mercredi 10 août 2022

James Bond contre Dr No / Dr No. Golden Globes 1964 : révélation féminine de l'année pour Ursula Andress

                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Terence Young. 1962. Angleterre. 1h50. Avec Sean Connery, Ursula Andress, Joseph Wiseman, Jack Lord, Bernard Lee, Anthony Dawson, Zena Marshall, John Kitzmiller.

Sortie salles France: 27 Janvier 1963. Angleterre: 10 Octobre 1962. U.S: 8 Mai 1963

FILMOGRAPHIE: Terence Young est un scénariste et réalisateur britannique, né le 20 juin 1915 à Shanghai, Chine, décédé le 7 septembre 1994 à Cannes d'une crise cardiaque.1946 : La gloire est à eux. 1948 : L'Étrange Rendez-vous. 1948 : One Night with You. 1949 : Les Ennemis amoureux. 1950 : Trois des chars d'assaut. 1951 : La Vallée des aigles. 1952 : The Tall Headlines. 1953 : Les Bérets rouges. 1955 : La Princesse d'Eboli. 1955 : Les Quatre Plumes blanches. 1956 : Safari. 1956 : Zarak le valeureux. 1957 : Au bord du volcan. 1958 : La Brigade des bérets noirs. 1959 : Serious Charge. 1960 : La Blonde et les nus de Soho. 1961 : 1-2-3-4 ou les Collants noirs. 1961 : Les Horaces et les Curiaces. 1962 : James Bond 007 contre Dr No. 1963 : Bons Baisers de Russie. 1965 : Les Aventures amoureuses de Moll Flanders. 1965 : Guerre secrète. 1965 : Opération Tonnerre. 1966 : Opération Opium. 1967 : Peyrol le boucanier. 1967 : La Fantastique Histoire vraie d'Eddie Chapman. 1967 : Seule dans la nuit. 1968 : Mayerling. 1969 : L'Arbre de Noël. 1970 : De la part des copains. 1971 : Soleil rouge. 1972 : Cosa Nostra. 1974 : Les Amazones. 1974 : L'Homme du clan. 1977 : Woo fook. 1979 : Liés par le sang. 1981 : Inchon. 1983 : La Taupe. 1988 : Marathon.


La classe inoxydable de Sean Connery dès sa première aproche avec 007. 
Il s'agit de la 1ère adaptation filmique de James Bond créé par le romancier Ian Fleming et on peut dire que le réalisateur britannique Terence Young s'en sort haut la main à conjuguer en toute efficacité policier, aventure, romance, action ainsi qu'un soupçon de violence (parfois cruelle !) sous l'égide de l'indétrônable Sean Connery d'un naturel hors pair dans la peau d'un espion à la fois charmeur, retors, véloce et sobrement héroïque. D'ailleurs, sur ce point potentiellement épique; James Bond contre Dr No ne réserve finalement que peu d'action durant l'investigation périlleuse de Bond contraint de faire escale sur une île Jamaïcaine pour tenter de résoudre la mort mystérieuse de 2 agents britanniques. 


Pourtant mené sans temps mort au sein d'une classieuse photo sépia, on est captivé par l'élégance dépouillée des décors exotiques et de la mise en scène d'un charme rétro (aujourd'hui) résolument irrésistible. Tant et si bien que James Bond contre Dr No semble véritablement éternel à perdurer sa capacité innée à nous séduire au travers d'une aventure policière rondement menée dans son concentré de péripéties insidieuses, félonies, étreintes sensuelles (la néophyte Ursula Andress transperce l'écran de  son aura charnelle noisette et du reflet de son innocence un brin naïve - si bien qu'elle croit au dragon ! -), exactions criminelles, poursuites et climax homérique au sein du repère de l'inquiétant Dr No que Terence Young a la judicieuse astuce de nous le dévoiler qu'à l'ultime demi-heure afin de renforcer l'aspect mystérieux de cet antagoniste aussi altier que mégalo à daigner dominer le monde (comme le relève la consigne de chaque opus). 


Les spectateurs français ne s'y tromperont pas, James Bond contre Dr No cumula 4 772 574 entrées alors qu'aux 4 coins du monde il triomphera pour rembourser en 3 mois seulement son million de dollars initial grâce au cumul des 60 millions de dollars de recettes. C'est donc sans surprises qu'une suite est mise en chantier 1 an plus tard sous la houlette du même réalisateur et de son acteur vedette, quand bien même Ursula Andress accédera elle aussi peu à peu à la notoriété. Un plaisir de cinéma vintage d'une puissance visuelle en perpétuelle attraction commune que le briscard Terence Young peaufine avec un remarquable savoir-faire (notamment en magnifiant le profil de Sean Connery par petites touches suggestives pour sa 1ère apparition Bondienne face écran).

*Bruno

Récompense: Golden Globes 1964 : révélation féminine de l'année pour Ursula Andress (Ex aequo avec Tippi Hedren pour Les oiseaux et Elke Sommer pour Pas de lauriers pour les tueurs)

mardi 9 août 2022

Elvis

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Baz Luhrmann. 2022. U.S.A/Australie. 2h39. Avec Austin Butler, Tom Hanks, Helen Thomson, Richard Roxburgh, Olivia DeJonge, Luke Bracey, Natasha Bassett.

Sortie salles France: 22 Juin 2022

FILMOGRAPHIEBaz Luhrmann est un réalisateur, scénariste et producteur australien, né le 17 septembre 1962 à Herons Creek (Nouvelle-Galles du Sud). 1992 : Ballroom Dancing. 1996 : Roméo + Juliette. 2001 : Moulin Rouge. 2008 : Australia. 2013 : Gatsby le Magnifique. 2022 : Elvis. 


Biopic d'une légende du Rock sous l'impulsion d'un franc-tireur contestataire.
Spectacle de la démesure et de la frénésie sous l'impulsion de l'artiste solo le plus célèbre de tous les temps (il reste à l'heure actuelle inégalable en terme de vente de disques !), Elvis est un vortex émotionnel d'une durée substantielle de 2h39. Et si on peut déplorer quelques petits essoufflements durant le parcours musical de ce géant du déhanchement (sa 1ère exhibition est anthologique, MA séquence attitrée de tout le métrage !), l'émotion sensorielle ressentie à plusieurs moments (dont celle susnommée donc) emporte tout sur son passage. A l'instar également de son ultime demi-heure franchement bouleversante (alors que l'on connait l'issue mortuaire) parvenant à nous faire ressentir la détresse du King comme si nous étions à l'intérieur de son corps tuméfié par l'alcool, l'épuisement, l'isolement, les cachets. 


Outre l'incroyable fulgurance de la mise en scène retraçant le parcours d'endurance (euphémisme !) d'un chanteur révolutionnaire soumis à l'autorité véreuse de son impresario (que campe admirablement Tom Hanks dans une posture sournoise de paternel faussement prévenant), Baz Luhrmann en profite pour nous remémorer une page de l'histoire de l'Amérique à la fois puritaine (Elvis risque la prison uniquement à cause de ses déhanchements jugés trop provocateurs, violents et sexy et de ses paroles frondeuses !), complotiste (la mort de Kennedy) et ségrégationniste, comme le confirme la mort de Martin Luther King qu'Elvis voue d'admiration en tant que figure symbole de la communauté noire. Si bien que le Gospel qu'il accueillit étant enfant dans une église inspira largement son style musical et ses pas de danse dans une posture transie d'émoi que les fans contemplaient dans une fascination hystérico-obsessionnelle. On peut évidemment saluer à travers ses expression surmenées (de perles de sueur) la prestance du jeune Austin Butler se donnant à fond dans la peau fragile du King balloté tous azimuts par ses fans, son impresario et d'autres requins financiers durant toute sa trajectoire professionnelle. Tant et si bien que l'acteur parvient à nous conjuguer (sans déborder) ses euphories de la notoriété et son appréhension dépressive de perdurer dans les bravoures musicales lors d'un compromis quasi suicidaire (son ultime concertation avec son impresario lui sera 2 ans plus tard fatale). 


Dégageant une énergie pulsatile souvent impressionnante mais peu à peu destructrice au fil de l'évolution déclinante du King davantage isolé de sa famille (paternelle et conjugale) et plongé dans 
l'impasse d'une probable faillite, Elvis, le film, dégage un humanisme chétif résolument communicatif pour tenir compte de l'exceptionnel talent de ce mélomane manipulé par la plupart de son entourage (son propre père inconséquent peut d'ailleurs faire profil bas), des médias véreux et des fans faute de notre fanatisme égoïste à se figer d'admiration pour un super-héros intemporel. Du grand spectacle  épique incessamment vampirisé du montage capiteux qui laisse sans voix au générique en berne. Et probablement le meilleur film de son (inégal) auteur qui étrangement parvient ici grâce à sa traditionnelle outrance baroque à transplanter la fureur de sa réalisation habitée avec l'énergie instable d'Elvis Presley à la fois anticonformiste, novateur et ingérable à s'opposer durant toute sa carrière au diktat de la bien-pensance. 

*Bruno

lundi 8 août 2022

Chewing-gum Rallye / The Gumball Rally

                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Charles Bail. 1976. U.S.A. 1h45. Avec Michael Sarrazin, Norman Burton, Raúl Juliá, Gary Busey,  Tim McIntire.

Sortie salles France: 11 Juin 1980. U.S: 28 Juillet 1976

FILMOGRAPHIE: Charles Bail est un réalisateur et acteur américain né en 1935 à Pittsburgh, Pennsylvania, USA, décédé le 25 Novembre 2020 à Tyler, Texas, USA. 1996: Street Corner Justice. 1986: Choke Canyon. 1976: Chewing Gum Rallye.  1975 Cleopatra Jones and the Casino of Gold. 1974 Black Samson. 

Précurseur de L'Équipée du Cannonball, Cannonball et Cannonball 2, Chewing-gum rallye s’ancre à l’origine dans la véritable course (non officielle) du Baker Sea-To-Shining-Sea Memorial Trophy Dash. Ce road-movie désinvolte devrait réjouir les amateurs de poursuites motorisées sur bitume, menées sur le ton d’une comédie d’action sans prétention.
Le film mise beaucoup sur la bonhomie fougueuse de ses interprètes - Michael Sarrazin, Raúl Juliá en tête -, tous à l’aise en fous du volant défiant la maréchaussée, tandis que d’autres énergumènes (la bande des motards) viennent ralentir leur échappée vers l’arrivée.

Le tout, correctement rythmé, respire le cinéma des années 70, à travers ses multiples traversées urbaines que le réalisateur capte avec un certain souci documentaire. Les mini-cascades, sans esbroufe, amusent par leur générosité modeste.
L’humour pittoresque ne vole évidemment pas bien haut, porté par des péripéties aussi crétines que parfois délicieusement ubuesques (comme ce flic persuadé de débarquer sur un plateau de tournage). Ce ton franchouillard à l’américaine participe pourtant à son charme rétro, vestige d’une époque révolue friande de spectacles fun, légers et décomplexés.

À ce petit jeu motorisé, on pourra légitimement préférer la série des Cannonball, réalisée quelques années plus tard dans les années 80 - plus ludique et flamboyante peut-être, mais pas forcément plus libre.

— le cinéphile du cœur noir


Info (Wikipedia): 
Le Cannonball Baker Sea-To-Shining-Sea Memorial Trophy Dash, largement connu sous le nom de Cannonball Baker ou Cannonball Run, était une course automobile non officielle et non autorisée qui s’est déroulée cinq fois dans les années 1970 de New York et Darien, Connecticut, sur la côte est des États-Unis au Portofino Inn[1] dans la banlieue de Los Angeles de Redondo Beach. Californie. Les courses Cannonball Run ont également inspiré de nombreux efforts contemporains d’équipes indépendantes pour établir le temps record pour le parcours, connu sous le nom de Cannonball Run Challenge.

Conçue par Brock Yates, rédacteur de magazine automobile et coureur automobile, et Steve Smith, rédacteur en chef de Car and Driver, la première course n’était pas une course compétitive car une seule équipe courait. La course était destinée à la fois à célébrer le réseau routier inter-États des États-Unis et à protester contre l’entrée en vigueur du code de la route strict à l’époque. Une autre motivation était le plaisir impliqué, qui se voyait dans les rapports ironiques dans Car and Driver et d’autres publications automobiles dans le monde entier. La première course de cross-country a été faite par Yates; son fils, Brock Yates, Jr.; Steve Smith; et son ami Jim Williams à partir du 3 mai 1971, dans une fourgonnette Dodge Custom Sportsman de 1971 appelée « Moon Trash II ». 

La course a eu lieu quatre autres fois: le 15 novembre 1971; 13 novembre 1972; 23 avril 1975; et le 1er avril 1979. 

Le magazine Car and Driver détaille la course de novembre 1971 dans son numéro de mars 1972. Cet article a été réimprimé pour représenter les années 1970 à l’occasion du 50e anniversaire du magazine en 2005. Un effort remarquable a été fait par la légende de la course automobile américaine Dan Gurney, vainqueur des 24 Heures du Mans 1967. Il a remporté le deuxième Cannonball au volant d’une Ferrari 365 GTB/4 Daytona bleue Sunoco. Gurney a déclaré: « À aucun moment, nous n’avons dépassé 175 mph [280 km / h]. » Lui et Brock Yates en tant que copilote ont pris 35 heures 54 minutes pour parcourir 2 863 miles (4 608 km) à une moyenne d’environ 80 mph (130 km / h) tout en récoltant une amende. La neige dans les montagnes Rocheuses les a considérablement ralentis.


En 1972, l’équipe de Steve " Yogi » Behr, Bill Canfield et Fred Olds a remporté dans une Cadillac Coupe de Ville, la première voiture américaine à remporter un Cannonball. 
Les 23 et 25 avril 1975, Jack May et Rick Cline conduisent une Dino 246 GTS depuis le Red Ball Garage de New York en un temps record de 35 heures 53 minutes, avec une moyenne de 83 mph (134 km/h).

Le record officiel de Cannonballs est de 32 heures 51 minutes (environ 87 mph ou 140 km/h), établi lors de la dernière course de Darien, Connecticut, à Los Angeles par Dave Heinz et Dave Yarborough dans une Jaguar XJS en avril 1979. 

Après les courses originales de Cannonball, Car and Driver a sponsorisé des circuits fermés légitimes, le One Lap of America. Les successeurs hors-la-loi aux États-Unis, en Europe et en Australie continuent d’utiliser le nom Cannonball sans l’approbation de Yates.

vendredi 5 août 2022

Prey

                                               Photo empruntée sur Google, imputée au site Ebay.fr

de Dan Trachtenberg. 2022. U.S.A. 1h39. Avec Amber Midthunder, Dakota Beavers, Dane DiLiegro, Stormee Kipp, Michelle Thrush, Julian Black Antelope

Sortie le 5 Août 2022 (Int - 17 ans aux Etats-Unis)

FILMOGRAPHIEDan Trachtenberg, né le 11 mai 1981 à Philadelphie (Pennsylvanie), est un réalisateur et scénariste américain. 2016 : 10 Cloverfield Lane. 2022 : Prey. 


Dénué de prétention et d'ambition, conscient de ne pouvoir rivaliser avec son modèle, Prey est un très bon film d'action dans la lignée des divertissements sans prétention des années 80. Dans la mesure où Dan Trachtenberg compte beaucoup sur l'efficacité des affrontements plutôt bien emballées, assez spectaculaires, parfois épiques et surtout, une fois n'est pas coutume, jamais outrancières comme le souligne la confrontation finale concise tout à fait modeste (à défaut de combler les fans de surenchère bourrine). Et donc, on peut y établir une filiation avec l'excellente séquelle de Stephen Hopkins, Predator 2 dont l'essentiel de l'action fut concentrée en plein centre urbain de Los Angeles pour se démarquer du chef-d'oeuvre de Mc Tiernan à renouveler son cadre géographique en jouant la carte du divertissement du Samedi soir à travers ses moult séquences d'action vénères se rapprochant de la BD. Or, avec Prey, on nous sert en prime un joli portrait de femme rebelle gagnée par l'estime de soi auprès de l'entrée en matière d'un 1er acte psychologique fondé sur son opposition avec des personnages machistes, autoritaires, gouailleurs se référant au patriarcat de leur tribu commanche. 


Ainsi, avec même plus de sobriété dans le jeu des acteurs et d'une action primale aussi généreuse, Dan Trachtenberg délocalise l'action temporelle dans l'Ouest sauvage de 1719 en accordant le premier rôle à ce personnage féminin, Naru. Une indienne chasseuse en herbe vivant paisiblement avec son fidèle chien (participant autant à l'aventure avec une ruse intrépide !) auprès de sa communauté et qui devra retrousser ses manches depuis l'intrusion inhospitalière de notre alien stellaire. Or cette dernière ne conjurait qu'une chose auprès de son peuple Comanche, leur prouver d'être capable d'accéder au rang de guerrière notoire. C'est donc évidemment une nouvelle chasse à l'homme auquel nous avions droit, une traque inlassable entre indiens et blancs dépouilleurs de peau de bisons (notamment pour y relancer l'action dans une direction plus sanglante) que Dan Trachtenberg transfigure au sein d'une scénographie naturelle fastueuse. Qui plus est renforcé d'une photo assez splendide en rehaussant l'attrait dépaysant de vastes panoramas montagneux. Et à ce niveau formel, on en prend également plein la vue en mode immersif. 


Sans égaler le chef-d'oeuvre indétrônable de John Mc Tiernan, Prey joue la carte du modeste divertissement avec une probité qui fait plaisir à voir en notre ère numérisée trop souvent dénuée d'ambition, d'âme, de fureur, de passion. Tant et si bien qu'ici hormis l'emploi de certains trucages virtuels, on reste assez convaincu de la qualité plutôt correcte des CGI assez bien insérés dans le cadre géographique. Efficace, captivant et haletant pour ne jamais ennuyer tout en se focalisant à nouveau sur l'intensité fascinatoire de notre predator quasi indestructible, Prey se savoure aussi bien que Predator 2 sous l'impulsion d'une héroïne attachante en guerrière intrépide en ascension de reconnaissance. Un divertissement réjouissant donc, plus sincère, fun et stimulant que toutes les suites et épigones dérivés que nous nous sommes coltinés par opportunisme. Le predator est donc bel et bien de retour pour le plaisir de ses fans avec, en filigrane, un noble discours sur l'émancipation féminine du point de vue d'une initiation héroïque plus rusée et primale qu'attendue.  

*Bruno
09.09.24. 2èx. VF. 4K

jeudi 4 août 2022

Gremlins 2 / Gremlins 2: The New Batch

                                          
                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site imdb.com

de Joe Dante. 1990. U.S.A. 1h46. Avec Zach Galligan, Phoebe Cates, John Glover, Robert Prosky, Robert Picardo, Christopher Lee, Haviland Morris, Dick Miller.

Sortie salles France: 22 Août 1990. U.S: 15 Juin 1990

FILMOGRAPHIEJoe Dante (né le 28 novembre 1946 à Middletown, New Jersey) est un critique, scénariste, monteur, producteur et réalisateur américain. Son plus grand succès populaire est, à ce jour, Gremlins (1984). 1966-1975 : The Movie Orgy 1976 : Hollywood Boulevard, co-réalisé avec Allan Arkush 1978: Piranhas,1981 : Hurlements (The Howling) 1983 : La Quatrième Dimension (Twiling Zone the Movie), troisième épisode, Its a Good Life 1984 : Gremlins 1985 : Explorers 1987 : Cheeseburger film sandwich (Amazon Women on the Moon), 5 sketches 1987 : L'Aventure intérieure, 1989 : Les Banlieusards (The 'burbs) 1990 : Gremlins 2, la nouvelle génération (Gremlins 2 The New Batch) 1993 : Panic sur Florida Beach (Matinee) 1998 : Small Soldiers 2003 : Les Looney Tunes passent à l'action (Looney Tunes : Back in Action) 2006 : Trapped Ashes , premier segment,Wraparound. 2009: The Hole.


Séquelle de tous les excès boudée dès sa sortie par le public (même si en France il cumule tout de même 2 391 391 entrées) et pas vraiment bien accueillie par la critique si je ne m'abuse, Gremlins 2 est un drôle d'objet filmique que tout le monde, ou presque, considère aujourd'hui comme véritablement réussie, pour ne pas dire cultissime. Et bien que personnellement j'ai toujours émis des réserves sur cette suite hystérico-folingue nantie d'un indicible climat à la fois contestataire, satirique et belliqueux, il m'aura fallu un 4è visionnage pour me convaincre de l'apprécier à sa juste valeur. Et ce même si je garde toutefois une préférence pour le 1er opus à travers son alliage idoine d'humour, de tendresse, de féérie et d'épouvante que Spielberg et Dante ont parfaitement su équilibrer afin de rassembler le grand public. Plus insolent, plus fou, plus dégénéré, plus grotesque et même plus inquiétant auprès de son inventivité parfois imprévisible et de son message politique (Trump est ici caricaturé par l'antagoniste Daniel Clamp), Gremlins 2 dégage un sentiment (amer) de défouloir caustique lorsque Joe Dante cible finalement du doigt une multinationale adepte des technologies ultra modernes au sein d'un building High-tech considérant ses employés comme des esclaves soumis. 


Les Gremlins détruisant et massacrant tout ce qui se trouve sur leur passage afin de réinstaurer une existence traditionnelle plus paisible et bucolique au sein d'une nouvelle topographie urbaine autrement écolo. C'est tout du moins ce qu'imprime comme message final le réalisateur Joe Dante délibéré à vomir de ses tripes une Amérique matérialiste davantage despotique, mégalo et voyeuriste à travers ses vidéos de caméra surveillance exploitées pour dénoncer le mauvais citoyen bravant les règles de la bienséance.  Jeu de massacre donc bourré de références, de gags inventifs et de péripéties tantôt épuisantes, tantôt déconcertantes; film méta, divertissement bicéphale se raillant de son propre concept (et de celui du 1er opus si bien que "l'homme" reste toujours aussi empoté, capricieux et irresponsable), Gremlins 2 s'avère plus ambigu et discursif derrière son gros délire de sale gosse incivilisé que les Gremlins injectent à l'écran avec une verve désinhibée en roue libre. Les effets-spéciaux encore plus réussis qu'au préalable demeurant notamment l'attraction majeure de ce show verbal et musical si bien que l'effet de fascination procurée reste toujours aussi probant de par l'expressivité enjouée des créatures et de leur agile mobilité. Tant auprès de la candeur de Gizmo peu à peu animé par un esprit de rancoeur que de ses rivaux autrement fauteurs de trouble se métamorphosant parfois en créatures ailées, défigurées ou électrifiées pour envahir New-York et asseoir leur autorité. 


Objet filmique non identifié à la fois drôle, fascinant, jouissif mais aussi étonnement étrange, vicié et inquiétant, Gremlins 2 s'alloue en prime d'une aura nostalgique en la présence de nos héros du 1er opus que l'on retrouve ici (pour la plupart) avec une évident plaisir familier. A revoir donc (encore et encore) tant cette séquelle pas comme les autres fourmille d'idées incongrues, de folie ubuesque et de situations improbables avec une liberté de ton fulgurante à faire grincer les dents. 

*Bruno
23.11.17
04.08.22. 4èx

mardi 2 août 2022

La Horse

                                         Photo empruntée sur Google, imputée au site Imdb.com

de  Pierre Granier-Deferre. 1969. France. 1h17. Avec Jean Gabin, André Weber, Marc Porel, Éléonore Hirt, Christian Barbier, Danièle Ajoret, Michel Barbey.

Sortie salles France: 22 Février 1970

FILMOGRAPHIE: Pierre Granier-Deferre, né le 22 juillet 1927 dans le 9e arrondissement de Paris, ville où il est mort le 16 novembre 2007 dans le 16e arrondissement, est un réalisateur français.1961 : Le Petit Garçon de l'ascenseur. 1962 : Les Aventures de Salavin (sous-titré Confession de minuit). 1965 : La Métamorphose des cloportes. 1965 : Paris au mois d'août. 1965 : Histoires d'hommes TV. 1967 : Le Grand Dadais. 1970 : La Horse. 1971 : Le Chat. 1971 : La Veuve Couderc. 1973 : Le Fils. 1973 : Le Train. 1974 : La Race des seigneurs. 1975 : La Cage. 1975 : Adieu poulet. 1976 : Une femme à sa fenêtre. 1979 : Le Toubib. 1981 : Une étrange affaire. 1982 : L'Étoile du Nord. 1983 : L'Ami de Vincent. 1985 : L'Homme aux yeux d'argent. 1986 : Cours privé. 1987 : Noyade interdite. 1988 : La Couleur du vent. 1990 : L'Autrichienne. 1992 : La Voix. 1993 : Archipel. 1995 : Le Petit Garçon.

Flingué par la critique de l'époque (ce qui n'est guère surprenant) mais applaudi par le public français, La Horse ("l'héroïne" en terme argot) s'empare du film d'auto-défense sous la mainmise du solide artisan Pierre Granier-Deferre (le Chat, Adieu Poulet, l'Etoile du Nord, le Train). L'illustre Jean Gabin se fondant dans le corps d'un patriarche réac contraint d'arborer son fusil de chasse auprès de trafiquants de drogue zélés auquel y est mêlé son petit fils Henri. Délibéré à le protéger de la prison et de la mort par ces rivaux vénaux, Auguste Maroilleur défendra bec et ongle toute sa famille quitte à sombrer dans le criminalité parmi la complicité de certains des membres familiaux. Et ce qui semblait à la base un pitch éculé surfant sur le sous-genre du Vigilante Movie devient sous la houlette de Deferre un excellent divertissement autonome, inventif, inquiétant, anticonformiste de par son absence de moralité régie autour de cette famille paysanne en étroite concertation. Ainsi donc, le réalisateur parvient louablement à ne pas sombrer dans les clichés triviaux du film d'auto-défense que l'on connait par coeur. Au contraire, il parvient à se démarquer de ses concurrents de par l'adresse de sa mise en scène faisant vivre ses protagonistes ruraux sous l'égide du renfrogné Gabin motivé par sa droiture d'une hiérarchie familiale auquel il laisse s'exprimer ses réparties tranchées. 

La densité de la mise en scène accordant notamment une grande attention aux décors domestiques et naturels afin de nous immerger dans cette scénographie rustique où les animaux y paieront parfois un lourd tribut. A cet égard, et pour rassurer les fervents défenseurs de la cause animale (dont je fais parti), l'incroyable traque mortelle contre les vaches n'est aucunement un snuf selon les allégations de Jean Gabin de par l'habileté du montage au réalisme saisissant pour nous faire croire à l'impensable. Même si personnellement je trouve que la séquence assez pénible par sa répétition brutale s'attarde un peu trop dans la temporalité à pourchasser les vaches sans relâche (anesthésiées aux médocs donc par des vétos ou préalablement mortes en dehors du tournage). On peut donc parler de films d'acteurs (entourés d'attachants seconds-rôles) solidement investis dans cette vendetta paysanne que Jean Gabin monopolise avec son bagout proverbial qu'on lui connait. Qui plus est, et il est primordial à mon sens de le souligner, la musique composée par Gainsbourg et Michel Colombier renforce cette aura singulière pour rendre compte de l'hostilité de son atmosphère feutrée instaurée en crescendo dès que les vaches trépassent de la manière la plus vile et sournoise. 

La Horse demeure donc du cinéma à l'ancienne comme on n'en fait hélas plus depuis fort longtemps. Ou plus objectivement un moment de cinéma artisanal assez excitant, étonnamment baroque même dans la paysage français, et passionnant à traiter du thème d'auto-défense au sein d'une hiérarchie paysanne à la complicité contagieuse. Et ce tout en prônant, selon la doctrine du patriarche castrateur, des valeurs conservatrices issues de son époque révolue qu'il chérit tant. Solidement mis en scène parmi l'intelligence de l'auteur à ne jamais sombrer dans la surenchère et la facilité routinière, La Horse est un spectacle anticonformiste saturé de l'audace d'une conclusion déroutante qui plus est tourné subtilement en dérision. 

*Bruno 

Ci-joint l'interview de Jean Gabin rassurant les spectateurs de ne pas avoir sacrifié les vaches au moment du tournage. 

Virgin Suicides. Caméra d'Or, Cannes 2000

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sofia Coppola. 1999. U.S.A. 1h37. Avec James Woods, Kathleen Turner, Kirsten Dunst, A.J. Cook, Josh Hartnett, Leslie Hayman.

Sortie salles France: 27 Septembre 2000. U.S: 19 Mai 1999

FILMOGRAPHIESofia Coppola née le 14 mai 1971 à New York, est une réalisatrice, actrice, productrice et scénariste américaine. 1999 : Virgin Suicides. 2003 : Lost in Translation. 2006 : Marie-Antoinette. 2010 : Somewhere. 2013 : The Bling Ring. 2017 : Les Proies (The Beguiled). 2020 : On the Rocks. 

Aujourd'hui considéré à juste titre comme un classique, la 1ère réalisation de Sofia Coppola est probablement (et selon moi) sa plus belle réussite. Tout du moins son oeuvre la plus envoûtante, spécialement sensuelle et gracile. Un coup de maître où l'émotion, contradictoire (drame / humour /tendresse), nous ébranle le coeur sans crier gare. Et ce même si le prologue nous eu averti du dénouement mortuaire de ses adolescentes que Sofia Coppola filme comme de véritables déesses sortis d'un Eden en dépit de l'ombre de leur évolution morale davantage pessimiste. Un parti-pris réaliste sans concession mais jamais complaisant et d'autant plus audacieux que l'humour s'y invite fréquemment pour renforcer l'insouciance du passage de l'adolescence partagée entre maladresse, orgueil, audace et trahison dans leur désir de plaire et de convaincre. Inconsciemment inspirée par la mort de son frère Gio Coppola lors d'un tragique accident de voiture à l'âge de 15 ans, Sofia Coppola traite ici du deuil, de la perte de l'innocence et de la quête identitaire à travers le portrait fragile de ces 5 soeurs gouvernées par une mère bigote et un père taiseux (dans une posture hiératique placide peu à peu effacée, James Woods / Kathleen Turner insufflent à merveille une expressivité à la fois intransigeante, désabusée, pour ne pas dire aseptisée). On peut donc évoquer la famille dysfonctionnelle de par le profil castrateur de ses parents conservateurs se pliant aux règles de Dieu afin d'élever leur famille dans un amour catholique (ici) terriblement infructueux. 

Baignant paradoxalement dans un climat langoureux chargé d'une poésie éminemment lascive à filmer ses ados juvéniles en robe de soie (quelle notion de pureté avec leurs cheveux d'or !), Virgin Suicides nous ensorcelle irrémédiablement la vue à travers le charme de ses filles candides apprenant au fil du récit leur condition soumise après avoir bravé leur doctrine familiale. Ses premiers flirts, ses premiers baisers, ses premières étreintes puis finalement les déceptions qui en découlent Sofia Coppola les filment avec une attention avisée afin de susciter une émotion virginale à la fois nostalgique, poignante et pétrie de tendresse que le spectateur se remémore lors de ses réminiscences amoureuses. Kirsten Dunst transperçant l'écran de sa beauté ténue et son regard fondant avec une grâce vertigineuse. Si bien qu'à mes yeux il s'agit de son rôle mélancolique le plus luminescent eu égard de l'objet de fantasme qu'elle nous renvoie. Tant auprès des jeunes ados du récit littéralement transis d'émoi que du spectateur hypnotisé par son aura charnelle subtilement badine, tranquille mais aussi docile et timorée avant de changer de peau. Par conséquent, au gré du drame social qui s'esquisse sous nos yeux contemplatifs avec un réalisme à la lisière de l'étrangeté et du mystère (en  mode éthéré !), rarement de jeunes filles n'auront été sublimées à l'écran avec une grâce aussi sensorielle, pour ne pas dire ésotérique, depuis le chef-d'oeuvre Picnic à Hanging Rock. Alors que le score composé par le groupe AIR magnétise la pellicule auprès de mélodies capiteuses à la fois feutrées et gratifiante afin de renforcer son atmosphère ouateuse qu'on ne souhaiterait jamais quitter en dépit de la dramaturgie escarpée de sa conclusion funeste que l'on considère comme un gâchis inconsolable. La faute incombant à cette intolérance parentale, cette absence totale de communication au sein du foyer éducatif et protecteur afin d'élever l'adolescence vers des horizons fructueuses équilibrées et matures. 

Divinement réalisé avec un art consommé de la perfection (il y a des plans serrés incroyablement géométriques sur le sobre visage de Kirsten Dunst afin d'y imprimer sans ambages ses émotions introverties plus vraies que nature) et porté par le talent de jeunes comédiens et comédiennes d'un naturel trouble, lascif ou gentiment décomplexé (je songe particulièrement aux garçons et à la présence saillante de Josh Hartnett), Virgin Suicides traite du malaise adolescent, de la tare de l'isolement et du désir d'amour du point de vue précaire d'une voix féministe en voie de rébellion mais optant le sacrifice sous l'étendard de leur hiérarchie parentale. Un portrait inoubliable qui charme, trouble, enivre, magnétise, émeut sans une once de prétention arty. 

*Bruno
3èx vostfr

vendredi 29 juillet 2022

A plein temps

                                                Photo empruntée sur Google, imputée au site Imdb.com

de Éric Gravel. 2021. France. 1h27. Avec Laure Calamy, Anne Suarez, Geneviève Mnich, Nolan Arizmendi, Sasha Lemaitre Cremaschi, Cyril Gueï.

Sortie salles France: 16 Mars 2022

FILMOGRAPHIEÉric Gravel est un réalisateur franco-québécois. 2017 : Crash Test Aglaé
2021 : À plein temps. 


Relatant avec une intensité effrénée l'endurance de survie d'une mère séparée tentant d'élever seule ses enfants parmi l'assistance d'une de ses voisines sclérosées si bien que chaque jour elle s'empresse de prendre le train pour se rendre sur son lieu de travail de femme de chambre, A plein temps nous scotche au siège sous l'impulsion de l'actrice Laure Calamy soulevant du poids de ses robustes épaules sa trajectoire semi-dépressive de longue haleine Spoil ! (comme le souligne l'ultime image rédemptrice que l'on ne voit pas arriver puisque l'on craignait le pire l'instant d'avant Fin du Spoil). C'est donc un véritable parcours du combattant, une leçon de résilience et de surpassement que nous propose ici le réalisateur néophyte Eric Gravel (il s'agit de son second long) à l'aide d'un art consommé du vérisme pulsatile. 


Celui-ci établissant dans sa mise en scène électrisante un implacable constat "contemporain" sur l'univers impitoyable du milieu du travail à travers l'ébullition de cette démographie à la fois individualiste et épileptique, faute d'une routine quotidienne vertigineuse que les plus faibles auront peine à gérer et à surmonter selon leur degré d'acuité mentale. Splendide portrait de femme stoïque que Laure Calamy transperce de son naturel d'aplomb, entre franc-parler, impudence et prises de risques épineuses, A plein temps se vit et se ressent telle une expérience sensorielle en temps réel tant l'actrice nous retransmet avec une digne sobriété sa contrariété morale contrebalancé d'une vaillance à toutes épreuves. Tout le récit, malaisant, stressant, inquiétant, anxiogène (entre 2/3 accalmies), étant saturé d'un score électro à propos afin de rehausser l'effet de stress quotidien que subit cette mère esseulée se raccrochant désespérément à l'espoir et à la rage de vaincre afin de pouvoir s'extraire d'une routine infructueuse. Dans la mesure de devoir se résoudre à conquérir un second emploi plus ambitieux pour s'extirper de sa condition domestique de femme de chambre à la discipline drastique.  


Drame sociétal inscrit dans une frénésie tristement actuelle afin de rendre hommage à ses mères soumises à la monoparentalité, A plein temps suscite pour autant l'optimisme, l'espoir, le goût du risque et du combat en dépit d'une épreuve de force quasi suicidaire (il y a d'ailleurs une subtile séquence qui le laisse sous-entendre, notamment pour tenir compte de celles qui n'ont - hélas - pu transgresser leur limite morale). Illuminé de la présence criante de vérité de Laure Calamy, son parcours moral en dent de scie nous est exprimé avec une sidérante force de caractère si bien qu'elle parvient à maintenir notre appréhension pour réveiller notre instinct offensif au sein d'une société aliénante en perdition. 

*Bruno

Récompenses
Mostra de Venise 2021 :
Prix Orizzonti du meilleur réalisateur : Éric Gravel
Prix Orizzonti de la meilleure actrice : Laure Calamy
Fai Persona Lavoro Ambiente Foundation Award (dans le cadre de la Mostra de Venise 2021) :
Mention spéciale sur le thème du travail.
Tertio Millennio Film Fest 202114 :
Prix du meilleur film du jury qualité15
Festival international du Film d'Uruguay 202116
Prix du meilleur film de l'Association de la critique Uruguayenne17
Les Arcs Film Festival 2021
Prix d'interprétation pour Laure Calamy
Prix Cineuropa
Festival du film francophone de Grèce [archive]
Prix du public
Malaysia International Film Festival & Golden Global Awards (en)
Prix du meilleur réalisateur pour Éric Gravel
Prix de la meilleure actrice pour Laure Calamy

jeudi 28 juillet 2022

Rien que pour vos yeux / For Your Eyes Only

                                               Photo empruntée sur Google, imputée au site Imdb.com

de John Glen. 1981. U.S.A. 2h09. Avec Roger Moore, Carole Bouquet, Chaim Topol, Lynn-Holly Johnson, Julian Glover, Cassandra Harris, Jill Bennett.

Sortie salles France: 22 Août 1981. U.S: 26 Juin 1981

FILMOGRAPHIE: John Glen est un réalisateur anglais né le 15 mai 1932 à Sunbury-on-Thames (dans le comté de Surrey, en Angleterre). 1981 : Rien que pour vos yeux (For Your Eyes Only) avec Roger Moore. 1983 : Octopussy. 1985 : Dangereusement vôtre. 1987 : Tuer n'est pas jouer. 1989 : Permis de tuer. 1990 : Checkered Flag. 1991 : Aigle de fer 3. 1992 : Christophe Colomb : La découverte. 1995 : Épisodes de la série télévisée britannique Space Precinct. 2001 : The Point Men.

Rien que pour vos yeux, c'est tout d'abord pour ma part un souvenir d'ado mémorable lorsque je le découvris un mercredi après-midi d'Août au cinéma Apollo de ma contrée lensoise après avoir été littéralement charmé par sa rutilante affiche promotionnelle (qui fit d'ailleurs polémique à sa sortie pour des raisons conservatrices imbéciles à mes yeux). Alors que je suis loin d'être fan indéfectible de la saga des James Bond que j'ai souvent trouvé prétentieuse, éculée et trop clinquante (même si aujourd'hui j'ai changé d'avis), j'ai paradoxalement toujours eu une affection exclusive pour ceux incarnés par le héros d'Amicalement votre, Mr Roger Moore. Parce que contrairement bâti sur un jeu de dérision (parfois même parodique) et décomplexé auprès de son assurance à la fois avenante et joviale afin de se prendre (beaucoup) moins au sérieux, ses déclinaisons modernes du mythe m'ont toujours autrement séduit par leur aspect tantôt cartoonesque (Dangereusement Votre), tantôt stellaire (Moonraker), tantôt exotique (Octopussy) et plus aventureux que de coutume (le Bond qui nous intéresse ici). Et donc Rien que pour vos yeux ne déroge pas à cette règle si bien qu'à mes yeux il restera mon Bond attitré tant je le considère franchement comme une référence du film d'action et d'aventures que John Glen maîtrise avec une stupéfiante vélocité (solide artisan qui rempilera d'ailleurs à plusieurs reprises à la saga incarnée par Moore). En exagérant même un chouilla mes propos, j'oserai donc dire qu'il n'a rien à envier par exemple au parangon Les Aventuriers de l'arche perdue à travers sa combinaison idoine, si immersive et dépaysante, d'humour, d'action, de tendresse, de romance et  d'aventures conçus pour un public de 7 à 77 ans. 

D'ailleurs, j'ignore qui a bien pu réaliser ses nombreuses cascades, poursuites et actions intrépides parce que je reste toujours aussi bluffé, époustouflé, sourire de gosse à l'appui, par son souci de véracité artisanale à faire pâlir de jalousies les blockbusters tels Fast and Furious, John Wick ou encore le dernier Marvel souvent grotesques et improbables dans leur surenchère numérisée dénuée de poésie, de véritable souffle épique. En bref, des produits lambdas fréquemment dénués d'âme, d'amour, de passion, de sens vertigineux. Car outre l'élégance de sa mise en scène avisée rehaussée d'un montage à couper au rasoir (raison pour laquelle les moult séquences d'action en règle n'ont pas pris une ride par leur capacité à nous faire rêver comme si nous participions à l'évènement en direct), Rien que pour vos yeux est évidemment conçu pour nous en mettre plein la vue sous l'impulsion de décors exotiques, aériens et maritimes, et de la présence angélique d'une Carole Bouquet littéralement luminescente par sa beauté froide, sa grâce lestement timorée. Certains pourraient peut-être lui reprocher un jeu parfois figé dans sa posture monolithique alors que pour ma part je trouve que sa présence gentiment épurée lui sied à merveille à fréquenter dans la discrétion l'agent secret en ange vindicative que celui-ci tente toutefois de sermonner afin de lui éviter un lourd tribut répréhensible. Par conséquent, ce perpétuel sentiment d'exaltation et de plénitude est rehaussé d'une solide intrigue à rebondissements où l'action reste quasiment à son chevet (en dépit du savoureux prologue aimablement gratuit, clin d'oeil cocasse au volet antécédant). Alors que le générique liminaire mais aussi final (impossible d'interrompre le film avant l'écran noir j'vous dis !) nous laisse béat d'admiration de par l'expressivité de sa féérie mélodieuse que la chanteuse Sheena Easton envoûte par sa voix délicatement lascive. Un véritable enchantement sensoriel qui m'a laissé le souffle coupé, notamment auprès de son esthétisme charnel.

Spectacle héroïco-glamour de chaque instant coordonné avec une fluidité hors-pair afin de faire participer son public à une aventure hétéroclite rafraichissante, Rien que pour vos yeux nous irradie les mirettes, l'ouïe et le coeur sous l'impulsion d'une poésie bienveillante aujourd'hui tristement révolue. De là d'oser avouer que finalement nous vivons une triste époque cinégénique, quitte à jouer le passéiste rabat-joie, les cinéastes actuels feraient toutefois mieux de réviser leurs classiques afin de tenter de leur arriver à la cheville. 

*Bruno
3èx

mercredi 27 juillet 2022

La Brigade. Prix d'interprétation, Audrey Lamy, Alpe d'Huez, 2022.

   Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Louis-Julien Petit. 2022. France. 1h36. Avec Audrey Lamy, François Cluzet, Chantal Neuwirth, Fatoumata Kaba, Yannick Kalombo 

Sortie salles France: 23 Mars 2022

FILMOGRAPHIE: Louis-Julien Petit est un réalisateur français, né le 6 septembre 1983 à Salisbury (Royaume-Uni). 2009: Les Figures (court métrage). 2015: Discount. 2016: Carole Matthieu. 2018 : Les Invisibles. 2022: La Brigade. 


Révélé par le splendide Les Invisibles (Prix Chabrol coup de coeur du Jury, Prix du Public à Pau), Louis-Julien Petit remet le couvert avec La brigade à travers sa recette payante d'humour, tendresse et soupçon de drama sans s'assombrir de l'ombre du misérabilisme. Le récit "bankable" relatant le parcours houleux d'une cuisinière prometteuse contrainte d'exercer dans une cantine pour migrants à la suite de son expulsion dans une illustre émission TV vantant la compétition culinaire entre jeunes cuistots en herbe. Un sujet Haribo certes mais redoutablement efficace de par le soin consciencieux du réalisateur à cultiver avec intelligence le juste équilibre entre sobriété et émotion fragile sous l'impulsion de bons sentiments jamais programmés. Soulevant du poids de ses épaules d'airain la globalité du récit avec une force de caractère aussi digne qu'entêtée, Audrey Lamy n'a pas volé son Prix d'interprétation à l'Alpe d'Huez tant l'actrice s'y transcende d'endosser une femme de caractère à la fois humaine et fragile mais passionnée, déterminée et ambitieuse à consolider son avenir tout en observant l'évolution de ses migrants substitués en cuistos néophytes. Il y a d'ailleurs une séquence absolument extraordinaire lorsque celle-ci, auscultée face caméra, dégage peu à peu une palette d'émotions lestement contradictoires à travers les diverses expressions de son visage partagé entre empathie, étonnement et  bonheur. Tout cela étant admirablement coordonné tant Audrey Lamy maîtrise à la perfection ses sentiments hétéroclites avec un naturel sensiblement communicatif. Assurément le rôle de sa carrière jusqu'à présent. 


Ainsi donc, avec ce même degré d'authenticité qui faisait tant la fraîcheur des Invisibles, le casting est également principalement composé d'acteurs non professionnels afin de susciter une identité propre à cette comédie sociale aussi attachante que gratifiante (pour ne pas dire salutaire à daigner unifier les différences et les inégalités). Le réalisateur portant avec une certaine justesse un regard à la fois dur, délicat, tendre et modestement cocasse à travers ses portraits d'étrangers en situation irrégulière que la France hésite à adopter à travers leurs normes drastiques (seuls les mineurs pourraient résider chez nous après avoir subi des examens médicaux, les majeurs étant renvoyés illico dans leur pays d'origine). La réussite infaillible de La Brigade émanant de ce sentiment exaltant de vivre en direct ce conte social dénué de stéréotypes (le final demeure d'ailleurs à la fois étonnant et original à défaut de vraisemblance, alors que le film est inspiré d'une histoire réelle située en Corrèze !) qu'une foule de comédiens amateurs parviennent à crédibiliser sans jamais forcer le trait de l'apitoiement. Et pour parachever avec un autre point positif, on peut enfin souligner la présence secondaire de l'illustre François Cluzet en dirigeant autoritaire totalement fairplay et légitime à considérer et former avec une dignité dépouillée ses jeunes migrants d'une timidité jamais outrée afin de ne pas s'encombrer de pathos. L'acteur parfaitement dirigé effaçant rapidement sa notoriété derrière un second-rôle d'une autorité fructueuse justifiée.  


Une comédie indépendante qui rassemble, sa ligne directrice.
Moins réussi et intense que Les Invisibles certes, l'effet de surprise (et la drôlerie permanente) en moins, La Brigade demeure toutefois un très bon divertissement intelligent et jamais prétentieux, sirupeux ou opportuniste à tenir compte de la situation précaire des migrants instaurés en intermittence chez nous. Le récit fluide, attentif et posé tendant à concilier les différences de par l'opposition des sexes apprenant à se connaître et à se comprendre au sein d'une hiérarchie professionnelle militante de vraies valeurs. On en sort studieux, ému, affecté et rasséréné grâce à la fibre de ce sentiment d'espoir optimiste anti morose. 

*Bruno

Box-Office: 383 782 entrées

Récompense: prix d'interprétation féminine pour Audrey Lamy au festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez 2022

vendredi 22 juillet 2022

Les Nuits de Dracula / Nachts, wenn Dracula erwacht

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Jess Franco. 1970. Allemagne de l'Ouest, Espagne, Italie,  Liechtenstein, Royaume-Uni. 1h36. Avec Christopher Lee, Herbert Lom, Klaus Kinski, Maria Rohm, Fred Williams, Soledad Miranda 

Sortie salles France: 16 Juin 1971. Espagne: 15 Mars 1971

FILMOGRAPHIE: Jess Franco (Jesus Franco Manera) est un réalisateur espagnol, né le 12 Mai 1930 à Madrid, décédé le 2 Avril 2013. 1962: L'Horrible Dr orlof.  1962: Le Sadique Baron Von Klaus. 1964: Les Maîtresses du Dr Jekyll. 1966: Le Diabolique Dr Zimmer. 1969: L'Amour dans les prisons des femmes. 1969: Venus in furs. 1969: Justine ou les infortunes de la vertu. 1970: Les Nuits de Dracula. 1970: Le Trône de Feu. 1971: Vampyros Lesbos. 1972: Les Expériences Erotiques de Frankenstein. 1972: Dracula prisonnier de Frankenstein. 1972: La Fille de Dracula. 1973: Le Miroir Obscène. 1973: Quartier des Femmes. 1973: Christina chez les Morts-Vivants. 1974: La Comtesse Noire. 1974: Eugénie de Sade. 1976: Jack l'Eventreur. 1980: Terreur Cannibale. 1980: Mondo Cannibale. 1981: Sadomania. 1981: Le Lac des Morts-Vivants (co-réal). 1982: L'Abîme des Morts-Vivants. 1982: La Chute de la maison Usher. 1988: Les Prédateurs de la Nuit. 2002: Killer Barbys.

A l'occasion de sa sortie Blu-ray...
 
Cinquième visionnage des Nuits de Dracula de Jess Franco, réalisé en 1970, un film de vampires bizarrement occulté depuis l'époque de sa conception, alors qu'il s'agit pourtant de l'une des adaptations les plus fidèles du roman de Bram Stoker, mais également de l'une des meilleures versions jamais réalisées - même si je n'étais pas aussi conquis lors des premiers visionnages -. Il s'agit donc d'une oeuvre langoureuse que j'ai appris à aimer jusqu'à la vénérer comme une passion amoureuse. 
 
Tant et si bien que dès le prologue, on a l'impression que Jess Franco réinvente l'histoire et le personnage de Dracula à chaque plan. C'est dire à quel point le film innove et expérimente, notamment à travers une séquence très particulière où des animaux empaillés semblent soudainement prendre vie, non pas par l'entremise de l'image, mais à travers le hors-champ sonore. Une scène particulièrement étonnante, qui déroute autant qu'elle fascine.
 
 
Tout le métrage est ainsi imprégné d'une ambiance gothique immersive, symptomatique de sa nationalité ibérique. À l'instar de la chambre de Lucy, d'une beauté azurée, à la fois baroque et onirique, notamment grâce à ces fenêtres en forme de losange, sans compter les magnifiques éclairages nocturnes qui distillent une étrange poésie crépusculaire, modestement macabre.
 
On peut également saluer la fascination de Jess Franco pour ses actrices, Maria Rohm et Soledad Miranda, qu'il filme avec une sensualité et une épure remarquables. Toutes deux possèdent une beauté laiteuse, avec ces regards noirs, à la fois séduisants et langoureux, ainsi qu'un aspect charnel à travers leurs costumes d'époque que le cinéaste semble prendre un plaisir évident à mettre en valeur.
 
 
Comme il aime d'ailleurs autant mettre en scène un Christopher Lee plutôt laconique, froid, sinistre et impassible, d'autant plus singulier qu'il est affublé d'une moustache, comme dans le roman de Bram Stoker. Un détail qui témoigne encore davantage de la volonté de Jess Franco de rester, à sa manière, au plus près de l'œuvre originelle selon le souhait de l'acteur.
 
Les Nuits de Dracula est ainsi une sorte de voyage surnaturel dans un univers gothique délicieusement bis, capiteux, tant Jess Franco s'efforce de nous proposer une expérience de cinéma hallucinée, d'une certaine façon, mais toujours empreinte d'une forme de pudeur, de sobriété et d'un certain réalisme historique qui frappe les mirettes à chaque instant.
 
 
Car l'immense atout des Nuits de Dracula, c'est évidemment que l'on croit à ce que l'on voit. Le film nous plonge au cœur d'une époque séculaire que nous n'avons pas connue et qui s'ouvre pourtant sous nos yeux avec un onirisme subtil, presque suggéré par moments, et parfois même désarçonnant, tant Jess Franco parvient à nous faire perdre pied avec la réalité, le tout avec un art consommé du travail soigné.
 
Bien sûr, on pourra tiquer sur certaines maladresses, comme les apparitions parfois risibles de la chauve-souris, ou encore quelques incohérences, notamment lorsque Renfield, interprété par Klaus Kinski, se défenestre avant de réapparaître vivant quelques instants plus tard. Une séquence particulièrement étrange qui, toutefois, n'entache en rien l'immense plaisir procuré par cette réactualisation ibérique du mythe vampirique imprégnée de calme, de mystères et de dépaysement. 
 
  
Les amateurs éclairés ne manqueront pas de se laisser emporter par cette délicieuse expérience de cinéma fantastique adulte, à la fois personnelle, passionnante et fascinante, même si son rythme volontairement lent ne pourra évidemment pas plaire à tout un chacun. 
 
Or, il se dégage de cette poésie macabre sans fin une sensualité et une étrangeté tout à fait palpables, au cœur d'un climat gothique d'un autre âge, plus vrai que nature. C'est qui rend Les Nuits de Dracula aussi autonome qu'inoubliable sous l'impulsion du score crépusculaire de Bruno Nicolai. aux cordes lancinantes et aux sonorités légèrement slaves.

— Celui du cœur noir des images 🖤
5èx. 31.09.26. 5èx. Vostfr