jeudi 6 août 2020
24 Heures avant la nuit / La 25è Heure
"25th hour" de Spike Lee. 2002. U.S.A. 2h15. Avec Edward Norton, Barry Pepper, Philip Seymour Hoffman, Rosario Dawson, Anna Paquin, Brian Cox.
Sortie salles France: 12 Mars 2003
FILMOGRAPHIE: Spike Lee (Shelton Jackson Lee) est un scénariste, réalisateur, acteur et producteur américain né le 20 mars 1957 à Atlanta (Géorgie, États-Unis).1983 : Joe's Bed-Stuy Barbershop: We Cut Heads. 1986 : Nola Darling n'en fait qu'à sa tête. 1988 : School Daze. 1989 : Do the Right Thing. 1990 : Mo' Better Blues. 1991 : Jungle Fever. 1992 : Malcolm X. 1994 : Crooklyn. 1995 : Clockers. 1996 : Girl 6. 1996 : Get on the Bus. 1998 : He Got Game. 1999 : Summer of Sam. 2000 : The Very Black Show. 2002 : La 25e Heure. 2004 : She Hate Me. 2006 : Inside Man. 2008 : Miracle à Santa Anna. 2012 : Red Hook Summer. 2013 : Old Boy. 2014 : Da Sweet Blood of Jesus. 2015 : Chi-Raq. 2018 : BlacKkKlansman. 2020 : Da 5 Bloods.
Marche funèbre désabusée, chemin de croix cérébral auprès d'un dealer en quête désespérée de rédemption après avoir été alpagué par la police avec une grosse quantité de drogue, 24 Heures avant la nuit y sublime son ultime jour de liberté en compagnie de ses fidèles proches. Car condamné à 7 années de réclusion, Monty Brogan profitera de cette ultime bouffée d'air en compagnie de sa compagne auquel il éprouve une suspicion de trahison, de 2 de ses meilleurs amis et de son père hanté de culpabilité. La trajectoire narrative étant assujettie aux prises de conscience des personnages communément soucieux pour l'avenir de Monty transi d'appréhension quant à sa future épreuve carcérale. Superbement incarné par Edward Norton en dealer au grand coeur assailli de désagrément, de doute et de culpabilité, 24 heures avant la nuit se décline donc en film d'acteurs tant Spike Lee prend son temps à radiographier ses personnages tourmentés avec une intensité dramatique aussi dépouillée que bouleversante.
Pour ce faire, au-delà de son casting au p'tits oignons parmi lesquels on y retrouve le regretté Philip Seymour Hoffman en professeur timoré en manque affectif, de la portoricaine de braise Rosario Dawson en amante aussi discrète qu'indécise, on peut privilégier la prestance pleine de charisme de Barry Pepper en comparse couard résolument embarrassé et offensé pour le sort de son meilleur ami en déroute morale. Superbement mis en scène en y auscultant au plus près de leur sensibilité les fêlures psychologiques de ces personnages en proie à la désillusion, 24 Heures avant la nuit fait office de grand moment de cinéma épuré de par son brio d'y transcender une étude caractérielle à travers les valeurs familiales, fraternelles et sentimentales. Ainsi, en abordant ces thématiques universelles inscrites dans la pudeur et la rancoeur, Spike Lee fait vibrer notre corde sensible à l'aide d'un vérisme aussi pur que cinégénique eu égard de l'attention portée à sa mise en scène alambiquée et au talent naturel de ces comédiens ne débordant jamais. Sorte de mélodrame pudique car tout en retenue combiné au polar noir intimiste, 24 heures avant la nuit aborde avec beaucoup de tact ces valeurs humaines à travers la dichotomie du Bien et du Mal. Dans la mesure où l'on ne cesse d'éprouver une éprouvante empathie mêlée de sentiment d'injustice pour le profil de Monty payant aujourd'hui son lourd tribus pour la facilité de l'illégalité.
Plus l'amitié est grande plus la douleur est forte
Douloureux drame humain donc à la fois chétif et crépusculaire quant aux états d'âme contrariés affectés de culpabilité, 24 heures avant la nuit oppose notamment en filigrane les sentiments de suspicion et de paranoïa post 11 Septembre (le film ayant été tourné 1 an après les attentats de 2001) à travers la posture anxiogène de Monty observant sobrement ses proches (et les étrangers !) avec une inquiétude hésitante. Peut-être le plus beau film de Spike Lee.
*Bruno
2èx
Récompenses:
Central Ohio Film Critics Association Awards 2003 : meilleure musique pour Terence Blanchard
Las Vegas Film Critics Society Awards 2003 : meilleure musique pour Terence Blanchard
Prix Sant Jordi du cinéma 2004 : meilleur acteur étranger pour Edward Norton
mercredi 5 août 2020
Lust for a Vampire
de Jimmy Sangster. 1971. Angleterre. 1h35. Avec Yutte Stensgaard, Michael Johnson, Ralph Bates, Barbara Jefford, Suzanna Leigh.
Sortie salles France: 22 Février 1973
FILMOGRAPHIE: Jimmy Sangster est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma britannique né le 2 décembre 1927 dans le North Wales (Pays de Galles), décédé le 19 août 2011 à Londres. 1970 : Les Horreurs de Frankenstein. 1971: Lust for a Vampire. 1972 : Sueur froide dans la nuit.
Précédé d'une sinistre réputation, Lust for a Vampire fait clairement parti du bas du panier de l'écurie Hammer. Réalisé par Jimmy Sangster à qui l'on doit les sympatoches Les Horreurs de Frankenstein et Sueurs Froides dans la nuit, celui-ci semble bien peu inspiré à exploiter les fourberies de la Comtesse Mircalla Karnstein déjà illustrée dans le superbe Vampire Lovers puis un peu plus tard dans l'effronté les Sévices de Dracula. Son échec émanant d'un script d'une navrante platitude (un professeur tombe amoureux d'une de ses élèves - personnifiée par la comtesse - avant de la suspecter d'y être un vampire) et d'une réalisation falote faisant pâle figure pour une prod Hammer. Incapable d'insuffler un quelconque suspense autour du sort de ses élèves (parfois dénudés) en proie au danger du vampirisme quand bien même la timide romance amorcée entre Richard et Mircalla ne nous accorde aucune dimension dramatique; Lust for a Vampire ne compte que sur la beauté de certaines images (marque de fabrique de la Hammer, à l'instar de ce corps féminin dévalant un puits au ralenti) et sur celle lascive de certaines actrices (avec un soupçon d'érotisme folichon quant aux corps dénudés) pour éveiller notre timide attention. A oublier donc, à moins de le découvrir d'un oeil curieux chez les aficionados tant la Hammer nous ne avait pas habitué à tant de médiocrité.
*Bruno
Ci-joint une excellente critique tranchée: https://tortillapolis.com/critique-film-lust-for-a-vampire-jimmy-sangster-1971/
mardi 4 août 2020
Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin
Sortie salles France: 3 Septembre 1986. U.S: 2 Juillet 1986
FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward
D'une verve aussi insolente que provocatrice, Kurt Russel met notamment en valeur son physique saillant dans son rôle cocasse à contre emploi de l'anti-héros infaillible que l'on a tant connu autrefois. Jean, débardeur, bottes de cuir et casquette noire imprimée du logo Harley Davidson, l'acteur adopte une posture à la fois fringante et décontractée pour affronter puis provoquer ses rivaux surhumains lors d'une humeur décomplexée ! Quand bien même les seconds-rôles aussi pétulants se fondent dans le corps d'aventuriers néophytes avec une pêche et une énergie galvanisantes ! Profondément amoureux de son projet, John Carpenter réalise une fois de plus avec son égale virtuosité, c'est à dire entre sens de l'efficacité optimale (c'est peu de le dire à travers son action dégénérée !) et ultra dynamisme du montage une aventure folingue soumise aux légendes orientales et aux mystères de la magie noire. L'enchaînement des situations toutes plus déjantées et belliqueuses nous entraînant dans un maelstrom de rebondissements à travers sa moissons de gags, arts-martiaux improbables, chausse trappes, invités surprises, monstres poilus et bévues hilarantes. Tant et si bien que le spectacle flamboyant inscrit dans la magie ancestrale (notamment auprès de l'exploitations des somptueux décors exotiques !) conjugue avec une rare alchimie les composants de l'aventure, du fantastique, de l'humour, de l'action et de la romance d'après l'influence d'une époque pionnière où les films de Bruce Lee explosaient les écrans français et ricains. Quand bien même dans l'injustice la plus préjudiciable les chefs-d'oeuvre de Tsui Hark auquel Carpenter rend ici vibrant hommage n'eurent même pas la possibilité de s'y faire une maigre place dans nos salles obscures !
Un spectacle luminescent d'une fantaisie et d'une action débridées à tombeau ouvert !
Absolument rien n'est laissé au hasard dans les Aventures de Jack Burton, tant auprès de la fulgurance de ces décors orientaux et de ces FX artisanaux, de la musique tonitruante de Carpenter en parfait accord avec l'imagerie épique que de la fougue de nos attachants héros que Kurt Russel tente de manoeuvrer avec une virilité badin. Nonobstant un sévère échec public à sa sortie (que Carpenter a bien eu du mal à encaisser), amplement réparé depuis son statut culte, Les Aventures de Jack Burton constitue un authentique chef-d'oeuvre doublé d'un modèle de série B d'une pêche et d'un charme si sémillants que les nombreux visionnages ne parviennent pas à altérer son pouvoir enchanteur. Et si la perfection existait, Jack Burton en serait probablement un noble prototype !
* Bruno
18.11.10. 364 v
04.08.20. 5èx
Note (wikipedia): Le film a été un échec commercial, rapportant $11,1 millions en Amérique du Nord, bien en dessous des estimations avec $25 millions de budget. Les commentaires mitigés des critiques ont laissé Carpenter déçu par Hollywood et ont conforté sa décision de devenir un cinéaste indépendant. Le film est toutefois devenu culte en grande partie grâce à son succès en VHS et DVD.
- La chanson finale est écrite et interprétée par The Coupe De Ville... groupe composé de John Carpenter, Nick Castle et Tommy Lee Wallace.
lundi 3 août 2020
Les Enfants d'Abraham / "El segundo nombre". Grand Prix du film fantastique européen, Catalogne, 2002.
de Paco Plaza. 2002. Espagne. 1h39. Avec Erica Prior, Trae Houlihan, Denis Rafter, Craig Stevenson, John O'Toole, Frank O'Sullivan.
Sortie salles France: 13 Août 2003. Espagne: 15 Novembre 2002
RĂ©vĂ©lĂ© plus tard par la trilogie [REC], Paco Plaza amorça sa carrière en 2002 avec Les Enfants d’Abraham. Première Ĺ“uvre perfectible, tant dans sa mise en scène que dans sa direction d'acteurs, elle n’en demeure pas moins un excellent thriller intimiste que la prĂ©sence d’Erica Prior porte avec une intensitĂ© humaniste, forgĂ©e dans une idĂ©ologie maternelle viscĂ©rale. DĂ©terminĂ©e Ă lever le voile sur le suicide mystĂ©rieux de son père, liĂ© Ă une secte catholique, l’hĂ©roĂŻne se confronte Ă une enquĂŞte fertile en indices et en rebondissements, que Plaza distille avec une habiletĂ© discrète. Mais ce cheminement la conduit surtout Ă reconsidĂ©rer sa propre identitĂ©, prise dans les filets d’une machination.
En s’attaquant au thème du sacrifice d’enfant sur fond de lecture biblique, Les Enfants d’Abraham refuse tout compromis : climat renfrognĂ©, photographie sombre et sĂ©pia appuyant sa tonalitĂ© dĂ©pressive, personnages interlopes rongĂ©s par le mensonge, la manipulation et l’immoralitĂ© concertĂ©e.
Certains spectateurs pourront ĂŞtre dĂ©concertĂ©s par son Ă©pilogue tragique, rejetant le happy-end de rigueur. Pourtant, grâce Ă un suspense latent, efficacement entretenu, et Ă ce fil rouge - l’amour paternel perverti par la foi - Plaza retient toujours l’attention. Son film esquisse une investigation de longue haleine, portĂ©e par une hĂ©roĂŻne Ă l’humanisme torturĂ© puis finalement dĂ©muni. Le cinĂ©aste confère Ă sa psychologie une intensitĂ© particulière, au fil d’une Ă©volution morale en perdition, gangrenĂ©e de secrets obscurs. Si l’on aurait pu souhaiter une rĂ©alisation plus solide - mĂŞme si parfois soignĂ©e par le choix des cadres -, il reste que ce sujet malsain, terrifiant et cruel, ne peut laisser indiffĂ©rent. Un thriller flegmatique, qui privilĂ©gie la suggestion et gagne ainsi en rĂ©alisme clinique, glauque, anxiogène, hermĂ©tique. Ă€ (re)dĂ©couvrir, d’autant qu’il demeure hĂ©las injustement mĂ©connu, malgrĂ© son Grand Prix Ă Catalogne
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. 08.09.25. Vost
samedi 1 août 2020
Hot Shots 2
de Jim Abrahams. 1993. U.S.A. 1h28. Avec Charlie Sheen, Lloyd Bridges, Valeria Golino, Richard Crenna, Brenda Bakke, Miguel Ferrer, David Wohl.
Sortie salles France: 25 Août 1993
FILMOGRAPHIE: Jim Abrahams est un scénariste, réalisateur, producteur de cinéma et acteur américain né le 10 mai 1944 à Shorewood, Wisconsin (États-Unis). 1980 : Y a-t-il un pilote dans l'avion ? 1984 : Top secret ! 1986 : Y a-t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? 1988 : Quand les jumelles s'emmêlent. 1990 : Welcome Home, Roxy Carmichael. 1991 : Hot Shots! 1993 : Hot Shots! 2. 1997 : Au risque de te perdre (Téléfilm). 1998 : Le Prince de Sicile.
Deux ans séparent cette séquelle du 1er opus et on peut avouer sans rougir que Jim Abrahams est parvenu à transcender son modèle en y parodiant ouvertement Rambo 2 et 3. Mais pas que car s'y côtoient à un rythme toujours aussi effréné Basic Instinct, Apocalypse Now, Wall Street, Terminator 2, les Canons de Navarone, Star Wars, le Magicien d'Oz ou encore La Belle et le Clochard (et j'en ai probablement omis quelques autres !). Pur cartoon live se raillant autant du patriotisme ricain que de Saddam Hussein dans le cadre du film d'action décérébré, Hot Shot 2 se permet tout et n'importe quoi dans un bordel assumé irrésistible de déconnade. Et si, comme de coutume, tout n'est pas du meilleur goût (les gags lourdingues se mêlent à ceux déjantés de manière totalement décomplexée), le surréalisme des situations débridées parviennent fréquemment à nous enjailler sous l'impulsion de comédiens se moquant d'eux même avec une dérision expansive. Outre sa constante drôlerie en y tablant un gag par seconde (tant visuel qu'oral), Hot Shots 2 se permet en prime de nous pondre un film de guerre pétaradant de par son action belliqueuse en roue libre calquée sur le principe de Rambo 2. Dans la mesure où Topper Harley et quelques mercenaires se retrouvent en mission pour récupérer des otages ricains retenus prisonniers au moyen-orient. On reconnaîtra d'ailleurs dans son propre rôle (parodique) Richard Crenna aussi à l'aise en colonel influent, puisque délibéré à convaincre Topper de reprendre les armes au confins d'une jungle. Une suite bougrement ludique donc dont il s'avère difficile de faire grise mine 1h30 durant si on écarte le public pisse-froid.
*Bruno
3èx
vendredi 31 juillet 2020
Seizure, la reine du Mal
Le pitch : un cĂ©lèbre Ă©crivain, rĂ©putĂ© pour ses Ă©crits horrifiques, est hantĂ© par un cauchemar rĂ©current oĂą les hĂ©ros de son dernier roman viennent le tourmenter lors de ses nuits agitĂ©es. Un jour, alors qu’il reçoit des convives dans sa demeure, ses crĂ©atures de fiction prennent chair pour confronter l’assemblĂ©e Ă une sĂ©rie d’Ă©preuves lĂ©tales.
CuriositĂ© interlope autant que fascinante, malgrĂ© une seconde partie plus relâchĂ©e, Seizure s’aventure sur le terrain du trip expĂ©rimental, abstrait et foutraque, au grĂ© de situations aussi dĂ©bridĂ©es que lunaires. Un trio dĂ©moniaque au look improbable – un gĂ©ant mutique, un nabot sardonique surnommĂ© « l’AraignĂ©e » et une vamp indomptable personnifiĂ©e par une reine noire – sème la zizanie parmi les invitĂ©s du romancier. Ces figures malfaisantes soumettent les convives Ă des Ă©preuves physiques et morales pour jauger leur capacitĂ© Ă affronter la mort.
Par son montage anarchique, presque Ă©pileptique, Seizure dĂ©soriente, brouille les repères. Peut-ĂŞtre pour mieux reflĂ©ter l'angoisse diffuse de la finitude, ou le dĂ©lire obsessionnel d’un Ă©crivain enfermĂ© dans sa propre fiction.
Oliver Stone sème le doute avec malice : dès les premières minutes, une info glissĂ©e Ă la radio annonce l’Ă©vasion de trois dangereux individus d’un asile psychiatrique. DĂ©tail anodin ? Ou clef de lecture ? Le film vacille entre rĂ©alitĂ© et cauchemar, les Ă©preuves infernales semblant plutĂ´t convoquer des figures malĂ©fiques surgies d’ailleurs. BordĂ©lique en diable, Ă travers ses multiples pĂ©ripĂ©ties horrifiques, parfois baignĂ©es d’une Ă©trangetĂ© glaçante, Seizure intrigue autant qu’il dĂ©boussole, surtout dans sa seconde moitiĂ© trop bavarde, embourbĂ©e dans des explications d’inspiration moyenâgeuse.
Pourtant, la direction d’acteurs, Ă©tonnamment solide pour une première Ĺ“uvre, mĂ©rite d’ĂŞtre saluĂ©e. Notamment celle du nain HervĂ© Villechaize (L’ĂŽle fantastique), franchement inquiĂ©tant, malaisant, sardonique, distillant ses provocations avec un goĂ»t pervers pour la cruautĂ©. Mais c’est surtout la prĂ©sence magnĂ©tique de Martine Beswick, l’une des reines noires de l’horreur, qui Ă©lectrise le film. Vamp opaque, vaniteuse et intraitable, silhouette longiligne, regard impassible, elle pousse la malveillance jusqu’Ă sacrifier l’innocence infantile sans l’ombre d’un frisson.
mercredi 29 juillet 2020
Hot Shots !
de Jim Abrahams. 1991. U.S.A. 1h24. Avec Charlie Sheen, Cary Elwes, Valeria Golino, Lloyd Bridges, Jon Cryer, Kevin Dunn, William O'Leary.
Sortie salles France: 30 Octobre 1991
FILMOGRAPHIE: Jim Abrahams est un scénariste, réalisateur, producteur de cinéma et acteur américain né le 10 mai 1944 à Shorewood, Wisconsin (États-Unis). 1980 : Y a-t-il un pilote dans l'avion ? 1984 : Top secret ! 1986 : Y a-t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? 1988 : Quand les jumelles s'emmêlent. 1990 : Welcome Home, Roxy Carmichael. 1991 : Hot Shots! 1993 : Hot Shots! 2. 1997 : Au risque de te perdre (Téléfilm). 1998 : Le Prince de Sicile.
"Ils ont l'étoffe des Zéros !"
Classique de la parodie ricaine des années 90, Hot Shots revisite les grands succès des années 80 parmi lesquels Danse avec les Loups; Susie et les Baker Boys, Full Metal Jacket et surtout Top Gun, notamment auprès de sa scénographie aéronavale soumise à une intrigue de pacotille. Mais jamais avare d'idées saugrenues, Jim Abrahams y dissémine d'autres références comme Superman de Donner, Rocky, Le Parrain, 9 semaines et demi ou encore Autant en emporte le vent. Spécialiste du gag aussi bien verbal que visuel, avec en intermittence quelques calembours bien placés, Jim Abrahams décuple son efficacité hilarante à travers une moisson de mini sketchs particulièrement cartoonesques. Et si comme de coutume tout n'est pas du meilleur goût (certains gags lourdingues font juste sourire alors que d'autres nous suscitent un rire nerveux de par leur énormité), Hot Shots amuse la galerie sans jamais ennuyer le spectateur emporté dans un maelstrom de bévues surréalistes. Pour ce faire, on peut enfin compter sur le tempérament communément fringant (pour ne pas dire perché !) des acteurs (Charlie Sheen, Cary Elwes, Valeria Golino, Lloyd Bridges en tête) s'en donnant à coeur joie, entre pitreries et fantaisies ironiques. Sans toutefois rivaliser avec les chefs-d'oeuvre du genre Y'a t'il un pilote dans l'Avion, Y'a t'il un flic pour sauver la reine ? et Top Secret; Hot Shots n'en demeure pas moins une excellente parodie menée sur un rythme infernal, tant et si bien que les centaines de gags s'enchaînent jusqu'au générique de fin. A revoir, sans omettre de dénigrer sa suite d'une bonne humeur aussi expansive qu'explosive !
Box Office France: 2 121 622 entrées
*Bruno
3èx
mardi 28 juillet 2020
Togo
de Ericson Core. 2019. U.S.A. 1h53. Avec Willem Dafoe, Leonhard Seppala, Diesel, Julianne Nicholson, Christopher Heyerdahl, Richard Dormer, Adrien Dorval.
Sortie salles France: 7 Avril 2020. U.S: sur Disney + le 20 Décembre 2019.
FILMOGRAPHIE: Ericson Core est un réalisateur américain. Invincible (2006), Point Break (2015) et Togo (2019).
Tiré de l'histoire vraie de Togo, un chien husky parcourant l'Alaska en traîneau parmi son maître Seppala afin d'y convoyer un sérum pour des enfants atteints de diphtérie, Togo nous désarme d'émotions bruts de décoffrage à travers son souffle tantôt épique, tantôt lyrique émanant de morceaux de bravoure insensés et d'une remise en question humanitaire. Tant et si bien que nous peinons à croire ce que nous subissions à l'écran eu égard de l'exceptionnelle bravoure des chiens obéissants à leurs maîtres avec une loyauté indéfectible, quitte à en payer de leur vie ! Et ce dans le but de relever les gageures les plus improbables. Car à travers leur parcours du combattant à explorer sur plus de 1000 kms de distance les contrées hostiles réfrigérantes, Togo nous fait participer à une aventure outre-mesure à travers les thématiques de l'héroïsme, de la résilience et du dépassement de soi d'un point de vue principalement canin. Ainsi, à travers sa vaste scénographie limpide, on peut notamment prôner sa formalité naturelle, tant son panorama enneigé, agressif, patibulaire nous dépayse et nous inspire l'insécurité avec un sens de l'esthétisme cauchemardesque (nous ne sommes pas prêts d'oublier les 2 traversées du lac gelé sortis tout droit d'un enfer glacier !). En d'autres termes, nous vivons et subissons de plein fouet les évènements météorologiques tempétueux comme si nous étions à la place de nos preux héros !
*Bruno
La plupart du film est fidèle Ă l'histoire de Leonhard Seppala et de Togo. Deux passages importants du films se sont rĂ©ellement dĂ©roulĂ©s : Togo a Ă©chappĂ© Ă son deuxième propriĂ©taire en sautant Ă travers une fenĂŞtre en verre et le chien a utilisĂ© sa force pour tirer le traĂ®neau de Seppala hors du Norton Sound8. Cependant, le film ne parle pas de Sigrid, la fille de Seppala et Constance, qui faisait partie des nombreux enfants risquant de contracter la diphtĂ©rie. La rĂ©action de Seppala lorsque Balto obtient tous les honneurs n'est pas montrĂ©e, tandis que Constance est prĂ©sentĂ©e comme agacĂ©e. En rĂ©alitĂ©, Seppala a exprimĂ© ouvertement sa dĂ©sapprobation de la confusion des hĂ©ros canins. Le film raconte d'autre part que Togo a vĂ©cu ses derniers jours auprès de Seppala alors qu'il a en fait Ă©tĂ© donnĂ© Ă une autre musher nommĂ©e Elizabeth Ricker vivant dans le Maine. Lorsqu'il s'est sĂ©parĂ© de son meilleur chien, Seppala a dĂ©clarĂ© : « C'Ă©tait triste de se sĂ©parer par un matin froid et gris de mars, lorsque Togo a levĂ© sa petite patte jusqu'Ă mon genou comme s'il me demandait pourquoi il ne restait pas avec moi. Je n'ai jamais eu de meilleur chien que Togo. Son endurance, sa loyautĂ© et son intelligence ne pourront jamais ĂŞtre Ă©galĂ©es. Togo fut le meilleur chien qui ait jamais parcouru les sentiers de l'Alaska. » Seppala a rendu visite Ă Togo Ă quelques reprises et Ă©tait Ă ses cĂ´tĂ©s lorsqu'il a Ă©tĂ© euthanasiĂ©. FIN DU SPOILER.
lundi 27 juillet 2020
NĂ© pour l'Enfer
vendredi 24 juillet 2020
L'Autre Enfer
"L'altro Inferno/Le Couvent Infernal/ The Other Hell" de Bruno Mattei et Claudio Fragasso. 1980. Italie. 1h28. Avec Carlo de Mejo, Franca Stoppi, Franco Garofalo, Francesca Carmeno, Susan Forget.
Sortie salles France: 2 Octobre 1981
FILMOGRAPHIE: Bruno Mattei est un réalisateur, monteur et scénariste italien, né le 30 Juillet 1931 à Rome, décédé d'une tumeur au cerveau le 21 Mai 2007 à Rome (Italie). 1980: Virus Cannibale. 1980: L'Autre Enfer. 1982: Caligula et Messaline. 1981: Holocausto Porno. 1982: Les Aventures sexuelles de Néron et de Poppée. 1982: Pénitencier de Femmes. 1983: Révolte au pénitencier de filles. 1984: Les Rats de Manhattan. 1986: Bianco Apache. 1987: Scalps. 1988: Robotwar. 1988: Zombie 3. 1995: Cruel Jaws. 2003: Horror Cannibal 1 et 2. 2007: L'île des Morts-vivants. 2008: Zombie: la création.
28.01.15. 295 v
3èx
jeudi 23 juillet 2020
Horrible Carnage (l')
"Jennifer" de Brice Mack. 1978. U.S.A. 1h30. Avec Lisa Pelikan, Bert Convy, Nina Foch, Amy Johnston, John Gavin, Jeff Corey.
Sortie salles France: 20 Juin 1979. U.S: 13 Mai 1978
FILMOGRAPHIE: Brice Mack est un réalisateur et scénariste né le 2 juin 1917 à Manila, Philippines, décédé le 2 Janvier 2008 à Hollywood, Californie. 1979: Swap Meet. 1978 L'Horrible carnage. 1977 Rooster: Spurs of Death ! 1975 Half a House.
Epigone poussif du chef-d'oeuvre Carrie de Brian De Palma, l'Horrible Carnage (mon Dieu quel titre fallacieux !!!) peine à maintenir l'intérêt à travers son histoire de vengeance reptilienne en berne. Et ce même si sa distribution étonnamment convaincante (bien qu'incohérente ou cabotine selon certaines postures) éveille parfois notre attention à titre de curiosité vite oubliée.
*Bruno
2èx
mercredi 22 juillet 2020
Triangle. Prix du Meilleur inédit Video, Gérardmer 2011.
de Christopher Smith. 2009. U.S.A. 1h39. Avec Melissa George, Michael Dorman, Henry Nixon, Rachael Carpani, Emma Lung, Liam Hemsworth
Sortie en France: 11 Juin 2011 (dvd/BR)
FILMOGRAPHIE: Christopher Smith est un réalisateur et scénariste britannique né à Bristol le 16 août 1970. 2004 : Creep. 2006 : Severance. 2009 : Triangle. 2010 : Black Death. 2012 : Labyrinthe (série télévisée - 2 épisodes de la saison 1). 2014 : Get Santa. 2016 : Detour.
Extraordinaire récit fantastique à base de paradoxe temporel, Triangle est une sorte d'épisode longiligne de la 4è Dimension sous couvert de métaphore sur la schizophrénie et la maltraitance infantile du point de vue d'une mère écorchée par ses humeurs contradictoires. Porté à bout de bras par le talent fébrile de Melissa George dans divers rôles bipolaires, Triangle constitue un vortex d'émotions aussi fortes que dérangées eu égard du cheminement moral de l'héroïne s'efforçant de reconstruire le passé avec une pugnacité désespérée. Car au-delà de la puissance de l'intrigue fertile en rebondissements jamais rébarbatifs; la caractérisation fragile des personnages en initiation de survie nous suscite une empathie affligée de par la cruauté de leur sort dénué de concession. Quand bien même on s'attache au personnage de Jess avec une appréhension contrariée eu égard du déchaînement de violence qu'elle se décide à imposer afin de préserver la vie de son fils.
L'intrigue "gigogne" nous relatant l'équipée maritime de Jess à bord d'un voilier en compagnie de son ami Greg, le couple Sally et Downey, Heather, une amie de Sally, et Victor, l'acolyte de Greg. Mais à la suite d'une bourrasque meurtrière, leur voilier échoue en mer au moment même d'apercevoir le lendemain un paquebot à la dérive. Ils décident d'y embarquer, rassurés d'être sauvés, mais Jess a la trouble impression d'avoir déjà vécue cette situation. Nous n'en dirons pas plus sur le pitch infiniment anxiogène tant Christopher Smith maîtrise à la perfection son cadre exigu et ses diaboliques coups de théâtre aussi censés que perturbants. Tant et si bien que l'on reste ébranlé par le réalisme des confrontations incongrues de par l'appréhension des protagonistes s'efforçant de rester en vie sans pouvoir saisir le comportement erratique de Jess en proie à un éventuel dédoublement de personnalité. Le paquebot étant destitué du moindre équipage à l'exception d'un mystérieux étranger encapuchonné ! Mais chut, n'en disons pas plus car Triangle jouera sans cesse avec nos nerfs et nos émotions sous l'impulsion d'une intensité dramatique bouleversante. Tant auprès de son âpre violence pour autant jamais ostentatoire, de l'évolution morale de Jess en proie à la rédemption que de la tournure tragique de son vibrant final aussi irrésolu que fataliste.
Véritable perle du Fantastique au brio technique et narratif indiscutable (il s'agit probablement de la meilleure réalisation de son auteur), Triangle se révèle d'autant plus passionnant et hermétique sous l'impulsion de personnages ne débordant jamais à travers leur humanisme désemparé. Quand bien même Melissa George y mène la danse avec une motivation belliqueuse finalement bouleversante (splendide final élégiaque à l'issue récursive). A ne rater sous aucun prétexte si bien que le genre Fantastique souvent réduit à la facilité ou l'invraisemblance s'élève ici en sacerdoce.
*Bruno
mardi 21 juillet 2020
Le Monde des Morts-Vivants
"El Buque maldito" de Amando de Ossorio. 1974. 1h29. Avec Maria Perschy, Jack Taylor, Bárbara Rey, Carlos Lemos, Manuel de Blas.
Sortie salles France: 20 Septembre 1978. Espagne: 15 Septembre 1974
FILMOGRAPHIE: Amando de Ossorio (6 avril 1918 – 13 janvier 2001) est un rĂ©alisateur espagnol spĂ©cialisĂ© dans le film d'horreur et connu plus particulièrement pour sa tĂ©tralogie dite « des Templiers ». 1956 : La Bandera negra (The Black Flag) ,1964 : La Tumba del pistolero,1966 : Massacre Ă Hudson River, 1967 : Pasto de fieras, 1967 : La Niña del patio,1967 : Arquitectura hacia el futuro, 1968 : Escuela de enfermeras, 1969 : Malenka, 1971 : La RĂ©volte des morts-vivants , 1973 : La Noche de los brujos, 1973 : Le Retour des morts-vivants , 1974 : The Loreley's Grasp, 1974 : Le Monde des morts-vivants, 1975 : La ChevauchĂ©e des morts-vivants, 1975 : La Endemoniada,1976 : Las Alimañas (The Animals),1980 : PasiĂłn prohibida (Forbidden Passion), 1984 : Hydra, le monstre des profondeurs.
Considéré comme le plus faible de la quadrilogie, Le monde des Morts-vivants se laisse toutefois regarder d'un oeil distrait, de par son climat d'étrangeté perméable et ses acteurs bisseux jouant à cache-cache avec nos templiers à travers les coursives d'un bateau fantôme. A privilégier toutefois aux inconditionnels de la saga, faute de son rythme langoureux dénué de surprises, même si on reste fasciné par 2/3 images oniricos-macabres (notamment auprès de son épilogue situé en plein jour).
*Bruno
lundi 20 juillet 2020
Zoltan, le chien sanglant de Dracula / Dracula's Dog
de Albert Band. 1977. U.S.A. 1h27. Avec Michael Pataki, José Ferrer, Reggie Nalder, Jan Shutan, Libby Chase.
Sortie salles France: 11 Mars 1981 (Int - 18 ans lors de sa sortie)
FILMOGRAPHIE: Albert Band était un réalisateur et producteur américain né à Paris le 7 mai 1924, décédé le 14 juin 2002) . 2005: Aliens Gone Wild. 1994 Le retour des dinosaures enchantés (Video). 1993 Prehysteria ! 1993 Robot Wars. 1992 Doctor Mordrid. 1991 Joey Takes a Cab. 1987 Ghoulies II. 1979 She Came to the Valley. 1977 Zoltan, le chien sanglant de Dracula. 1975 The Wide World of Mystery (TV Series) (1 episode). - The Centerfold Murders (1975). 1965 Les forcenés. 1965 Hercules and the Princess of Troy (Télé-film). 1964 Massacre au Grande Canyon. 1962 Lamp Unto. My Feet (TV Series) (1 episode) - Épisode du 18 novembre 1962 (1962) ... 1959 Face of Fire. 1958 J'enterre les vivants. 1956 The Young Guns.
Une curiosité Z à voir d'un oeil distrait eu égard de son intrigue aussi ubuesque que ridicule (Dracula recrute ses chiens dobermans pour retrouver son descendant Michael et le vampiriser); de ces acteurs inexpressifs pour autant sympathiques (mention spéciale à l'incroyable charisme strié du démonial Reggie Nalder - la Marque du Diable -) et de sa réalisation approximative entraînant avec bonheur certaines séquences dans la drôlerie involontaire. Peu efficace, sans surprise mais néanmoins rarement ennuyeux, notamment à travers ses nombreuses attaques canines (on peut d'ailleurs retenir une agression gore mal filmée mais redoutablement sanglante et crue), il se détache un certain charme à travers sa facture surannée (bande-son électro à l'appui); à condition de visionner Zoltan... au 10è degré que les initiés raffolent. Albert Band (Ghoulies 2) étant dans l'incapacité de crédibiliser son sujet incongru d'après le roman de poche Hounds of Dracula de Ken Johnson, il faut donc se focaliser sur son aspect bisseux d'une série B bonnard, cocasse et sans prétention si bien que les rats des videos des années 80 n'ont pu non plus ommettre sa rutilante affiche inquiétante. Quand bien même dans l'hexagone il fut tout de même interdit au moins de 18 ans.
*Bruno
samedi 18 juillet 2020
Les Yeux de Julia
"Los Ojos de Julia" de Guillem Morales. 2010. Espagne. 1h56. Avec BelĂ©n Rueda, LluĂs Homar, Pablo Derqui, Francesc Orella, Joan Dalmau, Boris Ruiz, Daniel Grao, Clara Segura, Andrea Hermosa, Julia GutiĂ©rrez Caba...
Date de Sortie: France: 22 décembre 2010
FILMOGRAPHIE: Guillem Morales est un réalisateur et scénariste espagnol. Les yeux de Julia est son premier long-métrage.
Dans la tradition du thriller à suspense hérité de classiques notoires parmi lesquels Seule dans la Nuit de Terence Young, Terreur Aveugle et Jennifer 8, Les Yeux de Julia est un premier métrage dont l'ambition majeur est de tenter de confectionner avec intelligence et savoir-faire une intrigue captivante conçue sur l'expectative du fameux coupable. C'est ce que nous dévoilera sa seconde partie fertile en suspense oppressant quant à la confrontation escomptée entre la victime et le tueur confinés en mode huis-clos. Et ce tout y brossant un intéressant profil psychotique à travers une réflexion sur la solitude, l'isolement et la perte identitaire eu égard de l'entourage de l'assassin dénué d'attention pour sa présence et sa personnalité.
Le pitch: A la suite d'un malaise, Julia demande à son mari de se rendre au domicile de sa soeur jumelle aveugle, Sara, pour s'apercevoir avec horreur qu'elle vient de se pendre dans la cave. Dubitative de ce suicide précipité, elle décide de mener elle même son enquête en y interrogeant les voisins et ses relations amicales autour d'un club de non-voyants. Rapidement, Julia découvre que sa soeur entretenait une liaison sentimentale avec un mystérieux inconnu qu'aucun témoin proche de la victime ne peuvent décrire avec précision. A son tour, Julia commence à perdre la vue de manière dégénérative et envisage une opération chirurgicale de dernier ressort. Mais le mystérieux individu tapi dans l'ombre rode et semble maintenant en vouloir à sa nouvelle dulcinée.
En abordant la thématique du trouble identitaire au sein d'une société individualiste, le néophyte Guillem Morales nous offre un formidable exercice de style de par la densité de son récit entièrement voué à l'humanisme fébrile de l'héroïne s'efforçant de rétablir la vérité sur le sort de sa soeur jumelle. Spoil ! Ainsi, en jouant sur la faculté sensorielle des aveugles à percevoir les présences invisibles, le réalisateur tisse un diabolique récit auprès des agissements désespérés d'un tueur s'en prenant aux aveugles afin que ces dernières puissent l'entrevoir dans l'obscurité. Seule manière salvatrice pour lui d'éprouver de l'attention à son existence aseptique, puisque lui même condamné à l'invisibilité depuis son enfance, faute de l'éducation d'une mégère bigote. Fin du Spoil. La première partie efficacement troussée empreinte le schéma d'une enquête à suspense latent lorsque l'héroïne, persuadée que sa soeur n'est pas décédée d'un suicide tentera de lever le voile sur les tenants et aboutissants d'un éventuel crime passionnel. Mais l'intrigue inquiétante y brouillera les pistes à travers ses potentiels coupables (le voisin lubrique co-existant avec sa fille), notamment après avoir éliminé un personnage majeur à mi parcours pour nous interroger sur sa mort que l'entourage théorisera toutefois de manière plausible. Mais c'est auprès de sa seconde partie plus alerte que Guillem Morales y apportera un soin scrupuleux pour y parfaire l'affrontement psychologique entre Julia et le tueur compromis au jeu d'autorité et de manipulation. Niveau cast, on retient surtout la présence toute en élégance naturel de Belén Rueda (reconnue dans l'Orphelinat) incarnant avec une détermination pugnace une aveugle pour autant effarouchée lors de son affrontement trépident avec le tueur. Son jeu intense doit énormément au réalisme du récit et la valeur humaine qui y émane pour la valeur de sa passion des sentiments et sa détresse du deuil familial à résoudre. Quand bien même le réalisateur à l'idée retorse de lui redorer la vue au moment le plus crucial de sa survie. Une manière payante de surenchérir le suspense oppressant autour d'affrontements physiques et psychologiques, à l'instar de la séquence du thé empoisonné que Julia est contrainte de déglutir. D'autres moments aussi forts ne manquent pas non plus de piment pour provoquer un émoi morbide (le congélateur), notamment en y exploitant la présence rassurante d'un personnage altruiste.
Ferme les yeux
Excellent thriller hitchcockien parfaitement maîtrisé, notamment auprès des éclairages de sa photo désaturée en harmonie avec les sombres évènements décrits, les Yeux de Julia culmine en prime, et de manière totalement fortuite, vers une conclusion aussi fantasmagorique que bouleversante. Hautement fréquentable et non dénué d'émotive dramaturgie à travers la caractérisation humaine de ses personnages.
*Bruno
18.07.20
21.03.11. 227 v































