.03.03
09.08.25. Vostfr. 3èx

lundi 30 septembre 2019

Nous irons tous au paradis

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

d'Yves Robert. 1977. France. 1h50. Avec Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos, Victor Lanoux, Danièle Delorme, Marthe Villalonga, Jenny Arasse, Christophe Bourseiller, Josiane Balasko

Sortie salles France: 9 Novembre 1977

FILMOGRAPHIE: Yves Robert est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur français né le 19 juin 1920 à Saumur, décédé le 10 mai 2002 à Paris. 1954 : Les Hommes ne pensent qu'à ça (acteur, producteur). 1958 : Ni vu... Ni connu... 1959 : Signé Arsène Lupin. 1960 : La Famille Fenouillard. 1961 : La Guerre des boutons. 1963 : Bébert et l'Omnibus. 1964 : Les Copains. 1965 : Monnaie de singe. 1967 : Alexandre le bienheureux. 1969 : Clérambard. 1972 : Le Grand Blond avec une chaussure noire. 1973 : Salut l'artiste. 1974 : Le Retour du grand blond. 1976 : Un éléphant ça trompe énormément. 1977 : Nous irons tous au paradis. 1979 : Courage, fuyons. 1984 : Le Jumeau. 1990: La Gloire de mon père. 1990 : Le Château de ma mère. 1991 : Le Bal des casse-pieds. 1993 : Montparnasse-Pondichéry.


MĂŞme si moins drĂ´le, originale et rĂ©ussie que son modèle (notamment auprès de sa mise en scène plus prosaĂŻque et de ses dialogues moins ciselĂ©s), Nous irons tous au paradis est une excellente comĂ©die romantique menĂ©e tambour battant par nos 4 lurons emportĂ©s par l'ivresse de l'amour et les tourments du deuil. L'intrigue se focalisant sur la filature prolongĂ©e d'Etienne persuadĂ© que sa femme le trompe avec un inconnu Ă  veste Ă  carreau, quand bien mĂŞme Daniel et Simon auront Ă©galement une relation sentimentale avec leur nouvelle compagne. Outre les prĂ©sences toujours aussi attachantes et dĂ©complexĂ©es de Jean Rochefort, Claude Brasseur et Victor Lanoux, Guy Bedos tire son Ă©pingle du jeu en fils Ă  maman toujours aussi irritĂ© par sa prĂ©sence envahissante (Marthe Villalonga irrĂ©sistible en matrone caractĂ©rielle d'un franc-parler dĂ©vastateur !). Si bien que ce dernier parvient Ă©galement Ă  un moment fortuit Ă  susciter une empathie lors d'une sobre sĂ©quence dramatique Ă  contre-emploi avec la lĂ©gèretĂ© du rĂ©cit. Ainsi donc, Ă  travers les thèmes de la jalousie, du mensonge, de la fĂ©lonie et de la possessivitĂ©, Yves Robert nous emballe une comĂ©die enlevĂ©e oĂą l'infidĂ©litĂ© peut parfois remĂ©dier Ă  la routine comme le prouve le duo Ă©quivoque Etienne / Marthe. En guise de bonus subsidiaire, on reconnaĂ®tra lors de 2 apparitions l'actrice Josiane Balasko Ă  son plus jeune âge ainsi que les prĂ©sences aussi furtives de Daniel GĂ©lin et de Jean-Pierre Castaldi (irrĂ©sistible en mastard redresseur de tort).

*Bruno
3èx

vendredi 27 septembre 2019

Soleil Vert / Soylent Green. Grand Prix, Avoriaz 74.


de Richard Fleischer. 1973. U.S.A. 1h37. Avec Charlton Heston, Leigh Taylor-Young, Chuck Connors, Joseph Cotten, Brock Peters, Paula Kelly, Edward G. Robinson.

Sortie en Salles: 19 Avril 1973 (New-York), 9 Mai 1973 (Etats-Unis), 26 Juin 1974 (France)

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 dĂ©cembre 1916 Ă  Brooklyn,  et dĂ©cĂ©dĂ© le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la lĂ©gende du talisman, 1989: Call from Space.

                                  

Le pitch :
En 2022, l’avenir du monde vacille. Surpopulation, pollution, rĂ©chauffement climatique, famines et crise du logement prĂ©cipitent l’humanitĂ© vers une ultime alternative. Le Soleil Vert — ou bleu, ou rouge — dĂ©signe une tablette alimentaire synthĂ©tique Ă  base de plancton, censĂ©e enrayer la famine. Mais derrière ce produit de consommation prolifique se dissimule un secret terrifiant. C’est ce que dĂ©couvrira, au pĂ©ril de sa vie, un flic obtus enquĂŞtant sur la mort suspecte d’un directeur de production.

Un an après Les Flics ne dorment pas la nuit, polar fiĂ©vreux, Richard Fleischer bascule vers la science-fiction et nous tend l’un des miroirs les plus glaçants du devenir de notre humanitĂ©, en s’inspirant d’un roman de Harry Harrison. OvationnĂ© au Festival d’Avoriaz, Soleil Vert rĂ©sonne aujourd’hui avec une acuitĂ© dĂ©rangeante par ses thĂ©matiques politiques, Ă©cologiques et sociales, portĂ©es par une intensitĂ© Ă©motionnelle inconsolable. Visionnaire dĂ©faitiste, Fleischer nous immerge dès le gĂ©nĂ©rique dans une atmosphère fuligineuse, dĂ©roulant via images d’archives le dĂ©veloppement industriel des mĂ©galopoles, de l’aube du XXe siècle jusqu’Ă  notre Ă©poque. Un flot d’instantanĂ©s blafards, insalubres, claustrophobes, dĂ©versant leur fatalisme : surpopulation et pollution en lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence.

                                      

Cette prophĂ©tie d’entrĂ©e est exacerbĂ©e par la partition mĂ©lancolique de Fred Myrow, qui souligne l’Ă©chec de dirigeants prĂ©occupĂ©s par leurs profits plutĂ´t que par le salut de la planète. Parmi les foules pressĂ©es dans des citĂ©s dĂ©labrĂ©es, Soleil Vert happe d’emblĂ©e Ă  la gorge, son esthĂ©tique cauchemardesque saisissant le spectateur par sa cruditĂ© sensorielle. Sous couvert d’une enquĂŞte criminelle feutrĂ©e, le film explore la routine morne de Robert Thorn, flic opiniâtre partageant son appartement avec le vieux Sol Roth, jusqu’Ă  ce que l’un et l’autre lèvent le voile sur une machination inavouable. Avec une sobriĂ©tĂ© brutale, Fleischer dessine un New York diaphane, suffocant, filtrĂ© d’un vert maladif, et provoque un effroi tant moral que viscĂ©ral.

Au cĹ“ur de ce cauchemar, une scène : celle, Ă©difiante, oĂą Sol offre Ă  son jeune acolyte la possibilitĂ© de goĂ»ter aux plaisirs d’antan. Une feuille de salade, quelques tomates juteuses, une tranche de bĹ“uf, une pomme rouge. Leur complicitĂ© douce-amère, tissĂ©e de regards affamĂ©s, exhale une Ă©motion aigre, poignante, face Ă  la mĂ©moire d’un monde rĂ©volu oĂą manger avait encore un goĂ»t de fertilitĂ©. Cette scène, improvisĂ©e Ă  la demande de Charlton Heston et Edward G. Robinson, n’en est que plus bouleversante dans son humanitĂ©.

Plus engagĂ© que jamais, Fleischer lance un cri d’alarme Ă©colo, et frappe juste. Son avenir caniculaire est despotique et phallocrate. Les femmes sont battues, rĂ©duites Ă  l’Ă©tat de « mobilier », objets de location. Les pauvres s’entassent sur les marches et dans les Ă©glises, privĂ©s de sommeil, d’avenir. Les forces de l’ordre, impitoyables, ramassent les contestataires Ă  la pelleteuse pour les entasser dans des camions-bennes comme du bĂ©tail. Pendant ce temps, les Ă©lites jouissent dans leurs pavillons climatisĂ©s : eau chaude, nourriture, alcool, sexe, hygiène Ă  volontĂ©. Quant Ă  la faune et Ă  la flore, elles ne subsistent plus que dans les souvenirs tremblants des anciens, quand ils ne prĂ©fèrent pas le suicide Ă  la dĂ©sillusion.

C’est d’ailleurs lorsque Sol dĂ©couvre la vĂ©ritĂ© sur la composition des tablettes que Fleischer nous livre l’une des scènes d’euthanasie les plus poignantes du cinĂ©ma. Étendu sur un lit, le vieil homme contemple les merveilles disparues de la nature au fil d’un film projetĂ© sur Ă©cran gĂ©ant : paysages, animaux, verdure, sous la grâce d’un requiem symphonique (Beethoven, TchaĂŻkovsky, Grieg). Un hymne flamboyant Ă  l’harmonie perdue, d’une Ă©lĂ©gie bouleversante, mĂŞlant larmes silencieuses et beautĂ© crĂ©pusculaire.

 
"L’avenir en morceaux".
Avec ses moyens modestes mais d’une justesse foudroyante, Fleischer privilĂ©gie la chair et le cĹ“ur de ses personnages, rongĂ©s par la mĂ©lancolie et le mal-ĂŞtre face Ă  l’effondrement d’une civilisation inculte (oĂą les livres disparaissent), fascisante et dĂ©shumanisĂ©e. D’une crĂ©dibilitĂ© terrifiante, Soleil Vert peint un climat de fin du monde irrespirable, dĂ©vorĂ© par la pollution, la solitude, la pauvretĂ©, l’esclavagisme, la phallocratie et l’amoralitĂ© — jusqu’Ă  l’indicible...

Éprouvant, malsain, sans échappatoire, Soleil Vert nous laisse hébétés, exsangues, comme après une commotion cérébrale.

*Bruno
27.09.19. 4èx
26.07.11. 240 v

RĂ©compenses: Grand Prix au Festival d'Avoriaz en 1974.
Prix du meilleur film de science-fiction (Saturn Award), lors de l'AcadĂ©mie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1975.

Note: Edward G. Robinson, qui venait de clĂ´turer son 101ème dernier film, mourut en janvier 1973 (rongĂ© par un cancer) peu après la fin du tournage, alors que Soleil vert n'Ă©tait pas encore prĂ©sentĂ© au public.

jeudi 26 septembre 2019

Un Eléphant ça trompe énormément

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Yves Robert. 1976. France. 1h48. Avec Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos, Victor Lanoux, Danièle Delorme, Anny Duperey, Martine Sarcey, Marthe Villalonga.

Sortie salles France: 22 Septembre 1976

FILMOGRAPHIE: Yves Robert est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur français né le 19 juin 1920 à Saumur, décédé le 10 mai 2002 à Paris. 1954 : Les Hommes ne pensent qu'à ça (acteur, producteur). 1958 : Ni vu... Ni connu... 1959 : Signé Arsène Lupin. 1960 : La Famille Fenouillard. 1961 : La Guerre des boutons. 1963 : Bébert et l'Omnibus. 1964 : Les Copains. 1965 : Monnaie de singe. 1967 : Alexandre le bienheureux. 1969 : Clérambard. 1972 : Le Grand Blond avec une chaussure noire. 1973 : Salut l'artiste. 1974 : Le Retour du grand blond. 1976 : Un éléphant ça trompe énormément. 1977 : Nous irons tous au paradis. 1979 : Courage, fuyons. 1984 : Le Jumeau. 1990: La Gloire de mon père. 1990 : Le Château de ma mère. 1991 : Le Bal des casse-pieds. 1993 : Montparnasse-Pondichéry.


"Chaque minute de ce film porte en lui sa recette miracle, un visage de jeunesse éternelle."
7è au Box-office chez nous avec 2 925 868 entrĂ©es, Un ElĂ©phant ça trompe Ă©normĂ©ment n'a point Ă  rougir de son succès public (mais aussi critique), de par le talent fripon d'Yves Robert imprimant sa personnalitĂ© avec une libertĂ© de ton galvanisante. Car prenant pour thèmes l'amitiĂ©, la jalousie, l'adultère et le dĂ©sir (irrĂ©pressible) de sĂ©duire du point de vue d'une crise de quarantaine, Un ElĂ©phant ça trompe Ă©normĂ©ment enchaĂ®ne bĂ©vues, stratĂ©gies et quiproquos dĂ©jantĂ©s Ă  travers une moisson de sketchs souvent irrĂ©sistibles de drĂ´lerie ou de cocasserie. Tant auprès de la gestuelle des acteurs s'en donnant Ă  coeur joie dans leur mimique facĂ©tieuse que de l'originalitĂ© des circonstances de drague parmi l'inoubliable clin d'oeil Ă  7 ans de RĂ©flexion. Car sans jamais juger ses personnages pour autant hypocrites, Ă©goĂŻstes, machistes, menteurs et sĂ©ducteurs, principalement si je me rĂ©fère au personnage central de Jean Rocheford en dandy (volontairement) vaniteux car promptement amoureux d'une inconnue en robe rouge, Yves Robert dresse les portraits plein de vitalitĂ© et de dĂ©sordre d'une bande de copains plongĂ©s dans la cacophonie Ă  entretenir ou Ă  se rĂ©approprier l'amour Ă  travers leurs postures indĂ©cises, rĂŞveuses, dĂ©complexĂ©es.


ComĂ©die romantique donc baignant dans une subtile tendresse au rythme de la partition gracile de Vladimir Cosma et de dialogues pleins de poĂ©sie, Un ElĂ©phant ça trompe Ă©normĂ©ment parvient Ă  traverser le temps de par sa singularitĂ© (et son audace) Ă  traiter des relations amoureuses homme / femme avec une ambiguĂŻtĂ© parfois poignante (telle ce plan inoubliable oĂą l'Ă©pouse d'Etienne, non dupe de la tromperie, aperçoit avec stupeur son mari Ă  la TV, entre expressions dichotomiques de rires et de larmes !). Bien entendu, outre l'Ă©tonnante fantaisie qui se dĂ©gage de la plupart des sĂ©quences les plus mĂ©morables et impromptues (le final confinĂ© du haut d'un immeuble s'avère littĂ©ralement anthologique dans sa circonstance d'adultère aussi grotesque que dĂ©bridĂ©e !); on peut Ă©videmment applaudir la spontanĂ©itĂ© commune de Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos et Victor Lanoux jouant la bande de potes indĂ©fectibles avec une fringance aussi bien touchante qu'exaltĂ©e.


Beaucoup plus intelligent et fin qu'il n'y parait de prime abord, Un ElĂ©phant ça trompe Ă©normĂ©ment Ă©volue de manière frĂ©quemment surprenante en se raillant avec gentillesse, tendresse, respect de l'amour conjugal au grĂ© des portraits perplexes de quadras en proie Ă  l'aventure et au doute dans leur dĂ©sir de plaire. Ainsi, Ă  travers ses portraits caustiques plein d'humanisme et de contradiction morale y Ă©manent un moment de cinĂ©ma inoxydable qu'Yves Robert est parvenu Ă  transcender, tant auprès de l'impulsion de son casting 4 Ă©toiles que de sa personnalitĂ© affranchie.  

*Bruno
3èx