vendredi 18 octobre 2019

Contre toute attente

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Against All Odds" de Taylor Hackford. 1984. U.S.A. 2h02. Avec Jeff Bridges, Rachel Ward, James Woods, Richard Widmark, Saul Rubinek, Alex Karras, Swoosie Kurtz.

Sortie salles France: 30 Mai 1984. U.S: 2 Mars 1984.

FILMOGRAPHIETaylor Hackford est un réalisateur et producteur américain né le 31 décembre 1944. 1980 : Le Temps du rock'n'roll. 1983 : Officier et gentleman. 1984 : Contre toute attente. 1986 : Soleil de nuit. 1988 : Hail! Hail! Rock 'n' Roll (documentaire musical). 1988 : Everybody's All-American. 1993 : Les Princes de la ville. 1995 : Dolores Claiborne. 1998 : L'Associé du diable. 2001 : L'Échange. 2005 : Ray. 2010 : Love Ranch. 2013 : Parker. 2016 : The Comedian.


Polar oubliĂ© des annĂ©es 80 rĂ©alisĂ© par l'habile artisan Taylor Hackford (Officier et Gentleman, Soleil de Nuit, les Princes de la Ville, Dolores Claiborne, l'AssociĂ© du diable), Contre toute Attente ne mĂ©rite pas l'indiffĂ©rence qu'il se rĂ©colte finalement aujourd'hui. Car si je peux Ă©videmment concevoir qu'il n'arrive jamais Ă  la cheville de son illustre modèle la Griffe du PassĂ© de Jacques Tourneur (que je n'ai jamais vu - honte Ă  moi -), Contre toute attente conjugue policier et romance avec une efficacitĂ© en roue libre. De par le savoir-faire de sa mise en scène sublimant en 1ère partie une idylle romantique auprès du duo incandescent Jeff Bridges, Rachel Ward (l'une des plus belles femmes du monde, excusez du peu !) et de sa structure en suspens dĂ©ployant en second acte des rebondissements criminels en pagaille plutĂ´t convaincants si on fait fi d'une confrontation finale un peu trop convenue Ă  travers les règlements de compte entre rivaux vĂ©reux cabotinant sous l'impulsion d'un tempo musical surchargĂ©. Fort d'une vĂ©nĂ©neuse intrigue que se chamaillent les alliĂ©s pour l'enjeu de l'amour, chaque personnages mis en valeur s'avère plus ou moins impliquĂ©s dans des paris truquĂ©s de match de foot sous l'Ă©gide de l'homme d'affaire Ben Caxton (Richard Widmark assez antipathique en septuagĂ©naire vaniteux).


Ainsi, le joueur Terry Brogan (Jeff Bridges) est chargĂ© par son ami Jake (James Wood) de retrouver la trace de Jessie, sa jeune compagne en fuite après lui avoir dĂ©robĂ© 50 000 dollars. Mais c'est au Mexique que Terry parvient Ă  retrouver celle-ci, si bien qu'ensemble ils finissent par tomber amoureux en se prĂ©lassant Ă  proximitĂ© d'une plage paradisiaque (que Taylor Hackford magnifie Ă  travers sa scĂ©nographie touristique du Mexique). Mais leur relation finit par se ternir avec l'arrivĂ©e d'un des acolytes de Jake chargĂ© de ramener Jessie au bercail.
PortĂ© Ă  bout de bras par la force dĂ©terminĂ©e de Jeff Bridges en anti-hĂ©ros au grand coeur impliquĂ© dans une corruption sportive, quand bien mĂŞme Rachel Ward succombe Ă  ses charmes avec une sensualitĂ© charnelle capiteuse, Contre toute attente doit beaucoup Ă  la prestance de son casting aux p'tits oignons, comme le soulignent conjointement James Woods, dĂ©testable d'hypocrisie en maĂ®tre chanteur criminel et Richard Widmark en leader richissime quasi intouchable. Ainsi donc, grâce Ă  leur prĂ©sence charismatique chargĂ©e d'intensitĂ© dans leur inimitiĂ© vĂ©nale, Contre toute attente cultive un rythme toujours soutenu et davantage nerveux, mĂŞme si on lui prĂ©fĂ©rera peut-ĂŞtre sa première partie plus attachante, dense et ensorcelante, notamment auprès de la puissance de ces images tantĂ´t oniriques que le couple Bridges / Ward irradie Ă  travers leur ardent dĂ©sir lubrique.


Perfectible certes, principalement auprès de la remise en cause d'une confrontation machiste peinant Ă  convaincre dans leur maigre tentative d'y nĂ©gocier une issue favorable, quand bien mĂŞme son Ă©pilogue Ă  la fois amer, un brin ironique, ne manque pas d'audace quant au sort Ă©quivoque des amants infortunĂ©s, Contre toute attente demeure un excellent divertissement. Rondement menĂ©, formellement exotique et sensuellement enivrant sous l'impulsion de tĂŞtes d'affiche proĂ©minentes. Qui plus est scandĂ© lors du gĂ©nĂ©rique final du slow de Phil Collins imprimĂ© dans toutes les mĂ©moires, si bien que celui-ci remporte un an plus tard le Grammy Award du meilleur chanteur pop ! A revoir avec un vif intĂ©rĂŞt, de prĂ©fĂ©rence en couple en Ă©treinte, une coupe de champagne Ă  la main.  

*Bruno

jeudi 17 octobre 2019

L'Homme Invisible

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de James Whale. 1933. U.S.A. 1h12. Avec Claude Rains, Gloria Stuart, William Harrigan, Henry Travers, Una O'Connor, Forrester Harvey

Sortie salle U.S: 13 Novembre 1933

FILMOGRAPHIE: James Whale est un réalisateur américain, né le 22 Juillet 1889 à Dudley en Angleterre, décédé le 29 Mai 1957 à Hollywood, Los Angeles. 1930 : La Fin du voyage (Journey's End). 1930 : Les Anges de l'enfer. 1931 : Waterloo Bridge. 1931 : Frankenstein. 1932 : Impatient Maiden. 1932 : Une soirée étrange. 1933 : The Kiss Before the Mirror. 1933 : The Invisible Man. 1933 : By Candlelight. 1934 : One More River. 1935 : La Fiancée de Frankenstein. 1935 : Remember Last Night. 1936 : Show Boat. 1937 : The Road Back. 1937 : Le Grand Garrick. 1938 : Port of Seven Seas. 1938 : Sinners in Paradise. 1938 : Wives Under Suspicion. 1939 : L'Homme au masque de fer. 1940 : L'Enfer vert. 1941 : They Dare Not Love. 1942 : Personnel Placement in the Army. 1950 : Hello Out There.


“Voir un visage revient Ă  dire en silence son Ă©nigme invisible.”
Classique imputrescible de la Universal Monsters sous la houlette de James Whale (Frankenstein, La FiancĂ©e de Frankenstein), l'Homme Invisible doit son pouvoir de fascination grâce Ă  la soliditĂ© de sa mise en scène (notamment Ă  travers certains plans iconiques), Ă  l'originalitĂ© de son rĂ©cit vrillĂ©, Ă  ces l'innovation de ces trucages et surtout Ă  la prestance inoubliable de Claude Rains couronnĂ© de notoriĂ©tĂ© Ă  la suite du succès populaire du film. Ce dernier parvenant sans outrance Ă  provoquer Ă©moi, inquiĂ©tude et apprĂ©hension de par l'intensitĂ© de sa voix aiguĂ«, Ă  la fois irascible et forcenĂ©e, Ă  dĂ©faut de mettre en exergue les diverses expressions de sa physionomie eu Ă©gard de sa condition corporelle imperceptible. Ainsi, Ă  travers une trame dramatique non exempte de traits d'humour (notamment auprès des seconds rĂ´les tĂ©moins malgrĂ© eux des exhibitions hĂ©roĂŻques de l'Ă©tranger), l'Homme Invisible retrace la dĂ©rive criminelle d'un savant fou habitĂ© par la folie de par son dĂ©sir outrĂ© de puissance et de gloire.


Car vivant autrefois dans l'ombre en simple chimiste dénué d'ambition, celui-ci aura décidé de prendre sa revanche sur la société après avoir créé un sérum capable de lui parfaire une nouvelle identité contestataire. Tant et si bien qu'au cours de son évolution immorale, il y engendre des sentiments dictatoriaux. Ainsi, davantage corrompu par son orgueil et sa vanité de pouvoir imposer sa loi et sa hiérarchie en toute impunité; l'homme invisible finit par céder à ses bas instincts pervers en s'autorisant les libertés les plus répréhensibles. Chasse à l'homme haletante exécutée avec une certaine perspicacité si je me réfère aux idées retorses des villageois et de la police, communément solidaires afin d'alpaguer le fugitif, l'Homme Invisible dégage un climat d'insécurité davantage vénéneux lorsque celui-ci se raille de ces rivaux avec une attitude borderline (pour ne pas dire psychotique).


"Un acteur doit ĂŞtre invisible"
RĂ©flexion sur l'aliĂ©nation du pouvoir et les dĂ©rives de la science moderne, l'Homme Invisible perdure son pouvoir de fascination sous l'impulsion d'un fantasme dĂ©bridĂ© redoutablement efficace, si bien que Claude Rains l'immortalise Ă  travers sa fulgurance orale. Une performance d'acteur donc entrĂ©e dans la lĂ©gende du Fantastique moderne...

*Bruno
4èx

mercredi 16 octobre 2019

Audrey Rose


de Robert Wise. 1977. U.S.A. 1h53. Avec Marsha Mason, Anthony Hopkins, John Beck, Susan Swift, Norman Lloyd, John Hillerman, Robert Walden, Philip Sterling, Ivy Jones, Stephen Pearlman, Aly Wassil.

Sortie en salles en France: Novembre 1977. US: 6 Avril 1977

FILMOGRAPHIE: Robert Wise est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, monteur nĂ© le 10 Septembre 1914, dĂ©cĂ©dĂ© le 14 Septembre 2005 Ă  Winchester (Indiana). 1944: La MalĂ©diction des Hommes Chats, 1945: Le RĂ©cupĂ©rateur de cadavres, 1948: Ciel Rouge. NĂ© pour Tuer. 1949: Nous avons gagnĂ© ce soir. 1952: La Ville Captive. 1952: Le Jour oĂą la terre s'arrĂŞta. 1954: Les Rats du DĂ©sert. 1957: MarquĂ© par la Haine. 1958: l'OdyssĂ©e du sous-marin Nerka. 1962: West Side Story. 1964: La Maison du Diable. 1966: La MĂ©lodie du Bonheur. 1967: La Canonnière du Yang-TsĂ©. 1972: Le Mystère Andromède. 1975: L'OdyssĂ©e du Hindenburg. 1977: Audrey Rose. 1980: Star Trek. 1989: Les Toits. 2000: Une TempĂŞte en Ă©tĂ© (tĂ©lĂ©-film)

"Pour l'âme, il n'y a ni naissance ni mort. L'âme ne connait pas la mort. Elle est éternelle, intemporelle, immortelle et primitive..." LA BHAGAVAD-GITA

"MĂ©moire d’une âme brĂ»lĂ©e".
En 1977, Robert Wise renoue avec le cinĂ©ma d’Ă©pouvante en s’inspirant du roman de Frank De Felitta, The Case for Reincarnation. Des aveux mĂŞmes de l’auteur, l’idĂ©e spirituelle de la rĂ©incarnation lui fut soufflĂ©e par une expĂ©rience intime : un jour, son fils de six ans se mit Ă  jouer un air de ragtime au piano, sans jamais avoir pris la moindre leçon.

Le pitch : Un couple et leur fille Ivy sont importunĂ©s par un inconnu qui les Ă©pie. PersuadĂ© qu’Ivy est la rĂ©incarnation de sa propre fille Audrey Rose — morte brĂ»lĂ©e vive Ă  l’âge de cinq ans dans un accident de voiture — il tente de convaincre les parents que l’enfant est en danger.

Longtemps occultĂ© depuis sa sortie et injustement considĂ©rĂ© comme un ersatz opportuniste de L’Exorciste ou La MalĂ©diction, Audrey Rose est en rĂ©alitĂ© un pur drame psychologique, poignant, bouleversant, enveloppĂ© d’un fantastique mystique. Son scĂ©nario dense, potentiellement inspirĂ© de faits rĂ©els, irrigue une Ĺ“uvre fragile et inquiĂ©tante, portĂ©e par la sobriĂ©tĂ© bouleversante de ses quatre interprètes.
Marsha Mason, déchirante de tendresse maternelle.
Anthony Hopkins, magnétique de persuasion en père endeuillé.
John Beck, irascible et cartésien, muré dans sa paternité orgueilleuse.
Et la petite Susan Swift — son tout premier rĂ´le ! — saisissante de naturel, entre innocence hagarde et angoisse croissante, traversĂ©e d’une conscience hantĂ©e.

Wise explore le trouble intime de deux parents dĂ©sarmĂ©s, confrontĂ©s aux dĂ©clarations dĂ©lirantes — ou prophĂ©tiques ? — d’un homme persuadĂ© que leur enfant est l’incarnation de sa fille morte. AsphyxiĂ©e, brĂ»lĂ©e vive, Audrey Rose succomba dans l’habitacle en flammes, sous les yeux de sa mère.
Et dès ses premières annĂ©es, Ivy est proie Ă  des crises de somnambulisme violentes, ponctuĂ©es de convulsions, comme foudroyĂ©e par des cauchemars oĂą s’invoque un brasier.
Les parents, d’abord sceptiques, refusent d’admettre que leur fille pourrait n’ĂŞtre qu’un rĂ©ceptacle pour une âme damnĂ©e, consumĂ©e par une mort injuste.

La première partie du film se concentre sur la montĂ©e d’un doute, l’Ă©tude psychologique d’une incrĂ©dulitĂ© en train de vaciller. PortĂ© par la sagesse sereine de Mr. Hoover, le rĂ©cit questionne en filigrane la validitĂ© d’une croyance millĂ©naire : la mĂ©tempsychose, pratiquĂ©e par plus de 700 millions d’hindouistes, Ă  laquelle Hoover s’est converti après de longues annĂ©es d’anthropologie.

Cette quĂŞte intime, quasi mystique, interroge notre rapport au destin, au sens mĂŞme de la vie, Ă  travers le profil bouleversant d’Ivy — victime d’un hĂ©ritage invisible, d’un trauma antĂ©rieur, d’une mĂ©moire Ă©trangère.

Et puis viennent les sĂ©quences-chocs, brèves mais intenses : Ivy tourmentĂ©e, brisĂ©e par un souvenir qui n’est pas le sien, terrassĂ©e par un feu qui n’existe plus. Les parents, dĂ©sorientĂ©s, refusent d’y croire, s’enferment dans leur rationalitĂ©, dans leur refus d’un passĂ© qu’ils n’ont pas vĂ©cu.
La seconde partie s’ouvre sur un procès Ă  la fois poignant, inquiĂ©tant et bouleversant, dans lequel Mr. Hoover, accusĂ© de rapt, doit rĂ©pondre de son acte dĂ©sespĂ©rĂ© : protĂ©ger Audrey Rose dans le corps d’une autre.

Mais chut… n’en disons pas plus.                                       

 
"Et si la douleur survivait Ă  la mort ?"
Solide, sobre, profondĂ©ment digne, Audrey Rose s’impose comme une rĂ©flexion vertigineuse sur la rĂ©incarnation. Refusant le racolage, mĂŞme dans ses sĂ©quences les plus troublantes, Wise honore le genre en lui offrant une gravitĂ© neuve, une tendresse douloureuse, une spiritualitĂ© douce-amère.

Une Ĺ“uvre rare, sensible, portĂ©e par l’austĂ©ritĂ© poignante de ses protagonistes, tous hantĂ©s par une question intime : que devient l’âme, quand le corps disparaĂ®t ?
Et mĂŞme si son Ă©pilogue bouleversant tente de nous rĂ©conforter dans la croyance d’une rĂ©demption, c’est bien l’incandescence du doute qui demeure.

Ă€ redĂ©couvrir d’urgence.

* Bruno
16.10.19. 5èx
15.11.11. 430 v

La Bhagavad Gita:
Livre de chevet du Mahatma Gandhi, la Gita pourrait se dĂ©finir simplement comme un traitĂ© de philosophie humaniste. La Gita se compose Ă©galement de 18 chapitres. La lecture de chaque chapitre est censĂ©e apporter des « mĂ©rites » Ă  son lecteur. Ignorer la faim et la soif, rĂ©aliser ses rĂŞves, connaĂ®tre ses vies passĂ©es, guĂ©rir de maladies incurables, se dĂ©barrasser de ses dettes ou de ses ennemis… Tels sont les bĂ©nĂ©fices qu’apporte sa lecture, selon les croyances populaires.
C’est Ă  l’aube de la bataille finale qui oppose les Kauravas et les Pandavas, que Krishna est amenĂ© Ă  prononcer ce cĂ©lèbre discours afin d’encourager Arjuna Ă  se battre et Ă  vaincre le Mal… Arjuna est alors prĂŞt Ă  renoncer Ă  sa couronne afin d’Ă©pargner ses amis et ses maĂ®tres qui composent les rangs ennemis. Krishna lui rappelle ses devoirs en qualitĂ© de guerrier, dĂ©finit alors la « voie de l’action » (karma-yoga) et lui rĂ©vèle enfin sa vĂ©ritable nature…

L'Hindouisme:
Plus qu’une religion, plus qu’une philosophie, l’Hindouisme apparaĂ®t comme un vĂ©ritable mode de vie, rythmant le quotidien de plus de 80% de la population indienne.
L’inde compte ainsi plus de 330 millions de Dieux et DĂ©esses ! En fait, tous les villages, toutes les catĂ©gories sociales et professionnelles, toutes les familles et enfin tous les individus sont libres de se choisir, voir de se crĂ©er leurs propres divinitĂ©s. Ce n’est donc pas toujours facile de s’y retrouver…
Les origines de l’Hindouisme se trouvent dans des formes d’animisme, de fĂ©tichisme et de mysticisme ancestraux. Les premiers dieux vĂ©nĂ©rĂ©s en Inde, les Dieux VĂ©diques, Ă©taient le plus souvent reprĂ©sentĂ©s sous forme d’animaux et dĂ©diĂ©s aux Ă©lĂ©ments et aux manifestations naturelles. Ce sont les rĂ©cits Ă©piques (Ramayana et Mahabharata) qui donnèrent aux dieux une dimension plus humaine, tant dans leurs reprĂ©sentations que dans leurs interventions. Enfin, les rĂ©cits puraniques, tentent de rĂ©pertorier les diffĂ©rents dieux en regroupant les mythes et lĂ©gendes qui retracent la vie de chacun d’eux. En « humanisant » leurs Dieux, les Hindous souhaitaient se rapprocher d’eux et amoindrir l’influence parfois exagĂ©rĂ©e des Brahmanes.
Avec plus de 700 millions d’adeptes, l’hindouisme est l’une des principales religions du monde. Elle est Ă©galement Ă  l’origine de nombreuses autres croyances (jaĂŻnisme, bouddhisme, zoroastrisme, sikhisme…), et est elle-mĂŞme fortement imprĂ©gnĂ©e de ces autres religions. L’Hindouisme a su Ă©voluer suivant les changements de la sociĂ©tĂ© du Sous-continent, s’adaptant localement, s’enrichissant et se diversifiant culturellement. Il en dĂ©coule une multitude de cultes, de doctrines et de coutumes…
Les fêtes en l'honneur des divinités se succèdent tout au long de l'année aux quatre coins du pays et rythment la vie de tous les hindous.
Et il n'est pas rare d'avoir vu se développer des coutumes locales particulières qui donnent à ses festivités des ampleurs considérables et les pèlerins se rassemblent parfois par millions en certains lieux sacrés.
Celui ou celle qui respecte le dharma et l'ordre cosmique sera délivré des souffrances humaines en échappant au Samsara, le cycle des renaissances.
En règle gĂ©nĂ©rale, on peut quand mĂŞme dire que les Hindous sont ceux « qui suivent la voie (dharma) dĂ©terminĂ©e par les castes (varna) et les quatre âges de la vie (ashrama) ».

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Accroches d'introduction: 

Une petite fille hurle la nuit, son corps agitĂ© de convulsions, comme s’il se souvenait d’un feu que sa mĂ©moire ignore. Et si ce cri ne lui appartenait pas ? Si ce cauchemar venait d’un autre corps, d’un autre temps ?


Audrey Rose n’est pas un film d’horreur. C’est un cri Ă©touffĂ©, une litanie mystique sur l’errance des âmes. C’est la douleur d’une mĂ©moire qui cherche une voix pour revivre. Et c’est cette voix que Robert Wise fait trembler dans la gorge d’une enfant.


Certains films ne crient pas. Ils murmurent Ă  travers les murs du rĂ©el. Audrey Rose est de ceux-lĂ  : il vous effleure d’abord, puis vous brĂ»le lentement de l’intĂ©rieur. Jusqu’Ă  vous faire douter de ce que vous ĂŞtes, de ce que vous avez Ă©tĂ©.


Il y a des douleurs que le temps ne dissout pas. Des âmes qui refusent l’oubli. Et parfois, les morts reviennent — pas pour hanter, mais pour s’expliquer.


Une fillette crie dans son sommeil, ravagĂ©e par un feu qui n’existe plus. Un homme la regarde comme on regarde un fantĂ´me revenu. Et vous, spectateur, vous vous demandez si la mort a vraiment le dernier mot.

mardi 15 octobre 2019

The Stuff

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Larry Cohen. 1985. U.S.A. 1h26. Avec Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris, Paul Sorvino, Scott Bloom, Danny Aiello, Patrick O'Neal

Sortie salles U.S: 14 Juillet 1985

FILMOGRAPHIELarry Cohen est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 15 Juillet 1941. Il est le crĂ©ateur de la cĂ©lèbre sĂ©rie TV, Les Envahisseurs. 1972: Bone, 1973: Black Caesar, Hell Up in Harlem, 1974: Le Monstre est vivant, 1976: Meurtres sous contrĂ´le, 1979: Les Monstres sont toujours vivants, 1982: Epouvante sur New-York, 1985: The Stuff, 1987: La Vengeance des Monstres, Les Enfants de Salem, 1990: l'Ambulance. 1995 Fausse identitĂ© (TV Movie) 1996: Original Gangstas. - Comme Producteur: Maniac Cop 1/2/3.
- Comme Scénariste: Cellular, Phone Game, 3 épisodes de Columbo.


Hommage aux films de monstres et d'invasions extra-terrestres des annĂ©es 50 (le Blob nous vient promptement Ă  l'esprit) derrière une satire semi-parodique contre la malbouffe, The Stuff gĂ©nère une nouvelle fois la surprise auprès de son auteur fĂŞlĂ© Larry Cohen. L'illustre crĂ©ateur de la sĂ©rie TV Les Envahisseurs, des fort sympathiques Epouvante sur New-YorkLes Enfants de Saleml'Ambulance  puis enfin des chefs-d'oeuvre Le Monstre est Vivant / Meurtres sous contrĂ´le imprimĂ©s dans toutes les mĂ©moires. Car rarement avare d'idĂ©es saugrenues, ce dernier créé encore l'effet de surprise avec comme concept "olĂ© olĂ©" une crème dessert de couleur blanchâtre prenant possession de ses consommateurs livrĂ©s Ă  une toxicomanie alimentaire Ă  nous donner la nausĂ©e ! Ainsi, grâce Ă  son pouvoir de fascination viscĂ©rale / rĂ©pulsion grand-guignolesque, tel la crème dessert agrandissant la bouche de ses victimes pour s'y extraire ou leur plaquant le visage pour les Ă©touffer, The Stuff divertit en diable Ă  travers un schĂ©ma narratif Ă©culĂ© (une course contre la montre Ă  avertir la populace du danger planĂ©taire) menĂ© sur rythme effrenĂ©. PrĂ©visible certes mais pour autant constamment ludique et palpitant, notamment si on compte sur le climat dĂ©complexĂ© de l'intrigue folingue et sur la bonhomie friponne de l'acteur fĂ©tiche Michael Moriarty (en agent industriel dĂ©lateur) Ă©paulĂ© de la non moins attachante Andrea Marcovicci et de l'enfant rebelle Scott Bloom (rĂ©duit malgrĂ© lui Ă  l'Ă©tat d'orphelin lors de son parcours de survie). 


Ainsi donc, sans toutefois crier au gĂ©nie pour rivaliser avec ses plus grandes rĂ©ussites susnommĂ©es, faute d'une narration ici foutraque et dĂ©structurĂ©e et du manque d'intensitĂ© auprès des enjeux humains, The Stuff compense ses anicroches par l'adresse de trucages plutĂ´t rĂ©ussis (Ă  dĂ©faut de perfection) et par le ton gĂ©nialement dĂ©calĂ© d'une invasion singulière que d'aimables hĂ©ros en herbe tentent de contracarrer dans une solidaritĂ© plutĂ´t fantaisiste. Et puis d'un aspect visuel horrifiant, quel dĂ©clice de voir cette crème volumineuse blanchatre se dĂ©placer insidieusement sur ses victimes de manière parfois impromptue au point de virer vers l'invraisemblance que l'on accepte facilement quant Ă  la nature dĂ©complexĂ©e d'une investigation officieuse que mènent nos hĂ©ros redresseurs de tort. Larry Cohen  soignant d'aurte part ses sĂ©quences chocs (dissĂ©minĂ©es de manière fortuite pour mieux nous surprendre) au grĂ© d'un montage dynamique palliant parfois le cĂ´tĂ© dĂ©suet de ses dĂ©monstrations les plus ambitieuses (notamment lorsque les visages se mettent Ă  exploser de par la fragilitĂ© soudaine des vertèbres ou lorsqu'ils sont Ă©crasĂ©s par des vĂ©hicules). Or, on y croit tant l'aventure rondement menĂ©e et l'implication enjouĂ©e des personnages font illusion ! Si bien que truffĂ© de dĂ©rision, tant auprès de l'horreur de ses situations grotesques que de ses postures dĂ©contractĂ©s, on s'amuse enfin (lors du final belliqueux) de la prĂ©sence pittoresque de Paul Sorvino en colonel psychorigide terriblement complexĂ© par l'absence de notoriĂ©tĂ© de sa carrière militaire.


Une sémillante série B horrifique comme on en fait plus donc, n'ayant d'ailleurs rien à envier au réjouissant Blob de Chuck Russel.

*Bruno
13.02.25. 4èx
15.10.19.
05.07.17

lundi 14 octobre 2019

Le Camion de la Mort. Prix Spécial du Jury, Avoriaz 83


"Battletruck/Warlords of the 21st Century" de Harley Cokliss. 1982. Nouvelle Zélande. 1h31. Avec Michael Beck, Annie McEnroe, James Wainwright, Bruno Lawrence, John Bach, Randy Powell.

Sortie en salles en France le 2 janvier 1983

FILMOGRAPHIE SELECTIVEHarley Cokliss est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 11 FĂ©vrier 1945 Ă  San Diego (Californie). 1976: The Battle of Billy's Pond. 1977: Glitterball. 1979: That Summer. 1982: Le Camion de la mort. 1986: Sans Issue. 1987: Malone, un tueur en enfer. 1988: Dream Demon. 1994: Hercule et le royaume oubliĂ© (tĂ©lĂ©-film). 2000: Pilgrim. 2002: An angel for may (tĂ©lĂ©-film). 2010: Paris Connections


Un an après le phĂ©nomène Mad-Max 2, une ribambelle d'ersatz aux budget dĂ©risoire prolifĂ©rèrent chez nos voisins transalpins. Des sĂ©ries Z risibles interprĂ©tĂ©es par des tacherons quand bien mĂŞme les affiches aguicheuses inspirĂ©es de l'univers de la BD tentaient d'y feindre leur prĂ©caritĂ©. Pour autant, quelques nanars impayables sortirent du lot si bien qu'aujourd'hui ils continuent toujours de marquer les esprits (nostalgiques) de cette Ă©poque rĂ©volue, Ă  savoir le bien nommĂ© "post-nuke". Les Guerriers du BronxCherry 2000Le Gladiateur du futur et surtout le Guerrier de l'espace et 2019, après la chute de New-York restant sans conteste les plus beaux fleurons bisseux. Mais en 1982, c'est au tour de la nouvelle zĂ©lande de tenter d'y apporter leur vision dĂ©senchantĂ©e du monde barbare auprès d'une sĂ©rie B de samedi soir au budget un peu plus Ă©toffĂ©, qui plus est finalement ovationnĂ©e d'un Prix SpĂ©cial du Jury Ă  Avoriaz. De par cette improbable rĂ©compense, on se demande d'ailleurs comment une oeuvre aussi standard, aussi bougrement sympatoche soit-elle, eut pu remporter une rĂ©compense aussi prestigieuse ! Le PitchDans une Ă©poque futuriste, le colonel Straker sillonne les contrĂ©es dĂ©sertiques des Etats-Unis Ă  bord d'un gigantesque camion pour la quĂŞte de carburant. Avec une bande de hors la loi, il sème la terreur auprès des rares survivants pour imposer sa hiĂ©rarchie dictatoriale. Mais un solitaire du nom de Hunter dĂ©cide de contrecarrer ses ambitions vĂ©reuses en l'affrontant Ă  bord de sa moto futuriste. 
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Totalement occultĂ© de nos jours après avoir dĂ©jĂ  sombrĂ© dans l'oubli depuis son Ă©chec en salles, Le Camion de la Mort est une modeste et très agrĂ©able sĂ©rie B se dĂ©marquant de la zĂ©derie grâce Ă  ces comĂ©diens Ă  la trogne bonnard, aussi cabotins soient les mĂ©chants, Ă  son action sagement spectaculaire et Ă  sa mise en image plutĂ´t envoĂ»tante au coeur d'un no mans land aride. L'intrigue convenue constituant une relecture champĂŞtre de Mad-Max (bien qu'ici, l'antagoniste mĂ©galo s'avère le propriĂ©taire du camion blindĂ© !) avec beaucoup moins d'ambition dans sa maigre tentation de renouer avec l'action cinglante et les cascades Ă©bouriffantes de son modèle. NĂ©anmoins, ce petit mĂ©trage fort attachant affiche un convaincant climat de dĂ©solation auprès d'une populace prĂ©caire tentant de survivre dans leurs bungalows de fortune. Et la confrontation entre Michael Beck (les Guerriers de la nuit) et James Wainwright (Un ShĂ©rif Ă  New-York) parvenant jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin Ă  maintenir l'intĂ©rĂŞt dans leur enjeu de pouvoir et d'autoritĂ©, notamment en tentant d'y rĂ©cupĂ©rer la dissidente Corlie en fuite depuis les dernières exactions de son paternel (Straker himself apprendra t'on durant l'intrigue !). Annie McEnroe (les Marais de la mort, la Main du cauchemar) endossant avec une sensibilitĂ© non nĂ©gligeable cette fugitive en quĂŞte d'amour et d'havre de paix. ScandĂ© d'une partition planante (Tangerine Dream s'en fait d'ailleurs presque l'Ă©cho !), l'ambiance post-apo du Camion de la mort dĂ©gage donc un charme dĂ©suet afin d'accentuer cet environnement solaire jalonnĂ© de plaines clairsemĂ©es. A l'instar du western moderne, l'affrontement houleux de nos survivants solidaires communĂ©ment opposĂ©s Ă  la hiĂ©rarchie du tyran Straker cultivant de nombreuses pĂ©ripĂ©ties (entre une trahison) pour tenter de dĂ©jouer l'assaillant beaucoup plus lâche, cruel et insidieux qu'eux. Enfin, pour adoucir le propos belliqueux, une timide idylle survient durant tout le pĂ©riple avec la fille de Straker Ă©prise d'affection pour le motard (jamais Ă  court de carburant !).
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MenĂ© avec rythme et efficacement contĂ©, le Camion de la Mort demeure un divertissement plein de charme dans sa sincĂ©ritĂ© de se confronter sans prĂ©tention au genre post-apo Ă  l'aide d'un budget low-cost. Un western futuriste d'une simplicitĂ© dĂ©sarmante (bien qu'il sous entend une rĂ©flexion sur la mĂ©galomanie en militant pour la solidaritĂ©) mais paradoxalement assez attrayant et d'autant plus atmosphĂ©rique qu'on se laisse facilement sĂ©duire par la tournure des Ă©vènements prĂ©visibles. Et ce mĂŞme si aujourd'hui il ne pourrait (probablement) que contenter les nostalgiques de l'âge d'or du Post-nuke. Quand Ă  son "Prix spĂ©cial" dĂ©cernĂ© Ă  Avoriaz, il restera pour ma part une nĂ©buleuse Ă©nigme irrĂ©solue.  

*Bruno
14.10.19. 3èx
30.12.11. 386 v

vendredi 11 octobre 2019

El Camino : un film Breaking Bad

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"El Camino: A Breaking Bad Movie" de Vince Gilligan. 2019. U.S.A. 2h02. Avec Aaron Paul, Bryan Cranston, Charles Baker, Matt L. Jones, Jonathan Banks, Larry Hankin.

Diffusion mondiale Netflix: 11 Octobre 2019 

FILMOGRAPHIEVince Gilligan est un scĂ©nariste, producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 10 fĂ©vrier 1967 Ă  Richmond. 2000-2002 : X-Files - Je souhaite (saison 7, Ă©pisode 21) et IrrĂ©futable (saison 9, Ă©pisode 18). 2008-2013: Breaking Bad - Chute libre (saison 1, Ă©pisode 1) - Pleine Mesure (saison 3, Ă©pisode 13) - Échec (saison 4, Ă©pisode 12) – Mat (saison 4, Ă©pisode 13) - Revenir et Mourir (saison 5, Ă©pisode 16). 2015-2017 : Better Call Saul (4 Ă©pisodes). 2019: El Camino.


"La vie est ce que tu en fais"
CrĂ©ateur de la notable sĂ©rie TV Breaking Bad, Vince Gilligan a dĂ©cidĂ© d'offrir Ă  ses fans planĂ©taires une adaptation cinĂ© en bonne et due forme afin de clore une bonne fois pour toute les vicissitudes de Jesse Pinkman, ultime survivant recherchĂ© en l'occurrence par toutes les polices de l'Ă©tat. Ainsi donc, Ă  travers la simplicitĂ© de sa trame pour autant imprĂ©visible afin de tenir en haleine le spectateur scrupuleux aux faits et gestes de Jesse traquĂ© tous azimuts, Vince Gilligan exploite de main de maĂ®tre un jeu de la survie aussi tendu qu'angoissant eu Ă©gard des moult rebondissements que notre anti-hĂ©ros tentera de dĂ©jouer en faisant preuve d'esprit retors mais aussi de maladresse (Ă  l'instar de sa houleuse transaction avec le vendeur d'aspirateur que campe au travers d'une posture impassible le vĂ©tĂ©ran Robert Foster au charisme sclĂ©rosĂ©).


Magnifiquement rĂ©alisĂ©, tant auprès des cadrages alambiquĂ©s, des effets de style Ă©paulĂ©s d'une photo solaire que de ses influences westerniennes (avec un duel d'anthologie Ă  couper le souffle !), El Camino rappelle entre autres dans notre inconscient le cinĂ©ma perfectionniste de Tarantino Ă  travers ses dialogues ciselĂ©s (un rĂ©gal permanent !) et ses confrontations masculines chargĂ©es de dĂ©rision, de perversitĂ© et de sournoiserie. D'une durĂ©e standard de 2h02, on aurait peut-ĂŞtre souhaitĂ© un mĂ©trage un peu plus quantitatif de 3h00 tant le temps s'Ă©tiole Ă  la vitesse de l'Ă©clair. Si bien que l'on surprend de quitter Jesse sur cette ultime image mĂŞme si sa conclusion rationnelle ne déçoit aucunement. Ce qui prouve donc l'effet hypnotique qu'eurent si bien procurĂ©s sa charpente narrative (tant indĂ©cise) et les dĂ©placements des personnages matois impliquĂ©s dans un enjeu pĂ©cuniaire en lieu et place de confort (pour les mĂ©chants) ou de survie (pour le destin prĂ©caire de Jesse). Au-delĂ  du plaisir Ă©prouvĂ© Ă  son imagerie stylisĂ©e et Ă  ses pĂ©ripĂ©ties instillĂ©es au compte-goutte avec un art consommĂ© du suspense latent, El Camino est Ă©videmment transcendĂ© du jeu borderline d'Aaron Paul toujours aussi habitĂ© Ă  travers ses expressions contradictoires oĂą s'entrechoquent apprĂ©hension, espoir fĂ©brile et dĂ©termination pugnace sans jamais se laisser distraire par l'invraisemblance du geste hĂ©roĂŻque.


"Aller là où l'univers t'emmènes."
TournĂ© en format scope, El Camino demeure donc une excellente prolongation Ă  l'Ă©minente sĂ©rie Breaking Bad (Ă  dĂ©faut d'y parfaire le chef-d'oeuvre auprès des plus gourmets), mĂŞme si on aurait souhaitĂ© poursuivre un peu plus le pĂ©riple de Jesse (avec 1 ou 2 rebondissements supplĂ©mentaires. Quand bien mĂŞme Vince Gilligan est parvenu sans aucune prĂ©tention Ă  boucler la boucle avec une indiscutable cohĂ©rence, tant en terme de cheminement narratif d'une remarquable fluiditĂ© que de psychologie des personnages (parmi 2/3 apparitions surprises impliquĂ©es dans une Ă©thique existentielle !). 

*Bruno

jeudi 10 octobre 2019

l'Esclave de Satan

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Satan's Slave" de Norman J. Warren. 1976. Angleterre. 1h29. Avec Michael Gough, Martin Potter, Candace Glendenning, Barbara Kellerman, Michael Craze.

Sortie salle France: 8 FĂ©vrier (ou 3 Mai) 1978 (Int - 18 ans). Angleterre: DĂ©cembre 76.

FILMOGRAPHIE: Norman J. Warren, né Norman John Warren le 25 Juin 1942 à Londres en Angleterre, est un réalisateur, producteur et scénariste anglais. 1967: Her Private Hell, 1968: Loving Feeling, 1976: l'Esclave de Satan, 1978: Le Zombie venu d'ailleurs, 1979: Outer Touch, la Terreur des Morts-vivants, 1981: Inseminoïd, 1984: Warbirds Air Display, 1985: Person to person, 1986: Gunpowder, 1987: Les Mutants de la St-Sylvestre, 1992: Meath School, 1993: Buzz.


Le pitch : Ă  la suite de la mort de ses parents dans un accident de voiture, Catherine est recueillie par son oncle Alexandre et par Stephen, le fils de celui-ci. En proie Ă  d’horribles cauchemars durant ses nuits esseulĂ©es, elle se laisse amadouer par Stephen, jusqu’Ă  ce que la majordome Frances manifeste Ă  son Ă©gard une jalousie violente.

Premier essai horrifique du talentueux artisan britannique Norman J. Warren (Inseminoid, Le Zombie venu d’ailleurs), L’Esclave de Satan transpire l’amour du genre, aussi Ă©tique soit son intrigue, probablement influencĂ©e par la vague sataniste des seventies (Course contre l’Enfer, La Pluie du Diable). Dans un format de sĂ©rie B symptomatique des budgets famĂ©liques qu’il s’octroya tout au long de sa carrière, Warren accomplit pourtant le prodige de nous envoĂ»ter - de nous captiver - par la puissance de ses images gothiques, d’une beautĂ© sĂ©pulcrale et ensorcelante.

Certes, la psychologie prĂ©mâchĂ©e des personnages laisse Ă  dĂ©sirer - notamment la posture incohĂ©rente de Frances, soudain dĂ©vouĂ©e Ă  sauver l’hĂ©roĂŻne pour un mobile obscur, alors qu’elle ne nourrissait jusqu’alors qu’une jalousie fĂ©roce envers elle. Et si l’intrigue, somme toute classique, cède parfois Ă  la trivialitĂ©, L’Esclave de Satan impose nĂ©anmoins un rĂ©alisme cauchemardesque, nourri par la fulgurance visuelle du film et la fragilitĂ© de Catherine, proie offerte Ă  la magie noire et aux forces du Mal.


Ses hallucinations nocturnes - parfois mĂŞme diurnes - se mĂŞlent aux exactions insidieuses d’un oncle dĂ©vorĂ© par le vice, prĂŞt Ă  franchir l’irrĂ©parable lors d’un final dĂ©rangeant (twist sardonique Ă  la clĂ©, rĂ©futant tout happy end). Warren illustre avec une attention scrupuleuse les messes noires et leurs sacrifices humains, enveloppĂ©s d’un raffinement gothique rutilant, tandis que la forĂŞt automnale ceinturant la bâtisse distille une Ă©trangetĂ© capiteuse.

Au-delĂ  du plaisir Ă©prouvĂ© devant ce climat dĂ©rĂ©glĂ© et charnel, L’Esclave de Satan cède - comme souvent chez Warren - Ă  une complaisance dĂ©licieusement malsaine : scènes gores crues, zooms brutaux sur les chairs lacĂ©rĂ©es, Ă©treintes moites flirtant parfois avec le viol rituel. On s’attache pourtant Ă  la sobriĂ©tĂ© de son casting mĂ©connu - en dĂ©pit du vĂ©nĂ©rable Michael Gough en gourou dĂ©monial -, aussi perfectibles soient leurs expressions autoritaires ou leurs Ă©lans contrariĂ©s. Le manque d’intensitĂ© dramatique se ressent, notamment lors de la première partie centrĂ©e sur le deuil de Catherine, mais qu’importe : le jeu diaphane et dĂ©rangeant de Martin Potter (le fils d’Alexandre) happe le regard. Sa prĂ©sence, pâle et Ă©quivoque, distille un venin trouble dans ses rapports lubriques avec les femmes, se concluant souvent dans un bain de sang.


Film d’ambiance aux p’tits oignons, disparu de nos Ă©crans depuis des siècles de lĂ©thargie, L’Esclave de Satan demeure un objet magnĂ©tique - voire ensorcelant -, attachant et Ă©trangement captivant. Mineur, parfois maladroit, souvent prĂ©visible, il n’en reste pas moins gonflĂ© de charme et d’insolence, fort de son art d’instaurer sans mesure une atmosphère cauchemardesque au cĹ“ur mĂŞme du thème sataniste.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

2èx

mercredi 9 octobre 2019

House of sand and fog

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Vadim Perelman. 2003. U.S.A. 2h06. Avec Jennifer Connelly, Ben Kingsley, Ron Eldard, Frances Fisher, Kim Dickens, Shohreh Aghdashloo.

Sortie salles France: 13 Mai 2004 (uniquement au marché du Film du Festival de Cannes). U.S: 26 Décembre 2003.

FILMOGRAPHIE: Vadim Perelman est un réalisateur et producteur russo-américain né le 8 septembre 1963 à Kiev (Ukraine). 2003 : House of Sand and Fog. 2008 : La Vie devant ses yeux. 2016 : Yolki 5.


Drame psychologique mâtinĂ© de mĂ©lo sous le pilier d'une partition envoĂ»tante, House of sand and fog fut ignorĂ© de nos salles chez nous en dĂ©pit de sa projection au marchĂ© du film du Festival de Cannes. Et donc j'imagine que les distributeurs ont probablement Ă©tĂ© effrayĂ©s par le nihilisme de son final effroyablement dĂ©pressif pour oser le faire connaĂ®tre auprès du grand public. Car dĂ©libĂ©rĂ© Ă  châtier tous ces protagonistes au grand dam d'un enjeu matĂ©rialiste (expulsĂ©e de chez elle Ă  la suite d'une erreur des impĂ´ts, Kathy tente de rĂ©cupĂ©rer la demeure de son père face au refus drastique de son nouveau propriĂ©taire d'origine iranienne), le rĂ©alisateur privilĂ©gie une intensitĂ© dramatique en crescendo afin d'Ă©branler le spectateur finalement dĂ©concertĂ© par tant d'aigreur et de pessimisme. Mais au-delĂ  des effets de surprise de son final mĂ©lodramatique franchement discutable, car Ă  mon sens plombĂ© par sa sinistrose infructueuse, (pour ne pas dire illogique), House of sand and fog bĂ©nĂ©ficie d'une intrigue solide entièrement bâtie sur la confrontation psychologique entre une jeune solitaire en perdition et un père de famille pratiquant, dĂ©terminĂ© Ă  subvenir aux besoins de sa famille en tablant sur la plus-value de sa nouvelle bâtisse.


Au centre de ce duo houleux oĂą chacun tente de dĂ©fendre son bout de territoire avec acharnement et dĂ©sespoir, un shĂ©rif Ă©pris d'affection pour Kathy jouera les redresseurs de tort avec une maladresse prĂ©judiciable. Constamment captivant de par son intrigue charpentĂ©e et surtout portĂ© Ă  bout de bras par les compositions talentueuses de Jennifer Connely en ange dĂ©chu Ă©puisĂ©e par la solitude et la dĂ©veine, de Ben Kingsley en Ă©poux aussi prĂ©venant qu'abusif avide de combler sa famille, et de Ron Eldard en shĂ©rif vindicatif d'autant plus contrariĂ© par sa double liaison conjugale, House of sand and fog plante son intrigue et ses personnages autour d'une mise en scène posĂ©e prĂ©conisant les huis-clos intimistes (ceux des 2 couples susnommĂ©s). Sa densitĂ© narrative Ă©manant Ă©galement de l'Ă©volution de ces personnages anti-manichĂ©ens se dĂ©menant comme ils peuvent Ă  dĂ©fendre leur position avec autant d'autoritĂ© que de fragilitĂ©. Ainsi, compromis par leurs sentiments d'orgueil matĂ©rialiste et pĂ©cuniaires (aussi comprĂ©hensifs soient leur combat pour la justice puis celui de la rĂ©ussite sociale et familiale), ces derniers vont peu Ă  peu cĂ©der Ă  leur valeur d'empathie en se prĂŞtant mutuellement main forte depuis l'incidence de circonstances fortuites.


Sur ce point, lĂ  aussi House of sand and fog fait mouche si bien qu'il est impossible d'anticiper les Ă©vènements orageux, d'autant plus que le rĂ©alisateur Ă©lude l'outrance sentimentale (ou alors si peu) afin d'Ă©mouvoir le spectateur impliquĂ© dans cet improbable enjeu matĂ©rialiste. Les comĂ©diens, sobrement poignants, ne dĂ©bordant jamais dans leur condition morale malmenĂ©e, tant et si bien que l'on s'attache Ă  leurs blessures intimes sans oser prendre parti pour qui que ce soit dans leur conflit d'ego ou d'intĂ©rĂŞt Ă  la fois financier et familial (notamment auprès de l'hĂ©ritage de Kathy afin d'honorer son père). D'oĂą l'intensitĂ© sobrement ressentie auprès de ce drame psychologique nouant brillamment les profils sentencieux de ces protagonistes effleurant pour autant l'issue de rĂ©solution lors d'un moment propice de remise en question. Et ce avant que Vadim Perelman ne vienne tout foutre en l'air pour brutaliser/phagocyter ses protagonistes lors d'un final tragique dĂ©nuĂ© de rĂ©demption et de logique selon mon jugement de valeur. Aussi limpide et bĂ©nĂ©fique soit son manifeste contre le matĂ©rialisme et la prospĂ©ritĂ© financière ! Et c'est fichtrement dommage car House of sand and fog avait au prĂ©alable assez d'arguments fiables et solides pour satisfaire le spectateur auprès d'un happy-end autrement noble, censĂ© et lĂ©gitime.

*Bruno

mardi 8 octobre 2019

Au coeur de la nuit

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Dead of Night" de Alberto Cavalcanti, Charles Crichton, Basil Dearden et Robert Hamer. 1945. Angleterre. 1h44. Avec Mervyn Johns, Roland Culver, Mary Merrall, Anthony Baird, Robert Wyndham, Judy Kelly, Sally Ann Howes, Michael Allan, Googie Withers, Ralph Michael, Basil Radford, Naunton Wayne, Frederick Valk, Allan Jeayes, Michael Redgrave.

Sortie salles France: 8 Mai 1946

FILMOGRAPHIEAlberto de Almeida Cavalcanti (Rio de Janeiro, 6 fĂ©vrier 1897 - Paris, 23 aoĂ»t 19821), est un scĂ©nariste, rĂ©alisateur et producteur d'origine brĂ©silienne. 1926 : Le Train sans yeux. 1926 : Rien que les heures. 1927 : En rade. 1927 : Yvette. 1930 : Dans une Ă®le perdue. 1930 : Les Vacances du diable. 1931 : Ă€ mi-chemin du ciel. 1932 : Le Truc du BrĂ©silien. 1932 : En lisant le journal. 1933 : Le Mari garçon. 1933 : Coralie et compagnie. 1944 : Champagne Charlie. 1945 : Au cĹ“ur de la nuit. 1958 : Les Noces vĂ©nitiennes. 1971 : La Visite de la vieille dame, tĂ©lĂ©film.


Si Au coeur de la nuit fait office de jalon des annĂ©es 40 au sein du moule omnibus et qu'il influença une ribambelle de cinĂ©astes (la cĂ©lèbre firme Amicus lors des annĂ©es 60 et tous ces fleurons british incarnĂ©s avec classe, la sĂ©rie TV La 4è Dimension créée par Rod Serling, la sĂ©rie B mĂ©connue La PoupĂ©e Diabolique de Lindsay Shonteff, la saga des Chucky, etc...), il s'avère nĂ©anmoins dĂ©suet Ă  travers ses segments Ă  la fois trop courts, timorĂ©s et finalement peu surprenants. Si bien que depuis de l'eau a coulĂ© sous les ponts car d'autres modèles autrement plus crĂ©atifs et audacieux se sont rĂ©appropriĂ©s du concept avec beaucoup plus d'imagination, d'efficacitĂ©, de folie et de violence (on peut d'ailleurs citer Histoires d'outre-tombe, Frissons d'outre-tombe, Creepshow ou encore Trick or Treat en guise de parangons du genre). Pour autant, Au coeur de la Nuit vaut encore le dĂ©tour Ă  travers sa troisième histoire gentiment ludique, un brin fascinante (un miroir dĂ©formant la rĂ©alitĂ© auprès de son nouvel acquĂ©reur poussera ce dernier Ă  la folie criminelle), et surtout avec son ultime sketch proprement fascinant, j'ai nommĂ© le Mannequin du Ventriloque (que Richard Attenborough poursuivra en format long quelques dĂ©cennies plus tard avec son chef-d'oeuvre Magic endossĂ© par le jeune et dĂ©jĂ  talentueux Anthony Hopkins).


Car prenant pour thèmes le dĂ©doublement de personnalitĂ©, la possessivitĂ© et la dĂ©mence autour d'un enjeu professionnel suggĂ©rant la compĂ©tition d'un confrère, le Mannequin du ventriloque dĂ©gage un climat de folie irrĂ©el compromis par les sentiments fĂ©tides de domination perverse lorsqu'une poupĂ©e Ă  l'Ă©loquence sarcastique semble douĂ©e de vie sous l'impulsion de son maĂ®tre Ă  penser tirant ses ficelles vocales. Transi d'Ă©moi, de contrariĂ©tĂ© et d'angoisse palpable Ă  travers son visage humectĂ© par l'alcool et ses yeux aussi exorbitĂ©s que vaporeux, Michael Redgrave crève l'Ă©cran, provoque l'empathie, distille gĂŞne et malaise auprès de sa condition torturĂ©e de se livrer Ă  l'infernale soumission de sa crĂ©ation de porcelaine. A moins que toute cette mise en scène impayable dĂ©coule de son esprit schizophrène de s'ĂŞtre adonnĂ© corps et âme Ă  son don de ventriloque afin de contenter un large public intransigeant. Puissant, vertigineux, terrifiant et d'autant plus cruel quant Ă  sa conclusion davantage sardonique, ce sketch glaçant n'a aujourd'hui rien perdu de son pouvoir de fascination sous l'impulsion d'une intensitĂ© dramatique escarpĂ©e eu Ă©gard de la tournure navrante des consĂ©quences battis sur la jalousie, l'emprise de la folie et la peur de l'anonymat. Ainsi donc, rien que pour l'impact Ă©motionnel qu'il suscite encore aujourd'hui sur notre conscience, Au coeur de la Nuit est Ă  ne pas rater auprès de ce bouquet final littĂ©ralement anthologique, qui plus est renforcĂ© d'une photo monochrome renforçant ainsi le vĂ©risme de cette tragique confrontation entre un artiste et son double.

*Bruno
2èx 

lundi 7 octobre 2019

Le Jour de Gloire

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jacques Besnard. 1976. France. 1h34. Avec Jean Lefebvre, Pierre Tornade, Darry Cowl, Robert Rollis, Pierre Doris, Corinne Lahaye, Jacques Marin, Chantal Nobel, Hans Verner.

Sortie salles France: 8 Décembre 1976

FILMOGRAPHIE: Jacques Besnard est un réalisateur, scénariste et producteur français né le 15 juillet 1929 au Petit-Quevilly (Seine-Maritime) et mort le 9 novembre 2013 à Boutigny-Prouais (Eure-et-Loir). 1966 : Le Grand Restaurant. 1967 : Estouffade à la Caraïbe. 1967 : Le Fou du labo 4. 1972 : La Belle Affaire ou Les marginaux. 1974 : C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule. 1975 : La situation est grave... mais pas désespérée. 1976 : Le Jour de gloire. 1976 : Et si tu n'en veux pas ou Joëlle et Pauline. 1978 : Général... nous voilà ! 1982 : Te marre pas ... c'est pour rire ! 1984 : Allo Béatrice (TV). 1985 : Hôtel de police (TV). 1988 : La Belle Anglaise (TV). 1990 : Le Retour d'Arsène Lupin (1 épisode). 1992 : Feu Adrien Muset (TV). 1994 : Avanti, téléfilm.


En dĂ©pit de ses trop rares occasions d'Ă©clats de rire Ă©gayant une trame linĂ©aire faiblarde (durant l'occupation, des villageois de la commune de Saint-Laurent sont contraints d'accueillir les Allemands Ă  la suite de l'explosion terroriste de leur pont, quand bien mĂŞme le facteur GrĂ©goire tentera de solliciter l'aide des amĂ©ricains), Le Jour de Gloire bĂ©nĂ©ficie pour autant d'un rythme soutenu et d'un attachant casting (Jean Lefebvre, Pierre Tornade, Darry Cowl, Robert Rollis, Pierre Doris) pour trouver l'ensemble gentiment bonnard. A rĂ©server toutefois Ă  la gĂ©nĂ©ration 80 tant cette comĂ©die franchouillarde surfant sur le filon de la Grande Vadrouille accuse le poids des annĂ©es, alors qu'Ă  l'Ă©poque elle cumula tout de mĂŞme 1 991 801 entrĂ©es (12è au Box-Office).

*Bruno
2èx

vendredi 4 octobre 2019

Midsommar

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Ari Aster. 2019. U.S.A/Suède. 2h27. Avec Florence Pugh, Jack Reynor, William Jackson Harper, Will Poulter, Julia Ragnarsson, Anna Ă…ström.

Sortie salles France: 31 Juillet 2019 (Int - 12 ans avec avertissement)

FILMOGRAPHIE: Ari Aster est un réalisateur, acteur et scénariste américain. Hérédité est sa première réalisation. 2018: Hérédité. 2019: Midsommar.


Sortir de la projo d'un film aussi singulier que Midsommar et tenter de relater sur papier ses chaudes impressions relève d'une gageure tant le second long du surdouĂ© Ari Aster m'a laissĂ© en Ă©tat de choc, de stupeur, de perplexitĂ©, de doute, de fascination, d'irritation, de dĂ©sorientation, de malaise indicible, d'angoisse viscĂ©rale proche d'une drogue LSD. Un peu, beaucoup sonnĂ©, secouĂ©, dĂ©sarmĂ©, amer, transi de fatigue morale, de par son aura anxiogène davantage dĂ©pressive, Midsommar demeure une expĂ©rience hallucinogène autour des rites d'une communautĂ© paĂŻenne en harmonie/alchimie avec la nature et le sacrifice humain. Car Ă  partir d'un pitch prĂ©visible au schĂ©ma somme toute classique (durant leur villĂ©giature une bande de jeunes touristes joue les anthropologues au sein d'une communautĂ© hippie avant d'y ĂŞtre sĂ©questrĂ©s, quand bien mĂŞme la jeune fille qui les accompagne se remet difficilement de la mort de ses parents), Ari Aster plante lentement son dĂ©corum pour nous offrir une vraie proposition horrifique comme on en dĂ©niche rarement au sein du paysage cinĂ©matographique trop souvent formatĂ©. Si bien qu'Ă  travers son parti-pris fraĂ®chement documentĂ©, ce dernier s'efforce de capter, saisir, manipuler nos sens et nos Ă©motions sous l'impulsion d'une plĂ©thore d'images fĂ©eriques en contradiction avec les vĂ©ritables agissements de cette communautĂ© hĂ©rĂ©tique. Tant et si bien que son atmosphère malsaine, sous-jacente dans un premier temps, nous effleure subtilement les pores du visage afin de mieux nous Ă©branler ensuite vers sa progressive descente aux enfers dĂ©nuĂ©e de concession (et donc de happy-end).


Autant donc avertir les amateurs non initiĂ©s, Midsommar divisera et dĂ©concertera sans doute une partie du public peu habitĂ© Ă  ce genre d'expĂ©rience Ă  la fois trouble, Ă©trange, radicale, voire difficile d'accès selon les sensibilitĂ©s. Et mĂŞme si les fantasticophiles connaissent sur le bout des ongles le chef-d'oeuvre British de Robin Hardy, The Wicker Man auquel le film s'inspire sans JAMAIS le remaker, Midsommar parvient admirablement Ă  imposer sa propre personnalitĂ© auprès de son brio expĂ©rimental Ă  couper au rasoir ! Ainsi donc, en opposant les visions chocs de certaines scènes sanglantes ou autrement violentes parmi la prĂ©sence limpide d'une communautĂ© familiale accueillant ses hĂ´tes avec un flegme paisible, Midsommar imprime un tel rĂ©alisme Ă  l'Ă©cran naturaliste qu'il incommode le spectateur partagĂ© entre l'interrogation, l'inexpliquĂ©, le non-sens, la perplexitĂ©. Sa structure narrative cheminant autour des faits et gestes indĂ©cis de la vulnĂ©rable Dani en plein deuil parental et interrogation sentimentale, et donc facilement influençable (mais aussi terriblement expressive dans son malaise interne) pour se laisser voguer par cette communautĂ© sĂ©culaire sous l'impulsion de drogues psychĂ©dĂ©liques. Ari Aster jouant notamment Ă  merveille avec la distorsion d'images qu'il manipule Ă  sa guise tel un alchimiste de l'apocalypse afin de confronter le spectateur Ă  une angoisse aussi bien cĂ©rĂ©brale que viscĂ©rale, Ă  l'instar d'un bad trip que l'on ne parvient pas Ă  extraire en soi. Son climat florissant faussement tranquille ne cessant de nous titiller la curiositĂ© avec une amertume davantage craintive. Si bien que plus l'intrigue fĂ©tide progresse, plus le danger s'y fait explicite Ă  coup d'Ă©changes de regards, de cris et de silence communĂ©ment complices, et ce avant de nous commotionner avec une ultime reprĂ©sentation emphatique nous distillant des Ă©motions bipolaires.


CintrĂ©, incongru, primitif et dĂ©rangĂ© alors que son climat solaire de douce sĂ©rĂ©nitĂ© festoie autour de sourires frĂ©tillants, entre chants communautaires et danses paĂŻennes, Midsommar n'a comme ultime ambition que d'y distiller un malaise tangible auprès de l'apprĂ©hension du spectateur immergĂ© dans un cauchemar onirique d'une rigueur naturaliste eu Ă©gard de l'emprise sectaire jouant la fraternitĂ© avec un terrifiant aplomb commun. Que l'on adhère ou que l'on rejette cette proposition horrifique venue d'ailleurs, Midsommar laisse dans une partie de notre encĂ©phale une moisson d'images chocs sublimement mises en scène, notamment de par son souci du dĂ©tail rituel opĂ©rĂ© en toute tranquillitĂ© au sein d'un Eden dĂ©monial. A revoir d'urgence pour en saisir toute sa substance faisandĂ©e si bien que j'en Ă©tais ce soir Ă  mon 2è Bad Trip autrement plus incommode, empoisonnant, asphyxiant. 

Pour public averti si bien qu'il faut y être peut-être préparé afin d'apprécier à sa juste valeur l'expérience horrifiante évacuée de fioriture.

*Bruno.
2èx. Vostfr. 4K

jeudi 3 octobre 2019

La rose pourpre du Caire. César du Meilleur Film Etranger, 1986.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

"The Purple Rose of Cairo" de Woody Allen. 1985. U.S.A. 1h22. Avec Mia Farrow, Jeff Daniels,
Danny Aiello, Dianne Wiest, Van Johnson, Zoe Caldwell, John Wood.

Sortie salles France: 29 Mai 1985. U.S: 1er Mars 1985.

FILMO: Woody Allen est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, scĂ©nariste, acteur et humoriste amĂ©ricain, nĂ© le 1er dĂ©cembre 1935 Ă  New York. 


“Lorsque vous lui ouvrez la porte, la magie est partout.”
Qui n'a jamais rĂŞvĂ© un jour rencontrer en chair et en os sa star prĂ©fĂ©rĂ©e du cinĂ©ma ? Mieux encore, et soyons donc plus fous ! Qui n'a jamais fantasmĂ© pĂ©nĂ©trer Ă  l'intĂ©rieur de son film attitrĂ© ? Chef-d'oeuvre de fĂ©erie, d'humour et de romance jusqu'Ă  plus soif, la Rose pourpre du Caire exauce nos souhaits les plus saugrenus Ă  travers la chimère de la pellicule que Woody Allen met en exergue avec un sens onirique inusitĂ© ! Tant et si bien que certaines sĂ©quences hallucinĂ©es (les protagonistes du mĂ©trage en noir et blanc s'adressant au public et vice-versa, l'acteur principal s'extirpant de son film pour s'en aller rejoindre sa plus grande fan confinĂ©e dans la salle, quand bien mĂŞme un peu plus tard cette dernière pĂ©nĂ©trera Ă  son tour en interne de la fiction) font peut-ĂŞtre partis des plus belles anthologies vĂ©cues sur une toile. TruffĂ© d'invention, de drĂ´lerie, de lyrisme, mais aussi entrecoupĂ© de cruautĂ© (si je me rĂ©fère surtout Ă  sa radicale conclusion - pourtant censĂ©e - risquant d'en dĂ©cevoir ou dĂ©primer plus d'un !), la Rose pourpre du Caire donne le vertige, nous euphorise les sens sous l'impulsion de situations, quiproquos et revirements constamment imprĂ©visibles. Si bien que sous couvert d'une romcom traitĂ©e durant l'obscure pĂ©riode de la crise de 29, Woody Allen nous prĂ´ne une dĂ©claration d'amour au cinĂ©ma Ă  travers le regard ingĂ©nu d'une spectatrice avide de romance, de rĂŞve et d'Ă©vasion, faute de sa condition d'exclusion. Car souffre-douleur tributaire de sa terne existence eu Ă©gard des maltraitances et de l'indiffĂ©rence de son Ă©poux abusif,  Cecilia, serveuse de bar empotĂ©e noyĂ©e dans ses pensĂ©es, s'immerge après le taf dans la chimère de son film favori afin d'oublier sa lamentable solitude.


Irradiant l'Ă©cran de sa chĂ©tive prĂ©sence filiforme, Mia Farrow nous ensorcelle d'Ă©motions Ă  travers l'intensitĂ© de son regard d'enfant si bien que son âme semble s'extraire de son enveloppe (factice) d'actrice. Un personnage malingre trop vulnĂ©rable car plein de fragilitĂ©, de timiditĂ©, de doute et d'angoisse de par sa frĂŞle tentative de survivre, d'oser se faire une place dans une sociĂ©tĂ© draconienne livrĂ©e au chĂ´mage, au sexisme, Ă  l'Ă©goĂŻsme, l'austĂ©ritĂ© et le machisme. Mais au-delĂ  de sa puissante rĂ©flexion sur notre rapport (si) intime avec la fiction ainsi que le pouvoir et la magie du cinĂ©ma Ă©gratignant au terme la naĂŻvetĂ© des spectateurs les plus influençables, La Rose Pourpre du Caire inonde l'Ă©cran de gags cocasses oĂą le merveilleux, la poĂ©sie, l'enchantement et la tendresse s'y chevauchent afin de nous imprimer l'une des plus incroyables romance vues sur l'Ă©cran. Si bien qu'en guise de persuasion et de cerise sur le gâteau, je ne peux oublier de saluer l'interprĂ©tation (binaire) de Jeff Daniels en acteur explorateur habitĂ© par la fougue amoureuse auprès de sa plus fidèle fan. LĂ  aussi, Ă  travers son regard exaltant plein d'innocence, de fantaisie, de gentille maladresse et de tendresse, Woody Allen nous scande un magnifique portrait d'aventurier franc-tireur de par sa soif de goĂ»ter Ă  la vĂ©ritable existence en s'extirpant du mĂ©trage de carton pâte ! Et ce avant de nous ramener Ă  la brutalitĂ© de la rĂ©alitĂ© auprès du vĂ©ritable acteur l'ayant ainsi conçu. J'ai nommĂ© Gil Shepherd, dandy rupin finalement insidieux quant Ă  sa crainte grandissante de voir sa carrière sombrer dans la nĂ©gligence et la faillite.


“Tous les changements, mĂŞme les plus souhaitĂ©s, ont leur mĂ©lancolie.”
Courez donc (re)voir La Rose pourpre du Caire et pleurez à jamais dans les bras de la mélancolique et douce rêveuse Cecilia. L'un des personnages les plus élégiaques, attendrissants et bouleversants vus sur un écran de cinéma au point d'y révéler Mia Farrow emblème de l'amour...

P.S: Pour l'anecdote subsidiaire, il s'agit du film préféré de Woody Allen.

*Bruno
2èx

Box Office France: 1 842 700 Entrées

Récompenses:
1985 : BAFTA du meilleur film et du meilleur scénario.
1985 : NYFCC Award du meilleur scénario.
1985 : Prix Léon Moussinac.
1986 : César du meilleur film étranger.
1986 : Bodil du meilleur film non européen.
1986 : BSFC Award du meilleur scénario.
1986 : Prix FIPRESCI du Festival de Cannes
1987 : Prix Mainichi du meilleur film en langue étrangère.