Hier soir, j’ai refermĂ© les pages d'Un très mauvais pressentiment.
Huit épisodes. Ou plutôt un film découpé en 8 parties.
Une traversée cérébrale de rude haleine en forme de contamination.
Petit dĂ©tail qui tâche ! J’ai dĂ©vorĂ© les six derniers Ă©pisodes en une seule journĂ©e.
Ca c'est pour confirmer que cette mini-sĂ©rie inouĂŻe possède cette alchimie rare : celui d’agripper le spectateur Ă la gorge pour ne plus jamais le relâcher.
Puis vient l’Ă©pisode quatre. Et lĂ - basculement !
La sĂ©rie renverse la table, redistribue toutes les cartes, et nous entraĂ®ne dans une descente aux enfers psychologique, suffocante, vertigineuse (euphĂ©misme), quasiment dĂ©nuĂ©e de bouĂ©e de sauvetage. Ce que l’on croyait peut-ĂŞtre maĂ®triser nous Ă©chappe. Ce que l’on pensait comprendre se dĂ©robe. En fait, on n'avait rien compris Ă ce qui se trame.
Je le dis dĂ©jĂ , Ă mes yeux, Un très mauvais pressentiment est un Ă©vĂ©nement tĂ©lĂ©visuel - sinon l’un des Ă©vĂ©nements de 2026.
Car en terme d’originalitĂ© narrative, il sera difficile, voire impossible, de rivaliser avec un scĂ©nario aussi vĂ©nĂ©neux, aussi insidieux, aussi dĂ©rangeant, aussi jubilatoire surtout dans sa capacitĂ© Ă nous surprendre incessamment jusqu'Ă l'ultime seconde. C'est d'une richesse cinĂ©matographique infinie.
Et surtout, la sĂ©rie dĂ©ploie une galerie de personnages fascinants, ambigus, insaisissables, volontairement grotesques, pĂ©dants parfois ou ridicules. Personne n’est fiable. Personne ne semble innocent.
Et surtout - personne n’est totalement comprĂ©hensible. Anti-manichĂ©iste au possible.
Les comédiens, tous sans exception, livrent des performances transies, presque possédées par les liens du mariage.
Mais il faut saluer en particulier ce duo d’amants maudits, dĂ©chirĂ©, fragile, traversĂ© par des Ă©motions oh combien contradictoires : contrariĂ©tĂ©, dĂ©pression, anxiĂ©tĂ©, dĂ©sespoir… et pourtant, dans un ultime sursaut, une forme d’optimisme dĂ©sespĂ©rĂ©. Leur humanitĂ© fissurĂ©e atteint une intensitĂ© poignante au fil du temps. Camila Morrone et Adam DiMarco crèvent l'Ă©cran pour marquer de leur empreinte charnelle un duo marital Ă marquer au fer rouge.
Sur le plan technique, la série impressionne tout autant par son ambiance envoûtante à la fois stylisée et organique.
La rĂ©alisation maĂ®trise chaque cadre, chaque silence, chaque respiration (rien n'est laissĂ© au hasard), pour installer une atmosphère d’inquiĂ©tude permanente, tantĂ´t sous-jacente, tantĂ´t tangible. Une angoisse qui suinte de l’image elle-mĂŞme, peu de le dire.
Et puis il y a cet ultime épisode. Anthologique.
Un coup de fer blanc dans la chair du spectateur bouche bée.
Une tension à la limite de l'insoutenable, un peu comme pu l'être le final de Seven, toutes proportions gardées.
Les crĂ©ateurs - associĂ©s aux frères Duffer (les producteurs derrière Stranger Things) - vont au bout de leur concept littĂ©ralement cintrĂ© sans la moindre concession. Pas de confort. Aucune Ă©chappatoire. Juste une plongĂ©e frontale dans l’abĂ®me en roue libre.
Ce qui rend la sĂ©rie si singulière, c’est sa capacitĂ© Ă muter dès le 4è Ă©pisode. Elle commence donc comme un thriller domestique irrĂ©sistiblement Ă©trange et inquiĂ©tant (Lynch hante les lieux)
…pour se transformer en une expĂ©rience horrifique totalement dĂ©lirante, hallucinĂ©e, oĂą l’humour noir en pagaille - vitriolĂ© - se mĂŞle Ă une terreur sourde traversĂ©e d'Ă©claboussures de sang lacrymales.
Et c’est dans cette collision des tons que naĂ®t le vertige de nos sens maltraitĂ©s.
Le spectateur oscille sans cesse entre fascination et malaise, attirĂ© autant qu’il est repoussĂ©, pris dans un vortex Ă©motionnel dont il ne maĂ®trise plus rien. Les personnages, volontairement imparfaits, dysfonctionnels, deviennent les miroirs dĂ©formĂ©s d’une conjugalitĂ© en ruine.
Car au fond, la série est aussi une énorme satire.
Une farce noire sur la fiabilité du couple.
Une dissection du mariage, dans ce qu’il a de plus fragile, de plus hypocrite, de plus destructeur.
Et pourtant, au cĹ“ur de ce chaos, l’Ă©motion subsiste. Lente. Insidieuse. Comme un venin qui s’infiltre dans le sang en intraveineuse.
Le final nous fait traverser toutes les strates émotionnelles possibles, sans offrir de consolation (ou alors si peu).
Un véritable train fantôme sensoriel, qui broie les certitudes et éventre les émotions.
Une œuvre exhaustive. Radicale. Inoubliable. Le couple Camila Morrone / Adam DiMarco est déjà une icône de l'horreur conjugale comme le fut Carrie ou encore le sublime La Mariée Sanglante de Vicente Aranda.
Si Un très mauvais pressentiment ne devient pas une référence télévisuelle, alors je ne comprends plus rien à cet art.










































