mercredi 20 octobre 2021

Titane. Palme d'Or, Cannes 2021

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Julia Ducournau. 2021. France/Belgique. 1h48. Avec Vincent Lindon, Agathe Rousselle, Garance Marillier, LaĂŻs Salameh, Dominique Frot, Myriem Akheddiou, Bertrand Bonell.

Sortie salles France: 14 Juillet 2021. U.S: 1er Octobre 2021

FILMOGRAPHIE: Julia Ducournau est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste française nĂ©e le 18 novembre 1983 Ă  Paris. 2011 : Mange (tĂ©lĂ©film co-rĂ©alisĂ© avec Virgile Bramly). 2016 : Grave. 2021: Titane. 

RĂ©vĂ©lĂ© par l'oeuvre choc Grave et son Grand Prix (mĂ©ritĂ©) Ă  GĂ©rardmer, Julia Ducournau n'en finit plus de dĂ©ranger les consciences avec sa nouvelle provocation, Titane, pour le coup couronnĂ© de la Palme d'Or Ă  Cannes ! Ca-rrĂ©-ment ! Aussi improbable que cela puisse paraĂ®tre comme ont pu le souligner le public de la croisette mĂ©dusĂ© par son contenu indocile. Une hĂ©rĂ©sie diront certains, une farce de mauvais goĂ»t vocifĂ©rèrent d'autres ! A tort mais aussi Ă  raison si bien que l'on se demande ce qui a bien pu passer par la tĂŞte des membres du jury d'ovationner une oeuvre trash aussi marginale, aussi dĂ©calĂ©e, aussi viscĂ©ralement malaisante, pour ne pas dire dĂ©rangeante ad nauseam (principalement pour la sĂ©quence finale anthologique relevant de l'impensable Spoil ! en mode Tetsuo si je puis dire Fin du Spoil). Car d'une rutilante beautĂ© Ă  travers sa photo clinquante, ses effets de style baroques et sa sensualitĂ© sulfureuse jonglant avec la bisexualitĂ©, Titane ne ressemble Ă  rien de connu bien que certaines rĂ©fĂ©rences au cinĂ©ma de Cronenberg et Ă  Crash sont sciemment nĂ©cessaires par sa rĂ©alisatrice fĂ©rue de passion  amoureuse pour le maĂ®tre canadien adepte de la nouvelle chair. Parlons en de cette nouvelle chair qui semble prendre possession du corps de cette tueuse en sĂ©rie contrainte d'apprendre Ă  aimer un père de substitution afin d'Ă©chapper Ă  la police suite Ă  ces homicides sanguins (violence crue Ă  l'appui en mode Gaspard Noe).  

L'actrice Agathe Rousselle se vouant corps et âme Ă  se tailler une carrure dĂ©gingandĂ©e de monstre transgenre afin de taire sa vĂ©ritable identitĂ© souillĂ©e par le sang et la dĂ©mission parentale. Portant le film Ă  bout de bras, celle-ci parvient autant Ă  nous enivrer qu'Ă  nous dĂ©stabiliser dans sa psychopathie irrĂ©vocable Ă  la suite du traumatisme accidentel de son enfance. Sa transformation corporelle donnant lieu Ă  un climat de malaise Ă  la fois sous-jacent puis tangible au fil de son Ă©volution morale Ă  changer d'identitĂ© pour l'amour du nouveau père. Constamment inquiĂ©tant, vĂ©nĂ©neux, toujours imprĂ©visible (d'oĂą le plaisir constamment Ă©prouvĂ© au fil de l'intrigue reptilienne dont on ignore l'issue Ă©ventuelle de rĂ©demption !), dĂ©calĂ© et parfois dĂ©jantĂ©, Titane tire parti de son pouvoir attractif de par la mise en scène infiniment inspirĂ©e de Julia Ducournau dĂ©clarant sa flamme au cinĂ©ma hĂ©tĂ©rodoxe conçu pour diviser le public. Vous voilĂ  donc Ă  nouveau prĂ©venu après le controversĂ© Grave que certains ont radicalement discrĂ©ditĂ© (ce qui ne risque pas de les rĂ©concilier avec Titane). Car outre l'intensitĂ© expressive de son Ă©tonnant casting (notamment Vincent Lindon monopolisant l'Ă©cran en pompier toxico incapable d'assumer sa perte filiale - son meilleur rĂ´le Ă  l'Ă©cran -), Titane demeure aussi original que constamment inventif Ă  nous servir sur un plateau faisandĂ© une intrigue sinueuse faisant office d'expĂ©rimentation viscĂ©rale. La rĂ©alisatrice s'efforçant de troubler, dĂ©ranger par le brio de sa mise en scène parfois frontale (sa violence incisive) ainsi que par les comportements physiques des 2 anti-hĂ©ros du rĂ©cit (Alexia / Vincent s'apprivoisant mutuellement) martyrisant leurs corps par les effets laxatifs de la drogue et du sexe. 

Plaidoyer pour le droit Ă  la diffĂ©rence et Ă  la libertĂ© sexuelle (quelque soit notre orientation) dans une mise en forme sciemment marginale et burnĂ©e, Titane se dĂ©cline en authentique oeuvre culte Ă  travers sa capacitĂ© formelle et viscĂ©rale d'y transfigurer (le verbe est sciemment un peu fort !) un amour paternel dĂ©sespĂ©rĂ© oĂą la tendresse humaniste ne peut se concevoir qu'Ă  partir d'une nouvelle chair scarifiĂ©e de plaies inguĂ©rissables. Une oeuvre bâtarde au demeurant n'ayant jamais la prĂ©tention de divertir son public pour le caresser dans le sens du poil. Car comme avec l'Ă©clatant Grave et sa satire du vĂ©gĂ©tarisme, Titane ne cessera de diviser faute de sa subtile outrance aussi malaisante que fascinante. En tout Ă©tat de cause, il s'agit selon moi d'une vraie proposition de cinĂ©ma biologique sortant des sentiers battus (au risque dĂ©libĂ©rĂ© de me rĂ©itĂ©rer) si bien que l'on s'extrait de la sĂ©ance, entre soulagement, catharsis, ivresse et interrogation de ce Ă  quoi nous venons de vivre et de participer.  

P.S: Julia, si tu me lis demain (soyons un tantinet perché), je t'aime les yeux fermés 💗

RĂ©compense: People's Choice Award du Festival de Toronto. 
Palme d'Or, Cannes 2021
- (En attendant son éventuelle récompense aux Oscars)

                                  Ce qu'en a conclu l'ensemble de la critique : 






mardi 19 octobre 2021

Le Fils de Frankenstein

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google 

"Son of Frankenstein" de Rowland V. Lee. 1939. U.S.A. 1h39. Avec Basil Rathbone, Boris Karloff, Bela Lugosi, Lionel Atwill, Josephine Hutchinson, Donnie Dunagan, Emma Dunn.

Sortie salles France: 29 Mars 1939

FILMOGRAPHIE PARTIELLERowland Vance Lee, nĂ© le 6 septembre 1891 Ă  Findlay et mort le 21 dĂ©cembre 1975 Ă  Palm Desert (États-Unis), est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain. En tant qu'acteur, il est crĂ©ditĂ© sous le nom de Rowland Lee.1931 : The Guilty Generation. 1932 : That Night in London. 1933 : RĂ©volte au zoo. 1933 : I Am Suzanne! 1934 : Le Comte de Monte-Cristo. 1934 : Gambling. 1935 : Cardinal Richelieu. 1935 : Les Trois Mousquetaires. 1936 : One Rainy Afternoon. 1937 : L'Étrange visiteur. 1937 : L'Or et la Chair. 1938 : Bonheur en location. 1938 : Service de Luxe. 1939 : Le Fils de Frankenstein. 1939 : Frères hĂ©roĂŻques. 1939 : La Tour de Londres. 1940 : Le Fils de Monte-Cristo. 1942 : Powder Town. 1944 : The Bridge of San Luis Rey. 1945 : Le Capitaine Kidd. 

Ultime Ă©pisode de la trilogie Frankenstein immortalisĂ©e par Boris Karloff, le Fils de Frankenstein fleure bon l'Ă©pouvante vintage sous la houlette de Universal (Monsters). Car bien que l'acteur regrette d'avoir participĂ© Ă  ce 3è opus, le Fils de Frankenstein est une splendide rĂ©actualisation du mythe de par sa fulgurance formelle (noir et blanc expressionniste, dĂ©cors baroques au sein du vaste château, cadrages alambiquĂ©s, Ă©clairages contrastĂ©s) et l'efficacitĂ© d'une intrigue mettant en exergue les exactions perfides de l'assistant Igor magnifiquement incarnĂ© par Bela Lugosi. Probablement un de ses meilleurs rĂ´les tant l'acteur se dĂ©lecte Ă  se tailler une carrure dĂ©manchĂ©e, faute de son cou brisĂ©e par la pendaison, qui plus est saturĂ© d'un regard sournois transpirant le vice Ă  travers son rictus Ă©dentĂ©. Ce dernier jouant une fonction faussement paternelle auprès du monstre afin de se venger des responsables de sa pendaison auquel il rĂ©chappa in extremis. 

Dans celui du baron Wolf (loup y est tu ?), fils de Henry Frankenstein, Basil Rathbone excelle Ă©galement Ă  se compromettre Ă  la complicitĂ© d'une rĂ©surrection depuis que le monstre est plongĂ© dans un coma. Son amitiĂ© Ă©quivoque avec le policier Krogh (excellement incarnĂ© par Lionel Atwill avec son bras amovible plus vrai que nature !) nous caractĂ©risant peu Ă  peu un homme plutĂ´t lâche et impuissant Ă  loser lui Ă©bruiter la vĂ©ritĂ© en dĂ©pit des morts qui s'accumulent au village maudit de nouveau hantĂ© par la prĂ©sence du monstre. Et bien que cet opus ne soit pas rĂ©alisĂ© par l'illustre James WhaleRowland V. Lee s'en sort haut la main Ă  honorer dignement la franchise, notamment en y respectant le choix de Karloff Ă  renouer avec la pantomime (Ă  contrario du prĂ©cĂ©dant volet donc) afin de rendre encore plus fascinant le monstre Ă  nouveau victime de l'arrogance de l'homme ici vouĂ© Ă  se venger. Le monstre rĂ©pĂ©tant Ă  son tour la mĂŞme dĂ©marche punitive (tel père, tel fils !) Ă  un moment propice de l'intrigue, de manière habile Ă  relancer l'action vers un axe autrement dramatique.  

Aussi fascinant pour ses dĂ©cors baroques vus nulle part ailleurs que passionnant pour la caractĂ©risation consciencieuse de ses personnages jouant Ă  nouveau les apprentis sorciers sous la mainmise d'un odieux forgeron que Lugosi immortalise au point d'y voler presque la vedette du monstre, le Fils de Frankenstein, s'il n'atteint pas la dimension poĂ©tique de ses prĂ©dĂ©cesseurs, demeure un classique incontournable de la Universal de par son authenticitĂ© monochrome infiniment minutieuse. Un fascinant spectacle donc remarquablement menĂ© sans temps morts. 

*Eric Binford
2èx

lundi 18 octobre 2021

Les Grands Fonds / "The deep"

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Peter Yates. 1977. U.S.A. 2h04. Avec Robert Shaw, Jacqueline Bisset, Nick Nolte, Louis Gossett Jr., Eli Wallach, Dick Anthony Williams. 

Sortie salles France: 21 Septembre 1971. U.S: 17 Juin 1977

FILMOGRAPHIE: Peter Yates, né le 24 juillet 1929 à Aldershot et mort le 9 janvier 2011 à Londres1, est un réalisateur britannique. 1964 : One Way Pendulum. 1967 : Trois milliards d'un coup. 1968 : Bullitt. 1969 : John et Mary. 1971 : La Guerre de Murphy. 1972 : Les Quatre Malfrats. 1973 : Les Copains d'Eddie Coyle. 1974 : Ma femme est dingue. 1976 : Ambulances tous risques. 1977 : Les Grands Fonds. 1979 : La Bande des quatre. 1981 : L'Œil du témoin. 1983 : L'Habilleur. 1984 : Krull. 1985 : Eleni. 1987 : Suspect dangereux. 1988 : Une femme en péril. 1989 : Délit d'innocence. 1992 : Year of the Comet. 1995 : Un ménage explosif.


Film oubliĂ©, voire mĂ©sestimĂ© - peut-ĂŞtre parce qu’il s’agit de l’adaptation d’un roman de Peter Benchley, et que deux ans plus tĂ´t Les Dents de la mer raflait tout en rĂ©volutionnant le blockbuster horrifique - Les Grands Fonds demeure pourtant un formidable film d’aventures, comme on n’en fait plus aujourd’hui. Car si l’intrigue se rĂ©duit Ă  un schĂ©ma convenu, la mise en scène solide de Peter Yates (Bullitt, excusez du peu), l’implication rĂ©solue de son prestigieux casting (Jacqueline Bisset, Robert Shaw et Nick Nolte se partageant l’affiche en aventuriers en herbe), et ce climat sous-marin envoĂ»tant insufflent un rythme nerveux, aussi captivant que tendu, dans ses effets de suspense dramatique.


Mais si Les Grands Fonds demeure aussi plaisant que charmant Ă  travers son cadre exotique magnifiĂ© par le scope et une photographie saturĂ©e, il le doit surtout Ă  la dextĂ©ritĂ© de Yates, Ă  son art de conter avec une limpiditĂ© charpentĂ©e. En misant sur l’enjeu d’une improbable chasse au trĂ©sor, entre flots bleus et luttes acharnĂ©es entre bons et mĂ©chants, il cultive un rĂ©alisme quasi documentaire : la beautĂ© des fonds marins, la prĂ©sence de poissons parfois hostiles, l’Ă©pave qui recèle autant de merveilles que de dĂ©convenues. Ă€ cela s’ajoute une violence oppressante, qui ne lĂ©sine pas sur une cruautĂ© crue. Les rebondissements et corps-Ă -corps, intenses et scrupuleusement incarnĂ©s, confèrent une vigueur qui nous fait craindre pour le sort des protagonistes, mĂŞme secondaires, tout en souffrant de leurs blessures infligĂ©es par des antagonistes sournois.


Divertissement d’aventure artisanal, fort de la rigueur de sa mise en scène, de l’aplomb de ses comĂ©diens et de sa scĂ©nographie maritime Ă  la fois inquiĂ©tante et fascinante - avec ses multiples dĂ©convenues que les hĂ©ros affrontent avec un sobre hĂ©roĂŻsme - Les Grands Fonds ne se laisse jamais engloutir par l’ennui. Sa trame fertile en dĂ©tails historiques crĂ©dibilise l’origine du trĂ©sor convoitĂ© par d’audacieux baroudeurs. Un film très agrĂ©able, dĂ©paysant en diable.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
2èx

mercredi 13 octobre 2021

La Compagnie des Loups / The Compagny of Wolves. Prix Spécial du Jury, Avoriaz 1985.

                                         
                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Neil Jordan. 1984. Angleterre. 1h35. Avec Sarah Patterson, Angela Lansbury, David Warner, Tusse Silberg, Micha Bergese, Graham Crowden, Kathryn Pogson.

Sortie salles France: 23 Janvier 1985. U.S: 19 Avril 1985. Angleterre: 21 Septembre 1984

FILMOGRAPHIENeil Jordan est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et Ă©crivain irlandais, nĂ© le 25 FĂ©vrier 1950 Ă  Sligo. 1982: Angel. 1984: La Compagnie des Loups. 1986: Mona Lisa. 1988: High Spirits. 1989: Nous ne sommes pas des Anges. 1991: L'Etrangère. 1992: The Crying Game. 1994: Entretien avec un Vampire. 1996: Michael Collins. 1997: The Butcher Boy. 1999: PrĂ©monitions. 1999: La Fin d'une Liaison. 2002: L'Homme de la Riviera. 2005: Breakfast on Pluto. 2007: A vif. 2009: Ondine. 2012: Byzantium


Adaptation cinĂ©matographique du fameux conte de Perraultla Compagnie du loup empreinte la lĂ©gende du Petit Chaperon Rouge dans une texture horrifico-hermĂ©tique. Si bien qu'Ă  travers les songes d'une jeune adolescente en Ă©moi sexuel, Neil Jordan nous confine dans un univers particulièrement baroque oĂą la fĂ©erie cĂ´toie l'Ă©trangetĂ© la plus indicible. Entièrement tournĂ© en studio afin d'accentuer le cĂ´tĂ© fantasmatique des "rĂŞves" de l'hĂ©roĂŻne, le film baigne dans un esthĂ©tisme onirique lestement envoĂ»tant parmi son village mĂ©diĂ©val implantĂ© au coeur d'une forĂŞt auquel les animaux font office d'effigie. En l'occurrence, il n'y a pas vraiment de structure narrative mais plutĂ´t un assemblage d'historiettes fondĂ©es sur la crainte du loup. Une manière d'interpeller l'Ă©veil Ă  la sĂ©duction d'une adolescente surprise par sa croissance physique et intellectuelle (notamment son attirance/rĂ©pulsion pour le passage Ă  l'âge adulte). Le loup Ă©tant ici une mĂ©taphore afin de mettre en exergue le cĂ´tĂ© prĂ©dateur de l'homme lorsqu'il s'agit d'un dangereux sĂ©ducteur prĂŞt Ă  commettre ses mĂ©faits sexuels sur une jeune pubère. Ainsi, Ă  travers cette analogie, on peut d'ailleurs y dĂ©celer une mise en garde de la pĂ©dophilie (et des pervers paraphiles) si bien qu'ici l'adulte est pleinement conscient d'y courtiser une adolescente candide. 


ImprĂ©gnĂ© d'images picturales oĂą les animaux et la nature y communient, et Ă©maillĂ© de symboles mĂ©taphoriques, la Compagnie des Loups transcende l'excursion baroque d'une jeune fille prĂŞte Ă  aborder le grand mĂ©chant loup. Dans un climat diaphane Ă  l'aura impĂ©nĂ©trable, Neil Jordan rĂ©ussit Ă  transfigurer le conte de fĂ©e en cauchemar psychanalytique pour les rapports de couple (les thèmes de l'adultère, de la phallocratie et du flirt dominent leur comportement). A l'instar du jeu de sĂ©duction qu'entretiennent l'homme et la femme, leur attirance charnelle Ă©tant extĂ©riorisĂ©e par la pulsion sexuelle. Quand bien mĂŞme notre petit chaperon maquillĂ© de rouge Ă  lèvres finira par se laisser influencer par l'apparence sournoise du loup. Pour les brèves sĂ©quences de transformation, si les FX peuvent aujourd'hui paraĂ®tre un brin datĂ©s lors de certains plans, il ne manque pas d'originalitĂ© dans leur conception afin de se distinguer de ses homologues ayant prĂ©alablement accompli le miracle technique (l'inĂ©vitable diptyque: Hurlementsle Loup-garou de Londres). Enfin, on peut saluer la prĂ©sence charismatique des comĂ©diens (les rĂ´les impartis Ă  la grand-mère et au chaperon rouge semblent s'ĂŞtre littĂ©ralement Ă©vacuĂ©s du conte de Charles Perrault !), des personnages iconiques se combinant parfaitement avec l'environnement dĂ©peint.


Abstrait et opaque en bousculant intelligemment nos habitudes puis davantage envoĂ»tant et majestueux lors d'un long final confinant au sublime, La Compagnie des Loups demeure la caractĂ©risation idĂ©ale du cinĂ©ma fantastique d'auteur tentant de proposer au public un spectacle atypique, voir difficile d'accès en y rĂ©futant les conventions et la trivialitĂ© du divertissement standard. Ainsi, Ă  l'instar du cĂ©lèbre livre de Charles Perrault, La Compagnie des Loups est un chef-d'oeuvre destinĂ© Ă  la pĂ©rennitĂ©, Ă  revisionner plusieurs fois pour mieux l'apprivoiser, notamment pour en savourer toute sa substance dangereusement lascive.  

*Eric Binford
17.01.14. 306 v
13.10.21. 4èx
20.09.24. 5èx. Vostfr.

RĂ©compensesPrix SpĂ©cial du Jury Ă  Avoriaz, 1985
Grand Prix, Prix de la Critique, Prix des Effets-spéciaux, Sitges 1984
Prix du meilleur filmmeilleurs effets spĂ©ciaux (Christopher Tucker) et prix de la critique internationale au Festival du film de Catalogne, 1984.
Mention SpĂ©ciale au Fantafestival, 1985
Prix du meilleur filmprix du juryprix de la critique et prix des meilleurs effets spĂ©ciaux au Festival de Fantasporto, 1985.

mardi 12 octobre 2021

Sanglante ParanoĂŻa / Brain dead

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Adam Simon. 1990. U.S.A. 1h24. Avec Bill Pullman, Bill Paxton, Bud Cort, Nicholas Pryor, Patricia Charbonneau, George Kennedy 

Sortie salles France: 27 Janvier 1993 (Janvier 90 Ă  Avoriaz). U.S: 19 Janvier 1990

FILMOGRAPHIEAdam Simon, nĂ© le 6 fĂ©vrier 1962 Ă  Chicago, dans l'Illinois (États-Unis), est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain. 1990 : Sanglante ParanoĂŻa. 1992 : Body Chemistry II: The Voice of a Stranger. 1993 : Carnosaur. 


SĂ©rie B native de 1990 mais sortie chez nous 3 ans plus tard; Sanglante ParanoĂŻa est un sympathique divertissement horrifique surfant sur le concept paranoĂŻde de l'Ă©prouvant l'Echelle de Jacob. InterprĂ©tĂ© par Bill Pullman et Bill Paxton dans des rĂ´les inĂ©vitablement Ă©quivoques, le rĂ©cit, redondant mais pour autant efficace, relate la schizophrĂ©nie galopante d'un Ă©minent neurochirurgien, Rex Martin, dĂ©cidĂ© Ă  opĂ©rer John Halsey, brillant mathĂ©maticien devenu paranoĂŻaque Ă  la suite du massacre de sa famille. Alors que l'opĂ©ration demeure un succès (le sujet semble retrouver la raison); Rex Martin perd peu Ă  peu la boule Ă  la suite d'hallucinations sanglantes. 


Ainsi, en suivant le dĂ©lire psychotique de celui-ci lourdement Ă©prouvĂ© par sa nouvelle identitĂ© (tout l'entourage le prend pour John Halsey !), le spectateur ne parvient plus comme lui Ă  distinguer la rĂ©alitĂ© des hallucinations rĂ©cursives Ă  travers des sĂ©quences ubuesques dĂ©nuĂ©es de raison. D'oĂą l'intĂ©rĂŞt expĂ©rimental du mĂ©trage Ă  nous semer (parfois très efficacement) doute, confusion et malaise psychologique. Et bien que la rĂ©alisation manque clairement de maĂ®trise et que le scĂ©nario joue un peu trop avec l'inexpliquĂ© comme le surligne sa conclusion ambivalente (Ă  moult niveaux de lecture), Sanglante ParanoĂŻa parvient parfois Ă  terrifier (cĂ©rĂ©bralement parlant), avec parfois un goĂ»t prononcĂ© pour l'onirisme formel (les papillons s'extirpant du crane). InquiĂ©tant, perfide et dĂ©bridĂ©, Sanglante ParanoĂŻa exploite donc assez efficacement une horreur cĂ©rĂ©brale insĂ©cure dans un format de sĂ©rie B Ă  la fois modeste et bricolĂ©e. A dĂ©couvrir avec curiositĂ© en y retenant surtout une effrayante lobotomie sĂ©culaire filmĂ©e en noir et blanc documentĂ©. Malaise garanti !  

*Eric Binford.
2èx

mercredi 6 octobre 2021

Old

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de M. Night Shyamalan. 2021. U.S.A. 1h48. Avec Gael GarcĂ­a Bernal, Vicky Krieps, Rufus Sewell, Alex Wolff, Thomasin McKenzie, Abbey Lee Kershaw. 

Sortie salles France: 21 Juillet 2021. U.S: 23 Juillet 2021

FILMOGRAPHIE: M. Night Shyamalan est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur amĂ©ricain, d'origine indienne, nĂ© le 6 AoĂ»t 1970 Ă  PondichĂ©ry. 1992: Praying with Angers. 1998: Eveil Ă  la vie. 1999: Sixième Sens. 2000: Incassable. 2002: Signs. 2004: Le Village. 2006: La Jeune fille de l'eau. 2008: Phenomènes. 2010: Le Dernier maĂ®tre de l'air. 2013: After Earth. 2015: The Visit. 2017: Split. 2019: Glass. 2021: Old. 

Cette peur viscĂ©rale de la vieillesse. 
Ce n'est un secret pour personne, M. Night Shyamalan est capable du meilleur comme du pire, et ce de façon mĂ©tronome depuis la genèse de sa carrière. Ainsi, Ă  chaque nouveau projet qui se profile, on reste dans l'espoir de retrouver le talent de cet habile artisan vouĂ© corps et âme Ă  sa passion pour le genre Fantastique. Et je peux prĂ©sumer qu'avec Old, Shyamalan nous rĂ©concilie Ă  nouveau avec lui tant cet Ă©pisode grandeur nature de la 4è Dimension nous captive et nous met mal Ă  l'aise sans se laisser dĂ©river vers un goĂ»t d'inachevĂ©. Aussi standard soit son schĂ©ma narratif adepte de rebondissements horrifiques en pagaille. Car tout est dans l'art et la manière d'y maĂ®triser son histoire en progression dramatique spĂ©cialement malsaine. A l'instar de son twist final aussi crĂ©dible qu'intelligent y dĂ©nonçant Spoil !!! les dĂ©rives de la recherche mĂ©dicale Ă  force de vouloir nous empĂŞcher de mourir Fin du Spoil. Un thème plus qu'actuel faisant inĂ©vitablement Ă©cho Ă  la pandĂ©mie mondiale de la Covid tout en Ă©gratignant en filigrane notre sociĂ©tĂ© formaliste adepte de chirurgie esthĂ©tique afin d'Ă©clipser notre peur innĂ©e de la vieillesse. Recrutant un casting hĂ©tĂ©roclite d'acteurs aussi inquiĂ©tants que convaincants (certains visages hagards ou patibulaires font froid dans le dos Ă  travers des plans serrĂ©s fondĂ©s sur leur incomprĂ©hension), Old parvient furtivement Ă  insuffler un sentiment d'angoisse paranoĂŻde qui ira crescendo au fil des incidents cauchemardesques que subira un groupe de touristes confinĂ©s sur une plage. 


Photo scope et dĂ©cors splendides; la scĂ©nographie tropicale nous offre un contraste saisissant auprès de ses protagonistes en proie Ă  un commun dĂ©sarroi davantage dĂ©pressif. Dans la mesure oĂą ceux-ci subiront un nombre incalculable d'incidents cauchemardesques Ă  travers leur dĂ©liquescence Ă  la fois corporelle et cĂ©rĂ©brale. Ces derniers souffrant de maladie plus ou moins grave, raison pour laquelle ils s'exilèrent au sein de cette cure thermale faisant office de complexe touristique pour familles bourgeoises. Epreuve insurmontable de survie au sein de ce no man's land mutique terriblement hostile (si je me rĂ©fère aux immenses rochers qui entourent la berge), Old cultive un sentiment d'insĂ©curitĂ© permanant de par son rythme effrĂ©nĂ© d'y cumuler l'horreur des situations improbables avec une intensitĂ© dramatique infaillible. Car paranoĂŻaque en diable, nos protagonistes toujours plus esseulĂ©s ne devront compter que sur leur indĂ©pendance pour tenter de rester en vie au sein de ce dĂ©cor paradisiaque redoutablement insidieux. Tant et si bien que l'empathie Ă©prouvĂ©e pour eux demeure toujours prĂ©gnante, mĂŞme auprès des personnages superficiels les plus antipathiques (la blondasse fluette aux yeux bleus obsĂ©dĂ©e par son enveloppe corporelle faisant office d'anguille Ă©cervelĂ©e). 


Un Eté d'Enfer
C'est donc en observant la psychologie Ă  la fois torturĂ©e et dĂ©soeuvrĂ©e des personnages que l'apprĂ©hension du danger invisible fleurit le mieux sous la houlette d'un Shyamalan plutĂ´t mesquin Ă  molester ses protagonistes sans faire preuve de concession. Autant dire que le cauchemar estival Ă  la fois viscĂ©ral, dĂ©rangeant et cĂ©rĂ©bral fonctionne Ă  plein rĂ©gime pour qui raffole de pitch gĂ©nialement dingo. Pas un grand film, certes, mais un excellent divertissement horrifique poĂ©tiquement morbide que Shyamalan adopte au 1er degrĂ©, avec en sus une maĂ®trise technique parfois singulière (certains mouvements de camĂ©ra hyper vĂ©loces m'ont paru inĂ©dit dans le paysage cinĂ©matographique). 

*Eric Binford.  

mardi 5 octobre 2021

Horror Hospital / La Griffe de Frankenstein

                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mattmulcahey.files.wordpress.com

"Computer Killer" de Anthony Balch. 1973. Angleterre. 1h30. Avec Michael Gough, Robin Askwith, Ellen Pollock, Skip Martin, Vanessa Shaw, Dennis Price.

Sortie salles France: 7 Avril 1976. U.S: Avril 1975

FILMOGRAPHIE: Anthony Balch est un rĂ©alisateur anglais nĂ© le 10 Septembre 1937 Ă  Londres, dĂ©cĂ©dĂ© en Avril 1980. 1963: William Buys a Parrot. Towers Open Fire. 1966: The Cut Ups. 1970: Secret of sex. 1972: Bill and Tony. 1973: Horror Hospital


Un bijou d'horreur british, authentique perle culte issue du Bis marginal. 
Ultime mĂ©trage du rĂ©alisateur mĂ©connu Anthony BalchHorror Hospital (ou La Griffe de Frankenstein) est une version rĂ©actualisĂ©e du fameux mythe de Frankenstein avec un accent prononcĂ© pour le dĂ©lire assumĂ©. Si bien que cette farce grotesque toujours plus aberrante par son intrigue dĂ©sincarnĂ©e entretient la rĂ©jouissance Ă  travers sa galerie de personnages excentriques et ses idĂ©es grand-guignolesques jubilatoires. 

Le pitchEn guise de cure de repos, un chanteur de rock rejoint la ferme de santé du Docteur Storm dans une contrée anglaise. Durant son trajet ferroviaire, il fait la connaissance de Judy, une jeune blonde convoquée par sa tante, l'épouse du chirurgien utopiste. Or, cet hôpital reculé est en fait un laboratoire d'expériences insensées pratiquées sur des individus lobotomisés !


Petit succès des annĂ©es 80 lors de sa sortie Vhs, les rats des vidĂ©o-clubs ne manquèrent pas d'Ă©voquer lors de discussions fougueuses son fameux prologue inconcevable. Jugez en ! 
A l'intĂ©rieur d'une limousine noire, deux individus patibulaires installĂ©s Ă  l'arrière attendent patiemment l'arrivĂ©e de deux fuyards Ă  proximitĂ© d'une forĂŞt ! Les proies Ă©tant rapidement localisĂ©es, la voiture s'engage furtivement pour les traquer, quand bien mĂŞme l'adjoint de petite taille s'engage Ă  actionner le levier d'un boitier afin d'extraire du cĂ´tĂ© droit du vĂ©hicule une longue lame acĂ©rĂ©e pour dĂ©capiter les deux malheureux. En guise de trophĂ©es, les tĂŞtes retombant pile-poil dans un panier disposĂ© sous la lame d'acier. Une situation totalement aberrante mais oh combien ludique et tout de mĂŞme efficacement montĂ©e de par son effet de surprise grand-guignolesque. 


Quant aux pĂ©ripĂ©ties prochaines, elles s'avèrent du mĂŞme acabit puisque regorgeant de sĂ©quences impayables toutes aussi risibles ou pĂ©tulantes, c'est selon. A savoir qu'un couple abordĂ© plus tĂ´t dans un train sera pris au piège dans le manoir du Dr Storm Ă  travers un odieux trafic d'humains. Pour preuve, ce mĂ©decin utopiste (notre vĂ©tĂ©ran Michael Gough, toujours aussi charismatique dans sa sinistre physionomie patibulaire) souhaite dominer le monde en lobotomisant des badauds par greffe de cerveau, et ce pour les rendre insensibles Ă  la douleur. Ces automates tĂ©lĂ©guidĂ©s d'une machine rĂ©volutionnaire Ă©tant rĂ©duits Ă  l'Ă©tat vĂ©gĂ©tatif, Ă  l'instar de zombies aphones dĂ©ambulant dans les locaux sous l'allĂ©geance du Dr Storm. Ainsi, nos deux hĂ©ros dĂ©concertĂ©s vont non seulement frĂ©quenter ces trognes dĂ©lavĂ©es mais aussi des geĂ´liers pugnaces en combinaison de cuir affublĂ©s de casque de moto, un assistant nabot versatile, une tante sournoise et enfin un incroyable monstre de foire, concurrent dĂ©faillant du Dr Phibes ou peut-ĂŞtre encore du Monstre qui vient de l'espace ! La posture ballot de nos deux protagonistes insufflant de manière permanente la cocasserie Ă  force de s'interroger sur les agissements suspicieux du personnel cynique et d'Ă©vènements inquiĂ©tants s'y dĂ©roulant de façon ostentatoire. Surtout qu'un troisième luron tout aussi gogo Ă©gayera notamment l'horreur surrĂ©aliste en s'introduisant dans l'Ă©tablissement pour tenter d'extraire nos deux hĂ©ros (et sa p'tite amie Emilie) des griffes de Storm.


Les insatisfaites poupées atones du Dr Storm !
Par consĂ©quent, Ă  travers l'aspect irrĂ©sistiblement pittoresque de l'entreprise mĂ©dicale occupĂ©e par des fĂŞlĂ©s du bulbe et des psychopathes anachroniques, Horror Hospital se permet d'y insuffler une ambiance assez glauque par moments de par son sentiment d'insĂ©curitĂ© ombrageux comme le soulignent ces draps imbibĂ©s de sang d'un plumard vide que les hĂ©ros reluquent naĂŻvement. On reste donc constamment surpris durant tout le rĂ©cit du ton cintrĂ© de l'entreprise Ă©manant du parti-pris sarcastique du cinĂ©aste puisque dĂ©libĂ©rĂ© Ă  dĂ©complexer une Ă©pouvante vintage en y instillant du gore faisandĂ© aimablement grotesque. En l'occurrence, Horror Hospital demeure encore plus fun par son climat dĂ©jantĂ© si bien que les vidĂ©ophiles des eighties Ă©prouveront plus de plaisir masochiste face Ă  ce jubilatoire jeu de massacre aussi Ă©trange que gĂ©nialement capillotractĂ©.

*Eric Binford
05.10.21. 3èx
04.04.12. 250 v

vendredi 1 octobre 2021

Une Nuit trop noire / "One dark night"

                                                
                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cult-trash-in-french-dvd-composite.blogspot.com

de Tom Mcloughlin. 1983. U.S.A. 1h29. Avec Meg Tilly, Melissa Newman, Adam West, Robin Evans, Kevin Peter Hal, Leslie Speights, Donald Hotton, Elizabeth Daily.

Sortie salles France: 1982, au Rex de Paris. U.S: 25 FĂ©vrier 1983

FILMOGRAPHIE: Tom Mcloughlin est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© en 1950. 1983: One Dark Night, 1986: Jason le mort-vivant, 1987: Date with an angel, 1991: Sometimes they come back, 1992: Something to live for: the alison gertz story, 1999: Anya's Bell, 2001: The Unsaid, 2002: Murder in Greenwich, 2003: D.C. Sniper: 23 Days of fear, 2004: She's too young, 2005: Odd Girl Out, Cyber Seduction: His secret life, 2006: Not like everyone else, 2007: The Staircase Murders, 2008: Fab Five: The Texas Cheerleader Scandal.

                                      

Une perle du macabre, ce pur film d’ambiance old school qui ferait pâlir de jalousie le moindre produit d’horreur mainstream s’efforçant d’insuffler une once d’aura funèbre.
Connu des amateurs grâce Ă  Jason le mort-vivant (Vendredi 13 VI), Tom McLoughlin fit ses armes trois ans plus tĂ´t avec Une Nuit trop noire, rĂ©alisĂ© en 1983. SĂ©rie B sans prĂ©tention, au scĂ©nario linĂ©aire, dont la rĂ©ussite jaillit d’une atmosphère horrifique rĂ©tro — introuvable de nos jours — soutenue par des FX supervisĂ©s par Tom Burman et, Ă  plus petite Ă©chelle, par une photo saturĂ©e qui envoĂ»te sans relâche.

Le pitch : dans un mausolĂ©e, un trio d’Ă©tudiantes joue un sale tour Ă  l’une de leurs rivales, l’enfermant pour la nuit dans ce caveau attenant au cimetière. Or, dans ce tombeau vient d’ĂŞtre inhumĂ© un Ă©trange professeur aux dons tĂ©lĂ©kinĂ©siques, peut-ĂŞtre responsable de la mort d’adolescents dĂ©couverts dans son ancien appartement. BientĂ´t, ce vampire mental libère ses forces surnaturelles, prĂŞt Ă  annihiler ses hĂ´tes venus troubler le repos des morts.

Production modeste ficelĂ©e avec trois bouts de ficelle — hormis des FX artisanaux soignĂ©s pour un final paroxystique ! — Une Nuit trop noire entame sa première partie sous le signe d’une vengeance de petites frappes : des adolescentes rancunières, jalouses, qui briment leur proie. Pendant ce temps, la fille du dĂ©funt s’instruit sur les agissements funèbres de ce père capable d’aspirer l’Ă©nergie vitale par pur ressort psychique. Et cette mise en place, d’apparence convenue, bascule vite vers le clou de l’intrigue : l’Ă©preuve cauchemardesque, au cĹ“ur d’un mausolĂ©e rongĂ© par une force dĂ©moniaque.

 
Julie — interprĂ©tĂ©e avec sobriĂ©tĂ© par la novice et charmante Meg Tilly, surtout face Ă  ses partenaires potiches qu’on rĂŞve de gifler — doit tenir toute une nuit dans cet antre morbide, armĂ©e pour seul rĂ©confort d’une lampe de poche et d’un duvet. Cette torture mentale, commanditĂ©e par les trois harpies, lui est infligĂ©e pour avoir osĂ© flirter avec l’un de leurs ex. En mal de reconnaissance, ces rebelles de pacotille pĂ©nètrent finalement dans la crypte pour effrayer leur captive par des farces macabres. Sans temps mort — malgrĂ© une mise en place sans soubresauts —, le film exploite Ă  merveille les corridors funèbres de la morgue, et distille une ambiance ombreuse, Ă©touffante, sublimĂ©e par une partition lancinante qui Ă©treint tout le rĂ©cit et s’insinue dans les nerfs de Julie. Jusqu’Ă  une dernière partie haletante, affolante, oĂą surgit une armĂ©e de cadavres exsangues Ă  l’aura pestilentielle, dĂ©versant une atmosphère mortifère sur ces pauvres mortelles dĂ©semparĂ©es.

Outre cette ambiance poisseuse, saluons l’efficacitĂ© des effets spĂ©ciaux : maquillages putrides, chairs dĂ©goulinantes, anatomies dĂ©charnĂ©es, tout renforce le rĂ©alisme d’un cauchemar impossible Ă  juguler pour les fuyardes paniquĂ©es. Des macchabĂ©es si fĂ©tides qu’on les croirait exhumĂ©s d’une production des annĂ©es 70, tant leur pourriture semble documentaire.


« Une Nuit trop noire : mausolĂ©e des rancunes, crypte des morts-vivants » 
En dĂ©pit d’une intrigue minimaliste — jamais ennuyeuse — qui ose rĂ©inventer le vampirisme (mental, ici !), de quelques incohĂ©rences (l’hĂ©roĂŻne, trop facilement brisĂ©e par les brimades, sans jamais percer Ă  jour la prĂ©sence pataude de ses bourreaux) et de personnages stĂ©rĂ©otypĂ©s qu’on adore haĂŻr, Une Nuit trop noire reste une perle pour amateurs de nuits glacĂ©es et de zombies suintants. Une immersion nĂ©crophage Ă  savourer dans le noir, Ă  l’abri du souffle fĂ©tide de ses morts insomniaques.

*Eric Binford                
01/10/21. 6èx
03.10.18. (171)
10.05.11.  (310 v) 

jeudi 30 septembre 2021

FenĂŞtre sur Cour

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Rear Window" d'Alfred Hitchcock. 1954. U.S.A. 1h52. Avec James Stewart, Grace Kelly, Wendell Corey, Thelma Ritter, Raymond Burr, Judith Evelyn, Ross Bagdasarian Sr., Georgine Darcy 

Sortie salles France: 25 Avril 1955 (ou 14 Septembre 1955). U.S: 1er AoĂ»t 1954

FILMOGRAPHIE: Alfred Hitchcock est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste anglo amĂ©ricain, nĂ© le 13 AoĂ»t 1899, dĂ©cĂ©dĂ© le 29 Avril 1980. 1935: Les 39 Marches. 1936: Quatre de l'Espionnage. Agent Secret. 1937: Jeune et Innocent. 1938: Une Femme Disparait. 1939: La Taverne de la Jamaique. 1940: Rebecca. Correspondant 17. 1941: Soupçons. 1942: La 5è Colonne. 1943: l'Ombre d'un Doute. 1944: Lifeboat. 1945: La Maison du Dr Edward. 1946: Les EnchainĂ©s. 1947: Le Procès Paradine. 1948: La Corde. 1949: Les Amants du Capricorne. 1950: Le Grand Alibi. 1951: L'Inconnu du Nord-Express. 1953: La Loi du Silence. 1954: Le Crime Ă©tait presque parfait. FenĂŞtre sur cour. 1955: La Main au Collet. Mais qui a tuĂ© Harry ? 1956: l'Homme qui en savait trop. Le Faux Coupable. 1958: Sueurs Froides. 1959: La Mort aux Trousses. 1960: Psychose. 1963: Les Oiseaux. 1964: Pas de Printemps pour Marnie. 1966: Le Rideau DĂ©chirĂ©. 1969: l'Etau. 1972: Frenzy. 1976: Complot de Famille.


"Quand on se sent voyeur c'est qu'on n'est pas assez proche des gens."
Modèle de mise en scène Ă  travers un concept narratif follement original et inventif ne recourant qu'Ă  très peu d'actions, FenĂŞtre sur Cour est un rĂ©gal d'intelligence aux moult niveaux de lecture. Mise en abyme auprès du pouvoir du cinĂ©ma (James Stewart se confond en cinĂ©aste novice Ă  imprimer de son regard des tranches de vie clippesques au sein d'une quotidiennetĂ© domestique), rĂ©flexion sur les rapports dĂ©licats du couple, la peur de l'engagement mais aussi de la solitude. Mais surtout mĂ©ditation sur le voyeurisme auquel nous dĂ©pendions tous, comme le souligne notre passion immodĂ©rĂ©e pour le 7 art d'y reluquer confortablement sans bouger de notre siège moults images extravagantes, FenĂŞtre sur Cour doit ĂŞtre enseignĂ© dans toutes les Ă©coles spĂ©cialisĂ©es tant Hitchcock, en pleine possession de ses moyens techniques (on ne compte plus les plans-sĂ©quences gĂ©omĂ©triques d'y contempler la banalitĂ© quotidienne de rĂ©sidents d'un immeuble) redouble de dextĂ©ritĂ© et de crĂ©ativitĂ© Ă  travers une intrigue criminelle inusitĂ©e. Car il fallait oser façonner huis-clos aussi laconique avec, comme personnage principal, un hĂ©ros grabataire clouĂ© sur son fauteuil et tuant son ennui Ă  Ă©pier ses voisins en compagnie quelque peu houleuse de sa compagne et de sa domestique. Or, en tant que maĂ®tre incorruptible du suspense, Hitchcock leur confie sur un plateau d'argent un argument criminel redoutablement jouissif. Dans la mesure oĂą ceux-ci vont rapidement se substituer en enquĂŞteurs en herbe Ă  tenter de dĂ©masquer, sans quasiment bouger de leur bercail, leur voisin probablement coupable du meurtre de son Ă©pouse aujourd'hui disparue. 

EmaillĂ© de dĂ©tails troubles et inquiĂ©tants que ces derniers reluquent Ă  l'aide d'une jumelle et d'un tĂ©lĂ©objectif qu'ils se relayent de temps Ă  autre, FenĂŞtre sur Cour demeure un jubilatoire jeu du chat et de la souris par appartements interposĂ©s. L'entièretĂ© du rĂ©cit s'Ă©vertuant Ă  confiner nos hĂ©ros dans leur appartement restreint puisque observant mĂ©ticuleusement, et dans la pĂ©nombre pour ne point ĂŞtre dĂ©masquĂ©s, faits et gestes des voisins et du prĂ©sumĂ© coupable avec une audace toujours plus illĂ©gale. A l'instar du stratagème badin de Grace Kelly (d'une douceur d'esprit pour autant lascive et raffinĂ©e) dĂ©cidant finalement de pĂ©nĂ©trer par effraction dans l'appartement du potentiel assassin. Quand bien mĂŞme James Stewart (d'une sobriĂ©tĂ© placide en posture fureteuse et contrariĂ©e) et Thelma Ritter (en domestique sclĂ©rosĂ©e prĂ´nant le bon sens auprès de son employeur, cĂ©libataire endurci difficile Ă  persuader) observent la situation avec une apprĂ©hension davantage ingĂ©rable. Alfred Hitchcock redoublant par ailleurs de perversitĂ© lorsque l'une des voisines de l'immeuble est sur le point de s'empoisonner au moment mĂŞme oĂą Grace Kelly demeure en très fâcheuse posture avec le propriĂ©taire suspicieux de l'appartement. Ainsi, se pose donc la question cruciale ! Qui doivent-ils sauver ? Et donc, Ă  travers leurs attitudes fureteuses et affrontements contradictoires Ă  culpabiliser ou non ce mystĂ©rieux voisin de manière toujours plus affirmative, Hitchcock nous dĂ©montre Ă  quel point l'accoutumance irrĂ©pressible du voyeurisme puisse parfois prĂŞter Ă  confusion Ă  partir de prĂ©jugĂ©s. MĂŞme si en l'occurrence nos protagonistes s'avèrent sur la voie de la vĂ©ritĂ© de par leur intelligence d'esprit Ă  cumuler de nombreux indices probants.  

Modèle de rigueur dans son suspens ciselĂ© (en dĂ©pit de quelques longueurs lors de sa mise en place) n'omettant jamais l'humour auprès des aimables apartĂ©s des comĂ©diens Ă  la complicitĂ© vivace, FenĂŞtre sur Cour ne cesse de nous Ă©branler la vue et l'esprit Ă  travers cette insensĂ©e mise en abyme  qu'Hitchcock transfigure pour mieux nous opposer aux bas instincts du "spectacle" visuel. Celui de notre appĂ©tence voyeuriste que chacun de nous reluque dans une discrĂ©tion Ă  peine assumĂ©e.  

*Eric Binford
3èx

Récompense: Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario en 1955 pour John Michael Hayes

La Momie

                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site sallesobscures2.over-blog.fr

"The Mummy" de Stephen Sommers. 1999. U.S.A. 2h04. Avec Brendan Fraser, Rachel Weisz, John Hannah, Arnold Vosloo, Kevin J. O'Connor, Jonathan Hyde, 

Sortie salles France: 21 Juillet 1999 

FILMOGRAPHIEStephen Sommers (nĂ© le 20 mars 1962) est rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain. 1989: Catch Me If You Can. 1993: Les Aventures de Huckleberry Finn. 1994: Le Livre de la Jungle. 1998: Un Cri dans l'OcĂ©an. 1999: La Momie. 2001: Le Retour de la Momie. 2004: Van Helsing. 2009: G.I. Joe : Le RĂ©veil du Cobra. 2013: Odd Thomas. 


Les aventuriers de la Momie Perdue n'a rien Ă  envier aux cinĂ©mas de quartier rĂ©volus. 
Jouissive rĂ©crĂ©ation du Samedi soir beaucoup plus inspirĂ©e par la saga d'Indiana Jones que de la Momie d'Universal immortalisĂ©e par Karloff, La Momie ne nous laisse nul rĂ©pit 2h04 durant. Puisque dĂ©libĂ©rĂ© Ă  contenter un public familial Ă  travers son savant dosage de romance, d'actions, d'aventures, d'humour et d'horreur (docile), La Momie transpire la sĂ©rie B de luxe sous l'impulsion de l'orchestration effrĂ©nĂ©e de Jerry Goldsmith et de personnages extravagants jouant les drilles avec une mine frĂ©tillante. Tant auprès de ceux tributaires de leur pĂ©riple hĂ©roĂŻque (Brendan Fraser en aventurier de seconde zone, regard assurĂ© / mâchoire serrĂ©e en mode semi-parodique, Rachel Weisz en bibliothĂ©caire gentiment godiche) que des secondes tĂŞtes (John Hannah endossant le frère de la bibliothĂ©caire dans une carrure fluette aussi empotĂ©e qu'Ă©tourdie, Arnold Vosloo se fondant dans le corps mastard de la momie avec une sobriĂ©tĂ© patibulaire oĂą perce la dĂ©rision tacite, et enfin Kevin J. O'Connor endossant le fĂ©lon rĂ©cidiviste dans une expression chafouine gentiment dĂ©testable). 

Ainsi, tous ces personnages bonnards se prĂŞtent aimablement Ă  l'aventure trĂ©pidante (parfois traversĂ©e de souffle-Ă©pique comme le souligne son incroyable sĂ©quence d'ouverture digne d'une offensive chevaleresque de Lauwrence d'Arabie !) avec un goĂ»t du risque, de l'audace, de la bĂ©vue et de la compĂ©tition eu Ă©gard des rivalitĂ©s entre clans se disputant le trĂ©sor (pour la mise du livre des morts et  du livre d'or !) lors d'une inimitiĂ© cocasse. Stephen Sommers parvenant en toute efficacitĂ© Ă  relancer l'action et le rĂ©cit dans de multiples directions exotiques ou caverneuses, notamment par l'entremise des MedjaĂż, descendants des gardes des pharaons uniquement prĂ©occupĂ©s Ă  prĂ©server la nĂ©cropole maudite que se disputent les 2 clans adverses. MagnifiĂ©s de somptueux dĂ©cors Ă©gyptiens, tant naturels que domestiques, faisant office de seconds-rĂ´les parmi l'appui d'effets numĂ©riques tantĂ´t crĂ©dibles, tantĂ´t perfectibles, La Momie est toutefois un ravissement formel rehaussĂ© qui plus est d'une photo sĂ©pia subtilement nuancĂ©e (tout du moins en version 4K plus jaunâtre, moins rutilante qu'en format Dvd). Et si certains CGI s'avèrent complètement foirĂ©s (les scarabĂ©es pĂ©nĂ©trant sous la peau des victimes sans aucun rĂ©alisme), d'autres parviennent in extremis Ă  fasciner (la rĂ©gĂ©nĂ©ration corporelle de la Momie passant de squelette Ă  diffĂ©rents stades de mĂ©tamorphoses afin de reconstituer son corps de chair et de sang qu'il sustente grâce Ă  ses proies). 

Spectacle exhaustif d'actions et d'aventures familiales sous le pilier d'un humour bonnard Ă  la fois attachant et rafraĂ®chissant, la Momie rend hommage Ă  Universal (en toute modestie), Ă  Ray Harryhausen (son final belliqueux qu'amorce une armĂ©e de squelettes fusant tous azimuts autour de nos hĂ©ros haletĂ©s) et surtout Indiana Jones Ă  travers une plĂ©thore de savoureux clins d'oeil jamais vulgaires ou contrefaits. Stephen Sommers vouant plutĂ´t une prĂ©dilection amoureuse au cinĂ©ma de quartier avec l'appui d'un budget autrement substantiel. D'ailleurs, le public avide de manège Ă  sensations ne s'y trompera pas, la Momie se hissant 6è au Box-Office français avec 3 millions d'entrĂ©es, sans compter ses 416 millions de dollars de recettes cultivĂ©es Ă  travers le monde. 

 *Eric Binford
3èx

Récompenses:

1999 Écran d'or Prix de l'Écran d'or -

Prix Bogey d'or

Prix international de la critique de musique de film

2000 Académie des films de science-fiction, fantastique et d'horreur - Saturn Awards Saturn Award du meilleur maquillage Nick Dudman et Aileen Seaton

Prix BMI du cinéma et de la télévision Prix BMI de la meilleure musique de film Jerry Goldsmith

mardi 28 septembre 2021

Humongous (la Malédiction de l'île aux chiens)

                                                      
                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au s ite Imdb.com

de Paul Lynch. Canada. 1982. 1h35. Avec Janet Julian, David Wallace, John Wildman, Janit Baldwin, Joy Boushel, Layne Coleman.

Sortie US : 11 Juin 1982

FILMOGRAPHIE SELECTIVEPaul Lynch est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique de films et sĂ©ries TV, nĂ© en 1946 Ă  Liverpool (Royaume-Uni). 1973 : The Hard Part Begins, 1978 : Blood & Guts, 1980 : Le Bal de l'horreur (Prom Night), 1982 : La MalĂ©diction de l'Ă®le aux chiens (Humongous), 1983 : Cross Country, 1986: Blindside, 1997 : No Contest II, 1999 : More to Love, 2004: The Keeper.

SĂ©rie B d’exploitation surfant sur les succès d’Anthropophagous et, Ă  moindre Ă©chelle, de La Tour du Diable, Humongous fut, dans les annĂ©es 80, un hit de vidĂ©o-club que certains spectateurs n’hĂ©sitèrent pas Ă  Ă©riger en Ĺ“uvre culte, aussi mineur soit son contenu linĂ©aire. ExhumĂ© de l’oubli grâce Ă  l’Ă©diteur français Uncut Movies, le voilĂ  enfin disponible en DVD, plus de trente ans après sa sortie ! Une aubaine que les nostalgiques s’empresseront d’acquĂ©rir dans une copie plutĂ´t correcte, et l’occasion pour la jeune gĂ©nĂ©ration de jauger sa petite renommĂ©e.

Reprenant le mĂŞme pitch que l’Ĺ“uvre scandaleuse de Joe D’Amato (une poignĂ©e de vacanciers Ă©chouĂ©s sur une Ă®le livrĂ©s Ă  un tueur cannibale), Humongous lorgne davantage du cĂ´tĂ© de Survivance et de Vendredi 13, pour ce cadre forestier infestĂ© d’un fou auquel une bande de gamins va Ă©videmment tenter d’Ă©chapper, l’enjeu n’Ă©tant rien moins que leur survie. Si l’argument fut maintes fois rebattu et que les clichĂ©s usuels — personnages cabotins en tĂŞte — ne plaident guère en sa faveur, Humongous s’en tire par l’Ă©clat d’une ambiance envoĂ»tante, laissant traĂ®ner un suspense latent. Car jouant sur l’attente de la menace invisible et sur l’Ă©clair fulgurant des estocades, Paul Lynch distille avec minutie une angoisse sourde, retardant l’apparition (hideuse) du monstre.

 
Une manière subtile de mĂ©nager le mystère, de titiller la peur par l’ouĂŻe : les hurlements de chiens filtrant des sous-bois, la respiration rauque (vue subjective oblige) Ă©pousant chaque geste, chaque tremblement des vacanciers. Mais le clou de l’effroi, le cĹ“ur palpitant du film, pulse dans la dĂ©couverte d’une demeure familiale aux secrets fangeux. On y revient, au prologue d’une cruautĂ© glaçante : un homme ivre viole une amie avant d’ĂŞtre dĂ©chiquetĂ© par une meute de chiens. Sans conteste le moment le plus violent, le plus scabreux, rendu insoutenable par le vĂ©risme abrupt de sa dramaturgie. Par touches, par un journal intime froissĂ©, par de vieilles photos jaunies, Paul Lynch crĂ©dibilise la souillure familiale, viol et homicide en germe du mal.

Si certains comĂ©diens, Ă  la banalitĂ© de leur physique, s’avèrent superficiels en victimes expiatoires, ils parviennent malgrĂ© tout Ă  captiver, Ă  susciter un Ă©lan de compassion par leur vaillance, leur obstination Ă  franchir l’antre maudit, leur solidaritĂ© fragile face Ă  une menace tapie. Mention Ă  Janet Julian, hĂ©roĂŻne inattendue, qui distille un charisme sombre dans sa peur, et quelques audaces salvatrices face Ă  l’ogre sylvestre.

 
"Échos de chiens et soupirs de sang".
Modestement efficace, parfois angoissant, souvent brutal, et haletant dans ses ultimes convulsions (les meurtres claquent et le final, clichĂ© ou pas, mord jusqu’au bout), Humongous se hisse surtout par l’Ă©toffe de son atmosphère mortifère, chose rare aujourd’hui : musicalitĂ© au synthĂ©, photogĂ©nie blafarde, tension rampante. Un petit survival horrifique, scandĂ© par un score dissonant, Ă  savourer encore, nostalgiques en tĂŞte : Humongous tient la route, immerge sans relâche dans son sous-bois obscur, et surprend par quelques cadrages alambiquĂ©s, formels jusqu’Ă  l’inattendu.

Salutation Ă  Uncut Movies (http://www.uncutmovies.fr/)

*Eric Binford
05.08.14. 158 v
26.09.21. 3èx

lundi 27 septembre 2021

Zombie Holocaust / La Terreur des Zombies

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Marino Girolami. 1979. Italie. 1h24. Avec Ian McCulloch, Alexandra Cole, Sherry Buchanan, Peter O'Neal, Donald O'Brien 

Sortie salles France: 22 Avril 1981. Italie: Décembre 1979

FILMOGRAPHIE: Marino Girolami (aussi connu sous les pseudonymes de Franco Martinelli, Frank Martin, Jean Bastide, Fred Wilson ou Bernado Rossi) est un rĂ©alisateur italien nĂ© le 1er fĂ©vrier 1914 Ă  Rome et mort Ă  Naples le 20 fĂ©vrier 1994. Il est le père d’Ennio Girolami et Enzo G. Castellari et a pour frère l’acteur Romolo Guerrieri. 1951 : Milano miliardaria. 1951 : Il mago per forza. 1951 : Terre de violence (Amore e sangue). 1951 : Quelles drĂ´les de nuits (Era lui... sì! sì!). 1975 : Rome violente. 1976 : OpĂ©ration jaguar. 1979 : La Terreur des zombies.  

Croisement improbable de Cannibal Holocaust et l'Enfer des Zombies (dont il reprend mĂŞme quelques dĂ©cors et acteurs), Zombie Holocaust est une sĂ©rie Z transalpine qui vaut essentiellement pour ses scènes gores assez rĂ©ussies et crapoteuses. Dommage que le rĂ©cit ridicule, ses dialogues risibles, la posture contractĂ©e des acteurs de seconde zone et les zombies peu convaincants finissent (très) rapidement par plomber toute ambition ludique. 

*Eric Binford
2èx

mercredi 22 septembre 2021

Serpico

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sidney Lumet. 1973. U.S.A/Italie. 2h10. Avec Al Pacino, John Randolph, Jack Kehoe, Biff McGuire, Barbara Eda-Young, Cornelia Sharpe, Tony Roberts, Allan Rich. 

Sortie salles France: 22 Mai 1974. U.S: 5 Décembre 1973

FILMOGRAPHIE: Sidney Lumet est un réalisateur américain, né le 25 Juin 1924 à Philadelphie, décédé le 9 avril 2011 à New-York. 1957: 12 Hommes en colère. 1958: Les Feux du Théâtre. 1959: Une Espèce de Garce. 1959: l'Homme à la peau de serpent. 1961: Vu du pont. 1962: Long voyage vers la nuit. 1964: Le Prêteur sur gages. 1964: Point Limite. 1965: La Colline des Hommes perdus. 1966: Le Groupe. 1966: MI5 demande protection. 1968: Bye bye Braverman. 1968: La Mouette. 1969: Le Rendez-vous. 1970: Last of the mobile hot shots. 1970: King: A filmed record... Montgomery to Memphis. 1971: Le Dossier Anderson. 1972: The Offence. 1972: Les Yeux de Satan. 1973: Serpico. 1974: Lovin' Molly. 1974: Le Crime de l'Orient Express. 1975: Un Après-midi de chien. 1976: Network, main basse sur la TV. 1977: Equus. 1978: The Wiz. 1980: Just tell me what you want. 1981: Le Prince de New-York. 1982: Piège Mortel. 1982: Le Verdict. 1983: Daniel. 1984: A la recherche de Garbo. 1986: Les Coulisses du Pouvoir. 1986: Le Lendemain du Crime. 1988: A bout de course. 1989: Family Business. 1990: Contre Enquête. 1992: Une Etrangère parmi nous. 1993: l'Avocat du Diable. 1997: Dans l'ombre de Manhattan. 1997: Critical Care. 1999: Gloria. 2006: Jugez moi coupable. 2007: 7h58 ce samedi-là.

"Ma prĂ©sence ici aujourd'hui me donne l'espoir qu'Ă  l'avenir les membres de la police n'Ă©prouveront plus les dĂ©ception et les angoisses que j'ai subi par la faute de mes supĂ©rieurs parce que j'essayais de dĂ©noncer la corruption. Ils m'ont fait sentir que je les chargeais d'une tâche dont ils ne voulaient Ă  aucun prix. Ce qui importe c'est de mettre un terme Ă  cette ambiance et Ă  cet Ă©tat d'esprit, il faut qu'un policier honnĂŞte puisse agir sans avoir peur du ridicule ou des reprĂ©sailles de ces collègues. La corruption de la police ne peut exister que si elle est tolĂ©rĂ©e par les plus hautes autoritĂ©s. Votre devoir le plus important c'est de redonner confiance Ă  tous, c'est de convaincre le personnel de la police que de grands changements interviendront. C'est pour assurer cette garantie que la crĂ©ation d'un comitĂ© permanent et indĂ©pendant enquĂŞtant sur la corruption comme l'a fait cette commission est essentielle." Serpico. 

Une date dans l'histoire du cinĂ©ma policier symptomatique du cinĂ©ma vĂ©ritĂ© des Seventies sous l'impulsion d'un Pacino aussi fĂ©brile que vulnĂ©rable. 

Sortir Ă  nouveau de la projo de Serpico après une dizaine d'annĂ©es d'abstinence prouve Ă  quel point le cinĂ©ma des annĂ©es 70 demeure un vivier inĂ©puisable de classiques inoxydables eu Ă©gard de la puissance Ă©motionnelle qui s'y dĂ©gage sans fioritures. Mais pas que, car son rĂ©alisme documentĂ©, sa violence âpre ne sont pas en reste lorsqu'il s'agit d'y pratiquer un cinĂ©ma engagĂ© auprès du profil stoĂŻque d'un reprĂ©sentant de l'ordre Ă  la fois burnĂ©, dubitatif et anticonformiste. Ainsi donc, en s'inspirant de l'histoire vraie du jeune recrue Serpico dĂ©libĂ©rĂ© 11 annĂ©es durant Ă  tenter de percer au grand jour la corruption policière au sein de son propre commissariat, l'immense Sidney Lumet dĂ©ploie son talent de conteur et de metteur en scène studieux au grĂ© d'une intensitĂ© dramatique lestement exposĂ©e. Pour ce faire, on peut Ă©videmment compter sur la prĂ©sence (dĂ©jĂ ) iconique d'Al Pacino tout en sobriĂ©tĂ© pour se fondre dans le corps d'un policier nĂ©ophyte rĂ©futant les conventions Ă  travers sa tenue vestimentaire baba cool, longs cheveux bruns et barbe en sus afin de se dĂ©marquer de ses confrères et ainsi mieux alpaguer la faune urbaine. 


Omniprésent à l'écran, Al Pacino dégage une force d'expression à la fois irascible, langoureuse et soucieuse de par son parcours de longue haleine à dénoncer le corps policier complice de corruption, entre violences policières, pots de vin, abus de pouvoir, racket, malversations (et non assistance à personne en danger). L'intérêt de l'intrigue soigneusement charpentée dépeignant l'acharnement de ce jeune flic seul contre tous, qui plus est exploité par quelques bienfaiteurs sournois, se démenant à ébruiter la vérité au grand dam de sa liaison conjugale en perdition. Sidney Lumet accordant notamment beaucoup d'intérêt (tout du moins à un moment propice du récit) à radiographier la dépression morale de Serpico peu à l'écoute de l'être aimé, car peu enclin à considérer son épouse en détresse affective. Celui-ci demeurant hélas tiraillé par sa résilience, ses risques suicidaires et ses efforts disproportionnés à tenter de réunir des mains secourables dans sa prise de position contestataire à dénoncer ses pairs au mépris de sa hiérarchie davantage hostile. Le film débutant par l'agression probablement mortelle de Serpico, Sidney Lumet instaurant durant tout le récit un suspense dramatique tacite quant au sort précaire de celui-ci. Quand bien même nous nous interrogions autant sur les conditions qui ont pu engendrer son agression et quels en étaient les complices osant commanditer pareil guet-apens ?

Puissant rĂ©quisitoire contre toute forme de corruption policière, Serpico est un grand moment de cinĂ©ma Ă  la fois humaniste et engagĂ© Ă  travers l'inoubliable profil de ce jeune flic vaillant (quelle leçon de courage !) sacrifiant sa vie (professionnelle et conjugale) au profit de sa droiture d'esprit. Inoubliable. 

*Eric Binford. 
3èx