mercredi 31 août 2011

Les Yeux de la Terreur / Night School / Terror Eyes. Prix Spécial du Jury à Avoriaz 1981.


de Ken Hughes. 1981. U.S.A. 1h28. Avec Leonard Mann, Rachel Ward, Drew Snyder, Joseph R. Sicari, Ncholas Cairis, Karen MacDonald.

Sortie en France le 13 Mai 1981. U.S: 24 Avril 1981

FILMOGRAPHIE: Ken Hughes ou Kenneth Hughes est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et romancier nĂ© le 19 janvier 1922 Ă  Liverpool, Royaume-Uni, dĂ©cĂ©dĂ© le 28 Avril 2991 Ă  Los Angeles de la Maladie d'Alzheimer. 1955: Piège pour une canaille. Portrait d'une aventurière. Les Trafiquants de la nuit. 1964: l'Ange pervers. 1967: Casino Royale. Arrivederci Baby. 1969: Chitty, chitty, bang, bang. 1970: Cromwell. 1975: Aftie Darling. 1978: Sextette. 1981: Les Yeux de la Terreur

 
                               Les Yeux de la Terreur — Rituel sanglant d’un cinĂ©ma oubliĂ©

Pour son dernier film, le rĂ©alisateur de Casino Royale tire sa rĂ©vĂ©rence en 1981 avec un psycho-killer vaguement inspirĂ© de La Lame Infernale, classique du Giallo prĂ©figurant l’accoutrement tĂ©nĂ©breux du tueur Ă  moto. Les Yeux de la Terreur rĂ©vèle au passage, pour la toute première fois, la plantureuse Rachel Ward — future icĂ´ne de la sĂ©rie Les Oiseaux se cachent pour mourir.

AurĂ©olĂ© d’une belle rĂ©putation Ă  l’ère VHS, prĂ©cĂ©dĂ© d’une critique estimable (Prix SpĂ©cial du Jury Ă  Avoriaz), ce thriller habilement menĂ© semble aujourd’hui dĂ©prĂ©ciĂ© sur certains sites. Las de ces jugements tranchĂ©s, j’ai voulu lui rendre hommage. Car Ă  mes yeux — subjectifs, oui, mais pleinement assumĂ©s — Les Yeux de la Terreur demeure l’un des psycho-killers les plus attractifs des annĂ©es 80.

Le pitch : Ă  Boston, un tueur mystĂ©rieux, casquĂ© comme un motard de l’enfer, muni d’un sabre, dĂ©capite ses victimes selon un ancien rituel. Judd Austin, dĂ©tective renommĂ©, Ă©paulĂ© par son adjoint, mène l’enquĂŞte. Un anthropologue volage devient rapidement le principal suspect.

Les nostalgiques de l’Ă©poque n’ont pas oubliĂ© le prologue tranchant, incisif comme une lame d’argent : une institutrice et une Ă©colière patientent sur un tourniquet, Ă  la sortie de l’Ă©cole. L’enfant rejoint sa mère, le dernier employĂ© quitte les lieux. Seule, l’enseignante aperçoit alors un motard s’approcher. Lentement. Subrepticement. L’homme enclenche le manège. La plateforme tourne, de plus en plus vite. La victime ne peut s’Ă©chapper. Puis, soudain, la lame s’abat. La dĂ©capitation est foudroyante. Chirurgicale. Terrifiante.


Des sĂ©quences de cette trempe, Les Yeux de la Terreur en regorge — violentes, sèches, mais sans jamais verser dans le gore outrancier. Ken Hughes en maĂ®trise les excès, prĂ©fĂ©rant la tension au carnage. Les apparitions spectrales du tueur, drapĂ© de noir, s’accompagnent de stridences sonores oppressantes, exacerbant l’ampleur de ses mĂ©faits.

Le scĂ©nario, certes linĂ©aire, n’Ă©blouit ni par sa richesse ni par la surprise de sa rĂ©solution (le choix se limite Ă  un anthropologue adultère ou Ă  sa maĂ®tresse possessive). Mais le cinĂ©aste parvient malgrĂ© tout Ă  instaurer une vraie efficacitĂ© narrative, notamment via les motivations insolites du tueur.

Le meurtrier s’inspire en effet d’un ancien rituel asiatique : les chasseurs de tĂŞtes dĂ©capitaient leurs ennemis pour s’approprier leur force vitale, avant de purifier leur âme en immergeant la tĂŞte tranchĂ©e dans l’eau. Ce cĂ©rĂ©monial barbare, Hughes l’enrobe parfois d’un humour noir grinçant : une tĂŞte dĂ©vale lentement au fond d’un aquarium, sous le regard horrifiĂ© d’une vieille dame ; ailleurs, deux maçons dĂ©gustent une soupe de ragoĂ»t dans un snack, jusqu’Ă  ce que l’un d’eux dĂ©couvre une mèche de cheveux dans son assiette.

L’Ă©pilogue, lui, ose une dernière salve d’ironie noire avec le potentiel retour du tueur revenu d’outre-tombe. Clin d’Ĺ“il final, dĂ©lirant, presque jubilatoire.

Le fruit noir de la décapitation.
ScandĂ© par la musique lancinante de Brad Fiedel, oscillant entre pulsations sourdes et Ă©clats frĂ©nĂ©tiques, Les Yeux de la Terreur tisse un suspense haletant et des estocades horrifiques autour des thèmes du rituel, du dĂ©sir possessif et de l’Ă©mancipation fĂ©minine. S’il s’avère si attachant, si efficacement rythmĂ© dans son Ă©poque, c’est aussi grâce Ă  la bonhomie dĂ©sabusĂ©e de son duo de flics badins, et Ă  la tension vĂ©nĂ©neuse des amants en Ă©treinte — Rachel Ward, dans une posture charnelle, y grave une scène de douche restĂ©e anthologique. Et quitte Ă  me rĂ©pĂ©ter : les membres du jury d’Avoriaz ne s’y Ă©taient pas trompĂ©s, l’ovation fut mĂ©ritĂ©e.


*Bruno

31.08.11. 6èx

mardi 30 août 2011

Flavia la Défroquée /Flavia, la monaca musulmana


de Gianfranco Mingozzi. 1974. Italie. 1h40. Avec Florinda Bolkan, Maria Casares, Claudio Cassinelli, Anthony Higgins, Jill Pratt.

FILMOGRAPHIE: Gianfranco Mingozzi est un réalisateur et scénariste italien né le 5 avril 1932 à Molinella, province de Bologne en Emilie-Romagne, mort le 7 Octobre 2009 à Rome.
1959: Festa a Pamplona. 1961: Les Femmes accusent. 1967: Trio. 1974: Flavia la dĂ©froquĂ©e. 1975: Morire a Roma. 1977: Les 3 Derniers jours. 1983: l'Ecran magique. 1987: Les Exploits d'un jeune Don Juan. 1988: La Femme de mes Amours. Ma mère... mon amour. 2000: Le CafĂ© des Palmes

                                       

Réalisateur peu connu en France, Gianfranco Mingozzi réalise en 1974 un pamphlet féministe contre le machisme, le rigorisme et le patriarcat exerçant leur dictature durant l'époque moyenâgeuse d'un couvent intégriste.

Le Pitch: En l'an 1400, dans le sud de l'Italie, une jeune femme, Flavia Gaetani se voit contraint de vivre dans un couvent sous l'autoritĂ© de son père, tĂ©moin d'avoir observĂ© sa fille Ă©mue de la mort d'un guerrier sarrasin. L'ambiance dans le monastère devient davantage indĂ©cente et frĂ©nĂ©tique auprès de la folie dĂ©raisonnĂ©e de jeunes nonnes refoulĂ©es. Dès lors, Flavia en quĂŞte d'autonomie dĂ©cide de s'Ă©vader en compagnie d'un juif pratiquant dans une contrĂ©e plus paisible. 

                                        

Difficile de dĂ©crire ce rĂ©quisitoire contre le totalitarisme d'une sociĂ©tĂ© Ă  la fois machiste et rigoriste dans ce nunsploitation auteurisant tant il dĂ©gage un sentiment persistant de mal ĂŞtre et de fascination d'une expĂ©rience vĂ©cue comme si nous avions parcouru un bon dans le temps rĂ©volu. Autant dire que la manière dont Gianfranco Mingozzi s'y entend pour nous immerger dans une lointaine Ă©poque vĂ©tuste et rĂ©trograde se rĂ©vèle aussi rebutante que captivante. Celui-ci rĂ©ussissant parfaitement Ă  reconstituer une Ă©poque moyenâgeuse rĂ©actionnaire oĂą notre hĂ©roĂŻne rĂ©duit Ă  l'Ă©tat d'esclave, va peu Ă  peu prendre conscience de son existence intolĂ©rable et surtout de son emprise sectaire avec une religion extrĂ©miste incapable d'y diffĂ©rencier les valeurs du Bien et du Mal. Ainsi, cette oeuvre austère se vit tel un parcours obsĂ©dant d'une femme en Ă©veil Ă  sa sensualitĂ© sexuelle et Ă  sa condition de domestique, en proie Ă  sa psychĂ© lourdement Ă©prouvĂ©e de par l'agissement de ses comparses dĂ©lurĂ©es et de nonnes hystĂ©riques sous emprise de folie extĂ©riorisĂ©e. A travers un florilège de sĂ©quences dĂ©bridĂ©s et hallucinatoires, alternant l'horreur des tortures infligĂ©es, l'Ă©panouissement dĂ©lurĂ©e de nonnes endiablĂ©es et la prise de conscience humaniste d'une femme jamais dupe, Flavia la DĂ©froquĂ©e nous entraĂ®ne dans un maelström d'images provocantes et dĂ©rangeantes. Une ambiance lourde de nĂ©vrose dĂ©vergondĂ©e, dĂ©cuplĂ©e par une mise en image cinglante proche des dĂ©bordements dĂ©raisonnĂ©s des Diables de Ken Russel, tournĂ© 3 annĂ©es au prĂ©alable ou encore des visions Ă©sotĂ©riques, surrĂ©alistes d'Alejandro Jodorowski

                                          

Auprès de son physique ombrageux d'un regard noir renfrognĂ©, Florinda Bolkan (le Venin de la peur, la Longue Nuit de l'Exorcisme) s'avère accomplie dans la peau d'une nonne juvĂ©nile rĂ©futant toute forme de domination de la part des mâles incapables d'Ă©prouver la compassion pour la femme assouvie Ă  un objet sexuel quand elle n'est pas une esclave inculquĂ©e dans la piĂ©tĂ©. De par la faveur des insurgĂ©s musulmans, sa destinĂ©e anarchique semble vouĂ©e Ă  une quĂŞte de rĂ©bellion Ă  grande Ă©chelle, telle une Jeanne d'Arc vĂŞtue d'un uniforme belliqueux afin de faire payer Ă  ces tortionnaires un châtiment vindicatif. 

Soutenue d'une douce partition dĂ©rivative et baignant dans une superbe photo sepia, Flavia la DĂ©froquĂ©e est un nunsploitation Ă  prendre en considĂ©ration historique sur la vĂ©ritĂ© des faits exposĂ©s. Une forme de documentaire provocateur, difficile d'accès pour certains spectateurs exigeants, mais tout Ă  fait convaincant dans sa dĂ©marche d'y dĂ©noncer avec force et fracas une religion obscurantiste, tributaire de sa sociĂ©tĂ© despotiste contraire Ă  l'Ă©galitĂ© des sexes. Une oeuvre subversive difficilement oubliable de par son ambiance dĂ©moralisante, ses scènes chocs malsaines (la castration du cheval, la femme nue enfouie dans la carcasse d'un veau suspendu, les quelques sĂ©vices corporels inquisiteurs) et son portrait attentionnĂ© pour une femme en pleine crise identitaire. A ne pas mettre entre toutes les mains. 
  
31.08.11
Bruno 

lundi 29 août 2011

TON VICE EST UNE CHAMBRE CLOSE DONT MOI SEUL AI LA CLEF (Il tuo vizio è una stanza chiusa e solo io ne ho la chiave)


de Sergio Martino. 1972. Italie. 1h35. Avec Edwige Fenech, Anita Strindberg, Luigi Pistilli, Ivan Rassimov, Franco Nebbia, Riccardo Salvino, Angela La Vorgnia.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste italien nĂ© le 19 Juillet 1938, Ă  Rome. 1970: L'AmĂ©rique Ă  nu, Arizona se dĂ©chaine. 1971: L'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. 1972: L'Alliance Invisible. Ton Vice est une chambre close dont moi seul ait la clef. 1973: Mlle cuisses longues. Polices Parallèles. Torso. 1975: Le Parfum du Diable.
1977: Mannaja, l'Homme Ă  la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes Poissons. Le Grand Alligator. 1980: Les Zizis baladeurs. 1982: Crime au cimetière  Etrusque. 1983: 2019, Après la chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg.

                                    

Après l'insolite l'Alliance Invisible, Sergio Martino renouvelle le giallo auprès d'un trio de personnages peu recommandables en prise avec les exactions d'un mystérieux tueur. Porté par un scénario constamment impondérable et bénéficiant d'un casting prestigieux (Edwige Fenech, Anita Strindberg, Luigi Pistilli), Ton Vice est une Chambre close... est un jeu de massacre incongru mis en exergue dans une perversité typiquement transalpine ! Dans un village italien, Oliviero est un alcoolique dépravé cumulant les conquêtes féminines et les humiliations imputées à sa jeune épouse Irina au bord de la crise de nerf. Bientôt, un mystérieux assassin sévit dans la région avec deux meurtres compromettant le douteux mari infidèle.



En 1972, Sergio Martino renoue une quatrième fois avec l'iconographie giallesque après nous avoir séduit cette même année avec l'Alliance Invisible, puis un an au préalable agrémenté son habile talent avec l'Etrange vice de Mme Wardh et la Queue du Scorpion. Dès le préambule, putanesque et baroque pour l'ambiance dépravée d'une demeure champêtre accueillant des convives libertins, l'intrigue insiste de suite sur l'empathie de l'épouse psychologiquement humiliée et physiquement violentée par un mari volage dénué de compassion. Après le meurtre d'une jeune libraire avec qui Oliviero eut rendez vous, les soupçons vont s'orienter sur son profil sans vergogne et déloyal. Défavorablement, un second crime, beaucoup plus compromettant sera perpétré dans sa propre demeure, portant atteinte cette fois-ci à l'esclave noire de maison. Le scénario de prime abord canonique détourne ensuite des ficelles en exploitant les deux protagonistes principaux comme des complices impromptus auprès d'un meurtre sauvagement perpétré à la faucille. Sergio Martino illustrant avec soin psychologique le quotidien débauché d'un égrillard et de sa pauvre épouse torturée, contrainte de subir ses inlassables réprimandes. L'arrivée d'une affriolante nièce lubrique déstructurera la relation masochiste du couple alors qu'un troisième meurtre sera à nouveau perpétré auprès d'une prostituée. Mais un retournement de situation aléatoire désarçonnera l'intrigue sinueuse en dévoilant aussi furtivement le véritable visage de l'assassin !



La seconde partie s'oriente ensuite vers le huis-clos d'une demeure victorienne auquel un trio pervers s'est portĂ© complice d'un cadavre croupissant derrière les murs de la cave. Sans compter l'omniprĂ©sence d'un Ă©nigmatique chat noir sauvagement blessĂ© Ă  l'oeil par l'un d'entre eux qui accomplira au terme la plus finaude des revanches. D'ailleurs, Sergio Martino se permet au passage de s'accorder une rĂ©fĂ©rence Ă  une fameuse nouvelle d'Edgar Allan Poe lors de son Ă©pilogue fatalement ironique et morbide. L'actrice transalpine Edwige Fenech (la femme la plus sexy de la planète !) dĂ©ploie une fois de plus toute la mesure de son talent charnel dans son jeu naturellement polisson d'effrontĂ©e impudente dĂ©ployant son anatomie corporelle d'une beautĂ© charnue. La sublime Anita Strindberg (le Venin de la peur, l'AntĂ©christ, Qui l'a vu mourir ?) envoĂ»te Ă©galement l'Ă©cran de son regard azur empli de dĂ©sespoir et de nĂ©vrose sous-jacente, accumulĂ©s des contraintes licencieuses auprès du mari immoral. L'excellent Luigi Pistilli (Et pour quelques dollars de plus, le Bon, la Brute et le Truand, la Baie Sanglante) lui partage la vedette avec sa trogne impassible de dangereux pervers avinĂ©.

                                     

Le Chat noir
Baignant dans la clarté d'une photo expressive et de classieux décors architecturaux, Ton Vice est une Chambre Close... est un superbe giallo inspiré d'une narration captivante par le biais d'une galerie de personnages tendancieux. L'ambiance putanesque qui émane autour de la sensualité audacieuse de femmes vénéneuses, les scènes gores efficacement troussées, son suspense intense parachevant un dénouement percutant répertorient ce giallo singulier auprès des meilleures réussites du genre.

29.08.11.
* Bruno

mardi 23 août 2011

DE L'EAU POUR LES ELEPHANTS (Water for Elephants)


de Francis Lawrence. 2011. U.S.A. 1h55. Avec Robert Pattinson, Reese Withespoon, Christoph Waltz, James Frain, Hal Holbrook, Paul Schneider, Tim Guinee, Dan Lauria, Ken Foree, Tatum Etheridge.

Sortie en salles en France le 4 Mai 2011. U.S: 22 Avril 2011.

FILMOGRAPHIE: Francis Lawrence est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 26 Mars 1970 Ă  Vienne, en Autriche. 2005: Constantine. 2007: Je suis une LĂ©gende. Eddie Dickens and the Awful End. 2011: De l'Eau pour les ElĂ©phants. 2012: Constantine 2.

                                      

Francis Lawrence m'avait particulièrement surpris avec sa nouvelle adaptation de Matheson, Je suis une Légende, campé par un étonnant Will Smith tout en sobriété. En l'occurrence, il rend cette fois un puriste hommage aux romances flamboyantes de la grande époque hollywoodienne. Quelque peu prévisible et n'échappant pas à certaines conventions du genre (happy-end rassurant à l'appui !), De l'eau pour les Éléphants réussit à séduire dans sa sincérité de livrer sans pathos un spectacle plaisant et émouvant. Un conte de fée romanesque et foisonnant auquel un trio de comédiens contemporains réussissent à transcender les clichés usuels du genre.
Dans les années 30, Jacob Jankowski, étudiant studieux pour son enseignement dans la médecine vétérinaire, vient de perdre ses parents et décide de tout quitter pour s'aventurer dans une contrée indéterminée à bord d'un train de marchandise. Il se trouve que ce convoi est emménagé par une troupe ambulante affiliée aux spectacles de cirque. Le jeune orphelin va rapidement faire la rencontre du directeur autoritaire marié à une acrobate vertueuse. Une relation amoureuse naît entre les deux jeunes amants.



Spectacle tous publics tourné à l'ancienne dans son esprit exaltant et romantique érigé autour d'un cirque, De l'Eau pour les Eléphants doit son charme et sa réussite à la personnalité intègre d'un metteur en scène réfutant la guimauve conforme à ce type de production populaire. Grâce à son talent consciencieux à narrer une histoire forte privilégiée par un épatant trio de comédiens, cette aventure humaine relate avec souffle passionnel une intrigue amoureuse sur fond de maltraitance animale. Hormis la superficialité d'un titre pompeux, le récit fait donc appel à la cruauté pour dénoncer les sévices corporels que pourraient subir certains animaux esclaves des chapiteaux de cirque. En l'occurrence, un éléphant devenu le souffre-douleur d'un directeur mégalo aussi intraitable que bestial pour s'y faire entendre et obéir. Mais l'arrivée inopinée d'un jeune vétérinaire va sérieusement perturber sa hiérarchie dictatoriale, notamment auprès de ses employés. Alors qu'au fil de la progression du récit, l'épouse de celui-ci va finalement se laisser attendrir par cet inconnu loyal et bienfaisant. Toutes les séquences émouvantes illustrant la relation empathique entre nos deux héros pour l'animal violenté ou sacrifié font preuve d'une modeste émotion car elle ne sombre jamais dans le sentimentalisme larmoyant (comme ce cheval volontairement abattu de manière succincte afin de le libérer de sa blessure létale). Il en est autant question pour l'histoire d'amour traditionnellement imposée auquel un trio d'amants va devoir s'affronter pour remporter la mise. Un affrontement psychologique davantage compromettant lorsque le mari n'est plus dupe de la relation amoureuse impartie entre son épouse et l'étranger, culminant vers un dénouement aussi déterminant qu'explosif.


Après son triomphe commercial auprès de la trilogie sirupeuse Twilight, Robert Pattinson rĂ©ussit honorablement Ă  Ă©clipser son personnage pubère d'ado immortel pour endosser un rĂ´le plus mature et tempĂ©rĂ© dans sa nouvelle dĂ©marche romanesque Ă  lutiner une femme violentĂ©e. CampĂ©e par notre radieuse Reese Withespoon, son charme tĂ©nue n'a rien Ă  envier aux Ă©gĂ©ries de la belle Ă©poque tant son jeu dĂ©pouillĂ© ne bifurque jamais dans les sentiments sirupeux. OvationnĂ© après son rĂ´le marquant d'officier nazi dans Inglorious Basterd, Christophe Waltz rĂ©ussit encore admirablement Ă  se fondre dans la peau d'un individu interlope car particulièrement sournois. Un patriarche finalement mĂ©prisable dĂ©voilant davantage son penchant vĂ©nal pour la torture animale ainsi que son irascibilitĂ© machiste Ă  vouloir coĂ»te que coĂ»te dompter sa dulcinĂ©e.


Hormis son caractère délibérément prévisible et une incohérence narrative intervenant vers un dernier quart-d'heure trop vite expédié (après avoir été violemment corrigé, Jacob réussit trop facilement à retrouver les traces de ses agresseurs embarqués à bord du train !), De l'eau pour les Eléphants séduit sans excès en provoquant une émotion déférente pour ce spectacle flamboyant. Mené avec brio et surtout formidablement interprété, cet hommage aux épopées romantiques d'antan réussit donc à emporter l'adhésion du public prioritairement sensible.

Note: le film est tiré du roman de Sara Gruen

23.08.11
Bruno Matéï

                                          

lundi 22 août 2011

RESCUE DAWN


de Werner Herzog. 2007. U.S.A. 2h06. Avec Christian Bale, Steve Zahn, Jeremy Davies, Toby Huss, Evan Jones, Galen Yuen, François Chau.

Sortie en salles U.S: 4 Juillet 2007.  France: Juin 2008: le film est sorti directement en DVD et n'a pas Ă©tĂ© doublĂ©, le distributeur français ayant conservĂ© le doublage francophone canadien.

FILMOGRAPHIE: Werner Herzog, de son vrai nom Werner Stipetic, est un rĂ©alisateur, acteur et metteur en scène d'opĂ©ra allemand, nĂ© le 5 septembre 1942 Ă  Munich, (Allemagne).
1968: Signes de vie, 1970: Les Nains aussi ont commencé petit, 1971: Fata Morgana, 1972: Aguirre, le Colèe de Dieu, 1974: L'Enigme de Kaspar Hauser, 1976: Coeur de Verre, 1977: La Ballade de Bruno, 1979: Nosferatu, fantôme de la nuit, Woyzeck, 1982: Fitzcarraldo, 1984: Le Pays où rêvent les fourmis vertes, 1987: Cobra Verde, 1991: Cerro Torre, le cri de la roche, 1992: Leçons de ténèbres, 2001: Invincible, 2005: The Wild Blue Yonder, 2006: Rescue Dawn, 2009: Bad Lieutenant.

                             

Hommage subjectif d'un puriste amateur d'évasion
Werner Herzog, réalisateur hétéroclite de renom s'est inspiré en 2006 d'un fait divers ayant eu lieu en pleine guerre du Viêt-Nam au cours duquel un pilote américain (d'origine allemande) a réussi à s'échapper de son camp de prisonniers. Inédit en salles dans notre pays hexagonal, le film est directement passé à la trappe du DTV. En 1997, le réalisateur avait déjà entrepris un documentaire sur le sujet, intitulé Little Dieter Needs to Fly.
Envoyé en mission au Laos à bord de son avion durant la guerre du Viêt-nam, le lieutenant Dieter Dengler est abattu en plein vol par l'antagoniste. Ayant survécu au moment du crash, il est fugacement kidnappé par des miliciens pour être embrigader dans un camp de prisonniers. Avec l'aide de deux américains et trois compagnons étrangers, Dieter envisage d'élaborer un plan d'évasion.
                          
Film de guerre flegmatique d'une surprenante sobriĂ©tĂ© dans son refus de livrer un survival conventionnel tributaire de traditionnelles scènes d'action vigoureuses, Rescue Dawn surprend modestement Ă  livrer une aventure humaine cauchemardesque d'une belle dimension psychologique. Après le kidnapping de l'aviateur Dieter retenu prisonnier dans un camp de miliciens, la première partie nous illustre la dure quotidiennetĂ© de son calvaire et les conditions de vie imposĂ©es parmi un petit groupe d'autres dĂ©tenus auquel il dĂ©cide de s'engager Ă  les convaincre qu'une Ă©vasion risquĂ©e est concrĂ©tisable. Werner Herzog filme le destin de cette poignĂ©e de citoyens apprĂ©hendĂ©s par l'ennemi opiniâtre dans une mise en scène personnelle, Ă  hauteur d'homme puisque dĂ©diĂ©e Ă  l'intimitĂ© de survivants en phase de dĂ©clin. D'ailleurs, les quelques scènes de torture qui interviennent au dĂ©but du rĂ©cit se rĂ©vèlent plutĂ´t suggĂ©rĂ©es, refutant une quelconque brutalitĂ© spectaculaire, habilement dĂ©tournĂ©es ici par la dimension psychologique de celui qui subi les violences physiques punitives. En prime, le rĂ©alisateur accorde beaucoup d'importance Ă  l'immensitĂ© de la nature environnante, sauvage et hostile, exacerbĂ©e par les teintes naturalistes et pastels d'une jolie photographie et auquel les animaux et insectes Ă©voluent instinctivement dans leur milieu Ă©cologique. Des images limpides d'une poĂ©sie prude que n'aurait pas reniĂ© Terrence Malick et qui accorde une forme d'originalitĂ© Ă  ce type de rĂ©cit viril potentiellement frĂ©nĂ©tique. Après les conditions de vie drastique illustrĂ©es sans complaisance envers les victimes, les prĂ©paratifs minutieux de l'Ă©vasion sont enfin dĂ©voilĂ©es par un leader loyal et enthousiaste motivĂ© par son instinct optimiste plein d'aplomb. RĂ©serves prĂ©caires de nourriture et outils façonnĂ©s de manière artisanale sont concoctĂ©s par nos rebelles, alors qu'un conflit d'autoritĂ© semble se confirmer envers deux d'entre eux. Dans ces nombreuses prises de risque compromises envers nos personnages anxieux de leur quĂŞte libertaire, un savant suspense lattent est efficacement distillĂ© au fur et Ă  mesure de la progression de leurs enjeux capitaux. 
                         
La seconde partie plus intense et décisive nous entraîne en interne de cette vaste nature auquel notre groupe de survivants va tenter de s'y extraire pour renouer avec leur autonomie rédemptrice. C'est en particulier l'imparable Dieter Dengler et son complice au bord de l'épuisement et de la folie qui vont devoir faire preuve de subterfuge et bravoure physique pour ne pas se laisser appréhender par l'ennemi invisible. Là aussi, une tempérance au niveau de l'action intrépide est privilégiée dans l'itinéraire extrême envisagé parmi ses 2 hommes au bord du marasme, sans que la tension ne vienne s'amoindrir. A contrario, on sera surpris par une séquence choc, sauvage et cruelle intervenant de manière totalement aléatoire à un des protagonistes planqué aux abords d'un village vietnamien. Quand à l'épilogue salvateur et poignant, il réserve un joli moment d'émotion largement assigné par l'excellent Christian Bale.
Un acteur livrant une fois de plus une prestance probante d'une riche intensitĂ© dans sa quĂŞte affirmĂ©e de retrouver au plus vite une libertĂ© inespĂ©rĂ©e. Un personnage hĂ©roĂŻque jamais caricatural, privilĂ©giĂ© par son profil chevronnĂ© engagĂ© dans la dignitĂ© humaine, ne cherchant jamais Ă  se montrer plus finaud ou adroit que son voisin.  inflexible, docilement autoritaire, tĂ©mĂ©raire, d'un courage et d'une loyautĂ© pleine d'humilitĂ©, l'acteur renouvelle son talent innĂ© Ă  s'approprier d'un nouveau rĂ´le majeur. Ce qui va aussi daigner d'enrichir la narration Ă  gagner en vĂ©racitĂ© et acuitĂ© Ă©motionnelle.
                             
Leçon de courage et de survie, Rescue Dawn est un captivant survival sortant des sentiers battus pour contourner habilement les conventions habituelles du genre avec retenue et discrĂ©tion. Le soin apportĂ© Ă  la mise en scène octroyĂ©e Ă  ces personnages d'une belle profondeur humaine, la beautĂ© dantesque des dĂ©cors grandioses dans lequel ils Ă©voluent et la densitĂ© de leur rĂ©cit âpre et dĂ©sespĂ©rĂ© acheminent Ă  un très beau tĂ©moignage hĂ©roĂŻque injustement passĂ© inaperçu.
22.08.11. 
Bruno Matéï. 
                                        

samedi 20 août 2011

Suspiria / Soupirs !

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google appartenant au site: http://www.listal.com/viewimage/1466818h

de Dario Argento. 1977. Italie. 1h39. Avec Jessica Harper, Stefania Casini, Flavio Bucci, Miguel Bosé, Barbara Magnolfi, Susanna Javicoli, Eva Axen, Rudolf Schundler, Udo Kier, Alida Valli, Joan Bennett.

Sortie en salles en France le 18 Mai 1977. U.S: 12 Aout 1977.

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un réalisateur et scénariste italien né le 7 septembre 1940, à Rome (Italie). 1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat à 9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours à Milan, 1975, Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: Ténèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux Maléfiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'Opéra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (épis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (épis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.

                                   

« La magie est une chose Ă  laquelle on croit, oĂą et quand que ce soit, et qui que l’on soit. »
Deux ans après son chef-d’Ĺ“uvre giallesque Les Frissons de l’Angoisse, Dario Argento fait coup double avec Suspiria, clef de voĂ»te du fantastique moderne, exploitant l’univers de la sorcellerie comme nul autre cinĂ©aste avant lui. Spectacle hallucinĂ© de sons et de lumières, cet opĂ©ra de mort nous emporte dans un maelström d’Ă©motions, Ă  la merci d’un auteur transi de crĂ©ativitĂ© — un gĂ©nie illuminĂ©, transcendĂ© par l’alchimie d’une camĂ©ra expĂ©rimentale. Ou comment rĂ©inventer l’effroi Ă  travers l’existence des sorcières, personnifiĂ©es par la mère des soupirs : Helena Markos.

Synopsis : Susie Benner, jeune ballerine amĂ©ricaine, dĂ©barque Ă  Fribourg par une nuit pluvieuse. Après un trajet en taxi, elle se heurte Ă  l’entrĂ©e close de son acadĂ©mie de danse. Une jeune fille effarĂ©e fuit les lieux. BientĂ´t, celle-ci sera sauvagement assassinĂ©e. Peu Ă  peu, Susie comprend que l’Ă©cole dissimule d’inquiĂ©tants secrets — alors que d’autres meurtres glaçants s’y succèdent.

                                        
Suspiria dĂ©bute par un prologue suffocant. Sous une pluie diluvienne, Susie appelle un taxi. Ă€ bord, conduite par un chauffeur Ă©trange, son trajet nocturne baigne dans une aura anxiogène : ses yeux troublĂ©s semblent happĂ©s par l’opacitĂ© agressive de la pluie battante. L’angoisse monte, jusqu’Ă  la vision irrĂ©elle d’une silhouette fĂ©minine fuyant Ă  travers les bois. C’est une apprentie, rĂ©cemment renvoyĂ©e de l’Ă©cole. Quelques instants auparavant, Susie avait tentĂ© de comprendre ses paroles paniquĂ©es Ă  l’interphone. Dario Argento, maĂ®tre de ses ambitions formelles, installe dĂ©jĂ  une atmosphère envoĂ»tante, fascinante, magnĂ©tique. La partition entĂŞtante des Goblin — comptine morbide aux chĹ“urs hurlants — accompagne un florilège d’images fantasmagoriques, jusqu’Ă  l’apothĂ©ose du double homicide. CruautĂ© hallucinĂ©e, pluie de coups de couteau, et ce gros plan incongru d’un cĹ“ur battant transpercĂ© par une lame… Ces vingt premières minutes sont une Ă©preuve sensorielle sans Ă©quivalent : une transe horrifique d’une virtuositĂ© absolue. La camĂ©ra, vĂ©loce et sagace, multiplie les angles improbables, orchestrant un concerto funèbre oĂą les hurlements s’accordent Ă  la frĂ©nĂ©sie d’un conte de fĂ©e dĂ©saxĂ©.

                                            

Le rĂ©cit suit alors Susie, guidĂ©e Ă  travers l’antre d’un mystère latent, au cĹ“ur d’une acadĂ©mie de danse. Établissement d’une beautĂ© baroque irrĂ©elle, oĂą chaque recoin se pare de dĂ©cors picturaux flamboyants, saturĂ©s de teintes criardes. La camĂ©ra transcende le moindre dĂ©tail, Ă©rige chaque plan en fresque dĂ©sincarnĂ©e. Entre les loges des danseuses et les pièces secrètes environnantes, s’Ă©tend un labyrinthe Ă©sotĂ©rique dominĂ© par une force occulte. La hiĂ©rarchie, rĂ©gie par des femmes d’autoritĂ©, semble complice de secrets impies. La perte de repères s’intensifie Ă  mesure que la mort frappe : un aveugle dĂ©vorĂ© par son chien dans un palais dĂ©sert, une ballerine curieuse prise au piège dans des filets mĂ©talliques. Argento, alchimiste cruel, nous hypnotise la vue et l’ouĂŻe. L’horreur surgit sans prĂ©venir, sublimĂ©e par des zooms intrusifs venant ausculter la chair entaillĂ©e. Cette alliance de gore outrancier et de grâce visuelle, filmĂ©e avec une sensibilitĂ© presque tactile, nous fascine avec une angoisse indicible.

Quand le nom d’Helena Markos rĂ©sonne enfin, Ă©voquĂ© par un psychiatre Ă©rudit, plus aucun doute ne subsiste : le monde des sorcières existe. Et Argento, loin de se contenter d’effrayer, cherche Ă  rationaliser l’absurde, Ă  inscrire le surnaturel dans un dessein tyrannique : faire souffrir pour mieux dominer. Les sorcières ne peuvent atteindre la divinitĂ© qu’en infligeant la douleur, la maladie, la mort. Leur doctrine impie conduit Ă  l’enfer, par la magie et la souffrance. Le secret que Susie finit par percer devient une Ă©preuve initiatique. Sa quĂŞte de vĂ©ritĂ©, nourrie de courage, la propulse dans les tĂ©nèbres — jusqu’Ă  l’apothĂ©ose, entre feu, hurlements et rĂ©vĂ©lation.

"La Danse des Sorcières".
Conte de fĂ©es pour adultes oĂą Blanche-Neige se serait Ă©garĂ©e au Pays des Merveilles, Suspiria est une expĂ©rience ultime : celle de la peur de l’inconnu sublimĂ©e par la beautĂ© d’une horreur Ă©rotique. Argento, hantĂ© par ses obsessions occultes, compose ici l’opĂ©ra anxiogène le plus Ă©tincelant : fusion d’Ă©lĂ©gance Ă©thĂ©rĂ©e et de terreur viscĂ©rale. IlluminĂ© par la douceur spectrale de Jessica Harper — aussi engourdie par cet univers onirique qu’assommĂ©e par le concerto infernal des Goblin —, Suspiria s’Ă©rige en ballet cabalistique. La danse de sorcières la plus envoĂ»tante de l’histoire du cinĂ©ma.
Rien que ça.

*Bruno 

Dédicace à Jessica Harper et Bruno Matéï (qui ne s'en est jamais remis)

19.08.11. 6

vendredi 19 août 2011

Le 7è Voyage de Sinbad / The 7th Voyage of Sinbad

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Nathan Juran. 1958. U.S.A. 1h28. Avec Kerwin Mathews, Kathryn Grant, Richard Eyer, Torin Thatcher, Alec Mango, Danny Green, Harold Kesket, Alfred Brown, Nana DeHerrera, Nino Falanga, Luis Guedes.

Sortie salles U.S: 23 DĂ©cembre 1958.  Allemagne de l'Ouest: 5 DĂ©cembre 1958.

FILMOGRAPHIE: Natha Juran est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et directeur artistique amĂ©ricain, nĂ© le 1er Septembre 1907 Ă  Bucovine (Roumanie), dĂ©cĂ©dĂ© de mort naturelle le 23 Octobre 2002 Ă  Paolos Verdes Estates (Etats-Unis). 1953: La LĂ©gande de l'EpĂ©e Magique. 1957: La Chose surgie des TĂ©nèbres. A des Millions de kms de la Terre. Le Cerveau de la Planère Arous. 1958: L'Attaque de la Femme Ă  50 Pieds. La 7è Voyage de Sinbad. 1962: Jack, le Tueur de GĂ©ants. 1964: Les premiers Hommes dans la lune.
1966: The Deadly Mantis. 1967: Billy the Kid. Les Trompettes de JĂ©richo. Les Aventuriers de l'Espace.
1969: Land Raiders. 1973: The Boy who Cried Werewolf.

                                     

Il était une fois un enfant qui modelait des monstres dans le garage de ses parents pour se raconter des histoires fabuleuses et effrayantes... Quelques décennies plus tard, il deviendra le poète inné des effets-spéciaux, créateur d'une oeuvre enchanteresse au service du cinéma... Ray Harryhausen.

La mĂŞme annĂ©e que l'Attaque de la Femme Ă  50 pieds, Nathan Juran entreprend avec Le 7è Voyage de Sinbad l'une des plus notoires aventures des 1001 nuits parmi le personnage iconique du capitaine tueur de monstre. Produit pour un million de dollars, le film en engendre 6 pour devenir le succès surprise de l'annĂ©e. Il permet alors de lancer une franchise lors d'une sĂ©rie de films mettant en vedette le cĂ©lèbre marin mais surtout les crĂ©atures façonnĂ©es par un maĂ®tre des effets-spĂ©ciaux, Ray Harryhausen. En prime, il s'agit du premier film colorisĂ© auquel l'Ă©gĂ©rie du stop motion (ou plus prĂ©cisĂ©ment le procĂ©dĂ© du Dynamation) participa Ă  l'Ă©laboration des trucages confectionnĂ©s durant près d'un an.

                                 

Le pitch: Sinbad le Marin rassemble un groupe de 25 dangereux prisonniers pour voyager dans le Sud de l'île de Colossa. Le but de cet expédition est de retrouver une écaille de volatile pour rendre la taille normale de sa dulcinée miniaturisée par un mage. A travers leur parcours semé d'embûches, ils vont établir la rencontre d'un bestiaire de monstres improbables !

Classique notoire, Le 7è voyage de Sinbad s'avère l'un des spectacles les plus populaires et appréciés des aventures du marin de par son efficacité pour l'enchaînement successif de séquences toutes plus spectaculaires et féeriques les unes que les autres. Sans jamais verser dans la surenchère cette aventure endiablée est menée sur un rythme trépidant ne laissant que peu de répit aux protagonistes. Le scénario structuré et la mise en scène au service des personnages étant agencés pour nous faire rêver 1h30 durant. Un concentré de pure fantaisie et de merveilleux déployés pour nos héros alpagués par une horde de monstres délirants. Tant auprès des cyclopes à sabot, du squelette décharné revenu à la vie, du volatile à deux têtes, du dragon vert enchaîné ou encore de cette femme serpent brièvement métamorphosée pour le tour d'un spectacle de magie dirigé par un oracle ! D'autres personnages fantastiques plus dociles sont également de la partie pour nous attendrir et séduire, telle l'idylle de Sinbad, malencontreusement miniaturisée par les pouvoirs occultes le magicien Sokurah, ou encore le génie infantile confiné dans une lampe. L'attraction du film est évidemment due en majeure partie à ces séquences oniriques calibrées par le maître des effets-spéciaux, Ray Harryhausen. Chaque séquence traitant une créature insolite en stop motion s'insérant facilement avec les prises de vue réelles auquel nos personnages évoluent, si bien que l'on a cette troublante impression de les voir réellement affronter ces monstres en pâte à modeler ! Les décors kitchs saturés de couleur criarde et la complicité enthousiaste des comédiens participant également au charme naïf de ce fabuleux voyage aussi enchanteur que dépaysant. Quand bien même la musique épique du grand Bernard Herrman influe une formidable vigueur lors de ces péripéties hallucinées.

                                

Alors que nos blockbusters actuels dotĂ©s de budgets faramineux se rabattent trop souvent sur des effets-spĂ©ciaux numĂ©riques pour tenter de nous bluffer Ă  renfort d'action pĂ©taradante, le 7è voyage de Sinbad transcende son Ă©conomie de moyens de par l'amour d'un travail artisanal et de cette sincĂ©ritĂ© de nous enchanter comme au prĂ©mices de notre naĂŻve enfance. L'association du gĂ©nie des FX et d'un cinĂ©aste sans prĂ©tention contribuant Ă  immortaliser ce voyage poĂ©tique au pays des mythologies sĂ©culaires.

"L'animation doit être un langage, un art, c'est à dire la création de quelque chose sortant du néant, une projection pendant une heure et demie d'une pseudo réalité des plus bizarres extensions de l'imagination à l'injection d'une vie illusoire dans ce qui est basiquement inanimé." Ray Harryhausen.

*Bruno
25.08.2011
30.09.24. 3èx. Vostfr

                               

jeudi 18 août 2011

La Nuit des Morts-Vivants de Tom Savini / The Night of the Living-Dead (1990).


de Tom Savini. 1990. U.S.A. 1h29. Avec Tony Todd, Patricia Tallman, Tom Towles, Mc Kee Anderson, William Butler, Katue Finneran, Bill Mosley.

Sortie en salles U.S.A: 19 Octobre 1990.

FILMOGRAPHIE: Tom Savini est un acteur, réalisateur, maquilleur et ateur d'effets-spéciaux américain, né le 3 Novembre 1946 à Pittsburgh (Pennsylvanie).
1990: La Nuit des Morts-Vivants (Remake). Maquilleur: 1974: Deranged. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1980: Vendredi 13. Maniac. 1981: Carnage. Rosemary's Killer. 1984: Vendredi 13 IV. 1986: Le Jour des Morts-Vivants. Massacre Ă  la Tronçonneuse 2. 1988: Incidents de Parcours. 1993: Trauma. 2004: Family Portraits.

 
"Les vivants ne sont plus ce qu’ils Ă©taient". 
22 ans après le chef-d'Ĺ“uvre de George A. Romero, La Nuit des Morts-Vivants fait l’objet d’un remake, Ă  la demande du maĂ®tre lui-mĂŞme, dĂ©pitĂ© — comme toute son Ă©quipe technique — de n’avoir pu ĂŞtre rĂ©munĂ©rĂ©, suite Ă  une erreur juridique autour des droits d’auteur. Ă€ l’origine du film fondateur, le maquilleur Tom Savini devait assurer les effets spĂ©ciaux, mais son enrĂ´lement prĂ©cipitĂ© au ViĂŞt Nam comme photographe de guerre le contraignit Ă  abandonner le projet. En 1990, Romero — cette fois producteur et dĂ©sireux de rĂ©cupĂ©rer les bĂ©nĂ©fices qui lui furent jadis dĂ©robĂ©s — rĂ©unit l’Ă©quipe initiale et confie la mise en scène Ă  son fidèle complice : Tom Savini.

Le pitch : un frère et une sĹ“ur se rendent sur la tombe de leur mère lorsqu’un inconnu moribond agresse soudainement la jeune femme. Dans la lutte, le frère chute et meurt brutalement. Barbara, terrorisĂ©e, s’Ă©chappe in extremis et trouve refuge dans une maison isolĂ©e, près du cimetière. LĂ , elle rencontre un Afro-AmĂ©ricain dĂ©terminĂ© Ă  survivre face Ă  ces ĂŞtres hagards, apathiques… revenus d’entre les morts, sans explication.

On pouvait lĂ©gitimement ĂŞtre rĂ©fractaire Ă  l’idĂ©e d’un remake de l’un des films les plus terrifiants jamais tournĂ©s. Pourtant, scĂ©narisĂ© et produit par Romero, rĂ©alisĂ© par un Tom Savini novice derrière la camĂ©ra, La Nuit des Morts-Vivants version 1990 s’avère une rĂ©surrection inespĂ©rĂ©e. Dès le prologue — ponctuĂ© de la rĂ©plique culte ("Ils vont venir te chercher, Barbara !") — Savini prend ses distances avec l’original en injectant de nouveaux Ă©lĂ©ments narratifs imprĂ©vus. L’ambiance funèbre, renforcĂ©e par le rĂ©alisme clinique des zombies dĂ©charnĂ©s, cloue le spectateur, emportĂ© par la brutalitĂ© sèche des agressions (la mort accidentelle de Johnny, notamment, percute avec une force viscĂ©rale). Et quelle idĂ©e brillante que de tourner cette scène-clef en plein jour — contre toute attente — dans la lumière crue d’un cimetière, quand Savini envisageait initialement un orage diluvien.

La fuite paniquĂ©e de Barbara Ă  travers les champs ouvre sur une terreur qui ne faiblit pas, ponctuĂ©e de rencontres avec d'autres morts-vivants errant autour d’une maison champĂŞtre transformĂ©e en piège. Les scènes d’horreur sont d’une prĂ©cision clinique, sublimĂ©es par l’apparence fĂ©tide de zombies plus vrais que nature. Il se murmure que Romero, bluffĂ©, aurait mĂŞme ressenti un soupçon de jalousie devant la qualitĂ© graphique des crĂ©atures. Un rĂ©alisme effroyable, fruit du travail acharnĂ© de John Vulich et Everett Burrell, qui passèrent des mois Ă  compulser des ouvrages de mĂ©decine lĂ©gale pour coller au plus près Ă  la rĂ©alitĂ© : non, les cadavres ne sont pas gris, mais parcheminĂ©s.

 
Après l’installation de nos deux protagonistes, le film dĂ©veloppe avec finesse la galerie de personnages secondaires rĂ©fugiĂ©s dans la cave. Avec une intelligence rare, Savini parvient Ă  rĂ©inventer un mythe usĂ©. Son alchimie fonctionne grâce Ă  une mise en scène appliquĂ©e, des zombies saisissants, des comĂ©diens habitĂ©s par des tensions antagonistes, et une atmosphère de fin du monde oppressante. Il inverse subtilement les archĂ©types : Barbara, autrefois frĂŞle et apeurĂ©e, devient ici une survivante pugnace. Le huis clos, somptueusement photographiĂ©, rĂ©active la complexitĂ© humaine — entre lâchetĂ©, Ă©goĂŻsme et peur. Lors de confrontations explosives, Savini ausculte notre orgueil, notre mĂ©fiance instinctive envers l’Autre, dans une AmĂ©rique rongĂ©e par ses propres dĂ©mons.


"Cadavres exquis : anatomie d’un remake possĂ©dĂ©".
Sans jamais sombrer dans le gore festif ou outrancier, La Nuit des Morts-Vivants version Savini frappe fort. BaignĂ© d’un esthĂ©tisme limpide, presque bucolique — contraste cruel avec la beautĂ© morbide de son apocalypse rampante — ce joyau rugueux mĂ©rite une rĂ©habilitation d’urgence. Immersif jusqu’Ă  l’Ă©touffement, il fouille les entrailles de notre bassesse, juge nos aĂŻeux dĂ©chus et dresse un requiem pour les damnĂ©s. Quant aux zombies, Savini signe lĂ  l’un des plus beaux travestissements cadavĂ©riques du cinĂ©ma : jamais la putrĂ©faction n’aura eu autant d’âme (avec bien entendu l'inĂ©galĂ© chef-d'oeuvre de Romero).

*Bruno
18.08.11. 4èx

                                        

lundi 15 août 2011

Alien, la Résurrection / Alien: resurrection


de Jean Pierre Jeunet. 1997. U.S.A/Angleterre. 1h44. Avec Signourney Weaver, Winona Ryder, Dominique Pinon, Ron Perlman, Gary Dourdan, Michael Wincott, Kim Flowers, Dan Hedaya, J.E. Freeman, Brad Dourif, Raymond Cruz.
Sortie en salles en France le 12 Novembre 1997. U.S.A: 26 Novembre 1997.

FILMOGRAPHIE: Jean Pierre Jeunet est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français nĂ© le 3 Septembre 1953 Ă  Roanne, Loire.
1978: l'Evasion (court), 1980: Le Manège (animation de marionnettes), 1981: Le Bunker de la dernière rafalle (court 26 mns coréalisé avec Marc Caro), 1984: Pas de repos pour Billy Brakko (court), 1989: Foutaises, 1991: Delicatessen (coréalisé avec Marc Caro), 1995: La Cité des Enfants perdues (coréalisé avec Marc Caro), 1997: Alien, la Résurrection, 2001: Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain, 2004: Un Long Dimanche de Fiançailles, 2009: Micmacs à Tire-larigot.

                                    

Cinq ans après le troisième opus, christique et fiĂ©vreux sous la patte de David Fincher, c’est au tour d’un cinĂ©aste français d’imposer son empreinte Ă  l’univers ombrageux d’Alien. Deux cents ans après la mort de Ripley, des gĂ©nĂ©ticiens sans scrupules l’ont clonĂ©e, croisant son ADN avec celui de l’alien qu’elle portait. Subitement revenue Ă  la vie, Ripley les avertit : les monstres issus de leurs manipulations sont une menace lĂ©tale impossible Ă  contenir. Avec l’arrivĂ©e imprĂ©vue d’un groupe de mercenaires, le chaos redouble : un alien s’Ă©chappe du laboratoire et contamine tout.


Dès le gĂ©nĂ©rique, mosaĂŻque diaphane d’images macabro-charnelles, Jean-Pierre Jeunet imprime sa marque organique Ă  ce nouvel opus, centrĂ© sur la singularitĂ© trouble de Ripley. RessuscitĂ©e malgrĂ© elle, son psychĂ© et sa chair corrompues par l’ADN alien, elle devient une hybride : force surhumaine, insensible Ă  la douleur, viscĂ©ralement hantĂ©e par l’emprise d’une forme extra-terrestre perfide. Dans cette traque haletante, aux cĂ´tĂ©s de mercenaires claquemurĂ©s dans l’entraille du vaisseau, Ripley oscille : attirance maternelle pour ces monstres mutants, et fiertĂ© farouche de protĂ©ger encore l’espèce humaine. Ce quatrième volet puise son originalitĂ© dans ce profil interlope : symbiose impure que Jeunet transfigure en sĂ©quences baroques d’une beautĂ© funèbre, comme ce moment oĂą Ripley, souveraine et soumise, se laisse enlacer par les aliens - une Ă©treinte organique, Ă  la sensualitĂ© fascinante, que Cronenberg n’aurait pas reniĂ©e.

Entre sĂ©quences d’action superbement millimĂ©trĂ©es (la poursuite aquatique oppressante !) et rebondissements perfides infligĂ©s Ă  des personnages retors, Jeunet s’en remet Ă  l’efficacitĂ© d’un rĂ©cit sans temps mort. Il insuffle une poĂ©sie vĂ©nĂ©neuse Ă  son univers glauque : laboratoire grouillant de monstres difformes dignes du Dr Frankenstein, accouchement terminal d’un alien mi-homme mi-bĂŞte… L’horreur culmine quand Ripley dĂ©couvre son double, clone monstrueux, agonie de chair en lambeaux se recomposant dans un râle de souffrance. Nouvelle posture, nouvelle coupe : Sigourney Weaver porte ce film sur ses Ă©paules, transcendĂ©e par une ambiguĂŻtĂ© qu’elle n’avait jamais effleurĂ©e. HabitĂ©e par ce rĂ´le de clone asservi, elle provoque une empathie inattendue jusqu’Ă  son apogĂ©e.

Face à elle, la grâce nerveuse de Winona Ryder étonne : humaine et artificielle à la fois, en écho troublant à la versatilité de Ripley. Dominique Pinon insuffle une gouaille pittoresque, Ron Perlman campe un guerrier rugueux et Brad Dourif, inquiétant, incarne un savant possédé par son rêve délirant de dompter ces bêtes indomptables.

                            

Une rĂ©surrection organique ! 
Superbement photographiĂ© dans des dĂ©cors rubigineux autres, Jeunet rĂ©ussit le pari risquĂ© d’honorer une saga mythique. Moins substantiel que ses aĂ®nĂ©s, ce quatrième volet emporte pourtant l’adhĂ©sion par son rythme Ă©chevelĂ© et son atmosphère trouble. Mais c’est surtout ce portrait de Ripley - nouvelle matriarche bâtarde, Ă  la lisière du Mal - qui Ă©lectrise la fascination et couronne ce requiem charnel.

Dédicace à Luke Mars.
15.08.11
Bruno Matéï. 4

Les critiques des autres opus:
Alien, le Huitième Passager: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/04/alien-le-huitieme-passager.html
Aliens, le retour: http://brunomatei.blogspot.fr/…/aliens-le-retour-aliens.html
Alien 3: http://brunomatei.blogspot.com/2011/09/alien-3.html
Note: Cet opus reçut un excellent accueil critique et public en Europe mais les rĂ©actions furent plus mitigĂ©es outre-Atlantique, notamment en ce qui concerne l’apparence de l’alien mi-humain.
Une des scènes les plus marquantes du film reste le passage filmĂ© sous l’eau avec deux aliens qui nagent agilement vers un groupe de passagers tentant de quitter le vaisseau en passant par les cuisines inondĂ©es. Cette scène a Ă©tĂ© une des plus compliquĂ©es Ă  tourner du fait que l’actrice Winona Ryder est ablutophobe (elle qualifie cette expĂ©rience de tournage comme « la pire de sa vie ») et qu’un grand nombre de prises a dĂ» ĂŞtre rĂ©alisĂ©. La prĂ©paration et le tournage ont demandĂ© plus d’un mois de temps et cette sĂ©quence a Ă©tĂ© la première Ă  ĂŞtre rĂ©alisĂ©e pour le film, comme on le dĂ©couvre dans le making-off de la sĂ©quence, sur les bonus du DVD « Ă‰dition Prestige ».

Les effets spĂ©ciaux de cet Ă©pisode furent rĂ©alisĂ©s en majeure partie par une Ă©quipe française : la compagnie de Pitof, Dubois.