mardi 5 juillet 2022

Avec Django la mort est lĂ  /Joko - Invoca Dio... e muori

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Antonio Margheriti. 1968. Italie/Allemagne de l'Ouest. 1h40. Avec Richard Harrison, Claudio Camaso, Spela Rozin, Guido Lollobrigida, Werner Pochath, Paolo Gozlino.

Sortie salles France: 21 Mai 1969. Italie: 19 Avril 1968

FILMOGRAPHIE: Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson) est un réalisateur italien, né le 19 septembre 1930 à Rome, décédé le 4 Novembre 2002 à Monterosi. 1960: Le Vainqueur de l'espace. 1962: Les Derniers jours d'un empire. 1963: La Vierge de Nuremberg. 1964: La Sorcière Sanglante. 1964: Les Géants de Rome. 1964: Danse Macabre. 1968: Avec Django, la mort est là. 1970: Et le vent apporta le Violence. 1971: Les Fantômes de Hurlevent. 1973: Les Diablesses. 1974: La brute, le colt et le karaté. 1975: La Chevauchée terrible. 1976: l'Ombre d'un tueur. 1979: l'Invasion des Piranhas. 1980: Pulsions Cannibales. 1980: Héros d'Apocalypse. 1982: Les Aventuriers du Cobra d'Or. 1983: Yor, le chasseur du futur. 1985: L'Enfer en 4è vitesse.

MĂŞme s’il n’Ă©gale pas son illustre homologue Et le vent apporta la violence, Django, la mort est lĂ  reste un western d’Antonio Margheriti aussi bancal qu’irrĂ©sistiblement attachant - charmant par ses maladresses de mise en scène bricolĂ©e et le cabotinage rĂ©jouissant de ses trognes burinĂ©es. L’anti-hĂ©ros singe Eastwood, tandis que les mĂ©chants, eux, affichent une expression tour Ă  tour triviale et outrĂ©e pour mieux dĂ©fier leur rival. Et si l’intrigue paraĂ®t d’abord convenue, Margheriti a la bravoure de la rĂ©animer par une rĂ©vĂ©lation inattendue, flirtant avec les codes du fantastique lorsque l’action s’enfonce dans une grotte - une mine de soufre, superbe antre sĂ©pia oĂą rĂ´de l’Ă©trangetĂ©. 

Ă€ dĂ©couvrir, ne serait-ce que pour ce climat sombre, cette ouverture franchement horrifique (l’Ă©cartèlement d’un maraudeur par des chevaux) et cette action, parfois rugueuse, souvent percutante - pugilats secs et salissures morales comprises. Quant au score de Carlo Savina, il plane, gentiment entĂŞtant, Ă  force de vouloir Ă©galer les maĂ®tres du western spaghetti.


*Bruno
2èx

jeudi 30 juin 2022

Sin City

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robert Rodriguez, Frank Miller et Quentin Tarantino. 2005. 2h04. Avec Bruce Willis, Mickey Rourke, Clive Owen, Jessica Alba, Benicio del Toro, Rosario Dawson, Elijah Wood, Michael Clarke Duncan, Nick Stahl, Jaime King, Carla Gugino, Brittany Murphy, Devon Aoki, Alexis Bledel, Josh Hartnett, Michael Madsen, Rutger Hauer, Powers Boothe, Jude Ciccolella, Tommy Fla.

Sortie salles France: 1er Juin 2005 (Int - 16 ans). 1er Avril 2005 (Int - 17 ans). 

FILMOGRAPHIE: Robert Rodriguez est un rĂ©alisateur et musicien amĂ©ricain, d'origine mexicaine, nĂ© le 20 Juin 1968 Ă  San Antonio, Texas, Etats-Unis. 1992: El Mariachi. 1993: Roadtracers (tĂ©lĂ©-film). 1995: Desperado. 1995: Groom Service (Four Rooms, segment: The Misbehavers). 1996: Une Nuit en Enfer. 1998: The Faculty. 2001: Spy Kids. 2002: Spy Kids 2. 2003: Spy Kids 3. 2003: Desperado 2. 2005: Sin City. 2005: Les Aventures de Shark Boy et Lava Girl. 2007: Planète Terror. 2009: Shorts. 2010: Machete (co-rĂ©alisĂ© avec Ethan Maniquis). 2011: Spy Kids 4. 2013: Machete Kills. 2014: Sin City: j'ai tuĂ© pour elle. 2014: From dusk till Daw: The Series (Ă©pis 1,2 et 4). 2013 : Two Scoops (court mĂ©trage). 2014 : Sin City : J'ai tuĂ© pour elle. 2015 : 100 Years. 2019 : Alita: Battle Angel. 2019 : Red 11. 2020 : C'est nous les hĂ©ros. 

Comme on dit si bien "seuls les imbĂ©ciles ne changent pas d'avis" car si je n'avais pas vraiment accrochĂ© les 2 premières fois Ă  l'Ă©poque de son exploitation Dvd, je suis aujourd'hui autrement plus optimiste et convaincu Ă  la revoyure, aussi inabouti et dĂ©gingandĂ© soit ce projet incongru. Car OVNI atypique noyĂ© d'ultra-violence folingue au sein d'une action hyperbolique qui peut parfois lasser en mĂŞme temps que dĂ©router, Sin City est une sorte de vilain p'tit canard nĂ©gociĂ© entre 3 cinĂ©astes fĂ©rus d'ambition Ă  donner chair au comics iconique de Mister Frank Miller. Et d'un aspect purement esthĂ©tique, Sin City est une vĂ©ritable claque stylisĂ©e Ă  travers son noir et blanc argentĂ© parfois contrastĂ© de couleurs criardes. Chaque plan faisant office d'esquisse picturale au sein d'un climat nocturne Ă  la fois baroque, malsain et vertigineux. Bref, on en prend plein la vue en dĂ©pit de quelques couacs en arrière plan, faute d'FX numĂ©riques parfois trop grossiers. Tant et si bien qu'Ă  ce niveau formel inusitĂ© on reste tour Ă  tour fascinĂ©, dĂ©sorientĂ©, troublĂ©, dĂ©concertĂ© auprès de cet univers viciĂ© oĂą sexe, romance et violence ne cessent de s'entrecroiser sous l'impulsion d'une poignĂ©e de machistes dĂ©saxĂ©s ou corrompus maltraitant des femmes frondeuses hyper sensuelles et provocantes dans leur tenue SM.

Avec son casting hallucinĂ© (Bruce Willis, Mickey Rourke, Clive Owen, Jessica Alba, Benicio del Toro, Rosario Dawson, Elijah Wood, Michael Clarke Duncan, Nick Stahl, Jaime King, Carla Gugino, Brittany Murphy, Devon Aoki, Alexis Bledel, Josh Hartnett, Michael Madsen, Rutger Hauer, Powers Boothe !!!!!!!!), Sin City met en exergue des individus hyper charismatiques Ă  travers leur trogne striĂ©e, tumĂ©fiĂ©e ou taillĂ©e Ă  la serpe comme le souligne le mastard Mickey Rourke littĂ©ralement increvable en prĂ©tendant vindicatif. Quand bien mĂŞme Bruce Willis tente de libĂ©rer la fillette Nancy des mains d'un dangereux pĂ©dophile cannibale dans une posture Ă©tonnamment sclĂ©rosĂ©e et empotĂ©e mais pour autant furibonde lorsqu'il s'agit de riposter par le fracas des armes. Enfin, Clive Owen tentera d'extraire sa muse Shellie (Brittany Murphy) des griffes du flic ripou Jackie Boy (Benicio Del Toro impĂ©rial d'hypocrisie sardonique dans son fin regard reptilien !). Trois histoires romantiques donc tournant incessamment autour de règlements de compte ultra sanglants entre bons et mĂ©chants flamboyants que notre trio de rĂ©alisateurs cultive toutefois sans intensitĂ© dramatique. Car seul compte ici le spectacle barbare, pyrotechnique au sein d'une scĂ©nographie crĂ©pusculaire souvent hypnotique, trouble, dĂ©routante puisque hors norme. 

En dĂ©pit de ses faiblesses narratives flagrantes (absence de suspense et de tension dramatique autour de 3 sketchs prĂ©visibles), Sin City mĂ©rite le coup d'oeil auprès de sa rutilance visuelle avec ses personnages singuliers combattant le crime et le vice avec immoralitĂ© subversive (et discutable comme l'ont reprochĂ© certaines critiques). De par son climat surrĂ©aliste aussi vĂ©nĂ©neux que dĂ©stabilisant, Sin City dĂ©soriente , dĂ©payse, fait perdre nos repères, entre fascination, rĂ©pulsion masochiste, perplexitĂ© et irrĂ©sistible attirance pour le Mal le plus couard quant aux portraits hardcore de ces mĂ©chants fĂ©tides fort en gueule. 

*Bruno
3èx

FILMOGRAPHIE: Frank Miller, nĂ© le 27 janvier 1957 Ă  Olney dans le Maryland, est un auteur de bandes dessinĂ©es amĂ©ricain, Ă©galement scĂ©nariste de films et rĂ©alisateur. 2005 : Sin City corĂ©alisĂ© avec Robert Rodriguez et avec une participation de Quentin Tarantino. 2008 : The Spirit. 2014 : Sin City : J'ai tuĂ© pour elle. 

mardi 28 juin 2022

Frances

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Graeme Clifford. 1982. U.S.A. 2h20. Avec Jessica Lange, Kim Stanley, Sam Shepard, Bart Burns, Jonathan Banks, Bonnie Bartlett, Jeffrey DeMunn.

Sortie salles France: 7 Septembre 1983. U.S: 3 DĂ©cembre 1982.

FILMOGRAPHIEGraeme Clifford est un rĂ©alisateur australien nĂ© en 1942 Ă  Sydney. 1982 : Frances. 1985 : Burke and Wills. 1989 : Skate Rider. 1993 : Le Rubis du Caire. 1996 : La Fin d'un RĂŞve (TV). 1997 : Le Dernier Parrain (TV). 1998 : Le Dernier Parrain 2 (TV). 2007 : Revanche de femme (TV). 


"Celui qui adopte un autre mode de vie, d'une façon visible et concrète, sape les bases du conformisme. Il se heurtre à l'intolérance, car on est immédiatement suspect si l'on est différent".
Quel triste destin que de retracer sans ambages le portrait de la star dĂ©chue Frances Farmer par la machine Ă  broyer Hollywood qu'on ne prĂ©sente plus. C'est ce que nous relate le rĂ©alisateur discret  Graeme Clifford avec personnalitĂ© et souci documentĂ© (mĂŞme s'il se permet quelque libertĂ© avec le biopic après avoir effectuĂ© moi mĂŞme quelques recherches) tant la mise en scène Ă  la fois sobre, Ă©lĂ©gante, sans fioriture nous plonge dans son univers vitriolĂ© avec un art consommĂ© de l'expressivitĂ© dĂ©pouillĂ©e. A l'instar du jeu fulgurant de la radieuse Jessica Lange endossant avec une vĂ©ritĂ© humaine Ă  la fois digne, dĂ©tachĂ©e et dĂ©munie, l'ascension puis le dĂ©clin d'une actrice anticonformiste s'attirant les foudres de la censure, du fondamentalisme et de l'oppression psychiatrique faute d'une mère bigote en complicitĂ© avec l'outrecuidance de ce corps mĂ©dical. Car sous couvert d'une diatribe contre l'industrie d'Hollywood exploitant sans scrupule leurs stars en herbe trop fragiles pour accĂ©der aussi rapidement Ă  la notoriĂ©tĂ©, Graeme Clifford en profite pour y jeter un pavĂ© dans la mare de la psychiatrie sĂ©culaire. 


Tant auprès des conditions de vie insalubres de leurs patientes rĂ©duits Ă  l'Ă©tat vĂ©gĂ©tatif, de leurs dialogues de sourd perpĂ©trĂ©s avec des praticiens contre-intuitifs que de leurs traitements de choc infligĂ©s sur leur cerveau afin d'assainir leur (Ă©ventuelle) folie mentale au grĂ© de pratiques mĂ©diĂ©vales proprement inhumaines. Ainsi, tour Ă  tour terrifiant, brutal et malsain (toutes les sĂ©quences erratiques dans l'asile), poignant, dĂ©sespĂ©rĂ© et fatalement bouleversant, Frances nous immerge lentement (2h20 de projo) mais surement au coeur du profil nĂ©vrosĂ© de cette actrice athĂ©e fĂ©rue d'autonomie dans son insatiable soif de vie (houleuse il est vrai avec ce que cela sous entend d'excès) au risque de s'attirer sermons et mĂ©disances auprès d'une autoritĂ© (familiale, professionnelle, mĂ©dicale) faisant la sourde oreille auprès des marginaux incompris. Car exploitĂ©e tous azimuts durant sa courte vie en Ă©tant notamment destituĂ©e de ses facultĂ©s cĂ©rĂ©brales et Ă©motionnelles, Frances Farmer y perdra son âme, sa foi et sa dignitĂ© dans sa perpĂ©tuelle impuissance Ă  s'opposer aux convenances au point de s'isoler pour y bâtir un semblant d'havre de paix.  


IlluminĂ© par la prĂ©sence gracile d'une Jessica Lange habitĂ©e par l'entitĂ© de son personnage infortunĂ©, Frances nous Ă©branle d'Ă©motions (fortes, troubles, fragiles) Ă  autopsier le profil trop fragile de cette star des annĂ©es 30 brisĂ©e par son entourage (faussement) prĂ©venant en dĂ©pit de sa romance entamĂ©e avec Harry York (Sam Shepard très juste dans l'inquiĂ©tude de ses tourments). Un type Ă  reflet de miroir car lui aussi marginal, indĂ©pendant et quelque peu instable peinant finalement Ă  la combler Ă  travers son amour constamment contrariĂ©, bafouĂ©, compromis, galvaudĂ©. 

*Bruno

lundi 27 juin 2022

Cocoon, le retour / Cocoon: The Return

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Daniel Petrie. 1988. U.S.A. 1h56. Avec Don Ameche, Wilford Brimley, Hume Cronyn, Jessica Tandy, Steve Guttenberg, Maureen Stapleton, Gwen Verdon.

Sortie salles France: 3 Mai 1989. U.S: 23 Novembre 1988

FILMOGRAPHIEDaniel Petrie est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur canadien nĂ© le 26 novembre 1920 Ă  Glace Bay (Nouvelle-Écosse) et mort le 22 aoĂ»t 2004 Ă  Los Angeles (Californie). 1960 : Le Buisson ardent. 1961 : Un raisin au soleil. 1962 : Guitares et bagarres. 1963 : Les Heures brèves. 1966 : Jeunes gens en colère. 1966 : Un micro dans le nez. 1973 : OdyssĂ©e sous la mer. 1974 : Buster and Billie. 1974 : Pris au piège. 1976 : L'Adam de la mer. 1978 : Betsy. 1980 : Resurrection. 1981 : Le Policeman. 1982 : Six-Pack. 1984 : Un printemps sous la neige. 1987 : Square Dance. 1988 : Rocket Gibraltar. 1988 : Cocoon, le retour. 1994 : Lassie : Des amis pour la vie. 1997 : The Assistant. 


Retour sur Terre.
A condition de ne pas avoir revu son modèle depuis quelques annĂ©es (il faut donc respecter un certain laps de temps pour l'Ă©vacuer de nos souvenirs afin de mieux apprivoiser sa suite), Cocoon le retour est une gentille alternative sur air connu, une sympathique sĂ©quelle aussi vaine et sans surprise soit-elle. Tant et si bien qu'Ă  la revoyure, et en dĂ©pit de son pitch minimaliste, j'ai Ă©tĂ© agrĂ©ablement surpris par son aspect franchement attachant de par la bonhomie des acteurs sclĂ©rosĂ©s jouant Ă  nouveau les jeunes boute-en-train avec une fringance rĂ©solument communicative. L'intrigue se focalisant la plupart du temps sur leur quotidiennetĂ© amicale Ă  profiter de l'instant prĂ©sent (après avoir retrouvĂ© leur famille) en compagnie d'Ă©pouses aimantes, quand bien mĂŞme l'un d'eux a bien du mal Ă  tourner la page Ă  la suite de la mort de sa bien aimĂ©e Rose. SĂ©journant 4 jours sur terre en attendant d'y rapatrier des cocons confinĂ©s au fond de l'ocĂ©an puisque menacĂ© par des secousses sismiques selon les prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques, ceux-ci vont tenter en prime d'en rĂ©cupĂ©rer un enlevĂ© par le navire d'un centre de recherche ocĂ©anographique. 

On retrouve donc pour notre plus grand plaisir les acteurs sĂ©millants du 1er opus, mĂŞme si Steve Guttenberg ici très en retrait demeure peu prĂ©sent Ă  l'Ă©cran, et on s'Ă©tonne de dĂ©couvrir l'actrice nĂ©ophyte Courteney Cox dĂ©jĂ  convaincante en chercheuse prĂ©venante fascinĂ©e par la dĂ©couverte d'un extra-terrestre d'une innocence expressive. Enfin, le rĂ©alisateur remplaçant Daniel Petrie (le Policeman, RĂ©surrection) aborde Ă©galement avec beaucoup de tendresse, d'Ă©motions, de nostalgie et une certaine dramaturgie les thĂ©matiques de la peur de mourir et de la perte de l'ĂŞtre cher Ă  travers ces moult personnages contrariĂ©s par le temps qui passe, quand bien mĂŞme Bernie ne parvient pas Ă  assumer la disparition de son Ă©pouse Rose en dĂ©pit de sa nouvelle rencontre avec la charmante et dĂ©complexĂ©e Ruby. Cocoon le retour demeure donc tout Ă  fait attachant, attrayant, philanthrope et jamais ennuyeux Ă  tenter de renouer avec les ingrĂ©dients du 1er volet avec, certes, moins de surprise, d'originalitĂ© et d'efficacitĂ©, mais en restant concentrĂ© sur une Ă©motion permanente, entre tendresse, cocasserie et fĂ©erie pour les apparitions des extra-terrestres luminescents. Et Ă  ce niveau spĂ©cialement Ă©motif cette suite sans prĂ©tention est tout Ă  fait reprĂ©sentative de son Ă©poque candide dans lequel elle fut conçue sous l'impulsion de sa magnifique mĂ©lodie Ă©lĂ©giaque de James Horner.


*Bruno
2èx

jeudi 23 juin 2022

Scream Girl / The Final Girls

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Todd Strauss-Schulson. 2015. U.S.A. 1h31. Avec Taissa Farmiga, Malin Ă…kerman, Alexander Ludwig, Nina Dobrev, Alia Shawkat, Thomas Middleditch

Sortie en VOD en France le 18 Novembre 2015.

FILMOGRAPHIETodd Strauss-Schulson est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 24 Juin 1980 Ă  Forest Hills, New York, USA. 2008: Private High Musical. 2009: Drunks Vs. Highs (TV Movie). 2009 Blimp Prom (TV Movie). 2010: Naked But Funny (TV Movie). 2011: Le Joyeux NoĂ«l d'Harold et Kumar. 2012: Zombies and Cheerleaders (TV Movie). 2013: Onion News Empire (TV Movie). 2015: Scream Girl.  2016Untitled Strauss-Schulson Fogel Pilot (TV Movie). 2019: Isn't It Romantic.  2020The Masked Singer whats in the box (TV Special).  Family Getaway. Silent Retreat (post-production)

Tchi, tchi, tchi ! ah ah ah !
Quel contexte jouissif que de voir s'affronter les hĂ©ros d'un film projetĂ©s Ă  l'intĂ©rieur d'une fiction native des annĂ©es 80 pour tenter de venir Ă  bout d'un tueur Ă  la machette massacrant de jeunes cons insouciants ! Un ardent fantasme de cinĂ©phile que le rĂ©alisateur exauce sous une formulation parodique souvent amusante, dĂ©complexĂ©e et tellement inventive. Une savoureuse mise en abyme donc conjuguant avec une efficacitĂ© irrĂ©fragable tendresse, Ă©motion et rires en dĂ©pit de son absence d'angoisse et de gore que certains pourraient peut-ĂŞtre reprocher Ă  travers leur exigence intrĂ©pide. Todd Strauss-Schulson ne se raillant pourtant jamais du genre horrifique, en l'occurrence le psycho-killer qui fit les heures de gloire des annĂ©es 70 et 80 tant il affectionne sa scĂ©nographie iconique et ses protagonistes gogos avec une Ă©motion parfois Ă©tonnamment Ă©mouvante eu Ă©gard de notre hĂ©roĂŻne juvĂ©nile tentant de faire son deuil maternel au sein d'une fiction dĂ©stabilisĂ©e par ses intrus issus de la rĂ©alitĂ©. 

Catharsis pour celle-ci donc afin d'accepter la perte de l'ĂŞtre aimĂ©, Scream Girl s'alloue une telle gĂ©nĂ©rositĂ© pour amuser, fasciner et Ă©mouvoir le public en rendant hommage aux films d'horreur des annĂ©es 80 plutĂ´t dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s que constituent prioritairement Vendredi 13 et Carnage (autrement plus sĂ©rieux et malsain). Outre le caractère jouissif des situations dĂ©bridĂ©es jouant intelligemment avec les clichĂ©s en profitant du contexte du film dans le film que l'on accepte sans ambages, Scream Girl bĂ©nĂ©ficie  en prime d'une facture visuelle rutilante de par son photo colorĂ©e d'une Ă©lĂ©gance saturĂ©e et de certains plans stylisĂ©es d'un onirisme fastueux (principalement auprès des 10 dernières minutes, avant et pendant la confrontation entre l'hĂ©roĂŻne et le tueur). PlutĂ´t bien interprĂ©tĂ© auprès d'une nouvelle gĂ©nĂ©ration d'acteurs endossant les dĂ©cervelĂ©s ou les hĂ©ros autrement retors en s'efforçant d'y respecter le genre auquel ils s'adonnent, Scream Girl frappe au coeur entre rire et larmes avec une sincĂ©ritĂ© nostalgique forçant le respect. Et ce mĂŞme s'il manque un je ne sais quoi pour trĂ´ner cette sympathique sĂ©rie B au rayon des inmanquables. Quoiqu'il en soit, c'est Ă  voir assurĂ©ment, d'autant plus que derrière cet hommage parodique il y a un coeur qui bat ! 

*Bruno
2èx

mercredi 22 juin 2022

Collatéral

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Michael Mann. 2004. U.S.A. 2h00. Avec Tom Cruise, Jamie Foxx, Jada Pinkett Smith, Mark Ruffalo, Peter Berg, Bruce McGill 

Sortie salles France: 29 Septembre 2004

FILMOGRAPHIE: Michael Kenneth Mann est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 5 FĂ©vrier 1943 Ă  Chicago. 1979: Comme un Homme Libre, 1981: Le Solitaire, 1983: La Forteresse Noire, 1986: Le Sixième Sens, 1989: LA Takedown, 1992: Le Dernier des Mohicans, 1995: Heat, 1999: RĂ©vĂ©lations, 2001: Ali, 2004: CollatĂ©ral, 2006: Miami Vice, 2009: Public Enemies. 2015 : Hacker. (Blackhat). 2023 : Ferrari. 

Un chauffeur de taxi pris en otage par un tueur Ă  gage ayant la lourde tâche d'exĂ©cuter 5 personnes sur une liste spĂ©cifique. Contraint de le mener Ă  diffĂ©rents lieux pour parfaire ses crimes, Max aura la gageure de transcender ses affres pour rester en vie. Sur le papier, cette intrigue classique prĂ©sage un thriller Ă  suspense potentiellement efficace selon le rĂ©alisateur promu. Mais sous la houlette de ce gĂ©nie de Michael Mann, CollatĂ©ral palpite en diable Ă  travers ses ambitions exhaustives (fond et forme Ă  l'unisson) au grĂ© de rebondissements aussi fortuits que dĂ©tonants. Le rĂ©alisateur soignant autant son ambiance nocturne filmĂ©e en camĂ©ra numĂ©rique afin de rehausser l'hyper rĂ©alisme de sa scĂ©nographie urbaine "touristique" (mĂŞme si cet aspect documentaire nous parait plutĂ´t dĂ©stabilisant au dĂ©part) et ses scènes d'actions Ă©bouriffantes (dont une anthologique dans une boite de nuit Ă  faire pâlir de jalousie Terminator !), que le profil de notre duo impromptu apprenant Ă  se connaĂ®tre sous influence du Mal personnifiĂ© par Vincent. Tom Cruise endossant avec un naturel Ă  la fois trouble, Ă©quivoque et magnĂ©tique ce tueur mĂ©thodique d'une vĂ©locitĂ© et d'un sang froid sans Ă©gal. Probablement l'un des meilleurs rĂ´les de l'acteur qui plus est renforcĂ© d'un charisme argentĂ© (cheveux et tailleur gris) aussi distinguĂ© qu'inquiĂ©tant. Il faut le voir abattre ses victimes dans une posture rigide iconique derrière son regard de lynx d'une prĂ©cision Ă©peurante. 

Ainsi, Ă  travers sa thĂ©matique de l'influence du Mal et de ses effets pervers pour celui qui le cĂ´toie, les personnages remarquablement fouillĂ©s sont contraints de collaborer, amicalement et professionnellement parlant, pour pouvoir s'Ă©pauler et rester en vie. Max Ă©tant d'ailleurs contraint Ă  un moment fatidique de l'intrigue de se substituer au tueur Ă  gage afin de sauver sa peau auprès de mafieux Ă  deux doigts de l'Ă©liminer. Jamie Foxx demeurant terriblement expressif Ă  travers son dĂ©sarroi et ses apprĂ©hensions morbides puisque souvent tĂ©moin d'assister en direct aux assassinats de son mentor, et donc complice malgrĂ© lui d'y braver ensuite l'illĂ©galitĂ© et la moralitĂ© en transgressant ses peurs derrière son dĂ©sir de dĂ©passement de soi. Son personnage assez quelconque se fondant au dĂ©part dans la peau d'un chauffeur de taxi vĂ©llĂ©itaire car rĂŞvassant d'un avenir exotique pour omettre sa condition d'esclave prolĂ©taire auprès d'un patron abusif l'exploitant sans scrupule. C'est Ă©galement une sorte d'Ă©trange amitiĂ© qui se nouera entre lui et Vincent Ă  travers leurs prises de dangers davantage houleuses et leurs confidences intimes Ă  considĂ©rer leur existence selon une idĂ©ologie philosophique fataliste et pessimiste. Ce qui est enfin surprenant Ă  travers cette virĂ©e sanglante Ă©maillĂ©e d'incidents imprĂ©visible Ă©mane de son final angoissant Ă  jouer dans la cour du redoutable psycho-killer pour le bonheur des fans du genre. Et ce en dĂ©pit de poncifs vite rattrapĂ©s par la prĂ©cision de la mise en scène de Mann toujours aussi tatillon Ă  exploiter ses dĂ©cors (ici exigus) dans un esthĂ©tisme tout Ă  la fois fascinant et inquiĂ©tant et le cĂ´tĂ© palpable des victimes apeurĂ©es terrĂ©es dans l'ombre et le noir.

Driver Killer.
PlongĂ© en apnĂ©e dans les racines du mal en plein Los-Angeles crĂ©pusculaire sous l'oeil avisĂ© d'un Tom Cruise subtilement dĂ©monial, CollatĂ©ral hypnotise les sens du spectateur sous l'impulsion de ce duo iconoclaste en proie Ă  une nouvelle orientation existentielle Ă  travers leur divergence impitoyable. Passionnant, vĂ©nĂ©neux et Ă©trangement Ă©lĂ©gant par sa sensualitĂ© Ă©thĂ©rĂ©e. 

*Bruno
2èx

Récompenses:

Future Film Festival Digital Award Ă  la Mostra de Venise en 2004
NBR Award 2004 :
Meilleur réalisateur
LAFCA Award 2004 :
Meilleure photographie
BAFTA Award 2005 :
Meilleure photographie
Satellite Awards 2005 :
Meilleur montage
Meilleur son

mardi 21 juin 2022

La Couleur de l'Argent / The Color of Money

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Martin Scorsese. 1986. U.S.A. 2h00. Avec Tom cruise, Paul Newman, Mary Elizabeth Mastrantonio, Helen Shaver, John Turturro, Forest Whitaker, Bill Cobbs.

Sortie salles France: 11 Mars 1987. U.S: 17 Octobre 1986

FILMOGRAPHIE: Martin Scorsese est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 17 Novembre 1942 Ă  Flushing (New-york). 1969: Who's That Knocking at my Door, 1970: Woodstock (assistant rĂ©alisateur), 1972: Bertha Boxcar, 1973: Mean Streets, 1974: Alice n'est plus ici, 1976: Taxi Driver, 1977: New-York, New-York, 1978: La Dernière Valse, 1980: Raging Bull, 1983: La Valse des Pantins, 1985: After Hours, 1986: La Couleur de l'Argent, 1988: La Dernière Tentation du Christ, 1990: Les Affranchis, 1991: Les Nerfs Ă  vif, 1993: Le Temps de l'innocence, 1995: Un voyage avec Martin Scorsese Ă  travers le cinĂ©ma amĂ©ricain, 1995: Casino, 1997: Kundun, 1999: Il Dolce cinema -prima partie, A Tombeau Ouvert, 2002: Gangs of New-York, 2003: Mon voyage en Italie (documentaire), 2004: Aviator, 2005: No Direction Home: Bob Dylan, 2006: Les InfiltrĂ©s. 2008: Shine a Light (documentaire). 2010: Shutter Island.2011 : Hugo Cabret. 2013 : Le Loup de Wall Street. 2016 : Silence. 2019 : The Irishman. 2022 : Killers of the Flower Moon. 2024 : Grateful Dead. 2026 : Roosevelt. 


L'argent est une addiction.
AurĂ©olĂ© de l'incandescent trio gagnant symbolisĂ© du monstre sacrĂ©e Paul Newman (je m'agenouille !),  du jeune loup fougueux Tom Cruise (il crève quasiment l'Ă©cran de son naturel insolent) et de la charmante Mary Elizabeth Mastrantonio (de mĂ©moire de cinĂ©phile sa prestance la plus posĂ©e et sensuelle), La Couleur de l'Argent est un stoĂŻque affrontement que se disputent 2 champions du billard dans l'art de la manipulation cĂ©rĂ©brale. Paul Newman endossant le mentor Ă©mĂ©rite Ă  inculquer Ă  son poulain pĂ©dant les plus retors stratagèmes afin d'emporter la plus grosse mise. Passionnant, pour ne pas dire jubilatoire 1 heure 25 durant, tant auprès de la complicitĂ© amicale du trio oĂą s'y  de chamailleries et rĂ©conciliation, que de leur chaude tournĂ©e dans les salles entremĂŞlĂ©e de pugilats, de jalousie et de revanche murement rĂ©flĂ©chies, la Couleur de l'Argent nous plonge dans les rouages de leur compĂ©tition avec un art consommĂ© de l'intensitĂ© en roue libre. 

Mais Ă  partir du moment oĂą Eddie dĂ©cide de raccrocher pour faire cavalier seul, j'avoue avoir Ă©tĂ© quelque peu refroidi, frustrĂ©, moins attentionnĂ© par la tournure brutale de l'intrigue Ă  bien saisir qui manipule qui pour en sortir vainqueur. En tout Ă©tat de cause, le spectacle demeure suffisamment attractif, pour ne pas dire addictif (Ă  l'instar de l'outrecuidance de ses champions appâtĂ©s par le gain et leur goĂ»t immodĂ©rĂ© du jeu) sous l'impulsion des comĂ©diens frĂ©tillants (ils demeurent redoutablement attachants Ă  travers leurs expressions insatiables doublĂ©es de fiertĂ© arrogante) et de la mise en scène virtuose de Martin Scorcese s'en donnant Ă  coeur joie dans les mouvements de camĂ©ra fulgurants (particulièrement les travellings circulaires et les focus furtifs). Chaudement recommandĂ©e donc que cette sĂ©quelle roublarde nantie d'une Ă©motion Ă  la fois trouble et galvanisante quant aux effets pervers de la compĂ©tition oĂą la manipulation prĂ©domine au mĂ©pris de la moralitĂ©, voire de la pitiĂ©. 

*Bruno

Distinctions:

National Board of Review Awards 1986 :
prix du Meilleur acteur pour Paul Newman
New York Film Critics Circle Awards 1986 :
2e place au prix du Meilleur acteur pour Paul Newman
Oscar du meilleur acteur pour Paul Newman

lundi 20 juin 2022

2 Flics Ă  Miami / Miami Vice

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Michael Mann. 2006. U.S.A/Allemagne. 2h12. Avec Colin Farrell, Jamie Foxx, Gong Li, Naomie Harris, Ciarán Hinds, Justin Theroux, Barry Shabaka Henley.

Sortie salles France: 16 août 2006

FILMOGRAPHIE: Michael Kenneth Mann est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 5 FĂ©vrier 1943 Ă  Chicago. 1979: Comme un Homme Libre, 1981: Le Solitaire, 1983: La Forteresse Noire, 1986: Le Sixième Sens, 1989: LA Takedown, 1992: Le Dernier des Mohicans, 1995: Heat, 1999: RĂ©vĂ©lations, 2001: Ali, 2004: CollatĂ©ral, 2006: Miami Vice, 2009: Public Enemies. 2015 : Hacker. (Blackhat). 2023 : Ferrari. 


"Un des plus grands films de Michael Mann". Jean-Baptiste Thoret.
HĂ©las boudĂ© lors de sa sortie, Miami Vice est un grand film que beaucoup ont comparĂ© Ă  la sĂ©rie TV symptomatique des annĂ©es 80 en reprochant sans doute son absence de nostalgie, d'exotisme bonnard, de tubes pop FM entĂŞtants et de cool attitude des personnages. Car il s'agit ici d'une oeuvre expĂ©rimentale comme le prouve son parti-pris autonome de le tourner en camĂ©ra numĂ©rique Thomson Viper afin de nous faire participer de l'intĂ©rieur des Ă©vènements comme si nous y Ă©tions. Et si de la part d'un tâcheron le mĂ©trage n'aurait Ă©tĂ© qu'un banal divertissement policier sur fond de trafic de drogue et d'agents infiltrĂ©s, Michael Mann en tire une oeuvre littĂ©ralement fascinante de par son art d'y conter (non sans une certaine mĂ©lancolie symptomatique de sa filmo) son histoire "documentĂ©e" (doux euphĂ©misme) au grĂ© d'un suspense latent, et par son sens du dĂ©tail magnifiant chaque sĂ©quence au point de s'immerger tĂŞte baissĂ©e dans les conflits et actions Ă©piques des personnages Ă  la fois tourmentĂ©s et rĂ©signĂ©s. Mais pas que, car au fil du cheminement filandreux de notre duo de flics infiltrĂ©s auprès d'un cartel, et afin de relancer l'action vers une pente autrement tendue et vertigineuse, Michael Mann y cultive une romance entre Isabella et Sony qui remettra en cause (et en question) les transactions illĂ©gales des bons et des mĂ©chants emportĂ©s par le doute, la dĂ©fiance, le goĂ»t du risque, la vengeance, la mort. 

Particulièrement douĂ© pour crĂ©er des ambiances crĂ©pusculaires envoĂ»tantes sous l'impulsion d'un score Ă©lectro, Michael Mann ne perd rien de son style Ă©purĂ© pour nous sĂ©duire sans ambages et nous Ă©mouvoir Ă  travers le profil de nos flics de Miami couillus mais circonspects (bien qu'effrĂ©nĂ©s dans leur dĂ©marche) Ă  tenter de faire tomber le plus gros bonnet de la bande;  Archangel de Jesus Montoya. Il faut dire que la sobriĂ©tĂ© des interprètes et des seconds-rĂ´les charismatiques en tous points magistraux constitue Ă©galement une plus-value pour authentifier cette guerre de drogue que Colin Farrell et Jamie Foxx monopolisent avec une classe renfrognĂ©e eu Ă©gard de leurs expressions dĂ©pouillĂ©es que Mann ausculte pourtant avec une attention scrupuleuse (mais jamais outrĂ©e ou racoleuse Ă  l'instar de sa mise en scène incroyablement avisĂ©e). Quant aux rares scènes d'actions qui Ă©lectrisent le rĂ©cit en suspens, elles font preuve d'hyper rĂ©alisme furibard, tant auprès de son montage Ă  couper au rasoir afin d'intensifier les affrontements Ă©piques, que des bruitages et effets sonores impartis aux armes et autres explosions que Mann parachèvent lors d'un final belliqueux oĂą chacun des protagonistes peut trĂ©passer Ă  tous moments. Une dramaturgie Ă  la fois violente et cruelle mais surtout hyper tendue (notamment Ă  renfort de rĂ©pliques retorses pour mieux duper l'adversaire) que la sĂ©rie des annĂ©es 80 ne pouvait se permettre Ă  une heure de grande Ă©coute. 


Du cinĂ©ma Ă  l'Ă©tat pur. 
C'est ce qui fait la grandeur, la force et la noblesse de ce Miami vice posĂ© et contemplatif que de faire participer au public une histoire triviale de traque infernale contre le cartel en la magnifiant de par sa mise en scène personnelle et l'implication de son cast irrĂ©prochable jouant les bons et les mĂ©chants avec une foi monolithique. Grand film noir sur le capitalisme contemporain illustrant en filigrane une bouleversante romance impossible, Miami Vice resplendit de 1000 feux dans sa capacitĂ© Ă  nous narrer au compte goutte son vĂ©nĂ©neux rĂ©cit en nous impliquant de plein fouet comme si nous Ă©tions devenus un personnage du film. Alors que les nombreux dĂ©cors naturels et domestiques, les boites de nuits luxueuses, l'asphalte, les bolides et infrastructures font notamment office de personnages Ă  part entière. Tout ça pour dire que Miami Vice se vit et se ressent comme un voyage au bout de la nuit auprès de ses moult sources de danger que nos protagonistes tentent de transgresser entre hĂ©roĂŻsme stoĂŻque (parfois Ă  couper le souffle), patience et rĂ©silience pour venir Ă  bout de leur mission. Mais Ă  quel prix au travers de leur dĂ©rive existentielle finalement noyĂ©e de dĂ©sillusion professionnelle et conjugale  ? 

*Bruno Matéï 
2èx



vendredi 17 juin 2022

Complot de Famille / Family Plot. Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

d'Alfred Hitchcock. 1976. Angleterre. 2h00. Avec Bruce Dern, William Devane, Barbara Harris, Karen Black, Ed Lauter, Cathleen Nesbitt, Katherine Helmond.

Sortie salles France: 21 Juillet 1976. U.S: 9 Avril 1976

FILMOGRAPHIE: Alfred Hitchcock est un réalisateur, producteur et scénariste anglo américain, né le 13 Août 1899, décédé le 29 Avril 1980. 1935: Les 39 Marches. 1936: Quatre de l'Espionnage. Agent Secret. 1937: Jeune et Innocent. 1938: Une Femme Disparait. 1939: La Taverne de la Jamaique. 1940: Rebecca. Correspondant 17. 1941: Soupçons. 1942: La 5è Colonne. 1943: l'Ombre d'un Doute. 1944: Lifeboat. 1945: La Maison du Dr Edward. 1946: Les Enchainés. 1947: Le Procès Paradine. 1948: La Corde. 1949: Les Amants du Capricorne. 1950: Le Grand Alibi. 1951: L'Inconnu du Nord-Express. 1953: La Loi du Silence. 1954: Le Crime était presque parfait. Fenêtre sur cour. 1955: La Main au Collet. Mais qui a tué Harry ? 1956: l'Homme qui en savait trop. Le Faux Coupable. 1958: Sueurs Froides. 1959: La Mort aux Trousses. 1960: Psychose. 1963: Les Oiseaux. 1964: Pas de Printemps pour Marnie. 1966: Le Rideau Déchiré. 1969: l'Etau. 1972: Frenzy. 1976: Complot de Famille.

ComĂ©die policière rondement menĂ©e de par son lot de rebondissements, suspense lattent (avant une tension furtive en dernière partie pour le sort prĂ©caire d'un des personnages) et quiproquos que l'on ne peut anticiper, Complot de Famille est le divertissement idoine sous l'impulsion d'un scĂ©nario charpentĂ© particulièrement dĂ©complexĂ© (il n'a point grugĂ© son Prix Edgar Allan Poe du Meilleur ScĂ©nario). Pour ce faire, on peut autant compter sur l'engouement de notre quatuor de protagonistes vĂ©naux (2 couples d'amants peu recommandables alors que l'on s'attache inĂ©vitablement auprès du duo le moins hostile et  rĂ©prĂ©hensible) escroquant sans vergogne les honnĂŞtes gens. Blanche Tyler usant de sĂ©ances de spiritisme avec la complicitĂ© de son amant George Lumley pour un enjeu pĂ©cuniaire de 10 000 dollars. Fran Ă©laborant de son cĂ´tĂ© des rapts auprès de personnalitĂ©s fortunĂ©es pour leur soutirer un diamant avec la complicitĂ© de son compagnon jouailler Arthur Adamson. Ainsi, ses personnages sans scrupule finiront inĂ©vitablement par se croiser et se rencontrer lors d'un jeu de cache-cache davantage tendu, pour ne pas dire oppressant, au pĂ©ril de la vie de certains d'eux. 

SĂ©millante et enjouĂ©e au point de nous susciter parfois l'hilaritĂ© (ses grossières imitations dans la cuisine de l'une de ses victimes sclĂ©rosĂ©es), Barbara Harris se dĂ©lecte Ă  se fondre dans la peau d'une mĂ©dium empathique avec un charisme typiquement cocasse dans sa posture faussement philanthrope. Elle est accompagnĂ©e du monstre sacrĂ© Bruce Dern incarnant ici avec une aisance autrement plus discrète, avenante et vigilante la double fonction de chauffeur de taxi et de dĂ©tective amateur afin de retrouver la trace du fantĂ´me Edward Shoebridge. L'indigne hĂ©ritier de la fortune de Julia Rainbird, vieille dame cossue rongĂ©e de remords Ă  la suite de la mort de sa soeur et du mari de celle-ci lors d'un Ă©trange incendie. Quant au jeu torve de William Devane (le personnage le plus sombre des 4), il recourt Ă  une expression Ă  la fois cynique, insidieuse et orgueilleuse pour duper ses ennemis et prĂ©server son identitĂ©. Il est enfin entourĂ©e de la troublante et vĂ©nĂ©neuse Karen Black  (quel regard fĂ©lin dans sa dĂ©froque distinguĂ©e accoutrĂ©e de lunettes noires !). Sa fameuse complice Ă  la fois burnĂ©e et rigoureusement prudente nĂ©gociant aux proches de la victime de rapt la mise d'un diamant en promesse de sa libĂ©ration.  

Il serait donc temps de rĂ©habiliter urgemment cette merveille de comĂ©die policière menĂ©e sans temps morts et irrĂ©sistiblement passionnante alors qu'Hitchcock, dĂ©nuĂ© de prĂ©tention pour son ultime mĂ©trage, prend son temps Ă  planter son intrigue pour y faire Ă©voluer ses personnages avec une diabolique dĂ©rision (parfois proche du comique). Les acteurs communĂ©ment expansifs prenant plaisir Ă  participer Ă  l'aventure rocambolesque au travers d'une topographie sinueuse semĂ©e d'embuches, de fausses pistes et de revirements gĂ©nialement dosĂ©s au compte goutte, et donc sans esbroufe. Un rĂ©gal j'vous dit. 

*Bruno Matéï 
2èx

jeudi 9 juin 2022

You won't be alone

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Goran Stolevski. 2022. U.S.A/Australie/Serbie. 1h49. Avec Sara Klimoska, Anamaria Marinca, Alice Englert, FĂ©lix Maritaud, Carloto Cotta, Noomi Rapace.

Sortie salles France: 1er Avril 2022

FILMOGRAPHIEGoran Stolevski est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste australien. 2022: You won't be alone. 

ExpĂ©rience de cinĂ©ma naturaliste contrairement Ă  ses apparences cryptiques, You won't be alone empreinte au cinĂ©ma de Herzog et de Malick sous couvert d'un prĂ©texte occulte magnifiant le portrait d'une femme-enfant en apprentissage existentiel. Et si ce mĂ©trage auteurisant ne plaira assurĂ©ment pas Ă  tous (faute de son climat hermĂ©tique plutĂ´t froid et distant et de son aspect documentĂ© plus vrai que nature), l'expĂ©rience quasi atypique que procure ce 1er essai ne peut laisser indiffĂ©rent l'amateur d'Ă©trangetĂ© indĂ©pendante puissamment Ă©vocatrice. Ainsi, Ă  travers la divergence morale d'une femme sorcière envers sa fille adoptive, mi-humaine, mi-sorcière, Goran Stolevski nous fait partager 1h49 durant le trajet oscillatoire de cette dernière qui devra apprendre l'adulte tempĂ©rance de vivre en communautĂ© au sein d'une nature solennelle olfactive. Tant et si bien que You won't be alone se vit et se ressent comme un trip expĂ©rimental, telle une seconde naissance que le spectateur perçoit Ă  travers les yeux candides de cette sauvageonne passant d'un corps Ă  un autre afin de mieux comprendre et apprivoiser la nature humaine. Parfois bercĂ© d'une partition fragile discrètement envoĂ»tante, cet hymne Ă  la vie, Ă  la maternitĂ©, Ă  la nature et Ă  l'amour transpire l'authenticitĂ© du vĂ©cu auprès de ces mĂ©tayers d'une Ă©poque sĂ©culaire Ă  travers leur idĂ©ologie aussi superstitieuse que conservatrice. 

Baignant dans un doux climat de plĂ©nitude Ă  travers ses yeux ingĂ©nus emplis de curiositĂ© et de soif de dĂ©couverte, tout en dĂ©crivant son rapport contradictoire avec la mort qu'elle commet de temps Ă  autre Ă  autrui dans son inculture Ă  diffĂ©rencier le Bien du Mal, You won't be alone est contrebalancĂ© de visions dĂ©rangeantes, malsaines et cruelles (surtout en prĂ©sence de nouveau-nĂ©s Ă©plorĂ©s) de par la menace lĂ©tale d'une sorcière envieuse (sans doute le portrait le plus fulgurant du cinĂ©ma de par sa nature expressive dĂ©nuĂ©e d'humanisme !) incapable de comprendre, communiquer et transmettre la valeur maternelle eu Ă©gard de son mĂ©pris pour sa progĂ©niture en proie Ă  un Ă©veil sentimental qu'elle ne pu soupçonner. DĂ©licat et fragile, mĂ©phitique et dĂ©sobligeant Ă  travers l'ombre de la mĂ©chancetĂ© la plus couarde et isolĂ©e, You won't be alone est autant une oeuvre existentielle onirique qu'expressive Ă  nous communiquer avec un scrupuleux souci documentaire les premiers Ă©mois d'une naissance multiple que nous dĂ©couvrons Ă  travers la sensible intimitĂ© d'une enfant-monstre en proie aux valeurs inextinguibles du Bien après s'ĂŞtre dĂ©barrassĂ©e de son influence malĂ©fique. 

*Bruno Matéï 

mardi 7 juin 2022

Luz, la Fleur du Mal / Luz: The Flower of Evil / Luz, la flor del mal.

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmaffinity.com

de Juan Diego Escobar Alzate. 2019. Colombie. 1h44. Avec Yuri Vargas, Jim Muñoz, Conrado Osorio, Andrea Esquivel, Sharon Guzmán.

Sortie salles: 7 October 2019 (Sitges Film Festival)

FILMOGRAPHIEJuan Diego Escobar Alzate est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste colombien, nĂ© le 15 AoĂ»t 1987 Ă  Manizales. 2019: Luz. 

Issu de Colombie, cet OVNI indĂ©pendant ne plaira assurĂ©ment pas au grand public non prĂ©parĂ© Ă  une expĂ©rience Ă©sotĂ©rique aussi personnelle qu'envoĂ»tante. Certaines de ses images fantasmagoriques demeurant de vĂ©ritables tableaux oniriques que le rĂ©alisateur imprime Ă  travers une flamboyante photographie bercĂ©e d'un fond musical aussi fragile que mĂ©lodieux. Et Ă  ce niveau sensoriel d'une nature stellaire aussi gracile qu'Ă©panouissante, la première demi-heure fait mouche Ă  nous dĂ©peindre cet univers bucolique laconique auquel une poignĂ©e de villageois tentent de cohabiter en harmonie en tentant d'y trouver leur paix intĂ©rieure. Or, Ă  travers un rĂ©cit sans trop de surprise nous relatant durant 1h44 la folie dĂ©pressive d'un père bigot et de ses 3 filles soumise Ă  sa foi chrĂ©tienne, Luz, la Fleur du Mal cède place Ă  la redondance et aux logorrhĂ©es Ă  ne traiter que des thèmes du Bien et du Mal depuis l'intrusion d'un enfant mutique potentiellement habitĂ© par le diable. RĂ©aliste, dĂ©routant, pesant, ennuyeux, dĂ©rangeant, fascinant, beau, fragile, violent, immersif et sensitif, Luz ne laisse toutefois pas indiffĂ©rent l'amateur d'expĂ©rience spirituelle ne ressemblant Ă  nul autre mĂ©trage. 

Mais en l'Ă©tat, on aurait peut-ĂŞtre optĂ© pour un moyen mĂ©trage de 50 minutes plutĂ´t que d'Ă©tirer sur la longueur ce concept religieux rĂ©barbatif car beaucoup trop chargĂ© en palabres et versets bibliques de nous marteler que Dieu (le bien) et Diable (le mal) ne font qu'une seule et mĂŞme entitĂ© en notre enveloppe corporelle que nous combattons quotidiennement selon nos croyances, notre agnosticisme ou notre athĂ©isme. Pour clore, on peut enfin dĂ©noter la qualitĂ© de son cast mĂ©connu totalement habitĂ© par leur expression tantĂ´t aliĂ©nĂ©e, tantĂ´t affligĂ©e au travers de sĂ©quences parfois horrifiques ou brutales que nous ne voyons pas arriver. Et on sent bien que le rĂ©alisateur très inspirĂ© par son rĂ©cit mystique se refuse Ă  sombrer dans le racolage ou la fioriture en misant essentiellement sur l'expĂ©rience d'un vĂ©cu maladif Ă  travers le fanatisme rigoriste (symbolisĂ© par ce paternel transi incapable d'y distinguer les valeurs du Bien et du Mal), vecteur de tous les maux de nos sociĂ©tĂ©s depuis la nuit des temps. 

Exclusivement pour public averti donc.

*Bruno Matéï 

lundi 6 juin 2022

Hors la Loi

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robin Davis. 1985. France. 1h48. Avec Clovis Cornillac, Wadeck Stanczak, Nathalie Spilmont, Isabelle Pasco, Pascal Librizzi, Jean-Claude Tran, JoĂ«l Ferraty, Philippe Chambon, Jean-Paul Roussillon, Madeleine Robinson. 

Sortie salles France: 3 Avril 1985

FILMOGRAPHIE: Robin Davis, nĂ© le 29 mars 1943 Ă  Marseille, est un rĂ©alisateur français. 1975 : Ce cher Victor. 1979 : La Guerre des polices. 1982 : Le Choc. 1983 : J'ai Ă©pousĂ© une ombre. 1985 : Hors-la-loi. 1989 : La Fille des collines.  

OubliĂ© de nos jours mais enfin commercialisĂ© en format Blu-ray chez nous, Hors la loi est un sympathique rĂ©cit d'aventures Ă  la française, aussi mineur soit son contenu bâclĂ©, pour ne pas dire dĂ©gingandĂ©. Une traque sans relâche que subissent de jeunes dĂ©linquants d'un centre de redressement contre la police, les militaires et des fermiers revanchards Ă  la suite d'une rixe mortelle dans une salle des fĂŞtes. En dĂ©pit de ses nombreuses maladresses (principalement au niveau de l'attitude parfois irritante des protagonistes plutĂ´t mal dirigĂ©s, qu'ils soient jeunes ou adultes), de son manque d'intensitĂ© et d'un rĂ©cit prĂ©visible pâtissant des hurlements outrĂ©es des jeunes acteurs jouant les rebelles au grand coeur avec un sens de l'improvisation théâtrale, Robin Davis compte sur les nombreux rebondissements belliqueux et ses magnifiques panoramas provinciaux pour nous attacher Ă  ce survival champĂŞtre modestement attachant. A l'instar de la prĂ©sence dĂ©jĂ  convaincante de Clovis Cornillac du haut de ses 16 ans en dĂ©linquant quelque peu autoritaire Ă©pris de sentiments pour Ida mais contraint de se mesurer Ă  son rival Christian particulièrement envieux de cette dernière. 


*Bruno Matéï
2èx

mardi 31 mai 2022

The Gate / La Fissure

                                       
                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lovingmoviesfr.file

de Tibor Takács. 1987. U.S.A. 1h24. Avec Stephen Dorff, Christa Denton, Louis Tripp, Kelly Rowan, Jennifer Irwin.

Sortie salles France: 28 Mai 1987. U.S: 15 Mai 1987

FILMOGRAPHIE SELECTIVETibor Takacs est un rĂ©alisateur hongrois nĂ© le 11 Septembre 1954 Ă  Budapest (Hongrie). 1978: Metal Messiah. 1982: 984: Prisoners of the Future (tĂ©lĂ©-film). 1987: The Gate. 1989: Lectures Diaboliques. 1992: The Gate 2. 1996: Sabotage. 1997: Sanctuary. 2001: La Fille du Père-Noel (tĂ©lĂ©-film). 2003: Rats. 2007: Ice Spiders (tĂ©lĂ©-film). 2007: Mega Snake (tĂ©lĂ©-film). 2010: TempĂŞte de mĂ©tĂ©orites (tĂ©lĂ©-film). 2013: Spiders 3D.


Si j'avais quelque peu omis cette modeste sĂ©rie B que j'avais trouvĂ© Ă  l'Ă©poque bonnard et attachante (notamment grâce Ă  l'originalitĂ© de ses effets-spĂ©ciaux particulièrement rĂ©ussis et oh combien rĂ©jouissants), quelle fut ma surprise de le redĂ©couvrir aujourd'hui sous un angle autrement gratifiant si bien que j'ai redĂ©couvert (en format HD qui plus est) un formidable divertissement qu'on ne retrouve plus (ou si peu, Ă  l'instar de la gĂ©niale sĂ©rie Stranger Things) de nos jours. Car aussi imbitable que cela puisse paraĂ®tre, The Gate est un VRAI film d'horreur (point que j'avais bizarrement complètement omis de ma mĂ©moire) jouĂ© par des bambins que Tibor Takacs ose combiner au travers de leur esprit de cohĂ©sion et de leur amitiĂ© indĂ©fectible. Son climat Ă©tonnement angoissant distillant une lourde atmosphère d'Ă©trangetĂ© et d'insĂ©curitĂ© en la prĂ©sence d'ados farouches (mais en voie de rĂ©bellion) Ă  tenter de venir Ă  bout de la menace monstrueuse au sein de leur cocon domestique. L'intrigue simpliste traitant de ce trio (un frère, une soeur et leur acolyte) Ă  dĂ©jouer les forces malĂ©fiques d'un dessein morbide planĂ©taire Ă  la suite du dĂ©racinement de l'arbre de leur jardin. 


Ainsi, redĂ©couvrir aujourd'hui ce B movie dĂ©nuĂ© de prĂ©tention prouve Ă  quelque point les annĂ©es 80 fut une vĂ©ritable aubaine pour imprimer sur Ă©cran de petits mĂ©trages ludiques bourrĂ©s de sincĂ©ritĂ©, de gĂ©nĂ©rositĂ© et de bons sentiments (dans le bon sens du terme) dans leur plaisir commun de bien faire Ă  nous faire croire Ă  l'improbable. En l'occurrence, on se retrouve Ă  reluquer entre passion et fascination de petits monstres diablotins terriblement rĂ©alistes dans leur petit corps vĂ©loce que Tibor Takacs exploite lestement Ă  l'aide d'FX toujours bluffants. Tant et si bien qu'aujourd'hui on reste aussi impressionnĂ© par leur apparence dĂ©moniale Ă  travers un charisme quelque peu singulier. Quant au monstre final de taille autrement disproportionnĂ©e et filmĂ© en stop motion, lĂ  encore on reste enchantĂ© par cette vision de cauchemar dantesque en dĂ©pit de son aspect rĂ©tro gĂ©nialement attachant. Et si la première partie laisse beaucoup de place Ă  la suggestion, la mise en attente et Ă  certaines dĂ©rives hallucinatoires plutĂ´t insĂ©cures, le second acte autrement Ă©pique et horrifique embraye sur des confrontations Ă  la fois haletantes et terrifiantes (l'apparition du mort-vivant s'extirpant du mur de la chambre fait froid dans le dos par son apparence spectrale !) que nos hĂ©ros en herbe amorcent avec une foi dĂ©terminĂ©e (nous n'avons jamais le dĂ©sagrĂ©able sentiment de supporter des ados turbulents et dĂ©cervelĂ©s comme on est parfois contraint de se coltiner au travers de prods triviales plutĂ´t arrivistes). 


Si bien que dans The Gate tout est relativement soignĂ©, tant au niveau de sa rĂ©alisation soignĂ©e, de ses trucages artisanaux, de son score lugubre, de son atmosphère rĂ©ellement anxiogène que des comĂ©diens juvĂ©niles (Stephen Dorff en tĂŞte en noble leader Ă  la capacitĂ© de rĂ©flexion) rĂ©ellement investis dans leur fonction Ă  la fois Ă©peurĂ©e et dĂ©vouĂ©e Ă  combattre les forces du Mal lors d'une une directive solidaire (avec en prime un joli discours sur la fidĂ©litĂ© amicale comme le prouve justement son Ă©pilogue salvateur). A redĂ©couvrir donc avec un rĂ©el plaisir assumĂ©, The Gate paraissant aujourd'hui plus couillu, plus charmant, plus rĂ©jouissant dans son concentrĂ© d'horreur, de fantastique mais aussi d'humour et de tendresse Ă©tonnamment premier degrĂ© ! 

*Bruno Matéï
3èx