mercredi 26 juin 2013

Looker

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Michael Crichton. 1981. U.S.A. 1h33. Avec Albert Finney, James Coburn, Susan Dey, Leigh Taylor-Young, Dorian Harewood, Terri Welles, Kathryn Witt, Ashley Cox.

Sortie salles France: 6 Juin 1984

FILMOGRAPHIE (source Wikipedia): Michael Crichton est un écrivain, scénariste, producteur et réalisateur américain, né le 23 Octobre 1942, décédé le 4 Novembre 2008 à Los Angeles.
1972: Pursuit (tĂ©lĂ©-film inĂ©dit en France). 1973: Mondwest. 1978: Morts Suspectes. 1979: La Grande Attaque du Train d'or. 1981: Looker. 1984: Runaway, l'Ă©vadĂ© du futur. 1989: Preuve Ă  l'appui (Physical Evidence).


"Publicité pour un monde sans âme".
Thriller d’anticipation prĂ©occupĂ© par les dĂ©rives technologiques, Looker prĂ©figurait dĂ©jĂ  l’ère de la rĂ©alitĂ© virtuelle et les dangers insidieux de l’audiovisuel. En l’occurrence, le pouvoir de la publicitĂ© et sa tentative, toujours plus pernicieuse, d’« hypnotiser » le spectateur Ă  l’aide d’un procĂ©dĂ© rĂ©volutionnaire destinĂ© Ă  mieux l’asservir Ă  une politique totalitaire. Le “looker”, pulsation optique gĂ©nĂ©rĂ©e par ordinateur et synchronisĂ©e au rythme cortical, induit un Ă©tat de transe auto-hypnotique, suggestive. Pour leurs projets publicitaires, les scientifiques de la Reston Industries exploitent cette animation pour intĂ©grer des pulsions lumineuses narcotiques dans les pupilles des acteurs, utilisĂ©s comme des lasers. Ă€ partir d’un pitch bâti sur les meurtres inquiĂ©tants de top models, Michael Crichton orchestre un mĂ©lange explosif de thriller high-tech, d’Ă©rotisme chic et d’anticipation alarmiste avec une redoutable efficacitĂ©. Fort de thèmes avant-gardistes et fascinants — rĂ©alitĂ© numĂ©risĂ©e, pouvoir de l’image, aliĂ©nation mĂ©diatique — le cinĂ©aste alerte, avec un sens affĂ»tĂ© du spectacle, sur les dangers d’un simulacre technologique. Ă€ l’image du “looker”, ce pistolet qui Ă©met des Ă©clairs de lumière pour crĂ©er l’illusion d’invisibilitĂ© chez l’agresseur, dès lors que la victime en devient la cible.

Ă€ la manière d’un flash incandescent, le projectile plonge le regard dans un Ă©tat de transe, faisant vaciller la notion de temps. Cette arme de gros calibre donne lieu Ă  des sĂ©quences d’action percutantes, parfois teintĂ©es de cocasserie — comme cette course-poursuite en voiture, oĂą le chirurgien s’Ă©chappe, pour finir projetĂ© au cĹ“ur d’une fontaine — ou d’humour noir, lorsque les règlements de compte sanglants Ă©clatent sur un plateau virtuel, oĂą les cadavres se mĂŞlent aux acteurs de synthèse. Ă€ travers ce cocktail original d’action et de science-fiction, Looker nous alerte sur notre rapport addictif, presque inconscient, aux mĂ©faits pervers de la tĂ©lĂ©vision. Cette publicitĂ© omniprĂ©sente, au volume brutalement surĂ©levĂ©, nous hurle le devoir de consommer. Le directeur de Reston Industries le dira sans dĂ©tour : l’AmĂ©ricain moyen passe plus d’un an et demi de sa vie Ă  regarder des publicitĂ©s — cinquante minutes chaque jour Ă  observer de la rĂ©clame. « VoilĂ  le pouvoir ! », s’exclame-t-il.

En prime, avec le dĂ©filĂ© sensuel de mannequins standardisĂ©s, Crichton aborde la chirurgie esthĂ©tique, et anticipe cette mode aujourd’hui tristement banalisĂ©e que la sociĂ©tĂ© s’efforce d’ancrer dans les mĹ“urs : influencer la jeunesse avide de cĂ©lĂ©britĂ© Ă  concourir pour une beautĂ© sophistiquĂ©e, taillĂ©e au scalpel. Tous ces thèmes sont traitĂ©s avec l’intelligence d’un scĂ©nario retors, Ă©maillĂ© d’ironie, et Ă©veillent en nous une inquiĂ©tude fascinante face Ă  l’avenir des mĂ©dias, obsĂ©dĂ©s par le pouvoir, l’audimat et les nouvelles technologies virtuelles.


"Hypnose cathodique".
Ludique et captivant, pessimiste et troublant, Looker n’a rien perdu de sa force ni de son pouvoir d’attraction. Par son obsession de l’image et la prolifĂ©ration des Ă©crans, il garde intacte sa portĂ©e critique. Et, au rythme d’une partition Ă©lectronique stylisĂ©e, il continue — non sans dĂ©rision — de nous charmer au sein d’un dĂ©filĂ© de mannequins immaculĂ©s. Une Ĺ“uvre majeure des annĂ©es 80, Ă  trĂ´ner aux cĂ´tĂ©s de son complice visionnaire : VidĂ©odrome.

*Bruno
02.09.24. 5èx. Vostfr
26.06.13. 4èx

mardi 25 juin 2013

La Guerre des Gangs (Luca il contrabbandiere / Contraband)

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinedweller.com

de Lucio Fulci. 1980. Italie. 1h36. Avec Fabio Testi, Ivana Monti, Enrico Maisto, Marcel Bozzuffi, Saverio Marconi, Ferdinando Murolo, Tommaso Palladino.

Sortie salles Italie: 8 Août 1980

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur italien, nĂ© le 17 juin 1927 Ă  Rome oĂą il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 :L'EmmurĂ©e vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delĂ , 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio,1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.


C'est un an après l'Enfer des Zombies que Lucio Fulci se lance dans le poliziesco, polar ultra-violent particulièrement prisĂ© durant les annĂ©es 70. InspirĂ© par l’imagerie gore abondamment explicite qui fit en partie la renommĂ©e de son Ĺ“uvre charnière, le maĂ®tre du macabre transforme son polar italien en sommet d’ultraviolence aux accents horrifiques. Torture au chalumeau sur le visage d'une passeuse de drogue, supplice au tournevis sur la poitrine d'un contrebandier, viol collectif sur une otage, moult gunfights canardant la chair d'autres victimes (tandis que certaines se verront littĂ©ralement Ă©clater la boĂ®te crânienne ou les intestins sous l’impact des balles). La Guerre des gangs, c’est du sĂ©vère, ça ne fait pas de quartier : un polar hardgore carburant aux règlements de compte crapoteux sur fond de contrebande et de trafic de drogue.

Luca, contrebandier de cigarettes, vient de perdre son frère lors d’un guet-apens. Fou de colère, il dĂ©cide de mener son enquĂŞte afin de retrouver le responsable. Après avoir Ă©tĂ© bernĂ© par la fausse piste d’un illustre rival, ses recherches l’amènent Ă  identifier un nouvel ennemi surnommĂ© "le Marseillais". Ce chef est bien dĂ©cidĂ© Ă  dĂ©truire le marchĂ© de Luca afin d’Ă©tendre son juteux trafic de drogue et imposer sa dictature sur Naples.

Comme souvent, Lucio Fulci ne s’embarrasse pas de subtilitĂ©s scĂ©naristiques pour Ă©laborer son polar soigneusement mis en scène. Grâce Ă  l’efficacitĂ© d’une rĂ©alisation nerveuse et d’un montage retors (notamment dans l’habiletĂ© Ă  alterner les plans pour intensifier l’attente d’une torture imminente), le rĂ©alisateur parvient Ă  maintenir l’intĂ©rĂŞt et Ă  fasciner dans ce conflit de rivalitĂ© entre clans mafieux. PortĂ© par son dĂ©sir de vengeance, La Guerre des gangs suit la trajectoire pĂ©rilleuse de ce bandit intègre, partagĂ© entre la protection de sa famille et la gestion de son empire clandestin. Or, avec l’arrivĂ©e d’un baron de la drogue, notre trafiquant devra faire face Ă  une autoritĂ© drastique et refuser de se laisser intimider par l’expansion tentaculaire de ce nouveau marchĂ©.


En dĂ©pit du charisme viril de ces illustres comĂ©diens transalpins (Fabio Testi et Marcel Bozzuffi se tiennent tĂŞte avec une classe et une pugnacitĂ© impassibles), ce chassĂ©-croisĂ© fertile en action belliqueuse et violence acerbe provoque une vĂ©ritable intensitĂ© au grĂ© d’une structure narrative solidement contĂ©e. Par ailleurs, en de brèves occasions, on peut souligner le caractère documentaire confĂ©rĂ© Ă  cette Ĺ“uvre politique. Si bien que Fulci met en exergue la condition difficile des ghettos de Naples, oĂą chacun des habitants, livrĂ©s Ă  une vie marginale, se voit contraint de tolĂ©rer l’illĂ©galitĂ© commerciale. En l’occurrence, le marchĂ© parallèle de la cigarette, dont une descente de police viendra brutalement perturber la mĂ©canique pour apprĂ©hender une population entière.

Avec une provocation assumĂ©e et un parti-pris jusqu’au-boutiste, Fulci apporte un cachet subversif Ă  l’atmosphère diaphane de ce polar Ă  la photographie superbement blafarde. Cette violence sanguine rĂ©ussit Ă  provoquer un impact spectaculaire et une intensitĂ© horrifique rarement atteints dans un film policier. Ce dĂ©sir d’exploser les barrières de la biensĂ©ance transforme cette Ĺ“uvre de commande en vĂ©ritable ovni frĂ©nĂ©tique oĂą la moralitĂ© n’a plus lieu d’ĂŞtre, pendant que les gangs s’entretuent et que les forces de l’ordre observent, impuissantes, la dĂ©gĂ©nĂ©rescence de leur ville avec une ironie caustique.


Ă‚pre, tendu, spectaculaire et crapoteux, La Guerre des gangs confirme une nouvelle fois que notre artisan du Bis Ă©tait capable d’Ĺ“uvrer dans tous les genres, tout en y insufflant sa touche personnelle de sadisme et de perversitĂ©. Quelques dĂ©cennies après sa sortie, il demeure un solide polar franc-tireur, aussi foudroyant et malsain qu’irrĂ©sistiblement fascinant. C’est sans doute l’un de ses coups d’Ă©clat les plus aboutis, oĂą la violence organique de son univers se conjugue enfin Ă  une direction d’acteurs d’une Ă©tonnante maĂ®trise.

Un grand merci Ă  la boite Ă©ditrice The Ecstasy of Films. http://the-ecstasy-of-films.com/
25.06.13. 2èx
Bruno Matéï




lundi 24 juin 2013

LES AVENTURES FANTASTIQUES DU BARON MUNCHHAUSEN (MĂĽnchhausen)

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviecovers.com

de Josef von Baky. 1943. Allemagne. 1h50. Avec Hans Albers, Ilse Werner, Wilhelm Bendow, Brigitte Horney, Michael Bohnen, Ferdinand Marian.

FILMOGRAPHIE SELECTIVEJosef von Baky est un rĂ©alisateur allemand d'origine austro-hongroise, nĂ© le 23 Mars 1902 Ă  Zombor (Autriche-Hongrie), dĂ©cĂ©dĂ© le 28 Juillet 1966 Ă  Munich.
1936: Intermezzo. 1943: Les Aventures fantastiques du Baron Munchhausen. 1948: Via Mala. 1957: Un petit coin de paradis. 1957: Les Frénétiques.


Enorme production de l'époque financée par l'Allemagne nazie de la seconde guerre mondiale, Les Aventures du Baron Munchhausen doit son éternelle jeunesse à sa folie visuelle et à ce personnage extravagant impliqué dans des conflits politiques.

Dans son château du 18è siècle, le baron Munchausen narre à un couple d'invités les différents épisodes de son incroyable existence qu'il avait parcouru à travers le monde parmi l'amicalité de son serviteur Christian et du coureur le plus rapide du monde. Car avant de rencontrer l'amour, le baron était féru d'évasion, de passions et de guerres politiques !


Avec un budget dĂ©mesurĂ© dĂ©ployant moult figurants costumĂ©s, des dĂ©cors et paysages grandioses ainsi que des trucages audacieux, les Aventures du Baron Munchhausen s'Ă©tait donnĂ© les moyens pour cĂ©lĂ©brer en fanfare le 25è anniversaire de la UFA (la plus grosse maison de production de l'Ă©poque). Conçu au dĂ©part comme un film de commande dans l'unique but de divertir les soldats du front, cette aventure fantaisiste tirĂ©e du cĂ©lèbre roman de Carl Leberecht Immermann est un enchantement de tous les instants ! DĂ©calĂ©, dĂ©bridĂ©, insolite et atypique, il fait la part belle Ă  l'Ă©vasion et l'Ă©merveillement dans un rĂ©cit homĂ©rique tributaire de l'hĂ©roĂŻsme d'un noble avenant. En l'occurrence, un baron Ă©pris d'Ă©ternelle jeunesse et de chimères qui dĂ©cide de parcourir un nombre incroyable de pĂ©ripĂ©ties face Ă  l'allĂ©geance politique de dirigeants Ă©trangers. Si le film garde intact son pouvoir fĂ©erique et ne cesse de surprendre, il le doit Ă  l'insolence de son esprit dĂ©lurĂ© et la verve ironique de ses protagonistes embarquĂ©s dans des vicissitudes saugrenues. TournĂ© pour la première fois en procĂ©dĂ© Agfacolor (afin de concurrencer le Technicolor des amĂ©ricains !), les couleurs sont saturĂ©es afin d'expĂ©rimenter une imagerie flamboyante, alors que les trucages adroitement bricolĂ©s restent encore aujourd'hui surprenants d'efficacitĂ© ! Cette imagination foisonnante est impartie au caractère chevaleresque de rebondissements fortuits et Ă  l'excentricitĂ© de personnages pourvus d'Ă©tranges pouvoirs. Sans jamais user d'esbroufe gratuite, les Aventures du baron Munchhausen est Ă©quilibrĂ© par son malicieux dosage d'humour et de romance imbriquĂ©s dans des aventures fantastiques. Qui plus est, il nous sĂ©duit aussi avec l'intelligence d'un scĂ©nario ciselĂ© Ă  la portĂ©e philosophique (le sens de notre vie destinĂ© Ă  cristalliser nos rĂŞves les plus inouĂŻs, notre rapport Ă©pidermique face Ă  la jeunesse rĂ©futant l'usure du temps).


Eternellement jeune !
Dans la veine miraculeuse du Magicien d'Oz, du voleur de Bagdad ou du Livre de la Jungle, Les Aventures du Baron Munchhausen est une oeuvre d'une éclatante modernité qui perdure son pouvoir séducteur par son audace visuelle et l'incroyable bonhomie d'un Baron féru de tribulations et de passion amoureuse !

Un grand merci Ă  Artus Filmshttp://artusfilms.com/
24.06.13. 2èx
Bruno Matéï



vendredi 21 juin 2013

ANOTHER DAY IN PARADISE. Grand Prix du Jury Ă  Cognac, 1999

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Larry Clark. 1998. U.S.A. 1h45. Avec James Woods, Melanie Griffith, Vincent Kartheiser, Natasha Gregson Wagner, James Otis, Lou Diamond Phillips.

Récompense: Grand Prix du Jury au Festival du film policier de Cognac, 1999

FILMOGRAPHIE: Larry Clark est un réalisateur, photographe, directeur de la photographie, né le 19 Janvier 1943 à Tulsa dans l'Oklahoma. 1995: Kids. 1998: Another Day in Paradise. 2001: Bully. 2002: Teenage Caveman (télé-film). 2002: Ken Park. 2004: Wassup Rockers. 2006: Destricted (segment Impaled). 2012: Marfa Girl (uniquement dispo sur le net). 2012: The Smell of us.


Trois ans après la rĂ©vĂ©lation Kids, Larry Clark revisite le malaise existentiel d'une jeunesse dĂ©soeuvrĂ©e dans Another day in paradise. VĂ©ritable descente aux enfers filmĂ©e Ă  la manière d'un doc, ce drame criminel est une Ă©preuve psychologique toujours plus abrupte dans sa description tranchĂ©e d'une famille marginale compromise au vol et au meurtre en roue libre. Un couple d'adolescents Ă  la dĂ©rive se retrouve embrigadĂ© par un duo d'amants asociaux habituĂ©s Ă  commettre de gros cambriolages. Si le dĂ©but de leur relation s'avère des plus hospitalières, entre sorties Ă©mĂ©chĂ©es dans les boites branchĂ©es et consommation de came, leur itinĂ©raire va les mener dans une impasse meurtrière irrĂ©versible. Film choc d'un rĂ©alisme cru parfois insupportable,  Another Day in Paradise  nous illustre sans fioriture l'Ă©quipĂ©e sauvage de deux couples vers les paradis artificiels de la drogue et de l'argent facile. Par sa mise en scène hyper rĂ©aliste et le jeu authentique de ces acteurs, Larry Clark transcende les clichĂ©s inhĂ©rents au genre pour nous immerger de plein fouet dans le monde crapuleux du vrai banditisme.



Parmi l'influence autoritaire d'un couple avenant de quinquagĂ©naires, deux adolescents en perte de repère familial s'inculquent Ă  jouer dans la cour des grands Ă  travers la dĂ©ontologie de la criminalitĂ© immorale. Avec son atmosphère toujours plus tendue et poisseuse, le rĂ©alisateur nous saisit Ă  la gorge lorsqu'il met en exergue le portrait immoral d'un père perfide, dĂ©libĂ©rĂ© Ă  entraĂ®ner de jeunes gamins pour l'unique profit pĂ©cuniaire. Toujours insatiable Ă  dĂ©crocher un prochain butin faramineux, ce junkie alcoolique et intraitable va peu Ă  peu entraĂ®ner sa petite famille dans une virĂ©e sauvage oĂą l'unique issue de secours s'imposera par l'esprit d'individualitĂ©. Larry Clark nous confrontant ici Ă  la dĂ©chĂ©ance humaine, l'influence de la vie facile parmi les drogues dures et l'argent sale, l'avilissement d'une jeunesse dĂ©sespĂ©rĂ©e en quĂŞte Ă©perdue d'amour parental. Si le spectateur semble vivre en direct cette effroyable odyssĂ©e meurtrière au rĂ©alisme Ă©tonnamment viciĂ©, c'est Ă©galement pour mieux nous interpeller sur la conduite marginale de ses parents influents vivant au jour le jour avec une aversion pour le genre humain.


A bout de souffle
D'une violence rugueuse Ă  point tel que le spectateur semble subir un calvaire moral irrespirable, Another day in paradise perdure son acuitĂ© dramatique grâce Ă  l'exceptionnelle contribution du casting 4 Ă©toiles (James Woods habitĂ© par sa dĂ©cadence misanthrope, Melanie Griffith autrement empathique dans son instinct maternel Ă  secourir la fragilitĂ© d'adolescents rebelles criants de vĂ©ritĂ© !). ScandĂ© d'une soul music entĂŞtante, ce road movie au vitriol nous laisse au terme un goĂ»t amer dans la bouche si bien qu'il nous largue sur un sentiment d'abandon des plus fourbes. 

21.06.13. 3èx
Bruno Matéï


jeudi 20 juin 2013

Vorace / Ravenous

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mymediawelt.de

de Antonia Bird. 1999. U.S.A/Angleterre. 1h41. Avec Guy Pearce, Robert Carlyle, Jeffrey Jones, David Arquette, Jeremy Davies, John Spencer, Stephen Spinella.

Sortie salles France: 7 Juillet 1999. U.S: 19 Mars 1999

FILMOGRAPHIE: Antonia Bird est une réalisatrice et productrice anglaise, né en 1959 à Londres.
1994: PrĂŞtre. 1995: De l'amour Ă  la folie. 1997: Face. 1999: Vorace. 2006: The Meat Trade

 
"La Faim des Hommes".
Échec commercial Ă  sa sortie, d’autant plus mĂ©sestimĂ© par une partie de la critique, Vorace est un ovni incongru Ă  la douce folie furieuse. Sous couvert de western au vitriol, le film d’Antonia Bird ose braver ce genre acadĂ©mique en l’infusant d’une horreur pure. Une audace rare, d’autant plus couillue qu’elle s’attaque Ă  un tabou peu explorĂ© Ă  l’Ă©cran : le cannibalisme.

Ă€ partir d’une lĂ©gende indienne profondĂ©ment ancrĂ©e dans le folklore nord-amĂ©ricain, la rĂ©alisatrice s’inspire du Wendigo pour justifier les capacitĂ©s surnaturelles que certains protagonistes dĂ©veloppent — se rĂ©gĂ©nĂ©rer, survivre, affronter frontalement l’ennemi.

Pitch: Durant la guerre amĂ©ricano-mexicaine de 1867, le capitaine John Boyd, dĂ©corĂ© pour sa bravoure, est mutĂ© dans un fort isolĂ©. Sur place, recueilli par le colonel Hart et quelques comparses, il tente de se reconstruire. Jusqu’au jour oĂą surgit Colqhoun, Ă©trange rescapĂ© d’un groupe de voyageurs piĂ©gĂ©s par l’hiver. Il affirme que ses compagnons, acculĂ©s par la faim, ont sombrĂ© dans le cannibalisme… avant qu’un leader autoritaire ne les dĂ©vore tous. Colqhoun prĂ©tend avoir fui juste Ă  temps.

DotĂ© d’un scĂ©nario original, dense et constamment imprĂ©visible, Vorace est une farce macabre, horriblement sarcastique, une parabole cruelle sur l’addiction, le vampirisme et la mĂ©galomanie de l’homme broyĂ© par une sociĂ©tĂ© individualiste. Tour Ă  tour oppressant, terrifiant, haletant, Antonia Bird nous entraĂ®ne dans la chute d’un capitaine rongĂ© par le remords, mais prĂŞt Ă  reconquĂ©rir sa dignitĂ©. ÉreintĂ© par une guerre belliqueuse, ce survivant, qui jadis avait feint la mort pour Ă©chapper Ă  l’ennemi, devra cette fois affronter une menace plus retorse : l’anthropophage.

Dans un climat anxiogène, pesant, Vorace convoque une peur viscĂ©rale — celle d’ĂŞtre mangĂ© par l’homme. Car ici, comme une drogue irrĂ©sistible, celui qui goĂ»te Ă  la chair humaine est condamnĂ© Ă  l’addiction. Telle une philosophie hĂ©doniste dĂ©tournĂ©e, ce cannibalisme devient un art de vivre monstrueux. StoĂŻque, athlĂ©tique, dĂ©vorĂ© par une Ă©nergie carnassière, le cannibale, possĂ©dĂ©, se laisse emporter dans une quĂŞte sanglante vers l’omnipotence. Assassiner les pèlerins, boire leur sang, se repaĂ®tre de leur corps : il ne sait plus vivre autrement.

Cette atmosphère hostile et dĂ©lĂ©tère, Antonia Bird la sculpte Ă  la lame. Sa mise en scène acĂ©rĂ©e, son casting de premier ordre achèvent de cristalliser l’horreur. Robert Carlyle excelle en cannibale cynique, dĂ©nuĂ© de la moindre vergogne, littĂ©ralement habitĂ© par le Mal — son jeu glacĂ© sature l’air d’une tension malsaine. En face, Guy Pearce incarne un capitaine hĂ©sitant, hantĂ©, qui trouvera dans l’Ă©preuve la constance et la rage. Leur affrontement, brutal, devient l’axe incandescent du rĂ©cit, jusqu’Ă  un dernier baroud d’honneur d’une rare sauvagerie.

 
"Cannibale, Mon Frère".
PortĂ© par une partition musicale en contrepoint, troublante et entĂŞtante, et par des paysages naturels Ă  couper le souffle, Vorace accède aujourd’hui au rang de film culte. Son intensitĂ©, sa densitĂ© psychologique, sa noirceur sardonique nous happent dans un western horrifique d’une rare singularitĂ©.

Dédicace à Christophe Cosyns
20.06.13. 3èx
Bruno 

INFO WIKIPEDIA: Définition de Wendigo:

Le wendigo (pluriel : wendigowak / wendigos) est une crĂ©ature surnaturelle, malĂ©fique et cannibale, issue de la mythologie des AmĂ©rindiens algonquiens du Canada, qui s'est Ă©tendue Ă  tout lefolklore d'AmĂ©rique du Nord. Cette lĂ©gende est partagĂ©e par plusieurs tribus amĂ©rindiennes et peut dĂ©signer la transformation physique d'un humain après la consommation de viande humaine comme une possession spirituelle. Le wendigo a aussi renforcĂ© le tabou autour de la pratique du cannibalisme chez ces peuples. Les wendigowak (wendigos) vivent dans les profondeurs de la forĂŞt et apparaissent dans des contes oĂą le surnaturel cĂ´toie des choses inhumaines et atroces. Parmi les histoires qui circulent, ils sont solidement ancrĂ©s dans les lĂ©gendes amĂ©rindiennes oĂą ils tiennent une place importante. De nombreux lieux et lacs portent ce nom, tel le parc national du wendigo, et de nombreuses Ĺ“uvres modernes s'en inspirent dans la littĂ©rature comme au cinĂ©ma, bien que ces wendigowak puissent avoir des caractĂ©ristiques diffĂ©rentes de ceux des lĂ©gendes originelles.


mercredi 19 juin 2013

Superman 2. La version de Richard Donner.

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site kahramanlarsinemada.com

de Richard Donner. 1980. U.S.A. 1h56. Avec Christopher Reeve, Margot Kidder, Gene Hackman, Jackie Cooper, Marc McClure, Ned Beatty, Terence Stamp, Sarah Douglas.

Sortie salles France: 10 Décembre 1980. U.S: 19 Juin 1981

FILMOGRAPHIE: Richard Donner (Richard Donald Schwartzberg) est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 24 Avril 1930 Ă  New-York. 1961: X-15. 1968: Sel, poivre et dynamite. 1970: l'Ange et le DĂ©mon. 1976: La MalĂ©diction. 1978: Superman. 1980: Superman 2 (non crĂ©ditĂ© - Richard Lester). 1980: Rendez vous chez Max's. 1982: Le Jouet. 1985: Ladyhawke, la femme de la nuit. 1985: Les Goonies. 1987: l'Arme Fatale. 1988: FantĂ´mes en FĂŞte. 1989: l'Arme Fatale 2. 1991: Radio Flyer. 1992: l'Arme Fatale 3. 1994: Maverick. 1995: Assassins. 1996: Complots. 1998: l'Arme Fatale 4. 2002: Prisonnier du temps. 2006: 16 Blocs. 2006: Superman 2 (dvd / blu-ray).

Enfin exhumĂ©e de l’anonymat depuis 2006, la fameuse version de Richard Donner, tant espĂ©rĂ©e par les fans du monde entier, a vu le jour - mĂŞme si 30 % des scènes manquantes resteront Ă  jamais sous scellĂ©s. Cette suite trĂ©pidante, haute en couleurs, privilĂ©gie cette fois l’action homĂ©rique : Superman doit non seulement affronter l’intarissable gĂ©nie du crime, Lex Luthor, mais surtout combattre un trio de super-mĂ©chants dotĂ©s des mĂŞmes capacitĂ©s surnaturelles que lui. Une confrontation titanesque, culminant dans l’apothĂ©ose d’une mĂ©galopole urbaine, oĂą notre justicier multiplie les rixes dĂ©mentielles face Ă  l’arrogance d’adversaires impitoyables.

Les nombreux FX, parfois dĂ©suets, parviennent pourtant Ă  impressionner grâce Ă  leur vigueur incisive et aux moyens artisanaux dĂ©ployĂ©s. Mais avant ce dernier acte, particulièrement jouissif, Richard Donner prend soin d’Ă©toffer la relation familiale entre Superman et son père, jusqu’Ă  ce que le hĂ©ros dĂ©cide de rendre sa panoplie et de perdre ses pouvoirs - par amour pour Lois Lane - afin de vivre comme un simple citoyen terrestre. Avec une touche de cocasserie et de romance, le rĂ©alisateur introduit la suspicion tenace de Lois, de plus en plus convaincue que Clark Kent est bel et bien le justicier volant. En dĂ©sespoir de cause, elle met sa vie en pĂ©ril, provoquant une sĂ©rie d’incidents majeurs pour le pousser Ă  se dĂ©voiler enfin.

ComparĂ© Ă  la version de Richard Lester, le montage de Donner tranche par une sobriĂ©tĂ© salutaire, moins axĂ©e sur la dĂ©rision, qui gagne en profondeur et en cohĂ©rence, dans une structure narrative fidèle Ă  celle du premier volet. Ainsi, la cause de la libĂ©ration du gĂ©nĂ©ral Zod et de ses complices diffère complètement : ici, c’est l’un des missiles que Superman avait projetĂ© dans l’espace qui, par malheur, brise leur prison de verre - en parfaite cohĂ©sion avec la fin du premier film. De mĂŞme, la manière plus substantielle dont Superman se rĂ©approprie ses pouvoirs s’ancre dans un dialogue moral avec un père déçu mais clĂ©ment.

L’Ă©pilogue, enfin, s’avère moins dĂ©monstratif et plus crĂ©dible dans la liaison romantique qui unit les amants. Pour prĂ©server son identitĂ©, Superman ne se contente plus d’un baiser magique pour effacer la mĂ©moire de Lois. Il reprend cette course rotative autour de la Terre - l’alibi temporel dĂ©jĂ  employĂ© Ă  la fin du premier opus.

 
Si aujourd’hui Superman II paraĂ®t moins percutant dans sa surenchère spectaculaire - la dernière demi-heure, fertile en destructions massives, trahit l’obsolescence des effets -, il demeure un spectacle empreint de charme, portĂ© par un esprit bienveillant. Humour, action, Ă©motion (notamment les adieux poignants de Lois et Superman) s’y harmonisent dans une simplicitĂ© touchante.
 
19.06.13. 5èx
Bruno 

mardi 18 juin 2013

Superman, the movie

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site forum.nanarland.com

de Richard Donner. 1978. U.S.A/Angleterre. 2h31. Avec Christopher Reeve, Marlon Brandon, Gene Hackman, Ned Beatty, Jackie Cooper, Glenn Ford, Trevor Howard, Margot Kidder.

Sortie salles France: 26 Janvier 1979. U.S: 15 Décembre 1978

FILMOGRAPHIE: Richard Donner (Richard Donald Schwartzberg) est un réalisateur et producteur américain, né le 24 Avril 1930 à New-York. 1961: X-15. 1968: Sel, poivre et dynamite. 1970: l'Ange et le Démon. 1976: La Malédiction. 1978: Superman. 1980: Superman 2 (non crédité - Richard Lester). 1980: Rendez vous chez Max's. 1982: Le Jouet. 1985: Ladyhawke, la femme de la nuit. 1985: Les Goonies. 1987: l'Arme Fatale. 1988: Fantômes en Fête. 1989: l'Arme Fatale 2. 1991: Radio Flyer. 1992: l'Arme Fatale 3. 1994: Maverick. 1995: Assassins. 1996: Complots. 1998: l'Arme Fatale 4. 2002: Prisonnier du temps. 2006: 16 Blocs. 2006: Superman 2 (dvd / blu-ray).

 
"La MĂ©moire d’un Vol, le CĹ“ur d’un Enfant".
DĂ©couvrir Ă  l’âge de 8 ans les premiers exploits de Superman sur Ă©cran gĂ©ant tient du prodige pour les yeux d’un enfant, Ă©bloui de voir enfin s’exaucer un rĂŞve jusque-lĂ  confinĂ© aux pages de BD ou aux songes les plus fous. Observer avec Ă©merveillement les pouvoirs d’un homme surhumain, vĂŞtu d’une combinaison bleue et d’une cape rouge, capable de voler dans les airs Ă  une vitesse supersonique ! Ce moment de grâce irrĂ©elle, contemplĂ© par l’innocence d’un bambin, s’imprime Ă  jamais dans le cĹ“ur et la mĂ©moire comme une expĂ©rience atypique, bouleversante.

C’est en 1978 que Superman surgit sur les Ă©crans et pulvĂ©rise les records du box-office, face Ă  un public mĂ©dusĂ© ! Fort d’un budget de 55 millions de dollars, Richard Donner dĂ©ploie les grands moyens pour transposer avec ambition les aventures de l’homme volant, nĂ©es de l’imaginaire de Jerry Siegel et Joe Shuster. Grâce Ă  cette superproduction, puissamment portĂ©e par la partition grandiose de John Williams, le cinĂ©ma de super-hĂ©ros prend son envol. Le filon est lancĂ©, le mythe cristallisĂ©.

Se replonger, trente-cinq ans plus tard, dans cette odyssĂ©e fĂ©erique ancrĂ©e dans la noblesse prouve combien l’Ĺ“uvre de Donner est touchĂ©e par la grâce. Car Superman convoque, avec autant de poĂ©sie que de souffle Ă©pique, un pouvoir d’enchantement immaculĂ©. La tendresse immodĂ©rĂ©e que le rĂ©alisateur accorde Ă  son hĂ©ros - tiraillĂ© entre devoir d’Ă©quitĂ© et Ă©lan des sentiments - transcende des sĂ©quences d’une acuitĂ© Ă©motionnelle rare ! Ă€ l’instar de cette envolĂ©e lyrique, suspendue au-dessus d’un ciel Ă©toilĂ©, entre Superman et Lois Lane…

Cette sĂ©quence exaltante, Ă  la naĂŻvetĂ© presque candide, frĂ´le le ridicule mais s’Ă©lève pourtant au rang de moment magistral, grâce Ă  la magie des trucages, Ă  son sens aigu de l’Ă©merveillement, Ă  la tendre complicitĂ© des amants. Quant aux scènes d’action spectaculaires qui jalonnent le rĂ©cit, imprĂ©gnĂ©es de la mouvance "catastrophe", elles demeurent encore impressionnantes (Ă  deux ou trois plans de carton-pâte près), et parviennent, malgrĂ© le poids des annĂ©es, Ă  crĂ©dibiliser les exploits aĂ©riens de notre super-hĂ©ros lancĂ© Ă  la poursuite du gĂ©nie du crime : Lex Luthor ! (Gene Hackman, jubilatoire en mĂ©chant sardonique et mĂ©galo).

Si Superman reste aujourd’hui encore prodigieusement exaltant, il le doit en grande partie Ă  la rĂ©vĂ©lation saisissante de Christopher Reeve. Cet acteur novice, dans son second rĂ´le Ă  l’Ă©cran, incarne avec humilitĂ© un super-hĂ©ros façonnĂ© autour des valeurs de vĂ©ritĂ©, de justice et d’idĂ©al amĂ©ricain. Cette figure de hĂ©ros idĂ©aliste, Reeve la transcende avec une conviction troublante, habitĂ©e d’une touche d’humour attendri. Il est Superman. Aucun autre acteur n’a su, ni ne saura, atteindre cette alchimie parfaite avec le mythe.

Face Ă  lui, la prestance de Margot Kidder irradie d’un charme espiègle : son jeu spontanĂ©, sa douce insolence, sa naĂŻvetĂ© assumĂ©e font d’elle une Lois Lane unique. Ensemble, ils forment un duo proverbial, bouleversant, oĂą la dimension humaine prime sur les Ă©lans de bravoure homĂ©riques.

 
"Superman ou la Grâce Tombée du Ciel".
Chef-d’Ĺ“uvre du film de super-hĂ©ros, Superman demeure un miracle cinĂ©matographique, empreint d’une grâce lyrique qui a marquĂ© la gĂ©nĂ©ration 80. Et cette gĂ©nĂ©ration, qui a su prĂ©server son âme d’enfant, continue de rĂŞvasser (jusqu’aux larmes de mĂ©lancolie !) aux exploits aĂ©riens du plus grand super-hĂ©ros de sa prĂ©cieuse enfance…
C’est, en tout cas, le point de vue d’un cinĂ©phile Ă©motif, qui vous le proclame si bien que son Ă©motion vibrante perdure, au-delĂ  des dĂ©cennies et des progrès numĂ©riques.
Alors, ce soir, contemplez bien le ciel.
Un Kryptonien volant veille sur notre Terre primitive, si cruelle et fragile…

Cette critique est dĂ©diĂ©e Ă  la mĂ©moire de Christopher Reeve, sans qui nous n’aurions jamais cru qu’un homme Ă©tait capable de voler.

*Bruno

La critique de Superman 2http://brunomatei.blogspot.fr/2013/06/superman-2-la-version-de-richard-donner.html

Dédicace à Olivier Dussart
18.06.13. 4èx

vendredi 14 juin 2013

The Kiss / The Host

                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

de Pen Desham. 1988. U.S.A/Canada. 1h37. Avec Joanna Pacula, Meredith Salenger, Mimi Kuzyk, Nicholas Kilbertus, Sabrina Boudot.

FILMOGRAPHIE: Pen Desham est un réalisateur, scénariste et producteur, né en 1947 en Angleterre.
1998: Houdini (télé-film). 1996: Moll Flanders. 1988: The Kiss. 1985: The Zoo Gang.


Le Pitch: L'arrivée fortuite d'une tante au sein d'une famille endeuillée va provoquer une succession d'étranges incidents meurtriers afin d'intenter à la jeunesse d'Amy par le biais d'un baiser !


B movie symptomatique des annĂ©es 80 pour sa tonalitĂ© ludique dĂ©nuĂ©e de prĂ©tention, The Kiss est une sympathique production horrifique Ă©rigĂ©e sur le principe du vaudou parmi la prĂ©sence symbolique d'un chat malĂ©fique. Si bien que cette oeuvre mineure dĂ©gage un charme non nĂ©gligeable auprès de l'attitude Ă  la fois naĂŻve et attachante des protagonistes et de ses scènes chocs assez impressionnantes pour divertir dans la tranquillitĂ©. Tant auprès de l'adolescente candide incarnĂ©e par la jolie Meredith Salenger, du paternel versatile facilement influençable qu'endosse Nicholas Kilbertus ou de la mĂ©gère perfide campĂ©e par une Joanna Pacula littĂ©ralement ensorcelante si bien qu'elle irradie l'Ă©cran par son omniprĂ©sence si sensuelle, sexy et fluette. Un jeu modestement sournois d'autant plus chamarrĂ© de son regard infiniment fĂ©lin. Outre son intrigue convenue assez efficacement menĂ©e, The Kiss dĂ©ploie une petite montĂ©e progressive d'un suspense haletant vers son ultime demi-heure fertile en violentes altercations. Et si les 2/3 du rĂ©cit se cantonnent Ă  un jeu de suspicion entre une fille pubère et l'arrivĂ©e surprise de sa tante, Pen Desham agrĂ©mente donc ce conflit familial de sĂ©quences chocs spectaculaires parfois sanglantes (Ă  l'instar de cette mère de famille violemment projetĂ©e contre une vitrine par une voiture pour y ĂŞtre ensuite encastrĂ©e). Si les apparitions dĂ©lirantes du chat erratique prĂŞtent aussi bien Ă  sourire qu'Ă  s'y rĂ©jouir, ses exactions furibondes demeurent assez bien gĂ©rĂ©es de par l'efficacitĂ© du montage vĂ©loce. Enfin, le soin allouĂ© Ă  sa photographie chargĂ©e de nuances chaudes laisse parfois transparaĂ®tre une photogĂ©nie onirique (Ă  l'instar de son prĂ©ambule solaire).


Plaisir innocent gentiment attractif, The Kiss est une production bonnard n'ayant pour but que de distraire son public dans un procĂ©dĂ© Ă©culĂ©. NĂ©anmoins, la bonhomie plutĂ´t expressive des comĂ©diens communĂ©ment solidaire dans leurs conflits familiaux, le charme singulier de l'incroyable  Joanna Pacula, l'efficacitĂ© des scènes chocs (supervisĂ©es par Chris Wallas !) rĂ©ussissent Ă  rendre constamment attractifs ce produit d'exploitation bien ancrĂ© dans l'esthĂ©tique des Eighties.

*Bruno
18.01.25. 4èx. vf
14.06.13. 3èx


jeudi 13 juin 2013

V/H/S 2

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site collider.com

de Simon Barrett (Tape 49), Jason Eisener (Slumber party alien abduction), Gareth Evans (Safe Haven), Gregg Hale (A ride in the park), Eduardo Sanchez (A ride in the park), Timo Tjahjanto (Safe Haven), Adam Wingard (Phase 1 Clinical Trials). 2013. U.S.A. 1h35. Avec Kelsy Abbott, Hannah Al Rashid, Fachry Albar, Oka Antara, Devon Brookshire, Samantha Gracie, L.C. Holt, Hannah Hughes.

Sortie salles US: 6 Juin 2013

Ce found foutage de gueule bat tous les records de la nullité !
1H35 de vacuité abyssale !
Les amateurs de gore hardcrad façon Ogrish trouveront tout de même matière à sauter des pieds joints !
Bon courage pour la découverte et bonne sieste pour ceux qui avaient déjà rendu les armes avec son modèle.

Bruno Matéï
13.06.13

mercredi 12 juin 2013

THE CALL

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinema.jeuxactu.com

de Brad Anderson. 2013. U.S.A. 1h35. Avec Halle Berry, Abigail Breslin, Morris Chestnut, Michael Imperioli, Ella Rae Peck, Michael Eklund.

Sortie salles France: 29 Mai 2013. U.S: 15 Mars 2013

FILMOGRAPHIE: Brad Anderson est un réalisateur, scénariste et monteur américain, né en 1964 à Madison (Connecticut).
1995: Frankenstein Planet Monster. 1996: The Darien Gap. 1999: Et plus si affinités. 2001: Session 9. 2001: Happy Accidents. 2005: The Machinist. 2008: Transsibérien. 2010: L'empire des ombres. 2013: The Call.


RĂ©alisateur inĂ©gal Ă  qui l'on doit au moins deux rĂ©ussites perfectibles, Session 9 et The Machinist, Brad Anderson renoue au principe traditionnel du thriller effrĂ©nĂ© avec The Call afin de maintenir en haleine son spectateur.  

Par l'entremise du tĂ©lĂ©phone, une opĂ©ratrice des urgences va tenter de porter secours Ă  une jeune fille kidnappĂ©e par un maniaque. 

Dans la lignĂ©e des thrillers horrifiques initiĂ©s par Black Christmas, Terreur sur la Ligne,  ou encore Appels au meurtre, The Call Ă©tire sur une heure de mĂ©trage le concept de la victime dĂ©munie, oppressĂ©e par un maniaque et n'ayant comme seul recours un tĂ©lĂ©phone pour tenter d'invoquer de l'aide. Il ne s'agit donc pas ici du traditionnel harcèlement tĂ©lĂ©phonique conformĂ©ment Ă©tabli par un serial-killer mais de l'appel dĂ©sespĂ©rĂ© d'une otage auprès du service administratif des urgences.
Avec une efficacitĂ© infaillible et l'empathie Ă©prouvĂ©e pour la complicitĂ© des interlocutrices (deux sĂ©quences s'avèrent mĂŞme assez poignantes !), Brad Anderson exploite ce filon afin de mettre en place un suspense anxiogène quand une victime dĂ©cide d'accorder sa confiance auprès d'une opĂ©ratrice hĂ©sitante. EmbrigadĂ©e dans le coffre d'un vĂ©hicule circulant sur autoroute, l'adolescente va tenter par tous les moyens d'invoquer sa prĂ©sence parmi les automobilistes puis de s'y extraire afin d'Ă©chapper Ă  une sentence inĂ©vitable.
Avec la tonitruance de sa bande son technoïde, le réalisateur insuffle une tension permanente dans cette situation alerte auquel nombre de rebondissements vont venir motiver l'intrigue avec vélocité. Et cela, en dépit de quelques grossières incohérences, comme le fait que le tueur laissera le soin à la victime de conserver son portable (potentiellement défectueux) durant la quasi totalité de sa séquestration !


MenĂ© sans rĂ©pit durant ses 2/3 de mĂ©trages, The Call renforce son caractère acerbe par une terreur persuasive (son prologue cinglant s'avère aussi intense que radical !) une violence parfois brutale  (deux meurtres nous sont illustrĂ©s avec un rĂ©alisme assez cru) et le jeu dĂ©pouillĂ© des deux comĂ©diennes principales. En prioritĂ© Halle Berry incarnant ici avec autant de fragilitĂ© humaine que de vaillance le rĂ´le d'une opĂ©ratrice prĂ©alablement contrariĂ©e par la culpabilitĂ© d'une faute professionnelle. En victime oppressĂ©e, contrainte de se terrer dans le coffre d'un vĂ©hicule, Abigail Breslin retransmet avec un dĂ©sarroi fĂ©brile son calvaire incessant ainsi qu'un dĂ©sespoir de cause de daigner faire front Ă  son tortionnaire.
Malheureusement, si The Call avait rĂ©ussi jusque lĂ  Ă  maintenir son intĂ©rĂŞt dans l'agencement d'un suspense oppressant, sa dernière demi-heure retombe dans les ficelles balisĂ©es du genre avec nombre de revirements Ă©culĂ©s (le trauma liĂ© Ă  l'enfance du tueur, sa confrontation dantesques avec ces deux  dernières victimes) et d'invraisemblances outrĂ©es (la facilitĂ© Ă  laquelle l'hĂ©roĂŻne trouve la planque du criminel). Qui plus est, son prĂ©lude militant pour l'apologie de la vengeance (les fĂ©ministes pourront tout de mĂŞme trouver matière Ă  fantasmer d'une telle idĂ©ologie rĂ©ac !) sombre vulgairement dans le ridicule. NĂ©anmoins, cette dernière partie privilĂ©giant une angoisse sous-jacente et l'action spectaculaire nous Ă©gaye l'esprit et parvient mĂŞme Ă  quelques occasions d'intensifier le jeu offensif d'affrontements sanglants.


SĂ©rie B du samedi soir Ă  voir entre amis ou de prĂ©fĂ©rence avec sa nouvelle copine, The Call peut autant se savourer comme un thriller haletant en demi-teinte qu'un plaisir coupable entièrement bâti sur l'efficacitĂ© d'une rĂ©alisation alerte et de clichĂ©s rebattus (Ă  l'instar du sympathique et rigolard Cellular). 

12.06.13
Bruno Matéï


MĂŞme la pluie


"Changer le monde commence par changer soi mĂŞme."

Un très beau film humaniste sur le peuple Bolivien asservi par une multinationale délibérée à confisquer l'eau. En dépit d'une première partie laborieuse, le film prend son envol au bout de 45 minutes pour ne plus lâcher la pression avec l'introspection d'un mouvement de foule hurlant sa révolte contre l'intolérance de leur état despotique. Avec une belle dimension humaine, Iciar Bollain dépeint ici le portrait d'un cinéaste et de son équipe partis tourner un long-métrage à valeur historique au sein d'un pays en crise. Or, celui-ci, intransigeant pour la hiérarchie de son entreprise, se retrouvera davantage contrarié par des dilemmes moraux pour la sauvegarde d'une famille bolivienne et le conflit caractériel du père de famille en situation précaire.
Poignant, intense et jamais larmoyant, cette oeuvre naturaliste ne cesse de nous questionner sur notre éthique confrontée à l'affres du danger et à la sauvegarde d'un peuple réduit à la famine. Enfin, Même la pluie peaufine également avec sobriété une belle histoire d'amitié entre 2 hommes confrontés au choc des cultures.

12.06.13
Bruno 

lundi 10 juin 2013

Hysterical

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au sitfilmaffinity.com

de Chris Bearde. 1983. U.S.A. 1h30. Avec Bill Hudson, Mark Hudson, Brett Hudson, Cindy Pickett, Richard Kiel, Bud Cort, Julie Newman.

Sortie salles France: 16 Mars 1983. U.S: Juillet 1983

FILMOGRAPHIE: Chris Beard est un réalisateur et scénariste (essentiellement des séries TV) anglais. 1983: Hysterical



"A la limite, j't'emmerde"
OubliĂ© de tous aujourd'hui chez nous alors qu'Ă  l'Ă©poque de sa sortie il rencontra un timide accueil public, Hysterical est une parodie horrifique conçue par les "Hudson Brothers". Durant les annĂ©es 70, ces trois compères se firent connaitre auprès des tĂ©lĂ©spectateurs amĂ©ricains en tant qu'humoristes et chanteurs. Ici, il s'attellent donc Ă  tenter l'expĂ©rience cinĂ©gĂ©nique en occupant les postes consĂ©cutifs de scĂ©naristes et d'interprètes. Chris Beard, dont il s'agit ici de sa première (et unique !) rĂ©alisation, s'est entrepris de revisiter les classiques de l'horreur (mais aussi d'autres genres) sous le mode parodique avec l'entremise clins d'oeil supposĂ©s hilarants. Ceux qui, Ă  l'Ă©poque de sa sortie, s'Ă©taient quelque peu enjaillĂ©s de sa douce fantaisie lors des sĂ©quences les plus rĂ©ussies risquent un peu (beaucoup ?) aujourd'hui de faire grise mine tant Hysterical finit par susciter consternation et brin de lassitude lors de son final poussif. La faute incombant au trio de comĂ©diens gĂ©nĂ©rant un humour constamment lourdingue, Ă  une rĂ©alisation nĂ©ophyte (Ă  l'instar de son montage dĂ©structurĂ©) et Ă  une intrigue approximative dĂ©nuĂ©e de surprise (un couple de revenants sèment le zouc sur une station balnĂ©aire et contaminent un Ă  un les vivants en zombies sans aucun motif !).


Sur ce dernier point, sa structure narrative semble indĂ©cise afin de coordonner des situations cohĂ©rentes si bien qu'elle ne fait qu'empiler maladroitement une succession de gags dĂ©bridĂ©es sans vĂ©ritable fil conducteur. On pastiche donc dans une chronologie sporadique des idĂ©es empruntĂ©es aux classiques genre parmi lesquels les Aventuriers de l'arche perdue, les Dents de la mer, Duel, l'Exorciste, Shining, les Chariots de Feu, ou encore la Nuit des Morts-vivants. Alors que les comĂ©diens mal dirigĂ©s gesticulent comme des attardĂ©s azimutĂ©s pour provoquer les fou-rires escomptĂ©s. Seule, l'apparition rĂ©currente du sexagĂ©naire Ă  bicyclette (rĂ©pĂ©tant incessamment : "ça couve !") suscite une certaine drĂ´lerie, quand bien mĂŞme avec une certaine indulgence sa première partie demeure gentiment facĂ©tieuse, voir mĂŞme charmante Ă  travers son esprit bisseux ! Mais le peu d'empathie Ă©prouvĂ©e pour chacun de nos hĂ©ros rĂ©gresse l'entreprise jusqu'Ă  la lassitude de son ultime demi-heure. Ainsi, on suit donc ces aventures horrifiques avec parfois un brin de curiositĂ© amusĂ©e si bien que l'ambiance festoyante qui y règne prĂŞte au climat gentiment bonnard en dĂ©pit de l'inanitĂ© du de ses ressorts comiques.  


Pour les nostalgiques des annĂ©es 80 qui, comme moi, s'Ă©taient ruĂ©s en salles pour le voir (personnellement, j'y Ă©tais allĂ© accompagnĂ© de camarades de collège un samedi soir bondĂ©), HystĂ©rical risque hĂ©las de vous laisser sur une impression de frustration ou (et) d'amertume en dĂ©pit de son esprit bon enfant et de la facĂ©tie de certains moments bonnards (par intermittence). Pour autant, avec indulgence, et en privilĂ©giant la sĂ©ance entre amis, cette parodie sans prĂ©tention peut faire son p'tit effet de sĂ©duction ludique de par son ambiance ubuesque de contamination festive. 

*Bruno
11.05.20. 4èx
10.06.13. 3èx

                                    

vendredi 7 juin 2013

STOKER

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Park Chan-wook. 2013. U.S.A/Angleterre. 1h39. Avec Mia Wasikowska, Nicole Kidman, Matthew Goode, Dermot Mulroney, Lucas Till, Alden Ehrenreich, Jacki Weaver.

Sortie salles France: 1er Mai 2013. U.S: 1er Mars 2013

FILMOGRAPHIE: Park Chan-wook est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste sud-corĂ©en, nĂ© le 23 AoĂ»t 1963 Ă  SĂ©oul. 1992: Moon is the Sun's Dream. 1997: 3 members. 2000: Joint Security Area. 2002: Sympathy for Mister Vengeance. 2003: Old Boy. 2005: Lady Vengeance. 2006: Je suis un Cyborg. 2009: Thirst. 2013: Stoker.


"J'entends ce que d'autres n'entendent pas. D'infimes choses que les gens ne voient pas normalement me sont visibles. Ces sens sont le fruit du désir de toute une vie. Le désir d'être sauvée. D'être accomplie. Comme la jupe a besoin du vent, je suis faite de choses qui sont aussi à d'autres. Je porte la ceinture de mon père sur le chemisier de ma mère... et les chaussures venant de mon oncle. Je suis ainsi. Toute comme la fleur ne choisit pas ses couleurs, on n'est pas responsable de ce qu'on devient. Une fois que l'on a compris ça on est libre. Devenir adulte, c'est devenir libre."

Thriller vĂ©nĂ©neux chargĂ© d'amertume, d'Ă©trangetĂ© indicible et de nonchalance, Stoker joue dans la cour des grands pour tenter de renouer avec l'esprit hitchcockien dans une mise en scène aussi stylisĂ©e qu'Ă©purĂ©e. Si bien qu'Ă  partir d'une intrigue sinueuse oĂą nos protagonistes sont indirectement mĂŞlĂ©s Ă  un passĂ© tragique, Park Chan-wook ausculte un portrait de famille meurtri par le deuil. 

Le Pitch: A la suite de la mort de son père auquel elle fut très proche, la jeune India n'éprouve que peu d'empathie pour sa mère. Avec l'arrivée de son oncle qu'elle n'a jamais connu, une étrange relation va se nouer entre eux.


De façon circonspecte et avec l'alchimie d'un climat diaphane toujours plus baroque et Ă©touffant, Stoker est conçu Ă  la manière d'un puzzle oĂą les thèmes de la suspicion, de la jalousie, de la rancoeur nous sont Ă©tablis Ă  travers l'introspection douloureuse d'une adolescente timorĂ©e. Park Chan-wook prenant son temps Ă  broder son intrigue interlope en se focalisant essentiellement sur l'ambiguĂŻtĂ© psychologique (lourde de sens) de ses personnages. C'est d'abord les rapports difficiles entre une veuve accablĂ©e et sa fille inconsolable qu'on nous prĂ©sente studieusement Ă  travers l'intimisme de leur foyer gothique. C'est ensuite avec l'arrivĂ©e fortuite d'un oncle distinguĂ© que le rĂ©cit amorcera une ambivalence pour les relations charnelles qu'il va compromettre auprès de ces deux veuves contrariĂ©es. Ainsi, dans une mise en scène aussi raffinĂ©e qu'extrĂŞmement inspirĂ©e auprès de son inventivitĂ© stylisĂ©e, Stoker nous dĂ©voile au compte goutte le cheminement torturĂ© de cette jeune fille introvertie, difficilement sociable envers la gente masculine de ses camarades de classe. On en dira pas plus afin de ne pas Ă©bruiter le moindre indice de son canevas charpentĂ© mais sachez que le rĂ©alisateur Park Chan-wook nous dresse ici le tableau peu reluisant d'un trio d'amants en perte de valeurs morales. L'impact Ă©motionnel narratif et l'acuitĂ© qui en Ă©mane rĂ©sidant non seulement dans la psychologie meurtrie de ses protagonistes mais aussi dans la confection (oh combien !) scrupuleuse d'un climat lestement poisseux en ascension. L'aura malsaine sous-jacente qui s'y dĂ©gage de manière exponentielle nous collant Ă  la peau en s'infiltrant insidieusement en notre conscience Ă  l'instar d'un poison lĂ©tal. Sachant ici que les notions de bien et de mal n'ont plus d'Ă©thique ! Si tous les interprètes attestent une conviction imperturbable dans leurs rĂ´les respectifs (Nicole Kidman insuffle un naturel subtilement aigre dans sa douleur maternelle, Matthew Goode redouble d'ambiguĂŻtĂ© dans son Ă©lĂ©gance longiligne particulièrement flegme), il faut surtout saluer le jeu Ă©quivoque de l'Ă©trange Mia Wasikowska de par sa prestance versatile d'adolescente en perdition. Sa froideur innocente galvaudĂ©e de mauvaise influence puis la rancoeur ainsi que le charme de son visage opalin nous pĂ©nĂ©trant l'esprit dans une confusion dĂ©rangĂ©e.


Magnifiquement photographiĂ© au sein des dĂ©cors gothiques d'une demeure feutrĂ©e mais aussi Ă  travers sa nature apaisante d'un onirisme solaire enchanteur, Stoker vĂ©hicule avec subtilitĂ© et Ă©lĂ©gance fastueuse une ambiance crĂ©pusculaire autour d'un trio maudit inconsolable. Park Chan-wook concluant avec une audace anticonformiste (pour ne pas dire jusqu'au-boutiste) un splendide Ă©pilogue (toujours aussi magnifiquement cadrĂ© en mode alambiquĂ©) Ă  la fois censĂ© et terriblement crĂ©pusculaire.

*Bruno
24.11.24. Vostf
07.06.13.