mardi 10 mai 2016

CALIGULA, LA VERITABLE HISTOIRE

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmplakater.wordpress.com

Caligula II: The Untold Story/Emperor Caligula: The Garden of Taboo de David Hills (Joe D'Amato). 1982. Italie. 1h32 (version cut) / 1h50 (version Uncut X) / 2H05 (version longue Uncut X). Avec Laura Gemser , Oliver Finch , David Brandon , Gabriele Tinti , Michele Soavi.

Sortie salles U.S le 6 Janvier 1983 en version censurée.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joe d'Amato (né Aristide Massaccesi le 15 décembre 1936 à Rome, mort le 23 janvier 1999) est un réalisateur et scénariste italien.
1977 : Emanuelle in America, 1977 : Viol sous les tropiques, 1979: Buio Omega (Blue Holocaust), 1980: Anthropophagous, La Nuit Erotique des morts-vivants, Porno Holocaust, 1981: Horrible, 1982: 2020, Texas Gladiator, Caligula, la véritable histoire, Ator l'invincible, 1983: Le Gladiateur du futur.


Avertissement ! La version Uncut comprend diverses sĂ©quences pornographiques dont une sĂ©ance de zoophilie risquant d'offenser certaines âmes trop prudes ! 

« Qu'ils me haĂŻssent, pourvu qu'ils me craignent ! »
Epigone bisseux du film scandale de Tinto Brass tourné 2 ans au préalable, Caligula porte inévitablement la signature de son auteur transalpin, spécialiste du gore vomitif comme l'avaient si bien transfigurées ses illustres zèderies Anthropophagous, Horrible et surtout son chef-d'oeuvre nécrophile, Blue Holocaust. Joe d'Amato ne reculant une fois encore devant rien pour provoquer le dégoût et ébranler le spectateur, témoin d'une débauche aussi meurtrière qu'érotomane. Peplum horrifico-porno tourné avec des bouts de ficelles et des acteurs de seconde zone (dont une figuration issue du milieu porno), Caligula retrace le destin putassier du plus célèbre empereur de Rome. Obnubilé à l'idée de gouverner le monde par le chantage et une violence expéditive car rivalisant de provocations à châtier ses nombreux ennemis, il s'efforce d'asseoir sa triste réputation afin d'émuler l'immortalité des dieux. Son goût insatiable pour l'autocratie le mène donc à une déchéance immorale aux confins de la folie comme le souligne la récurrence de ses cauchemars nocturnes. Mais une esclave, Miriam, s'empresse de venger la mort d'une de ses comparses par un stratagème de séduction.


« PlĂ»t aux Dieux que le peuple n'eut qu'une seule tĂŞte. »
Ce scĂ©nario linĂ©aire bourrĂ© d'ellipses (montage approximatif) et d'incohĂ©rences (principalement le comportement Ă©quivoque de Miriam Ă©prise de fougue amoureuse pour l'empereur avant de se culpabiliser in extremis), Joe d'Amato l'exploite avec autant de maladresses (notamment le profil parano de Caligula) que de savoir-faire dans son parti-pris de cristalliser un climat poisseux littĂ©ralement obsĂ©dant. Tant par l'aspect onirique des cauchemars inquiĂ©tants que Caligula intĂ©riorise avec prĂ©monition, que les banquets fĂ©tides oĂą orgies sanglantes et sexuelles s'agencent pour plonger le spectateur dans un dĂ©lire baroque. En dĂ©pit de sa faiblesse narrative prĂ©texte Ă  une mosaĂŻque de provocations visuelles assez rĂ©alistes et choquantes (la fameuse sĂ©quence de zoophilie, l'empalement par l'anus !), Caligula insuffle au fil de la dĂ©rive schizo de son antagoniste un climat d'Ă©trangetĂ© vĂ©nĂ©neux, comme le souligne parfois la partition hypnotique de mĂ©lodies lancinantes. Hormis une direction d'acteurs assez inexpressifs, l'objet de dĂ©cadence est Ă©galement renforcĂ© du jeu dĂ©lĂ©tère de David Brandon endossant par son charisme trouble et l'intensitĂ© d'un regard frigide un pervers sanguinaire hantĂ© par des exactions toujours plus irraisonnĂ©es (Spoil ! le sort rĂ©servĂ© Ă  Miriam fin du Spoiler). On peut Ă©galement mettre en valeur la prĂ©sence secondaire de Laura Gemser incarnant avec une Ă©motion parfois poignante une esclave introvertie partagĂ©e entre la colère, les sentiments (ses rapports inopinĂ©ment charnels avec Caligula) et une rancoeur punitive teintĂ©e de dĂ©sespoir.


« Le pouvoir donne ses chances Ă  l'impossible. »
DĂ©lire scabreux profondĂ©ment malsain, opaque et Ă©trangement fascinant, Caligula ose inscrire de manière insalubre la dĂ©cadence putassière d'un empereur rongĂ© par sa mĂ©galomanie et sa paranoĂŻa morbide. Dans une facture bisseuse de sĂ©rie B au rabais, Joe d'Amato parvient tout de mĂŞme Ă  transcender la maigreur de son budget par son rĂ©alisme historique (on y croit, aussi minimaliste que soit la topographie des dĂ©cors cheap et sa timide figuration) et surtout l'aura tangible d'un climat trouble de sĂ©duction. Une expĂ©rience licencieuse Ă  l'aura de souffre indĂ©crottable, Ă  prescrire inĂ©vitablement auprès d'un public averti.

lundi 9 mai 2016

10 Cloverfield Lane

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site offi.fr 

de Dan Trachtenberg. 2016. U.S.A. 1h43. Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher, Jr., Maya Erskine, Mat Vairo

Sortie salles France: 16 Mars 2016. U.S: 11 Mars 2016

FILMOGRAPHIE: Dan Trachtenberg est un réalisateur et scénariste américain.
2016: 10 Colverfield Lane



Prenant pour cadre le huis-clos intimiste d'un bunker auquel trois survivants s'y sont confinĂ©s depuis une Ă©ventuelle attaque chimique, 10 Cloverfield Lane n'est pas la suite du documenteur catastrophiste de Matt Reeves. Le titre du film se rĂ©fĂ©rant ici exclusivement Ă  l'adresse du lieu unique de l'action. Mais en dĂ©pit de son absence de pyrotechnie visuelle, nous restons tout de mĂŞme un peu dans l'esprit de Cloverfield pour son aspect "fin du monde" ainsi que la rĂ©vĂ©lation dantesque de son intrigue. SĂ©rie B modeste privilĂ©giant sans retenue la suggestion afin de cultiver un suspense tendu autour de trois personnages en discorde, 10 Cloverfield Lane parvient Ă  retenir l'attention grâce Ă  l'Ă©tude des caractères contradictoires. RenforcĂ© du jeu Ă©quivoque de l'impressionnant John Goodman et des prestances aussi convaincantes de John Gallagher et surtout de Mary Elizabeth Winstead en hĂ©roĂŻne de dernier ressort, l'intrigue laisse planer assez habilement le doute quant aux agissements Ă©quivoques du propriĂ©taire du bunker.


Car sujet aux excès de colère et de violence lorsque l'un d'eux tente de s'Ă©chapper par la sortie au risque de contaminer les membres du bunker, Howard Stambler y extĂ©riorise un caractère castrateur conçu sur la bienveillance d'autrui. Mais s'agit-il d'un kidnappeur (comme le laisse sous-entendre son ancienne relation avec Megan) ou d'un aimable secouriste ? (comme le souligne le prologue lorsque Michelle opère une embardĂ©e sur l'autoroute). La rĂ©ponse finira par Ă©clore au fil des stratĂ©gies d'Ă©vasion que nos deux rescapĂ©s vont solidairement tenter de commettre en cataminie. Quant Ă  la menace externe qui plane sur les Ă©paules de nos survivants, nous restons constamment dans une perpĂ©tuelle perplexitĂ© Ă  savoir si Howard Stambler aurait tout inventĂ© pour mieux contenir l'interrogation de ses otages Spoil ! malgrĂ© la preuve oculaire d'une victime moribonde laissĂ©e Ă  l'extĂ©rieur de la bâtisse fin du Spoil. La seconde partie autrement explicite nous dĂ©voile enfin l'envers du dĂ©cor de cette Ă©ventuel pĂ©ril atomique par le biais de sĂ©quences inquiĂ©tantes rĂ©ussies par leur rĂ©alisme fascinatoire, qui plus est superbement Ă©clairĂ© lors d'un climat opaque. 


SĂ©rie B solide, intense, retorse et intelligente misant sur l'expectative d'une rĂ©vĂ©lation potentiellement dystopique, 10 Colverfield Lane y transcende en prime un superbe portrait de femme pugnace que Mary Elizabeth Winstead endosse avec un sang-froid perpĂ©tuellement impressionnant. Superbement photographiĂ© et immersif dans son cadre exigu de tous les dangers, 10 Cloverfield Lane inquiète puis fascine lors de son dernier acte sous tension impeccablement Ă©paulĂ© d'FX renversants de rĂ©alisme. 

*Bruno
20.05.23. 2èx. vf

vendredi 6 mai 2016

NIKITA. César de la Meilleure Actrice, Anne Parillaud, 1991.

                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com 

de Luc Besson. 1990. France/Italie. 1h57. Avec Anne Parillaud, Marc Duret, Patrick Fontana, Alain Lathière, Laura Chéron, Roland Blanche.

Sortie salles France: 21 Février 1990

FILMOGRAPHIE: Luc Besson est un réalisateur, producteur, et scénariste français né le 18 mars 1959 à Paris.
1983: Le Dernier combat, 1985: Subway, 1988: Le Grand Bleu, 1990: Nikita, 1991: Atlantis, 1994: Léon, 1997: Le 5è élément, 1999: Jeanne d'Arc, 2005: Angel-A, 2006: Arthur et les Minimoys, 2009: Arthur et la vengeance de Maltazard, 2010: les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, Arthur 3, la guerre des 2 mondes, 2011: The Lady. 2013 : Malavita. 2014 : Lucy. 2017: Valérian et la Ville aux mille planètes.


Enorme succès Ă  sa sortie dans l'hexagone (3 546 077 entrĂ©es) et outre-atlantique (5 millions de dollars de recettes), Nikita est une première incursion dans le cinĂ©ma d'action pour Luc Besson. JugĂ© Ă  perpĂ©tuitĂ© après le meurtre d'un policier, une jeune toxicomane se voit proposer une seconde chance par le gouvernement. Accepter le rĂ´le d'Ă©missaire afin d'exĂ©cuter de dangereuses missions pour le compte d'une organisation secrète. Après un entrainement intensif et ĂŞtre parvenue Ă  achever sa première tâche, Nikita retourne dans la vie sociale et tombe amoureuse d'un caissier de supĂ©rette. Mais 6 mois plus tard, ses supĂ©rieurs la rappellent pour un second objectif. 


A partir d'un scĂ©nario original combinant avec efficacitĂ© gunfight chorĂ©graphiques et moments intimismes d'Ă©treinte conjugale, Nikita est Ă©galement l'occasion de nous dĂ©voiler un talent de comĂ©dienne hors pair en la prĂ©sence d'Anne Parillaud, transcendant ici un magnifique portrait de femme-enfant. Aussi fragile que volcanique par son tempĂ©rament d'Ă©corchĂ©e vive puis soumise Ă  exercer son devoir professionnel afin de payer sa dette Ă  l'Ă©tat, son initiation au meurtre l'incite Ă  adopter une posture de tueuse opiniâtre avant d'amorcer des signes de faiblesses morales au fil de missions toujours plus ardues. RĂ©compensĂ©e du CĂ©sar de la meilleure actrice, l'actrice crève littĂ©ralement l'Ă©cran Ă  se glisser dans la peau de cet agent secret constamment sur la corde raide et dĂ©bordante d'Ă©mancipation. Sous l'impulsion de ses Ă©mois amoureux, Luc Besson souligne le caractère dĂ©munie de cette marginale abandonnĂ©e de tous Ă  l'exception de son amant Marco (Jean Hugue Anglade, Ă©patant de fringance naturelle !). Alternant les moments de tension lorsqu'elle est contrainte de prĂ©mĂ©diter sa mission en feignant ses activitĂ©s devant le tĂ©moignage de ce dernier, et les instants de tendresse lorsque le couple se laisser voguer par leur amour fusionnel, Nikita brasse ses Ă©motions contradictoires avec une dramaturgie davantage anxiogène. A l'instar de l'apparition fortuite du "Nettoyeur" (Jean Reno, magnĂ©tique par son charisme impassible !) insufflant au cheminement narratif une montĂ©e en puissance du suspense et d'ultra-violence incontrĂ´lĂ©e !


Mis en scène avec virtuositĂ© sous l'autoritĂ© personnelle de Luc Besson, Nikita rĂ©actulise le cinĂ©ma d'action moderne sous le pilier d'une Ă©tude caractĂ©rielle des personnages (TchĂ©ky Karyo se dĂ©lectant Ă©galement Ă  entretenir l'ambiguĂŻtĂ© dans sa fonction cynique de mentor empathique). Outre l'impact jouissif de ses scènes d'actions scandĂ©es d'une partition entĂŞtante, le film repose surtout sur les frĂŞles Ă©paules d'Anne Parillaud oscillant avec une Ă©nergie viscĂ©rale la tendresse des sentiments et le courage d'un hĂ©roĂŻsme en perdition. Un des meilleurs films d'action français des annĂ©es 90.

Récompenses: MystFest 1990: meilleur acteur pour Tchéky Karyo (également pour son rôle dans Corps perdus)
César 1991: meilleure actrice pour Anne Parillaud
Prix David di Donatello 1991: meilleure actrice étrangère pour Anne Parillaud
Rubans d'argent 1991: meilleur réalisateur étranger pour Luc Besson

jeudi 5 mai 2016

THE MIDNIGHT MEAT TRAIN. Prix du Jury, Prix du Public, Gerardmer 2009.

                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Ryuhei Kitamura. 2008. U.S.A. 1h43. Avec Bradley Cooper, Leslie Bibb, Brooke Shields, Vinnie Jones, Roger Bart, Tony Curran, Barbara Eve Harris, Peter Jacobson.

Sortie salles France: 29 Juillet 2009. U.S: 1er Août 2008.

FILMOGRAPHIE: Ryuhei Kitamura (北村 龍平) est un réalisateur, producteur et scénariste japonais né le 30 mai 1969 à Ōsaka (Japon). 1996: Heat After Dark. 1997: Down to Hell. 2000: Versus, l'ultime guerrier. 2002: Jam Films (segment The Messenger - Requiem for the Dead)
2002 : Alive. 2003 : Aragami. 2003 : Azumi.  200: Sky High. 2004: Longinus. 2004: Godzilla: Final Wars. 2006 : LoveDeath. 2008: The Midnight Meat Train. 2012: No One Lives. 2014: Lupin III.


CĂ©lĂ©brĂ© Ă  GĂ©rardmer avec deux prix mĂ©ritĂ©s, The Midnight meat train emprunte une nouvelle de Clive Barker pour mettre en exergue une narration aussi solide qu'insolite. Alors qu'un boucher sĂ©vit dans les mĂ©tros de New-York en trucidant sauvagement les voyageurs du dernier train, un photographe en quĂŞte de notoriĂ©tĂ© s'efforce de suivre ses agissements quitte Ă  en perdre sa morale. SĂ©rie B horrifique Ă  l'ambiance hermĂ©tique plutĂ´t vĂ©nĂ©neuse, The Midnight meat train oscille l'esbroufe de sĂ©quences gores assez corsĂ©es (en dĂ©pit de l'extrĂŞme maladresse de certains effets CGI entachĂ©s d'un sang oranger !) et l'investigation de longue haleine d'un photographe obsĂ©dĂ© Ă  dĂ©masquer les obscurs agissements d'un tueur en sĂ©rie. Pour corser la situation hostile, sa compagne toujours plus inquiète de son comportement instable et de ses virĂ©es nocturnes s'efforce en parallèle d'enquĂŞter avec l'appui d'un ami.


Outre la structure ciselĂ©e d'une narration pleine de rebondissements et d'idĂ©es inquiĂ©tantes (les pustules sur le torse du tueur, son journal intime datant de plus de 100 ans !), l'intrigue repose notamment sur la densitĂ© caractĂ©rielle de ces personnages plongĂ©s dans un aventure licencieuse en chute libre. Particulièrement le dĂ©sarroi progressif du couple lorsque Maya tĂ©moigne de l'avilissement moral de son compagnon, LĂ©on. Ce dernier exerçant le mĂ©tier de photographe avec une trouble ambiguĂŻtĂ© (prendre les clichĂ©s d'une violente altercation avant de porter assistance Ă  la victime !) depuis son dĂ©sir de combler les exigences d'une directrice en galerie d'arts. Avec sobriĂ©tĂ© et la subtilitĂ© d'une humeur versatile, Bradley Cooper se glisse dans la peau du voyeur avec une fascination morbide si bien que son cheminement vers la vĂ©ritĂ© le mènera droit en enfer. Cette initiation Ă  la dĂ©liquescence meurtrière, Ryuhei Kitamura la traduit autour de l'efficacitĂ© d'un suspense haletant ne lĂ©sinant par sur les affrontements barbares lorsque les survivants et notre anti-hĂ©ros tentent de se dĂ©pĂŞtrer de la mort. Quant Ă  la dernière partie rivalisant d'audaces et de surprises car levant le voile sur les mobiles du boucher tueur, le cinĂ©aste transcende un univers sĂ©pulcrale avec un pessimisme Ă©tonnamment dĂ©routant.


Slasher atypique au scĂ©nario charpentĂ©, The Midnight meat train parvient Ă  fasciner le spectateur pour tĂ©moigner de l'errance morale d'un photographe fascinĂ© par le Mal car plongĂ© malgrĂ© lui dans un voyeurisme dangereusement fĂ©tide. Un solide divertissement Ă  l'odeur de souffre aussi Ă©thĂ©rĂ©e que capiteuse. 


mercredi 4 mai 2016

The house of the Devil

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site glasseyepix.com

de Ti West. 2009. U.S.A. 1h35. Avec Jocelin Donahue, Tom Noonan, Mary Woronov, Greta Gerwig,
A. J. Bowen, Dee Wallace.

Sortie DTV France: 8 septembre 2010 

FILMOGRAPHIE: Ti West (né le 5 octobre 1980 à Wilmington, Delaware) est un réalisateur, scénariste et producteur américain surtout connu pour ses films d'horreur.
2005: The Roost. 2007: Trigger Man. 2009: Cabin Fever 2. 2009: The House of the Devil. 2011: The Innkeepers. 2012: The ABCs of Death (segment M Is for Miscarriage). 2012 : V/H/S (segment Second Honeymoon). 2013: The Sacrament. 2016 : In a Valley of Violence. 2022 : X. 2022 : Pearl. 2024 : MaXXXine


Habile faiseur de série B à qui l'on doit les épatants The InnkeepersThe Sacrament, X, Pearl, MaXXXineTi West se fit connaître aux yeux des cinéphiles avec son quatrième long passé par la trappe DTV, The House of the Devil. Pur hommage aux productions horrifiques des années 70 et 80 si bien que l'on jurerait que le film émane de cette époque charnière, cette modeste production joue la carte de la suggestion afin d'honorer ces ancêtres. Que l'on accroche ou pas à son ambiance d'inquiétude diffuse misant sur l'expectative du suspense (ici latent), le soin conféré à sa réalisation provoque une certaine fascination dans la manière avisée du cinéaste à exploiter le cadre architecturale d'une bâtisse classique. Et ce, jusque dans la tenue obsolète des fringues auquel s'affublent chacun des protagonistes.


Croisement entre Trauma (pour l'accueil patibulaire des proprios sclérosés feignant l'identité d'une belle-mère sans visage), Terreur sur la ligne (pour la solitude anxiogène d'une baby-sitter en perte de repères dans les corridors de la demeure) et Rosemary's Baby (pour son final satanique à l'épilogue sciemment convenu), The House of the Devil provoque une réelle sympathie dans sa confection artisanale photogénique. D'une simplicité narrative, l'intrigue préconise le climat intimiste d'une jeune baby-sitter confinée dans une demeure gothique le temps d'une nuit d'éclipse. Par l'entremise de détails inquiétants misant également sur les hors-champs sonores (craquements de meubles et chuchotements), Tim West cultive un goût pour l'atmosphère d'inquiétude (partition monocorde à l'appui) plutôt que l'angoisse ou la terreur tangible. Dominé par la présence de la débutante Jocelin Donahue (bien qu'il s'agisse de son 3è rôle au cinéma), cette dernière parvient à donner chair à son personnage candide avec un charisme et une franchise épatants de naturel. Et si la dernière partie laissant libre court à une violence graphique emprunte certaines facilités (la facilité dont l'héroïne parvient à s'extirper des griffes de ses oppresseurs !), l'énergie de la réalisation transcende ces scories parmi la vigueur d'une terreur finalement oppressante.


Sympathique hommage au cinĂ©ma d'horreur des annĂ©es 70 et 80, The House of the Devil instaure la sĂ©rie B d'antan Ă  travers une gestion de suspense et de mystère modestement envoĂ»tants. Psycho-killer laconique empruntant la dĂ©marche d'une hantise satanique sous l'impulsion d'une hĂ©roĂŻne en perdition, The House of the Devil rĂ©actualise les ficelles du genre avec une efficacitĂ© et un charme plutĂ´t convaincants. 

*Bruno
17.01.25. 3èx. Vostf

mardi 3 mai 2016

MIRACLE SUR LA 8E RUE

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposters.2038.net

"Batteries Not Included" de Matthew Robbins. 1987. 1h46. Avec Hume Cronyn, Jessica Tandy, Frank McRae, Elizabeth Peña, Michael Carmine

Sortie salles France: 23 Mars 1988. U.S: 18 DĂ©cembre 1987

FILMOGRAPHIE: Matthew Robbins est un scénariste et réalisateur américain, occasionnellement producteur et acteur.
1978 : Corvette Summer. 1981 : Le Dragon du lac de feu. 1985 : The Legend of Billie Jean. 1987 : Miracle sur la 8e rue. 1991 : Bingo.


Produit par Steven Spielberg et rĂ©alisĂ© par Matthew Robbins Ă  qui l'on doit l'un des meilleurs films d'heroic fantasy des annĂ©es 80 (le Dragon du Lac de Feu), Miracle sur la 8è rue fit son p'tit effet d'Ă©merveillement lors de sa sortie en 87. Que ce soit en salles ou en location VHS. SĂ©rie B aussi modeste que naĂŻve dans sa volontĂ© de privilĂ©gier un public infantile, l'intrigue repose sur la confrontation ardue entre un promoteur sans vergogne et une poignĂ©e de retraitĂ©s dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  dĂ©fendre leur territoire en guise de survie. Pour parfaire ses ambitions vĂ©nales et terroriser ces locataires, ce dernier recourt Ă  l'intervention d'un dĂ©linquant porto-ricain. Mais un soir, des petits visiteurs venus d'une autre galaxie ont dĂ©cidĂ© de prĂŞter main forte aux habitants de l'immeuble. 


Ce pitch linĂ©aire dĂ©nuĂ© de surprises, Matthew Robbins l'exploite avec pas mal de fantaisies et d'Ă©motions pour attendrir le spectateur, complice amusĂ© d'une intervention altruiste d'extra-terrestres. Par le biais d'effets spĂ©ciaux artisanaux soignĂ©s, les crĂ©ateurs optent pour la miniaturisation d'humanoĂŻdes et de soucoupes volantes afin d'accentuer un sentiment candide de fĂ©erie. Grâce Ă  leurs postures avenantes et leurs exploits techniques Ă  consolider l'infrastructure de l'immeuble, le rĂ©cit parvient par petites touches Ă  les rendre attachants, notamment parmi la cohĂ©sion des habitants s'Ă©paulant mutuellement afin de prĂ©server leur autonomie. En particulier un couple de retraitĂ©s dont l'Ă©pouse sĂ©nile se morfond dans une douce dĂ©mence depuis la disparition accidentelle de son fils. Seul Ă©lĂ©ment dramatique de l'intrigue, Matthew Robbins peine Ă  susciter une rĂ©elle empathie car n'accordant pas assez de temps pour dĂ©velopper la caractĂ©risation fragile du duo en berne. On peut Ă©galement sourire de l'initiation affable du voyou de service surnommĂ© Carlos, seul tĂ©moin externe des pyrotechnies des E.T, entamant en fin de parcours une bravoure de dernier ressort pour se racheter une conduite. LĂ  encore, les rapports (faussement) maternels partagĂ©s entre celui-ci et la septuagĂ©naire endeuillĂ©e (elle le confond avec l'identitĂ© de son dĂ©funt fils !) sont Ă©dulcorĂ©s afin de rĂ©sider dans le registre de la comĂ©die.


EmaillĂ© de situations pittoresques particulièrement puĂ©riles (Ă  l'instar de l'apprentissage culinaire des E.T) et d'instants de poĂ©sie parfois touchants, Miracle sur la 8è rue comblera surtout les attentes des enfants de moins de 12 ans. L'intrigue simpliste offrant le minimum syndical Ă  se focaliser sur les rapports de force incessants entre gentils locataires et mĂ©chants promoteurs. Reste un sympathique divertissement dont les effets spĂ©ciaux crĂ©dibles apportent leur quota d'enchantement.  

lundi 2 mai 2016

Breakdown

                                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site amazon.com

de Jonathan Mostow. 1997. U.S.A. 1h35. Avec Kurt Russell, J. T. Walsh, Kathleen Quinlan, M. C. Gainey, Jack Noseworthy, Rex Linn

Sortie salles France: 8 Octobre 1997 (Int - de 12ans). U.S: 2 Mai 1997

FILMOGRAPHIE: Jonathan Mostow est un réalisateur, producteur et scénariste américain né le 28 novembre 1961 à Woodbridge, Connecticut (États-Unis). 1991: Flight of Black Angel. 1997: Breakdown. 2000: U-571. 2003: Terminator 3: Le Soulèvement des machines. 2009: Clones. 2016: Hunter's Prayer (en post-production).


Jeff Taylor, caméraman et correspondant de guerre, perturbé par les horreurs qu'il a connues part en vacances. Accompagné de son épouse, Amy, il entreprend la traversée des Etats-Unis. Ils tombent en panne dans une région désertique. Un routier propose à Amy de l'amener au prochain relais routier alors que Jeff reste auprès du véhicule. En attendant le retour de sa femme, il réussit à faire redémarrer sa voiture. Il part rejoindre sa femme au relais. Mais Amy n'est pas là et personne ne se souvient d'avoir vu ni la jeune femme ni le routier.

Quatrième visionnage pour ce modèle de suspense et d’efficacitĂ© qu’est Breakdown, rĂ©alisĂ© par Jonathan Mostow en 1997, avec l’incontournable Kurt Russell, impĂ©rial de pugnacitĂ© et d’abnĂ©gation dans la peau d’un mari ravagĂ© d’inquiĂ©tude, lancĂ© dans une course contre la montre pour retrouver son Ă©pouse disparue après avoir Ă©tĂ© embarquĂ©e par un routier Ă  la suite d’une panne en pleine rĂ©gion dĂ©sertique.

D’une redoutable efficacitĂ© narrative, Breakdown nous agrippe au fauteuil 1h35 durant sans jamais relâcher son emprise, tant Jonathan Mostow dĂ©montre un savoir-faire hors pair pour maintenir une tension permanente, parfois Ă  la limite du suffocant. Un suspense d’autant plus efficace qu’il repose en grande partie sur l’investissement total de Kurt Russell, totalement habitĂ© par ce rĂ´le d’homme ordinaire plongĂ© dans un engrenage cauchemardesque oĂą chaque minute compte.


Jouant pleinement la carte du thriller hitchcockien avec une maĂ®trise exemplaire, Breakdown s’impose comme l’un des fleurons du suspense routier, Ă  ranger sans hĂ©siter aux cĂ´tĂ©s de Duel, The Hitcher ou encore le fort sympatoche Highwaymen. Car derrière son apparente simplicitĂ©, le film orchestre une mĂ©canique de tension d’une prĂ©cision chirurgicale, oĂą chaque dĂ©tour, chaque rencontre et chaque fausse piste accentuent l’angoisse grandissante du protagoniste que l'on observe la peur au ventre. 

On soulignera Ă©galement l’intelligence avec laquelle Jonathan Mostow exploite les vastes Ă©tendues dĂ©sertiques amĂ©ricaines, transformant ces paysages grandioses en pièges Ă  ciel ouvert, renforçant constamment le sentiment d’isolement et d’impuissance.

Et comme le rappelle si bien sa tagline : plus le mĂ©chant est rĂ©ussi, meilleur le film sera. Ă€ ce titre, Breakdown fait figure de cas d’Ă©cole. Car ici, chaque antagoniste inspire une rĂ©pulsion immĂ©diate tant leur stratĂ©gie perfide et mĂ©thodique semble puiser sa noirceur dans les faits divers les plus sordides.

Au final, Breakdown demeure une formidable rĂ©ussite, un divertissement haletant franchement mĂ©morable, comptant parmi les rĂ©fĂ©rences du thriller Ă  suspense dans son Ă©crin de road movie anxiogène. Sans compter ce fameux final d’une virtuositĂ© ultra spectaculaire, jouant avec nos nerfs jusqu’Ă  l’ultime seconde grâce Ă  un rĂ©alisme technique Ă  couper au rasoir.

Ă€ revoir d’urgence.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

02.05.26.

vendredi 29 avril 2016

Pandorum

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemapassion

de Christian Alvart. 2009. U.S.A. 1h48. Avec Ben Foster, Dennis Quaid, Cam Gigandet, Antje Traue, Cung Le, Eddie Rouse.

Sortie salles France: 30 Septembre 2009. U.S: 25 Septembre 2009

FILMOGRAPHIE: Christian Alvart est né en 1974 à Frankfurt, Germany.
2016: Tschiller: Off Duty. 2015: Halbe Brüder. 2013: Banklady. 2012: Wolff - Kampf im Revier (TV Movie). 2010: 8 Uhr 28. 2009: Pandorum. 2009: Le cas 39. 2005: Antikörper. 1999: Curiosity & the Cat.

 
"Pandorum : la démence au cœur du vide."

Échec public lors de sa sortie (20 635 059 $ de recettes pour un budget de 30 millions), Pandorum conjugue pourtant avec une efficacitĂ© rare horreur fĂ©tide et science-fiction rubigineuse, Ă  travers un pitch suspendu oĂą se multiplient rebondissements et affrontements d’une sauvagerie brutale, dans la lignĂ©e de The Descent dont il reprend la morphologie acĂ©rĂ©e de crĂ©atures humaines, vĂ©loces comme des lames. En dĂ©pit de la complexitĂ© de son intrigue schizo, semant sciemment doute et confusion dans les divergences humaines, cette sĂ©rie B tire sa densitĂ© de l’atmosphère d’inquiĂ©tude rĂ©gnant dans les entrailles du vaisseau, et de l’intensitĂ© de sĂ©quences d’action effrĂ©nĂ©es, imprĂ©gnĂ©es de violence primale. Affrontements barbares, gore sans retenue, face Ă  des crĂ©atures d’une rapiditĂ© hallucinĂ©e. Formellement splendide, tournĂ© intĂ©gralement en Allemagne au studio Babelsberg et dans une centrale Ă©lectrique berlinoise, le film repose sur les interrogations morales du lieutenant Payton et du caporal Bower, frappĂ©s d’amnĂ©sie après huit annĂ©es d’hyper-sommeil.

EnfermĂ©s dans le vaisseau Elysium, ils tentent de se rappeler la raison de leur mission : avoir convoyĂ© soixante mille voyageurs pour coloniser Tanis. Mais dans les corridors obscurs du dĂ©dale spatial, une menace meurtrière s’acharne dĂ©jĂ  Ă  les Ă©radiquer. D’autres passagers, extraits de leur sommeil cryogĂ©nique, se joignent bientĂ´t Ă  eux. Tous, dans un sursaut de bravoure, devront dĂ©jouer les exactions de mutants cannibales. Et pour corser les enjeux, le rĂ©acteur nuclĂ©aire du navire doit ĂŞtre rĂ©activĂ© manuellement dans l’urgence.

EsthĂ©tiquement cauchemardesque, baignĂ© d’un climat caverneux oĂą chaque boyau du vaisseau devient un piège, Pandorum crĂ©dibilise son huis-clos rouillĂ© sous l’impulsion d’humanoĂŻdes affamĂ©s. Certes, leurs attaques d’une vĂ©locitĂ© folle deviennent parfois un peu illisibles, comme dans The Descent d'ailleurs, mais l’intrigue refuse l’esbroufe gratuite. Christian Alvart prĂ©fère compter sur la complexitĂ© morale de personnages scindĂ©s en groupes antagonistes, cherchant Ă  gĂ©rer une survie prĂ©caire pour rehausser l'action sournoise. Dans ce cheminement initiatique, l’arrivĂ©e fortuite de nouveaux protagonistes Ă©claire peu Ă  peu l’obscuritĂ© de leur passĂ© et le sort funeste de l’humanitĂ©. Mais Ă  la paranoĂŻa des menaces cannibales s’ajoute un autre danger : la trahison, la folie, et le syndrome de Pandorum, dĂ©lire cosmique nĂ© du trop long sĂ©jour dans l’espace.

SĂ©rie B immersive et rageuse, menĂ©e Ă  un rythme belliqueux dans un repaire spatial aussi infini qu’insĂ©cure, Pandorum ne manque ni d’ambition ni de trouvailles pour clouer au siège et maintenir la tension. Ses comĂ©diens l’incarnent avec une pugnacitĂ© viscĂ©rale. SupĂ©rieur Ă  son homologue Le Vaisseau de l’au-delĂ  (dont il fut originellement conçu comme une sĂ©quelle), le film s’impose par son dynamisme hallucinĂ© comme une rĂ©fĂ©rence, relancĂ© sans relâche après une première demi-heure trompeusement laconique.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

02.10.25. 3èx. Vost  

mercredi 27 avril 2016

MIDNIGHT SPECIAL

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jeff Nichols. 2016. U.S.A. 1h54. Avec Michael Shannon, Kirsten Dunst, Joel Edgerton, Adam Driver, Sam Shepard, Dana Gourrier

Sortie salles France: 16 Mars 2016. U.S: 18 Mars 2016

FILMOGRAPHIE: Jeff Nichols est un réalisateur et scénariste américain, né le 7 décembre 1978 à Little Rock, Arkansas (Etats-Unis).
2007: Shotgun Stories. 2011: Take Shelter. 2012: Mud. 2016: Midnight Special. 2016: Loving.


Révélé par Take Shelter et Mud, Jeff Nichols n'en finit plus de nous surprendre et continue de démontrer (sans prétention) l'étendue de son talent avec Midnight Spécial. Un divertissement adulte renouant avec la sincérité d'un spectacle familial aussi crédible que stimulant. Et ce, sans céder à la facilité d'une festivité convenue en dépit d'une dernière partie prévisible. Abordant pour la première fois la science-fiction d'un point de vue intimiste, le réalisateur parvient à renouveler les codes par le biais d'une habile structure narrative reposant de prime abord sur l'interrogation d'éléments sans réponse et le comportement équivoque des seconds-rôles avant de nous révéler au compte goutte des infos sur le profil psychologique d'un enfant doué de pouvoirs surnaturels. Chasse à l'homme menée tambour battant sous le ressort d'un suspense ciselé, l'intrigue cultive un thème cher à la science-fiction dont je tairais ici le nom afin de préserver la surprise, même si à mi-parcours le secret nous est facilement éventé !


Grâce Ă  la prĂ©sence aussi sobre qu'attachante d'un trio de personnages altruistes, dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  protĂ©ger leur rejeton diabolisĂ© par le FBI et la NASA, Midnight Special nous immerge dans leur motivation marginale avec une intensitĂ© dramatique en crescendo. EmaillĂ© de saisissantes images oniriques souvent Ă©piques lorsque Alton nous dĂ©montre l'Ă©tendue de ses pouvoirs parmi la complicitĂ© du dĂ©chaĂ®nement de la nature, Jeff Nichols rĂ©invente le genre avec une dimension lyrique pas très Ă©loignĂ©e de Spielberg (la tagline de son affiche française n'est d'ailleurs aucunement fallacieuse). A l'instar de son final majestueux baignant dans une fĂ©erie placide afin de mettre en exergue un univers parallèle. Et malgrĂ© l'air de dĂ©jĂ  vu de l'ossature narrative, Midnight Special parvient miraculeusement Ă  rĂ©interprĂ©ter le genre par la fragilitĂ© des enjeux dramatiques quand un ado prodige se confronte au lynchage de masse. Tant par l'intolĂ©rance d'une police fĂ©dĂ©rale dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  en exploiter une arme de guerre que le fanatisme religieux d'une communautĂ© sectaire.


JalonnĂ© de sĂ©quences surnaturelles d'une puissance visuelle mĂ©taphorique et d'affrontements haletants entre les forces de l'ordre, Midnight Special puise notamment sa force dans l'art de conter efficacement une romance parentale sous l'impulsion filiale. Grâce Ă  sa densitĂ© dramatique animĂ©e par une poignĂ©e de comĂ©diens charismatiques, Midnight Special parvient Ă  captiver parmi la rĂ©flexion d'une anticipation optimiste (la foi en une idĂ©ologie pacifiste au-delĂ  de nos frontières terrestres). 

mardi 26 avril 2016

COP CAR

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Jon Watts. 2015. U.S.A. 1h30. Avec Kevin Bacon, Kevin Bacon, Shea Whigham, Camryn Manheim, James Freedson-Jackson, Hays Wellford, Kyra Sedgwick

Sortie DTV en France: 20 Avril 2016. U.S: 7 Août 2015

FILMOGRAPHIE: Jon Watts est un réalisateur et producteur américain de cinéma.2008 : The Scariest Show on Television (téléfilm). 2011: The Fuzz (téléfilm). 2012: Eugene ! (téléfilm). 2014: Clown. 2015: Cop Car. 2017: Spider-Man: Homecoming.


Malencontreusement passĂ© par la case DTV chez nous, Cop Car emprunte le schĂ©ma de la sĂ©rie B par le biais d'une astucieuse idĂ©e de dĂ©part. Deux enfants en fugue parviennent Ă  dĂ©rober un vĂ©hicule de police au sein d'une campagne isolĂ©e. ShĂ©rif ripoux impliquĂ© dans un trafic de drogue, Kretzer doit tout en mettre en oeuvre pour rĂ©cupĂ©rer sa voiture depuis qu'il eut laissĂ© une preuve dans le coffre. Thriller Ă  suspense rondement menĂ© dans son lot de circonstances dĂ©lĂ©tères que deux marmots en mal de sensations vont devoir dĂ©jouer afin de prĂ©server leur peau, Cop Car constitue un croisement entre Stand by me (pour la fugue et l'initiation morbide des ados), la Nuit du Chasseur (pour leur traque inlassable et le profil sans vergogne d'un anti-hĂ©ros capable d'y sacrifier l'innocence ) et Ă  moindre Ă©chelle Hitcher (pour son cĂ´tĂ© "road movie" tĂ©nĂ©breux entremĂŞlĂ© d'humour noir).


RĂ©alisĂ© en toute modestie mais avec un indĂ©niable savoir-faire, Jon Watts exploite habilement le cadre environnemental d'une nature solaire et de ses routes de bitume que les personnages parcourent isolĂ©ment. PrivilĂ©giant les principaux rĂ´les Ă  nos deux hĂ©ros en culotte courte, Cop Car fait naĂ®tre une tension graduelle au fil de leurs vicissitudes marginalisĂ©es. Ces derniers multipliant notamment les risques couillus lorsqu'ils s'empressent de conduire le vĂ©hicule de fonction (en taillant des pointes !) et lorsqu'ils utilisent inconsciemment armes et matĂ©riel de police pour se provoquer en cow-boys. Par le principe du survival, le rĂ©alisateur ne manque ni d'idĂ©es caustiques ni d'audaces Ă  infliger Ă  ses fugueurs juvĂ©niles une Ă©preuve de force par l'entremise Spoil ! d'un nouveau ..... Outre la prestance spontanĂ©e des gamins dĂ©sinvoltes insufflant une indĂ©niable empathie par leur insouciance candide et leur apprĂ©hension du danger lĂ©tal, Kevin Bacon leur prĂŞte la vedette dans une posture de renard futĂ©. AffublĂ© d'une moustache et de lunettes noires, ce dernier se taille une caricature de flic vĂ©nal au sang-froid intarissable. En dĂ©pit de l'ossature ciselĂ©e de son suspense progressif, Jon Watts inclue Ă©galement en dernière ligne droite une action sanglante plutĂ´t impitoyable, notamment pour le sort prĂ©caire rĂ©servĂ© aux gamins.


Avec peu de moyens mais une construction narrative acerbe, la photogĂ©nie de son cadre naturel et le jeu Ă©quilibrĂ© des comĂ©diens, Jon Watts avive le B movie par l'alibi du thriller oppressant efficacement troussĂ©. 

B.M

Le p'tit mot de Jean Marc Micciche
Séance découverte avec la très bonne surprise de Cop Car qui montre qu'il suffit d'avoir une histoire simple mais bien développée pour être efficace...5 personnages, un décor simple la campagne plouc américaine, un objet de toute les convoitises (cette fameuse voiture Cop Car) qui confine à une sorte d'abstraction métaphorique, un savant dosage entre description polar réaliste et échappée burlesque et ironique....Tout ça participe à l'indéniable originalité du film qui propose un ton vraiment audacieux et des partis pris culottés. Mais plus que ça, c'est avant tout ce sens du cadre et découpage qui permet à certaines de faire mouche convoquant Hitcher à une époque où le polar se muait en conte cauchemardesque....

lundi 25 avril 2016

SOUTHBOUND. Prix du Jury Jeunes, Gérardmer 2016.

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Radio Silence, Roxanne Benjamin, David Bruckner et Patrick Horvath. 2015. U.S.A. 1h29. Avec Kate Beahan, Matt Bettinelli-Olpin, Susan Burke, Zoe Cooper, Gerald Downey, Karla Droege, Larry Fessenden.

Sortie en salles en France uniquement au Festival de Gérardmer. Sortie salles U.S: 5 Février 2016

Récompense: Prix du jury jeunes au Festival international du film fantastique de Gérardmer 2016


DĂ©jĂ  rĂ©unis Ă  l'occasion du film Ă  sketchs, V/H/S, Radio Silence, Roxanne Benjamin, David Bruckner et Patrick Horvath renouent avec un format plus cinĂ©gĂ©nique pour façonner Southbound. Sur une route de Californie, deux hommes en vĂ©hicule sont poursuivis par une mystĂ©rieuse prĂ©sence. Trouvant refuge dans un motel, l'un d'eux se fait agresser dans les toilettes par la mĂŞme entitĂ©. Ils s'empressent de fuir l'endroit mais se retrouvent Ă©galement piĂ©gĂ©s dehors sur une destination sans fin. A partir de ce pitch intriguant oĂą l'ombre dĂ©moniaque ne cessera de planer sur les Ă©paules des protagonistes, notre quatuor de cinĂ©astes exploite moult situations cauchemardesques parmi le thème du satanisme. C'est ce que nous rĂ©vĂ©lait dĂ©jĂ  le contenu visuel de l'affiche avec un souci esthĂ©tique plutĂ´t attirant. Si le premier quart d'heure ne fait pas preuve d'originalitĂ© Ă  mettre en appui plusieurs clichĂ©s usuels (panne d'essence des victimes, assistance d'un couple faussement affable, rituel de messe noire), la seconde partie fait subitement preuve de tension et d'inventivitĂ© si bien que le spectateur se laisse facilement envoĂ»ter par son climat insolite digne d'un Ă©pisode de la 4è Dimension. Qui plus est, son score Ă©lectro entĂŞtant sĂ©duit l'ouĂŻe pour nous remĂ©morer les mĂ©lodies mĂ©tronomiques de Carpenter !


A partir du moment où le conducteur renverse incidemment une jeune fille en fuite sur sa route, Southbound embraye sur un rythme alerte fertile en rebondissements et humour sardonique. Sa réussite et son originalité émanant également du parti-pris des auteurs à narrer ses diverses histoires sous l'impulsion de personnages s'entrecroisant durant une épreuve de survie. Issus du même décor désertique de la Californie et incessamment agressés par une confrérie démoniaque, ces derniers ont comme point commun de se confondre dans cet univers immatériel hérité de l'enfer. La voix-off d'un animateur radio nous confirmera d'ailleurs que la contrée dans lequel ils évoluent est une forme de purgatoire où la culpabilité des personnages est mise à épreuve afin d'escompter une éventuelle rédemption. On serait même tenter à dire au final que Southbound est un film choral tant les intrigues et les personnages (victimes et vengeurs) se rejoignent dans leur état d'âme meurtri quand bien même sa dernière partie vient boucler la réponse de son prologue. Outre le caractère ludique des situations débridées efficacement structurées, Southbound fait aussi preuve de fantaisie gore si bien que certains effets sanglants nous révulsent parfois l'estomac par son réalisme cru (l'accident de la route et la séquence de réanimation dans l'hôpital).


RĂ©alisĂ© avec motivation dans sa facture modeste de B movie du samedi soir et incarnĂ© par des comĂ©diens plutĂ´t convaincants, Southbound créé la surprise malgrĂ© l'aspect dĂ©cousu du scĂ©nario. Grâce Ă  son habile construction narrative auquel les personnages dĂ©pendent communĂ©ment et la photogĂ©nie de son onirisme cauchemardesque, les auteurs parviennent Ă  nous surprendre pour renouveler le thème satanique par le biais de segments alertes.  

B.M

La note d'intention de Jean Marc Micciche
Cycle festival et fantastique 5 avec la bonne surprise Southbound, présenté à Gérardmer (avec à la clé le prix du jury jeunes il me semble), curieuse variation du film à sketches qui rebondit d'une histoire à l'autre grâce à un subtile jeu sur l'ironie du destin....un peu à la manière de Pulp Fiction...difficile de résumer le film sans rentrer dans les détails des récits qui brasse avec une indéniable efficacité voire avec beaucoup d'habilité sur certains thèmes du genre, personnage damnés par des entités maléfiques incarnant leurs culpabilité, groupe de copines tombant dans une communauté....(j'en dis pas plus)...un accident de la route devient un cauchemar horrible, la lutte illusoire d'un homme qui désire arraché sa sœur à des démons, home invasion qui tourne au carnage...Tout se passe à Southbound, rythmé par un score electro isant (lol) à travers des récits qui s'enchaînent sans accro et procurant son lot de scène gore hardcore mais aussi un doux frisson bienvenue ! C'est clairement le meilleur film à sketchs vu depuis Trick or treat !!!
Cerise sur le gâteau : la voix off ironique de la radio ouvre et ferme le film....et dans le genre incantatoire.....c'est youpi !

vendredi 22 avril 2016

THE INVITATION

                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site shocktillyoudrop.com

de Karyn Kusama. 2015. U.S.A. 1h44. Avec Logan Marshall-Green, Tammy Blanchard, Michiel Huisman, Emayatzy Corinealdi, Lindsay Burdge, Mike Doyle

InĂ©dite en salles en France. Sortie salles U.S: 8 Avril 2016 

FILMOGRAPHIE: Karyn Kusama est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste amĂ©ricaine, nĂ©e le 21 Mars 1968 Ă  Brooklyn, New-York. 2000: Girlfight. 2005: Æon Flux. 2009: Jennifer's Body. 2015: The Invitation. 


RĂ©vĂ©lĂ©e par l'excellent Girlfight mais dĂ©criĂ©e ensuite avec deux produits convenus, Aeon Flux et Jennifer's Body, la rĂ©alisatrice Karyn Kusama amorce un brillant retour avec The Invitation. Un thriller horrifico-psychologique lestement structurĂ© dans l'art de distiller un malaise vĂ©nĂ©neux au sein d'une chaleureuse convive. DivorcĂ© depuis 2 ans, Will et sa nouvelle amie sont invitĂ©s Ă  dĂ®ner chez son ex-femme en compagnie d'autres inconnus. Au fil des discussions parfois crues et dĂ©sinvoltes, Will suspecte un dangereux traquenard quand bien mĂŞme l'absentĂ©isme d'un des hĂ´tes le laisse perplexe. Mais profondĂ©ment Ă©prouvĂ© par la mort de son fils et de son Ă©chec conjugal, Will serait peut-ĂŞtre en proie Ă  la paranoĂŻa. Oeuvre choc d'une intensitĂ© dramatique latente avant d'embrayer un virage autrement horrifique en dernier acte, The Invitation repose sur l'Ă©laboration d'une aura malsaine par le principe du huis-clos domestique. L'ambiance amicale rĂ©gie Ă  l'intĂ©rieur de la rĂ©ception imposant une atmosphère futilement tendue lorsque certains des invitĂ©s osent aborder sans rĂ©serve les sujets tabous comme la mort, la violence conjugale et la dĂ©livrance.


Dès les 3 premières minutes, Karyn Kusama dĂ©range dĂ©jĂ  le spectateur lorsque Will et sa compagne viennent de commettre un accident sur la route de leur destination. Si bien que le comportement Ă©trangement expĂ©ditif de ce dernier nous laisse dans un questionnement amer. Dès que le couple s'installe chez la demeure des rĂ©ceptionnistes, la rĂ©alisatrice s'appuie sur les Ă©tats d'âmes contrariĂ©s de Will, suspicieux du comportement trop affable de ces Ă©trangers. Auscultant ses sentiments d'angoisse, de paranoĂŻa et de suspicion, l'intrigue repose sur sa caractĂ©risation fragile parmi le dĂ©sir tacite de nous faire douter de sa foi Ă  dĂ©masquer une Ă©ventuelle supercherie. C'est ce qu'un habile rebondissement instaurĂ© au centre des discussions orageuses nous confirmera afin de nous faire douter de sa conviction. Ce sentiment anxiogène de climat pesant, ces rapports humains trop inscrits dans la franchise et l'intĂ©gritĂ© ne cessant d'influer sur le comportement dĂ©muni de Will observant l'assemblĂ©e avec un dĂ©sespoir fĂ©brile. Par la soliditĂ© de sa mise en scène, le jeu insidieux des comĂ©diens et la subtilitĂ© du pouvoir de suggestion, The Invitation insuffle un climat d'inconfort et de malaise avant l'effroi d'une dernière partie rigoureusement cinglante.


En abordant de manière originale les thèmes du malaise existentiel, de la perte de l'ĂŞtre aimĂ© et du dĂ©sir de rĂ©demption par le biais d'une idĂ©ologie extrĂ©miste, Karyn Kusama cristallise un thriller cĂ©rĂ©bral Ă  couper au rasoir. De par le magnĂ©tisme confĂ©rĂ© Ă  son atmosphère dĂ©lĂ©tère et son portrait d'une confrĂ©rie Ă  l'identitĂ© interlope. Glacial et terriblement anxiogène, on sort Ă©prouvĂ© de ces rapports de force en dĂ©liquescence morale si bien que l'Ă©pilogue tragique en rajoute une louche dans le nihilisme auprès de l'influence de masse.  

P.S: Afin de préserver tout effet de surprise, évitez de jeter un oeil sur sa bande-annonce beaucoup trop manifeste.


Le p'tit mot de Jean Marc Micciche:
SĂ©ance festival et fantastique avec The Invitation, Ă©norme film clinique, digne des plus suspense de Polanski. Ĺ’uvre d'une noirceur tĂ©nĂ©breuse absolue oĂą un couple est invitĂ© avec d'autres amis Ă  un repas mystĂ©rieux. Par petite touche, le film amorce ce qui apparaĂ®t de prime abord comme un drame intimiste, un voyage bouleversant et d'une angoisse sidĂ©rante sur la gestion de la douleur...Terriblement incommodant, d'un malaise terrifiant, le film va jusqu'au bout de son implacable horreur funeste et finit par un plan final aussi Ă©vocateur et terrifiant que bon nombres de classiques. Un voyage au bout de la nuit qui surprend par sa gestion des temps faibles et des temps fort, par des ralentis d'un beautĂ© funĂ©raires, par une gestion du cadre et de l'espace d'une prĂ©cision machiavĂ©lique....Bref, The invitation est un chef d'Ĺ“uvre d'autant plus savoureux qu'il est inattendu et semble sortir de nulle part...le genre de film qu'on se tapait dans les annĂ©es 70 et 80.
 Et putain quel score !


jeudi 21 avril 2016

The Witch. Prix de la mise en scène, Sundance 2015. Prix du Jury, Gerardmer 2016.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com 

de Robert Eggers. 2015. U.S.A/Canada. 1h32. Avec Anya Taylor-Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie,
Harvey Scrimshaw, Ellie Grainger, Lucas Dawson.

Sortie salles France: Janvier 2016 (Gerardmer). U.S: 19 Février 2016

FILMOGRAPHIE: Robert Eggers est un réalisateur américain. 2015: The Witch


Réinterprétation d'une citation de Mohammed Moulessehoul, dit Yasmina Khadra:
"Le mal est une effroyable sorcellerie, une possession démoniaque, une folie à l'état pur. Une fois contaminé, vous ne pouvez plus vous en défaire. C'est tellement enivrant."

Sommet d'ambiance mortifère dans le sens le plus Ă©thĂ©rĂ© du terme, The Witch renoue avec une horreur sans fard comme on en voit rarement dans le paysage contemporain. VĂ©ritable coup de maĂ®tre d'un cinĂ©aste novice comme le rĂ©vĂ©la son Prix de la Mise en scène Ă  Sundance, The Witch est une angoisse rĂ©frigĂ©rante supervisĂ©e par le Mal en personne. Son ombre aussi indicible que palpable planant sur les Ă©paules des protagonistes avec une force de persuasion impavide. Le malaise psychologique dans lequel le spectateur se morfond insufflant chez lui un sentiment d'angoisse vertigineux. Cette invitation au cauchemar s'avĂ©rant d'autant plus feutrĂ©e, hermĂ©tique, diaphane qu'il nous ait impossible de lâcher prise par son impact visuel, notamment avec l'appui hostile d'une posture animalière.


Ainsi, cette atmosphère lestement délétère, Robert Eggers parvient à la transcender par le biais d'une splendide photo monochrome afin de mettre en relief la tiédeur de sa végétation oppressante. La connivence de la flore et de la faune faisant parti du cadre naturel afin de transmettre chez nos héros un désarroi moral en perdition. Prenant pour thèmes le fanatisme religieux, la sorcellerie et la superstition au sein de la Nouvelle-Angleterre du 17è siècle, le réalisateur explore le folklore des contes et légendes sataniques sous l'impulsion d'un cheminement narratif toujours plus dépressif. L'intrigue linéaire n'accordant aucune faveur à la condition infortunée d'une famille de dévots confinés dans un terrain rural depuis leur bannissement du village local. Par la cause d'exactions d'une présence invisible, ils vont être amenés à s'entre-déchirer pour tenter de dénicher l'éventuel coupable de disparitions en règle. Cette montée en puissance dramatique, Robert Eggers parvient à l'inscrire sur image avec un brio viscéral. Ce dernier privilégiant l'étude comportementale d'une famille dysfonctionnelle affligée par la suspicion, l'appréhension et la famine depuis les conséquences tragiques de situations inexpliquées. Diatribes (vitriolées) sur l'obscurantisme et le sectarisme lorsque le fanatisme converge à la folie et la paranoïa collectives, The Witch avive brillamment le drame psychologique pour dénoncer les états d'âme galvaudés de métayers tributaires de leur piété.


EmaillĂ© de sĂ©quences fortes (le sort de Caleb, sa conclusion escarpĂ©e) oĂą l'horreur des situations engendre une caractĂ©risation humaine en dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale, The Witch inscrit sur pellicule une descente aux enfers dĂ©pressive parmi la puissance de suggestion. De par son intensitĂ© dramatique dĂ©saxĂ©e et ses images saisissantes de visions d'effroi (notamment sa symbolique impartie Ă  la sorcellerie animalière), The Witch prodigue la noblesse d'une horreur subtile avec un magnĂ©tisme ensorcelant. Futur classique.

*Bruno
09.06.24. 2èx. Vostfr

La note de Jean Marc Micciche:
Cycle Festival fantastique 3 (apres Frankenstein et the The survivalist) avec l'énorme et je pèse mes mots The witch.....Voilà exactement, une œuvre aux antipodes des productions cinématographiques actuels, un cinéma qui s'oppose à la gangrène du cinéma actuel et me rappelle un peu un ancien article de Vincent Guignebert dans Mad Movies à propos de Simetière...à force de trop montrer, de tout raconter, de tout expliquer, on avait oublié la force d'un cinéma de l'évocation où le non dit, le mystère, le trouble à cette puissance tranquille de vous hérisser les cheveux, de vous envahir, de vous faire sentir, voir vous faire croire littéralement l'existence du mal (présents aux quatre coins de l'écran) sans jamais être capable de définir sa localisation....Filmé à la Dreyer, évoquant par sa poésie plastique aussi bien le muet Haxan ou le Navigator de Vincent Ward, The witch est une tragédie sinistre dont on se sait pas si le plan final est une damnation ou une libération....

Récompenses:
Festival du film de Londres 2015 : Sutherland Trophy du meilleur premier film
Festival du film de Sundance 2015 : Prix de la mise en scène
Festival international du film fantastique de Gérardmer 2016 : Prix du jury SyFy1