mercredi 21 novembre 2018
Point Break : Extrême limite
"Point Break" de Kathryn Bigelow. 1991. U.S.A. 2h02. Avec Patrick Swayze, Keanu Reeves, Gary Busey, Lori Petty, John C. McGinley, James LeGros.
Sortie salles France: 28 Août 1991. U.S: 12 Juillet 1991.
FILMOGRAPHIE: Kathryn Bigelow est une réalisatrice et scénariste américaine, née le 27 Novembre 1951 à San Carlos, Californie (Etats-Unis). 1982: The Loveless (co-réalisé avec Monty Montgomery). 1987: Aux Frontières de l'Aube. 1990: Blue Steel. 1991: Point Break. 1995: Strange Days. 2000: Le Poids de l'eau. 2002: K19. 2009: Démineurs. 2012: Zero Dark Thirty. 2017: Detroit.
Succès commercial international (dont 1 351 132 entrées rien qu'en France), Point Break n'a point usurpé sa réputation de film culte auprès des fans tant Kathryn Bigelow est parvenue à communier film sportif et action policière avec une efficacité en roue libre. Car si l'intrigue s'avère simpliste (un jeune agent du FBI infiltre une communauté de surfeurs afin de démasquer une bande de braqueurs émérites), la cinéaste parvient habilement à la structurer à travers un contexte original d'épreuves sportives à couper le souffle. Tant auprès des vagues déferlantes que nos surfeurs chevauchent sur leur planche avec stoïcité que de leurs sauts en parachute d'un réalisme résolument vertigineux. Le spectateur ayant la trouble impression de s'immerger parmi eux, sous les vagues ou dans le ciel, avec une sensation d'ivresse exaltante ! On retrouvera d'ailleurs en intermittence une autre forme d'épanouissement délicieusement envoûtant à travers les rapports sentimentaux de Johnny (Keannu Reeves) et Tyler (Lory Petty, pétillante et ténue avec une douceur de miel !) sous l'impulsion du score fragile de Mark Isham (que l'on préserve longtemps en mémoire). Des moments intimistes pleins de pudeur et de tendresse d'une intensité capiteuse à nous rendre amoureux !
Autant avouer que comme la soulignait la tagline de l'époque, Point Break c'est du 100% adrénaline sans équivoque possible ! Si bien qu'au-delà de ses séquences sportives au souffle épique, Point Break regorge en prime de scènes d'action percutantes de par sa violence assez escarpée et le brio du montage que Kathryn Bigelow gère à la perfection, et ce sans jamais se laisser guider par une esbroufe racoleuse. Chaque scène d'action s'exprimant à travers les stratégies illégales des braqueurs autant motivés par leur soif d'émancipation que de leur goût immodéré pour l'ivresse des sensations fortes. On peut d'ailleurs évoquer à titre d'anthologie la poursuite à pied que Johnny perdurera afin de rattraper un braqueur en pénétrant communément par effraction dans de nombreux foyers domestiques. Une longue endurance subjective filmée caméra à l'épaule avec un art consommé du réalisme immersif ! Mais si Point Break s'avère aussi grisant, fun et jouissif, il le doit autant à son casting spontané flirtant avec une éthique spirituelle à travers leur addiction pour les sensations les plus couillues. La confrontation attachante mais équivoque que se partagent Keanu Reeves (même si un poil trop lisse dans son rôle juvénile) et Patrick Swayze s'avérant toujours plus intense au fil de leur trahison amicale engendrant en second acte une inimitié héroïque. Enfin, à travers les rapports si solidaires de Johnny et de l'agent Angelo Pappas, on peut également prôner la présence charismatique de Gary Busey en faire-valoir bonnard d'une touchante loyauté envers sa jeune recrue.
Lyrique, envoûtant, romantique, violent, homérique sans que jamais l'action ne s'essouffle en cheminement de filature, Point Break est parvenu à renouveler le cinéma d'action avec une originalité assez burnée. Tant et si bien que chez un vulgaire tâcheron le ridicule aurait été de rigueur. Et donc, plus inspirée que jamais, Kathryn Bigelow est parvenue à imprimer de son empreinte musclée l'un des meilleurs actionner des années 90.
* Bruno
3èx
mardi 20 novembre 2018
Dr Cyclops
"Doctor Cyclops" de Ernest B. Schoedsack. 1940. U.S.A. 1h15. Avec Albert Dekker, Thomas Coley, Janice Logan, Charles Halton, Victor Kilian.
Sortie salles France: 1er Mai 1953. U.S: 10 Avril 1940
FILMOGRAPHIE: Ernest Beaumont Schoedsack est un réalisateur, directeur de photo, producteur, monteur, acteur et scénariste américain, né le 8 Juin 1893 à Council Bluffs (Iowa), décédé le 23 Décembre 1979 dans le Comté de Los Angeles. 1925: Grass: a nation's battle for life.1927: Chang. 1929: Les 4 plumes blanches. 1931: Rango. 1932: Les Chasses du comte Zaroff. 1933: King Kong. 1933: The Monkey's Paw. 1933: Blind Adventure. 1933: Le Fils de Kong. 1934: Long Lost Father. 1935: Les Derniers jours de Pompéï. 1937: Trouble in Morocco. 1937: Outlaws of the Orient. 1940: Dr Cyclop. 1949: Monsieur Joe. 1952: The is Cinerama.
Célébré pour le duo légendaire Les Chasses du comte Zaroff / King Kong, Ernest B. Schoedsack n’en a pas fini de nous émerveiller – et de nous cauchemarder – avec Dr Cyclops, réalisé en 1940. Tourné exceptionnellement en Technicolor dans les décors restreints d’une jungle fictive, et avec une poignée d’acteurs, Dr Cyclops déploie son charme fantasque à travers des trucages aussi soignés qu’ingénieux (même si, le plus souvent, on agrandit les décors pour rapetisser les personnages !). Sous le prétexte de la miniaturisation – que Jack Arnold portera à son apogée 17 ans plus tard avec L’Homme qui rétrécit – Schoedsack insuffle une tension vive à une histoire de rapt aussi singulière qu’audacieuse. Et l’intrigue, bien que débridée, ne verse jamais dans le grotesque, notamment grâce à la solidarité héroïque des protagonistes miniatures, immergés avec ferveur dans leur nouvelle condition d’exilés.
Pur divertissement de quartier, Dr Cyclops a trouvé sa place dans la mémoire collective, au point qu’Eddy Mitchell lui rendit hommage dans La Dernière Séance (diffusé le 1er avril 1993, en deuxième partie de soirée après Luke la main froide). Le film milite pour le rêve avec une modestie et une sincérité rares, où acteurs expressifs et effets artisanaux s’embrassent dans un récit mené tambour battant. Une série B savoureuse, au charme délicieusement rétro, qui fait vibrer l’enfant rêveur tapi en nous.
* Bruno
3èx
lundi 19 novembre 2018
Dogman. Prix d'interprétation masculine, Marcello Fonte, Cannes 2018.
de Matteo Garrone. 2018. Italie. 1h43. Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria, Nunzia Schiano, Adamo Dionisi.
Sortie salles France: 11 Juillet 2018 (Int - 12 ans). Italie: 17 Mai 2018
FILMOGRAPHIE: Matteo Garrone est un réalisateur italien né le 15 octobre 1968 à Rome. 1997: Terra di mezzo. 1998: Ospiti. 2000: Estate romana. 2002: L'Étrange monsieur Peppino. 2004: Primo amore. 2008: Gomorra. 2012: Reality. 2015: Tale of Tales.
Un drame social inoubliable.
Inspiré d'une sordide histoire vraie, Dogman décrit le parcours solitaire de Marcello, toiletteur pour chien quotidiennement discrédité et molesté par un de ces anciens amis récemment sorti de prison. Ce dernier, mastard, semant la terreur dans le quartier, notamment faute de ses crises de manque avec la cocaïne. Dans un concours de circonstances malchanceuses et de manière involontaire, Marcello va sombrer dans une dangereuse vendetta. Magnifique portrait d'un quidam taiseux, introverti et timoré que l'acteur Marcello Fonte retransmet avec une vérité humaine bouleversante (le réalisateur parvenant à saisir le silence de ces pensée à travers la neutralité du regard), Dogman relate avec un âpre réalisme sa descente aux enfers tristement amère. L'intérêt du récit imprévisible résidant dans les contrariétés morales de ce commerçant inculte incapable de s'affirmer, de se défendre avec le monde extérieur mais pour autant en requête d'amitié, voire même d'une main secourable.
Qui plus est, et faute également de sa corpulence malingre; si Marcello est toutefois considéré comme un toiletteur serviable et sans histoire, il reste aux yeux des autres terriblement influençable et beaucoup trop naïf pour tenter de se rebeller contre les voix les plus répréhensibles. Son camarade Simoncino étant un minable consommateur de coke dénué de loyauté et de reconnaissance envers lui, il profitera donc de sa gentillesse pour l'exploiter dans les combines les plus tordues. Dénué de personnalité mais d'une loyauté indéfectible en ce qui concerne l'amitié, Marcello tentera malgré tout dans une forme de désespoir suicidaire de prendre sa revanche sur la société avec une maladresse terriblement préjudiciable. Car davantage réduit à la solitude, à l'humiliation, à la culpabilité et à l'injustice, Marcello tentera vainement de se tailler une nouvelle carrure plus inflexible et autonome en dépit de ses rapports intenses auprès de sa fille et de sa tendresse pour les chiens.
Profil d'un loser en perdition
Magnifique portrait d'un paumé déchu aux yeux de l'entourage local issu d'un quartier pauvre, Dogman s'avère d'une intensité dramatique rigoureuse de par sa tendresse immodérée que Matteo Garrone porte pour son personnage infortuné plongé dans l'impuissance morale. Transcendé par la performance (corporelle et cérébrale !) de Marcello Fonte (prix d'interprétation à Cannes), celui-ci soulève l'intrigue du poids de ses frêles épaules avec une puissance d'expression dépouillée, si bien que l'on ne sort pas indemne de son destin cruellement galvaudé. Du grand cinéma italien qu'imprime de sa personnalité auteurisante Matteo Garrone (Gomorra).
* Bruno
Festival de Cannes 2018 : Prix d'interprétation masculine pour Marcello Fonte.
Rubans d'argent 2018 : meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur.
vendredi 16 novembre 2018
Fog. Prix de la Critique, Avoriaz 1980.
"The Fog" de John Carpenter. 1980. 1h29. Avec Adrienne Barbeau, Jamie Lee Curtis, Janet Leigh, John Houseman, Tom Atkins, James Canning, Charles Cyphers, Nancy Kyes, Ty Mitchell, Hal Holbrook, John F. Goff.
FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 :The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible, 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward

"Tout ce que nous voyons ou croyons voir n’est-il qu’un rêve dans un rêve ?"
— Edgar Allan Poe
Hormis son Prix de la critique à Avoriaz en 1980 et un succès commercial (947 944 entrées rien qu’en France), Fog reçut un accueil critique timoré. Carpenter lui-même, insatisfait du premier montage, remania un tiers du film : ajouts, coupes, réécriture sonore, recomposition musicale.
Synopsis: Antonio Bay, petite ville côtière de Californie du Nord. Une légende murmure que des fantômes tapis dans le brouillard ressurgiront des flots pour assassiner six citadins et récupérer leur or. Car le village fut érigé sur le pillage : un prêtre, Malone, et cinq complices attirèrent le navire de Blake et de ses lépreux vers un écueil, grâce à un feu de camp trompeur. L’embarcation se fracassa, l’équipage périt. Cent ans plus tard, les morts réclament justice.
À l’image de son préambule envoûtant - un vieux marin contant aux enfants, autour d’un feu, une histoire de spectres vengeurs - Fog redonne ses lettres de noblesse aux mythes, renouant avec l’aura séculaire des ghost stories d’antan.
Longtemps jugé mineur dans la filmographie de Carpenter, fragilisé par ses multiples révisions, Fog n’en demeure pas moins une éclatante démonstration de ce qu’une série B modeste peut offrir de plus brumeux, ouaté, crépusculaire. Le spectateur s’y perd avec délectation, happé par une imagerie fantastique où se reflètent autant les contes noirs que les plaies du passé.
Sur la trame d’un récit horrifique aux allures de fable - en arrière-plan, une allégorie du colonialisme : fonder une société en versant le sang des plus faibles - Carpenter élabore une mise en scène exemplaire, centrée sur le brouillard comme phénomène (sur)naturel.
L’angoisse, le suspense, le mystère sourdent lentement. Et lorsque surgissent les spectres, leur look mortifère - silhouettes humides, yeux luminescents, serpes rouillées - nous aimante le regard. Ils glissent dans le décor côtier d’Antonio Bay avec une alchimie spectrale, presque organique.
Il fallait oser faire du brouillard le rôle principal, cette nappe vaporeuse où se dissolvent les morts-vivants, vectrice d’une menace opaque et indicible. Par son aura sépulcrale, cette entité naturelle pervertie par la vengeance nous happe avec un réalisme diaphane.
Souvent suggérés avant d’assaillir, les revenants apparaissent comme des ombres noires, silencieuses, avant de frapper - brutalement - d’un crochet rubigineux. L’intrigue, minimaliste mais redoutablement efficace, suit plusieurs trajectoires qui convergent vers un sanctuaire : une chapelle isolée, ultime refuge pour deux couples de survivants, rassemblés par les ondes paniquées d’une voix radiophonique bientôt aux abois.
Parallèlement, son enfant - réfugié chez une septuagénaire - devient la cible d’un effroi larvé, une peur sourde lorsque Blake et ses fantômes rôdent.
Peu à peu, la menace émerge du brouillard. Les attaques sont cinglantes, les lépreux putréfiés surgissent dans une terreur parfois suggérée, parfois tranchante. Le tout s’enlace à une partition entêtante, envoûtante, composée par le maître Carpenter lui-même. Le film pulse d’un rythme haletant, culminant dans un huis clos étouffant au cœur d’une église vermoulue… et redoublant la tension dans un second siège : l’animatrice radio, acculée, se retranche sur le toit de son phare, seule face à l’indicible.
* Bruno
16.11.18. 6èx
15.06.12. (96 v)
jeudi 15 novembre 2018
Mission Impossible : Fallout
de Christopher McQuarrie. 2018. U.S.A. 2h28. Avec Tom Cruise, Henry Cavill, Ving Rhames, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Sean Harris, Michelle Monaghan, Angela Bassett.
Sortie salles France: 1er Août 2018. U.S: 27 Juillet 2018
FILMOGRAPHIE: Christopher McQuarrie est un réalisateur et scénariste américain, né en 1968 à Princeton, New Jersey. 2000: Way of the Gun. 2012: Jack Reacher. 2015: Mission Impossible: Rogue Nation. 2018: Mission Impossible: Fallout.
Monstrueux, apocalyptique, galvanisant, tétanisant, vertigineux, à couper le souffle ! Mes éloges subjectives ont beau paraître outrancière, Mission Impossible : Fallout m'a cloué au fauteuil 2h20 durant (en épargnant les 8 mns de générique de fin), à l'instar du tout aussi révolutionnaire Mad-Max Fury Road ! Car oui, Mission Impossible : Fallout dépasse tous ses opus antécédents pour carrément réinventer l'actionner bourrin (comme je déteste cette locution tant ici l'action déployée dépend intelligemment d'une narration retorse !) par le biais de morceaux de bravoure jamais vus au préalable ! Quand bien même la 1ère heure nous mettait déjà KO par sa frénésie formelle (épaulé du montage ultra dynamique), l'heure vingt suivante nous hypnotise les sens avant de nous combler auprès d'un point d'orgue de 45 minutes instaurées au creux de montagnes enneigées ! Notamment en alternant à deux endroits distinctes deux actions discontinues que le spectateur déboussolé savoure avec une appréhension aussi oppressante ! Et donc même si nous avons affaire à un pur divertissement en roue libre, l'invraisemblance des scènes d'action a beau paraître outrée, on y croit sans sourciller, on s'accroche à son fauteuil en renouant avec un sourire de gosse, notamment en se laissant séduire par l'implication spontanée des personnages stoïques bravant le danger avec un dynamisme si communicatif (Tom Cruise crevant une fois de plus l'écran en héros strié à la force d'expression).
Christopher McQuarrie ayant en prime l'astuce d'y injecter une bonne rasade d'humour à travers leurs répliques décomplexées. Une manière fantaisiste de détendre l'atmosphère débridée et ainsi rappeler que nous sommes au cinéma, alors que le spectateur s'implique comme jamais dans la tourmente d'une folle course contre la mort à grande échelle (l'enjeu humain de la démographie de l'Inde, du Pakistan et de la Chine). Modèle de mise en scène (de par sa fluidité, l'exigence maniaque du travail technique) et d'ultra efficacité sous la mainmise d'un Christopher McQuarrie furieusement animé d'ambition démesurée (alors qu'il était déjà signataire du précédent volet), Mission Impossible : Fallout tire parti de son attrait ultra jouissif grâce à une intrigue à suspense à la fois tendue et infiniment haletante. En gros, il s'agit pour l'équipe d'Ethan Hunt de récupérer en un temps furtif 3 bombes de plutonium en échange de livrer un ancien terroriste (celui entrevu dans le précédent opus) auprès de la "veuve". Truffé de rebondissements, péripéties de survie, revirements et faux semblants à travers une poignée d'acolytes, de maîtres chanteurs, d'espions et de dissidents, Mission Impossible... cumule à rythme métronome des bastonnades martiales (celle dans les WC est mémorablement chorégraphiée !) et courses-poursuites ahurissantes de réalisme (tant en moto, qu'en voiture, en fourgon, en hélico ou en parachute). Quand bien même nos personnages héroïques (jamais superficiels !) font preuve de sentiments à travers leur humanisme solidaire, notamment sous l'impulsion nostalgique de l'ex femme d'Ethan Hunt permettant à l'intrigue annexe de nous scander une superbe histoire d'amour pleine de pudeur et de dignité. Bref, rien ici n'est laissé au hasard pour caresser dans le bon sens le grand public en faisant fi d'esbroufe ou d'effets de manche disgracieux trop coutumiers du genre bêtement bourrin.
D'une intensité émotionnelle exponentielle, Mission Impossible : Fallout relève la difficile gageure de réanimer la fibre du vrai cinéma d'action sous sa forme la plus authentique et intègre comme le furent plus tôt Rambo, Mad-Max 2, Piège de Cristal, True Lies, A toute Epreuve, Une journée en Enfer ou encore Speed. Généreux en diable et follement vrillé au fil d'une action substantielle jamais rébarbative, Mission Impossible... renoue avec la chimère du Cinéma. Celle du gout du rêve, de l'évasion et de l'adrénaline appuyé d'un brio technique aussi millimétré qu'infaillible. Et c'est franchement à couper le souffle !
* Bruno
Box Office France: 3 010 246 entrées
mercredi 14 novembre 2018
Natty Gann. Prix du Meilleur espoir féminin pour Meredith Salenger, Young Artist Award.
"The Journey of Natty Gann" de Jeremy Kagan. 1985. U.S.A. 1h42. Avec Meredith Salenger, John Cusack, Ray Wise, Lainie Kazan, Scatman Crothers, Verna Bloom, Barry Miller.
Sortie salles France: 5 Février 1986. U.S: 27 Septembre 1985
FILMOGRAPHIE: Jeremy Kagan est un réalisateur américain né le 14 décembre 1945. 1972 : Columbo - Le grain de sable (TV). 1974 : Unwed Father (TV). 1974 : Judge Dee and the Monastery Murders (TV). 1975 : Katherine (TV). 1977 : Scott Joplin. 1977 : Héros. 1978 : La Grande Triche. 1981 : L'Élu. 1983 : L'Arnaque 2. 1985 : Natty Gann. 1986 : Seule contre la drogue (Courage) (TV). 1987 : Conspiracy: The Trial of the Chicago 8 (TV). 1989 : Big Man on Campus. 1990 : Descending Angel (TV). 1991 : Par l'épée. 1994 : Roswell, le mystère (TV). 1997 : Color of Justice (TV). 1997 : Cœur à louer (TV). 2001 : La Ballade de Lucy Whipple (TV).2002 : Bobbie's Girl (TV). 2004 : Crown Heights (TV). 2007 : Golda's Balcony.
Une production Disney écolo et sociétale sous sa période la plus déférente.
Produit par Disney au milieu des années 80, Natty Gan est un récit d'aventures à la fois exaltant et haletant, l'épopée humaine d'une ado débrouillarde en initiation de survie, faute d'un contexte de crise sociale des années 30. Parce que son père dû précipitamment l'abandonner pour décrocher un emploi à 3000 kms de leur bercail, Natty s'enfuit du foyer d'une mégère surveillante afin de tenter de le retrouver. Constamment ballottée d'un train de marchandise à un autre, ses pérégrinations l'amènent à fréquenter des citadins intolérants et tantôt avenants, une police et une milice drastiques ainsi que de jeunes marginaux aussi désoeuvrés qu'elle. Quand bien même durant son itinéraire forestier elle se lie d'amitié avec un loup entraîné aux combats de chiens. Hymne à la nature et à l'amour du loup livré comme l'héroïne à la solitude, à l'autonomie et à l'exil, Natty Gann fait naître une sincère émotion au fil de leur parcours d'endurance semée de rencontres hostiles mais aussi amiteuses. Sans céder aux sirènes de la mièvrerie (suffit de prendre comme exemple les rapports timidement sentimentaux de Natty avec l'itinérant Harry et de s'émouvoir sans fard Spoil ! de leurs adieux sur le quai fin du Spoil), Jeremy Kagan s'extirpe honorablement du produit imberbe de par son intégrité à illustrer une solide histoire d'amour et d'amitié nullement racoleuse. Celle envers la nature (véritable bouffée d'air frais), envers la faune et envers l'homme le plus loyal.
Tant auprès du loup protecteur humanisé par sa maîtresse, de l'étranger Harry en quête d'un toit, que du père, leader syndical rongé par le remord, le désagrément et l'affres de l'incertitude depuis la disparition inexpliquée de sa fille. Emaillé de péripéties, bévues, accalmies et rebondissements parfois étonnamment spectaculaires (le saut à haut risque pour accéder à un des wagons, l'emploi vertigineux du père de Natty enrôlé bûcheron dans des chantiers forestiers), Natty Gan fait vibrer la corde sensible sans se complaire dans le pathos ou une facilité lacrymale. Et lorsque les larmes tombent lors d'un final binaire à la fois émouvant et rédempteur, on reste accroché à la dignité, notamment grâce à la prestance dépouillée des comédiens. Particulièrement Meredith Salenger étonnamment simple, fraîche et naturelle en héroïne en herbe animée par l'espoir et sa tendresse pour son père. Magnifiquement photographié dans des paysages naturels édéniques alors que sa fidèle reconstitution historique nous remémore un dramatique épisode de crise sociale, Natty Gann se permet avec un réalisme parfois douloureux de rendre hommage à ces chômeurs démunis d'autant plus chassés de leur foyer sous une dictature bien-pensante (notamment auprès d'une milice sans vergogne).
Beau, simple et vibrant d'humanité à travers un périple bucolique flirtant avec le conte (prod Disney oblige sous sa période la plus révérencieuse !), Natty Gann se décline comme un superbe récit initiatique. Une leçon de tolérance tant auprès du domptage de l'animal sauvage que du prolétaire exploité comme du bétail lors d'un contexte historique de "grande dépression".
* Bruno
2èx
mardi 13 novembre 2018
Outlaw King: le roi hors la loi
de David Mackenzie. 2018. U.S.A. 2h02. Avec Chris Pine, Aaron Taylor-Johnson, Florence Pugh, Stephen Dillane, Billy Howle, Tony Curran
Diffusé sur Netflix le 9 Novembre 2018
FILMOGRAPHIE: David McKenzzie est un réalisateur anglais, né le 10 Mai 1966 à Corbridge.
2002: The Last Great Wilderness. 2003: Young Adam. 2005: Asylum. 2008: My name is Hallam. 2009: Toy Boy. 2010: Perfect Sense. 2011: Rock'n'Love. 2014: Les Poings contre les murs. 2016: Comancheria. 2018: Outlaws King.
Remarqué par Les Poings contre les Murs et Comancheria, David McKenzzie poursuit son bonhomme de chemin qualitatif avec Outlaw King, une production estampillée Netflix. Inspiré d'une histoire vraie, ce récit d'aventures historiques plutôt âpre et tendu s'avère rondement mené, quand bien même son brio technique imperturbable nous cloue au siège tant les séquences guerrières nous retournent le cerveau avec une intensité exponentielle ! Reconstitution hyper soignée, photo contrastée, panoramas d'un beauté sensitive ahurissante, costumes et figurants déployés en masse, chevaux trébuchants parmi les cadavres sur les champs de bataille dans un déluge de pluie, de sang et de sueur, Outlaw King constitue une claque visuelle permanente ! Et bien que prioritairement bâti sur l'aspect belliciste d'une épopée tributaire du fracas des glaives, le réalisateur parvient pour autant à structurer un solide récit sans que les enjeux humains n'y perdent de leur intérêt en cours de trajectoire de survie. A savoir l'inimitié filiale entre deux rois, l'un véreux sans vergogne, l'autre redresseur de tort qui tentera de se réapproprier sa terre écossaise.
Et si dans le rôle Robert de Brus (premier roi d’Écosse devenu hors la loi pour la bonne cause), Chris Pine manque de virilité et de force d'expression à travers ses traits de visage un poil trop imberbes, il n'en demeure pas moins assez convaincant dans sa sobre dimension humaine en ascension héroïque. Tant auprès de sa conviction morale à recruter une armée de fortune que de ses capacités physiques à repousser l'ennemi, notamment lorsque sa muse est séquestrée dans un château écossais. Bluffant de réalisme donc tout en s'efforçant de combler les attentes de l'amateur d'action à travers un souffle épique constamment rigoureux (la bataille finale peut faire office de bravoure anthologique au gré d'un montage ultra dynamique dénuée de précipitation), Outlaw King renoue avec le "plaisir de cinéma" à travers une série B de luxe dénuée de fards, de fioritures et de grandiloquence. David McKenzzie ne perdant d'autant plus jamais de vue l'humanisme fébrile de ces preux guerriers se livrant corps et âme pour le sens de la justice avec un héroïsme suicidaire. Tant et si bien que certaines séquences à l'acuité dramatique poignante confirment le potentiel émotionnel de cette épopée humaine émaillée de sobre romantisme (les rapports concis mais denses du couple en quête de délivrance). Beau, violent et furieusement excitant à la fois.
* Bruno
lundi 12 novembre 2018
Le Tueur du Vendredi
"Friday the 13th, part 2" de Steve Miner. 1981. U.S.A. 1h27. Avec Amy Steel, John Furey, Adrienne King, Kirsten Baker, Stuart Charno, Warrington Gillette, Walt Gorney, Marta Kober, Tom McBride.
Sortie salles France: 13 Janvier 1982. U.S: 1er Mai 1981
FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un réalisateur américain, né le 18 Juin 1951 à Westport, dans le Connecticut. 1981: Le Tueur du Vendredi. 1982: Meurtres en 3 dimensions. 1986: House. 1986: Soul Man. 1989: Warlock. 1991: A coeur vaillant rien d'impossible. 1992: Forever Young. 1994: Sherwood's Travels. 1994: My Father ce Héros. 1996: Le Souffre douleur. 1998: Halloween, 20 ans après. 1999: Lake Placid. 2001: The Third Degree (télé-film). 2001: Texas Rangers, la revanche des Justiciers. 2002: Home of the Brave (télé-film). 2006: Scarlett (télé-film). 2007: Day of the Dead.
* Bruno
26.01.24. 6èx
23.07.12. 82 v
vendredi 9 novembre 2018
Le Survivant d'un monde parallèle / "The Survivor"
de David Hemmings. 1981. Australie. 1h27. Avec Robert Powell, Jenny Agutter, Peter Sumner, Joseph Cotten, Angela Punch McGregor.
Sortie salles France: 2 Décembre 1981
FILMOGRAPHIE: David Hemmings est un acteur, producteur et réalisateur britannique, né le 18 novembre 1941 à Guildford, Surrey, et mort d'une crise cardiaque le 3 décembre 2003 à Bucarest (Roumanie).1972 : Running Scared. 1973 : The 14. 1979 : C'est mon gigolo. 1981 : Les Bourlingueurs. 1981 : Le Survivant d'un monde parallèle. 1984 : Money Hunt: The Mystery of the Missing Link (vidéo). 1985 : Le Code Rebecca (The Key to Rebecca) (TV). 1989 : Down Delaware Road (TV). 1992 : Dark Horse. 1993 : Christmas Reunion (TV). 1993 : Passport to Murder (TV).
"Mémoires d’un ciel déchiré".
Sorti à la fin de l’âge d’or du fantastique australien, Le Survivant d’un monde parallèle capitalise sur le charisme lunaire de Robert Powell, révélé un an plus tôt dans le singulier Harlequin (Prix du Jury, Prix de la Critique et Prix du Meilleur Acteur au Rex de Paris). Le film joue la carte d’un fantastique intègre, original, mystérieux, assez intriguant pour captiver sans relâche, sans effets de manche ni esbroufe tapageuse. David Hemmings (inoubliable interprète de Blow-Up et des Frissons de l’angoisse) parvient ici à structurer un suspense latent autour de la quête de vérité d’un pilote, rescapé d’un crash aérien.
Épaulé d’une médium témoin de la tragédie ayant causé plus de 300 morts, le commandant Keller tente de retrouver la mémoire afin d’élucider les causes de l’accident. Sabotage ? Défaillance technique ? Pourquoi est-il l’unique survivant ? Et pourquoi, autour des débris calcinés, certains membres de son entourage meurent-ils, acculés par une étrange fillette et les cris invisibles d’enfants ?
Parsemé d’incidents horrifiques discrets mais marquants, le film instille un surnaturel tacite - feutré, crédible, insidieux - qui fait vibrer l’écho spectral des plaintes infantiles. Le Survivant d’un monde parallèle cultive l’expectatif, dilue la terreur dans le silence, au fil d’une enquête de longue haleine menée par Keller et sa partenaire Hobbs (élégamment campée par Jenny Agutter, vue dans Le Loup-Garou de Londres), à partir de maigres indices glanés çà et là, comme tombés d’un autre monde.
Entre incompréhension, stupeur et angoisse sourde, le spectateur se laisse emporter dans cette dérive interlope, digne d’un épisode de La Quatrième Dimension, jusqu’à un ultime quart d’heure aussi limpide que - volontairement ? - confus. Le trouble du récit repose aussi sur la relation étrange et silencieuse entre Keller et Hobbs, tissée de non-dits et d’expressions imperceptibles, de regards détachés. Ce mystère émotionnel ajoute à l’aura ésotérique du film, où la suggestion règne en maître, guidée par un hors-champ sonore aussi déstabilisant que fascinant.
Le charme rétro d’un fantastique aux portes de l’au-delà.
Grâce à son casting sincèrement attachant (Powell, magnétique par son hermétisme, Agutter, touchante par son flegme contrarié), à sa superbe photo en Scope et à son atmosphère spirituelle subtilement suggérée - on croit sans sourciller à la revanche des fantômes - Le Survivant d’un monde parallèle s’impose comme un excellent suspense fantastique. Solide, pudique, habité. Adapté d’un best-seller de James Herbert (Celui qui survit), le film offre à David Hemmings l’occasion d’imprimer sans tapage sa patte personnelle : une aura ouatée, un mystère diffus, quelques séquences-chocs savamment distillées (notamment l’inventivité visuelle du crash, à la fois réaliste et spectaculaire malgré un budget modeste, et un dénouement à twist où des voix d’outre-tombe viennent souffler une vérité honteuse).
* Bruno
25.06.25. 5èx.
mercredi 7 novembre 2018
Vendredi 13, Chapitre final.
"Friday the 13th: The Final Chapter" de Joseph Zito. 1984. U.S.A. 1h31. Avec Ted White, Kimberly Beck, Erich Anderson, Corey Feldman, Barbara Howard, Peter Barton
Sortie salles France: 11 Juillet 1984. U.S: 13 Avril 1984
FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joseph Zito est un réalisateur américain, né le 14 mai 1946 à New York. 1975 : Abduction. 1979 : Bloodrage. 1981 : Rosemary's Killer. 1984 : Vendredi 13 : Chapitre final. 1984 : Portés disparus. 1985 : Invasion USA. 1989 : Le Scorpion rouge. 2000 : Delta Force One: The Lost Patrol. 2003 : Power Play.
On prend les mêmes et on recommence sous la houlette du petit artisan de la série B Joseph Zito (Rosemary's Killer, Portés Disparus, Invasion U.S.A.), et ce tout en nous promettant la fin des exactions de Jason le tueur à la machette à travers un sous-titre sans équivoque. Ainsi, on a beau connaître la recette par coeur (pourquoi changer une formule aussi payante ?), Vendredi 13, Chapitre final séduit miraculeusement, aussi crétines soient ses situations éculées ! Comme de coutume, et à condition de suivre ses vicissitudes horrifiques au second degré, Vendredi 13 IV cumule à rythme métronomique les morts brutales sous l'impulsion d'un gore assez jouissif (même si trop souvent concis) concocté par l'illustre Tom Savini. Et de s'amuser entre temps des beuveries et batifolages d'ados polissons lors de confrontations machistes (à qui tringlera le premier la plus aguicheuse du groupe ?) si bien que son érotisme timoré reste aussi inoffensif aujourd'hui.
Pour autant, par je ne sais quel miracle, ces ados décervelés gentiment attachants de par leur fraîcheur innocente (avec un brin de clémence sans doute !) parviennent à nous immerger dans leur situation anxiogène lorsque Jason tapi dans l'ombre d'une porte, d'une fenêtre ou d'un bosquet se prépare à perpétrer un nouveau massacre auprès d'une victime prise en estocade (score strident de Manfredini au rappel !). D'autre part, à travers la photogénie de sa nature forestière, Joseph Zito parvient parfois à distiller un climat d'angoisse quelque peu perméable, notamment dans sa capacité à suggérer la présence invisible de Jason, de jour comme de nuit. Quand bien même, et pour parachever en bonne et due forme, on continue de se divertir du caractère à la fois haletant et spectaculaire de sa poursuite finale lorsque la dernière victime retranchée dans son cocon domestique parmi son frère (un féru de ciné horreur collectionnant masques et gadgets de ses monstres attitrés) tente de combattre (arme blanche à la main) le tueur tous azimuts. Ce dernier quart d'heure émotionnellement palpitant s'avérant rondement mené auprès d'un esprit cartoonesque aussi bien débridé que jouissif. Quand bien même la posture furibonde de l'ado subtilement revanchard (il se fait passer pour Jason à l'âge de sa noyade afin de mieux le duper) extériorise une aura malsaine bienvenue lors de sa folie meurtrière incontrôlée qu'une ultime image dérangeante persistera sans ambiguïté.
Sans décevoir ses aficionados, Vendredi 13, chapitre Final peut autant faire office de nanar bonnard que de série B efficacement troussée grâce au savoir-faire de Joseph Zito soignant d'autant mieux sa scénographie forestière avec comme alibis usuels les maquillages de Savini et la présence iconique du molosse à la machette plus obtus et destructeur que jamais (incarné pour le coup par Ted White mécontent du résultat final ainsi que des 3 opus antécédents !).
* Bruno
3èx
Box Office France: 270 013 entrées
mardi 6 novembre 2018
Sicario: la guerre des cartels
"Sicario: Day of the Soldado" de Stefano Sollima. 2018. Italie/U.S.A. 2h02. Avec Benicio del Toro, Josh Brolin, Isabela Moner, Jeffrey Donovan, Manuel Garcia-Ruflo, Catherine Keener
Sortie salles France: 27 Juin 2018. U.S: 29 Juin 2018
FILMOGRAPHIE: Stefano Sollima est un cinéaste et réalisateur italien, né le 4 mai 1966 à Rome. 2012: A.C.A.B.: All Cops Are Bastards. 2015: Suburra. Séries TV: Un posto al sole - soap opera (2002), La squadra - série TV, 7 épisodes (2003 - 2007), Ho sposato un calciatore - mini série (2005), Crimini - série TV, épisodes Il covo di Teresa, Mork et Mindy et Luce del nord (2006 - 2010)
Romanzo criminale, 22 épisodes (2008 - 2010). Gomorra, 12 épisodes (2014 - 2015).
Si Denis Villeneuve n'est plus de la partie pour donner suite à Sicaire, le réalisateur italien Stefano Sollima (déjà très remarqué avec son 1er métrage A.C.A.B et surtout Suburra !) relève haut la main la gageure de surpasser son congénère avec une séquelle de haute volée. Sicario: la guerre des Cartels retraçant avec un réalisme méticuleux la mission secrète de la CIA et du sicaire Alejandro Gillick d'enlever la fille d'un parrain du cartel afin d'influencer une guerre fratricide entre clans mafieux tirant des bénéfices sur le dos des migrants à la frontière americano-mexicaine. Car depuis un attentat meurtrier dans un supermarché, les passeurs grassement payés par leur supérieur sont désignés coupables par le secrétaire de la défense d'y faire entrer des migrants potentiellement terroristes. Ainsi, alors que la CIA parvient à kidnapper leur cible, la mission doit être annulée depuis la révélation identitaire des terroristes natifs d'Amérique. Mais au mépris de ses supérieurs et de son bras droit Matt Graver, Alejandro réfute les ordres d'éliminer chaque témoin. Thriller hypnotique rondement menée car d'une précision chirurgicale auprès de sa mise en scène virtuose, Sicario: la guerre des cartels plaque au siège de par sa structure narrative captivante fertile en bravoures homériques, retournements de situations et rebondissements parfois insensés (mais chut, j'en ai déjà trop dit !). On peut d'ailleurs s'agenouiller face au dynamisme du montage rendant lisible la chorégraphie de l'action entièrement au service narratif, et ce sans jamais complexifier vainement le récit plutôt limpide et dénué de digressions.
Superbement campé par 2 acteurs en acmé, Benicio del Toro / Josh Brolin se partagent la vedette avec un charisme quasi animal, notamment auprès de leur idéologie équivoque à combattre vaillamment le crime au prix d'un sacrifice difficilement tolérable. Description aride d'une société de corruption en déliquescence morale, tant auprès des redresseurs de tort impassibles que des trafiquants ne sachant plus trop distinguer qui travaille pour qui et quel est leur véritable identité derrière l'insigne ou le treillis, Sicario se taille une carrure mature assez avilissante auprès de ces personnages véreux s'entretuant pour l'enjeu d'une otage sans défense. Tendu comme un arc auprès de sa seconde partie à couper le souffle, le suspense narratif cède place à une dramaturgie escarpée lorsque Alejandro doit tenter de passer la frontière pour sauver l'otage sévèrement ballottée d'assister en direct à des tueries de masse. Là encore, Stefano Sollima apporte un soin scrupuleux à dresser le portrait si "réaliste" d'une jeune fille obtuse et rebelle mais davantage fragile et démunie au fil de son parcours de survie en proie au chaos. Outre le regard très sobre de Isabela Moner très impressionnante dans sa fonction aussi bien soumise qu'épeurée, le jeune Elijah Rodriguez s'avère aussi soigneusement structuré en passeur en herbe indécis gagné pour autant par le désir de vaincre ses peurs et montrer ses preuves à sa vile hiérarchie quitte à y vendre son âme. La pâleur de son regard candide, sa posture plutôt timorée doucement ternis par ses actes frauduleux nous glacent d'amertume passé sa probation criminelle.
Passionnant, violent et tendu à l'extrême lors d'un second acte littéralement anthologique, Sicario: la guerre des cartels surpasse son modèle en mode thriller noir et radical où bons et méchants ne font plus qu'un au sein d'une société aussi parano que schizo.
* Bruno
lundi 5 novembre 2018
Du sang dans la poussière
"The Spikes Gang" de Richard Fleischer. 1974. U.S.A. 1h36. Avec Lee Marvin, Gary Grimes, Ron Howard, Charles Martin Smith, Arthur Hunnicutt, Marc Smit.
Sortie salles U.S: 1er Mai 1974
FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un réalisateur américain né le 8 décembre 1916 à Brooklyn, et décédé le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieues sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.
vendredi 2 novembre 2018
L'enfant du Diable / The Changeling
de Peter Medak. 1980. U.S.A. 1h47. Avec George C. Scott, Trish Van Devere, Melvyn Douglas, Jean Marsh, John Colicos, Barry Morse, Madeleine Thorton-Sherwood, Helen Burns, Frances Hyland.
Sortie en salle en France le 29 Octobre 1980. U.S.A: 28 Mars 1980.
FILMOGRAPHIE: Peter Medak est un réalisateur et producteur hongrois né le 23 Décembre 1937 à Budapest (Hongrie). 1968: Negative, 1972: A day in the death of Joe Egg, 1973: Ghost in the noonday sun, 1978: The Odd job, 1980: l'Enfant du diable, 1981: la Grande Zorro, 1986: The Men's club, 1990: la Voix humaine, 1993: Romeo is bleeding, 1994: Pontiac moon, 1998: la Mutante 2.
Quelques mois après le grand succès public d’Amityville, la maison du diable, les producteurs Garth H. Drabinsky et Joel B. Michaels lancent, pour 7,6 millions de dollars, un nouveau projet de film de maison hantée. C’est à Peter Medak qu’échoit la tâche — cinéaste canadien ayant déjà fait ses preuves à la télévision (Amicalement vôtre, Cosmos 1999) et dans quelques longs-métrages parmi lesquels Negative ou A Day in the Death of Joe Egg. Tiré d’un scénario de Russell Hunter, inspiré de faits supposément réels, L’Enfant du Diable (titre français d’apparence racoleuse mais moins fallacieux qu’il n’y paraît) puise sa substance et son intensité dans un alibi narratif solidement ancré, au service d’une angoisse diffuse. Et ce, loin de l’artillerie surchargée des producteurs margoulins.
Récompenses: Prix du Meilleur acteur (George Scott) au Fantafestival 1982.
Prix génie du meilleur film, Genie Awards de la Meilleure photographie, Meilleur son, Meilleure direction artistique, Meilleur acteur étranger (George Scott), Meilleure actrice étrangère (Trish Van Devere), Meilleur scénario et Meilleur son en 1980
* Bruno
02.11.18. 5èx
07.04.11. 4 (611 v)







































