lundi 4 août 2014

LOCKE

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site drafthouse.com

de Steven Knight. 2014. U.S.A/Angleterre. 1h25. Avec Tom Hardy.

Récompense: Meilleur Scénario au British Independent Film Awards, 2013

Sortie salles France: 23 Juillet 2014. U.S: 25 Avril 2014. Angleterre: 18 Avril 2014

FILMOGRAPHIE: Steven Knight est un scénariste et réalisateur anglais né en 1959 à Marlborough.
1995-1997: The Detectives (5 épisodes). 2013: Crazy Joe. 2014: Locke.


Incarné par un seul acteur confiné dans le décor d'une voiture, Locke nous relate l'itinéraire routier d'un chef de chantier délibéré à dénigrer sa profession pour le compte d'une collègue sur le point d'accoucher. Epoux et père de deux enfants, Ivan mène une vie familiale des plus épanouie s'il ne leur avait pas caché sa liaison d'adultère fautée avec elle. Durant son trajet vers l'hôpital, il va tenter de résolver ses problèmes professionnels pour la construction d'un building, soutenir sa compagne sur le point d'accoucher de son enfant et s'efforcer de convaincre sa femme de lui pardonner cette infidélité.


Si Mario Bava avait dĂ©jĂ  exploitĂ© la situation dans Chiens EnragĂ©s, Steven Knight adopte ici le concept de manière plus audacieuse, sa camĂ©ra ne quittant jamais de vue notre unique protagoniste parquĂ© Ă  l'intĂ©rieur d'une voiture jusqu'au point de destination. Suivant son trajet nocturne de manière inlassable sur le bitume des autoroutes, nous nous immergeons dans l'introspection tourmentĂ©e d'Ivan Locke harcelĂ© de coups de tĂ©lĂ©phone afin de prĂŞter main forte Ă  quelques ouvriers et sa collègue enceinte. C'est autour de ces conflits qu'il s'efforce d'avouer Ă  sa femme son adultère et la naissance d'un bambin tout en essayant de la convaincre que cette relation Ă©tait sans fondement. A travers les caractĂ©ristiques de cet entrepreneur digne de confiance et de père aimant (suffit d'entendre la fougue de ses enfants lorsqu'ils s'empressent de lui dĂ©voiler le rĂ©sultat d'un match de foot !), le rĂ©alisateur nous brosse la responsabilitĂ© d'un homme intègre, loyal et plein de reconnaissance mais compromis Ă  une faiblesse humaine Ă  un moment alĂ©atoire de sa vie. Celle d'avoir cĂ©dĂ© Ă  la tentation avec une collègue en dĂ©tresse sans jamais avoir pu rĂ©ellement comprendre les tenants et aboutissants d'un comportement aussi contradictoire. Au fil des appels tĂ©lĂ©phoniques reçus, nous allons Ă©galement entendre ses monologues intimes nous dĂ©voilant sa haine envers un père inexistant et donc comprendre Ă  quel point sa dĂ©cision de privilĂ©gier l'assistance paternelle Ă©tait primordiale pour honorer l'avènement d'un enfant. Celui d'assumer la responsabilitĂ©, ĂŞtre inĂ©vitablement prĂ©sent dès le premier jour de sa naissance et le prĂ©server de l'amour qu'il lui portera plus tard !


A travers le profil de cet homme rempli d'humilitĂ© mais desservi par l'erreur et hantĂ© par le regret, Locke dĂ©voile la fragilitĂ© de la nature humaine capable de trahison mais pourtant rĂ©signĂ© Ă  regagner la confiance de l'autre si le pardon Ă©tait tolĂ©rĂ©. Tout en pudeur, ce road movie contemplatif nous immerge dans sa solitude et son courage (le jeu flegmatique de Tom Hardy y doit beaucoup !) avec une Ă©motion parfois poignante, Ă  l'instar d'un Ă©pilogue bouleversant uniquement bâti sur l'acuitĂ© de suggestion. En terme de production indĂ©pendante, un road-movie touchant, efficace et plein de sincĂ©ritĂ© malgrĂ© son concept casse-gueule de huis-clos Ă©triquĂ© risquant de perdre certains spectateurs en route. 

Bruno Matéï


samedi 2 août 2014

LA PLANETE DES SINGES: L'AFFRONTEMENT (Dawn of the Planet of the Apes)

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site zickma.fr

de Matt Reeves. 2014. U.S.A. 2h10. Avec Andy Serkis, Jason Clarke, Gary Oldman, Keri Russell, Kirk Acevedo, Toby Kebbell.

Sortie salles France: 30 Juillet 2014. U.S: 11 Juillet 2014

FILMOGRAPHIE: Matt Reeves est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 27 Avril 1966 à Rockville Centre (Etats-Unis).
1993: Future Shock (segment "Mr. Petrified Forrest"). 1996: Le Porteur. 2008: Cloverfield. 2010: Laisse moi entrer. 2014: La Planète des Singes: l'Affrontement.


Si Ruper Wyatt avait rĂ©ussit Ă  relancer la franchise avec un premier reboot très attachant, il cède aujourd'hui sa place Ă  Matt Reeves, rĂ©alisateur de Cloverfield et du remake Laisse moi entrer. Après que la grippe simienne eut dĂ©cimĂ© 95% de la population humaine, une poignĂ©e de survivants immunisĂ©s tentent d'entrer en contact avec les primates rĂ©fugiĂ©s dans la forĂŞt. Incapable de trouver une solution Ă  leur conflit, une guerre semble la seule solution pour obtenir le pouvoir. Plus Ă©pique et violent, La Planète des Singes: l'affrontement illustre donc la dĂ©claration de guerre Ă©tablie entre humains et primates. Le premier point qualitatif que l'on peut cĂ©lĂ©brer dès son introduction concerne la perfection des FX numĂ©riques en motion capture insufflant aux simiens une expression humaine bouleversante.


La grande rĂ©ussite de cet opus Ă©mane donc une fois encore de l'intensitĂ© Ă©motionnelle, l'empathie que l'on Ă©prouve facilement pour les singes factices, Matt Reeves dĂ©crivant avec attention et sensibilitĂ© leur manière de s'exprimer oralement ou par le langage des signes, leur Ă©thique du respect d'autrui (un singe ne tue pas un singe !) et leur condition de vie sereine dans leur environnement naturel. Mais cette harmonie sera de courte durĂ©e puisqu'un Ă©tranger osera y piĂ©tiner les lieux. Car depuis l'intrusion d'une Ă©quipe de patrouilleurs, un enjeu de survie est Ă  nĂ©gocier. Afin d'apaiser les tensions, leur leader CĂ©sar doit se laisser convaincre d'un marchĂ© proposĂ© par Malcolm, un humain pacifiste. C'est Ă  dire pouvoir accĂ©der au barrage hydroĂ©lectrique confinĂ© Ă  leur frontière afin de le rĂ©parer et rĂ©gĂ©nĂ©rer l'Ă©lectricitĂ©. Une aubaine qui leur permettrait d'Ă©tablir un contact avec le monde extĂ©rieur s'il y avait d'autres potentiels survivants La force de caractère de CĂ©sar, leader intègre mais circonspect, renforce l'intensitĂ© des nĂ©gociations qu'une poignĂ©e d'humains tentent de collaborer en dernier ressort. Pour compliquer la donne, un chimpanzĂ© perfide du nom de Koba tente de contredire les dires des humains et d'influencer sa tribu pour leur menace belliqueuse. L'intĂ©rĂŞt de leurs conflits dĂ©coule donc de savoir qui va bien pouvoir causer la première bourde Ă  dĂ©clencher l'inĂ©vitable guerre et quel clan en sortira vainqueur ! A travers les thèmes de la peur, de la rancoeur, de la jalousie et de la haine, le film explore les failles du sentiment humain ainsi que notre instinct d'orgueil et de revanche. Notamment la peur de l'Ă©tranger contraire Ă  nos cultures et notre incapacitĂ© Ă  gĂ©rer notre confiance lorsque deux clans tentent de s'accaparer d'un territoire pour la survie. MĂ©taphore sur le racisme, rĂ©flexion sur l'incommunicabilitĂ©, l'engrenage de la trahison et l'endoctrinement de la guerre, La Planète des Singes: l'Affrontement fait donc Ă©cho aux actualitĂ©s sanglantes qu'on nous ressasse chaque jour, c'est Ă  dire les sempiternels conflits de discorde que se disputent les peuples Ă  travers le monde.


Blockbuster intelligent conçu sur l'expectative d'affrontements homĂ©riques, La Planète des Singes: l'Affrontement dĂ©ploie surtout un humanisme poignant et dĂ©sespĂ©rĂ©, notamment Ă  travers les rapports d'amitiĂ© entamĂ©s entre Malcolm et CĂ©sar car compromis par l'enjeu de survie oĂą l'hĂ©gĂ©monie de l'un finira par l'emporter. Un grand spectacle formel oĂą le lyrisme poĂ©tique se dispute au pessimisme le plus austère. 

Bruno Matéï
P.S: A déplorer la 3D proprement aseptique et inutile.

Planète des singes (la): http://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/la-planete-des-singes-planet-of-apes.html

vendredi 1 août 2014

JUILLET DE SANG (Cold in July)

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site abucketofcorn.com

de Jim Mickle. 2014. U.S.A/France. 1h49. Avec Michael C. Hall, Don Johnson, Nick Damici, Sam Shepard, Vinessa Shaw, Wyatt Russel.

Sortie salles U.S: 23 Mai 2014. Inédit en France.

FILMOGRAPHIE: Jim Mickle est un réalisateur et scénariste américain.
2006: Mulberry Street. 2010: Stake Land. 2013: We are what we are. 2014: Juillet de sang.


RĂ©alisateur douĂ© ayant dĂ©jĂ  fait ses preuves Ă  trois reprises dans le genre horrifique et fantastique, Jim Mickle s'essaie aujourd'hui au registre du polar avec Juillet de sang. TirĂ© d'un roman de Joe R. Lansdale, le rĂ©cit s'articule dans un premier temps autour de la confrontation de deux pères de famille. Une nuit, Richard Dane surprend un cambrioleur dans sa demeure. Pris de panique, il tire sans sommation et l'abat froidement. ConsidĂ©rĂ© par la police comme un cas de lĂ©gitime dĂ©fense, il s'en sort sans poursuite parmi le soutien de la population. Quelques jours après l'enterrement, le père de la victime, un ex taulard connu de la police, semble vouloir se venger auprès de la famille Dane, puisque Ă©piant leurs faits et gestes jusqu'Ă  s'introduire une nuit dans leur maison pour s'en prendre au petit fils


Cette trame simpliste et efficace laisse donc prĂ©sager un thriller palpitant par la rivalitĂ© des rapports de force envisagĂ©s mais desservi par un alibi conventionnel. NĂ©anmoins, Jim Mickle peaufine dĂ©jĂ  l'aspect psychologique de ce cas de lĂ©gitime dĂ©fense auquel le criminel est Ă©pris de remord d'avoir osĂ© sacrifiĂ© une vie mais aussi angoissĂ© Ă  l'idĂ©e de redouter la rĂ©volte du père de la victime. Seulement, passĂ© les 45 minutes de mĂ©trage, le rĂ©alisateur opte un virage Ă  180° pour inverser les rĂ´les et mettre en exergue leurs rapports solidaires puisque impliquĂ©s dans une fortuite affaire de corruption et de machination. La densitĂ© du rĂ©cit Ă©mane de leur investigation consciencieuse et leur quĂŞte de vĂ©ritĂ© pour retrouver le tĂ©moin clef d'une affaire crapuleuse. EpaulĂ©s d'un dĂ©tective privĂ©, les voici entraĂ®nĂ©s dans une dĂ©rive justicière afin d'Ă©radiquer un groupuscule mafieux. Impeccablement structurĂ©, Jim Mickle Ă©labore un polar âpre et tendu transcendĂ© par la densitĂ© humaine d'adultes burinĂ©s car rendus marginaux de leur concours de circonstances. Particulièrement, ces pères de famille partagĂ©s entre hĂ©sitation et dĂ©termination de persĂ©vĂ©rer dans leur cheminement punitif, quand bien mĂŞme un rebondissement alĂ©atoire va totalement bouleverser la donne pour l'un d'eux. Car une rĂ©vĂ©lation sordide rapportĂ©e par le tĂ©moignage d'une cassette video va les mener droit en enfer lors d'un règlement de compte sanglant saturĂ© d'Ă©clairages stylisĂ©s. A travers leur cohĂ©sion, le rĂ©alisateur brosse Ă©galement le portrait d'hommes fragilisĂ©s par leur responsabilitĂ© paternelle alors que l'un d'eux aura la difficile Ă©preuve de rompre avec les liens du sang. Il en Ă©mane dès lors une odeur de souffre tangible qui incommodera le spectateur jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin ! 


Etablissant le rapport primitif entre l'homme et la violence, Juillet de sang est un drame fiĂ©vreux et poignant, une odyssĂ©e sanglante improvisĂ©e par un trio de cowboys contraints d'employer les armes pour rĂ©soudre une affaire crapuleuse niĂ©e des pouvoirs publics. Tendu et poisseux, Juillet de sang est notamment privilĂ©giĂ© par la prĂ©sence virile de comĂ©diens burinĂ©s, par un score synthĂ©tique faisant Ă©cho au cinĂ©ma de Carpenter et par une mise en image quasi surrĂ©aliste lors du climax vertigineux. 

Bruno Matéï

jeudi 31 juillet 2014

LA MAISON DE CIRE (House of Wax)

                                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jaume Collet-Serra. 2005. U.S.A./Australie 1h37. Avec Elisha Cuthbert, Chad Michael Murray, Brian Van Holt, Paris Hilton, Jared Padalecki, Jon Abrahams.

Sortie salles France: 25 Mai 2005

FILMOGRAPHIE: Jaume Collet-Serra est un rĂ©alisateur catalan, nĂ© le 23 Mars 1974 Ă  Barcelone.
2005: La Maison de Cire. 2007: Goal 2: La Consécration. 2009: Esther. 2011: Sans Identité. 2014: Non-Stop. 2014: Run all Night.


Par le réalisateur de l'excellent Esther, Jaume Collet-Serra avait déjà montré ses preuves dans le domaine horrifique avec La Maison de Cire, une relecture moderne du classique d'André De Toth, l'Homme au masque de cire. Et pour une première réalisation, on peut déjà vanter son savoir-faire à avoir su gérer suspense et angoisse à partir d'un scénario éculé mais plus retors qu'il n'y parait. Clairement influencé par le slasher et afin de rameuter la nouvelle génération, La Maison de Cire reprend le canevas traditionnel d'une bande de vacanciers exilés à la campagne et tombant un à un dans les mailles d'un tueur sans pitié. Si la première partie n'évite pas la redite dans sa représentation caricaturale d'ados écervelés s'éclatant autour du sexe et de l'alcool, la suite adopte une tournure plus intéressante lorsque deux d'entre eux se retrouvent infiltrés au sein d'un village fantôme par l'amabilité d'un redneck interlope. Epaulé d'une somptueuse photographie, l'ambiance rétro qui émane de cet endroit touristique atteint son apogée lors de la visite du musée entièrement façonné de cérumen. Car cette bâtisse aux teintes sépia renferme d'étranges personnages de cire, ou plutôt de véritables cadavres fraîchement embaumés par un artiste aussi prodige que maudit. D'ailleurs, toute la ville est aménagée de citadins factices conçus à son image afin de refonder un semblant de vie pour son existence solitaire.


La fascination macabre qu'exercent ces pantins de chair se rĂ©percute sur l'anxiĂ©tĂ© de nos protagonistes Ă©garĂ©s dans une chambre des horreurs. Sans perdre de temps, Jaume Collet-Serra confronte ces protagonistes Ă  des enjeux de survie puisque l'un d'entre eux finira rapidement par se faire alpaguer par le tueur. Quand bien mĂŞme l'arrivĂ©e des autres camarades vont rapidement faire les frais d'agressions sanglantes pour ĂŞtre sauvagement assassinĂ©s. Sur ce point, l'inventivitĂ© des meurtres et leur rĂ©alisme acĂ©rĂ© impressionne le spectateur SPOILER ! d'autant plus que la menace est finalement exprimĂ©e par deux criminels compromis au secret familial ! Fin du Spoiler. On est aussi parfois surpris de l'ironie accordĂ©e Ă  certaines situations de stress (celle d'une survivante dĂ©passant son doigt au dessus d'une plaque de grillage pour invoquer de l'aide !) ou Ă  la manière inĂ©dite dont certains protagonistes se retrouvent dans une posture cruelle (une victime rendue mutique par de la Super Glue plaquĂ©e sur sa bouche, une autre proie embaumĂ©e mais encore vivante derrière son apparence de cire !). PassĂ© une succession de meurtres en sĂ©rie adroitement planifiĂ©s, l'intrigue se recentre ensuite sur la survie d'un frère et d'une soeur, unissant leurs efforts et redoublant de brutalitĂ© afin de combattre les bourreaux (les coups de batte de base-ball dans une tronche font très mal dans leur impact cinglant !). Palpitant en diable, le rĂ©alisateur les confrontent donc Ă  une sĂ©rie d'Ă©preuves drastiques pour leur survie culminant vers un final littĂ©ralement flamboyant. Sur ce point, on peut Ă©voquer l'anthologie stylisĂ©e tant la perfection des effets spĂ©ciaux rĂ©ussit Ă  nous bluffer lorsque le musĂ©e se met Ă  fondre lentement sa cire par la chaleur d'un incendie ! Les survivants tentant dĂ©sespĂ©rĂ©ment de s'extraire de la bâtisse rĂ©duite en lambeaux de pate !


Efficace et haletant, La Maison de Cire exploite les codes du slasher avec savoir-faire et inventivitĂ©, quand bien mĂŞme la morphologie factice du tueur et la fastuositĂ© des dĂ©cors rĂ©tros participent notamment Ă  l'immersion d'un univers poĂ©tico-macabre. Un excellent divertissement tirant vers le haut un sous-genre plutĂ´t mineur. 

Bruno 
02.03.24. 4èx. Vostfr

mercredi 30 juillet 2014

Terreur sur la Ligne / When a stranger calls. Prix Spécial du Jury, Prix de la Critique, Avoriaz 1980.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Fred Walton. 1979. U.S.A. 1h37. Avec Charles Durning, Carol Kane, Colleen Dewhurst, Tony Beckley, Ron O'Neal, Steven Anderson.

FILMOGRAPHIE: Fred Walton est un réalisateur et scénariste américain.
1979: Terreur sur la Ligne. 1986: Week-end de terreur. 1987: Confession criminelle. 1987: Hadley's Rebellion. 1988: I saw what you did (tĂ©lĂ©-film). 1989: Seule dans la tour de verre (tĂ©lĂ©-film). 1990: Murder in Paradise. 1992: The Price She Paid (tĂ©lĂ©-film). 1992: Homewrecker (tĂ©lĂ©-film). 1993: Terreur sur la ligne 2 (tĂ©lĂ©-film). 1994: Dead Air (tĂ©lĂ©-film). 1995: The Courtyard (tĂ©lĂ©-film). 1996: The Stepford Husbands (tĂ©lĂ©-film). 


"La Voix au bout du fil".
PrimĂ© deux fois Ă  Avoriaz, Terreur sur la Ligne s’est vu gratifiĂ© d’un joli succès commercial Ă  sa sortie. Aujourd’hui oubliĂ©, voire mĂ©prisĂ© par une certaine frange de cinĂ©philes et de critiques spĂ©cialisĂ©es, ce premier long-mĂ©trage de Fred Walton s’impose pourtant comme un vĂ©ritable coup de maĂ®tre dans sa gestion du suspense et de l’angoisse, profondĂ©ment imprĂ©gnĂ©e de l’ombre d’Hitchcock. DĂ©coupĂ© en trois actes, le film ouvre sur vingt-et-une minutes d’une tension insoutenable, oĂą une jeune baby-sitter, Jill Johnson, se retrouve harcelĂ©e par un maniaque au tĂ©lĂ©phone. Inlassablement, il lui rĂ©pète la mĂŞme question : « ĂŠtes-vous allĂ©e voir les enfants ? » Jusqu’Ă  ce qu’elle, submergĂ©e par la peur, n’appelle la police en ultime recours.

Dans ce huis clos suffocant, Fred Walton orchestre un modèle de mise en scène, distillant une tension exponentielle avec une prĂ©cision chirurgicale. La victime, enfermĂ©e dans une maison obscure dont elle ne maĂ®trise pas les contours, incarne la solitude et la peur viscĂ©rale d’un danger diffus, mais omniprĂ©sent. Le tueur la happe par la voix, enfonçant dans sa psychĂ© cette interrogation entĂŞtante et dĂ©lirante. L’empathie Ă  son Ă©gard s’intensifie, nourrie par son incapacitĂ© Ă  contenir l’angoisse, par sa vulnĂ©rabilitĂ© nue, Ă©motionnellement ravagĂ©e. Ce harcèlement psychologique, insidieux et lancinant, la consume de l’intĂ©rieur jusqu’Ă  l’issue fatale d’un twist.


Le second acte se recentre sur la figure du tueur : un malade mental rĂ©cemment Ă©chappĂ© de l’asile après sept annĂ©es d’internement. Dans un bar miteux, il aborde une sexagĂ©naire acariâtre, tandis qu’en parallèle, le dĂ©tective John Clifford se lance Ă  ses trousses avec pour seul objectif de l’abattre sans sommation. Cette partie du rĂ©cit s’englue dans une noirceur urbaine, faite de ruelles inquiĂ©tantes et de halos blafards, oĂą plane la menace d’un nouveau drame. Le portrait du meurtrier s’affine : un psychopathe dĂ©chu, rĂ©duit Ă  l’Ă©tat de clochard, contraint de mendier sa pitance dans les soupes populaires. ÉgarĂ©, rongĂ© par la solitude, il erre la nuit dans les quartiers dĂ©laissĂ©s, en quĂŞte d’un semblant de chaleur humaine, jusqu’Ă  se perdre dans des visions morbides. Conscient de sa propre dĂ©chĂ©ance, incapable de s’insĂ©rer dans un monde qui le rejette, il finit par entrevoir le suicide comme unique Ă©chappatoire. InterprĂ©tĂ© avec une intensitĂ© transie par Tony Beckley — mort d’un cancer trois jours après la sortie française du film —, le personnage dĂ©voile une humanitĂ© trouble, entre nĂ©vrose, dĂ©tresse et sursauts de violence.

Le troisième et dernier acte referme la boucle de l’effroi, renouant avec la baby-sitter Jill Johnson, dĂ©sormais mariĂ©e et mère de deux enfants. Sur le point de dĂ®ner au restaurant avec son mari, elle laisse ses enfants sous la garde d’une nourrice. Le passĂ© ressurgit. Et Ă  nouveau, dans l’enceinte feutrĂ©e de la cellule familiale, la tension grimpe jusqu’au paroxysme. Le point d’orgue, littĂ©ralement cinglant, foudroie.


"Frissons dans l’ombre, murmures au combinĂ©".
Fer de lance d’une mouvance horrifique qui engendrera plusieurs ersatz plus ou moins inspirĂ©s (jusqu’Ă  son remake aseptisĂ© ou la saga Scream), Terreur sur la Ligne demeure un modèle absolu de suspense. Rien que son prologue mĂ©riterait d’ĂŞtre enseignĂ© dans les Ă©coles de cinĂ©ma. Ce film n’est pas seulement le rĂ©cit d’une terreur ordinaire, mais aussi l’autopsie de deux fragilitĂ©s psychiques — celle de la proie, et celle du prĂ©dateur. Pour parachever cette Ĺ“uvre vĂ©nĂ©neuse, il faut saluer la puissance de sa partition sonore, ombrageuse, savamment orchestrĂ©e pour exacerber l’angoisse… jusqu’Ă  ce fondu enchaĂ®nĂ© final, rĂ©solument glaçant.

Bruno 
5èx

mardi 29 juillet 2014

Django

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site orangemonkeymusic.wordpress.com

de Sergio Corbucci. 1966. Italie/Espagne. 1h32. Avec Franco Nero, José Bodalo, Loredana Nusciak, Angel Alvarez, Eduardo Fajardo, Jimmy Douglas.

Sortie salles Italie: 6 Avril 1966. Espagne: 21 Septembre 1967

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Corbucci est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien, nĂ© le 6 DĂ©cembre 1927 Ă  Rome, dĂ©cĂ©dĂ© le 1er DĂ©cembre 1990. 1962: Romulus et Remus. 1963: Danse Macabre (co-rĂ©alisĂ© avec Antonio Margheriti). 1966: L'Homme qui rit. 1966: Django. 1966: Ringo au pistolet d'or. 1966: Navaja Joe. 1968: Le Grand Silence. 1969: Le SpĂ©cialiste. 1970: Companeros. 1972: Mais qu'est ce que je viens foutre au milieu de cette rĂ©volution ? 1978: Pair et Impair. 1980: Un DrĂ´le de flic. 1981: Salut l'ami, adieu le trĂ©sor. 1989: Night Club.


Sorti en pleine mouvance du western italien initiĂ© par Sergio Leone avec Pour une PoignĂ©e de dollars, Django va Ă©galement remporter un succès commercial foudroyant et rĂ©vĂ©ler aux yeux du public un acteur aussi charismatique que Clint Eastwood, Franco Nero (alors que le rĂ´le Ă©tait imparti Ă  Mark Damon). Fort de ce succès, un nombre incalculable d'ersatz empruntera le titre afin d'en tirer autant profit. Rivalisant de cruautĂ© dans sa violence inĂ©dite, Sergio Corbucci annonce clairement la couleur rutilante dans ce western iconoclaste Ă  contre-courant des productions ricaines instaurĂ©es par le lyrisme de John Ford. Outre l'âpretĂ© de sa sauvagerie non exempte d'effusions gores (tranchage d'oreille en gros plan que la victime se contraint d'avaler !), c'est l'ambiance crasseuse qui frappe au premier abord Ă  travers la topographie d'un village boueux. La peinture assĂ©nĂ©e Ă  cette contrĂ©e Ă  faible population demeurant plutĂ´t dĂ©pressive de par l'atmosphère d'une mĂ©tĂ©o blafarde. Ainsi, au milieu de cette place mortifère, un croque-mort solitaire venu de nulle part trimbale avec lui un mystĂ©rieux cercueil. Après avoir sauvĂ© une jeune prostituĂ©e du major Jackson, ils dĂ©cident de trouver refuge dans un saloon dĂ©crĂ©pit gĂ©rĂ© par un proxĂ©nète. Mais son repos ne sera que de courte durĂ©e si bien que les sbires de Jackson sont en route pour lui trouer la peau. 


Redoutablement efficace car pourvu d'un rythme sans faille dans ces confrontations belliqueuses entre clans, bagarre de saloon et retournements de situation, le scĂ©nario de Django est rĂ©gi autour des subterfuges d'un veuf inconsolable jouant l'individualitĂ© afin de mieux parfaire sa vengeance. Mais Ă  se laisser gagner par la colère, la cupiditĂ© et trahir ses amis, Django devra en payer les consĂ©quences avant sa prise de conscience avec l'intĂ©gritĂ© d'une femme l'incitant Ă  la repentance. Et donc, Ă  travers le cheminement vindicatif de ce hĂ©ros sans foi ni loi, Sergio Corbucci joue la carte de la transgression pour caractĂ©riser un marginal intraitable et machiste, voir Ă  la limite de la misogynie (les humiliations sarcastiques qu'il rĂ©serve gratuitement Ă  Maria), ne comptant que sur ses stratagèmes pour vaincre l'ennemi. Car autour de lui s'affrontent l'armĂ©e de belligĂ©rants mexicains contre une secte de yankees racistes et sadiques encapuchonnĂ©s Ă  l'instar du Ku Klux Klan. Leur loisir fĂ©tiche: un lâcher de paysans mexicains en guise de chasse au pigeons, quand bien mĂŞme la gente fĂ©minine d'un bordel est assouvie Ă  sa tyrannie. En illustrant les bravoures d'un hĂ©ros stoĂŻque Ă  la rĂ©partie acĂ©rĂ©e, Sergio Corbucci taille la carrure d'un vengeur corrompu par sa justice expĂ©ditive mais rattrapĂ© in extremis par l'amour d'une femme au grand coeur.


Brutal, atmosphĂ©rique, jouissif en diable car fertile en action violente et adroitement construit, Django n'a pas volĂ© sa rĂ©putation de chef-d'oeuvre bisseux du western latin, mĂŞme s'il doit beaucoup au charisme viril du regard azur de Franco Nero et Ă  l'âpretĂ© de son climat funèbre. On en oublierait presque d'Ă©voquer son magnifique thème interprĂ©tĂ© par Franco Migliacci que Tarantino reprendra des dĂ©cennies plus tard afin de l'honorer dans une dĂ©clinaison Ă©loignĂ©e de l'univers fĂ©tide de Corbucci.   

*Bruno
21.03.23. 4èx

vendredi 25 juillet 2014

How i live now (Maintenant c'est ma vie)

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Kevin Macdonald. 2013. Angleterre. 1h41. Avec Saoirse Ronan, Tom Holland, Anna Chancellor, George MacKay, Corey Johnson, Sophie Ellis, Harley Bird.

Sortie salles France: 12 Mars 2014. Angleterre: 4 Octobre 2013

FILMOGRAPHIE: Kevin Macdonald est un réalisateur, scénariste et producteur écossais, né le 28 Octobre 1967 à Glasgow.
2003: La Mort Suspendue. 2006: Le Dernier roi d'Ecosse. 2009: Jeux de pouvoir. 2011: L'Aigle de la 9è Légion. 2013: How I live now. 2014: Black Sea.

                                                             Un dĂ©chirant coup de đź’”…

"How I Live Now : chronique d’un amour en cendres".
DĂ©couvrir une Ĺ“uvre mĂ©connue (sortie dans l’indiffĂ©rence, hĂ©las) grâce Ă  un ami, après avoir Ă©tĂ© dubitatif devant une bande-annonce construite comme une simple vitrine marketing, prouve combien il ne faut jamais s’arrĂŞter aux apparences ni au packaging tapageur.

How I Live Now, c’est l’histoire de Daisy, adolescente amĂ©ricaine, venue passer l’Ă©tĂ© chez ses cousins dans la campagne anglaise. LĂ , elle se lie d’affection — d’amour, peut-ĂŞtre — avec le jeune Isaac. Mais une troisième guerre mondiale Ă©clate. SĂ©parĂ©s par les forces armĂ©es, en deux groupes distincts, Daisy lui jure de revenir. De le retrouver, quand le moment viendra.

Ce film fait partie de ces curiositĂ©s dont le pitch usĂ© pourrait, de prime abord, faire hausser les Ă©paules. Et pourtant… Il est ici transcendĂ© avec un lyrisme fragile, une Ă©motion dĂ©pouillĂ©e, d’une grâce telle qu’on en ressort transformĂ©. Kevin Macdonald livre une Ĺ“uvre d’auteur sans balises, sans repères rassurants, Ă  l’image de ses hĂ©roĂŻnes. Tout n’est que tâtonnement, instinct de survie, et menace latente, tapie dans les dĂ©tours de chemins incertains.

Ce sentiment d’abandon, cette vulnĂ©rabilitĂ© adolescente, s’incarnent Ă  travers des comĂ©diens d’une pudeur bouleversante. L’Ă©motion surgit lĂ  oĂą on ne l’attend pas : tantĂ´t poignante, tantĂ´t cruelle. Sous couvert d’un contexte apocalyptique, le rĂ©alisateur esquisse avec pudeur les ravages de la guerre — non pas frontalement, mais en suggĂ©rant, par les silences et les hors-champs, l’empreinte du dĂ©sastre. Il filme la barbarie avec une retenue glaçante, en se focalisant sur les stigmates laissĂ©s dans l’environnement, sur les paysages souillĂ©s, les ruines intimes, les traumatismes invisibles.

Jamais racoleur, jamais dans la surenchère larmoyante, Macdonald bouscule l’âme Ă  travers une guerre vue Ă  hauteur d’enfant. L’innocence fauchĂ©e. L’adolescence sacrifiĂ©e. Le film devient alors le rĂ©cit dĂ©chirant du pĂ©riple de Daisy et de la petite Piper, en quĂŞte d’un havre, d’un amour perdu, d’une terre vierge — entre survie animale et foi aveugle en la lumière.

La nature, filmĂ©e comme un Eden sensoriel, enveloppe leurs corps frĂŞles et tremblants. Mais la beautĂ© de ce cadre n’a d’Ă©gal que la violence qui le ronge : exactions, viols collectifs, effroi sans nom — tout cela percute de plein fouet l’innocence en marche. Ce contraste vertigineux entre puretĂ© et souillure installe un malaise profond, viscĂ©ral, qui nous dĂ©sarme. Le spectateur vacille, happĂ© entre l’Ă©clat d’une virginitĂ© menacĂ©e et les mâchoires d’une brutalitĂ© rampante, que le cinĂ©aste manie avec une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante.


La femme au bout du chemin
QuĂŞte initiatique vers la maturitĂ©, rĂ©cit d’amour condamnĂ©, et surtout rĂ©quisitoire silencieux contre l’ignominie de la guerre, How I Live Now s’impose au final comme un apprentissage Ă  la libertĂ©. Une traversĂ©e intĂ©rieure portĂ©e par une Ă©motion tremblante, Ă  fleur de peau. Si bien que ses Ă©chos moraux nous amènent Ă  relativiser nos petites crises quotidiennes, trop souvent dictĂ©es par la presse ou les dogmes consumĂ©ristes — idĂ©ologie sanitaire, injonctions nutritionnelles, vacuitĂ© matĂ©rialiste…

Hymne Ă  l’indĂ©pendance, ode Ă  l’harmonie primordiale, poème d’amour et de mort, How I Live Now est une Ĺ“uvre houleuse, cruelle, viscĂ©rale. Un chef-d’Ĺ“uvre naturaliste d’une acuitĂ© douloureuse — Ă  l’image de sa dĂ©livrance finale, aussi traumatique qu’Ă©purĂ©e.

*Bruno
Un grand merci Ă  Pascal Frezzato et Gilles Rolland

01.05.25. 2èx. Vostf

jeudi 24 juillet 2014

Nomads. Grand Prix du Public, Prix de la meilleure musique au rex de Paris, 1986.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de John Mc Tiernan. 1986. 1h31. U.S.A. Avec Pierce Brosnan, Lesley-Anne Down, Anna Maria Monticelli, Adam Ant, Mary Woronov, Héctor Mercado, Josie Cotton, Frank Doubleday, Jeannie Elias, Nina Foch...

Sortie salles France: 21 Mai 1986. U.S: 7 Mars 1986

FILMOGRAPHIE: John McTiernan est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 8 janvier 1951 Ă  Albany Ă  New-York. 1986: Nomads. 1987: Predator. 1988: Piège de Cristal. 1990: A la Poursuite d'Octobre Rouge. 1992: Medicine Man. 1993: Last Action Hero. 1995: Une JournĂ©e en Enfer. 1999: Le 13è Guerrier. 1999: Thomas Crown. 2002: Rollerball. 2003: Basic.

 
"La Tribu des mirages".
BoudĂ© Ă  sa sortie par la critique mais ovationnĂ© par le public du Rex de Paris lors de sa consĂ©cration au Grand Prix, Nomads fait partie de ces films maudits injustement vilipendĂ©s. C’est d’autant plus prĂ©judiciable qu’il s’agissait de la toute première Ĺ“uvre d’un cinĂ©aste de 35 ans, aujourd’hui reconnu comme un maĂ®tre du cinĂ©ma de genre. Un an Ă  peine après ce flop commercial, John McTiernan faisait dĂ©jĂ  exploser le box-office avec Predator, survival testostĂ©ronĂ© devenu culte.

Le pitch : dans un hĂ´pital, une praticienne tente de porter secours Ă  un patient malmenĂ© par la police, fĂ©brile, dĂ©lirant. Alors qu’elle s’efforce de le calmer, l’homme fulmine Ă  nouveau, lui murmure quelques mots imbitables… puis meurt. HabitĂ©e malgrĂ© elle par l’esprit de cet Ă©minent anthropologue, Eileen Flax va dĂ©couvrir les vĂ©ritables raisons qui l’ont poussĂ© au bord de la folie.

En matière d’originalitĂ©, Nomads peut sans rougir faire office d’Ĺ“uvre atypique, portĂ© par un concept de fantastique moderne arrimĂ© Ă  la lĂ©gende. Celle d’une tribu Inuit, errant jadis sur les dĂ©serts de glace (et de sable !), voyageant Ă  travers le monde. Prenant forme humaine, ces esprits malĂ©fiques hanteraient les lieux maudits, apportant folie et malheur Ă  quiconque les approche.

Ă€ partir de ce pitch aussi Ă©trange qu’infiniment fascinant, John McTiernan orchestre une mise en scène habitĂ©e, invoquant un fantastique mature, ancrĂ© dans la suggestion et la fragilitĂ© Ă©motionnelle de ses personnages. Ă€ travers l’intervention presque improvisĂ©e d’une doctoresse en transe, Nomads ne cesse de brouiller les frontières entre rĂŞve et rĂ©alitĂ©, immergĂ© dans la psychĂ© torturĂ©e de Jean-Charles Pommier. En quĂŞte de vĂ©ritĂ© — folie ou luciditĂ© ? — Eileen revit ses derniers jours : l’anthropologue Ă©piait alors une bande de loubards violents, nomades autonomes, mutiques, vĂŞtus de noir. Des noctambules en rupture, affranchis sans vergogne, perpĂ©trant le mal avec une libertĂ© glaciale.

De l’interaction troublante entre Eileen et Jean-Charles, psychologiquement liĂ©s dans leur obsession commune, naĂ®t un climat envoĂ»tant, quasi chamanique. Ces loubards semblent douĂ©s d’un pouvoir singulier : extĂ©rioriser chez l’intrus ses propres visions, ses peurs, ses hallucinations… jusqu’Ă  le faire basculer dans la folie.

 
"Synapse".
A la fois Ă©trange, dĂ©routant, indicible, Nomads joue la carte d’un fantastique Ă©thĂ©rĂ©, aurĂ©olĂ© d’un mystère irrĂ©solu — jusqu’Ă  son twist cuisant, Ă  la fois caustique et cauchemardesque. RenforcĂ© par le jeu fĂ©brile d’un Pierce Brosnan transi d’effroi, Ă©paulĂ© par la ravissante Lesley-Anne Down, tout aussi dĂ©sorientĂ©e, le film garde intact son pouvoir de fascination. Il prĂ©serve jalousement son identitĂ© mystique, brouillant les lignes entre hallucination et rĂ©alitĂ© existentielle.

Perle rare scandĂ©e par le magnifique thème de Bill Conti, Nomads est un authentique film culte Ă  rĂ©habiliter d’urgence.

-- Le cinéphile du coeur noir.
02.05.25. Vostf.. 5èx. 
21.01.23.

ANECDOTES:  

Nomads (1986) est le tout premier long-métrage de McTiernan.
Et c’est presque un accident : il n’a jamais refait un film aussi abstrait, hallucinĂ© et expĂ©rimental. Après ça, il enchaĂ®ne avec Predator puis Die Hard. 

Autant dire qu'il passe du cauchemar urbain au blockbuster pur.
Une œuvre très personnelle.

Le film est inspirĂ© par : les peurs modernes urbaines, le sentiment d’ĂŞtre observĂ©, et une forme de dĂ©shumanisation des villes.
McTiernan voulait montrer : des “prĂ©dateurs invisibles” qui vivent parmi nous, Pas des monstres classiques, mais une menace diffuse, presque mĂ©taphysique.

Les Nomads est une idĂ©e floue volontaire. 
Dans le film : on ne sait jamais vraiment ce que sont les nomades. 
Humains ? esprits ? parasites ?
Ce flou est totalement volontaire.

McTiernan voulait éviter toute explication rationnelle pour créer :
une angoisse primitive, une sensation de contamination mentale.

Pierce Brosnan avant James Bond.
C’est l’un de ses premiers grands rĂ´les au cinĂ©ma.
Ă€ l’Ă©poque : il n’est pas encore James Bond. il a une image plutĂ´t tĂ©lĂ©visuelle. 
Mais dans Nomads : il est fragile, paranoĂŻaque, dĂ©jĂ  condamnĂ©, 
très loin du hĂ©ros sĂ»r de lui qu’il deviendra.

Los Angeles est filmĂ© comme territoire hostile. 
Le film transforme Los Angeles en : espace vide, hostile, presque post-apocalyptique.

La narration est Ă©clatĂ©e et dĂ©routante. 
Le rĂ©cit : passe par des flashbacks, adopte plusieurs points de vue, 
mĂ©lange rĂ©el et hallucination. 
Beaucoup de spectateurs Ă  l’Ă©poque ont Ă©tĂ© perdus.
Résultat : échec commercial, incompréhension critique.

Un film oubliĂ©… puis redĂ©couvert
Ă€ sa sortie : le flop est quasi total. Mais avec le temps : il devient culte, surtout chez les amateurs d’horreur atmosphĂ©rique.

Aujourd’hui, certains le voient comme : un proto-film A24 avant l’heure, un cousin lointain de It Follows ou The Empty Man.

Les Nomads sont inspirĂ©s de figures rĂ©elles. John McTiernan s’est inspirĂ© : de bandes urbaines marginales, de punks, de squatteurs, de silhouettes qu’il observait Ă  Los Angeles. Pas comme des dĂ©linquants… mais comme des prĂ©sences dĂ©rangeantes, presque irrĂ©elles.
Il les voyait comme des gens “hors du monde”, dĂ©jĂ  ailleurs.

Le film est pensĂ© comme une contamination. 
Ă€ l’origine, McTiernan voulait que :
le spectateur ressente une perte de repères progressive
comme si l’on “attrapait” quelque chose
D’oĂą : la narration fragmentĂ©e, les transitions floues, 
cette impression que le film te regarde autant que tu le regardes.

Le thème du regard est fondamental. 
Un détail souvent oublié :
- Les Nomads observent constamment.
- Ă  distance
- sans intervenir directement
- comme des prédateurs patients
McTiernan explore dĂ©jĂ  une idĂ©e qu’il dĂ©veloppera autrement dans Predator : ĂŞtre vu sans voir.

mercredi 23 juillet 2014

Rolling Thunder / Legitime Violence

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de John Flynn. 1977. U.S.A. 1h40 (version intégrale). Avec William Devane, Tommy Lee Jones, Linda Haynes, James Brest, Dabney Coleman, Lisa Blake Richards, Luke Askew.

Sortie salles France: 5 Avril 1978

FILMOGRAPHIE: John Flynn est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 14 Mars 1932 Ă  Chicago, dĂ©cĂ©dĂ© le 4 Avril 2007 en Californie. 1968: Le Sergent. 1972: The Jerusalem File. 1973: Echec Ă  l'Organisation. 1977: LĂ©gitime Violence. 1980: Les Massacreurs de Brooklyn. 1980: Marilyn, une vie inachevĂ©e. 1983: Touched. 1987: Pacte avec un Tueur. 1989: Haute SĂ©curitĂ©. 1991: Justice Sauvage. 1992: Nails (tĂ©lĂ©-film). 1993: Scam (tĂ©lĂ©-film). 1994: Brainscan. 1999: Meurtres très ordonnĂ©s. 2001: Protection.


Vigilante movie bien ancrĂ© dans les annĂ©es 70 de par sa violence aride façon Peckinpah et par sa reprĂ©sentation nihiliste d'une AmĂ©rique gangrenĂ©e par la criminalitĂ©, Rolling Thunder bĂ©nĂ©ficie aujourd'hui d'une cĂ´te d'estime bien plus considĂ©rable que lors de sa sortie. A l'aune de Quentin Tarantino lui vouant un tel culte qu'il emprunta le titre Ă©ponyme afin de nommer sa boite de distribution Dvd spĂ©cialisĂ©e dans le cinĂ©ma d'exploitation. Le pitchAprès 7 ans de captivitĂ© au Vietnam, le major Charles Rane retourne chez lui pour ĂŞtre accueilli comme un hĂ©ros de guerre multi dĂ©corĂ© et ovationnĂ© par la population. TraumatisĂ© par ce qu'il a vĂ©cu, ses relations avec son fils et sa femme battent de l'aile, quand bien mĂŞme cette dernière lui avoue qu'elle l'a trompĂ© avec l'un de ses amis. Quelques jours plus tard, une bande malfrats s'introduisent dans sa demeure pour lui rĂ©clamer une mallette de dollars. Tenant tĂŞte Ă  leur exigence, il est sĂ©vèrement battu puis torturĂ© par un broyeur de cuisine lui arrachant la main. Entre le western et le film d'auto-dĂ©fense initiĂ© par Bronson avec Un Justicier dans la VilleRolling Thunder se dĂ©tache du lot traditionnel par une aura toute particulière pour le genre d'exploitation oĂą vendetta est synonyme de violence expĂ©ditive. Celle d'un climat poisseux, dĂ©sincarnĂ© au sein d'une AmĂ©rique hantĂ©e par des fantĂ´mes marginaux, mĂŞme si c'est au niveau de la frontière mexicaine que notre anti-hĂ©ros s'aventurera afin de retrouver les assassins de sa famille. 


EpaulĂ© d'une blondinette de 30 ans en quĂŞte affective, Charles Rane l'utilise au dĂ©part comme appât pour mieux amadouer les criminels et avant d'aborder une relation faussement sentimentale. DĂ©ambulant dans les endroits miteux de bars et de bordel, notre exterminateur n'a comme seul dessein d'affronter l'ennemi par le sang afin de satisfaire ses pulsions meurtrières. Muni d'un crochet de boucher Ă  la place d'une main amputĂ©e et de diverses armes Ă  feu, c'est une guerre toute aussi bestiale qu'il dĂ©clare dans un dernier baroud d'honneur suicidaire. Avec son ambiance dĂ©faitiste oĂą les contrĂ©es dĂ©sertiques sont dessĂ©chĂ©es par le soleil, Rolling Thunder contraste avec la dĂ©sillusion du vĂ©tĂ©ran traumatisĂ© des horreurs de la guerre et devenu depuis machine Ă  tuer. Sa tentative de rĂ©habilitation au sein de sa patrie ne sera de courte durĂ©e puisque conscient qu'il n'est plus que l'ombre de lui mĂŞme, un mort-vivant prĂ©alablement sacrifiĂ© dans une geĂ´le de prisonniers. Diatribe contre la barbarie de la guerre, John Flynn dresse ici l'inquiĂ©tant portrait d'un martyr devenu insensible Ă  la douleur parce que Ă©pris de masochisme pour la torture quotidienne qu'il eut autrefois expĂ©rimentĂ©. Ainsi, Ă  travers son errance dĂ©sabusĂ©e et sa complicitĂ© fragile avec son amie de passage, le film observe leur parcours de laissĂ©s-pour-compte rĂŞvant d'un ailleurs Ă©dĂ©nique (celui de la nature rĂ©frigĂ©rante de l'Alaska par exemple !) afin d'omettre leur morne existence.


Le Mort-Vivant
TraversĂ© d'Ă©clairs de violence sèche jusqu'au point d'orgue paroxystique, Rolling Thunder se dĂ©cline en odyssĂ©e de l'amertume et de la solitude. Le tableau dĂ©risoire d'une AmĂ©rique post-vietnamienne dĂ©nuĂ©e de repères au moment mĂŞme oĂą l'un de leur vĂ©tĂ©ran aura dĂ©cidĂ© une seconde fois de s'y sacrifier. C'est ce qui fait l'originalitĂ© et l'intensitĂ© de cet Ă©trange pĂ©riple hantĂ© du charisme sĂ©vère de l'acteur William Devane en anti-hĂ©ros en berne plus mort que vivant. 

*Bruno
16.01.23. 4èx
Dédicace à Christophe Colpaert

lundi 21 juillet 2014

Lifeforce

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Tobe Hooper. 1985. U.S.A. 1h52 (version intégrale). Avec Steve Railsback, Peter Firth, Frank Finlay, Mathilda May, Patrick Stewart, Michael Gothard, Nicholas Ball, Aubrey Morris, Nancy Paul, John Hallam, John Keegan.

Sortie Salles France: 18 Septembre 1985. U.S: 21 Juin 1985

FILMOGRAPHIE: Tobe Hooper est un réalisateur américain né le 25 Janvier 1943 à Austin (Texas)
1969: Eggshells, 1974: Massacre à la Tronçonneuse, 1977: Le Crocodile de la Mort, 1979: The Dark (non crédité), 1981: Massacre dans le Train Fantome, 1982: Poltergeist, 1985: Lifeforce, 1986: l'Invasion vient de Mars, Massacre à la Tronçonneuse 2, 1990: Spontaneous Combustion, 1993: Night Terrors, 1995: The Manglers, 2000: Crocodile, 2004: Toolbox Murders, 2005: Mortuary, 2011: Roadmaster.


SĂ©rie B Ă  gros budget mĂ©sestimĂ©e Ă  sa sortie, d'autant plus desservie par son Ă©chec commercial, Lifeforce s'est depuis taillĂ© une rĂ©putation de petit classique de la science-fiction horrifique pour son judicieux alliage des genres, la qualitĂ© de ses fx et de son score orchestral ainsi que sa grande efficacitĂ© narrative. Le pitchLors d'une mission spatiale, le colonel Tom Carlsen et son Ă©quipage explorent un vaisseau spatial rĂ©fugiĂ© dans la comète de Halley. A l'intĂ©rieur, ils y dĂ©couvrent trois ĂŞtres d'apparence humaine confinĂ©s dans des caissons de verre. Ces sujets dĂ©nudĂ©s s'avèrent de redoutables vampires de l'espace dĂ©terminĂ©s Ă  conquĂ©rir notre monde en se nourrissant de notre force vitale. Nanar pour les uns, divertissement de haute tenue pour les autres, Lifeforce ne manque ni de moyens techniques ni d'idĂ©es retorses pour captiver le spectateur embarquĂ© dans une trĂ©pidante course contre la montre oĂą s'y tĂ©lescopent vampires extra-terrestres et zombies en rut. D'après le roman de Colin Wilson, le film bĂ©nĂ©ficie d'une trame originale afin d'explorer le mythe du vampire dans un contexte futuriste. Son aspect insolite Ă©manant de l'origine stellaire Ă  laquelle ces vampires appartiennent. 


Il tire parti d'une indĂ©niable efficacitĂ© Ă  multiplier leurs exactions meurtrières afin de converger Ă  une rĂ©action en chaĂ®ne produisant ainsi une pandĂ©mie dans un Londres en flammes ! SoutirĂ©s de leur substance vitale par le simple acte d'un baiser, les citadins possĂ©dĂ©s se contraignent Ă  leur tour d'embrasser d'autres proies afin de survivre et de sauvegarder la race extra-terrestre. Parmi la prĂ©sence angĂ©lique de la française Mathilda May, Lifeforce est notamment guidĂ© par son aura ensorcelante, son appĂ©tit insatiable Ă  dĂ©rober nos forces vitales afin de nous anĂ©antir et conquĂ©rir notre planète. Sa prĂ©sence tangible ou Ă©thĂ©rĂ©e planant durant tout le rĂ©cit. FilmĂ©e dans son plus simple appareil, l'actrice dĂ©voile un charme de sensualitĂ© Ă  damner un saint. Sa prĂ©sence charnelle mais dĂ©lĂ©tère s'Ă©rigeant en icone du Mal pour nous convaincre de sa puissance vampirique Ă  connotation sexuelle. Car au-delĂ  de ses ambitions belliqueuses, la vamp recherche Ă©galement un mâle afin de satisfaire ses dĂ©sirs, pallier sa solitude et anticiper sa postĂ©ritĂ© ! Ainsi, Ă  travers l'impuissance des hommes incapables de refrĂ©ner leur Ă©motion pour rĂ©sister Ă  son baiser, on peut y voir une mĂ©taphore sur la nature vampirique de la femme et leur instinct Ă©minemment sĂ©ducteur tout un suggĂ©rant un discours rĂ©flexif sur la vie après la mort. Si on peut Ă©mettre quelques rĂ©serves sur le jeu cabotin (mais oh combien attachant !) de 1 ou 2 de seconds-rĂ´les (quoique en VO, sa distribution demeure encore plus convaincante), Mathilda May se tire honorablement de son rĂ´le laconique en misant sur l'attrait d'un corps immaculĂ© doublĂ© d'un regard pĂ©nĂ©trant. 


RĂ©cit audacieux brassant les genres de la science-fiction, de l'Ă©rotisme et de l'horreur, Lifeforce rĂ©ussit Ă  divertir grâce Ă  l'Ă©laboration d'un scĂ©nario aussi original que captivant car fertile en pĂ©ripĂ©ties. 
Le soin allouĂ© aux effets-spĂ©ciaux (mĂŞme si aujourd'hui leur aspect mĂ©canique peut parfois paraĂ®tre obsolète) et aux dĂ©cors futuristes (le magnifique prĂ©ambule confinĂ© au sein du vaisseau spatial insuffle une poĂ©sie trouble !), et l'implication sympathique des comĂ©diens parachèvent le spectacle d'une grosse sĂ©rie B bourrĂ©e de peps et de charme Ă  la sincĂ©ritĂ© indĂ©fectible. 

*Bruno
30.01.23. 
5èx. vost

vendredi 18 juillet 2014

Parents. Prix de la Critique, Avoriaz 1989

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinedemedianoche.cl

de Bob Balaban. 1989. U.S.A./Canada. 1h22. Avec Randy Quaid, Mary Beth Hurt, Sandy Dennis, Bryan Madorsky, Juno Mills-Cockell.

Sortie salles France: 22 Janvier 1989 (Festival d'Avoriaz). U.S: 27 Janvier 1989

FILMOGRAPHIE: Bob Balaban est un acteur, scénariste, réalisateur et producteur américain, né le 16 Août 1945 à Chicago. 1983: The Brass Ring (télé-film). 1989: Parents. 1992: Amazing Stories: Book Five (épisode TV). 1993: My Boyfriend's Back. 1994: The Last good Time. 1995: Legend (série TV). 1997: Subway Stories: tales from the Underground (télé-film). 1999: Strangers with Candy (série TV). 1999: Un Agent très secret (série TV). 2000: Deadline (série TV). 2001: Temps mort (série TV). 2004: No Joking (télé-film). 2005: Hopeless Pictures (série TV). 2005: The Exonerated (télé-film). 2007: Bernard et Doris (télé-film). 2008: Swington (série TV). 2009: Georgia O'Keefe (télé-film).


Traitant du thème de la fragilitĂ© de l'enfance, Ă  l'instar de son compère Paperhouse, communĂ©ment rĂ©compensĂ©s Ă  Avoriaz, Parents n'a pas usurpĂ© sa rĂ©putation de perle culte vantĂ©e Ă  l'Ă©poque dans les pages de Mad Movies et autres mags spĂ©cialisĂ©s. Le redĂ©couvrir aujourd'hui prouve Ă  quel point le film de Bob Balaban (rĂ©alisateur mĂ©connu issu de la tĂ©lĂ©vision) Ă©tait pourvu d'une audace rafraĂ®chissante au sein du paysage horrifique. Le pitchMichael est un petit garçon fragile observant la vie avec autant de curiositĂ© que de perplexitĂ©. Car le comportement suspect de ses parents l'amène Ă  penser qu'ils pourraient ĂŞtre adeptes du cannibalisme. Sous couvert de pitch original baignant dans l'humour noir et la satire sociale, Parents est avant tout l'Ă©tude psychanalytique d'un enfant en perte de repère car dĂ©couvrant le monde inquiĂ©tant des adultes sous un jour nouveau. Du point de vue de sa conscience candide, Michael observe l'existence de ses parents sous un aspect autrement vĂ©nal après les avoir surpris dans leur lit entrain de forniquer. Et ce n'est pas l'influence perverse de sa copine d'Ă©cole, une mythomane intarissable, qui le rĂ©confortera dans sa paranoĂŻa grandissante. 


Au fil de ses observations quotidiennes, son investigation le mènera finalement Ă  la plus horrible des vĂ©ritĂ©s au point de devenir adepte du vĂ©gĂ©tarisme. Ainsi, Ă  travers les Ă©lĂ©ments horrifiques du cannibalisme et de la perversitĂ©, Bob Balaban satirise en diable afin de nous dĂ©voiler l'envers du dĂ©cor. Celui de la face cachĂ©e d'une AmĂ©rique d'apparence puritaine mais corrompue par le mensonge et le vice. Avec son ambiance d'Ă©trangetĂ© aussi dĂ©calĂ©e que dĂ©rangeante, le rĂ©alisateur nous assène une caricature de la cellule familiale habitĂ©e par le cynisme et la passion culinaire, en l'occurrence celle de la chair humaine ! Autour de l'introspection fragile de Michael, un climat lourd et oppressant s'y distille, contrebalancĂ© de l'attitude ironique des parents faussement rassurants. Non dupe de leur hypocrisie, Michael bascule dès lors dans un cauchemar domestique oĂą le danger toujours plus palpable l'incite Ă  se rebeller contre l'autoritĂ© rendue hostile Ă  ses yeux. Outre sa rĂ©alisation soignĂ©e et inventive parfois expĂ©rimentale, Parents est largement privilĂ©giĂ© de la conviction des interprètes (en parents autoritaires, Randy Quaid et Mary Beth Hurt forment un duo indissociable !). Mais c'est surtout la prĂ©sence introvertie de Bryan Madorsky qui renforce l'intensitĂ© des situations car endossant avec un naturel trouble un enfant gagnĂ© par la contrariĂ©tĂ© et la quĂŞte de dĂ©couverte (ici effroyable).


American Beauty
Malsain et oppressant, dérangeant et cruel (l'épilogue n'y va pas de main morte pour martyriser une fois de plus le bambin !), mais redoublant de dérision et de cocasserie, Parents n'a rien perdu de son insolence et de sa force métaphorique à démasquer l'aspect véreux de la maturité. L'adulte insidieux ayant comme priorité de se nourrir de son prochain afin d'y survivre.

RĂ©compensePrix de la critique Ă  Avoriaz, 1989

*Bruno
21.07.22. 4èx
18.07.14.