mercredi 24 août 2016

Dagon

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dvdpascher.net 

de Stuart Gordon. 2001. Espagne. 1h38. Avec Ezra Godden, Raquel Meroño, Francisco Rabal, Macarena Gómez, Brendan Price.

Sortie salles Espagne: 31 octobre 2001. Sortie video France: 17 Juin 2003 

FILMOGRAPHIE: Stuart Gordon est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 11 AoĂ»t 1947 Ă  Chicago (Illinois). 1979: Bleacher Bums (tĂ©lĂ©-film). 1985: RĂ©-Animator. 1986: Aux portes de l'au-delĂ . 1987: Dolls. 1988: Kid Safe (tĂ©lĂ©-film). 1990: Le Puits et le Pendule. 1990: La Fille des TĂ©nèbres. 1990: Robojox. 1993: Fortress. 1995: Castle Freak. 1996: Space Truckers. 1998: The Wonderful ice cream suit. 2001: Dagon. 2003: King of the Ants. 2005: Edmond. 2005: Masters of Horror (le cauchemar de la sorcière - Le Chat Noir). 2007: Stuck. 2008: Fear Itself.

"L'appel fangeux des profondeurs."

InĂ©dit en salles et directement relĂ©guĂ© Ă  la case DTV chez nous, Dagon est une sĂ©rie B horrifique qui sort des sentiers battus, adaptĂ©e de la nouvelle de H.P. Lovecraft Le Cauchemar d’Innsmouth. RĂ©vĂ©lĂ© par Re-Animator, From Beyond et Dolls, Stuart Gordon retrouve ici une inspiration noire et fĂ©conde : Dagon s’impose comme une vĂ©ritable perle d’atmosphère macabre, lovĂ©e dans un univers cĂ´tier d’une perversitĂ© redoutable.

Synopsis : Deux couples s’Ă©garent en mer lors d’une tempĂŞte soudaine. Quand l’une des femmes est grièvement blessĂ©e, le jeune couple gagne la rive pour chercher de l’aide auprès des habitants d’un hameau proche. Mais, sĂ©parĂ© de sa compagne, Paul dĂ©couvre une communautĂ© d’Ă©tranges citadins Ă  la dĂ©marche dĂ©gingandĂ©e, Ă  la voix râpeuse, comme rongĂ©s par une dĂ©gĂ©nĂ©rescence millĂ©naire.


Ă€ partir de ce pitch dĂ©licieusement intrigant, baignĂ© d’un mystère palpable et du charisme sinistre des villageois encapuchonnĂ©s, Gordon tisse un suspense oppressant, mu par le principe d’un survival sans relâche. Les tentatives d’Ă©vasion du hĂ©ros, piĂ©gĂ© dans ce village spectral et labyrinthique, se succèdent avec fièvre, relançant sans cesse l’enjeu de survie - moteur dĂ©sespĂ©rĂ© de sa quĂŞte : retrouver l’Ă©pouse disparue. L’action rebondit sans rĂ©pit, nourrie par la diversitĂ© de dĂ©cors glauques et permĂ©ables, que Paul traverse Ă  bout de souffle sous une pluie diluvienne. Immersion aqueuse garantie.

Au fil de ce cauchemar Ă©veillĂ©, chaque rencontre devient menace, chaque ruelle une gorge humide prĂŞte Ă  l’engloutir. Et quand surgit la fascinante UxĂ­a Cambarro - Macarena GĂłmez, vĂ©nĂ©neuse et terrifiante, regard reptilien Ă  l’Ă©clat de fièvre -, le rĂ©cit bascule dans un vertige charnel et mythologique. Soutenu par une densitĂ© narrative traversĂ©e de rebondissements et de rĂ©vĂ©lations traumatiques (jusqu’Ă  ce final explosif, tordant le cou au traditionnel happy end), Dagon nous entraĂ®ne vers une abysse aquatique d’une beautĂ© sĂ©pulcrale.

MalgrĂ© quelques CGI datĂ©s, les trucages artisanaux confèrent au film une physicalitĂ© viscĂ©rale, notamment lors des sĂ©quences les plus draconiennes. Certaines scènes de gore poisseux - tel le dĂ©peçage d’un visage en plan serrĂ© - flirtent avec l’insoutenable.


SĂ©rie B formellement soignĂ©e, redoutablement ensorcelante, Dagon suinte la moisissure, l'eau et la peur. Gordon transcende un univers malsain pour dĂ©mystifier le sectarisme d’une confrĂ©rie dĂ©vote Ă  une divinitĂ© amphibienne. Captivant, Ă©trange, terrifiant - sans jamais sombrer dans l’outrance —, il sculpte le cadre de son archipel avec la densitĂ© d’un conte baroque et fĂ©tide. En dĂ©finitive, une rĂ©fĂ©rence du genre, au parfum de soufre, moite et vertigineux. Peut-ĂŞtre bien la plus belle rĂ©ussite horrifique de son auteur.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

18.10.25 4èx. Vost

mardi 23 août 2016

Carnival of Souls

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com 

de Herk Harvey. 1962. U.S.A. 1h24. Avec Candace Hilligoss, Frances Feist, Sidney Berger, Art Ellison, Stan Levitt, Tom McGinnis.

Sortie salles France: 26 Septembre 1962

FILMOGRAPHIEHerk Harvey est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 3 juin 1924 et dĂ©cĂ©dĂ© le 3 avril 1996. 1962: Carnival of Souls.


Une expérience hallucinée avec le mysticisme.
Film culte au sens étymologique alors qu'il fut un bide en salles, Carnival of Souls gagna sa réputation notoire parmi des fans toujours plus nombreux au fil des décennies. Réalisé avec des moyens précaires sur une durée de trois semaines de tournage, Carnival of Souls constitue une expérience visuelle vénéneuse alors qu'il s'agit de l'unique réalisation de Herk Harvey

Le Pitch: A la suite d'un accident de voiture, une jeune femme s'Ă©gare dans un dĂ©dale urbain peuplĂ© d'Ă©tranges quidams. Alors qu'elle vient de trouver un emploi d'organiste dans une Ă©glise, les phĂ©nomènes inexpliquĂ©s se multiplient sans qu'elle puisse acquĂ©rir une quelconque logique Ă  sa condition esseulĂ©e. 


A partir de ce pitch minimaliste, le rĂ©alisateur en extirpe un cauchemar Ă©veillĂ© du point de vue de l'hĂ©roĂŻne, quand bien mĂŞme le spectateur aussi dĂ©sorientĂ© se laisse border par la main par ce maelstrom d'images anxiogènes sorties de son esprit torturĂ©. De par son climat fantasmagorique en roue libre et la posture nonsensique des personnages secondaires, Carnival of Souls laisse libre court Ă  une fantaisie surrĂ©aliste dĂ©nuĂ©e de cohĂ©rence. A raison lorsque l'on connait finalement la rĂ©solution de l'Ă©nigme mainte fois reprise depuis chez d'autres rĂ©alisateurs en herbe (Night M. Shyamalan en tĂŞte). En faisant notamment rĂ©fĂ©rence au cinĂ©ma muet, Herk Harvey parvient Ă  susciter l'angoisse et parfois mĂŞme l'effroi lors des multiples apparitions de spectres (grimĂ©s de fond de teint blanc) que l'hĂ©roĂŻne redoute dans sa paranoĂŻa en chute libre. Baignant dans une fascinante atmosphère d'onirisme macabre (notamment ce fameux bal des âmes) que sa photo monochrome exacerbe avec stylisme, Carnival of Souls nous plonge dans une dĂ©rive schizo sous l'impulsion de situations affolantes. Le jeu assez amateur des comĂ©diens nĂ©ophytes et la prĂ©sence attachante de Candace Hilligoss amorçant une habile contradiction pour renchĂ©rir notre perte des repères. Sans omettre ce travail retors sur sa bande-son musicale entièrement conçue Ă  l'orgue et sur ces bruitages parfois mutiques que l'hĂ©roĂŻne ET le spectateur s'interpellent communĂ©ment !


La vie n'est qu'un long rĂŞve dont la mort nous rĂ©veille. 
Bad trip sensitif d'une puissance formelle aussi diaphane que fulgurante, Carnival of Souls est Ă  prescrire Ă  tous les amoureux d'ambiance Ă©thĂ©rĂ©e sachant que l'onirisme macabre et le baroque se tĂ©lescopent avec une fluide alchimie ! Source d'inspirations auprès de gĂ©nĂ©rations de cinĂ©astes (Lynch, Romero et Shyamalan en tĂŞte), cet ovni singulier laisse des traces dans l'encĂ©phale si bien qu'il tend aussi Ă  souligner une rĂ©flexion existentielle sur notre perception (chimĂ©rique) de la rĂ©alitĂ© et sur l'Ă©ventuelle foi en l'"au-delĂ " ! (on peut mĂŞme y dĂ©celer une certaine influence chez l'Aldila de Fulci lors d'une itinĂ©rance routière). 

B-M. 3èx

lundi 22 août 2016

GREYSTOKE, LA LEGENDE DE TARZAN

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com 

"Greystoke: The Legend of Tarzan, Lord of the Apes" de Hugh Hudson. 1984. Angleterre. 2h15. Avec Christophe Lambert, Ralph Richardson, Ian Holm, James Fox, Andie MacDowell, Cheryl Campbell, Ian Charleson, Nigel Davenport.

Sortie salles France: 3 Octobre 1984. U.S: 30 Mars 1984

FILMOGRAPHIEHugh Hudson est un réalisateur britannique né le 25 août 1936 à Londres.
1981 : Les Chariots de feu. 1984 : Greystoke, la légende de Tarzan. 1985 : Révolution. 1989 : Le Carrefour des Innocents. 1995 : Lumière et Compagnie (Doc). 1999 : My Life So Far. 2000 : Je rêvais de l'Afrique. 2016: Altamira.


Hymne Ă  la vie, Ă  la faune et Ă  la flore dans son cadre le plus humble et authentique, Greystoke, la LĂ©gende de Tarzan transcende toutes les versions portĂ©es Ă  l'Ă©cran d'après le cĂ©lèbre roman d'Edgar Rice Burroughs. A contre-emploi d'une lignĂ©e de divertissements de sĂ©ries B immortalisĂ©es par l'acteur Johnny Weissmuler, Greystoke imprime avec sa mise en scène classieuse une aventure flamboyante sous l'impulsion d'un souffle romanesque tantĂ´t bouleversant. Si la première partie Ă©pique condense en 50 minutes la jeunesse primitive de notre hĂ©ros Ă©duquĂ© par les singes en forĂŞt africaine, le second acte plus grave bifurque vers le drame existentiel lorsque John Clayton est accueilli dans la riche propriĂ©tĂ© de son grand-père aristocrate.


Outre sa petite romance partagĂ©e avec Miss Jane Porter et sa grande amitiĂ© nouĂ©e avec Philippe D'Arnot, John s'efforce de trouver un centre d'intĂ©rĂŞt Ă  sa nouvelle condition humaine depuis le comportement matĂ©rialiste de l'homme esclave de son confort. RĂ©flexion sur notre cupiditĂ© humaine Ă  cultiver le profit sous toutes ses coutures et en exploitant les plus faibles, Greystoke se porte Ă©galement garant de la cause animale lorsque la haute bourgeoisie se soumet d'empailler des animaux pour les exhiber fièrement dans leurs musĂ©es d'histoire. Irrespectueux et meurtrier envers l'animal, l'homme moderne se dĂ©voile sous les yeux de Greystoke comme un charlatan mĂ©galo dĂ©nuĂ© de sens moral. Au-delĂ  des comĂ©diens notoires issus de l'ancienne (Ralph Richardson; Ian Holm) et la nouvelle gĂ©nĂ©ration (la sĂ©millante Andie MacDowell du haut de ses 26 ans !), Christophe Lambert constitue LA rĂ©vĂ©lation du film tant celui-ci parvient Ă  donner chair Ă  l'homme-singe avec une vĂ©ritĂ© humaine aussi vibrante que bouleversante. Tant pour son talent du mimĂ©tisme primal que de son expressivitĂ© mĂ©lancolique Ă  travers la chaleur de son regard candide.


Avec ses dĂ©cors grandioses de forestation sauvage et l'architecture baroque d'un royaume monarque; Greystoke Ă©tablit un saisissant contraste entre l'ancienne et notre nouvelle civilisation. A travers le tĂ©moignage candide d'un homme singe pĂ©tri de valeurs et dĂ©fĂ©rence pour sa famille (celle des primates), Greystoke tend Ă  faire Ă©cho Ă  la citation de Ghandi ("on reconnait la grandeur d'une nation Ă  la manière dont elle traite les animaux") pour fustiger la cruautĂ© de l'homme moderne envers son descendant. Une oeuvre magnifique Ă©maillĂ©e d'intenses fragments dramatiques sous l'impulsion lyrique du thème classique de John Scott et du jeu viscĂ©ral de Christophe Lambert.  

B-M. 3èx

vendredi 19 août 2016

LA MOUCHE NOIRE

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alamy.com

"The Fly" de Kurt Neumann. 1958. U.S.A. 1h35. Avec Vincent Price, David Hedison, Patricia Owens, Herbert Marshall, Charles Herbert, Kathleen Freeman.

Sortie salles: 29 Août 1958

FILMOGRAPHIE: Kurt Neumann est un réalisateur, producteur et scénariste américain d'origine allemande, né le 5 Avril 1908 à Nuremberg, décédé le 21 Août 1958. 1932: Mon copain le roi. 1935: Solitude. 1937: Espionage. 1939: Island of lost men. 1945: Tarzan et les amazones. 1946 : Tarzan et la Femme léopard. 1947: Tarzan et la Chasseresse. 1950 : Le Kid du Texas. 1950 : Vingt-quatre heures chez les Martiens. 1952: Le Fils d'Ali Baba. 1956: L'Attaque du Fort Douglas. 1958: La Mouche Noire. 1958 : Machete. 1959 : Watusi. 1959 : Counterplot.


Bien avant le chef-d'oeuvre bouleversant de Cronenberg, Kurt Neumann s'Ă©tait appropriĂ© en 1958 de la nouvelle de George Langelaan pour transposer Ă  l'Ă©cran les expĂ©riences amorales d'un scientifique convaincu de pouvoir sauver le monde de la famine et de la pollution grâce Ă  un dĂ©sintĂ©grateur ! Ou plus communĂ©ment appelĂ© de nos jours "tĂ©lĂ©portation" dans le but de substituer nos traditionnels moyens de locomotion. Après avoir tentĂ© l'expĂ©rience sur un chat (dĂ©sintĂ©grĂ© dans l'espace !) et un cochon d'Inde, il dĂ©cide de servir de cobaye afin de parfaire son ambition et la promulguer au monde. Seulement, au moment d'entrer dans la machine, une mouche s'y est incidemment invitĂ©e ! La suite, vous la connaissez, du moins pour ceux ayant dĂ©jĂ  dĂ©couvert la version (organique) de Cronenberg. Ce pitch aussi improbable que dĂ©bridĂ©, Kurt Neumann nous le conte avec souci informatif par l'entremise d'un long flash-back.


L'épouse du savant ayant été contrainte de le sacrifier selon sa dernière volonté, elle finit par se confesser à la police afin de leur expliquer les conséquences tragiques de l'invention. De par la spontanéité des comédiens aussi rigoureux dans leur émoi et désarroi et sa structure narrative militant la suggestion en retardant au possible l'effet de surprise d'une vision d'effroi, La Mouche Noire nous plonge dans une intrigue ombrageuse où le suspense maintient l'attention. Le savant ayant durant la quasi totalité du métrage un drap noir sur la tête afin de préserver à son épouse son horrible métamorphose, nous nous amusons de notre curiosité voyeuriste sous le joug de l'expectative. Bien que les effets-cheaps feront aujourd'hui sourire le public, la posture aussi convaincante qu'attachante de chacun des interprètes parviennent à les transcender si bien que nous croyons à l'infortune de ce scientifique davantage gagné par la déroute alors que son épouse bouleversée tente vainement de le rassurer. Outre l'aspect captivant de sa narration convergeant à une issue dramatique, on se surprend également de la tournure délirante d'une "chasse à mouche blanche" que nos héros effectuent à perdre haleine dans la maison et le jardin (lors de la transmission de matière, la tête humaine du savant fut transplantée sur l'insecte aujourd'hui en liberté !).


Intriguant, délirant et cauchemardesque (à l'instar de son point d'orgue anthologique d'une cruauté viscérale encore perturbante !), La Mouche Noire continue de perdurer son petit pouvoir de fascination sous l'impulsion de comédiens loquaces (notamment Vincent Price dans un second rôle avenant !) et d'une efficacité narrative signalant en sous texte les dérives technologiques. A redécouvrir avec un oeil aussi distrait que diligent !

B-M. 3èx

jeudi 18 août 2016

POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site actionmovie.kronosline.com 

"Per un pugno di dollari" de Sergio Leone. 1964. Italie. 1h36. Avec Clint Eastwood, Gian Maria Volontè, Sieghardt Rupp, Wolfgang Lukschy, Marianne Koch, José Calvo, Joseph Egger, Antonio Prieto.

Sortie salles France: 16 Mars 1966. Italie: 12 Septembre 1964.

FILMOGRAPHIE: Sergio Leone est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 3 Janvier 1929 à Rome, décédé le 30 Avril 1989.
1959: Les Derniers Jours de Pompéi, 1960: Sodome et Gomorrhe, 1961: Le Colosse de Rhodes, 1964: Pour une poignée de Dollars, 1965: Et pour quelques Dollars de plus, 1966: Le Bon, la Brute et le Truand, 1968: Il Etait une fois dans l'Ouest, 1971: Il était une fois la Révolution, 1973: Mon Nom est Personne (co-réalisé avec Tonino Valerii), 1975: Un Génie, deux Associés, une Cloche (co-réalisé avec Damiano Damiani), 1984: Il Etait une fois en Amérique, 1989: Les 900 jours de Leningrad (inachevé).


Succès international cĂ©lĂ©brant l'avènement du Western Spaghetti,  Pour une poignĂ©e de dollars fut sifflĂ© par les critiques françaises de l'Ă©poque lui reprochant sans doute sa violence et son sadisme au sein d'un climat poisseux de dĂ©gĂ©nĂ©rescence immorale. A l'instar du massacre lâchement perpĂ©trĂ© par Ramon et ses sbires contre les Baxter ou lors de leur passage Ă  tabac infligĂ© sur l'homme sans nom. S'inspirant d'un classique d'Akira Kurosawa, Yojimbo, Pour une poignĂ©e de dollars dĂ©peint avec stylisme singulier (entendez par lĂ , pour le genre !) la confrontation ardue entre deux clans de contrebandiers quand bien mĂŞme un Ă©tranger amĂ©ricain viendra s'immiscer entre eux pour y semer la zizanie et rĂ©parer justice auprès de la population et du gouvernement.


Dans un rĂ´le taillĂ© sur mesure, Clint Eastwood crève l'Ă©cran dans sa carrure placide de redresseur de tort inscrit dans la loyautĂ© et la bravoure. Nanti d'un charisme viril Ă  travers l'intensitĂ© d'un regard reptilien, il magnĂ©tise ses rivaux lors de duels dĂ©jĂ  emphatiques (zooms sur les regards en sueur, plans larges et iconiques de tronches insalubres aux yeux perçants) que Sergio Leone peaufinera avec d'autres westerns plus emblĂ©matiques (Et pour quelques dollars de plus, Il Ă©tait une fois la RĂ©volution, Le Bon, la Brute et le Truand et surtout le lĂ©gendaire et inoxydable Il Etait une fois dans l'Ouest). Dosant efficacement humour noir, drame et action sous l'impulsion de subterfuges qu'exĂ©cute en catimini l'Etranger, Pour une poignĂ©e de dollars enchaĂ®ne les attaques et contre-attaques entre clans avant que ces derniers ne cernent la cause de leur discorde. Fort d'une violence rĂ©aliste inhabituelle pour le genre, et outre sa galerie de trognes burinĂ©es que les seconds-rĂ´les se partagent de façon viciĂ©e, la prĂ©sence cynique de Gian Maria Volontè renforce Ă  merveille le climat putassier du cadre assĂ©chĂ© de l'action ! LittĂ©ralement habitĂ© par sa prestance impudente, l'acteur se prĂŞte au jeu du leader sans vergogne avec une expressivitĂ© sadique. Outre le soin imparti Ă  la structure narrative et Ă  l'esthĂ©tisme vĂ©tuste du climat de dĂ©solation (photo sĂ©pia Ă  l'appui), Sergio Leone convoque Ă©galement le maestrio Ennio Morricone pour parfaire l'Ă©motion des enjeux humains. Ce dernier composant avec une ambition sans retenue diverses mĂ©lodies par l'entremise d'un lyrisme tantĂ´t solennel, tantĂ´t enjouĂ©.


Bien que Pour une poignĂ©e de dollars s'avère le western spaghetti le moins rĂ©ussi de sa filmographie, Sergio Leone est tout de mĂŞme parvenu avec ce premier essai Ă  crĂ©er et imposer son style si bien que les duels archĂ©typaux qui empiètent parfois l'intrigue font dĂ©jĂ  preuve d'une vibrante intensitĂ© Ă©motionnelle ! Un classique du genre avant-gardiste dont les effluves du temps ne semblent avoir aucune emprise.  

B-M

mercredi 17 août 2016

IN THE DEEP / 47 METERS DOWN

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Johannes Roberts. 2016. U.S.A. 1h29. Avec Matthew Modine, Mandy Moore, Claire Holt, Santiago Segura, Yani Gellman, Chris J. Johnson, Axel Mansilla.

Inédit en salles en France. Sortie Dtv France: 28 Septembre 2017

FILMOGRAPHIE: Johanne Roberts est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 24 Mai 1976 Ă  Cambridge. 2016: In the Deep. 2016 The Door. 2012 Storage 24. 2011 Roadkill (TV Movie). 2010: F.  2005 Forest of the Damned. 2004 Darkhunters. 2004: Hellbreeder. 2002/II Alice. 2001: Sanitarium (Video).


Uniquement disponible en Dtv sur notre territoire, In the Deep emprunte la dĂ©marche modeste d'une sĂ©rie B pour exploiter Ă  nouveau la peur du requin. En villĂ©giature au Mexique, deux soeurs dĂ©cident de partir en croisière avec des inconnus rencontrĂ©s la veille d'une soirĂ©e festive. Pour contempler d'un peu plus près les requins, ces derniers les sollicitent Ă  descendre au fond de l'ocĂ©an Ă  l'aide d'une cage d'observation. Mais un incident technique contraint les plongeuses Ă  y rester embrigadĂ©es en attendant les secours. Alors que les requins sont Ă  l'affĂ»t, leur masque de plongĂ©e commence Ă  manquer d'oxygène. Sous le principe du survival tendu et oppressant, Johanne roberts surprend habilement dans sa capacitĂ© Ă  dĂ©cupler les situations de danger sans faire preuve d'esbroufe. Si les dix premières minutes prĂ©sagent le pire dans ses clichĂ©s Ă©culĂ©s (le dĂ©pit amoureux que l'une des hĂ©roĂŻnes Ă©prouve, la fiesta arrosĂ©e qui s'ensuit pour opĂ©rer le deuil), la suite embraye rapidement vers des enjeux de survie Ă  couper le souffle (au sens littĂ©ral du terme !).


Fort d'une idĂ©e aussi ingĂ©nieuse que singulière (embrigader deux plongeuses dans une cage d'acier Ă  plus de 50 mètres de profondeur alors que des requins accourent !), le rĂ©alisateur s'avère redoutablement inspirĂ© pour faire monter la pression anxiogène d'une menace binaire (celle des requins et de l'oxygène en instance de ravitaillement). Qui plus est, l'utilisation d'authentiques requins Ă  l'Ă©cran nous immerge dans l'action avec un rĂ©alisme cauchemardesque ! Nos deux hĂ©roĂŻnes dĂ©munies s'efforçant de se triturer les mĂ©ninges afin de solutionner leur espoir d'Ă©vasion tout en redoublant de vigilance pour l'hostilitĂ© des squales. VĂ©ritable descente aux enfers marins, In the Deep dĂ©payse en diable afin d'extĂ©rioriser une angoisse viscĂ©rale permanente lorsque nos survivantes s'efforcent de s'Ă©pauler et de relever les dĂ©fis avec une stoĂŻcitĂ© teintĂ©e de dĂ©sespoir. En instaurant une perpĂ©tuelle pression durant leur Ă©preuve de force (notamment ce risque d'azote contractĂ© dans le sang causant ainsi des hallucinations), Johanne Roberts pousse le vice jusqu'au bout pour culminer vers un final couillu aussi palpitant qu'escarpĂ© (au risque de dĂ©concerter une partie du public).


Filmant l'immensitĂ© de l'ocĂ©an comme un enfer aquatique privĂ© de tous repères, In the Deep immerge de plein fouet le spectateur dans une Ă©preuve de survie aussi haletante que suffocante. Exploitant intelligemment son concept original d'embrigadement restreint Ă  l'intĂ©rieur mĂŞme d'un grand bleu sans Ă©chappatoire, Johanne Roberts recourt Ă  un rĂ©alisme acerbe pour osciller angoisse et terreur sous l'impulsion solidaire d'hĂ©roĂŻnes en perdition (sobre talent des comĂ©diennes fondĂ© sur une expression viscĂ©rale ). Une excellente pĂ©pite donc que les amateurs de requins-tueurs auraient tort de zapper !

B-M

mardi 16 août 2016

JACK L'EVENTREUR

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alchetron.com

"Jack the Ripper" de Robert S. Baker et Monty Berman. 1959. Angleterre. 1h24. Avec Lee Patterson, Eddie Byrne, Betty McDowall, Ewen Solon, John Le Mesurier, Garard Green.

Sortie salles France: 10 Août 1960

FILMOGRAPHIE:  Robert S. Baker est un producteur, rĂ©alisateur et directeur photo britannique nĂ© le 17 octobre 1916 et mort le 30 septembre 2009.
1949 : Melody Club co-réalisé avec Monty Berman. 1950 : Blackout. 1952 : 13 East Street. 1953 : The Steel Key. 1956 : L'ennemi invisible. 1959 : Jack l'Éventeur co-réalisé avec Monty Berman. 1960 : The Siege of Sidney Street co-réalisé avec Monty Berman. 1961 : Les Chevaliers du démon co-réalisé avec Monty Berman. 1961 : Le Secret de Monte Cristo co-réalisé avec Monty Berman.
Monty Berman est un producteur, réalisateur et directeur photo britannique né le 26 mars 1905 et mort le 14 juin 2006. 1959 : Jack l'Éventeur coréalisé avec Robert S. Baker. 1961 : Les Chevaliers du démon (The Hellfire Club) coréalisé avec Robert S. Baker. 1961: Le Secret de Monte Cristo.


Alors qu'ils venaient de produire la mĂŞme annĂ©e le chef-d'oeuvre de John Gilling, l'Impasse aux Violences, Robert S. Baker et Monty Berman repassent derrière la camĂ©ra pour mettre en scène les exactions d'un des plus illustres serial-killers de l'histoire criminelle, Jack l'Eventreur ! FilmĂ© dans un noir et blanc sĂ©pulcrale, cette rĂ©actualisation surprend de prime abord par sa violence rĂ©aliste (son prĂ©lude aussi angoissant que percutant !) mĂŞme si le contre-champ est de rigueur. De par les expressions de terreur que les victimes laissent en exergue sur leur visage et la manière âpre, cinglante, impassible dont le tueur fait preuve pour les trucider ! En se replaçant dans le contexte de l'Ă©poque, on se surprend encore aujourd'hui de l'aspect cru des mises Ă  mort quand bien mĂŞme les auteurs parviennent Ă  Ă©carter le racolage parmi l'effet de suggestion ! Le stylisme imparti aux cadrages obliques lorsque le tueur passe Ă  l'action insufflant en outre une Ă©tonnante modernitĂ© Ă  la rĂ©alisation.  On se surprend aussi du brio d'une direction d'acteurs très expressifs dans leur posture autoritaire (le personnel policier, le gĂ©rant de l'hĂ´pital, le directeur du cabaret) ou lubrique (les prostituĂ©es ainsi qu'une novice fragile aussi influençable que vulnĂ©rable).



Jack l'Eventreur, tueur misogyne adepte du scalpel s'en prend donc aux prostituées du quartier populaire de Whitechapel en cette époque victorienne. Mais juste avant de perpétrer son rituel morbide, une question est proférée à chacune des victimes ! Etes-vous Mary Clarke ? Répondant par la négation, elles finissent étranglées, égorgées ou éventrées dans les rues les plus malfamées du quartier. Alors que la populace sombre rapidement dans une paranoïa collective depuis l'incompétence de la police, l'inspecteur O'Neill tente d'élucider l'affaire avec l'appui de sa compagne Anne Ford. A partir d'une trame convenue, le duo Baker/Berman parvient à renouveler l'intérêt des exactions de Jack l'Eventreur grâce à l'audace de sa résolution criminelle (que seul le spectateur connaîtra !) et à l'identité de l'assassin divulguée en toute dernière partie. Outre son effet de surprise imparti aux tenants et aboutissants de ce dernier, Jack l'Eventreur fascine irrémédiablement grâce à la maîtrise d'une réalisation s'efforçant de rendre le plus réaliste possible une situation de crise rendue ingérable parmi les mentalités archaïques. A l'instar de la posture irascible d'un magistrat trop imbu de sa personne pour se juger de son incompétence ou celle décervelée des habitants de Whitechapel proclamant la loi du talion de la manière la plus expéditive. Ce climat de paranoïa populaire, cette décadence humaine (la clientèle dépravée du cabaret) et cette appréhension permanente du danger sont rehaussés d'une atmosphère diaphane d'un Whitechapel enveloppé de brouillard.


Affichant modernitĂ© technique, audace conceptuelle et efficacitĂ© narrative afin de dĂ©poussiĂ©rer les exactions sordides du tueur sous le ressort d'un rĂ©alisme Ă©tonnamment malsain (en tenant compte Ă©galement du contexte de l'Ă©poque), Jack l'Eventreur fascine par son climat vĂ©nĂ©neusement pervers ! Un authentique classique d'une horreur rĂ©tro dĂ©licieusement sulfureuse alors que le hors-champ est toujours de mise ! 

B-M. 4èx

lundi 15 août 2016

THE WAVE

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com 

"Bølgen" de Roar Uthaug. 2015. 1h44. Norvège. Avec Kristoffer Joner, Thomas Bo Larsen, Fridtjov Såheim, Ane Dahl Torp, Jonas Hoff Oftebro, Edith Haagenrud-Sande, Arthur Berning

Sortie salles France: 27 Juillet 2016. Norvège: 28 Août 2015.

FILMOGRAPHIERoar Uthaug est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur norvĂ©gien, nĂ© le 25 aoĂ»t 1973 Ă  Lørenskog dans le comtĂ© d'Akershus. 2006: Cold Prey. 2008: Cold Prey 2. 2009: Le Secret de la montagne bleue. 2012: Dagmar : L'Ă‚me des vikings. 2012: The Wave. 2018: Tomb Raider.


S'Ă©tant fait connaĂ®tre auprès du public français grâce Ă  de sympathiques sĂ©ries B plutĂ´t bien torchĂ©es (Cold Prey 1 et 2, Dagmar), le rĂ©alisateur norvĂ©gien Roar Uthaug semble s'essayer Ă  tous les genres si on en juge son dernier-nĂ©, The Wave. Surfant sur le genre catastrophe sans faire preuve d'esbroufe et encore moins de surenchère, Roar Uthaug exploite la menace d'un Tsunami en plein coeur d'une vallĂ©e norvĂ©gienne. Après l'Ă©boulement d'une montagne dans un lac, un père de famille tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de retrouver les siens au milieu des dĂ©combres. SituĂ©s Ă  l'autre bout du hameau, sa femme et son fils sont parvenus Ă  s'isoler avec un survivant dans le sous-sol d'un hĂ´tel en dĂ©pit de la montĂ©e des eaux. Un pitch simpliste, Ă©culĂ©, sans surprise que le cinĂ©aste exploite nĂ©anmoins avec une Ă©vidente efficacitĂ©. De par les situations de survie que nos protagonistes sont contraints de surpasser en se disputant leurs sentiments de vaillance et de dĂ©sespoir, et les tentatives de sauvetage de dernier ressort.


Focalisant l'essentiel de l'intrigue sur la cohĂ©sion familiale du gĂ©ologue Kristian Eikjord, Roar Uthaug parvient Ă  nous attacher Ă  leur caractĂ©risation dĂ©munie sous l'impulsion de comĂ©diens modestement expansifs. Sa facture sĂ©rie B de souche norvĂ©gienne ajoutant au charme de l'entreprise si bien que les interprètes s'avèrent inconnus du public français. Suspense, tension, asphyxie (la claustration en apnĂ©e de la mère et du fils) se chevauchent donc avec assez de succès pour nous impliquer Ă©motionnellement Ă  la prĂ©caritĂ© des protagonistes en porte-Ă -faux. Quand Ă  la sĂ©quence catastrophe aussi escomptĂ©e que redoutĂ©e, le cinĂ©aste mise sur la qualitĂ© d'effets spĂ©ciaux numĂ©riques et l'habiletĂ© du dĂ©coupage pour provoquer l'effroi, notamment en insistant sur l'affolement d'une foule de masse après leur dĂ©part furtif en vĂ©hicule ! Sous le pilier de quelques sĂ©quences spectaculaires très convaincantes, The Wave s'inscrit donc dans une logique de rĂ©alisme plutĂ´t que d'exploiter tous azimuts des sĂ©quences racoleuses aussi vaines que gratuites (remembre 2012 !). Au-delĂ  de la fulgurance graphique impactĂ©e par le Tsunami, Roar Uthaux met Ă©galement en lumière (crĂ©pusculaire) des images de cauchemars sitĂ´t la rĂ©sultante du chaos ! A l'instar des dĂ©ambulations nocturnes de notre hĂ©ros serpentant les chemins de traverse au sein de carcasses de voitures et de cadavres.


Sans aucune prĂ©tention puisque refusant de cĂ©der Ă  la facilitĂ© d'une action redondante, Roar Uthaux respecte le cahier des charges du genre en n'oubliant jamais de faire vivre ses personnages d'un humanisme fĂ©brile. Un sympathique divertissement un peu plus convaincant que les produits standards du Blockbuster ricain.    

B-M

Récompenses: Kosmorama, Festival du film international de Trondheim 2016 :
Meilleur montage pour Christian Siebenherz
Meilleure production pour Martin Sundland et Are Heidenstrom
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Kristoffer Joner

vendredi 12 août 2016

La Louve Sanguinaire / la louve se déchaîne / La Lupa Mannara

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

de  Rino Di Silvestro. 1976. Italie. 1h39. Avec Annick Borel, Frederick Stafford, Howard Ross, Tino Carraro, Andrea Scotti, Elio Zamuto, Dagmar Lassander, Ollie Reynolds, Karen Carter.

Sortie salles France: 1982 (Int - 18 ans). Italie: 18 Mars 1976

FILMOGRAPHIE: Rino Di Silvestro (1932-2009) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur italien. 1985: Les nuits chaudes de ClĂ©opâtre. 1984 Ă€ seize ans dans l'enfer d'Amsterdam. 1980 Bello di mamma. 1979 Baby Love. 1976 Les dĂ©portĂ©es de la section spĂ©ciale SS. 1976 La louve sanguinaire. 1974 Prostituzione. 1973 La vie sexuelle dans une prison de femmes.

Plus connue des fantasticophiles lors de son exploitation VHS sous la bannière Super Video Production, La Louve Sanguinaire fait figure d’ovni, hybride malsain mĂŞlant horreur gothique, Ă©rotisme racoleur et rape and revenge. Typiquement transalpine dans son goĂ»t pour les meurtres graphiques, l’Ĺ“uvre baigne dans une atmosphère macabre, trouble et poisseuse, malgrĂ© un scĂ©nario itĂ©ratif, certes prĂ©visible, mais assez vĂ©nĂ©neux et captivant pour les aficionados de bisserie faisandĂ©e. 

Le Pitch: hantĂ©e par des cauchemars nocturnes d’une rare violence, Daniella s’imagine lycanthrope les soirs de pleine lune - Ă  moins qu’elle ne soit la vĂ©ritable rĂ©incarnation d’une ancĂŞtre sacrifiĂ©e sur le bĂ»cher deux siècles plus tĂ´t. Depuis l’arrivĂ©e de sa sĹ“ur et de son nouvel amant au domicile paternel, Daniella Ă©pie jalousement leurs Ă©bats nocturnes. Sexophobe depuis une agression brutale subie Ă  l’âge de quinze ans, elle se laisse peu Ă  peu submerger par des pulsions meurtrières incontrĂ´lables.

En abordant la figure du loup-garou par un prisme fĂ©minin - parti pris identitaire encore rare dans le genre - La Louve Sanguinaire s’imprègne d’un climat onirico-macabre singulier. Le rĂ©alisateur, issu de l’Ă©curie bis, accumule sans relâche les sĂ©quences d’Ă©rotisme polisson et de gore outrancier, zooms grossiers Ă  l’appui, façon Fulci. L’Ă©trangetĂ© qui s’en dĂ©gage - du climat blafard et feutrĂ© de l’hĂ´pital aux confessions d’une patiente nymphomane -, la partition musicale lĂ©gèrement envoĂ»tĂ©e, et surtout le jeu inquiĂ©tant d’Annick Borel, gesticulant et vocifĂ©rant des insanitĂ©s telle une possĂ©dĂ©e, instaurent une aura quasi ineffable. La narration, ouvertement misandre, fustige une gent masculine rĂ©duite Ă  des phallocrates lubriques, avides de chair, que Daniella sĂ©duit dans son plus simple appareil.

Physiquement molestĂ©e après s’ĂŞtre laissĂ©e aguicher, Daniella s’abandonne alors Ă  une riposte primitive, nourrie par le trauma de son agression infantile et ses visions de sorcière lycanthrope. Seul un cascadeur philanthrope lui offrira amour et dĂ©fĂ©rence dans un dernier acte encore plus baroque et dĂ©routant que tout ce qui prĂ©cède. Car en adoptant pleinement les codes du rape and revenge dans un cadre fictif de cinĂ©ma - un village western -, La Louve Sanguinaire renchĂ©rit dans une violence crue (la sĂ©quence scabreuse du viol et le meurtre qui s’ensuit), après nous avoir trompĂ©s par la promesse des sentiments, pour mieux nous dĂ©sorienter avec un Ă©pilogue aussi banal qu’Ă©trangement insolite.

SĂ©rie B d’exploitation soulignant sans retenue la dĂ©rive schizophrène d’une fĂ©ministe sexuellement rĂ©primĂ©e par un traumatisme archaĂŻque, La Louve Sanguinaire cultive un art de la provocation putassière dont seuls les Italiens semblent dĂ©tenir la clĂ©. Ă€ mi-chemin entre Ă©rotisme ostentatoire et Ă©pouvante crasseuse, cette curiositĂ© Ă©maillĂ©e de dĂ©tails saugrenus se destine aux inconditionnels. Son ambiance baroque parvient nĂ©anmoins Ă  ensorceler, portĂ©e par l’Ă©nergie nĂ©vralgique d’une Annick Borel Ă©tonnamment habitĂ©e, corps et âme, par ses pulsions dĂ©saxĂ©es.
À découvrir.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

4èx
03.11.23. Version Italienne stfr

jeudi 11 août 2016

Predator 2

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Stephen Hopkins. 1990. U.S.A. 1h48. Avec Danny Glover, Gary Busey, Rubén Blades, María Conchita Alonso, Bill Paxton, Kevin Peter Hall, Adam Baldwin, Robert Davi.

Sortie salles France: 30 Avril 1991. U.S: 21 Novembre 1990.

FILMOGRAPHIE: Stephen Hopkins est un réalisateur américain né en 1958 en Jamaïque.
1987: Dangerous Game. 1989: Freddy 5. 1990: Predator 2. 1993: La Nuit du Jugement. 1994: Blown Away. 1996: L'Ombre et la Proie. 1998: Perdus dans l'Espace. 2000: Suspicion. 2004: Moi, Peter Sellers. 2007: Les Châtiments. 2016: La Couleur de la Victoire.


RĂ©alisateur prometteur ayant fait ses preuves avec Dangerous Game et surtout Freddy 5, Stephen Hopkins succède Ă  John Mc Tiernan pour donner suite au chef-d'oeuvre Predator. DĂ©localisant l'action des confrontations en pleine jungle urbaine, le cinĂ©aste joue Ă  fond la carte de la sĂ©rie B dĂ©complexĂ©e si bien que Predator 2 est Ă  juger au second degrĂ© pour en apprĂ©cier sa pleine saveur. A l'instar des touches de cocasserie insĂ©rĂ©es entre deux actions pĂ©taradantes et de la cool attitude de flics rĂ©actionnaires sĂ©vèrement contrariĂ©s ! Mais faute du dĂ©sistement de la montagne de muscle Schwarzy, Stephen Hopkins recrute donc l'Ă©toile montante Danny Glover rĂ©cemment cĂ©lĂ©brĂ© dans les 2 premiers opus de l'Arme Fatale. Bien que l'acteur black fait preuve d'un jeu expressif plutĂ´t timorĂ© dans sa fonction pugnace de redresseur de tort, il parvient tout de mĂŞme Ă  nous attacher par sa volontĂ© teigneuse Ă  pourchasser fĂ©brilement le predator.


Autour de lui, Bill Paxton et Maria Conchita Alonso lui prêtent main forte avec une spontanéité plus convaincante, notamment sous l'impulsion de réparties salaces que se disputent le couple. En dépit d'un schéma narratif malingre digne d'une série B lambda, Stephen Hopkins imprime sur pellicule une énergie insolente pour laisser libre court à des séquences d'actions aussi spectaculaires que violentes (effusions de sang à l'appui par l'entremise de règlements de compte primitifs !). Le predator se réjouissant d'y perdurer sa chasse à l'homme au sein d'un Los Angeles laminé par la criminalité de trafiquants basanés (colombiens et jamaïcains s'exterminant pour un enjeu de pouvoir dans une confusion totale !). D'ailleurs, sa séquence d'ouverture fait office de morceau de bravoure jouissif lorsque, sous un soleil écrasant, une guerre de gangs éclate en plein centre urbain face au témoignage d'une police stérile (du moins avant que n'intervienne stoïquement le lieutenant Harrigan !). Epaulé d'un montage aussi nerveux que maîtrisé, les échanges de fusillades se succèdent sans répit jusqu'au bain de sang que le predator renchérit avec sa traditionnelle lâcheté (son fameux camouflage invisible établi en vision thermique). Exploitant efficacement la diversité de ses décors urbains (métro, toits d'immeuble, abattoir, grotte souterraine), le cinéaste relance l'action des enjeux par le biais d'une traque inlassable entre Harrigan et le predator, quand bien même des agents spéciaux sont sur le point de démasquer la créature avec l'appui d'un stratagème technologique.


Pure sĂ©rie B aux allures de bande-dessinĂ©e sensiblement baroque (notamment l'intervention du vaudou que les jamaĂŻcains pratiquent afin de terroriser l'ennemi), Predator 2 parvient miraculeusement Ă  s'extraire de la routine dans un esprit bis de divertissement très musclĂ©. Stephen Hopkins culminant la traque sanglante vers une ultime demi-heure gĂ©nĂ©reusement Ă©pique ! Bougrement sympa donc mĂŞme si on est Ă  100 lieux du chef-d'oeuvre initial estampillĂ© Tiernan.

La Chronique de Prédator: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/04/predator.html

B-M. 4èx

mercredi 10 août 2016

Des Monstres attaquent la ville / Them !

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horreur-web.com

de Gordon Douglas. 1954. U.S.A. 1h34. Avec James Whitmore, Edmund Gwenn, Joan Weldon, James Arness, Onslow Stevens, Sean McClory.

Sortie salles France: 3 Juin 1955. U.S: 19 Juin 1954

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Gordon Douglas est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain né le 15 décembre 1907 à New York (États-Unis), et décédé le 29 septembre 1993 à Los Angeles (Californie) d'un cancer. 1935 : Lucky Beginners. 1935: The Infernal Triangle. 1950 : Les Nouvelles Aventures du capitaine Blood (Fortunes of Captain Blood). 1953 : La Charge sur la rivière rouge (The Charge at Feather River). 1954: Des monstres attaquent la ville (Them!). 1959 : Quand la terre brûle (The Miracle) coréalisé avec Irving Rapper. 1967 : Tony Rome est dangereux. 1968 : Le Détective. 1968 : La Femme en ciment. 1975 : Nevada Smith (TV). 1977 : Le Casse-cou (Viva Knievel !).


Classique du Monster Movie des fifties, Des monstres attaquent la ville explore la thĂ©matique de l'insecte mutant depuis les effets radioactifs d'essais nuclĂ©aires causĂ©s par l'homme en 1945. Manifeste contre le pĂ©ril atomique (comme l'avait dĂ©jĂ  traitĂ© la mĂŞme annĂ©e Hinoshiro Honda avec le bouleversant Godzilla ou encore un an au prĂ©alable Eugène Lourie avec Le Monstre des temps perdus), Gordon Douglas cultive sa mĂ©taphore avec rĂ©alisme documentĂ© si bien que l'intrigue rigoureusement efficace parvient Ă  nous convaincre de sa menace improbable.


Celle de fourmis géantes retranchées dans des nids du désert du Nouveau-Mexique quand bien même une fillette rescapée parvient à se blottir dans sa maison en attendant les secours d'un duo de policiers. Inévitablement, les effets mécaniques des fourmis grossièrement articulées par des câbles suscitent aujourd'hui le sourire lorsque ces dernières tentent de nous terroriser par le biais d'une démarche trop hachée pour impressionner. Sur ce point, des trucages en Stop Motion auraient été une plus-value pour rendre un peu plus agiles la maniabilité de ces fourmis atteintes de gigantisme. Pourtant, en nous documentant avec souci du détail sur les us et coutumes de leur coexistence coloniale, Gordon Douglas parvient à nous convaincre de leur prochaine invasion lorsque deux reines sont parvenues à se délocaliser vers les canalisations souterraines de la ville adjacente. Mais bien avant ce suspense haletant présageant une invasion d'un genre singulier, le cinéaste aura pris soin de nous caractériser une foule d'investigateurs s'efforçant de géolocaliser les dernières reines (scientifiques, médecins et militaires se concertant avec un sérieux imperturbable !).


Grâce Ă  la maĂ®trise de sa rĂ©alisation imprimant un rĂ©alisme documentaire (Ă  l'instar du gĂ©nial La Chose d'un autre monde !) et Ă  l'aplomb des comĂ©diens, Des monstres attaquent la ville renforce l'authenticitĂ© de cette invasion animale en dĂ©pit de ses trucages obsolètes. Pour parachever de la manière la plus haletante et spectaculaire, il clĂ´ture sa dernière partie avec la montĂ©e en puissance d'un suspense quant Ă  la survie de deux bambins que l'armĂ©e tente d'extraire des Ă©gouts !  

*Bruno
20.06.24. Vostf. 4èx

mardi 9 août 2016

Psychose 3

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

"Psycho 3" de Anthony Perkins. 1986. U.S.A. 1h30. Avec Anthony Perkins, Diana Scarwid, Jeff Fahey, Roberta Maxwell, Hugh Gillin, Lee Garlington, Robert Alan Browne, Gary Bayer, Patience Cleveland, Juliette Cummins.

Sortie salles France: 6 Aout 1986. U.S: 2 Juillet 1986.

FILMOGRAPHIE: Anthony Perkins est un acteur et réalisateur américain né le 4 avril 1932 à New-York, mort le 12 Septembre 1992, à Hollywood, Californie.
1985: Psychose 3. 1988: Le Dindon de la Farce.


Echec critique et public en salles, mĂŞme si en France il engrange tout de mĂŞme 1 294 469 entrĂ©es, Psychose 3 constitue un nouveau cas de film maudit depuis sa rĂ©putation timorĂ©e. Car si Richard Franklin su brillamment rendre hommage au maĂ®tre du suspense avec l'excellent Psychose 2, Anthony Perkins, acteur et rĂ©alisateur, nous offre ici une amusante relecture du cas Norman Bates avec un goĂ»t prononcĂ© pour la dĂ©rision macabre (tant par l'inventivitĂ© des meurtres rĂ©fĂ©rentiels que de son final tragique paradoxalement sarcastique). Après avoir assassinĂ© Mme Spool dans le prĂ©cĂ©dent volet (sa vĂ©ritable mère prĂ©conisera Richard Franklin), Norman continue d'exercer au sein de son motel en l'attente d'une nouvelle clientèle. Mais depuis l'arrivĂ©e d'une jeune religieuse mĂ©crĂ©ante, le fantĂ´me de Mme Spool refait surface afin d'influencer son rejeton au châtiment criminel. Dans son format clinquant de sĂ©rie B formellement stylisĂ©e (photo flamboyante Ă  l'appui) et maĂ®trisĂ© (cadrages alambiquĂ©s, montage retors truffĂ© de clins d'oeil Ă  Psycho), Psychose 3 fignole le cadre gothique du Motel sous l'impulsion schizo d'un Norman sur la corde raide.


EpaulĂ© d'un scĂ©nario aussi efficace que surprenant (bien qu'inachevĂ© et expĂ©diĂ© pour son final un tantinet frustrant), l'intrigue alterne les ruptures de ton (slasher ludique / drame psychologique / rĂ©flexion spirituelle) face au tĂ©moignage aigri d'une religieuse en quĂŞte de rĂ©demption. Si bien qu'après deux tentatives ratĂ©s de suicide, Maureen Coyle croit voir en Norman Bates son sauveur spirituel depuis que ce dernier est venu Ă  son secours. Pied de nez Ă  la religion (rien que le hors-champ sonore introductif - "il n'y a pas de Dieu !" - annonce immĂ©diatement la couleur), Anthony Perkins malmène sĂ©vèrement son hĂ©roĂŻne depuis son nouvel espoir de se rattacher Ă  la cause divine. FragilisĂ©e par sa culpabilitĂ© et ses remords (celle d'avoir incidemment causĂ© la mort d'une bonne soeur) et aveuglĂ©e par son idĂ©ologie christique, Maureen Coyle croit trouver refuge dans les bras de Norman en espĂ©rant aussi dĂ©florer sa virginitĂ© (ils ont comme point commun ce mĂŞme refoulement sexuel). Cette douce romance impossible entre elle et Norman est contrebalancĂ©e d'une ambiance trouble et suspicieuse depuis la reconversion criminelle de ce dernier. Sous le tĂ©moignage trivial de seconds-rĂ´les dĂ©pravĂ©s (formidable Jeff Fahey dans celui du dragueur sans vergogne !), Anthony Perkins se raille d'un des prĂ©ceptes religieux fondĂ©s sur le pĂŞcher capital de la luxure. Paradoxalement, et pour aviver une aura vĂ©nĂ©neuse hybride, Anthony Perkins amorce efficacement des sĂ©quences-chocs davantage rĂ©alistes si bien que le climat pesant de sa dernière partie adopte une tournure dramatique aussi (Ă©tonnamment) cruelle qu'escarpĂ©e.


Flirtant subtilement avec la semi-parodie auprès de la caractĂ©risation versatile d'un Norman toujours aussi perturbĂ© dans sa sexualitĂ© refoulĂ©e, Psychose 3 oscille brillamment les genres (romance, drame, horreur) avec une dĂ©rision goguenarde (le corps religieux complexĂ© par l'Ă©mancipation sexuelle). ScandĂ© du magnifique score Ă©lĂ©giaque de Carter Burwell planant sur le rĂ©cit Ă  l'instar d'une tragĂ©die humaine, Psychose 3 constitue un savoureux cocktail de farce macabre au vitriol ! (rĂ©parties ciselĂ©es Ă  l'appui).

Psychose: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/06/psychose.html
Psychose 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/05/psychose-2-psycho-2.html

B.M.  (02.09.11)
01.09.24. 6èx. Vostfr

lundi 8 août 2016

L'ARME FATALE

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fanforum.com   

de Richard Donner. 1987. U.S.A. 1h50. Avec Mel Gibson, Danny Glover, Gary Busey, Mitch Ryan, Tom Atkins, Darlene Love, Traci Wolfe.

Sortie salles France: 5 Août 1987. U.S: 6 Mars 1987

FILMOGRAPHIE: Richard Donner (Richard Donald Schwartzberg) est un réalisateur et producteur américain, né le 24 Avril 1930 à New-York. 1961: X-15. 1968: Sel, poivre et dynamite. 1970: l'Ange et le Démon. 1976: La Malédiction. 1978: Superman. 1980: Superman 2 (non crédité - Richard Lester). 1980: Rendez vous chez Max's. 1982: Le Jouet. 1985: Ladyhawke, la femme de la nuit. 1985: Les Goonies. 1987: l'Arme Fatale. 1988: Fantômes en Fête. 1989: l'Arme Fatale 2. 1991: Radio Flyer. 1992: l'Arme Fatale 3. 1994: Maverick. 1995: Assassins. 1996: Complots. 1998: l'Arme Fatale 4. 2002: Prisonnier du temps. 2006: 16 Blocs. 2006: Superman 2 (dvd / blu-ray).


Gros succès commercial Ă  travers le monde mĂŞme si en France on aurait pu espĂ©rer quelques millions d'entrĂ©es en sus (on en comptabilise 1 857 521), l'Arme Fatale est le premier volet d'une sĂ©rie de films d'actions ludiques reposant sur la complĂ©mentaritĂ© (très) attachante d'un duo lĂ©gendaire, Mel Gibson / Danny Glover. Et sur ce point, le film s'avère Ă©minemment jouissif de par leur initiation amicale tant ces derniers se disputent leur contradiction avec une verve bonnard. Mel Gibson endossant la carrure d'un jeune flic stoĂŻque et suicidaire depuis la mort accidentelle de sa femme, et donc constamment sur le fil du rasoir Ă  se laisser gagner par le dĂ©sespoir. Mais sa nouvelle relation professionnelle entamĂ©e avec Roger lui permettra de reprendre goĂ»t Ă  la vie depuis leur sens fraternel et leur concertation Ă  dĂ©masquer pugnacement les coupables d'une enquĂŞte rigoureuse ! En père de famille et sergent Ă©mĂ©rite beaucoup plus cĂ©rĂ©bral et prudent, Danny Glover lui prĂŞte la vedette en posture paternelle depuis que son partenaire multiplie les bravoures avec un hĂ©roĂŻsme finalement payant. Si l'intrigue canonique reposant sur l'Ă©minent rĂ©seau d'un trafic de drogue nous offre le minimum syndical, le rĂ©alisateur possède suffisamment de mĂ©tier pour insuffler une incroyable efficacitĂ© au fil conducteur, notamment Ă  travers sa construction narrative et son lot d'action et de poursuites en règle sobrement dosĂ©es. Parmi la vigueur de ses scènes les plus homĂ©riques (le point d'orgue explosif et le combat au corps Ă  corps qui s'ensuit entre Riggs et Joshua !) et les tempĂ©raments irrĂ©sistibles des deux acteurs, l'Arme Fatale s'accompagne d'une orchestration musicale d'Eric Clapton, Michael Kamen et David Sanborn ! Des sonoritĂ©s Ă©piques ou jazzy exacerbant un dynamisme acerbe Ă  l'ensemble du rĂ©cit.
 

En tant que film d'action moderne tributaire du Buddy Movie, l'Arme Fatale constitue sans doute l'un des meilleurs archĂ©types du divertissement commercial de par son efficacitĂ© haletante et l'extrĂŞme sympathie que sacralisent communĂ©ment Mel Gibson / Danny Glover. AssurĂ©ment l'un des tandems les plus amiteux et expansifs du genre !

B-M. 3èx