(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
Découverte hier soir d'un long métrage australien remarqué au Festival de Sundance : Leviticus, premier long d'Adrian Chiarella. Et pour une entrée en matière, on peut dire que le néophyte s'en sort avec les honneurs. Sa maîtrise et l'intelligence confondues pour aborder son sujet forcent le respect, au point d'impressionner pour une première réalisation.
Nous sommes ici à l'inverse de la modeste série B horrifique estampillée ados acnéens. Leviticus est une œuvre certes modeste dans ses moyens, mais d'une réelle maturité. C'est justement cette modestie qui fait sa force : le cinéaste prend sa thématique avec un sérieux engagé et ne cherche pas à occulter le fond au profit du spectaculaire.
Nous sommes ici à l'inverse de la modeste série B horrifique estampillée ados acnéens. Leviticus est une œuvre certes modeste dans ses moyens, mais d'une réelle maturité. C'est justement cette modestie qui fait sa force : le cinéaste prend sa thématique avec un sérieux engagé et ne cherche pas à occulter le fond au profit du spectaculaire.
Car il est ici question d'homosexualité. On pourrait même parler de film d'horreur gay, tant le récit dénonce avec conviction l'homophobie alimentée par un certain fanatisme religieux. Le film suit deux jeunes hommes, Naim et Ryan, au début d'une relation amoureuse sincère, dans une petite communauté dominée par une idéologie religieuse profondément conservatrice.
Sans trop en dévoiler, tout bascule lorsqu'à l'issue d'un étrange rituel orchestré par le prêtre local, au cours duquel Ryan fixe la flamme d'un briquet, ce dernier sombre brutalement dans un état de catatonie, de transe et d'étouffement. Dès lors, le couple est entraîné dans une véritable descente aux enfers surnaturelle. Une entité invisible semble s'emparer du corps et de l'esprit de l'un d'eux afin de dresser les deux amants l'un contre l'autre, comme si leur amour était devenu une faute impardonnable aux yeux de cette doctrine religieuse.
L'une des grandes réussites du film réside dans cette idée aussi simple qu'efficace : la peur naît de l'être aimé lui-même. La menace ne vient pas d'un monstre tapi dans l'ombre, mais de celui que l'on aime. Chaque tentative de rapprochement entre Naim et Ryan devient alors une boule d'angoisse, car à tout moment cette présence invisible peut prendre possession de l'un d'eux, usurper son identité et transformer leur amour en une violence meurtrière.
Ainsi, Leviticus joue autant sur la suggestion de l'invisible que sur des accès de violence d'une brutalité saisissante lorsque cette entité prend possession de l'un des deux protagonistes avec la volonté de s'en prendre à son compagnon que l'on aime, sentimentalement parlant.
Le métrage se révèle d'autant plus surprenant qu'il instille, dès les premières minutes, une atmosphère d'étrangeté omniprésente. Portée par une photographie presque monochrome, dominée par des nuances de noir, de blanc et de bleu, d'une élégance léchée, celle-ci renforce ce climat austère, de malaise et d'incertitude qui imprègne le récit. Il en résulte une ambiance horrifique éthérée, subtilement envoûtante, qui maintient constamment le spectateur dans l'expectative, sans jamais lui laisser deviner vers quelle issue dramatique l'histoire se dirige.
Au-delà de son enveloppe fantastique, Leviticus délivre surtout un discours tristement actuel sur l'homophobie, mais aussi sur les hésitations à assumer pleinement son homosexualité et à aimer librement celui que l'on aime. Une réflexion traitée avec intelligence et sensibilité par le truchement de la conversion de thérapie, portée par une évolution psychologique crédible jusqu'à une conclusion sentimentale particulièrement pertinente, dont je tairais la teneur.
Adrian Chiarella impressionne également par sa capacité à respecter les codes du cinéma de genre au profit de son propos. Les séquences de terreur, parfois d'une brutalité réaliste, n'en sont que plus percutantes. Le cinéaste en profite également pour dénoncer l'obscurantisme d'une communauté soumise à une religion archaïque et profondément intolérante, rejetant aussi bien l'homosexualité masculine que féminine. Le film évoque d'ailleurs le lesbianisme à travers une digression particulièrement tragique, qui renforce encore davantage son message et son intensité dramatique.
C'est précisément cet équilibre entre engagement et horreur qui rend Leviticus captivant. Sans atteindre les sommets du genre, il demeure un très bon divertissement horrifique, intelligent, angoissant, parfois terrifiant et pleinement humain. Le duo formé par Naim et Ryan, interprété avec justesse par Joe Bird et Stacy Clausen, suscite une empathie jamais forcée. Bien que j'aie souvent du mal à m'identifier à des histoires d'amour homosexuelles (quand on est hétéro), j'ai été touché et impliqué jusqu'au bout par leur relation et par leur combat pour continuer à s'aimer malgré une menace meurtrière qui ne cesse de les poursuivre avec une hypocrisie délétère.
Sans être un chef-d'œuvre, ce qu'il ne cherche jamais à être, Leviticus invoque la sincérité et le refus de la facilité. C'est un film engagé qui respecte le cinéma d'horreur en utilisant le fantastique comme vecteur d'un propos essentiel profondément humain. Une belle surprise donc, aussi intelligente que sensible, que je recommande sans hésiter.
— Celui du cœur noir des images 🖤






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