jeudi 8 août 2024

8 MM / Eight Millimeter

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Joel Schumacher. 1999. U.S.A/Allemagne. 2h03. Avec Nicolas Cage, Joaquin Phoenix, James Gandolfini, Peter Stormare, Anthony Heald, Chris Bauer.

Sortie salles France: 10 Mars 1999 (Int - 18 ans). U.S: 26 Février 1999

FILMOGRAPHIE: Joel Schumacher est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 29 AoĂ»t 1939 Ă  New-York, dĂ©cĂ©dĂ© le 22 juin 2020. 1981: The Incredible Shrinking Woman. 1983: SOS Taxi. 1985: St Elmo's Fire. 1987: GĂ©nĂ©ration Perdue. 1989: Cousins. 1990: l'ExpĂ©rience Interdite. 1991: Le Choix d'Aimer. 1993: Chute Libre. 1994: Le Client. 1995: Batman Forever. 1996: Le Droit de Tuer ? 1997: Batman et Robin. 1999: 8 mm. 1999: Personne n'est parfait(e). 2000: Tigerland. 2002: Bad Company. 2002: Phone Game. 2003: Veronica Guerin. 2004: Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra. 2007: Le Nombre 23. 2009: Blood Creek. 2010: Twelve. 2011: Effraction. 2013: House of Cards (2 Ă©pisodes). 

"A chaque fois que je fais un long-mĂ©trage oĂą le hĂ©ros se salit les mains, les Français me qualifient de fasciste ou de rĂ©publicain. Mais comment un libĂ©ral hippie comme moi peut-il ĂŞtre vu de la sorte ? C’est bizarre, parce que j’ai toujours imaginĂ© les Français comme des gens sophistiquĂ©s ! C’est comme s’ils taxaient le personnage de Hamlet de fasciste !"
Joel Schumacher – Interview, Mad Movies n°250, Mars 2012

"Lorsque ton regard pénètre longtemps au fond d'un abîme, l'abîme, lui aussi, pénètre en toi"
C'est l'histoire d'un type qui va perdre son âme Ă  force de frĂ©quenter et de jouer avec le diable. 
VoilĂ  ce que rĂ©sume le controversĂ© 8MM comme souvent auprès d'oeuvres tabous osant aborder les thĂ©matiques de la pĂ©dophilie et du Snuf movie comme l'eurent illustrĂ©s le remarquable Sound of Freedom, le scandaleux A Serbian Film ou encore (le perfectible) Hardcore de Paul Schrader dans toutes les mĂ©moires. Baignant dans un climat ultra malsain de sexualitĂ© sordide lorsqu'on y lève le voile de la pornographie underground, 8MM est une expĂ©rience extrĂŞme aussi fascinante que rĂ©pugnante eu Ă©gard du rĂ©alisme fuligineux qui se dĂ©gage de ce thriller horrifique impeccablement rĂ©alisĂ© et interprĂ©tĂ© par des comĂ©diens habitĂ©s par leur dĂ©chĂ©ance (im)morale. Nicolas Cage demeurant magnĂ©tique, concentrĂ©, absorbĂ©, tendu puis enfin dĂ©stabilisant (jusqu'au malaise cĂ©rĂ©bral quant au final Ă  contre-emploi si dĂ©criĂ©) en enquĂŞteur privĂ© dĂ©libĂ©rĂ© Ă  retrouver la trace d'une mineure de 16 ans potentiellement assassinĂ©e face camĂ©ra après que l'on eu retrouvĂ© un film dans le coffre-fort d'un milliardaire. Quant au nĂ©ophyte Joaquin Phoenix, il joue aimablement le faire-valoir en commerçant lunaire de sex-shop avec une spontanĂ©itĂ© si dĂ©sinhibĂ©e qu'il nous suscite perplexitĂ©, rĂ©serve, suspicion en dĂ©pit de son intelligence et sa collaboration Ă  entraĂ®ner le dĂ©tective dans les bas-fonds new-yorkais les plus insalubres, ad nauseam. 


Sur ce point, Joel Schumacher parvient Ă  faire naĂ®tre une incroyable ambiance d'insĂ©curitĂ© Ă©trangement fascinante, perverse, mĂ©phitique au fil de rencontres avec des marginaux sans vergogne nous suscitant gĂŞne et dĂ©goĂ»t. Et donc chapeau bas aux prestations littĂ©ralement ordurières de James Gandolfini en margoulin sournois, Peter Stormare en gourou dĂ©saxĂ© et Chris Bauer en violeur SM, mastard affublĂ© d'un masque de latex au rictus contractĂ©. 8MM se dĂ©clinant, non sans une certaine suggestion (tout du moins 1h30 durant), en vĂ©ritable descente aux enfers que le spectateur ne parvient pas Ă  s'extraire sous l'impulsion d'un Nicolas Cage peu Ă  peu vampirisĂ© par le Mal alors qu'il fut Ă  deux doigts de se rĂ©tracter quelques secondes plus tĂ´t. D'oĂą la controverse impartie Ă  cette fameuse ultime demi-heure lorsque son personnage sombre dans la corruption d'une justice expĂ©ditive Ă  la fois ordurière (son 1er meurtre primal quasi insoutenable nous invoque isolement et dĂ©sillusion) et putassière (le second meurtre autrement complaisant et putassier dans sa plus simple gratuitĂ©). Et si sa première victime parvient Ă  nous invoquer avec crĂ©dibilitĂ© malaise moral et Ă©coeurement auprès de ses exactions barbares, la seconde se vautre dans la facilitĂ© des conventions comme si Joel Schumacher sombrait Ă©galement dans une idĂ©ologie bassement immorale qu'il dĂ©nonça avec force et (une certaine sobriĂ©tĂ©) durant tout le long de son intrigue. Et c'est franchement dommageable car en dĂ©pit de ses 3 minutes racoleuses assez indigestes puisque quelque peu contradictoires, 8MM confinait au modèle du genre tant il passionne, envoĂ»te et nous questionne quant Ă  notre instinct meurtrier pouvant basculer aux moments les plus tendus. 


En tout Ă©tat de cause ce thriller vertigineux Ă  la fois implacable, ensorcelant (jusqu'au  malaise psychologique avec le dĂ©sir d'y faire une pause ou de prendre une douche sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clĂ´t) et extrĂŞmement dĂ©rangeant nous laisse dans un Ă©tat d'amertume et d'impuissance contre l'industrie du X underground impossible Ă  Ă©radiquer, dĂ©chiffrĂ©, dĂ©nouĂ© auprès du duo bourreaux / voyeurs dĂ©nuĂ©s d'identitĂ©. A rĂ©habiliter donc si bien que ce pur film d'ambiance crĂ©pusculaire ne lâchera pas d'une semelle votre conscience sĂ©vèrement rudoyĂ©e. 
Pour public averti.

*Bruno
3èx. Vostfr. 

"Je crois que tout cela est liĂ© Ă  la notion d’auteur, très forte en Europe […] Quand je raconte une histoire, elle n’est pas arrachĂ©e Ă  ma vie. C’est une histoire ! Mais, oui, je peux comprendre que l’on puisse faire la confusion entre le point de vue du rĂ©alisateur et celui du personnage. Comme l’a dit Mike Nichols, les gens confondent souvent le contenu et l’intention. Ce n’est pas parce que vous mettez quelque chose dans votre film que vous le cautionnez. A ce moment-lĂ , ne pensez-vous pas que RomĂ©o et Juliette fasse la promo du suicide adolescent ? A une Ă©poque, on acceptait beaucoup mieux l’ambiguĂŻtĂ© du cinĂ©ma […] Après avoir vu 8 mm, un de mes amis m’a dit : « Tu as eu assez de courage pour faire un film des annĂ©es 70, et ils vont te tuer pour ça »"
Joel Schumacher – Interview, Première n°318, AoĂ»t 2003

Récompenses:

Golden Trailer Awards 1999 :

Prix de la Toison d'Or,

Prix de la bande-annonce dorée pour Une nuit sombre et orageuse

Box Office France: 621 074 entrées

mercredi 7 août 2024

Arthur the king

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Simon Cellan Jones. 2024. U.S.A. 1h47. Avec Mark Wahlberg, Simu Liu, Juliette Rylance, Nathalie Emmanuel, Ali Suliman, Paul Guilfoyle.

DTV France: 24 Mai 2024. Sortie salles U.S: 15 Mars 2024.

FILMOGRAPHIE PARTIELLESimon Cellan Jones (nĂ© en janvier 1963) est un producteur, rĂ©alisateur de tĂ©lĂ©vision et de cinĂ©ma britannique. 2010: On Expenses. 2023: The Family Plan. 2024: Arthur the King. 

Il y a des films. Et il y a des oeuvres qui vous callent au siège sans prĂ©venir pour vous marquer toute une vie. Arthur the King en fait donc parti grâce Ă  l'influence d'une poignĂ©e d'inconnus cinĂ©philes aussi conquis que ma personne par l'incroyable odyssĂ©e humaine qui se dessine dans une facture naturaliste Ă  couper le souffle. Et ce en dĂ©pit de sa privation salles chez nous alors qu'Outre-Atlantique il y eut droit avec, en sus, des critiques aussi conquises que globalement enthousiastes (jetez par exemple un oeil sur la note d'IMDB ou de Rotten Tomatoes). Aussi improbable et extraordinaire soit l'intrigue, sachez toutefois qu'il s'agit d'une histoire vraie comme le souligne le crĂ©dit liminaire et ces clichĂ©s authentiques dĂ©filant lors du gĂ©nĂ©rique de fin afin d'y renforcer la rĂ©alitĂ© des faits (les plus majeurs) exposĂ©s que Simon Cellan a su illustrer avec une sobriĂ©tĂ© forçant le respect. Exit donc le produit standing sirupeux, spĂ©ciale prise d'otage Ă©motionnel, si bien que Arthur the King prĂ´ne sans effet de manche ni fioriture les valeurs de l'amour, de la tolĂ©rance, de l'endurance, de la rĂ©silience et surtout de l'incroyable amitiĂ© partagĂ© entre l'homme et l'animal avec une tendresse somme toute naturelle. Et c'est bien lĂ  la grande rĂ©ussite, la force implacable du mĂ©trage que de ne jamais surligner une Ă©motion outrancière auprès de leur grande complicitĂ© davantage empathique, alors qu'une dramaturgie s'y profile peu Ă  peu sans cĂ©der Ă  la complaisance du pathos. Car vĂ©ritable bain de fraĂ®cheur au sein d'un dĂ©paysement tropical issu de la RĂ©publique Dominicaine, Arthur the King nous fait partager 1h40 durant le championnat du monde de la course d'aventure en pleine jungle pendant 700 kms. 

Et ce en compagnie de Mark Wahlberg (davantage Ă©patant d'implication compassionnelle au fil de son Ă©volution morale avec l'animal) et ses acolytes aguerris bientĂ´t accompagnĂ©s du compagnon canin d'une endurance physique dĂ©passant l'entendement. Ainsi donc, face Ă  ce dernier abandonnĂ© de tous, vĂ©ritable influenceur de la gagne, de la hargne et de la rescousse, Arthur the King nous fait participer Ă  une aventure aussi humaine que sportive eu Ă©gard du rĂ©alisme naturaliste qui s'extrait des images passionnelles façon "National Geographic" sous l'impulsion d'une intensitĂ© effrĂ©nĂ©e quant aux Ă©preuves arpentĂ©es avec hĂ©roĂŻsme dĂ©coiffant. A l'instar de cette traversĂ©e vertigineuse du haut d'un câble suspendu dans le vide Ă  l'aide d'un vĂ©lo accrochĂ© dans le dos de chaque participant pour poursuivre ensuite leur marathon Ă  bicyclette. Mais outre cette sĂ©quence spectaculaire Ă  couper le souffle auprès de son intensitĂ© insĂ©cure et du contexte inĂ©dit (l'Ă©lĂ©ment du vĂ©lo !), Arthur the King n'est point conçu comme un film d'action pour nous en foutre plein la vue (vous ĂŞtes donc prĂ©venus), bien au contraire. Simon Cellan privilĂ©giant le rĂ©alisme quelque peu documentĂ© (notamment en camĂ©ra subjective ou portĂ© Ă  l'Ă©paule) pour mieux nous immerger dans leur parcours d'endurance Ă  moult Ă©preuves Ă  dĂ©fier. Tant Ă  pied, en VTT, en canoĂ©, en escalade ou suspendu par un câble, nos Ă©quipiers n'auront de cesse de dĂ©passer leur force (corporelle / Ă©thique), vaincre leur peur avec l'aide du chien errant qui changera Ă  jamais leur existence d'un point de vue philosophique. 

Hymne universel Ă  l'amitiĂ©, Ă  la tendresse, Ă  l'amour et surtout Ă  une fidĂ©litĂ© exemplaire, Arthur the King puise sa force, son intensitĂ©, son intĂ©rĂŞt de par la sincĂ©ritĂ© infaillible du cinĂ©aste de nous narrer dans la simplicitĂ© une histoire hors du commun. Mais c'est aussi une cantique de la communion entre l'homme et l'animal ici entraidĂ©s lors d'une Ă©preuve Ă©pique qui changera Ă  jamais leur destinĂ©e humaine. En tout Ă©tat de cause, Arthur the King laissera une trace Ă©motionnante en cette annĂ©e 2024, quelques mouchoirs Ă  portĂ©e de main pour les plus sensibles d'entre nous.   

*Bruno
Vostfr.

mardi 6 août 2024

Saw. Prix du Jury / Prix du Jury Jeunes, Gérardmer 2005.

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de James Wan. 2004. U.S.A. 1h43 (Director's cut). Avec Leigh Whannell, Cary Elwes, Danny Glover, Ken Leung, Dina Meyer, Mike Butters, Paul Gutrecht, Michael Emerson.

Sortie salles France: 16 Mars 2005 (Int - 16 ans). U.S: 29 Octobre 2004 (Int - 17 ans).

FILMOGRAPHIE: James Wan est un producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste australien nĂ© le 27 FĂ©vrier 1977 Ă  Kuching (Malaisie), avant de dĂ©mĂ©nager Ă  Perth (Australie). 2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013 : Insidious : Chapitre 2. 2015 : Fast and Furious 7. 2016 : Conjuring 2 : Le Cas Enfield. 2018 : Aquaman. 2021 : Malignant. 2023 : Aquaman et le Royaume perdu. 


Film mythique s'il en est qui rĂ©volutionna le Tortur'porn Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 2000, Saw n'a point usurpĂ© sa rĂ©putation de rĂ©fĂ©rence du genre horrifique sous la houlette d'un James Wan tout juste dĂ©butant mais redoutablement ambitieux lorsqu'il s'agit d'y dĂ©poussiĂ©rer l'horreur Ă  renfort d'un climat malsain quasi irrespirable, d'une confrontation psychologique en acmĂ© difficilement tolĂ©rable et de sĂ©quences chocs extrĂŞmes Ă  marquer d'une pierre blanche. Si bien que 2 hommes que tout oppose se retrouvent enchainĂ©s Ă  divers endroits d'une salle de bain sans savoir qui aurait pu les embrigader. Alors qu'ils constatent une horloge Ă©lectronique sur le mur, ils s'aperçoivent rapidement qu'une mini cassette se trouve dans la poche de chacun d'eux avec, Ă  proximitĂ© d'un cadavre ensanglantĂ©, un dictaphone. Ils s'efforcent donc de l'atteindre afin d'Ă©couter les consignes du mystĂ©rieux tueur au puzzle que deux flics s'efforcent Ă  l'extĂ©rieur d'apprĂ©hender. Jeu de piste de longue haleine d'une perversitĂ© dĂ©moniale difficilement Ă©galable au sein d'un huis-clos Ă  la fois poisseux, crapoteux, fĂ©tide, pour ne pas dire faisandĂ©; Saw met nos nerfs Ă  rude Ă©preuve au fil d'une investigation bicĂ©phale alternĂ©e. 


Celle des 2 inconnus reclus dans cette salle de bain et Ă  deux doigts de sombrer dans la crise de nerf pour s'extirper de leur tanière, puis des 2 flics, un asiatique, un afro amĂ©ricain sur le point de dĂ©busquer le tueur parmi des prises de risque suicidaire eu Ă©gard de la ruse hors-pair de l'assassin dissĂ©minant sur leur passage des pièges sadiques impossibles Ă  dĂ©jouer. James Wan tablant notamment sur les flash-back afin d'y renforcer l'implacable efficacitĂ© de l'intrigue Ă  (moult) rebondissements en nous Ă©clairant peu Ă  peu sur cette improbable vendetta bâtie sur la souffrance de victimes puisque contraints de s'infliger des sĂ©vices et/ou de sacrifier une autre victime afin de s'Ă©pargner une mort cruelle dans leur piège Ă  torture. DĂ©clinaison Ă  peine tacite de l'Abominable Dr Phibes, en mode hardcore contemporain, Jigsaw crève l'Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions giallesques, James Wan prenant soin de rendre hommage aux classiques du genre transalpin Ă  l'aide d'un esthĂ©tisme rutilant que n'aurait reniĂ© Dario Argento. Notamment en y exploitant de façon aussi stylisĂ©, inquiĂ©tante et terriblement insĂ©cure un pantin (inspirĂ© des Frissons de l'Angoisse) pĂ©dalant tranquillement sur un vĂ©lo pour approcher ses victimes et leur dicter consignes et directives Ă  l'aide d'une voix trafiquĂ©e. 


Chef-d'oeuvre de l'horreur moderne d'une perversitĂ© et d'un sadisme au diapason, Saw fait grimper suspense, (pures moments de) tension, oppression, terreur et violence crue sous l'impulsion d'une intrigue viciĂ©e d'une audace morale incongrue. Les comĂ©diens criants de vĂ©racitĂ© crispĂ©e Ă  travers leur surmenage nous communiquant leur peur, leur spleen et leur effroi avec un rĂ©alisme parfois Ă  la limite du soutenable. James Wan ne lĂ©sinant pas sur une horreur graphique sciemment putassière (pour autant non complaisante, un exploit !) pour renforcer l'horreur des situations cauchemardesques, vĂ©ritable descente aux enfers (aux relents de caniveau !) de la bassesse oĂą seule compte l'individualise, la duperie, le subterfuge afin de tenter de s'extirper d'une mort inhumaine. Jubilatoire quant Ă  l'intensitĂ© de son suspense exponentiel, Saw baigne sans complexe dans une facture rubigineuse Ă©tonnamment putride avec un sentiment d'impuissance, d'un peu d'espoir et de dĂ©sespoir, ad nauseam. A revoir d'urgence, notamment pour se rendre compte de l'impact Ă©motionnel sidĂ©rant qu'il parvient toujours Ă  produire au grand dam de ses suites mercantiles toutes plus mĂ©diocres et inutiles les unes que les autres. 

*Bruno
3èx. Vostfr

Récompenses:
Festival du film d'horreur et fantastique de Saint-Sébastien (San Sebastián Horror and Fantasy Film Festival) 2004 :
Prix du public du Meilleur film décerné à James Wan.
Prix Schmoes d'or (Golden Schmoes Awards) 2004 :
Schmoes d'or du Meilleur film d'horreur de l'année,
Schmoes d'or de l'Affiche de cinéma préférée de l'année,
Schmoes d'or de la Scène la plus mémorable d'un film (La Fin).
Fantasporto 2005 : prix international du film fantastique du Meilleur scénario décerné à Leigh Whannell.
Festival international du film fantastique de Bruxelles 2005: Pégase (prix du public) décerné à James Wan.
Festival international du film fantastique de Gérardmer 2005:
Prix du jury décerné à James Wan,
Prix du jury jeunes décerné à James Wan.

lundi 5 août 2024

La Mutante / Species

                                               
                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Roger Donaldson. 1995. U.S.A. 1h48. Avec Ben Kingsley, Michael Madsen, Alfred Molina, Forest Whitaker, Marg Helgenberger, Natasha Henstridge, Michelle Williams, Whip Hubley, Patricia Belcher.

Sortie salles France: 27 Septembre 1995

FILMOGRAPHIE: Roger Donaldson, nĂ© le 15 novembre 1945 Ă  Ballarat, dans l'État de Victoria, en Australie, est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste australo-amĂ©ricano-nĂ©o-zĂ©landais. 1977 : Sleeping Dogs. 1980 : Nutcase (en). 1981 : Smash Palace (en) (+ scĂ©nariste). 1984 : Le Bounty.  1985 : Marie. 1987 : Sens unique. 1988 : Cocktail. 1990 : Cadillac Man. 1992 : Sables mortels. 1994 : Guet-apens. 1995 : La Mutante. 1997 : Le Pic de Dante. 2000 : Treize Jours. 2003 : La Recrue. 2005 : Burt Munro. 2008 : Braquage Ă  l'anglaise. 2011 : Le Pacte. 2014 : The November Man. 2017 : McLaren: L'homme derrière la lĂ©gende. 


Mal accueilli par la critique Ă  sa sortie alors qu'il fut un succès commercial, La Mutante est un formidable divertissement du Samedi soir qu'on aurait tort de bouder. Si bien qu'Ă  la revoyure il semble encore plus plaisant et attachant, qualitativement et Ă©motionnellement parlant, notamment grâce Ă  la mĂ©diocritĂ© du cinĂ©ma actuel qui fait que l'on finit par devenir plus indulgeant avec nos oeuvres ludiques du passĂ©. Il fallait d'ailleurs oser exploiter cette idĂ©e improbable qu'une menace extra-terrestre se substitue ici en mannequin de charme sans jamais sombrer dans le racolage, la complaisance et le ridicule. Roger Donaldson prenant son sujet avec assez de sĂ©rieux pour ne jamais se railler de son concept casse-gueule et de sa partenaire plantureuse, notamment dans sa manière dĂ©fĂ©rente de la filmer sans abuser de plans putassiers pour dĂ©voiler son plus simple appareil. Et s'il s'agit du tout premier rĂ´le de Natasha Hendridge alors âgĂ©e de 20 ans, on peut clairement prĂ©tendre qu'elle s'en sort plutĂ´t bien Ă  travers son rĂ´le sciemment laconique, de prime abord hagarde et interrogative eu Ă©gard de sa posture nĂ©ophyte puisque dĂ©barquant sur terre pour des raisons qu'elle ignore, mais rapidement fĂ»tĂ©e et intelligente pour s'extraire de la masse et imposer sa mainmise. 


Car ce n'est qu'au fil de son parcours personnel, son apprentissage et son expĂ©rience avec les humains qu'elle finira par comprendre son unique dessein d'y fĂ©conder un mâle afin de pouvoir instaurer sa race et nous envahir. Très efficace lorsqu'une poignĂ©e d'hĂ©ros cosmopolites se lancent constamment Ă  sa traque pour l'Ă©radiquer alors que celle-ci s'empresse davantage Ă  copuler avec un mâle au fil de rencontres alĂ©atoires puis rĂ©flĂ©chies, La Mutante ne nous laisse aucun moment de rĂ©pit Ă  travers ses scènes d'actions, poursuites et effets chocs rondement menĂ©s (Roger Donaldson demeurant un habile artisan auprès de son savoir-faire technique) sous l'impulsion d'FX rĂ©ussis mĂŞme si certains effets numĂ©riques font hĂ©las tâche aujourd'hui. A l'instar de son final confinĂ© dans les Ă©gouts, probablement la partie la plus faible du mĂ©trage, mĂŞme si cela reste correctement menĂ©, voir mĂŞme haletant et que certaines surprises restent par ailleurs assez Ă©tonnantes (avec un personnage bien exploitĂ© pour ses expressions candides face camĂ©ra) pour ne pas lâcher le fil de l'action. C'est d'ailleurs H. R. Giger,  illustre crĂ©ateur d'Alien, peintre et plasticien rĂ©sidant en Suisse, qui confectionna l'impressionnante crĂ©ature femelle du plus bel effet fascinatoire lors de certains plans graphiques. 


Si on peut dĂ©plorer quelques menus clichĂ©s tributaires du genre, la caricature de certains personnages (surtout Ben Kingsley en scientifique impavide au regard Ă©baubi) et des dialogues faiblards prĂŞtant Ă  sourire, La Mutante puise justement son charme auprès de ses dĂ©fauts prĂ©citĂ©s pour y renforcer sa facture  "sĂ©rie B de luxe" formidablement troussĂ©e sous l'impulsion d'une menace charmeuse jamais vulgaire ou prĂ©tentieuse pour attirer ses proies dans ses apparat charnel. Natasha Hendridge demeurant sobrement impliquĂ©e en tueuse en herbe uniquement destinĂ©e Ă  prĂ©server sa vie et sa lignĂ©e sans se morfondre dans les clichĂ©s de la vengeance ou d'une sĂ©duction facilement provocante. Avec un joli pied de nez Ă  la gente masculine machiste ou timorĂ©e lorsqu'il s'agit de charmer ou de se laisser attendrir par une prĂ©sence Ă©rotique autonome, anti potiche dĂ©cervelĂ©e. 

Merci à Ecran Large pour l'incitation à la révision.

*Bruno
3èx. Vostfr

Box-Office France: 627 887 entrées

samedi 3 août 2024

MaXXXine

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Ti West. 2024. U.S.A. 1h43. Avec Mia Goth, Charley Rowan, McCain, Elizabeth Debicki, Moses Sumney, Michelle Monaghan, Halsey, Lily Collins, Giancarlo Esposito, Kevin Bacon.

Sortie salles France: 31 Juillet 2024 (int - 12 ans). 

FILMOGRAPHIE: Ti West (nĂ© le 5 octobre 1980 Ă  Wilmington, Delaware) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain surtout connu pour ses films d'horreur. 2005: The Roost. 2007: Trigger Man. 2009: Cabin Fever 2. 2009: The House of the Devil. 2011: The Innkeepers. 2012: The ABCs of Death (segment M Is for Miscarriage). 2012 : V/H/S (segment Second Honeymoon). 2013: The Sacrament. 2022: X. 2022: Pearl. 2024: Maxxxine. 

"Je n'accepterai pas une vie que je ne mérite pas".

Surprenant ! ? EuphĂ©misme (probablement). Si bien qu'Ă  la sortie toute fraĂ®che de la projo que penser du 3è opus de Ti West au premier visionnage tant sa foisonnance exubĂ©rante bat son plein ? C'est dire si cet ultime dĂ©lire horrifique Ă  deux doigts de surfer par moments sur la dĂ©ception divisera sans doute les plus intransigeants. Tout du moins jusqu'Ă  mi-parcours alors que nombre de sĂ©quences dĂ©tonantes (rien que le prologue concourant Ă  l'oscar de la meilleure actrice, son magnifique gĂ©nĂ©rique musical, le clin d'oeil imparti au film culte infortunĂ© Fondu au noir par le biais de Buster Keaton - 1000 mercis Ti West ! -) nous eurent sĂ©duit avec en prime une inventivitĂ© formelle de tous les diables. D'ailleurs, sur ce point, Maxxxine est une franche rĂ©ussite Ă  faire rougir de jalousie Tarantino tant Ti West, maĂ®tre de l'esthète, transfigure son intrigue par moult dĂ©tails ornementaux et personnages lunaires et/ou zĂ©lĂ©s Ă  la fois fascinants, baroques, sĂ©duisants, dĂ©calĂ©s, pour ne pas dire semi-parodiques (Ă  l'instar du duo de flics Ă©chappĂ© d'une sĂ©rie TV, voir d'Hollywood Night !) au fil d'un cheminement hĂ©sitant si j'ose dire puisque l'on ne sait pas trop oĂą on va et que fait-on au bout d'un certain temps. 

Ainsi, si on se laisse toutefois bercer par l'Ă©trange sentiment de sĂ©duction et d'expectative qu'on nous transmet au sein de cette fulgurance urbaine estampillĂ©e gĂ©nĂ©ration 80 (BO entĂŞtante inclus, montez le volume de la sono !), la seconde moitiĂ© de mĂ©trage se laisse dĂ©river vers la mise en abyme en jouant avec les dĂ©cors de carton pate ou rĂ©els (telle maison de Psychose), la singularitĂ© de sĂ©quences chocs, pittoresques (voir les 2 Ă  la fois) et points de vue moralisateurs sous l'impulsion d'une dĂ©rive ......... que l'on attendait point (et qui na plaira pas Ă  tous). Satire vitriolĂ©e sur l'univers impitoyable d'Hollywood dĂ©nuĂ© de moralitĂ© lorsqu'il s'agit d'Ă©lever au rang de star leur nouvelle coqueluche issue de l'univers du X au sein d'une AmĂ©rique puritaine aussi cynique que corruptrice (tous les personnages semblent des pantins, des caricatures d'eux mĂŞmes), Maxxxine crève l'Ă©cran en la prĂ©sence immorale de Mia Goth plus belle que jamais en star en herbe tourmentĂ©e par son passĂ© au moment oĂą un serial-killer se la joue maĂ®tre chanteur afin d'accĂ©der Ă  son dessein. L'actrice portant le film sur ses Ă©paules dans une posture autrement fĂ©brile, craintive et incertaine puisque sĂ©vèrement malmenĂ©e par un dangereux manipulateur tirant les ficelles de la dĂ©chĂ©ance avec une idĂ©ologie maladivement rigoriste. 

Vortex de fantaisie macabre et de violence malsaine assumĂ©e au travers de plans gores graphiques du plus bel effet vomitif ou autrement cartoonesque (quel magnifique plan final d'une audace atypique et qui en dit long sur le portrait psychotique de Maxine ayant vendu une seconde fois son âme au diable), Maxxxine dĂ©concerte, fascine, sĂ©duit puis finit par captiver jusqu'au sentiment de conquĂŞte amoureuse Ă  travers son errance urbaine infiniment onirique, insidieuse, sarcastique, capiteuse au demeurant. Une femme libre dans la finalitĂ© (avec un sacrĂ© pied de nez au puritanisme en conclusion couillue) oĂą la rĂ©demption possède un sacrĂ© goĂ»t de souffre dans la bouche par son absence assumĂ©e de moralitĂ©. A revoir absolument donc pour comprendre si Maxxxine deviendra culte ou pas, Ă  l'instar d'Angel auquel Ti West ne manque pas non plus de rendre tendrement hommage (tant pour l'icone fĂ©minine auto-justicière que pour sa peinture urbaine sous nĂ©ons polychromes).

*Bruno

Ci-joint la chronique de Jean-Marc Micciche

Séance découverte avec Maxxxine, troisième volet de la trilogie 'spécial Mia Goth'. Tout d'abord louons l'égérie du fantastique moderne via Mia Goth qui assurément avec ses trois films marquent son empreinte. Encore ici, elle est magnifique et illumine le film de sa présence magnétique parfaite en icone 'revenge' movie. D'ailleurs, à l'image du clivant Malignant, le film est une véritable déclaration à la culture du videoclub, du cinéma d'exploitation, et Ti West inscrit sa démarche en véritable auteur d'un cinéma post moderne, malaxant code, narration personnage, situation. Bref un cinéma de la bonne citation préférant l'évocation de ses figures de genres plutôt que la citation directe. Alors oui le film est très loin d'être parfait, au contraire même, à l'image de ses nombreux films évoqués, il est volontairement étrange, bancal, car préférant le style, la stylisation des années 80. Autant dire que pour les cinéphiles de notre génération, Maxxxine est un plaisir jouissif à regarder. Les jeunes cinéphiles se concentreront sans doute à des différences explicites (Les frissons de l'angoisse, Psychose) mais pour nous autres, on pensera davantage à la saga des Angel ( la plus naturelle et évidente), à Descente en enfers (Vise Squad), à L'ange de la vengeance et New York deux heures du matin de Abel Ferrara, à Body Double ou Pulsion de De Palma. Tel idée de montage, de photo, de musique jouera sur la mémoire de certains d'entre nous : Fondu au noir, Les jours et les nuits de China Blue, les clip video, les boites de production cheap, le tout porté par un score musical qui imprègne la rétine, qui marque les esprits. Pas étonnant que Scorsese considère Ti West comme une vraie révélation de la série b. 8.5/10 Clairement un film générationnelle.

vendredi 2 août 2024

Phantasm 3: le seigneur de la mort / Phantasm 3: Lord of the Dead

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Don Coscarelli. 1994. U.S.A. 1h31. Avec Angus Scrimm, A. Michael Baldwin, Reggie Bannister, Bill Thornbury, Kevin Connors, Gloria Lynne Henry.

Sortie salles U.S: 6 Mai 1994 (sortie limitée)

FILMOGRAPHIE: Don Coscarelli est un scénariste et réalisateur américain né le 17 Février 1954 à Tripoli (Lybie). 1976: Jim the World's Greatest. 1976: Kenny and Compagny. 1979: Phantasm. 1982: Dar l'invincible. 1988: Phantasm 2. 1989: Survival Quest. 1994: Phantasm 3. 1998: Phantasm 4. 2002: Bubba Ho-tep. 2012: John Dies at the end.

6 ans sĂ©parent Phantasm 3 du second volet et on peut affirmer que Don Coscarelli n'a pas perdu la main pour nous servir Ă  nouveau un pur divertissement badass si bien qu'il reprend les mĂŞmes ingrĂ©dients de Phantasm 2. Ainsi, l'amateur Ă©clairĂ© n'a point Ă  bouder ce fort sympathique spectacle horrifique, train fantĂ´me de tous les diables transposĂ© dans le cadre usuel du road movie, comme l'Ă©tait conçu son second opus aussi attractif. Or, ici il y a toutefois un changement notable en la prĂ©sence de l'acteur iconique A. Michael Baldwin endossant une seconde fois le rĂ´le de Mike (en plus âgĂ©) alors que dans l'Ă©pisode prĂ©cĂ©dent il Ă©tait remplacĂ© par James LeGros. Il s'agit donc en l'occurence de retrouvailles familiales que l'on nous illustre dans un esprit festoyant par l'entremise de deux autres personnages aussi bonnards; Rocky, afro ricaine spĂ©cialiste du nunchaku et Tim, petit garnement en culotte courte fort sagace, rusĂ© et Ă©mĂ©rite pour son art d'y conduire une voiture et d'y occire Ă  l'arme Ă  feu ses ennemis d'outre-tombe (on y croise un trio de zombies) et de l'autre monde (les nains encapuchonnĂ©s, les sphères volantes). Une posture politiquement incorrecte que les bien-pensants auront bien du mal Ă  adouber. 

Enfin, il faut Ă©galement compter sur la prĂ©sence innatendue de Bill Thornbury endossant le rĂ´le funeste de Jody (puisque dĂ©zinguĂ© dès le 1er opus par le diabolique Tall Man) mais qui ici parvient Ă  communiquer Ă  travers les rĂŞves de son frère Mike et Ă  se matĂ©rialiser Ă  l'intĂ©rieur d'une boule d'acier afin d'Ă©pauler l'Ă©quipĂ©e musclĂ©e dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  dĂ©ssouder Tall Man et ses sbires. Par consĂ©quent, dans un esprit cartoonesque purement ludique, comme fut le prĂ©cĂ©dent opus, Phantasm 3 ne table que sur son action horrifique en roue libre et l'imagination dĂ©bordante de son concepteur  gouailleur pour rendre stimulante l'aventure sous l'impulsion de personnages aussi attachants que dĂ©complexĂ©s Ă  se soumettre aux forces du Mal avec aisance sciemment pittoresque. On est donc lĂ  pour s'amuser sous le pilier d'une rĂ©crĂ©ation horrifique menĂ©e sans rĂ©pit Ă  point tel que la gratuitĂ© de certaines sĂ©quences musclĂ©es ou horrifiques ne nous laisse pas sur un sentiment de gĂŞne ou de dĂ©pit. D'autre part, Ă  travers sa recherche inventive en constante mutabilitĂ© (on navigue toujours entre rĂŞve et rĂ©alitĂ© sans trop de souci de cohĂ©rence), on en apprend un peu plus sur l'origine des nains encapuchonnĂ©s,sur une faille corporelle du Tall Man (bien que toujours aussi increvable) et sur la conception des sphères volantes foreuses de cerveau (avec une sĂ©quence du plus bel Ă©clat gorasse quasi remakĂ©e au 1er modèle) beaucoup plus nombreuses et meurtrières pour notre plus grand bonheur. Attention toutefois Ă  sa conclusion en suspens risquant une fois encore de laisser un goĂ»t amer Ă  une frange de spectateurs !

DĂ©bridĂ©, assez fringant et dĂ©complexĂ© dans sa facture cartoonesque transpirant la bonne humeur auprès de son esprit de camaraderie familiale (d'ailleurs son interdiction aux moins de 16 ans Ă  l'Ă©poque est totalement incomprĂ©hensible !), Phantasm 3 ne déçoit pas pour qui a approuvĂ© le changement de direction notable du second opus imposant une frĂ©nĂ©sie visuelle plus insolente, une action autrement Ă©pique et des scènes chocs souvent dĂ©tournĂ©es par une libertĂ© de ton burlesque. Un 3è opus aussi rĂ©ussi donc avant de renouer avec l'onirisme mĂ©taphysique de son modèle que le 4è opus animera intelligemment dans une ambition autrement plus envoĂ»tante, baroque et novatrice plutĂ´t que de rempiler avec l'action bourrine de ses 2 prĂ©cĂ©dents Ă©pisodes. 

P.S: Ă  noter que la qualitĂ© Blu-ray de l'Ă©diteur français ESC est absolument splendide Ă  travers la restauration du nouveau master. 

*Bruno

mercredi 31 juillet 2024

Mystic River

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fr-starstills.glopalstore.com

de Clint Eastwood. 2003. U.S.A. 2h18. Avec Sean Penn, Tim Robbins, Kevin Bacon, Laurence Fishburne, Marcia Gay Harden, Laura Linney, Kevin Chapman, Adam Nelson, Tom Guiry, Jonathan Togo, Kevin Conway, Eli Wallach, Emmy Rossum, Jenny O'Hara, Connor Paolo, Tori Davis, John Doman, Spencer Treat Clark, Dennis Lehane.

Sortie salles France: 15 Octobre 2003 (Int - 12 ans).

FILMOGRAPHIE: Clint Eastwood est un acteur, rĂ©alisateur, compositeur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 31 Mai 1930 Ă  San Francisco, dans l'Etat de Californie. 1971: Un Frisson dans la Nuit. 1973: L'Homme des Hautes Plaines. 1973: Breezy. 1975: La Sanction. 1976: Josey Wales, Hors la Loi. 1977: L'Epreuve de Force. 1980: Bronco Billy. 1982: Firefox, l'arme absolue. 1982: Honkytonk Man. 1983: Sudden Impact. 1985: Pale Rider. 1986: Le MaĂ®tre de Guerre. 1988: Bird. 1990: Chasseur Blanc, Coeur Noir. 1990: Le Relève. 1992: Impitoyable. 1993: Un Monde Parfait. 1995: Sur la route de Madison. 1997: Les Pleins Pouvoirs. 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal. 1999: JugĂ© Coupable. 2000: Space Cowboys. 2002: CrĂ©ance de sang. 2003: Mystic River. 2004: Million Dollar Baby. 2006: MĂ©moires de nos pères. 2006: Lettres d'Iwo Jima. 2008: L'Echange. 2008: Gran Torino. 2009: Invictus. 2010: Au-delĂ . 2011: J. Edgar. 2014: Jersey Boys. 2015: American Sniper. 2016: Sully. 2017: 2018: Le 15h17 pour Paris. 2018: La Mule. 2021: Cry Macho. 


L'enfance violĂ©e. 
Drame psychologique davantage intense et Ă©prouvant au sein du cadre du thriller noir sans illusion, Mystic River fait Ă©videmment l'effet d'un uppercut Ă©motionnel dont il est impossible de sortir indemne Ă  travers les fantĂ´mes d'un passĂ© galvaudĂ© refaisant surface sous l'impulsion crĂ©pusculaire (photo monochrome Ă  l'appui) d'un climat funèbre semi dĂ©pressif. Clint Eastwood retraçant avec une fine attention cĂ©rĂ©brale le parcours en perdition d'un trio d'amis de longue date (Ă©paulĂ© de seconds-rĂ´les saillants afin de les soutenir ou de s'en mĂ©fier) hantĂ© par la maltraitance après que l'un d'eux, Dave, fut kidnappĂ© par deux pĂ©dophiles durant son adolescence 4 jours durant. Or, 25 ans plus tard, c'est au tour de son ancien ami Jimmy de vivre une descente aux enfers lorsque sa fille de 19 ans est retrouvĂ©e assassinĂ©e. D'une intensitĂ© dramatique toujours plus tendue et suffocante auprès de l'investigation du père Ă©plorĂ©, accompagnĂ© d'un duo marginal peu recommandable, et de deux flics dĂ©terminĂ©s d'y dĂ©busquer le coupable (Kevin Bacon / Laurence Fishburne sobrement rĂ©flĂ©chis), Mystic River nous plonge dans un gouffre horrifique tant les personnages anti-manichĂ©ens font froid dans le dos Ă  travers leurs moralitĂ© torturĂ©e Ă©manant d'un passĂ© Ă©hontĂ©.   
  
                                      

Celui d'un trio d'amis hantĂ©s par l'horreur d'une situation immorale au point de se voir rĂ©unir 25 ans plus tard par l'occasion d'une nouvelle tragĂ©die fustigeant Ă  nouveau l'innocence. Magnifiquement interprĂ©tĂ© tous azimuts, jusqu'aux seconds-rĂ´les Ă  l'importance majeure si je me rĂ©fère par exemple Ă  l'Ă©pouse davantage contrariĂ©e de Dave (Marcia Gay Harden terriblement poignante auprès de sa suspicion incontrĂ´lĂ©e), ce drame implacable est portĂ© Ă  bout de bras par Sean Penn en paternel Ă©quivoque sur le point de commettre l'irrĂ©parable, notamment faute de son passĂ© judiciaire. Mais encore et surtout par Tim Robbins tĂ©tanisant de vĂ©ritĂ© nĂ©vrosĂ©e, littĂ©ralement habitĂ© de douleur morale dĂ©pouillĂ©e en victime apatride en proie aux mĂ©disances au sein de sa rĂ©gion nĂ©crosĂ©e. DĂ©ambulant durant toute l'intrigue tel un mort-vivant nonchalant il crève l'Ă©cran par son charisme laconique figĂ© dans le vide. Clint Eastwood filmant notamment la ville de Boston parmi la faible luminositĂ© d'une photo limpide alternant le noir, le blanc et le bleu ciel pour tenir compte de l'amertume des personnages communĂ©ment impliquĂ©s par l'idĂ©e du Mal leur collant au basque d'après ce passĂ© amical en berne. 


Les morts-vivants
Grand moment de cinĂ©ma au sens le plus digne, attentionnĂ© et Ă©purĂ©, Clint Eastwood magnifiant Ă  la perfection les profils pathĂ©tiques de personnages rĂ©solument sombres car victimes de leurs actions sans vergogne, Mystic River impose un discours glaçant sur l'auto-justice, la repentance, l'incapacitĂ© de faire face au deuil et d'y reconstruire sa vie sous l'impulsion d'une intrigue fĂ©tide dĂ©teignant sur notre moral de par sa rigueur dramatique compromise par l'insolence, la haine, la rĂ©volte et le remord qu'on ne peut rĂ©viser.  

*Bruno
2èx. Vostfr

Récompenses:

Festival de Cannes 2003

Prix Vulcain de l'artiste technicien attribué à Tom Stern, directeur de la photographie.

Oscars 2004

Oscar du meilleur acteur (Sean Penn)

Oscar du meilleur acteur dans un second rĂ´le (Tim Robbins)

Golden Globes 2004

Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique (Sean Penn)

Golden Globe du meilleur acteur dans un second rĂ´le (Tim Robbins)

César 2004

César du meilleur film étranger

American Film Institute Awards 2004

Film de l'année

mardi 30 juillet 2024

Sans un bruit: jour 1 / A Quiet Place: Day One

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Michael Sarnoski. 2024. U.S.A. 1h41. Avec Lupita Nyong'o, Joseph Quinn, Alex Wolff, Djimon Hounsou, Eliane Umuhire

Sortie salles France: 28 Juin 2024. U.S: 26 Juin 2024 (Int - 13 ans).

FILMOGRAPHIE: Michael Sarnoski est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain. 2021: Pig. 2024: Sans un bruit: Jour 1. 


Une dĂ©clinaison adulte avec un coeur gros comme ça. 
J'y allais tant Ă  reculons pour amorcer ce 3è opus, notamment faute d'une sĂ©quelle relativement sympathique mais inutile et rarement passionnante (selon mon jugement de valeur). Or, Ă  l'arrivĂ©e, je pourrais presque ici Ă©voquer le coup de coeur tant je n'y attendais rien (ou pas grand chose) si bien que Sans un bruit: Jour 1 m'a surtout rudement surpris pour son cĂ´tĂ© humaniste Ă  la fois poignant, Ă©mouvant puis enfin bouleversant. Notamment quant Ă  l'audace de son Ă©pilogue tacite imposant une suggestion aussi bien frustrante qu'intelligente dans son refus de surenchère sur air connu. La partition musicale d'une grande sensibilitĂ© Ă©tant sobrement instillĂ©e pour tenir lieu de l'amertume dĂ©soeuvrĂ©e des survivants s'Ă©vertuant Ă  trouver une issue de secours par l'entremise de l'eau. DĂ©nuĂ© de prĂ©tention de par sa sincĂ©ritĂ© irrĂ©prochable, ce formidable divertissement relance donc efficacement la mĂ©canique de peur, d'actions et de tension sous l'impulsion de ce nouveau duo hĂ©roĂŻque se prĂŞtant main forte Ă  l'aide d'un humanisme Ă  la fois dĂ©sespĂ©rĂ© et rĂ©siliant quant au survival qui se profile face Ă  eux, faute des mauvaises rencontres extra-terrestres d'une vĂ©locitĂ© (toujours) Ă©peurante. LĂ  encore, on peut applaudir le rĂ©alisme fulgurant des effets-spĂ©ciaux numĂ©riques permettant de nous immerger dans l'action horrifique avec une tension dĂ©vastatrice tantĂ´t Ă  fleur de peau (tout du moins pour ma sensibilitĂ© personnelle). Ainsi donc, le rĂ©alisateur de l'atypique Pig parvient Ă  maintenir l'attention en exploitant un nouveau cadre urbain autrement plus vaste, fascinant, inquiĂ©tant, atmosphĂ©rique que le couple arpente la peur au ventre en compagnie de la fidĂ©litĂ© d'un chat (lĂ  encore idĂ©e judicieuse que de celui d'offrir un rĂ´le Ă  cet animal aux pattes de velours plutĂ´t bien dirigĂ© - notamment auprès des sĂ©quences sous-marines -).

Michael Sarnoski exploitant habilement d'autres trouvailles retorses afin de renouveler ses situations Ă©culĂ©es (comme celui d'oser parler au moment du bruit de la pluie ou de crier sa rage de vivre, d'enfoncer une porte grâce aux Ă©clairs du tonnerre). Il y a d'autre part cette audace d'imposer Ă  l'un des deux protagonistes une prĂ©occupation morale quant Ă  la denrĂ©e de la pizza durant la quasi totalitĂ© de l'intrigue quasi mutique. Chez un tâcheron, cette idĂ©e saugrenue aurait pu facilement sombrer dans le ridicule alors qu'ici on s'attache, on s'Ă©meut mĂŞme constamment de la quĂŞte personnelle de cette afro amĂ©ricaine (lĂ  aussi joli message de tolĂ©rance et d'Ă©galitĂ© raciale que d'imposer le 1er rĂ´le Ă  une femme de couleur) obsĂ©dĂ©e Ă  l'idĂ©e de savourer son plat attitrĂ© avant de trĂ©passer. Si bien que Sans un bruit: jour 1 Ă©voque la thĂ©matique de la mort avec une digne pudeur selon deux point de vue contraires. Son compagnon de fortune Ă©tant aussi effrayĂ© que traumatisĂ© par cette invasion meurtrière Ă  grande Ă©chelle. EmaillĂ© de visions cauchemardesque Ă  travers cette mĂ©tropole apocalyptique, ce 3è opus nous immerge sans ambages dans son univers crĂ©pusculaire en accordant notamment beaucoup de soin Ă  un esthĂ©tisme dĂ©charnĂ© quant aux bâtiments dĂ©figurĂ©s. Mais si ce divertissement prioritairement adulte demeure aussi attachant, convaincant, fascinant et bouleversant, il le doit enfin beaucoup aux comĂ©diens Lupita Nyong'o / Joseph Quinn endossant le couple dĂ©muni avec une solidaritĂ© grandissante davantage rigoureuse, persuasive, hĂ©roĂŻque dans la finalitĂ© du sens du sacrifice. Toutes leurs sĂ©quences intimistes suscitant une Ă©motion Ă  la fois Ă©purĂ©e, fragile, tĂ©nue, notamment lorsqu'ils opèrent dans l'improvisation un spectacle de magie au sein d'un bar Ă  piano ou lorsque l'hĂ©roĂŻne prĂ©fère renouer avec son passĂ© natal pour retrouver sa contrĂ©e familiale en guise de cadeau d'adieu.   


Monsters.
Aussi bon, (voir peut-ĂŞtre mĂŞme supĂ©rieur au 1er opus ?), Sans un bruit: jour 1 exploite le film du Samedi soir avec une intĂ©gritĂ©, une simplicitĂ© et une maturitĂ© forçant le respect. Car dĂ©nuĂ© de prĂ©tention (la rĂ©pĂ©tition est volontaire), ce divertissement dĂ©rivĂ© joue dans la cour des grands de nous transmettre sobrement une Ă©motion fragile constamment vibrante quant Ă  la peur de mourir face Ă  une menace rapace inextinguible. Et on se laisse ici beaucoup mieux convaincre sans se forcer du dĂ©but Ă  la fin de l'intrigue qui plus est nantie d'un Ă©pilogue bicĂ©phale aussi audacieux qu'utile. 

*Bruno


jeudi 25 juillet 2024

Black Book

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Paul Verhoeven. 2006. Hollande/Allemagne/Belgique/Angleterre. 2h25. Avec Carice van Houten, Sebastian Koch, Thom Hoffman, Halina Reijn, Waldemar Kobus, Derek de Lint, 
Dolf de Vries

Sortie salles France: 29 Novembre 2006

FILMOGRAPHIE: Paul Verhoeven est un réalisateur néerlandais, né le 18 Juillet 1938 à Amsterdam.
1971: Business is business. 1973: Turkish Delices. 1975: Keetje Tippel. 1977: Le Choix du Destin. 1980: Spetters. 1983: Le Quatrième Homme. 1985: La Chair et le Sang. 1987: Robocop. 1990: Total Recall. 1992: Basic Instinct. 1995: Showgirls. 1997: Starship Troopers. 2000: l'Homme sans Ombre. 2006: Black Book. 2016: Elle. 2021: Benedetta. 


Un feu d'artifice tentaculaire.
IlluminĂ© de la force de caractère de l'actrice hollandaise Carice van Houten Ă  travers sa beautĂ© flamboyante Ă  l'Ă©rotisme torride, si bien qu'elle crève l'Ă©cran dans son omniprĂ©sence, Black Book renoue avec le grand cinĂ©ma Ă©pique d'après un fait divers glaçant dont je tairai l'indice. Paul Verhoeven, plus impliquĂ© et ambitieux que jamais, transplantant avec une efficacitĂ© endiablĂ©e le film d'aventures et le film policier dans le cadre du film de guerre en y dĂ©nonçant par cette occasion singulière les exactions de l'occupation allemande et de certains transfuges (dont je tairais toutes identitĂ©s) au sein du pays-bas. MenĂ© sur un rythme davantage effrĂ©nĂ© en dĂ©pit de sa longue durĂ©e (2h18 sans le gĂ©nĂ©rique), Black Book nous scotche au siège sous l'impulsion d'un suspense ciselĂ© fertile en rebondissements qu'il est impossible d'anticiper. Qui plus est, en franc-tireur quelque peu insolent, le cinĂ©aste fracasse les codes pour mieux nous surprendre (voir mĂŞme nous dĂ©concerter avec bonheur) tout en renforçant l'aspect rĂ©aliste des situations alarmistes au sein d'un pur divertissement intelligent quant Ă  nous dĂ©voiler un (nouvel) aspect peu glorieux de la seconde guerre mondiale du point de vue des potentielles victimes. 


Carice van Houten
endossant avec une spontanĂ©itĂ© Ă  la fois Ă©tonnamment tranquille, fraĂ®che et sĂ©millante une espionne juive toujours plus ballotĂ©e tous azimuts au fil de sa houleuse mission après avoir amorcĂ© une relation sentimentale avec le capitaine SS Ludwig MĂĽntze. Celle-ci portant l'intrigue sur ses Ă©paules avec un courage et une audace toujours plus prĂ©judiciables quant aux embuches que Paul Verhoeven lui assène avec refus du compromis. Qui plus est, se foutant de la morale d'une certaine manière, celui-ci n'hĂ©site guère Ă  nous brosser des personnages anti-manichĂ©ens afin d'y imprimer une vĂ©ritĂ© anticonformiste par delĂ  sa propre personnalitĂ© Ă  la fois frondeuse, marginale, pour ne pas dire discutable aussi (notamment auprès de sa conclusion meurtrière quant Ă  la remise en question Ă©quivoque du duo). Ainsi donc, fort d'une solide intrigue infaillible narrĂ©e avec une intensitĂ© dramatique intermittente, Black Book bouscule nos repères, donne le vertige, halète auprès de sa facture Ă©pique truffĂ©e de mauvaises rencontres, d'incidents imprĂ©vus, de fĂ©lons et chansons paillardes. DĂ©sireux de nous retranscrire sans prĂ©tention du grand cinĂ©ma Ă  l'ancienne au sein d'une reconstitution historique oĂą rien n'est laissĂ© au hasard, Black Book alterne romance, passion, drame et fureur au sein de valeurs morales bafouĂ©es par les vices de la guerre. Le tout Ă©tant brillamment maĂ®trisĂ© auprès de sa mise en scène virevoltante et sa direction d'acteurs expansifs quitte Ă  nous donner parfois le vertige en nous Ă©garant dans son intrigue savamment ramifiĂ©e. On n'en demandait pas tant. 


*Bruno
2èx. Version Hollandaise STF

Box Office France: 124 887 entrées

Récompenses:
Festival du cinéma néerlandais d'Utrecht 2006
Meilleure actrice (Carice van Houten)
Meilleure réalisation (Paul Verhoeven)
Meilleur film
Gouden Film 2006
Platina Film 2006
Diamanten Film 2007
Capri Cult Award 2007 (Paul Verhoeven)
Rembrandt Awards 2007 :
Meilleure actrice néerlandaise (Carice van Houten)
Meilleur film (Paul Verhoeven et San Fu Maltha)
Sannio FilmFest 2007 : meilleure réalisation (Paul Verhoeven)
Rembrandt Awards 2008 : meilleure sortie du DVD


lundi 22 juillet 2024

Cassandra

                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, capture d'Ă©cran 

de Colin Eggleston. 1986. Australie. 1h34. Avec Tegan Charles, Tessa Humphries, Dylan O'Neill, Shane Briant, Tim Burns 

Sortie salles France: 1987

FILMOGRAPHIE: Colin Eggleston est un réalisateur australien, né le 23 Septembre 1941 à Melbourne, décédé le 10 Août 2002 à Genève. 1977: Fantasm Comes Again (pseudo Eric Ram). 1978: Long Week-end. 1982: The Little Feller. 1984: Innocent Prey. 1986: Cassandra. 1986: Dakota Harris. 1986: Body Business (télé-film). 1987: Outback Vampires.

MĂŞme si on est loin du niveau qualitatif de Long Week-end, chef-d'oeuvre Ă©colo imputrescible, Cassandra est un sympathique thriller horrifico-fantastique assez efficacement menĂ© pour conserver l'intĂ©rĂŞt jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin. Et ce mĂŞme si personnellement j'ai devinĂ© l'identitĂ© du meurtrier au bout d'1 heure de mĂ©trage. Le rĂ©cit instillant un suspense accrocheur auprès du sort imparti Ă  une famille dysfonctionnelle dont la fille aĂ®nĂ©e est douĂ©e de visions prĂ©monitoires depuis le suicide de sa soeur. Bien que paradoxalement on peut tiquer sur certaines maladresses techniques, de grossières ellipses, des jeux d'acteurs parfois timorĂ©s et certains clichĂ©s symptomatiques du genre horrifique, on est surpris Ă  d'autres moments non conventionnels quant aux postures de certains personnages Ă  l'expressivitĂ© autrement plus convaincante pour tenir lieu de leur sort indĂ©cis. Tour Ă  tour charmant et quelque peu attachant,  Cassandra bĂ©nĂ©ficie en outre d'un climat d'Ă©trangetĂ© singulier que les australiens sont parfois parvenus Ă  parfaire Ă  travers leur âge d'or du Fantastique. L'hĂ©roĂŻne principale demeurant d'autre part assez inquiĂ©tante et magnĂ©tique auprès de son physique ordinaire en investigatrice nĂ©ophyte victime de visions cauchemardesques Ă©troitement liĂ©es Ă  son enfance torturĂ©e. Bien que perfectible et inachevĂ©, Cassandra est Ă  (re)dĂ©couvrir donc, notamment du fait de sa grande raretĂ© depuis sa VHS locative des annĂ©es 80. 

Remerciement Ă  Atreyu. 

*Bruno


Horizon: une saga amĂ©ricaine, chapitre 1 / Horizon: An American Saga – Chapter 1

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Kevin Kostner. 2024. U.S.A. 3h01. Avec Kevin Costner, Sienna Miller, Sam Worthington, Jena Malone, Michael Rooker, Gregory Cruz, Owen Crow Shoe, Tatanka Means, Ella Hunt, Tom Payne, Abbey Lee, Georgia MacPhail, Wasé Chief, Luke Wilson, Jon Beavers, Jamie Campbell Bower, Danny Huston, Tim Guinee.

Sortie salles France: 3 Juillet 2024. U.S: 28 Juin 2024

FILMOGRAPHIE: Kevin Costner est un acteur, producteur, rĂ©alisateur et chanteur amĂ©ricain, nĂ© le 18 janvier 1955 Ă  Lynwood, en Californie (États-Unis). 1990 : Danse avec les loups. 1997 : Postman. 2003 : Open Range. 2024 : Horizon : Une saga amĂ©ricaine, chapitre 1. 2024 : Horizon : Une saga amĂ©ricaine, chapitre 2. prochainement : Horizon : Une saga amĂ©ricaine, chapitre 3. 

Coup de ❤

Quand Kevin Kostner rĂ©invente les codes du western classique parmi l'appui d'acteurs charismatiques hĂ©ritiers de leurs ancĂŞtres, cela donne une splendide conquĂŞte de l'Ouest "familiale" bourrĂ© Ă  ras bord d'Ă©motions, de tendresse, de violence, de fureur et de passion. 

Puisque c'est beau Ă  en pleurer (tant auprès de l'immensitĂ© des dĂ©cors naturels que de la pudeur des femmes Ă©plorĂ©es), lyrique au possible, constamment bouleversant, avec, Ă  la clef un suspense perpĂ©tuel d'une intensitĂ© dramatique toutefois en suspens quant Ă  l'expectative finale. 

Immense merci Kevin pour cette prĂ©cieuse offrande si bien que l'on se croirait presque revenu au temps de la Dernière SĂ©ance que John Ford sacralisa avec autant d'amour, d'intelligence, d'ambition et de sincĂ©ritĂ©. 

Et très honnĂŞtement je me retiens Ă  ne pas qualifier ce 1er opus de chef-d'oeuvre. 

P.S: Faut-il préciser que les 3 heures passent comme une lettre à la poste ?

mardi 16 juillet 2024

Agnès de Dieu / Agnes of God

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Norman Jewinson. 1985. U.S.A. 1h38. Avec Jane Fonda, Anne Bancroft, Meg Tilly, Anne Pitoniak, Winston Rekert, Gratien Gélinas, Guy Hoffman, Gabriel Arcand.

Sortie salles France: 12 Mars 1986. U.S: 27 Septembre 1985

FILMOGRAPHIE: Norman Jewison est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste canadien, né le 21 Juillet 1926 à Toronto (Canada). 1962: Des ennuis à la pelle. 1963: Le Piment de la vie. 1964: Ne m'envoyez pas de fleurs. 1965: The Art of love. 1965: Le Kid de Cincinnati. 1966: Les Russes Arrivent. 1967: Dans la chaleur de la nuit. 1968: l'Affaire Thomas Crown. 1969: Gaily, gaily. 1971: Un violon sur le toit. 1973: Jésus Christ superstar. 1975: Rollerball. 1978: F.I.S.T. 1979: Justice pour tous. 1982: Best Friends. 1984: A Soldier Story. 1985: Agnès de Dieu. 1987: Eclair de lune. 1989: Un Héros comme tant d'autres. 1991: Larry le liquidateur. 1994: Only you. 1996: Bogus. 1999: Hurricane Carter. 2003: Crime contre l'humanité.


Quelle trouble impression de dĂ©couvrir pour la toute 1ère fois, soit 39 ans passĂ©e sa sortie, cette Ă©trangetĂ© indicible fondĂ©e sur l'enquĂŞte de longue haleine d'une psychiatre tentant de rĂ©soudre l'Ă©ventuel meurtre d'un nouveau-nĂ© au sein d'un couvent rĂ©git par Mère Miriam Ruth ! Or, SĹ“ur Agnès est suspectĂ©e d'avoir Ă©tranglĂ© son propre enfant dès la naissance alors que le Dr Martha Livingston s'efforce de l'interroger afin de dĂ©couvrir l'insoluble vĂ©ritĂ©. RĂ©alisĂ© au coeur des annĂ©es 80 auprès de dĂ©cors gothiques limpides, Agnès de Dieu est une oeuvre remarquable pour qui apprĂ©cie les objets singuliers confectionnĂ©s par un illustre alchimiste au diapason. Norman Jewison maĂ®trisant avec un art consommĂ© son sujet spirituel et la direction de ses acteurs Ă  travers une mise en scène Ă  la limite de l'expĂ©rimental, notamment eu Ă©gard des sĂ©ances d'hypnose que se partagent Agnès, Martha et Mère Myriam lors d'une confrontation psychologique aussi rigoureuse qu'anthologique. Ainsi, nanti d'une ambiance baroque quasi indescriptible, dans la mesure, oĂą de mĂ©moire de cinĂ©phile je n'ai jamais assistĂ© Ă  pareille sĂ©ance mystico-religieuse face Ă©cran, Agnès de Dieu insuffle au fil de son Ă©volution narrative mystère, perplexitĂ© et suspense sous l'impulsion d'oppositions psychologiques finement caractĂ©risĂ©s. 


Tant auprès de la candide soeur Agnès traumatisĂ©e par son enfance faute d'une mère abusive (Meg Tilly semble littĂ©ralement possĂ©dĂ©e par sa prestance Ă  la fois fragile, divine et perturbĂ©e, sans doute le meilleur rĂ´le de sa carrière !), de Mère Miriam difficilement dĂ©chiffrable en matriarche pieuse vouĂ©e Ă  l'amour de Dieu (Anne Bancroft impressionnante de charisme striĂ© auprès de sa forte personnalitĂ© respectable) que de Dr Martha dont sa propre soeur fut autrefois retrouvĂ©e morte au sein d'un couvent. La sublime Jane Fonda magnĂ©tisant l'Ă©cran de sa beautĂ© mature irrĂ©elle avec une force de caractère aussi teigneuse qu'infaillible. Autant dire que ce trio fĂ©minin explose l'Ă©cran Ă  chacune de leurs rĂ©currentes apparitions, mĂŞme si Norman Jewison fait doucement grimper la tension auprès d'une structure narrative savamment instillĂ©e. De manière notamment Ă  instaurer un climat d'anxiĂ©tĂ© et d'inquiĂ©tude que l'on ne voit pas venir tant le cinĂ©aste semble habitĂ© par ses ambitions cinĂ©matographiques afin de nous faire participer Ă  un suspense policier davantage Ă©lectrisant. 


Ainsi donc, en s'interrogeant ouvertement sur la valeur morale de la foi religieuse et du mysticisme qui en Ă©mane parfois auprès d'Ă©vènements inexpliquĂ©s, Norman Jewison nous plaque (doucement mais surement) au siège au sein de son suspense policier que n'aurait reniĂ© Jean-Jacques Annaud avec son parangon Le Nom de la Rose. IlluminĂ© des prĂ©sences fĂ©minines susnommĂ©es extrĂŞmement impliquĂ©es dans leur fonction morale Ă  la fois ardue et contradictoire, Agnès de Dieu finit par bouleverser nos sens auprès d'une conclusion aussi couillue que mĂ©taphorique. A voir d'urgence donc, notamment pour son climat insĂ©cure lestement impressionnant, si bien que le rĂ©cent ImmaculĂ©e fait par exemple bien pâle figure auprès de son parti-pris gorasse autrement putassier et dĂ©monstratif. 

*Bruno