mardi 10 septembre 2013

Mad-Max: Au delĂ  du Dome du Tonnerre / Mad Max: Beyond Thunderdome

Photo empruntée sur Google, appartenant au site lluviadeestrellasenlaloberia.blogspot.com

de Georges Miller et George Ogilvie. 1985. Australie/U.S.A. 1h47. Avec Mel Gibson, Tina Turner, Bruce Spence, Adam Cockburn, Frank Thring, Angelo Rossitto, Paul Larsson.

Sortie salles France: 25 Septembre 1985. U.S: 10 Juillet 1985

FILMOGRAPHIE: Georges Miller est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur australien, nĂ© le 3 Mars 1945 Ă  Chinchilla (Queensland). 1979: Mad-Max. 1981: Mad-Max 2. 1983: La 4è Dimension (dernier segment). 1985: Mad-Max : Au-delĂ  du dĂ´me du Tonnerre. 1987: Les Sorcières d'Eastwick. 1992: Lorenzo. 1997: 40 000 ans de rĂŞve (documentaire). 1998: Babe 2. 2006: Happy Feet. 2011: Happy Feet 2. 2014: Mad Max 4; Fury Road. 

Avant-propos (du 24/05/23) : En espĂ©rant que, depuis la regrettable disparition de Tina Turner, ce magnifique opus humaniste soit enfin reconsidĂ©rĂ© Ă  sa juste valeur — avec une touche aujourd’hui autrement Ă©lĂ©giaque.

Quatre ans après le phĂ©nomène planĂ©taire Mad Max 2, George Miller rempile pour un troisième opus influencĂ© par la notion humaniste de son hĂ©ros dĂ©chu. Alors que des millions de fans espĂ©raient un avatar aussi homĂ©rique que son modèle barbare, la dĂ©ception fut rude pour une majoritĂ© d’aficionados. Or, avec luciditĂ© — et le refus de remaker l’Ă©lite d’un western post-apo truffĂ© de cascades Ă©bouriffantes — Miller prend le risque de dĂ©concerter son public avec ce troisième volet, autrement docile, assagi et optimiste que ses aĂ®nĂ©s. En jouant la carte du lyrisme et du dĂ©paysement, Mad Max 3 nous dĂ©voile cette fois un guerrier de la route apaisĂ©, idĂ©alisĂ© par la candeur d’une escouade de sauvageons en quĂŞte d’apprentissage.

Pitch : Dans la citĂ© de Trocpolis, oĂą son vĂ©hicule vient d’ĂŞtre dĂ©robĂ©, Max est contraint de combattre vaillamment un adversaire colossal pour rĂ©cupĂ©rer son bien et prendre le contrĂ´le du monde souterrain. Épargnant in extremis son rival, il est condamnĂ© par leur leader au Goulag, vaste dĂ©sert aride dĂ©nuĂ© de toute prĂ©sence humaine. Ou presque. Car une tribu d’enfants pacifistes, gouvernĂ©e par la matriarche Savanah, va lui porter secours, persuadĂ©e que cet inconnu est le messie d’une ancienne prophĂ©tie : le Capitaine Walker. Une opportunitĂ© inespĂ©rĂ©e leur permettant d’envisager la rĂ©paration de leur Boeing accidentĂ© et l’espoir d’amorcer un pĂ©riple vers la contrĂ©e inexplorĂ©e d’une terre promise.

Ĺ’uvre maudite (euphĂ©misme), tant elle fut dĂ©prĂ©ciĂ©e et conspuĂ©e par des puristes littĂ©ralement intransigeants, Mad Max 3 s’offre pourtant la subtilitĂ© de ne pas bĂŞtement reproduire l’anthologie des cascades homĂ©riques sublimĂ©e dans les opus prĂ©cĂ©dents. InfluencĂ© ici par le pĂ©plum (toute la première partie, trĂ©pidante, confinĂ©e autour du DĂ´me) et par le lyrisme exaltant de Lawrence d’Arabie (la traversĂ©e du dĂ©sert de Max et sa confrĂ©rie), George Miller ne manque pas d’ambition pour nous transposer une flamboyante aventure humaine.

Un spectacle chargĂ© de souffle romanesque, portĂ© par un onirisme limpide et une quĂŞte initiatique de l’apprentissage. Sous l’Ă©gide d’une tribu d’enfants utopistes, Max rĂ©apprend Ă  vivre, Ă  renouer avec la cohĂ©sion fraternelle, en tentant d’exaucer une prophĂ©tie fantaisiste. Croire au rĂŞve, croire en son destin : « Croyez en vos rĂŞves et ils se rĂ©aliseront peut-ĂŞtre. Croyez en vous, et ils se rĂ©aliseront sĂ»rement », disait Martin Luther King. VoilĂ , Ă  mon sens, le message d’espoir qu’on peut dĂ©celer dans cette solidaritĂ© entre Max et sa troupe de bambins innocents, unis dans leur volontĂ© de renouer avec civilisation et savoir.

Fort de ses dĂ©cors Ă©clectiques — aussi insolites (la citĂ© de Trocpolis) qu’idylliques (l’oasis des enfants perdus) — Mad Max 3 renouvelle une fois encore sa scĂ©nographie post-apo, avec une ampleur singulière. Soin esthĂ©tique d’une photo ocre pour transcender l’urbanisation primitive en mutation, puretĂ© opaline d’un dĂ©sert clairsemĂ© : George Miller nous fait partager, avec exaltation, un conte post-apo chargĂ© d’optimisme, cristallisant l’horizon d’un avenir meilleur. Sans renier pour autant les fans d’action vrombissante, il renouvelle sa virtuositĂ© technique et son imagination fertile — dans une première partie spectaculaire (toute l’action intense centrĂ©e Ă  l’intĂ©rieur du DĂ´me, dont la conception s’avère d’un rĂ©alisme scrupuleux), et un point d’orgue frĂ©nĂ©tique qui renoue clairement avec l’esprit guerrier de Mad Max 2. Ă€ ce titre, la dernière course-poursuite, menĂ©e entre bolides erratiques et locomotive archaĂŻque, culmine en une Ă©chappĂ©e aĂ©rienne Ă  nous clouer au fauteuil.


A Tina...
Parmi l’apparition surprise de la chanteuse Tina Turner — surprenante de charisme animal, portĂ©e par le naturel d’un instinct belliqueux — et celle d’une tribu d’enfants dociles Ă  l’aura presque fĂ©erique, Mad Max 3 rĂ©fute les conventions et la redite pour proposer un spectacle flamboyant, transi de lyrisme, de chaleur humaine et de poĂ©sie prude, tout en divertissant en bonne et due forme.

ScandĂ© de l’inoubliable tube We Don’t Need Another Hero, ce troisième opus s’Ă©rige en magnifique odyssĂ©e humaine, dans la quĂŞte initiatique d’une terre nouvelle et la prĂ©sence d’un hĂ©ros quasi mystique. Un spectacle Ă©pique, d’une beautĂ© immaculĂ©e, qu’il serait temps de rĂ©habiliter — d’autant qu’il ne cherche jamais Ă  se prendre au sĂ©rieux (l’humour malicieux Ă©tant omniprĂ©sent), tout en prĂ©servant, avec une grande sensibilitĂ©, une ambiance de quiĂ©tude, portĂ©e par une gĂ©nĂ©ration sacrifiĂ©e en voie de renaissance.

*Bruno
10.09.13. 4èx

Récompense: NAACP Image Award 1986: Meilleure Actrice pour Tina Turner.

La critique de Mad-Max 2http://brunomatei.blogspot.fr/…/mad-max-2-mad-max-2-road-wa…

Dédicace à Jean-Marc Micciche

lundi 9 septembre 2013

HEADHUNTERS (Hodejegerne)

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Morten Tyldum. 2011. Norvège/Allemagne. 1h40. Avec Aksel Hennie, Nikolaj Coster-Waldau, Synnove Macody Lund.

Sortie Dvd : 4 Septembre 2013

FILMOGRAPHIE: Mortem Tydum est un rĂ©alisateur et producteur. 2002: Folk flest bor i Kina (seghment "H"). 2003: Buddy. 2008: Varg Veum -Falne engler.  2011: Headhunters.


Amateurs de thriller roublard dĂ©nuĂ© de fioritures et menĂ© sur un rythme alerte, Headhunters est conçu pour vous ! Injustement inĂ©dit en salles dans nos contrĂ©es, cette production venue de Norvège rĂ©fute Ă  nous embarquer dans les situations balisĂ©es du divertissement policier grâce Ă  un scĂ©nario saugrenu Ă©blouissant de perspicacitĂ© ! Après avoir volĂ© un tableau de grande valeur chez un ancien mercenaire, un cambrioleur va devoir user de stratagème pour sauver sa peau. Si la bonhomie de sa première demi-heure laisse craindre un polar conformiste, la suite des pĂ©ripĂ©ties va redoubler de surprises et d'intensitĂ© pour mettre en exergue un survival implacable dans son esprit sardonique. Dans la lignĂ©e du protagoniste malchanceux de After Hours de ScorceseHeadhunters nous caractĂ©rise ici un antagoniste hĂ©tĂ©rodoxe dans sa petite posture (il mesure 1m 68 !) en cambrioleur rusĂ© prochainement livrĂ© Ă  la dĂ©veine. Par amour pour son Ă©lĂ©gante Ă©pouse avec qui il ne souhaite pas s'engager dans la paternitĂ©, Roger Brown cambriole des oeuvres d'art afin de pouvoir lui favoriser une vie luxueuse. Jaloux et possessif, notre chasseur de tĂŞte va bientĂ´t se confronter Ă  la rivalitĂ© d'un concurrent dragueur, Clas Greve, cadre supĂ©rieur autrefois mercenaire.



A partir d'un revirement banal inscrit dans l'adultère, le réalisateur Morten Tyldum va embarquer son anti-héros dans une dérive meurtrière aussi inopinée qu'improbable. Mais là où ce thriller retors frappe juste et fort, c'est dans sa manière de confronter nombre de vicissitudes avec réalisme et souci du détail alarmiste (à l'instar du jeu de regards monolithiques observé entre nos deux rivaux à travers une voiture accidentée) ! Par une succession de bévues aléatoires, Roger va donc devoir essayer de sauver sa peau contre un mercenaire opiniâtre mais aussi tenter d'effacer les preuves qu'il laisse derrière son chemin afin de masquer sa culpabilité ! La dextérité à laquelle Morten Tyldum fait preuve pour façonner une structure narrative incontrôlée ne cesse de nous surprendre pour mettre en valeur une chasse à l'homme ironiquement sanglante. Sévèrement malmené par ses rivaux hostiles et contraint de perpétrer des bravoures insensées pour sauver sa peau, Roger va se retrouver embarqué dans une odieuse machination où la cupidité règne en maître. En alternant les péripéties bondissantes totalement imprévisibles et l'empathie indécise confrontée au couple Adrian/Roger, le réalisateur peaufine un thriller frénétique rehaussé d'une poignante psychologie dans l'initiation du chasseur de tête. Car au-delà de l'aspect jouissif de cet intrépide survival, Headhunters peaufine notamment une histoire d'amour et de maturité dans la remise en question du malfrat infidèle, contraint de transcender sa jalousie et son manque de confiance par une bravoure exténuante.


Mis en scène avec une diabolique habiletĂ© et redoublant de revirements toujours plus insolents, Headhunters est le genre de petit thriller mĂ©connu gagnant au fil du bouche Ă  oreille son statut de perle du genre. Une oeuvre mĂ©chamment espiègle qui ne cesse de surprendre dans son florilège d'incidents meurtriers. Enfin, le duo infatigable formĂ© par Aksel Hennie (au physique volontairement trivial) et Nikolaj Coster-Waldau (tout en virilitĂ© cynique !) vĂ©hicule une densitĂ© antinomique dans leur idĂ©ologie cupide. 

* Bruno
DĂ©dicace Ă  Cid Orlandu
09.09.13

vendredi 6 septembre 2013

Messe Noire / Evilspeak. Uncut Version

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site torrentbutler.eu

d'Eric Weston. 1982. U.S.A. 1h33. Avec Clint Howard, R.G Armstrong, Joseph Cortese, Claude Earl Jones, Haywood Nelson.

Sortie salle France: 26 FĂ©vrier 1982. U.S: 26 FĂ©vrier 1982

FILMOGRAPHIE: Eric Weston est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
1981: Messe noire. 1983: Marvin and Tige. 1989: The Iron Triangle. 1992: To protect and serve. 2001: Pressure Point. 2002: Ambition Fatale. 2002: Hitters. 2011: Hyenas.


Pour une première oeuvre horrifique rĂ©alisĂ©e avec des bouts de ficelle, le dĂ©butant Eric Weston Ă©branla une gĂ©nĂ©ration de vidĂ©ophiles après qu'ils louèrent ce B movie au titre Ă©vocateur, Messe Noire, au sein de leur vidĂ©o club. 

Le pitchDans une acadĂ©mie militaire, un souffre-douleur invoque les forces du mal via ordinateur pour se venger de ces camarades railleurs. 

A partir de cet argument simpliste (la vengeance sanglante d'un martyr au service du Mal) dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© dans le chef-d'oeuvre Carrie Eric Weston en tire un modèle d'efficacitĂ© dans son suspense exponentiel et l'ambiance dĂ©lĂ©tère qui s'y dĂ©gage au sein d'une cave abritĂ©e par le malin. Reposant sur les Ă©paules du jeune Clint Howard (dĂ©livrant ici son meilleur rĂ´le dans toutes les mĂ©moires), Messe Noire s'Ă©rige en fascinante descente aux enfers par l'entremise originale de l'ordinateur. Mais revenons d'abord sur l'interprĂ©tation sidĂ©rante de vĂ©ritĂ© de cet acteur de seconde zone car si ce divertissement sardonique rĂ©ussit autant Ă  captiver, c'est notamment en partie grâce Ă  l'empathie accordĂ©e pour Coopersmith, Ă©tudiant maladroit incessamment molestĂ© par ses camarades de classe.


Avec sa bonhomie somme toute naĂŻve et son regard candide, Clint Howard rĂ©ussit instinctivement Ă  nous impliquer dans son dĂ©sarroi quotidien et nous amène lentement Ă  frĂ©quenter le malin sous l'intervention d'Estaban. Un sorcier sataniste condamnĂ© plus tĂ´t par l'Ă©glise pour hĂ©rĂ©sie mais qui s'Ă©tait jurĂ© de se venger des siècles plus tard. Toute l'intrigue se focalise donc sur les tentatives de Coopersmith Ă  daigner invoquer une vĂ©ritable messe noire par une dĂ©marche moderne, l'utilisation Ă©lectronique de l'ordinateur ! Et quand vient la vengeance tant escomptĂ©e, on ne peut que comprendre (ou plutĂ´t fantasmer) sa rancoeur Ă  oser bafouer le fondement du Bien en commettant des mĂ©faits criminels sous influence dĂ©moniaque. A cet Ă©gard, on peut dire que son point d'orgue apocalyptique dĂ©ploie des sĂ©quences cinglantes oĂą le gore craspec se dispute Ă  l'horreur pure Ă  travers des FX de choix ! DĂ©capitations en sĂ©rie, Ă©ventration, dĂ©membrements, corps embrasĂ©s nous sont Ă©talĂ©s sans concession dans un dĂ©luge de feu et de sang. Qui plus est, et avec une audace sarcastique, le carnage se confine dans le cadre religieux d'une chapelle auquel des porcs carnassiers s'y sont soudainement invitĂ©s ! Au delĂ  de son indĂ©niable sens de l'efficacitĂ© et de sa force Ă©motionnelle gĂ©nialement fascinante, Messe Noire insuffle une ambiance lugubre du plus bel effet, renforcĂ© par la chaleur d'une photo sĂ©pia. Tant en interne du sous-sol de la cave auquel Coopersmith pratique son rite ou dans le cadre religieux d'un oratoire. Avec rigueur et intĂ©gritĂ© pour le genre, le rĂ©alisateur distille donc un climat pernicieux diffus en vantant les mĂ©rites d'une dĂ©monologie contemporaine.


Soutenu du superbe score religieux de Roger Kellaway faisant Ă©cho Ă  La MalĂ©diction de Donner, Messe Noire n'a point usurpĂ© son statut de classique moderne du film sataniste en faisant preuve Ă©galement lors de son dernier acte d'une violence barbare littĂ©ralement dantesque ! En apprenti sorcier sĂ©vèrement malmenĂ©, Clint Howard apporte une indĂ©niable intensitĂ© humaine Ă  travers sa revanche spectrale dĂ©sespĂ©rĂ©ment nihiliste ! Inoxydable. 

*Bruno
30.03.25. 6èx. Vost
06.09.13. 

jeudi 5 septembre 2013

LE FLIC DE BEVERLY HILLS. (Beverly Hills Cop)

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hollywood80.com

de Martin Brest. 1984. U.S.A. 1h43. Avec Eddy Murphy, Judge Reinhold, John Ashton, Lisa Eilbacher, Ronny Cox, Steven Berkoff, James Russo, Jonathan Banks.

Sortie salles France: 27 Mars 1985. U.S: 5 Décembre 1984

FILMOGRAPHIE:  Martin Brest est un rĂ©alisateur, producteur, acteur, monteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 8 AoĂ»t 1951 dans le Bronx de New-York.
1972: Hot Dogs for Gaugin. 1977: Hot Tomorrows. 1979: Going in Style. 1984: Le Flic de Beverly Hills. 1988: Midnight Run. 1992: Le Temps d'un Week-end. 1998: Rencontre avec Joe Black. 2003: Amours Troubles.


Enorme succès lors de sa sortie en salles (aux States, il Ă©tait l'un des 10 plus grands hits commerciaux de tous les temps !), Le Flic de Beverlly Hills permis Ă  Eddy Murphy d'accĂ©der Ă  la notoriĂ©tĂ© après s'ĂŞtre rĂ©vĂ©lĂ© dans 48 heures et Un Fauteuil pour deux. ComĂ©die d'action menĂ©e tambour battant, cette production Bruckeimer doit sa renommĂ©e sur l'abattage de son acteur afro, ancien humoriste ayant prĂ©alablement fait ses preuves dans le cĂ©lèbre show: Saturday Night LiveAprès l'assassinat de son ami, un flic de DĂ©troit dĂ©cide de mener sa propre enquĂŞte sans l'accord de son supĂ©rieur. Durant l'investigation, il dĂ©couvre que son acolyte travaillait pour le compte d'un riche entrepreneur implantĂ© Ă  Beverly Hills. Ce dernier exerçant des malversations, il va tenter par la mĂŞme occasion de dĂ©manteler un rĂ©seau de contrebande avec le soutien de deux inspecteurs studieux. 


Il y a des comĂ©dies lucratives conçues sur une idĂ©e somme toute sommaire mais construites avec une telle dextĂ©ritĂ© qu'elles dĂ©passent le stade du produit aseptique. Reposant sur la bonhomie impayable d'un acteur extrĂŞmement attachant, le Flic de Beverly Hills fait parti de ces petits miracles de cocasserie auquel Eddy Murphy va y apporter son potentiel comique dans sa "cool attitude" ! En insufflant une verve irrĂ©sistible, l'ancien humoriste rĂ©ussit Ă  extĂ©rioriser un jeu cabotin de facĂ©ties dĂ©sinvoltes et d'imitations extravagantes. Avec la complicitĂ© de deux adjoints aussi attachants (Judge Reinhold et John Ashton forment un tandem avec une tendre bonhomie), le Flic de Beverly Hills distille un charme naturel comme peu de comĂ©dies familiales ont su le retransmettre. Au delĂ  de la cocasserie impartie aux dialogues et au mimĂ©tisme de Murphy, le rĂ©alisateur Martin Brest y introduit une pincĂ©e d'action dans son prologue rocambolesque (carambolage en pagaille lors d'une poursuite entre un camion et des cars de flics) et son final pĂ©taradant (les gunfight fusent tous azimuts dans le repère du mafieux Victor Maitland). Et pour parachever, je ne manquerai pas non plus d'Ă©voquer le fameux tube entraĂ®nant interprĂ©tĂ© par Patti Labelle - Stir it up !


Entre action et drĂ´lerie, Le Flic de Beverly Hills compte sur l'efficience d'une intrigue bien construite et surtout sur la prĂ©sence d'un acteur expansif pour nous divertir sans prĂ©tention. A travers cette aventure diablement rĂ©jouissante Ă©mane la simplicitĂ© d'une comĂ©die bonnard sous l'impulsion de seconds-rĂ´les aussi sympathiques dans leur fonction de faire-valoir. AntidĂ©pressif, le Flic de Beverly Hills constitue au terme un bain de jouvence d'une fraĂ®cheur aussi capiteuse qu'Ă  l'Ă©poque de sa conception.

05.09.13. 3èx
B-M


mercredi 4 septembre 2013

30 Jours de Nuit / 30 Days of Night

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site necronomiblog.canalblog.com

de David Slade. 2007. U.S.A. 1h53. Avec Josh Hartnett, Melissa George, Danny Huston, Ben Foster, Mark Boone Jr, Mark Rendall.

Sortie salles France: 9 Janvier 2008. U.S: 19 Octobre 2007

FILMOGRAPHIE: David Slade est un rĂ©alisateur britannique, nĂ© le 26 Septembre 1969 au Royaume Uni. 2005: Hard Candy. 2007: 30 Jours de Nuit. 2010: Twilight - Chapitre 3: HĂ©sitation. 2011: R.E.M (TV). 2012: The Last Voyager of Demeter. Daredevil reboot.


PlutĂ´t mĂ©connu, David Slade prouva son habile talent de metteur en scène avec son premier film, Hard Candy, thriller psychologique confinĂ© dans un huis-clos Ă©prouvant. Deux ans plus tard, il rĂ©cidive qualitativement parlant pour peaufiner son potentiel artistique avec l'adaptation d'un comic créé par Steve Niles et Ben Templesmith. DĂ©claration d'amour au travail artisanal de John Carpenter (photogĂ©nie esthĂ©tisante d'un environnement aussi rĂ©frigĂ©rant que reculĂ©, charisme frappant des comĂ©diens, photo immaculĂ©e encadrĂ©e au format scope, score mĂ©tronome, atmosphère anxiogène palpable, ambiance angoissante envoĂ»tante), 30 Jours de Nuit se rĂ©approprie du thème vampirique avec un souci formel bluffant. Le pitchEpargnĂ©s du soleil durant 30 jours de nuit hivernale dans un village de l'Alaska, un shĂ©rif et une poignĂ©e de survivants vont tenter de dĂ©jouer la menace d'une horde de vampires assoiffĂ©s de sang. Ainsi, Ă  partir de ce concept trivial, on ne peut pas dire que David Slade compte sur l'originalitĂ© d'une intrigue Ă©prouvĂ©e avec son lot d'attaques impromptues auprès de victimes esseulĂ©es. D'autant plus que l'on a la gĂŞnante impression d'assister Ă  une temporalitĂ© fallacieuse si bien que ces 30 nuits semblent se dĂ©rouler en un temps beaucoup plus restreint (Ă  peine 2 ou 3 jours !) du point de vue des motivations des hĂ©ros ! Mais avec une foi et un respect pour l'amour du genre, le rĂ©alisateur rĂ©ussit Ă  contrecarrer une narration aseptique pour sublimer de prime abord une atmosphère tĂ©nĂ©breuse au sein d'un huis-clos rĂ©frigĂ©rant.


Qui plus est, avec l'efficacitĂ© d'une action cinglante terriblement spectaculaire et d'un gore sanguinolent au rĂ©alisme saisissant, 30 Jours de Nuit frĂ©tille pour distiller un climat anxiogène diffus au fil d'affrontements intrĂ©pides perpĂ©trĂ©s par des vampires erratiques. C'est simple, il y avait belle lurette que nous n'avions pu contempler face Ă©cran des goules aussi hargneuses et fĂ©tides de par leur morphologie taillĂ©e Ă  la serpe. VĂŞtus en costard noir, David Slade est parvenu Ă  donner chair Ă  ces goules Ă©pouvantablement vicieuses Ă  travers leurs exactions meurtrières (elles surveillent leurs proies du haut des toitures des maisons pour ensuite encercler certaines d'entre elles avec une vanitĂ© condescendante !). Il faut les voir se faufiler sous les chalets et se projeter Ă  une vĂ©locitĂ© vertigineuse sur les victimes pour les Ă©gorger avec une sauvagerie primitive ! Par consĂ©quent, en jouant le plus souvent la carte du huis-clos oppressant, le rĂ©alisateur insuffle un suspense continuel pour l'Ă©preuve de force impartis aux survivants contraints d'accĂ©der d'un refuge Ă  un autre pour se prĂ©munir de la menace vampirique. La puissance visuelle de sa scĂ©nographie nocturne contrastant avec la clartĂ© d'une neige endeuillĂ©e nous immergeant dans un environnement cauchemardesque particulièrement cinĂ©gĂ©nique. Au point d'orgue escomptĂ©, on pardonne l'aspect un tantinet dĂ©cevant de son revirement hĂ©roĂŻque (dès que leur leader est anĂ©anti par l'un des survivants, la clique des vampires dĂ©cide trop facilement de rebrousser chemin) et on se rattrape sur son Ă©pilogue dĂ©senchantĂ© d'une beautĂ© onirique poignante.


Sobrement dominĂ© du caractère valeureux des protagonistes (Josh Hartnett et Melissa George forment un duo d'amants attachants dans leur reconversion sentimentale), 30 Jours de Nuit mise sur la fonction du divertissement efficace avec son lot d'action cinglante, de tension anxiogène et d'Ă©claboussures de sang ici dĂ©nuĂ©es de concession. RehaussĂ©e d'une atmosphère cauchemardesque terriblement palpable, on reste surtout impressionnĂ© par l'aspect dĂ©lĂ©tère de ces vampires contemporains incroyablement classieux dans leur morphologie dĂ©moniale. Et puis formellement, le cadre crĂ©pusculaire demeure  aussi hyper photogĂ©nique sous l'impulsion d'une violence tranchĂ©e que l'on a si peu coutume de voir dans une prod Hollywoodienne.   

*Bruno
05.03.24. 4èx vost
03.08.22. 
04.09.13. 

mardi 3 septembre 2013

Watchmen. Director's Cut

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google

de Zack Snyder. 2009. U.S.A. 3h06. Avec Patrick Wilson, Jackie Earle Haley, Malin Akerman, Billy Crudup, Matthew Goode, Jeffrey Dean Morgan, Carla Gugino, Stephen McHattie.

Sortie salles France: 4 Mars 2009. U.S: 6 Mars 2009

FILMOGRAPHIE: Zack Snyder est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain nĂ© le 1er mars 1966 Ă  Green Bay, Wisconsin (États-Unis). 2004 : L'ArmĂ©e des morts (Dawn of the Dead). 2007 : 300. 2009 : Watchmen. 2010 : Le Royaume de Ga'hoole : La LĂ©gende des gardiens. 2011 : Sucker Punch. 2012 : Superman: Man of Steel.


Film fleuve d'une durĂ©e excessive de 3h06, Watchmen est l'adaptation du comic homonyme d'Alan Moore et Dave Gibson publiĂ©e entre 1986 et 1987. SituĂ© dans une rĂ©alitĂ© alternative des annĂ©es 80, le film nous dĂ©crit la rĂ©surgence d'une poignĂ©e de super-hĂ©ros, dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  empĂŞcher une 3è guerre mondiale provoquĂ©e entre les Etats-Unis et la Russie. Au mĂŞme moment, alors qu'un mystĂ©rieux tueur s'en prend Ă  ces justiciers masquĂ©s, une machination de grande ampleur est sur le point de converger au pĂ©ril de la survie de millions d'innocents. Après l'entreprise de son habile remake, l'ArmĂ©e des Morts et du peplum ultra stylisĂ©, 300Zack Snyder redouble d'ambition pour reproduire en live une bande dessinĂ©e rĂ©putĂ©e inadaptable en s'interrogeant sur la notion du hĂ©ros. Divertissement cĂ©rĂ©bral prĂ©conisĂ© pour un public adulte, Watchmen nous Ă©tabli avec flamboyance formelle l'Ă©tat des lieux d'une terre en perdition, engluĂ©e dans les sempiternels conflits politiques entre dirigeants Ă©gotistes. 


Avec son ambiance crĂ©pusculaire terriblement pessimiste, Zack Snyder idĂ©alise une somptueuse fresque oĂą des hĂ©ros dĂ©saxĂ©s sont ici sĂ©vèrement malmenĂ©s par leur hiĂ©rarchie hĂ©roĂŻque, faute de leur tempĂ©rament contradictoire et d'une notoriĂ©tĂ© exubĂ©rante. A contre emploi du traditionnel super-hĂ©ros fraternel et avenant, ces gardiens sont caractĂ©risĂ©s comme des personnages sclĂ©rosĂ©s en quĂŞte existentielle, contrariĂ©s par un hĂ©roĂŻsme dĂ©nuĂ© de signification. Puisqu'ici, l'infidĂ©litĂ©, la manipulation, la trahison et le meurtre font parti de leur faille humaine et sont implicitement engendrĂ©s par un monde bestial toujours plus incivilisĂ©. ConfrontĂ©s Ă  une morale dĂ©chue, ces gardiens passĂ©istes vont tenter une seconde fois de renouer avec l'honneur de la bravoure pour prĂ©munir le citoyen d'une 3è guerre mondiale et se racheter une conduite devant la souverainetĂ© d'un divin en pleine dĂ©pression ! Dans une solide narration privilĂ©giant l'Ă©tude caractĂ©rielle de ses marginaux parfois sanguinaires (les exactions vindicatives de Rorschach, la haine meurtrière du ComĂ©dien), volages (l'adultère du Hibou II entrepris avec le Spectre Soyeux II), voir mĂŞme pervers (le viol du ComĂ©dien commis sur Sally Jupiter), Watchmen retransmet avec autant de souffle Ă©pique que de lyrisme leur indĂ©cise destinĂ©e avec une empathie moribonde. 


Tant qu'il y aura des hommes
RĂ©flexion mĂ©taphysique, allĂ©gorie politique sur l'avilissement du pouvoir et l'instinct destructeur de l'homme, Watchmen propose un spectacle subversif d'une audace peu commune dans son alternance d'ultra violence et de dĂ©faillance existentielle. Mise en abĂ®me de notre propre sociĂ©tĂ© en crise oĂą l'insurrection du peuple s'avère toujours plus indisciplinĂ©e devant l'autoritĂ©. La rigueur de sa mise en scène stylisĂ©e, la bande son nostalgique d'une pop-rock rĂ©tro et surtout la dimension humaine impartie Ă  ses anti-hĂ©ros nĂ©vrosĂ©s transcendent Watchmen au rang d'ovni hermĂ©tique, vĂ©ritable pied de nez au rĂŞve amĂ©ricain ! 

03.09.13. 2èx
Bruno Matéï

vendredi 30 août 2013

Wolf Creek

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site baranfilm27.org

de Greg McLean. 2005. Australie. 1h44. Avec Nathan Philipps, Cassandra Magrath, Kestie Morassi, John Jarratt.

Sortie salles France: 9 Août 2006. Australie: 3 Novembre 2005

FILMOGRAPHIE: Greg McLean est un réalisateur, scénariste et producteur australien.
2005: Wolf Creek. 2007: Solitaire


Chaque annĂ©e, en Australie, 30 000 personnes sont portĂ©es disparues. 90 % d'entre elles sont retrouvĂ©es en l'espace d'un mois. Certaines disparaissent Ă  jamais. 

K.O. et dĂ©primĂ© Ă  la sortie de la projo de Wolf Creek. Pour une première Ĺ“uvre, Greg McLean signe un coup de maĂ®tre avec ce survival aride, saturĂ© d’un climat d’insĂ©curitĂ© permanent. Une Ă©preuve de force physique et morale, infligĂ©e Ă  un trio d’Ă©tudiants malmenĂ©s par un tueur en sĂ©rie dans l’immensitĂ© brĂ»lante du dĂ©sert australien magnifiquement photographiĂ©.

Ă€ partir d’un concept Ă©culĂ©, nourri des classiques des seventies - Massacre Ă  la Tronçonneuse en tĂŞte, pour l’affliction hystĂ©risĂ©e des victimes, la moiteur de son atmosphère et son authenticitĂ© malsaine - McLean renouvelle la terreur avec un esprit anti-ludique, refusant toute distraction facile pour mieux nous Ă©branler. Car Wolf Creek n’a rien du traditionnel “ouh, fais-moi peur” rĂ©confortant, avec tueur dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© courant après des proies ingĂ©nues. Non. Ici, il s’agit d’une expĂ©rience extrĂŞme, toujours plus Ă©prouvante, refusant les compromis, la complaisance, la facilitĂ© - et exprimant une terreur crue, jusqu’au malaise.

Les victimes, enchaĂ®nĂ©es, hurlent de douleur ou d’impuissance face Ă  la monstruositĂ© d’un prĂ©dateur pervers, jouissant de ses pulsions dans un laps de temps indĂ©fini. En toute libertĂ©, au cĹ“ur d’un dĂ©sert crĂ©pusculaire, ce tueur mĂ©thodique s’amuse Ă  piĂ©ger des touristes dans un hangar rouillĂ©, les torturant Ă  sa guise dès que le goĂ»t du sordide lui revient. Une effroyable descente aux enfers d’une redoutable efficacitĂ©, que Greg McLean relate avec un souci glaçant de rĂ©alisme. Car Wolf Creek s’inspire librement d’un fait rĂ©el : le rapt de deux touristes par Bradley John Murdoch, condamnĂ© pour meurtre en 2005. En rĂ©alitĂ©, une seule victime fut retrouvĂ©e, et bien loin du fameux cratère : Ă  plus de 2000 kilomètres…

Le tempo bourdonnant d’un score monocorde, la rigueur de la mise en scène exploitant l’hostilitĂ© sublime de ces paysages dĂ©solĂ©s, la scrupuleuse radiographie de la dĂ©tresse humaine - tout ici exacerbe un malaise si insidieux que le spectateur, pris de vertige, se retrouve piĂ©gĂ© dans cette claustration Ă©touffante. Jusqu’au-boutiste et sans concession : aucun Ă©chappatoire Ă  l’horizon. Et si certaines tentatives d’Ă©vasion semblent audacieuses, la mort - brutale, lâche - les rattrape inexorablement.


Chef-d’Ĺ“uvre du survival niant toute notion de divertissement facile, Wolf Creek nous prend aux tripes, pour nous plonger dans l’authenticitĂ© d’une horreur vĂ©cue. Celle de voyageurs malchanceux croisant un inconnu affable… alors qu’un monstre Ă  visage humain s’apprĂŞte Ă  tomber le masque pour infliger les sĂ©vices les plus crapuleux. On en ressort d’autant plus traumatisĂ© que les comĂ©diens, inconnus au bataillon mais criants de vĂ©ritĂ©, nous touchent avec une empathie Ă  vif, profondĂ©ment meurtrie.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

26.07.25. 3èx. Vostf. 4k
30.08.13. 2èx

La critique de Wolf Creek 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/04/wolf-creek-2.html




mercredi 28 août 2013

Un Justicier dans la ville / Death Wish

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site silverferox.blogspot.fr

de Michael Winner. 1974. U.S.A. 1h33. Avec Charles Bronson, Hope Lange, Vincent Gardenia, Steven Keats, William Redfield, Stuart Margolin, Stephen Elliott.

Sortie salles France: 18 Octobre 1974. U.S: 24 Juillet 1974

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Michael Winner est un réalisateur britannique, né le 30 Octobre 1935 à Londres, décédé le 21 Janvier 2013.
1964: Dans les mailles du filet. 1967: Qu'arrivera-t-il après ? 1971: Les Collines de la Terreur. 1971: l'Homme de la Loi. 1971: Le Corrupteur. 1972: Le Flingueur. 1973: Le Cercle Noir. 1973: Scorpio. 1974: Un Justicier dans la Ville. 1976: Won Ton Ton, le chien qui sauva Hollywood. 1977: La Sentinelle des Maudits. 1978: Le Grand Sommeil. 1979: l'Arme au Poing. 1982: Un Justicier dans la Ville 2. 1983: La Dépravée. 1985: Le Justicier de New-York. 1988: Rendez vous avec la mort. 1990: Double Arnaque. 1993: Dirty Week-end.


PrĂ©curseur du Vigilante movie qui fit couler tant d’encre Ă  sa sortie, Un Justicier dans la Ville rĂ©vèle une figure devenue emblĂ©matique du cinĂ©ma d’action : l’implacable Charles Bronson. AdaptĂ© du roman Death Wish de Brian Garfield, ce polar brutal retrace l’expĂ©dition meurtrière d’un homme dĂ©cidĂ© Ă  purger les rues de leurs voyous arrogants.

Synopsis: Trois dĂ©linquants s’introduisent chez une mère et sa fille. La première, battue Ă  mort, succombe Ă  ses blessures ; la seconde, violĂ©e, est internĂ©e dans un institut psychiatrique, ravagĂ©e par le traumatisme. RongĂ© par le deuil et l’impuissance d’une police inerte, Paul Kersey s’arme et s’abandonne Ă  une vendetta expĂ©ditive.

Film-choc Ă  la violence glaciale et implacable, dont le prologue - passage Ă  tabac d’une mère et de sa fille dans l’intimitĂ© de leur foyer - conserve aujourd’hui encore une brutalitĂ© sidĂ©rante, Un Justicier dans la Ville frappe par son radicalisme : il expose une violence nue, gratuite, miroir d’une insĂ©curitĂ© urbaine en pleine recrudescence. Si la polĂ©mique fut immĂ©diate, c’est parce que le film joue dangereusement avec une thĂ©matique rĂ©actionnaire, esquissant le portrait psychotique d’un adepte de l’autodĂ©fense. Michael Winner dĂ©peint avec un rĂ©alisme clinique la lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence d’un architecte respectĂ©, happĂ© par une spirale meurtrière pour venger sa femme. Son premier meurtre, commis dans un sursaut de bravoure, l’Ă©crase de dĂ©goĂ»t - il en vomit ses tripes dans les toilettes. Mais peu Ă  peu, ses exĂ©cutions lui procurent une satisfaction trouble, puis une cĂ©lĂ©britĂ© malsaine, Ă  mesure que la criminalitĂ© recule. PhĂ©nomène de sociĂ©tĂ©, le justicier inspire une partie de la population qui se met, elle aussi, Ă  prendre les armes. DĂ©semparĂ©e, la police hĂ©site Ă  l’arrĂŞter, craignant d’Ă©riger un martyr et de voir les taux de criminalitĂ© remonter en flèche.

Avec une efficacitĂ© redoutable, Winner livre un polar ultra-violent, tendu de sĂ©quences d’action acĂ©rĂ©es, sans jamais cĂ©lĂ©brer la justice individuelle. Car il rĂ©vèle plutĂ´t la vĂ©nalitĂ© d’un tueur radical, pris dans l’ivresse de son propre vertige sanglant. Son Ă©pilogue Ă©difiant - ce sourire narquois de Kersey, doigt en revolver pointĂ© sur d’Ă©ventuels agresseurs - rĂ©sume toute l’ironie morbide du personnage. Non pas l’apologie d’une violence fascisante, mais l’avertissement d’une dĂ©rive immorale oĂą la vendetta personnelle dĂ©vore la raison.

Alternant enquĂŞte policière et action expĂ©ditive, Un Justicier dans la Ville demeure un polar brutal, fulgurant, construit sur une vengeance putassière. Michael Winner y scrute aussi l’Ă©chec d’une police impuissante face Ă  une criminalitĂ© impunie. MagnĂ©tique et impassible, Charles Bronson Ă©clabousse l’Ă©cran et grave dans le marbre l’ambiguĂŻtĂ© d’un justicier rĂ©actionnaire, glaçant, pervers et fascinant Ă  la fois.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

17.08.25. 4èx. Vo 4K
28.08.13. 3èx

mardi 27 août 2013

Le Labyrinthe de Pan / El laberinto del fauno

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site locecine.info

de Guillermo Del Toro. 2006. Espagne/Mexique. 1h59. Avec Ivana Baquero, Doug Jones, Sergi Lopez, Maribel Verdu, Ariadna Gil, Alex Angulo.

Sortie salles France: 1er Novembre 2006. Espagne: 11 Octobre 2006. Cannes: 27 Mai 2006

FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un réalisateur, scénariste, romancier et producteur américain, né le 9 Octobre 1964 à Guadalajara (Jalisco, Mexique).
1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim.

Deux ans après Hellboy, Guillermo Del Toro renoue avec le fantastique intimiste qu’il avait dĂ©jĂ  explorĂ© dans L’Échine du Diable, sous le spectre du franquisme. Dans Le Labyrinthe de Pan, conte onirique et drame de guerre se tĂ©lescopent avec une verdeur qui en aura brusquĂ© plus d’un. La faute revient Ă  une affiche trompeuse, promettant une aventure fĂ©erique expurgĂ©e de toute cruautĂ©. Or Del Toro n’a rien d’un illusionniste candide : il frappe sans dĂ©tour pour dĂ©noncer les horreurs du fascisme durant la guerre d’Espagne, au point de rendre son film constamment Ă©prouvant, surtout Ă  travers le regard dĂ©sabusĂ© d’une enfant. Car ce sont ses yeux de rĂŞveuse, cherchant Ă  fuir la brutalitĂ© qui l’engloutit, qui nous ouvrent les portes d’un monde obscur, habitĂ© de crĂ©atures hybrides Ă©chappĂ©es des contes les plus inquiĂ©tants.

Synopsis. Avec sa fille Ofelia, Carmen rejoint l’armĂ©e de son mari, le capitaine Vidal, tyran impitoyable. Tandis que les rĂ©sistants traquent l’officier et que sa mère enceinte dĂ©pĂ©rit, Ofelia se rĂ©fugie dans un royaume de contes, guidĂ©e par un insecte. Un faune lui confie une mission : retrouver le labyrinthe qui lui permettrait de renaĂ®tre princesse. Mais l’Ă©preuve est implacable : sacrifier la vie de son futur petit frère pour accĂ©der Ă  l’Ă©ternitĂ© du monde souterrain.


Avec une audace rare, Del Toro juxtapose la quĂŞte spirituelle et la cruautĂ© belliqueuse, Ă©rigeant un contraste foudroyant entre chimère et rĂ©alitĂ© sanguinaire. L’esthĂ©tique oscille entre flamboyance (le royaume souterrain, la forĂŞt peuplĂ©e de crĂ©atures difformes) et tĂ©nèbres (le camp de Vidal, la grange des prisonniers). Tout repose sur l’imaginaire fragile d’une fillette isolĂ©e dans un monde oĂą le fascisme impose sa doctrine, Ă©rigeant l’injustice en dogme. Les monstres de contes, Ă©trangement expressifs, rĂ©sonnent comme les reflets cauchemardĂ©s d’une guerre sans pitiĂ©. En parallèle, Del Toro filme sans relâche les corps suppliciĂ©s, la dĂ©tresse d’une maternitĂ© vouĂ©e Ă  l’Ă©chec. Il refuse toute indulgence, cherchant Ă  nous Ă©branler face Ă  la barbarie fasciste qui broie l’enfance et profane la vie. Ses scènes de torture et d’exĂ©cutions, d’une vĂ©racitĂ© suffocante, deviennent le miroir nausĂ©eux du rĂŞve d’Ofelia, obstinĂ©e Ă  croire en un ailleurs purifiĂ© de toute douleur. De cette opposition jaillit une Ă©motion dĂ©chirante : lyrisme dĂ©sespĂ©rĂ© d’un conte qui tente de rĂ©conforter, mĂŞme au cĹ“ur du dĂ©sastre.

PortĂ© par la partition Ă©lĂ©giaque de Javier Navarrete, Le Labyrinthe de Pan s’impose comme un chef-d’Ĺ“uvre du fantastique transgressif. Dans l’alliance singulière de l’horreur crue et de la fĂ©erie, Del Toro sculpte une Ĺ“uvre dure, inconfortable, mais d’une beautĂ© mĂ©taphorique saisissante. Une poĂ©sie de l’abĂ®me, oĂą la dignitĂ© du sacrifice s’Ă©rige en ultime lumière.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

27.08.13. 2èx
 
Récompenses: Oscars de la meilleure Photographie, Meilleure Direction Artistique et Meilleurs Maquillages, 2006.
Meilleur Film et Meilleur Acteur (Sergi Lopez) Ă  Fantasporto, 2007
Meilleur Film International, Meilleure jeune Actrice, Ivana Baquero, au Saturn Awards, 2007
Meilleur Film au NSFC Awards, 2007
Meilleur Long-métrage au Prix Hugo, 2007


lundi 26 août 2013

Un Elève doué / Apt Pupil

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dl-more.eu

de Bryan Singer. 1998. U.S.A/France. 1h50. Avec Brad Renfro, Ian McKellen, David Schwimmer, Ann Dowd, Bruce Davison, Elias Koteas, Joe Morton.

Sortie salles France: 20 Janvier 1999. U.S: 23 Octobre 1998

FILMOGRAPHIE: Brian Singer est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 17 Septembre 1965 Ă  New-York aux Etats-Unis. 1993: Ennemi Public. 1995: Usual Suspects. 1998: Un Elève DouĂ©. 2000: X Men. 2003: X Men 2. 2006: Superman Returns. 2009: Walkyrie. 2013: Jack, le Chasseur de GĂ©ants. 2014: X Men: Days of Future Past.


Trois ans après Usual Suspects, Bryan Singer s’attelle Ă  l’adaptation d’une nouvelle de Stephen King (DiffĂ©rentes Saisons) pour retracer l’itinĂ©raire sulfureux d’un adolescent fascinĂ© par le Mal tapi chez un ancien criminel de guerre. Son Ă©chec commercial et l’accueil critique mitigĂ© tiennent sans doute Ă  l’ambiguĂŻtĂ© d’un scĂ©nario audacieux, au rapport masochiste qui lie les deux antagonistes, et au climat dĂ©lĂ©tère que Singer distille sans vergogne autour de leurs gestes et de leurs silences. Plus encore, en refusant de les juger, il choisit d’explorer leur cheminement vĂ©nĂ©neux, nourri d’arrivisme, de perversitĂ©, de sadisme et de soif de domination. CoincĂ© dans ce terrain instable, le spectateur se sent complice, voyeur, happĂ© par un duel psychologique partagĂ© avec deux monstres Ă©rudits.

Thriller psychologique austère, saturĂ© d’une ambiance fĂ©tide et implacable, Un Élève DouĂ© nous plonge dans l’intimitĂ© d’un ancien criminel nazi, Kurt Dussander, contraint de collaborer avec un jeune voisin qui l’oblige Ă  rĂ©vĂ©ler les dĂ©tails de ses exactions meurtrières. FascinĂ© par la mort, Todd, brillant Ă©tudiant, parvient Ă  dĂ©busquer le masque de ce monstre authentique. Il dĂ©cide alors de le faire chanter, avide de sonder jusqu’au vertige l’idĂ©ologie du meurtre et de la cruautĂ©.

DominĂ© par les prestations souveraines de l’illustre Ian McKellen et du jeune Brad Renfro - glaçant de naturel impassible -, Un Élève DouĂ© met Ă  nu l’influence corruptrice du Mal. La relation que tisse Todd avec son ascendant le dĂ©shumanise peu Ă  peu : Ă©chec scolaire, retrait de soi, sentiments atrophiĂ©s. Bâtie sur le chantage, la trahison et la manipulation, leur alliance est avant tout un jeu d’asservissement, une quĂŞte de domination individuelle, et finalement l’aveu voilĂ© d’une culpabilitĂ© partagĂ©e.


NĂ© pour tuer.
HermĂ©tique, aurĂ©olĂ© de soufre, ce duel malsain entre deux gĂ©nĂ©rations provoque un malaise tangible, une perversion qui contamine l’Ă©cran. PortĂ© par l’intensitĂ© du duo McKellen / Renfro, le film nous confronte Ă  la contagion du Mal, au dĂ©sir de soumission et Ă  l’instinct cruel gouvernĂ© par la mĂ©galomanie. On en sort fangeux, avec la brĂ»lure impĂ©rieuse de se laver sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clos.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

05.09.25. 3èx. Vost
26.08.13. 






vendredi 23 août 2013

The Conjuring

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site comingsoon.net

de James Wan. 2013. U.S.A. 1h52. Avec Vera Farmiga, Patrick Wilson, Lili Taylor, Ron Livingston, Mackenzie Foy, Shannon Kook-Chun, Joey King, Hayley McFarland.

Sortie salles France: 21 AoĂ»t 2013. U.S: 19 Juillet 2013

FILMOGRAPHIEJames Wan est un producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste australien nĂ© le 27 FĂ©vrier 1977 Ă  Kuching (Malaisie), avant de dĂ©mĂ©nager Ă  Perth (Australie).
2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2.


"Possession Ă  l’ancienne, peur Ă  vif".
Trois ans après l’Ă©patant Insidious, dĂ©clinaison Ă  peine voilĂ©e de Poltergeist, James Wan renoue avec l’Ă©pouvante acadĂ©mique des esprits frappeurs et de la possession, en rendant hommage cette fois-ci Ă  Amityville et L’Exorciste — foi catholique Ă  l’appui, en bonne et due forme. PrĂ©cĂ©dĂ© d’une rĂ©putation flatteuse avant mĂŞme sa sortie, The Conjuring s’Ă©rige sur un fait divers supposĂ©, rapportĂ© par les cĂ©lèbres enquĂŞteurs du surnaturel, Ed et Lorraine Warren. Ce couple de chasseurs de fantĂ´mes est cette fois appelĂ© Ă  la rescousse d’une famille en dĂ©tresse : les Perron, emmĂ©nagĂ©s dans une demeure poussiĂ©reuse rongĂ©e par une entitĂ© diabolique.

Ce pitch archĂ©typal, dĂ©clinaison directe du thème de la hantise, emprunte aux classiques du genre comme aux DTV les plus rances. Et pourtant. James Wan, passionnĂ© jusqu’au bout des ongles par les films de possession et de maisons maudites, s’Ă©vertue, avec intĂ©gritĂ© et ferveur, Ă  ressusciter la trouille sur grand Ă©cran. Ă€ l’instar du trĂ©pidant train fantĂ´me qu’Ă©tait Insidious, il ne recule pas devant l’usage de ficelles usĂ©es, mais les affine, les tend, les affĂ»te, jusqu’Ă  en faire des pièges redoutables.

ConcoctĂ©e Ă  partir d’une vieille formule — mĂŞme l’Ă©poque se cale sur les seventies ! — cette nouvelle mouture fonctionne Ă  tel point que l’on croit dur comme fer que la maison des Perron est infestĂ©e par le Diable lui-mĂŞme. La peur du noir, une porte qui grince ou claque, un saut dans le vide, trois claps de mains, un placard mesquin, des volatiles suicidaires, une poupĂ©e sardonique, une cave mortuaire… et surtout, surtout, une entitĂ© malĂ©fique dont on redoute la moindre rĂ©surgence. Et ça marche. Ă€ la perfection.

Pour asseoir son rĂ©cit surnaturel, James Wan prend d’abord le temps d’humaniser ses protagonistes : il peaufine la vie conjugale des Perron, mais aussi celle des Warren. Il cultive une empathie viscĂ©rale pour cette famille harcelĂ©e par l’invisible, et creuse en parallèle les liens affectifs qui unissent le couple d’exorcistes. La sobriĂ©tĂ© des comĂ©diens, empreints d’une fragilitĂ© contenue, confère Ă  l’ensemble une humanitĂ© touchante — les enfants, notamment, sont admirables de justesse dans leur peur nue. Ă€ tel point qu’on en vient, au fil du rĂ©cit, Ă  Ă©prouver une Ă©motion poignante Ă  l’idĂ©e de leur destin vacillant.

La crĂ©dibilitĂ© des personnages se double d’un volet quasi documentaire autour du couple Warren : James Wan crĂ©dibilise leur fonction avec force dĂ©tails, mĂŞlant images d’archives et foi catholique fervente. Leur manière de dissocier le vrai du faux, leur solidaritĂ© mutuelle face aux forces du Mal, leur connaissance des domaines occultes… tout cela renforce l’Ă©paisseur de leur rĂ´le. Jusqu’Ă  cette pièce secrète, oĂą s’entassent les objets maudits rĂ©coltĂ©s au fil des exorcismes — reliques du cauchemar ordinaire.

Si la première heure, parfois terrifiante, distille avec brio la suggestion d’une angoisse tapie dans l’ombre, la seconde bascule dans une intensitĂ© sensorielle presque insoutenable. La peur prend chair, se densifie, s’Ă©panche dans un crescendo de visions d’effroi culminant lors d’un exorcisme fiĂ©vreux et dĂ©sespĂ©rĂ©.


"Panique sacrée".
Grâce Ă  cette densitĂ© dramatique, James Wan signe avec The Conjuring un film d’Ă©pouvante d’une redoutable efficacitĂ©. Rigoureux, affolant, et d’une maĂ®trise technique Ă©clatante (plan-sĂ©quence d’ouverture, travellings aĂ©riens, cadrages alambiquĂ©s), il exploite Ă  merveille les recoins tĂ©nĂ©breux d’une bâtisse gothique, tout en convoquant de vĂ©ritables poussĂ©es d’angoisse — brutales, irrationnelles, jamais racoleuses. Car ici, on ne sait jamais d’oĂą viendra l’attaque. Ni qui sera la prochaine proie.

Pensé comme un train fantôme en guise de déclaration d'amour au film de possession et de demeures hantées, The Conjuring ne se repose jamais sur une vacuité mercantile. Il tient ses promesses. Et provoque une peur panique comme le cinéma horrifique nous en offre trop rarement. Un électrochoc spectral, orchestré avec foi et frisson.

*Bruno

La Chronique de The Conjuring 2: http://brunomatei.blogspot.fr/…/conjuring-2-le-cas-endfield…

02.06.25. 3èx. 4K Vost
24.08.13 (232)
20.06.16



                                       

Dead Silence

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site screen-play.fr

de James Wan. 2007. U.S.A. 1h31. Avec Ryan Kwanten, Amber Valleta, Donnie Wahlberg, Michael Fairman, Joan Heney, Bob Gunton, Laura Regan.

Sortie salles France: 21 Novembre 2007. U.S: 16 Mars 2007

FILMOGRAPHIE: James Wan est un producteur, réalisateur et scénariste australien né le 27 Février 1977 à Kuching (Malaisie), avant de déménager à Perth (Australie).
2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2.


Au 6è siècle avant J.-C., on croyait que les esprits des morts parlaient du ventre des vivants. 
Des mots latins VENTER: "ventre" et LOQUI: "parler" vient le mot VENTRILOQUE (ventriloquist)

"Dead Silence : la langue des morts".
Trois ans après le cultissime Saw, James Wan poursuit son sillon horrifique et rend hommage, cette fois, au conte d’Ă©pouvante avec Dead Silence. Un titre on ne peut plus juste : ici, pour survivre, il ne faut surtout pas crier… mais garder le silence.

Synopsis: Un couple reçoit un colis anonyme contenant une poupĂ©e ventriloque. Peu après, la femme est retrouvĂ©e morte, la langue arrachĂ©e. Jamie Nash, son Ă©poux, entame alors sa propre enquĂŞte, laquelle le ramène dans sa ville natale, lĂ  oĂą plane encore l’ombre de Mary Shaw, spectre vengeur qui terrorise les vivants.

Le premier Ă©loge Ă  faire au nouveau prodige de l’horreur, c’est l’Ă©clat esthĂ©tique de sa scĂ©nographie gothique, d’un raffinement classieux. PortĂ© par une photo dĂ©saturĂ©e tranchant avec un rouge rutilant, Dead Silence Ă©blouit : James Wan cisèle ses cadres avec une ambition picturale rare. Qu’il s’agisse d’un amphithéâtre flambant neuf ou tombĂ© en ruines, d’un cimetière diaphane, d’une bâtisse aux lignes mortuaires ou d’un village fantĂ´me, tout suinte la beautĂ© glaciale d’un cauchemar ancien.
Cette atmosphère sĂ©culaire d’une Ă©pouvante gothico-onirique captive d’autant plus que le pitch recycle habilement de vieilles ficelles — peur du noir, angoisse du mutisme — pour mieux les rĂ©inventer sous les traits d’une mĂ©gère flĂ©trie flanquĂ©e d’une poupĂ©e sardonique.

Ă€ l’image d’un prologue terrifiant, James Wan orchestre un montage fin, distillant l’apprĂ©hension d’un danger diffus et sculptant le silence avec une prĂ©cision sonore acĂ©rĂ©e. En jouant sur la peur enfantine de la poupĂ©e figĂ©e, il dĂ©clare son amour aux automates hagards, ici possĂ©dĂ©s par l’esprit vengeur de Mary Shaw. Dans un Ă©lan d’originalitĂ©, il revisite la figure du spectre maudit sous les traits d’une sexagĂ©naire hargneuse, dĂ©cidĂ©e Ă  faire taire Ă  jamais les enfants insolents en leur tranchant la langue.

Si Dead Silence parvient efficacement Ă  ressusciter une Ă©pouvante archaĂŻque, on peut peut-ĂŞtre se dĂ©solidariser de son Ă©pilogue, totalement dĂ©risoire. Un rebondissement faisant Ă©cho Ă  l’effet de stupeur dĂ©jĂ  invoquĂ© dans Saw, pour Ă  nouveau dĂ©coiffer le spectateur. Or, cet Ă©pilogue poursuit sa ligne de conduite narrative Ă  manipuler Ă  sa guise l'ultime victime telle un pantin dĂ©sarticulĂ©. 


"Le cri dans la gorge, le silence en héritage".
Efficacement troussĂ© dans une intrigue captivante et parsemĂ© de moments vĂ©ritablement effrayants — son prologue meurtrier, les apparitions de Mary Shaw, la première reprĂ©sentation de Billy devant un public suffoquĂ©, ou encore le final confinĂ© sous une tribune poussiĂ©reuse — Dead Silence joue avec une macabre dĂ©rision et un soin formel redoutable. Il orchestre avec brio le ballet sinistre entre silence oppressant et cri interdit.

*Bruno
09.06.25. 4èx. Vost
23.08.13. 

"Le bois grince, les ventres se taisent" — Dead Silence, James Wan (2007).
Il y a dans ce film quelque chose d’inhumainement froid. Un vide creusĂ© dans la bouche des morts. Un hurlement qu’on n’a pas entendu, mais dont l’Ă©cho racle encore les murs de nos nerfs.

James Wan, jeune architecte de cauchemars, dĂ©laisse ici les chaĂ®nes et les pièges de Saw pour bâtir un mausolĂ©e gothique, un théâtre du silence oĂą les morts parlent par l’intermĂ©diaire du bois poli et des yeux de verre. Dead Silence n’est pas un film qui crie. C’est un murmure humide. Une comptine que chuchotent les cercueils fermĂ©s.

Au cĹ“ur du rĂ©cit, Mary Shaw, spectre aux lèvres figĂ©es, fait de ses poupĂ©es les prolongements d’un traumatisme irrĂ©solu. Elle ne tue pas. Elle recompose, dĂ©coupe les corps pour mieux en faire des accessoires de théâtre. Elle sculpte les âmes avec la prĂ©cision d’un artisan maudit. Ses marionnettes sont des cercueils miniatures, des orphelins sans fils visibles.

Et Jamie, lui, traverse ce rĂ©cit comme un mort-vivant Ă©garĂ©. Son visage de veuf prĂ©maturĂ© se dĂ©compose Ă  mesure que les secrets remontent, que le passĂ© familial remonte par la trachĂ©e, comme une bile noire. La vĂ©ritĂ©, au fond, c’est que tout le monde est dĂ©jĂ  mort. Les vivants ne sont que des pantins avec un peu d’illusion dans les yeux.

Le théâtre abandonnĂ©, l’Ă©clairage au nĂ©on malade, les chambres vides, tout semble exsangue. La mise en scène respire par spasmes. Chaque plan est une crypte. Chaque coupe, un cercueil qui claque.

Et puis vient la fin. Le dernier retournement. Celui qui serre la gorge et laisse une brĂ»lure dans les amygdales. Le père mort depuis longtemps, manipulĂ© comme un pantin humain… Mary Shaw qui vit encore, parasite silencieux logĂ© dans une nouvelle hĂ´te. Alors Jamie crie. Et c’est ce cri — enfin — qui le condamne.

Dans ce monde-lĂ , ce n’est pas la mort qui tue, c’est le son.

Dead Silence, derrière sa trame de sĂ©rie B assumĂ©e, Ă©voque la transmission du mal comme un virus gĂ©nĂ©alogique, un poison logĂ© dans la langue. C’est un film hantĂ©, pas seulement par des fantĂ´mes, mais par les mots qu’on n’a pas su taire, les cris qu’on a laissĂ©s sortir. Un conte cruel pour adultes endormis.

Ne criez pas.

Elle écoute.