mardi 10 avril 2018

Le Prix du Danger

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

d'Yves Boisset. 1983. France/Yougoslavie. 1h40. Avec Gérard Lanvin, Marie France Pisier, Michel Piccoli, Bruno Cremer, Andréa Ferréol, Jean-Claude Dreyfus, Gabrielle Lazure, Catherine Lachens.

Sortie salles France: 26 Janvier 1983

FILMOGRAPHIE: Yves Boisset est un réalisateur français, né le 14 Mars 1939 à Paris. 1968: Coplan sauve sa peau. 1970: Cran d'arrêt. 1970: Un Condé. 1971: Le Saut de l'ange. 1972: l'Attentat. 1973: R.A.S. 1975: Folle à tuer. 1975: Dupont Lajoie. 1977: Un Taxi Mauve. 1977: Le Juge Fayard dit Le Shériff. 1978: La Clé sur la porte. 1980: Le Femme flic. 1981: Allons z'enfants. 1982: Espion, lève-toi. 1983: Le Prix du Danger. 1984: Canicule. 1986: Bleu comme l'Enfer. 1988: La Travestie. 1989: Radio Corbeau. 1991: La Tribu.


              Une sĂ©rie B complètement allumĂ©e et inquiĂ©tante sur notre voyeurisme pervers.

Flingué par les critiques à sa sortie alors que 1 388 000 spectateurs s'étaient rués dans nos salles, Le Prix du Danger fait office d'immense farce vitriolée afin de dénoncer la corruption vénale de la télé-réalité réduisant le spectateur et ses participants à de vulgaires pantins lobotomisés par une société consumériste où tout est devenu spectacle. Et donc, par le biais d'un jeu TV révolutionnaire d'une originalité improbable et d'une audace immorale (une chasse à l'homme en plein Paris que 5 tueurs prolos se résignent à éliminer si leur proie parvenait à survivre à l'issue de 4 heures de marathon pour l'enjeu d'un magot !), les spectateurs complices de cette mascarade meurtrière assouvissent, via le tube cathodique, leurs bas instincts dans une débauche de sang et de violence.


C'est dire si les règles cyniques du jeu dĂ©loyal (5 hommes armĂ©s grisĂ©s Ă  l'idĂ©e de courser et assassiner une proie sans dĂ©fense) s'avèrent ubuesques (notamment cette suicidaire probation "aĂ©rienne" afin de gagner la candidature !), quand bien mĂŞme en cours de route effrĂ©nĂ©e on apprendra que le show (commentĂ© avec emphase par un Piccoli outrancièrement extravagant !) est finalement truquĂ© afin de prĂ©server leur dĂ» monĂ©taire puis maintenir le public dans l'expectative d'une course-poursuite irresponsable. Tueurs, cameramans et traquĂ© se fondant stoĂŻquement au sein d'une population tantĂ´t inconsciente du danger (celle de se risquer Ă  une balle perdue), tantĂ´t complice d'y compromettre la survie du participant avec une Ă©loquence perverse. Outre le caractère spectaculaire de cette folle escapade nocturne solidement menĂ©e par Yves Boisset (notamment en exploitant assez habilement la disparitĂ© de dĂ©cors urbains parfois menaçants), on peut autant prĂ´ner le jeu viscĂ©ral, tout en agressivitĂ© de GĂ©rard Lanvin littĂ©ralement emportĂ© par ses pulsions de haine, de vaillance et de rĂ©silience. Notamment Ă  travers sa rage et son dĂ©sespoir de dĂ©noncer la dictature mĂ©diatique ne reculant devant rien pour prĂ©server leur audimat et maintenir le spectateur dans un voyeurisme putassier. Quand bien mĂŞme Marie France Pisier se prĂŞte au rĂ´le secondaire d'une productrice hautaine, Ă©quivoque et fourbe, notamment lors de son parti-pris Ă  trahir la cause du rescapĂ© pour une motivation purement cupide.


SĂ©rie B d'anticipation hallucinĂ©e et prophĂ©tique autour d'un show mĂ©diatique hyperbolique, Le Prix du Danger fait grincer des dents en pamphlet brutal alertant des dĂ©rives d'une TV corporative oĂą spectateurs et participants sont rĂ©duits Ă  de simples objets de consommation. Si on peut accuser le trait caricatural de certains protagonistes, leur posture dĂ©cervelĂ©e, dĂ©jantĂ©e et irresponsable Ă  cĂ©der Ă  leur fantasme le plus dĂ©viant face camĂ©ra (celle du plaisir de traquer et tuer leur proie, tel le chasseur rural !) renforce l'attrait follement dĂ©bridĂ© de cette TV rĂ©alitĂ© de proche actualitĂ©. Un survival coup de poing d'autant plus nerveux et haletant, Ă  redĂ©couvrir ! 

* Bruno
4èx

lundi 9 avril 2018

ATTENTION LES DEGATS

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site boxofficestory.com

"Non c'è due senza quattro" de Enzo Barboni. 1984. Italie. 1h39. Avec Terence Hill, Bud Spencer, April Clough, Harold Bergman, C.V. Wood Jr , Dary Reis, Nello Pazzafini.

Sortie salles France: ?. U.S: 16 Novembre 1984. Italie: 21 Octobre 1984

FILMOGRAPHIE: Enzo Barboni (E.B. Clucher) est un directeur de la photographie et réalisateur italien né le 10 juillet 1922 à Rome et mort le 23 mars 2002. 1970 : Ciak Mull. 1970 : On l'appelle Trinita. 1971 : On continue à l'appeler Trinita. 1972 : Et maintenant, on l'appelle El Magnifico. 1973 : Les Anges mangent aussi des fayots. 1974 : Même les anges tirent à droite. 1976 : Deux super flics. 1982 : Ciao nemico. 1983 : Quand faut y aller, faut y aller. 1984 : Attention les dégâts. 1987 : Renegade. 1991 : Ange ou Démon. 1995 : Trinità & Bambino... e adesso tocca a noi.


Se faisant passer pour des sosies Ă  la suite d'une transaction avec deux cousins milliardaires, Bud Spencer et Terence Hill joue les pachas dĂ©vergondĂ©s au moment mĂŞme de s'opposer Ă  des mafieux dirigĂ©s par une mystĂ©rieuse matriarche. Clucher / Spencer / Hill ! On ne change pas une Ă©quipe qui gagne si bien que la recette bonne humeur / gags / baffes dans la gueule reste inchangĂ©e sur fond de carte postale tropicale ! TournĂ© un an après Quand faut y aller, faut y aller; Attention les DĂ©gâts reste une comĂ©die familiale bonnard toujours aussi plaisante et cocasse grâce Ă  la complicitĂ© jouasse de nos "Laurel et Hardy" dĂ©doublĂ©s ici pour s'auto-parodier (les 2 milliardaires Ă©tant des froussards minaudiers victimes de leur confort). 

Box Office France: 1 274 468 entrées (classé 31è)
Version longue dispo en Dvd chez Seven Sept

* Bruno

vendredi 6 avril 2018

Roadhouse

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Rowdy Herrington. 1989. U.S.A. 1h54. Patrick Swayze, Kelly Lynch, Sam Elliott, Ben Gazzara, Kevin Tighe, Red West

Sortie salles France : 3 janvier 1990. U.S: 19 Mai 1989

FILMOGRAPHIE: Rowdy Herrington (né en 1951 à Pittsburgh, Pennsylvanie) est un réalisateur et scénariste américain. 1988 : Jack's Back. 1989: Road House. 1992: Gladiator. 1993 : Piège en eaux troubles. 1999 : Murder of Crows (vidéo). 2001: Présumé Coupable. 2003 : I Witness. 2004 : Bobby Jones, naissance d'une légende.


Videur: Personne qui a la mission de repousser des personnes indésirables à l'entrée d'un établissement public.

Si en 1989 le succès ne fut pas au rendez-vous lors de sa sortie internationale (chez nous il cumule 639 139 entrĂ©es et se classe 45è au Box-Office), Roadhouse a gagnĂ© au fil des ans une rĂ©putation de sĂ©rie B culte (on va Ă©viter d'emprunter le terme "nanar" pour ne pas froisser les fans puristes), de par ses multiples rediffusions Ă  la TV et de son exploitation en Vhs, Dvd et Blu-ray. On ne va pas se leurrer, Roadhouse fait clairement office de plaisir "innocent" (non je ne suis pas coupable !) au sein du moule d'une action dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e en roue libre, faute Ă  une intrigue aussi limpide que prĂ©visible (un videur rĂ©putĂ© pour son autoritĂ© est recrutĂ© chez un autre taulier afin de faire rĂ©gner l'ordre dans sa boite Ă  triste renommĂ©e) et de situations parfois hilarantes Ă  force de surenchère musclĂ©e et de cabotinage chez les comĂ©diens prenant très au sĂ©rieux leur posture martiale. Pour autant, par je ne sais quelle alchimie (spirituelle peut-ĂŞtre), Roadhouse fonctionne de la 1ère Ă  la dernière seconde si bien qu'il s'avère constamment jouissif Ă  travers sa conjugaison d'action, de romance et de chouilla d'Ă©rotisme ! De par son rythme homĂ©rique fertile en bastonnades (de saloon) et gunfights; Rowdy Herrington ne lĂ©sine pas non plus sur la surenchère, notamment si je me rĂ©fère Ă  son final barbare d'une violence Ă©tonnamment gratuite.


Et ce pour le plus grand fantasme du spectateur ravi, tel un bambin jovial, d'assister Ă  l'opiniâtre vendetta d'un portier travesti en tueur sans vergogne ! (mĂŞme s'il s'agit d'une seconde posture de par son sombre passĂ© rongĂ© d'une certaine culpabilitĂ©). Au-delĂ  du plaisir d'assister au spectacle de bastons rondement exĂ©cutĂ©es Ă  rythme cadencĂ©, Roadhouse renforce son ressort ludique auprès de la prĂ©sence d'une des stars de l'Ă©poque, Patrick Swayze rĂ©vĂ©lĂ© plus tĂ´t par le classique "rose bonbon" Dirty Dancing. Ce dernier parvenant Ă  se glisser dans le corps (huilĂ©) de Dalton, hĂ©ros impassible Ă  la fois flegme et studieux, tout en force tranquille, notamment par son esprit philosophe hĂ©ritĂ© de l'art martial. En doctoresse fringante, Kelly Lynch lui partage la vedette avec charme et sensibilitĂ© afin d'incarner sa muse Ă©prise de sentiments mais peu Ă  peu gagnĂ©e par l'apprĂ©hension d'un dĂ©nouement dramatique. En faire-valoir plein de charme viril, le charismatique (et beaucoup trop rare !) Sam Elliot endosse le fidèle acolyte de Dalton avec un sens de l'amitiĂ© indĂ©fectible et une dĂ©marche de cow-boy infaillible (bordel quel putain d'acteur ultra charismatique !). Quand bien mĂŞme Ben Gazzara cabotine sensiblement avec amiteuse dĂ©rision dans celui du mafieux mĂ©galo se complaisant dans les provocations verbales et menaces meurtrières avec une mine jouasse. Tous ces personnages hauts en couleur parvenant efficacement Ă  se prĂŞter au jeu des règlements de compte et intimidations machistes, Ă  savoir qui emportera la mise afin de rĂ©genter une paisible bourgade rurale.


Western moderne fort en gueule Ă  travers son esprit Rock and roll / Country oĂą la bière coule Ă  flot entre moult bastonnades que s'Ă©change un casting aguerri, Roadhouse fait office de must bourrin sous l'influence stoĂŻque d'un Patrick Swayze Ă©tonnamment charmeur, dĂ©contractĂ© mais aussi schizo en redresseur de tort rĂ©ac. A redĂ©couvrir fissa si bien que le divertissement constamment trippant (notamment Ă  travers ses sĂ©quences hilarantes et ses bons sentiments tantĂ´t solidaires, tantĂ´t romantiques) n'a pas pris une ride (bien au contraire il est mĂŞme encore plus drĂ´le aujourd'hui auprès de sa cocasserie rĂ©tro). 

* Bruno 
Ci-joint chronique de la version 2024: https://brunomatei.blogspot.com/2024/03/road-house.html

jeudi 5 avril 2018

GOTHIC

                                                 Photo empruntĂ©e sur google, appartenant au site Imdb.com

de Ken Russel. 1986. Angleterre. 1h27. Avec Gabriel Byrne, Julian Sands, Natasha Richardson, Timothy Spall, Myriam Cyr.

Sortie salles France: 4 Février 1987

FILMOGRAPHIE: Ken Russell est un réalisateur, scénariste, acteur, producteur, monteur et directeur de la photographie britannique né le 3 juillet 1927 à Southampton. 1967 : Un cerveau d'un milliard de dollars, 1969 : Love , 1970 : The Music Lovers, 1971 : Les Diables, 1971 : The Boy Friend, 1972 : Savage Messiah, 1974 : Mahler, 1975 : Tommy, 1975 : Lisztomania, 1977 : Valentino, 1980 : Au-delà du réel, 1984 : Les Jours et les nuits de China Blue,1986 : Gothic, 1988 : Salome's Last Dance , 1988 : Le Repaire du ver blanc ,1989 : The Rainbow ,1991 : La Putain, 2002 : The Fall of the Louse of Usher, 2006 : Trapped Ashes segment "The Girl with Golden Breasts".


Un trip halluciné à l'hystérie collective nonsensique, tantôt fascinant (formellement poétique et alambiqué), souvent irritable.
A revoir pour me faire une opinion objective.

* Bruno

mercredi 4 avril 2018

LOVE STORY. Golden Globe Meilleur Film Dramatique, 1971.

                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmfracas.files.wordpress.com

de Arthur Hiller. 1970. U.S.A. 1h39. Avec Ali MacGraw, Ryan O'Neal, John Marley, Ray Milland, Tommy Lee Jones.

Sortie salles France: 5 Mai 1971. U.S: 16 Décembre 1970

FILMOGRAPHIE: Arthur Hiller, nĂ© le 22 novembre 1923 Ă  Edmonton (Alberta) et mort le 17 aoĂ»t 2016 Ă  Los Angeles (Californie), est un rĂ©alisateur canadien.1956 : Massacre at Sand-Creek. 1963 : The Wheeler Dealers. 1964 : Les Jeux de l'amour et de la guerre. 1965 : Promise Her Anything. 1966 : Tobrouk, commando pour l'enfer. 1966 : Les Plaisirs de PĂ©nĂ©lope. 1967 : The Tiger Makes Out
1970 : Escapade Ă  New York. 1970 : Love Story. 1971 : Plaza Suite. 1971 : L'HĂ´pital. 1972 : L'Homme de la Manche. 1975 : The Man in the Glass Booth. 1976 : Transamerica Express. 1979 : Ne tirez pas sur le dentiste. 1979 : Morsures. 1982 : Making Love. 1982 : Avec les compliments de l'auteur ! 1983 : Romantic Comedy. 1984 : Ras les profs ! 1984 : Manhattan Solo. 1987 : Une chance pas croyable. 1989 : Pas nous, pas nous. 1990 : Filofax. 1992 : The Babe. 1997 : An Alan Smithee Film.

           
                                       « L'amour, c'est n'avoir jamais Ă  dire qu'on est dĂ©solĂ© »

Enorme succès international Ă  sa sortie (chez nous il rĂ©colte 5 512 408 entrĂ©es et se classe 5è sur 60 !) ayant traumatisĂ© une gĂ©nĂ©ration de spectateurs (et de lecteurs d'après le Best-seller du scĂ©nariste Erich Segal), Love Story aborde le mĂ©lo avec une intensitĂ© dramatique aussi cruelle que bouleversante, eu Ă©gard de la tournure tragique (pour ne pas dire cauchemardesque) des Ă©vènements que se confronte un couple de jeunes mariĂ©s. RĂ©alisĂ© par l'artisan touche Ă  tout Arthur Hiller (sa riche filmo ne cesse d'entrecroiser les genres les plus divers), ce dernier Ă©lude admirablement voyeurisme et complaisance face Ă  un sujet aussi grave que dĂ©licat, et ce grâce Ă  la soliditĂ© de sa rĂ©alisation particulièrement sobre et rĂ©aliste, et du jeu incandescent du couple mythique Ali MacGraw / Ryan O'Neal portant le film Ă  bout de bras avec une puissance Ă©motionnelle aussi prude que dĂ©chirante (si je me rĂ©fère aux moments intimistes les plus rigoureux). C'est dire si l'alchimie sentimentale entre eux fonctionne avec un art consommĂ© de par leurs Ă©changes amoureux jamais outrĂ©s (lui est d'ailleurs de nature intègre, rĂ©voltĂ© et passionnĂ©ment amoureux; elle est arrogante, espiègle, provocatrice et obtuse dans sa peur de cĂ©der Ă  la puretĂ© de ses sentiments !) puis leur dĂ©sarroi progressif suite Ă  l'injustice de la maladie.


Cauchemardesque et éprouvante, sa dernière partie vertigineuse nous glace autant d'effroi que de désarroi face à l'introspection de l'époux affligé par une destinée morbide aléatoire. Arthur Hiller filmant ses errances urbaines parmi la suggestion du non-dit, de par la vigueur de son regard modestement meurtri car hanté par la déveine, le remord et la culpabilité. Notamment auprès des rapports houleux avec son patriarche trop orgueilleux et autoritaire qu'il se refuse à chérir ouvertement en dépit de l'influence clémente de Jennifer. Car opposant en sous-intrigue les relations paternelles que s'échangent le couple entre une famille patriarcale cossue (le père si hautain d'Oliver) et une famille prolo catholique (le père beaucoup plus empathique et indulgent de Jennifer), Arthur Hiller suggère en sous-texte social l'émancipation d'une jeunesse rebelle s'opposant aux nobles traditions et à la religion à l'orée des années 70 (Oliver et Jennifer refusent de se marier à l'église faute de leur athéisme). De par la puissance de certaines séquences émotives admirablement dépouillées de racolage (notamment cette magnifique étreinte dans l'hôpital alors que l'un des paternels se met brièvement en retrait pour préserver leur intimité), Love Story inspire la dignité face au thème de la maladie incurable frappant de plein fouet un couple fusionnel en ascension financière.


Fer de lance qui allait inspirer une flopée de mélodrames souvent sirupeux et noyés de bons sentiments, Love Story reste quelques décennies après sa sortie un classique du genre d'une fragilité émotive radicale, entre spleen et dépression d'un amour nécrosé. Le spectateur s'identifiant auprès de l'infortune du couple juvénile avec une appréhension à la fois morale et viscérale, faute d'une peur morbide pouvant frapper sans sommation l'être le plus cher car le plus aimé. Francis Lai se chargeant aussi d'accompagner son délicat climat langoureux sous l'impulsion d'une mélodie au clavecin restée dans toutes les mémoires (Oscar de la Meilleure musique un an plus tard).

* Bruno

Récompenses:
Oscar de la meilleure musique originale pour Francis Lai en 1971
Golden Globes 1971 :
Meilleur film dramatique
Meilleur actrice dans film dramatique pour Ali MacGraw
Meilleur réalisateur pour Arthur Hiller
Meilleur scénario pour Erich Segal
Meilleure musique originale pour Francis Lai

Info subsidiaire relayée d'après le site Remember the times:
En 1972, "Love Story" était le film le plus regardé à la télévision de tous les temps.

EPOUSE MOI MON POTE

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Tarek Boudali. 2017. France. 1h31. Avec Tarek Boudali, Philippe Lacheau, Charlotte Gabris, Andy Raconte, David Marsais, Julien Arruti, Baya Belal, Philippe Duquesne.

Sortie salles France: 25 Octobre 2017

FILMOGRAPHIE: Tarek Boudali est un acteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur français, nĂ© le 5 novembre 1979. 2017: Epouse moi mon pote.


                                                                         Chronik'express 

La joyeuse bande à Fifi, ou les Charlots du nouveau siècle !

Baby Sitting 1 et 2, Alibi.com, Epouse moi mon pote !
Rien ne les arrêtent si bien qu'au fil de leur carrière payante, Tarek Boudali / Philippe Lacheau sont entrain de se tailler une jolie réputation de trublions comparables (à mes yeux) à l'équipe du Splendid et à celle des Charlots. Toujours aussi inspirés par l'énergie folingue de gags à la fois cartoonesques (le fameux esprit ZAZ), cocasses et déjantés, Epouse moi mon pote transpire à chaque seconde la générosité de ces interprètes assortie d'une sincérité faisant clairement écho aux comédies des années 80 (ceux-ci ont carrément compris la recette de la comédie populaire festive, bigarrée, sans prétention, emplie de chaleur humaine !).
Résolument décomplexés dans leur bonne humeur expansive d'endosser des "zozos" d'un naturel confondant, ils crèvent l'écran à chacune de leurs extravagantes apparitions !
Et donc ça a beau voler bas, flirter avec la nullité, les maladresses (il s'agit d'une première réalisation) et les lourdeurs (notamment dans son lot de clichés usuels), Epouse moi mon pote insuffle pour autant rire et sourire de gosse de la 1ère à la dernière seconde, et ce entre 2 plages de tendresse émotives !

Bref, Tarek Boudali, acteur et réal novice, accompagné de sa jouasse équipe, cultivent charme innocent et fraîcheur (infiniment) sémillante sous couvert de farce sociale sur la naturalisation d'un couple gay. Et d'y cumuler au final 2 467 154 entrées dans nos contrées !

* Bruno

mardi 3 avril 2018

L'ILE DE LA TERREUR

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com


"Island of Terror" de Terence Fisher. 1966. 1h29. Angleterre. Peter Cushing, Edward Judd, Carole Gray, Eddie Byrne, Sam Kydd, Niall MacGinnis.

Sortie salles France: 14 Juin 1972. Angleterre: 20 Juin 1966.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un réalisateur britannique né le 23 février 1904 à Londres (Maida Vale), et décédé le 18 juin 1980 dans la même ville. 1957 : Frankenstein s'est échappé, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein , 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La Malédiction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les Maîtresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll , 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le Fantôme de l'Opéra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'Île de la terreur , 1966 : Dracula, prince des ténèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein créa la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974 : Frankenstein et le monstre de l'enfer.


Après avoir expĂ©rimentĂ© des cellules vivantes afin d'enrayer la maladie du cancer, des crĂ©atures prĂ©nommĂ©es "les silicates" y sont engendrĂ©es et finissent par envahir une rĂ©gion cĂ´tière de l'Angleterre en dĂ©vorant les citadins. Ces derniers Ă©tant retrouvĂ©s dans un Ă©tat liquĂ©fiĂ©. Le docteur Brian Stanley et deux de ses compères vont tenter de les dĂ©truire depuis leur prolifĂ©ration rendue ingĂ©rable. 


Rappelant le thème des invasions extra-terrestres d'après les classiques ricains des annĂ©es 50, l'Ă®le de la Terreur est une savoureuse sĂ©rie B horrifique aussi modeste soit sa rĂ©alisation estampillĂ©e Terence Fisher. Car si les crĂ©atures peuvent paraĂ®tre plutĂ´t ringardes lors de leurs dĂ©placements atones, leur morphologie Ă  la fois visqueuse et indicible ainsi que leur capacitĂ© sournoise Ă  alpaguer leurs victimes parviennent Ă  fasciner lors des scènes-chocs les plus marquantes que Fisher met en exergue sans fard. Et si son schĂ©ma narratif que l'on connait par coeur n'apporte aucune surprise (jusqu'Ă  l'Ă©pilogue sardonique repris dans moult productions), la conviction des interprètes (Peter Cushing en tĂŞte en docteur studieux, accompagnĂ© de seconds-rĂ´les aussi dĂ©pouillĂ©s) et l'enjeu de survie que s'improvisent solidairement nos protagonistes parviennent Ă  instaurer un suspense captivant souvent inquiĂ©tant. Qui plus est, pour renforcer l'aspect vĂ©nĂ©neux de ces crĂ©atures carnivores (nanties d'antenne meurtrière sur leur carapace !), une bande-son dissonante est exacerbĂ©e Ă  chacune de leurs apparitions. On apprĂ©cie enfin l'invention des stratĂ©gies offensives (et de communication afin de canaliser l'affolement de la populace) que mettent en pratique nos hĂ©ros fĂ©briles dans leur quĂŞte ardue de trouver une solution furtive contre la menace. Fisher empruntant habilement le principe du huis-clos Ă©touffant (tant Ă  travers sa campagne rurale qu'en interne d'une Ă©glise), théâtres d'agressions criminelles rehaussĂ©es d'un rĂ©alisme quasi documentĂ©.


Une très sympathique sĂ©rie B british conjuguant efficacement suspense, tension et horreur viscĂ©rale (notamment Ă  travers l'expression hĂ©bĂ©tĂ©e de certaines victimes liquĂ©fiĂ©es !) autour des dangers de l'avancement mĂ©dical. Fisher abordant aussi la question Ă©thique de sacrifier la cause animale au profit de la recherche et de notre survie. 

* Bruno

vendredi 30 mars 2018

Le Vampire a soif / "The Blood Beast Terror"

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Vernon Sewell. 1968. Angleterre. 1h17. Avec Peter Cushing, Robert Flemyng, Wanda Ventham, Vanessa Howard, Glyn Edwards, David Griffin.

Sortie salles France: 31 Mars 1971. Angleterre: Janvier 1968

FILMOGRAPHIEVernon Sewell est un réalisateur britannique né le 4 juillet 1903 à Londres et
dĂ©cĂ©dĂ© le 21 juin 2001. 1933 : Morgenrot. 1934 : The Medium. 1937 : A Test for Love. 1938 : Breakers Ahead. 1939 : What Men Live by. 1943 : P.H. contre Gestapo. 1945 : The World Owes Me a Living. 1946 : Latin Quarter. 1947 : Le FantĂ´me de Berkeley Square. 1948 : Uneasy Terms. 1949 : The Jack of Diamonds. 1951 : The Dark Light. 1951 : The Black Widow. 1952 : The Floating Dutchman. 1952 : Ghost Ship. 1953 : Counterspy. 1954 : Dangerous Voyage. 1954 : Radio Cab Murder. 1955 : Where There's a Will. 1956 : Johnny You're Wanted. 1956: Soho quartier dangereux. 1956: Home and Away. 1957: Rogue's Yarn. 1958: Battle of the V-1. 1959: Wrong Number. 1960 : Urge to Kill. 1961: House of Mystery. 1961: The Wind of Change. 1961: The Man in the Back Seat. 1962: Strongroom. 1963: A Matter of Choice. 1963: Strictly for the Birds. 1967: Some May Live. 1968 : Le vampire a soif. 1968 : La Maison ensorcelĂ©e. 1972 : Burke and Hare.

SĂ©rie B d’Ă©pouvante exhumĂ©e de l’oubli Ă  l’occasion de sa sortie Blu-ray/DVD chez ESC, Le Vampire a soif aborde avec une efficacitĂ© certaine la thĂ©matique du vampirisme, non sans une originalitĂ© saugrenue.

Sans trop dĂ©tailler l’intrigue afin de prĂ©server ses effets de surprise et ses rebondissements, un inspecteur de police - modestement campĂ© par le gentleman Peter Cushing, en fin limier redresseur de torts - enquĂŞte sur une sĂ©rie de meurtres au cĹ“ur d’une petite bourgade londonienne du XIXe siècle. Les victimes y sont retrouvĂ©es sauvagement assassinĂ©es par un mystĂ©rieux criminel, jusqu’Ă  ce que ses soupçons finissent par se porter sur un entomologiste, en Ă©troite relation avec sa fille.

Oscillant entre enquĂŞte policière Ă  suspense et Ă©pouvante sĂ©culaire, le film dĂ©ploie des effets spĂ©ciaux tantĂ´t ringards - la première apparition de la crĂ©ature prĂŞte Ă  sourire par son aspect presque risible - tantĂ´t fascinants, notamment lors des saisissantes visions de la chrysalide en hibernation. Le Vampire a soif parvient ainsi Ă  entretenir la curiositĂ© grâce Ă  l’implication virile d’interprètes globalement convaincants -en particulier le charismatique Robert Flemyng, en apprenti sorcier sournois - et Ă  la folie douce d’une narration rĂ©solument dĂ©lirante.

Baignant dans une atmosphère gothique capiteuse, lovĂ©e au cĹ“ur d’une campagne faussement rassurante devenue théâtre d’Ă©vĂ©nements macabres, le film amuse autant qu’il fascine (comme le confirme Nicolas Stanzick en Bonus d'ESC), aussi modeste soit l’entreprise de Vernon Sewell. Certes, il n’Ă©chappe pas Ă  quelques couacs - notamment l’attitude contradictoire du professeur, mettant abruptement un terme Ă  ses travaux alchimiques, un revirement trop expĂ©ditif pour pleinement convaincre - ni Ă  une rĂ©plique involontairement cocasse (Cushing s’adressant, mĂ©dusĂ©, Ă  une victime moribonde : "Eh bien mon garçon, qu’y a-t-il ? ").

Mais correctement menĂ©, Sewell se permet mĂŞme d’injecter quelques clins d’Ĺ“il Ă  la mythologie vampirique avec une dĂ©rision implicite : la figure de la jeune vierge hypnotisĂ©e puis enlevĂ©e afin d’assouvir la soif de la crĂ©ature en est un exemple savoureux.

Un très sympathique divertissement gothique, à réévaluer à sa juste valeur, et à faire trôner aux côtés de son binôme encore plus abouti, décalé et déjanté : La Chair du diable.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

 16.03.26. 2èx. Vostfr

Box-Office Français: 153 479 entrées

jeudi 29 mars 2018

LA CHAIR DU DIABLE

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Creeping Flesh" de Freddie Francis. 1973. Angleterre. 1h32. Avec Peter Cushing, Christopher Lee, Lorna Heilbron, George Benson, Kenneth J. Warren.

Sortie salles France: 10 Mars 1976    U.S: 12 FĂ©vrier 1973

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Freddie Francis est un réalisateur, directeur de photographie et scénariste britannique, né le 22 Décembre 1917 à Londres, décédé le 17 Mars 2007 à Isleworth (Royaume-Uni). 1962: La Révolte des triffides. 1963: Paranoiac. 1964: Meurtre par procuration. 1964: l'Empreinte de Frankenstein. 1965: Le Train des Epouvantes. 1965: Hysteria. 1965: The Skull. 1966: The Deadly Bees. 1966: Poupées de cendre. 1967: Le Jardin des Tortures. 1968: Dracula et les Femmes. 1970: Trog. 1972: Histoires d'Outre-Tombe. 1973: La Chair du Diable. 1973: Les Contes aux limites de la folie. 1974: Son of Dracula. 1975: La Légende du Loup-Garou. 1975: The Ghoul. 1985: Le Docteur et les Assassins. 1987: Dark Tower.


SĂ©rie B aux doux airs de Hammer Film, de par son climat gothique prĂ©dominant et de la rĂ©union des gentlemans de l'horreur Peter Cushing / Christopher Lee en savants conjointement utopistes, La Chair du Diable vaut son pesant de cacahuètes de par son cheminement narratif littĂ©ralement cintrĂ© ! Quand bien mĂŞme l'un des thèmes majeurs de l'intrigue s'oriente davantage sur la folie mentale.  Grâce Ă  sa stupĂ©fiante dĂ©couverte du squelette d'un Ă©ventuel ancĂŞtre de Cro-Magnon, le professeur Hildern accomplit ses recherches sur l'origine du Mal. Après avoir incidemment renversĂ© de l'eau sur la phalange squelettique du sujet, ce dernier retrouve par miracle sa chair humaine. Après diverses expĂ©riences Ă  conjuguer du sang humain avec celui de la crĂ©ature, Hildern pense avoir trouvĂ© un vaccin qui pourrait sauver notre race du Mal. De son cĂ´tĂ©, son frère, directeur d'un centre psychiatrique, compte s'approprier de son insensĂ©e dĂ©couverte archĂ©ologique en tenant lieu de chantage.  


VoilĂ  en gros le pitch brièvement condensĂ© car La Chair du Diable bĂ©nĂ©ficie notamment d'une sous-intrigue aussi inquiĂ©tante par le truchement d'un personnage fĂ©minin bicĂ©phale, la fille du savant Hildern. Si bien qu'après une première partie aussi fascinante que captivante Ă  traiter du thème du Mal avec originalitĂ©; Freddie Francis met de cĂ´tĂ© la dĂ©couverte improbable d'Hildern afin de tĂ©lescoper passĂ© et prĂ©sent d'une sombre affaire familiale. Tant auprès des rapports amoureux du professeur avec son Ă©pouse volage que de sa fille en proie aux pulsions psychotiques. Le rĂ©alisateur s'attardant ensuite Ă  dĂ©tailler les errances nocturnes de cette dernière frĂ©quentant les pubs malfamĂ©s (ambiance victorienne très "Jack l'Ă©ventreur !) au moment de se livrer au mĂŞme jeu lubrique et dĂ©mentiel de sa mère. Sur ce point, je tiens Ă  fĂ©liciter le jeu très spontanĂ©, pour ne pas dire habitĂ© par l'Ă©trange et charnel Lorna Heilbron dans un jeu psychotique subtilement vĂ©nĂ©neux, notamment grâce Ă  l'intensitĂ© de son regard Ă©trangement viciĂ©. Quant aux princes de l'horreur British venus aimablement se prĂŞter au show d'Ă©pouvante, Cushing et Lee se disputent la soif du pouvoir avec autant de mĂ©fiance et mĂ©disance que de fourberie.


The Thing
B movie dĂ©bridĂ© aussi vrillĂ© que dĂ©complexĂ©, de par la folie de son scĂ©nario constamment extravagant dĂ©mystifiant l'origine du Mal, La Chair du Diable joue la carte du cinĂ© Bis avec un grain de folie contagieuse. Eu Ă©gard de son final Ă©quivoque rĂ©gi en forme de clin d'oeil Ă  savoir si tout ce que nous venons d'assister ne provenait pas des divagations scientifiques d'un cerveau dĂ©rangĂ© ! InopinĂ©ment badin, Freddie Francis nous ayant relatĂ© avec Ă©lĂ©gance gothique,  effet de surprise et goĂ»t de provocation (notamment cette tentative de viol d'une aura particulièrement primale !) une rĂ©jouissante blague macabre ! 

* Bruno
3èx

Box-Office France: 67 472 entrées

mercredi 28 mars 2018

CONDORMAN

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

de Charles Jarrott. 1981. U.S.A. 1h31. Avec Michael Crawford, Oliver Reed, Barbara Carrera, James Hampton, Jean-Pierre Kalfon, Dana Elcar.

Sortie salles France: 28 Octobre 1981. U.S: 7 Août 1981

FILMOGRAPHIECharles Jarrott, né le 16 juin 1927 à Londres et mort le 4 mars 2011 à Woodland Hills des suites d'un cancer de la prostate, est un réalisateur et scénariste britannique. 1969 : Anne des mille jours. 1971 : Marie Stuart, reine d'Écosse. 1973 : Les Horizons perdus. 1974 : The Dove. 1976 : Escape from the Dark. 1977 : De l'autre côté de minuit. 1980 : The Last Flight of Noah's Ark. 1981 : Condorman. 1981 : L'Homme de Prague. 1986 : The Boy in Blue. 1997 : The Secret Life of Algernon. 2001 : Turn of Faith.


Woody, dessinateur féru de super-héros est enrôlé par son ami Harry travaillant pour la CIA. Sa mission: livrer des documents à Istanbul au moment même de rencontrer une espionne du KGB; la belle Natalia. A eux deux, ils forment rapidement un tandem amoureux avant que le supérieur de Natalia ne se résout à éliminer Condorman (son pseudo en tant qu'agent secret) ainsi que son acolyte Harry.


Echec public Ă  sa sortie (mĂŞme si chez nous il comptabilise 1 048 130 entrĂ©es, un exploit au vu du rĂ©sultat dĂ©gingandĂ© !), Condorman est une sympathique tentative ratĂ©e de chez Disney Ă  se prĂŞter Ă  l'espionnage et au film de super-hĂ©ros parmi l'inexpĂ©rience du rĂ©alisateur jamais Ă  la hauteur de ses ambitions. La faute incombant notamment Ă  un script aussi bien poussif que dĂ©structurĂ© cĂ©dant peu de place Ă  l'action homĂ©rique. Les spectateurs infantiles inĂ©vitablement ravis d'accueillir le nouveau Disney sur grand Ă©cran ont d'ailleurs dĂ» faire grise mine durant la projo si bien que le super-hĂ©ros tant promis en haut de l'affiche (rutilante par ailleurs !) ne possède aucun pouvoir surnaturel ni de don particulier, si ce n'est de survoler 2 fois le ciel Ă  l'aide d'une panoplie aux articulations mĂ©caniques rubigineuses. On se distrait toutefois d'une course-poursuite bonnard en voitures lors de son 1er acte  et d'une autre plus explosive en hors-bord en guise de conclusion, quand bien mĂŞme l'homme-condor s'affuble d'une arme laser afin d'Ă©liminer ses adversaires. Une sĂ©quence dĂ©bridĂ©e gentiment fun et forcĂ©ment influencĂ©e par le phĂ©nomène "Star wars" au grand dam de la maladresse du montage et du peu d'inventivitĂ© des affrontements sur mer.


Divertissement mineur peu intense et haletant en dĂ©pit de la bonne volontĂ© des comĂ©diens Ă  s'efforcer de rendre attachants leurs personnages parodiques, Condorman tente donc de confondre film de super-hĂ©ros et la saga James Bond avec une naĂŻvetĂ© dĂ©sarmante. Et si le charme lascif de Barbara Carrera opère souvent, la prestation loufoque de Michael Crawford en super-hĂ©ros du pauvre s'avère Ă  la lisière du ridicule en dĂ©pit de 2/3 rires et sourires qu'il nous provoque lors de son hĂ©roĂŻsme de fortune comparables aux gags familiaux du duo Bud Spencer / Terence Hill. Quant bien mĂŞme son partenaire Oliver Reed fait office d'acte de prĂ©sence en mĂ©chant du KGB assez inexpressif (ou alors redondant de par sa mine souvent renfrognĂ©e, pour ne pas dire guindĂ©e). J'en oublierai presque de citer la prĂ©sence secondaire de James Hampton en aimable faire-valoir venu prĂŞter main forte Ă  Condorman avec une bonhomie toute innocente. Mais paradoxalement, avec le recul, de l'indulgence et une pointe de nostalgie, le spectacle si dĂ©manchĂ© se laisse pourtant suivre sans dĂ©plaisir de par son charme aujourd'hui rĂ©tro, l'expression enjouĂ©e du casting, et provoque mĂŞme un sourire amusĂ© Ă  observer (avec curiositĂ©) les aventures exotiques d'un (super) agent secret (notamment dans l'art du camouflage !) Ă  dĂ©faut de super-hĂ©ros inhabituellement ordinaire !

* Bruno

mardi 27 mars 2018

QUAND FAUT Y ALLER, FAUT Y ALLER

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Nati con la camicia" de E.B. Clucher. 1983. 1h48. Avec Terence Hill, Bud Spencer, Buffy Dee, David Huddleston, Riccardo Pizzuti, Faith Minton.

Sortie salles France: 14 Décembre 1983.

FILMOGRAPHIE: Enzo Barboni (E.B. Clucher) est un directeur de la photographie et réalisateur italien né le 10 juillet 1922 à Rome et mort le 23 mars 2002. 1970 : Ciak Mull. 1970 : On l'appelle Trinita. 1971 : On continue à l'appeler Trinita. 1972 : Et maintenant, on l'appelle El Magnifico. 1973 : Les Anges mangent aussi des fayots. 1974 : Même les anges tirent à droite. 1976 : Deux super flics. 1982 : Ciao nemico. 1983 : Quand faut y aller, faut y aller. 1984 : Attention les dégâts. 1987 : Renegade. 1991 : Ange ou Démon. 1995 : Trinità & Bambino... e adesso tocca a noi.


"Un pincement au coeur particulier auprès de cette comĂ©die des annĂ©es 80 que j'ai pu dĂ©couvrir en salles un Dimanche après-midi. Et la bonne nouvelle ce soir Ă©mane de mon sourire de gosse constant au 3è visionnage !" 

ComĂ©die familiale taillĂ©e sur mesure pour le duo Hill / Spencer (si bien qu'il engrange 1 702 062 entrĂ©es rien qu'en France !), Quand faut y aller, faut y aller ne dĂ©roge pas Ă  la règle de la dĂ©connade la plus folingue et dĂ©complexĂ©e sous l'impulsion de nos Laurel et Hardy rarement avares de calembours, ventriloquisme et baffes dans la gueule en bonne et due forme. En l'occurrence, ces derniers (l'un auto-stoppeur, l'autre ex taulard) sont recrutĂ©s par la CIA Ă  la suite d'un concours de quiproquos fructueux. Leur mission: infiltrer l'organisation K1 dirigĂ© par l'utopiste "Tigre". DĂ©guisĂ©s en texans millionnaires, nos lurons vont devoir redoubler de ruses et d'hĂ©roĂŻsme afin d'Ă©chapper aux sbires du Tigre dĂ©sireux de devenir le maĂ®tre du monde.


Hommage parodique aux films d'espionnages, en particulier Ă  la cĂ©lèbre saga "James Bond" (la mĂŞme annĂ©e sortait d'ailleurs sur les Ă©crans Octopussy !), Quand faut y aller, faut y aller transpire la bonne humeur et la fanfaronnade (tant auprès des mĂ©chants que des gentils hĂ©ros usurpant l'identitĂ© de faux agents) sous l'autoritĂ© infaillible de Bud Spencer et Terence Hill Ă  la complĂ©mentaritĂ© amicale sĂ©millante. Ceux-ci pleinement investis dans une action rocambolesque insufflant une bonhomie fringante Ă  chacune de leur apparition dĂ©contractĂ©e. TruffĂ© de gags tantĂ´t hilarants, tantĂ´t cocasses (mĂŞmes les plus lourdingues prĂŞtent Ă  rire !), de cascades, poursuites et pugilats autour d'une intrigue improbable aussi simpliste qu'extravagante, Quand faut y aller faut y aller affiche un second degrĂ© irrĂ©sistible autour du paysage exotique de Miami (Ă  l'instar d'une visite touristique !). Autant dire que les fans irrĂ©ductibles du duo comique vont une fois de plus se rĂ©galer Ă  suivre leurs pĂ©rĂ©grinations au sein d'une aventure Ă  la fois amiteuse et dĂ©bridĂ©e comme on n'ose plus en produire aujourd'hui. Comme quoi mĂŞme les comĂ©dies les plus simplistes, bricolĂ©es, modestes et innocentes parviennent Ă  traverser le temps et les modes, notamment grâce au spĂ©cialiste du genre Enzo Barboni (alias E.B. Clucher) qui initia le duo lĂ©gendaire Ă  la popularitĂ© durant plus de deux dĂ©cennies (70/80).

* Bruno

lundi 26 mars 2018

LA GUERRE DES BOUTONS. Prix Jean Vigo

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site unifrance.org

d'Yves Robert. 1962. France. 1h33. avec Jacques Dufilho, Yvette Etievant, Michel Galabru, Michèle Méritz, Jean Richard, Pierre Tchernia. André Treton, Michel Isella, Martin Lartigue, François Lartigue, Marie-Catherine Michonska-Faburel.

Sortie salles France: 13 avril 1962 ou 18 avril 1962

FILMOGRAPHIEYves Robert est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et producteur français nĂ© le 19 juin 1920 Ă  Saumur, dĂ©cĂ©dĂ© le 10 mai 2002 Ă  Paris. 1954 : Les Hommes ne pensent qu'Ă  ça (acteur, producteur). 1958 : Ni vu... Ni connu... 1959 : SignĂ© Arsène Lupin. 1960 : La Famille Fenouillard. 1961 : La Guerre des boutons. 1963 : BĂ©bert et l'Omnibus. 1964 : Les Copains. 1965 : Monnaie de singe. 1967 : Alexandre le bienheureux. 1969 : ClĂ©rambard. 1972 : Le Grand Blond avec une chaussure noire. 1973 : Salut l'artiste. 1974 : Le Retour du grand blond. 1976 : Un Ă©lĂ©phant ça trompe Ă©normĂ©ment. 1977 : Nous irons tous au paradis. 1979 : Courage, fuyons. 1984 : Le Jumeau. 1990: La Gloire de mon père. 1990 : Le Château de ma mère. 1991 : Le Bal des casse-pieds. 1993 : Montparnasse-PondichĂ©ry.


                                   "et dire que quand on sera grand on s'ra aussi bĂŞte qu'eux !"

Hymne à la liberté, à l'amitié et au batifolage du point de vue d'une enfance insouciante, la Guerre des Boutons est une formidable comédie populaire menée tambour battant par une troupe de comédiens en roue libre dans leur tempérament aussi bien sémillant que belliqueux. Si le divertissement intelligent militant pour la communication scolaire et parentale (les rapports houleux entre Lebrac et son professeur ainsi qu'avec son père castrateur) perdure toujours son innocente fraîcheur aujourd'hui, il le doit beaucoup à sa tendre cocasserie et à la fringance des enfants surprenants de naturel en p'tits rebelles en culotte courte en voie d'affirmation.


* Bruno

vendredi 23 mars 2018

Les Yeux de la forĂŞt

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site disney-planet.fr

"The Watcher in the Woods" de John Hough. 1982. U.S.A/Angleterre. 1h24. Avec Lynn-Holly Johnson, Kyle Richards, Bette Davis, Benedict Taylor, Carroll Baker, David McCallum.

Sortie salles France: 15 Septembre 1982. U.S: 17 Avril 1980

FILMOGRAPHIE: John Hough est un réalisateur anglais, né le 21 Novembre 1941 à Londres.
1969: Wolfshead : The Legend of Robin Hood. 1970: Eyewitness. 1971: Les Sévices de Dracula. 1972: l'île au Trésor. 1973: La Maison des Damnés. 1974: Larry le dingue, Mary la garce. 1975: La Montagne Ensorcelée. 1978: Les Visiteurs d'un Autre Monde. 1978: La Cible Etoilée. 1980: Les Yeux de la Forêt. 1981: Incubus. 1982: Le Triomphe d'un Homme nommé Cheval. 1986: Biggles. 1988: Hurlements 4. 1988: American Gothic. 1989: Le Cavalier Masqué (télé-film). 1990: A Ghost in Monte Carlo (Télé-film). 1992: Duel of Hearts (télé-film). 1998: Something to Believe In. 2002: Bad Karma.

Produit par Disney, qui s’essayait enfin au fantastique pour rameuter un public adulte - paradoxe rĂ©vĂ©lateur de leur virage tardif - Les Yeux de la ForĂŞt fut un cinglant Ă©chec commercial, Ă  l’instar du tout aussi boudĂ© La Foire des TĂ©nèbres sorti trois ans plus tard. RĂ©alisĂ© par John Hough, habile artisan de sĂ©rie B passionnĂ© du genre, Ă  qui l’on doit Les SĂ©vices de Dracula, Larry le dingue, Mary la garce, Incubus et surtout l’envoĂ»tante Maison des DamnĂ©s (sa plus belle rĂ©ussite Ă  mes yeux), Les Yeux de la ForĂŞt demeure pourtant une redoutable machine Ă  suspense, portĂ©e par un scĂ©nario captivant mĂŞlant occultisme, clairvoyance et hantise.

Hough parvient, dans son art du storytelling, Ă  conjuguer mystère, inquiĂ©tude et angoisse sous-jacente autour des agissements d’une jeune investigatrice avide de vĂ©ritĂ©, suite Ă  la disparition inexpliquĂ©e d’une adolescente. Ă€ peine installĂ©e dans une demeure gothique avec ses parents, Jane Curtis reçoit d’Ă©tranges messages venus de l’au-delĂ , l’exhortant Ă  venir en aide Ă  une certaine Karen. Il s’agirait de la fille de la propriĂ©taire des lieux, disparue trente ans plus tĂ´t lors d’un rite occulte avec trois amis. Jane et sa sĹ“ur cadette Ellie entreront, chacune Ă  leur manière, en contact avec la disparue afin de percer le mystère de cette absence figĂ©e dans le temps.


PortĂ© Ă  bout de bras par la jeune Lynn-Holly Johnson, pleine de conviction et d’innocence, capable d’endosser les traits d’une enquĂŞtrice confrontĂ©e aux forces surnaturelles, Les Yeux de la ForĂŞt parvient, sans effet de manche, Ă  nous faire croire Ă  l’improbable. Le jeu spontanĂ© des comĂ©diens, tous impliquĂ©s dans l’action occulte, et l’atmosphère d’Ă©trangetĂ© diffuse rendent l’ensemble Ă©tonnamment permĂ©able. Le savoir-faire de John Hough dynamise l’intrigue Ă  travers un concentrĂ© de suspense, d’incidents surnaturels et de rebondissements - notamment via le comportement trouble de certains tĂ©moins - autour d’une forĂŞt et d’une chapelle, théâtres d’Ă©vĂ©nements dramatiques consĂ©cutifs Ă  un rite ayant probablement ouvert une brèche dans l’au-delĂ .

Si l’on fait abstraction de la prĂ©sence en retrait de David McCallum (encore aurĂ©olĂ© cinq ans plus tĂ´t par la sĂ©rie TV L’Homme invisible), on se console largement avec l’Ă©minente Bette Davis, octogĂ©naire solitaire, aigrie par la perte de l’ĂŞtre aimĂ©. Sa prĂ©sence symbolique renforce la dimension ombrageuse du rĂ©cit par un charisme burinĂ© et souffreteux, celui d’une veuve meurtrie, dĂ©positaire de secrets inavouables. Si le final spectaculaire - rafistolĂ© par la production - ne rĂ©vèle pas tous les tenants et aboutissants de cette mystĂ©rieuse disparition (pourquoi Karen fut-elle transfĂ©rĂ©e par erreur, et quelle est cette entitĂ© malfaisante ?), Les Yeux de la ForĂŞt convainc nĂ©anmoins par l’ancrage d’un Ă©vĂ©nement aussi naturel que singulier - une Ă©clipse - et par une cohĂ©sion solidaire mue par le courage de dĂ©passer ses propres affres.


SĂ©rie B habilement contĂ©e dans un Ă©crin gothique oppressant - forĂŞt hostile, chapelle en ruine, demeure continuellement malmenĂ©e par une force occulte - Les Yeux de la ForĂŞt exploite avec efficacitĂ© le thème de la hantise Ă  travers un pitch dense en suspense et interrogations. L’implication de Lynn-Holly Johnson, très convaincante en enquĂŞtrice redresseuse de torts, emporte l’adhĂ©sion malgrĂ© un timbre de voix trop aiguĂ« qui peut dĂ©router au dĂ©part. MenĂ© sans temps mort, baignĂ© d’un charme rĂ©tro qui nous enveloppe comme un voile de soie tiède et mĂ©lancolique, le film tĂ©moigne du savoir-faire d’un auteur aussi inspirĂ©, malgrĂ© un point d’orgue perfectible, mais durablement trouble, intense et attachant.

Ci-joint la chronique de la Foire des Ténèbres: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/11/la-foire-des-tenebres-something-wicked.html

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
10.01.26. 2èx