mardi 6 janvier 2015

BOYHOOD. Ours d'Argent du Meilleur Réalisateur, Berlin 2013.

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nightlightcinema.com

de Richard Linklater. 2002/2014. U.S.A. 2h46. Avec Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke, Lorelei Linklater, Zoe Graham, Tamara Jolaine, Nick Krause.

Sortie salles France: 23 Juillet 2014. U.S: 11 Juillet 2014.

FILMOGRAPHIE: Richard Linklater est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 30 Juillet 1960 à Houston, Texas. 1985: Woodshock (court-métrage). 1988: It's Impossible to learn to plow by reading books. 1991: Slacker. 1993: Génération Rebelle. 1995: Before Sunrise. 1996: SubUrbia. 1998: Le Gang des Newton. 2001: Waking Life. 2001: Tape. 2003: Rock Academy. 2004: Before Sunset. 2005: Bad News Bears. 2005: Fast Food Nation. 2006: A Scanner Darkly. 2008: Inning by inning: a portrait of a coach (doc). 2009: Me and Orson Welles. 2012: Bernie. 2013: Before Midnight. 2014: Boyhood. 2015: That's What I'm Taljing About.


Chronique familiale centrée sur le cheminement initiatique d'un enfant de 6 ans jusqu'à l'âge de sa majorité, Boyhood présente la particularité d'avoir été tourné durant plus de 12 ans afin de coller au plus près de la transformation physique des personnages. Pas de recours au maquillage donc ou de substituer l'acteur par un sosie pour divulguer leur nouvelle morphologie de maturité, mais simplement miser sur la présence naturelle de comédiens physiquement marqués par l'avancement de l'âge. Cet aspect inédit et couillu d'avoir osé suivre durant 12 longues années leur croissance physique engendre un parfum d'authenticité assez troublant dans la peinture de cette famille frappée par les aléas de l'existence.


Le rĂ©alisateur comptant notamment sur le jeu naturel de ces comĂ©diens confondants d'aplomb ou de spontanĂ©itĂ© dans leur condition humaine en constante mutation. Particulièrement le jeune Ellar Coltrane se fondant dans la peau d'un adolescent discret avec retenue et sagesse de son caractère flegme. Par son tempĂ©rament docile et tolĂ©rant s'y dĂ©gage une sobre Ă©motion d'une intensitĂ© parfois accrue dans le reflet de ses sentiments. Fresque fleuve Ă©talĂ©e sur une durĂ©e de 2h46, Boyhood transfigure l'intimisme d'une famille dĂ©sunie avec un sens de vĂ©ritĂ© proche du reportage. On peut peut-ĂŞtre mĂŞme Ă©voquer une certaine allusion au cinĂ©ma de John Cassavetes dans certains sujets traitĂ©s et la manière prude dont Richard Linklater filme les sentiments des personnages parmi la vĂ©racitĂ© de leur fragilitĂ© humaine. En abordant les thèmes universels de la famille, de l'amour, de la rĂ©ussite professionnelle, de la pubertĂ©, de la maturitĂ©, de l'Ă©ducation parentale, puis ceux, plus graves, du divorce, de l'alcoolisme et la violence au sein du couple, Boyhood se condense en hymne Ă  la vie du point de vue d'un adolescent en Ă©veil de raisonnement. Le spectateur observant mĂ©ticuleusement les points essentiels de son Ă©volution Ă  travers le tĂ©moignage de la responsabilitĂ© parentale, des camarades de classe, des premiers flirts de l'amour puis la dĂ©ception qui s'ensuit avant de renouer avec l'optimisme d'une nouvelle rencontre. La manière habile et scrupuleuse dont la mise en scène fait preuve pour vĂ©hiculer l'Ă©motion est entièrement adaptĂ©e Ă  la caractĂ©risation autonome des personnages confrontĂ©s au dĂ©sordre de l'existence (la dĂ©sillusion amoureuse, la discorde parentale, la crainte de l'Ă©chec, la peur de la solitude) mais Ă©pris d'une inĂ©vitable ambition Ă  braver les difficultĂ©s sociales et humaines. C'est Ă  dire celles de concrĂ©tiser leur carrière professionnelle, affirmer l'estime de soi et continuer de cueillir les nouvelles rencontres.


Sans aucun artifice dans son souci avisĂ© de filmer la vie dans sa plus sobre intimitĂ©, Boyhood Ă©vite tout Ă©cueil de complaisance ou de pathos pour faire naĂ®tre l'Ă©motion. Outre la virtuositĂ© de la mise en scène documentĂ©e, le cinĂ©aste misant sur la candeur des ces comĂ©diens habitĂ©s par la fougue existentielle et la passion des sentiments, sans fioriture et encore moins d'emphase. 

Bruno Matéï

Récompenses:
Festival international du film de Berlin 2014 :
Ours d'argent du meilleur réalisateur pour Richard Linklater
Reader Jury of the Berliner Morgenpost
Prize of the Guild of German Art House Cinemas
Festival international du film de Melbourne 2014 : People's Choice Award du meilleur film (1re place)
Festival international du film de Saint-Sébastien 2014 : Grand prix de la FIPRESCI7
Festival international du film de San Francisco 2014 : Founder’s Directing Award pour Richard Linklater
Festival international du film de Seattle 2014 :
Golden Space Needle du meilleur film
Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
Meilleure actrice pour Patricia Arquette
South by Southwest 2014 :
Louis Black Lone Star Award
Special Jury Recognition
American Film Institute Awards 2014 : top 10 des meilleurs films de l'année
Boston Society of Film Critics Awards 2014 :
Meilleur film
Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
Meilleure distribution
Meilleur scénario pour Richard Linklater (ex-æquo avec Alejandro González Iñárritu pour Birdman)
Meilleur montage pour Sandra Adair
British Independent Film Awards 2014 : meilleur film indépendant international
Chicago Film Critics Association Awards 2014 :
Meilleur film
Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
Meilleure actrice pour Patricia Arquette
Gotham Awards 2014 : Audience Award
Los Angeles Film Critics Association Awards 2014 :
Meilleur film
Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
Meilleure actrice pour Patricia Arquette
Meilleur montage pour Sandra Adair
National Board of Review Awards 2014 : top 2014 des meilleurs films
New York Film Critics Circle Awards 2014 :
Meilleur film
Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Patricia Arquette
Washington D.C. Area Film Critics Association Awards 2014 :
Meilleur film
Meilleur réalisateur pour Richard Linklater
Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Patricia Arquette
Meilleur espoir pour Ellar Coltrane
National Society of Film Critics Awards 2015 :
Meilleur réalisateur pour Richard Linklater (1re place)
Meilleure actrice dans un second rĂ´le pour Patricia Arquette (1re place)
Meilleur film (2e place)

lundi 5 janvier 2015

DRACULA, PERE ET FILS

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site team-hush.org

d'Edouard Molinaro. 1976. France. 1h35. Avec Bernard Menez, Christopher Lee, Marie-Hélène Breillat, Catherine Breillat, Bernard Alane, Jean-Claude Dauphin.

Sortie salles France: 15 Septembre 1976

FILMOGRAPHIE: Edouard Molinaro est un réalisateur et scénariste français, né le 13 Mai 1928 à Bordeaux, en Gironde, décédé le 7 Décembre 2013 à Paris.
1958: Le Dos au mur. 1959: Des Femmes disparaissent. 1959: Un Temoin dans la ville. 1960: Une Fille pour l'été. 1961: La Mort de Belle. 1962: Les Ennemis. 1962: Les 7 Pêchers capitaux. 1962: Arsène Lupin contre Arsène Lupin. 1964: Une Ravissante Idiote. 1964: La Chasse à l'Homme. 1965: Quand passent les faisans. 1967: Peau d'Espion. 1967: Oscar. 1969: Hibernatus. 1969: Mon Oncle Benjamin. 1970: La Liberté en Croupe. 1971: Les Aveux les plus doux. 1972: La Mandarine. 1973: Le Gang des Otages. 1973: L'Emmerdeur. 1974: L'Ironie du sort. 1975: Le Téléphone Rose. 1976: Dracula, père et fils. 1977: L'Homme pressé. 1978: La Cage aux Folles. 1979: Cause toujours... tu m'intéresses ! 1980: Les Séducteurs. 1980: La Cage aux Folles 2. 1982: Pour 100 briques t'as plus rien... 1984: Just the way you are. 1985: Palace. 1985: L'Amour en douce. 1988: A gauche en sortant de l'ascenseur. 1992: Le Souper. 1996: Beaumarchais, l'insolent. 1996: Dirty Slapping (court-métrage).


ComĂ©die pittoresque tournĂ©e vers la fin des annĂ©es 70, Dracula, père et fils exploitait le filon en vogue de la parodie parmi l'association improbable d'un duo de comĂ©diens antinomiques. C'est d'ailleurs ce que nous suggère l'intrigue puisque, après avoir fui la Roumanie communiste pour s'expatrier en France, Dracula, père et fils, se retrouvent en rivalitĂ© afin de courtiser une jolie pubard ! Dans sa condition prĂ©caire d'ĂŞtre mi-vampire, mi-humain et avant de pouvoir s'Ă©manciper de sa dĂ©veine, Ferdinand essaie de ressembler Ă  son père mais se retrouve travailleur immigrĂ© dans une province touchĂ©e par le chĂ´mage. De son cĂ´tĂ©, après s'ĂŞtre exilĂ© en Grande-Bretagne, et fort de sa stature aristocrate, Dracula est rapidement enrĂ´lĂ© pour accepter le rĂ´le d'un vampire dans une production horrifique. Si Ferdinand s'acharne infructueusement Ă  se nourrir de sang frais en essayant de mordre Ă  maintes reprises de quelconques victimes, Dracula est tombĂ© sous le charme de Nicole abordĂ©e sur le plateau du tournage. Tout aussi amoureux, son fils va tout mettre en oeuvre pour la sauvegarder de la morsure immortelle de son père !


Il fallait oser, faire rĂ©unir Ă  l'Ă©cran le lĂ©gendaire Christopher Lee et le boute-en-train Bernard Menez sous l'Ă©gide du rĂ©alisateur de l'Emmerdeur et de la Cage aux Folles ! Vaudeville horrifique centrĂ© autour des vicissitudes de Dracula et de son fils, car communĂ©ment Ă©pris de rivalitĂ© filiale, Dracula, Père et Fils peine Ă  insuffler une quelconque drĂ´lerie dans son lot de gags visuels ou verbaux aussi obsolètes que lourdingues. EpaulĂ© d'un Christopher Lee manifestement gĂŞnĂ© d'avoir eu Ă  participer Ă  telle pantalonnade, la comĂ©die prĂŞte plus Ă  engendrer le timide sourire dans son lot de situations farfelues incrĂ©dules. NĂ©anmoins, en faisant preuve d'indulgence et d'un soupçon de nostalgie, l'aventure peut tout de mĂŞme s'avĂ©rer sympathique parmi la complicitĂ© improbable de nos deux comĂ©diens. Si son analyse sur le paraĂ®tre (notamment celle de Ferdinand dans sa condition de faux vampire !), le chĂ´mage et la situation des immigrĂ©s au milieu des annĂ©es 70 fait preuve de luciditĂ© Ă  opposer l'inĂ©galitĂ© des classes sociales et le besoin d'affirmation (le cheminement Ă©volutif de Ferdinand), le scĂ©nario peine malgrĂ© tout Ă  captiver par son manque de drĂ´lerie et la mollesse d'une rĂ©alisation peu inspirĂ©e.


InĂ©vitable nanar franchouillard Ă  l'humour bon enfant, Dracula, père et fils peut engendrer la sympathie dans ces facĂ©ties archaĂŻques Ă  rĂ©pĂ©tition et dans l'effet de curiositĂ© imparti au duo insolent, Christopher Lee/Bernard Menez.

Bruno Matéï
2èx

vendredi 2 janvier 2015

Peur Bleue (Silver Bullet)

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Daniel Attias. 1985. U.S.A. 1h35. Avec Gary Busey, Everett McGill, Corey Haim, Megan Follows, Robin Groves, Leon Russom.

Sortie salles France: 15 Janvier 1986. U.S: 11 Octobre 1985

FILMOGRAPHIE: Daniel Attias est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 4 DĂ©cembre 1951 Ă  Los Angeles. 1985: Peur Bleue.

 
"La BĂŞte et l’Enfant : Stephen King en sĂ©rie B solaire".
Adaptation dĂ©gingandĂ©e d’un roman de Stephen King, Peur Bleue trouva pourtant son public -- principalement adolescent -- lors de sa sortie en salles puis en VHS, au point qu’aujourd’hui encore, certains aficionados lui vouent un statut de classique bisseux.

Le pitch : alors qu’un loup-garou sème la mort dans une bourgade bucolique du Maine, le jeune paraplĂ©gique Marty en vient Ă  soupçonner le rĂ©vĂ©rend local d’ĂŞtre la bĂŞte sanguinaire. Avec l’aide de sa sĹ“ur et de son oncle, il façonne une balle d’argent pour tenter d’en finir. 

Sur la foi d’un scĂ©nario superficiel et elliptique, d’une rĂ©alisation passable mais appliquĂ©e, et de situations parfois farfelues (Marty hurlant dans une grange pour alerter un tracteur assourdissant Ă  l’extĂ©rieur !), Peur Bleue ne rĂ©volutionne guère l’inspiration du maĂ®tre King.
 

Et pourtant — aussi improbable que cela paraisse — le film sĂ©duit, portĂ© par une Ă©motion naĂŻve et un charme de village solaire oĂą chaque âme se croise en douce harmonie. On croirait frĂ´ler un Spielberg champĂŞtre, ou l’innocence rebelle d’un Stand by Me. Peur Bleue ensorcelle l’Ĺ“il et le cĹ“ur par sa fantaisie horrifique de hasard. Bien menĂ© dans son rythme de croisière — entre enquĂŞte maladroite, braconnage nocturne, poursuites haletantes et morsures sanglantes — il se pare parfois d’un sang inattendu (le prologue en tĂŞte) tandis que ses mĂ©tamorphoses minimalistes, latex bricolĂ© en renfort, conservent une touche artisanale presque attendrissante.

Mais si cette aventure sans surprise Ă©vite le naufrage, elle le doit Ă  ses hĂ©ros bonnards et bancals : l’oncle obtus et jovial, protecteur de fortune, que Gary Busey incarne d’une bonhomie gentiment grotesque ; et surtout Marty, petit paralytique Ă  l’innocence nue, que Corey Haim habite de sa douceur vive, entre camaraderie frondeuse et conflits tendres avec sa sĹ“ur.


Soutenu par la voix d’une narratrice suave murmurant l’amour filial sur une mĂ©lodie attendrie, Peur Bleue illustre la dĂ©finition du « plaisir innocent » : une sĂ©rie B brinquebalante, sincère dans sa maladresse, touchante dans sa modestie. Ce sera l’unique incursion de Daniel Attias au cinĂ©ma, avant qu’il ne se rĂ©fugie dans le confort du petit Ă©cran. Ă€ prioriser aux nostalgiques d’un cinĂ©ma d’Ă©poque, quand le charme ludique se buvait encore au parfum du magnĂ©toscope.

Bruno 
25.11.21. 4èx
18.08.24. 5èx. Vostfr

jeudi 1 janvier 2015

Jason et les Argonautes / Jason and the Argonauts

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Moviecovers.com

de Don Chaffey. 1963. U.S.A/Angleterre 1h44. Avec Todd Armstrong, Nancy Kovack, Gary Raymond, Laurence Naismith, Nigel Green, Niall MacGinnis.

Sortie salles France: 9 Octobre 1963. U.S: 19 Juin 1963

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Don Chaffey est un réalisateur britannique, né le 5 Août 1917 à Hastings, décédé le 13 Novembre 1990 à L'île Kawau (Nouvelle-Zélande).
1963: Jason et les Argonautes. 1966: Un million d'années avant J.C. 1967: Les Reine des Vikings. 1968: Du sable et des diamants. 1977: Peter et Elliott le dragon. 1978: La Magie de Lassie. 1979: C.H.O.M.P.S.


Chef-d’Ĺ“uvre du film d’aventures mythologiques, Jason et les Argonautes s’impose comme le plus Ă©clatant reprĂ©sentant d’un genre auquel le regrettĂ© Ray Harryhausen offrit son gĂ©nie artisanal, avec une maĂ®trise sans faille.

Afin de reconquĂ©rir le trĂ´ne de son père, mort vingt ans plus tĂ´t, Jason doit rejoindre la Colchide et s’emparer de la Toison d’or. Gouvernant alors le royaume, le souverain PĂ©lias lui confie cette mission pĂ©rilleuse - prĂ©tendument bĂ©nie par les dieux - pour sauver son peuple de la misère. Mais l’expĂ©dition dissimule une ruse : s’approprier la Toison avec la complicitĂ© de son propre fils, que Jason accepte d’intĂ©grer Ă  son Ă©quipage. ÉpaulĂ© par une armĂ©e d’Argonautes stoĂŻques, il embarque Ă  bord d’un navire pour un pĂ©riple aussi long qu’Ă©prouvant.


Spectacle flamboyant, portĂ© par une succession quasi ininterrompue de morceaux de bravoure surrĂ©alistes, Jason et les Argonautes est un Ă©blouissement visuel auquel le maĂ®tre du stop-motion apporte une contribution dĂ©cisive, donnant chair Ă  d’incroyables crĂ©atures issues de la mythologie grecque. De la rĂ©surrection de Talos, gĂ©ant de bronze rubigineux, au harcèlement de deux harpies auprès d’un vieil aveugle affamĂ© ; de l’intervention d’un dieu marin pour libĂ©rer le navire coincĂ© entre deux roches, Ă  l’assaut d’une hydre Ă  sept tĂŞtes ; jusqu’Ă  l’affrontement belliqueux d’une armĂ©e de squelettes - hommage assumĂ© que Sam Raimi rendra plus tard dans Evil Dead 3 - cette armada monstrueuse dĂ©cuple l’intensitĂ© du rĂ©cit sous l’autoritĂ© sagace d’Argonautes en quĂŞte de trĂ©sor. Le sentiment d’Ă©merveillement nĂ© de ces instants de pure poĂ©sie, leur enchaĂ®nement fluide au sein d’une structure narrative captivante, cĂ©lèbrent aussi la fraternitĂ© altruiste des hĂ©ros : des combattants dont la force d’âme et le courage s’unissent pour dĂ©jouer les subterfuges de traĂ®tres mĂ©galos, les caprices de dieux goguenards, et surtout affronter l’hostilitĂ© imprĂ©visible de crĂ©atures pernicieuses.


PortĂ© par le score Ă©pique de Bernard Herrmann, insufflant une harmonie vibrante Ă  la fureur des combats, et par l’aplomb de comĂ©diens animĂ©s par l’esprit d’Ă©quipe et la bravoure, Jason et les Argonautes conserve intact son pouvoir de fascination, grâce Ă  la vĂ©locitĂ© d’une mise en scène rendant un hommage Ă©clatant au bestiaire immortel de Ray Harryhausen.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
25.12.25. 5èx. Vostf


mardi 30 décembre 2014

A HISTORY OF VIOLENCE

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ign.com

de David Cronenberg. 2005. Allemagne/U.S.A. 1h36. Avec Viggo Mortensen, Maria Bello, Ashton Holmes, Ed Harris, William Hurt, Heidi Hayes.

Sortie salles France: 2 Novembre 2005. U.S: 30 décembre 2005

FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un réalisateur canadien, né le 15 mars 1943 à Toronto (Canada).
1969 : Stereo, 1970 : Crimes of the Future, 1975 : Frissons, 1977 : Rage,1979 : Fast Company, 1979 : Chromosome 3, 1981 : Scanners, 1982 : Videodrome, 1983 : Dead Zone, 1986 : La Mouche, 1988 : Faux-semblants,1991 : Le Festin nu, 1993 : M. Butterfly, 1996 : Crash, 1999 : eXistenZ, 2002 : Spider, 2005 : A History of Violence, 2007 : Les Promesses de l'ombre, 2011 : A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis. 2014: Maps to the Stars.


Jeu de massacre segmentĂ© en trois actes, History of Violence relate l'odyssĂ©e meurtrière d'un paisible restaurateur amĂ©ricain, un père de famille sans histoire mais dont le passĂ© criminel va ressurgir depuis l'intrusion fortuite de tueurs professionnels au sein de son foyer. Après avoir Ă©chappĂ© Ă  la mort et sauvĂ© la clientèle de son restaurant braquĂ©, Tom Stall devient du jour au lendemain un hĂ©ros aux yeux des mĂ©dias et de sa population. Mais alors qu'il pensait avoir mis un terme avec son ancienne identitĂ©, un trio de mafieux a dĂ©cidĂ© de prendre leur revanche et de le rappeler Ă  la raison de sa culpabilitĂ©. 


RĂ©flexion sur l'influence et l'endoctrinement de la violence (voir les rĂ©percussions qu'elle peut engendrer chez l'Ă©pouse et le fils de Tom Stall !), sur la rancoeur convergeant Ă  la rĂ©bellion et les consĂ©quences de la lĂ©gitime violence, David Cronenberg provoque un malaise trouble dans le cadre rassurant d'un quotidien bafouĂ© par la paranoĂŻa du danger. Sa mise en scène scrupuleuse prenant soin de dessiner le portrait d'une famille en crise depuis les consĂ©quences traumatisantes d'une violence explosive au sein de leur intimitĂ©. Avec rĂ©alisme dĂ©rangeant, Cronenberg dresse le constat de la corruption de la violence, notamment du point de vue de la mutation morale d'une mère et de son fils, tĂ©moins malgrĂ© eux de règlements de compte inexpliquĂ©s et adoptant peu Ă  peu par cette occasion une position hostile dans leurs pulsions de rĂ©volte. Jusqu'au moment oĂą Tom Stall dĂ©cide de lever le voile sur son ancienne identitĂ© afin d'apaiser leurs tensions, voir mĂŞme expurger cette rancoeur grandissante par l'acte sexuel (la coucherie avec son Ă©pouse improvisĂ©e dans les escaliers). Dès lors, difficile de se dĂ©barrasser de ses anciens dĂ©mons, de ses instincts criminels lorsqu'ils reviennent titiller vos anciennes habitudes pour rĂ©veiller le monstre tapi en vous. Avec une trouble ambiguĂŻtĂ© dans sa psychologie insidieuse et sa posture rassurante de (anti) hĂ©ros, Viggo Mortensen s'avère d'une sobriĂ©tĂ© ambivalente pour sa fonction d'aimable père de famille se fondant l'instant d'après dans celui d'un exterminateur mĂ©thodique. L'aura malsaine qui Ă©mane de ses exactions de dĂ©fense, la manière explicite dont Cronenberg provoque le malaise dans l'imagerie sanglante assĂ©nĂ©e aux victimes moribondes, renforcent le caractère Ă©thĂ©rĂ© d'une atmosphère d'Ă©trangetĂ© au sein de la banalitĂ© du quotidien. 


Poisseux dans son ultra-violence parfois organique mais rehaussé d'un climat diaphane encore plus déstabilisant, A History of Violence aborde avec lucidité les effets pervers de la violence (notamment les conséquences de l'entourage) par le principe d'une légitime défense. Juste avant de nous dévoiler le visage hideux (mais fascinant !) d'un ange exterminateur tributaire de son ancienne déchéance et de nous laisser méditer sur son équivoque rédemption...

Bruno Matéï
2èx

lundi 29 décembre 2014

KISS OF THE DAMNED

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Xan Cassavetes. 2012. U.S.A. 1h37. Avec Joséphine de La Baume, Milo Ventimiglia, Roxane Mesquida, Anna Mouglalis, Michael Rapaport, Riley Keough.

Inédit en salles en France. U.S: 3 Mai 2013

FILMOGRAPHIE: Xan Cassavetes (Alexandra Cassavetes) est une réalisatrice, scénariste et actrice américaine, née le 21 Septembre 1965 à Los Angeles, Californie.
2000: Dust. 2004: Z Channel: A Magnificent Obsession (Doc). 2012: Kiss of the Damned. 



Inédit en salles dans nos contrées, en dehors de sa projection hors compétition à Gérardmer, Kiss of the Damned définie l'exercice de style indépendant pour cette première oeuvre particulièrement stylisée. Que ce soit au niveau de sa photographie saturée de couleurs criardes, des décors d'architecture au sein d'une demeure baroque ou des paysages naturels à l'onirisme crépusculaire, la mise en scène s'efforce à soigner ses prises de vue alambiquées parmi le score éclectique d'une BO entraînante. En illustrant la thématique du vampire moderne infiltré dans le cadre de notre quotidienneté, Xan Cassavetes ne souhaite aucunement renouveler le genre avec son intrigue linéaire éludée de surprise, mais plutôt d'expérimenter une ambiance poético-baroque autour du cheminement idyllique d'un couple de vampires, Djuna et Paolo.


Résidant dans un vaste pavillon bucolique, ils sont toutefois perturbés par l'intrusion inopinée de la soeur de Djuna, une jeune marginale plutôt jalouse et sans vergogne dans ses virées urbaines meurtrières. Car depuis son arrivée précipitée, de nombreux incidents vont ébranler la tranquillité des deux amants. Outre le caractère superficiel de sa narration, Kiss of the Damned tire parti d'une certaine originalité à illustrer le comportement diplomatique de vampires bon chic bon genre réfutant le sacrifice humain. Car se nourrissant exclusivement du sang des animaux, leur nouvelle déontologie est de préserver cette doctrine réglementée depuis un siècle par leur matriarche. Sauf qu'un élément perturbateur n'a jamais daigné respecter cette consigne pour son libre arbitre ! Convaincant dans la peinture intimiste de ces personnages, Kiss of the Damned se focalise surtout à nous dépeindre l'ascension extatique du jeune couple, Djuna / Paolo, et d'insister sur le caractère fantasmatique de leur relation. Traversé d'éclairs de violence gore que n'aurait pas renié Argento, sa poésie sensuelle en est parfois contrebalancée avec la fureur rebelle d'une vampire férue de sang humain.


Correctement interprĂ©tĂ© par des comĂ©diens mĂ©connus, si on Ă©carte certains illustres seconds rĂ´les, et soigneusement mis en scène dans son stylisme aussi baroque que charnel (Ă©rotisme torride Ă  l'appui !), Kiss of the Damned relève du fantasme parmi l'Ă©treinte immortelle du couple avenant. En dĂ©pit de la futilitĂ© de son intrigue, il en Ă©mane une sympathique curiositĂ© au capital sĂ©ducteur fascinant et auquel l'intĂ©gritĂ© de sa rĂ©alisatrice ne peut ĂŞtre remise en doute.

Bruno Matéï

    samedi 27 décembre 2014

    QUAND VIENT LA NUIT (The Drop)

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Michaël R. Roskam. 2014. U.S.A. 1h47. Avec Tom Hardy, Noomy Rapace, Matthias Schoenaerts, James Gandolfini, John Ortiz, Elizabeth Rodriguez, James Frecheville.

    Sortie salles France: 12 Novembre 2014. U.S: 12 Septembre 2014

    FILMOGRAPHIE:  MichaĂ«l R. Roskam est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste belge, nĂ© le 9 Octobre 1972 Ă  Saint-Trond.
    2011: Bullhead. 2014: Quand vient la nuit.


    Après avoir Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par Bullhead, le cinĂ©aste belge MichaĂ«l R. Roskam confirme le brio de son talent avec son second long, Quand vient la Nuit. Un polar Ă  suspense redoutablement efficace dans sa dramaturgie en dent de scie oĂą l'on prĂ©sage hardiment un dĂ©nouement aussi cru qu'imprĂ©visible. C'est Ă©galement un superbe numĂ©ro d'acteurs aux personnalitĂ©s bien trempĂ©es dans leur fonction marginale en dĂ©clin quand bien mĂŞme l'un des protagonistes va pouvoir nous dĂ©voiler son vĂ©ritable penchant au moment le plus alarmiste. Pour l'anecdote, il s'agit du dernier rĂ´le de James Gandolfini, l'inoubliable interprète du parrain dans la sĂ©rie TV, les Sopranos. A Brooklyn, Bob Saginowski s'est associĂ© avec son cousin Marv pour entretenir un bar oĂą les paris clandestins servent de dĂ©pĂ´t au blanchiment d'argent de la pègre urbaine. Après avoir trouvĂ© un chiot au fond d'une poubelle, Bob dĂ©cide de l'adopter jusqu'au jour oĂą son propriĂ©taire vient lui rĂ©clamer. Alors qu'un braquage vient d'avoir lieu dans leur bar, nos tenanciers sont rapidement intimidĂ©s par un clan mafieux leur ordonnant de rembourser la dette. C'est le dĂ©but d'un chantage collectif oĂą les coups les plus mesquins vont enchaĂ®ner la mort.  


    Dans la lignĂ©e des oeuvres crĂ©pusculaires de James Gray, Quand vient la Nuit s'efforce de narrer studieusement un rĂ©cit criminel Ă  la violence contenue de prime abord afin de privilĂ©gier le dessein psychologique de protagonistes pris dans la tourmente et de nous immerger dans leur sombre univers oĂą chantage, jalousie et trahison vont finalement laisser exploser les règlements de compte. La maĂ®trise de la mise en scène est Ă©galement d'avoir su gĂ©rer un suspense graduel oĂą la tension prĂ©alablement sous-jacente va pouvoir s'accroĂ®tre de manière toujours plus exponentielle. InĂ©vitablement, nous nous prenons de sympathie pour ses deux escrocs familiaux ainsi que la romance impartie entre Bob et Nadia, juste avant que l'intrusion de braqueurs et d'un antagoniste arrogant ne vienne Ă©branler leur routine. En loup solitaire plutĂ´t discret, timorĂ© et laconique, Tom Hardy insuffle l'empathie dans sa fonction secondaire de barman tour Ă  tour molestĂ© par la police, la pègre et une crapule Ă  la rĂ©putation psychotique. Matthias Schoenaerts se dĂ©lectant Ă  endosser celui du maĂ®tre chanteur avec esprit de provocation et rancune intraitable. Inscrite dans la fragilitĂ© mais Ă©galement ferme d'autoritĂ©, Noomi Rapace endosse la petite amie de Bob dans un esprit de paranoĂŻa oĂą l'amertume laisse planer le passĂ© torturĂ© d'une femme battue. Enfin, James Gandolfini profite de sa robuste carrure pour incarner un patron aussi mesquin qu'insidieux dans ses combines burnĂ©es.


    Rigoureusement tendu car pourvu d'un suspense à couper au rasoir, Quand vient la Nuit exploite le genre du polar avec la dramaturgie d'un script détonnant et à l'émotion contenue dans les rapports de force impartis à ces marginaux en perdition. Pour parachever, on reste ébranlé par la tournure poisseuse du dénouement nous laissant un goût amer de souffre dans la bouche pour l'instinct meurtrier imparti à un personnage clef. Ou quand les fantômes du passé reviennent corrompre l'âme d'un proscrit...

    Bruno Matéï


    vendredi 26 décembre 2014

    INVASION LOS ANGELES (They Live)

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

    de John Carpenter. 1988. U.S.A. 1h33. Roddy Piper, Keith David, Meg Foster, George Buck Flower, Peter Jason, Raymond St. Jacques

    Sortie salles France: 19 Avril 1989. U.S: 4 Novembre 1988

    FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, monteur, compositeur et producteur de film amĂ©ricain nĂ© le 16 janvier 1948 Ă  Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star, 1976 : Assaut, 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog, 1981 : New York 1997, 1982 : The Thing, 1983 : Christine, 1984 : Starman, 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin, 1987 : Prince des tĂ©nèbres 1988 : Invasion Los Angeles, 1992 : Les Aventures d'un homme invisible, 1995 : L'Antre de la folie, 1995 : Le Village des damnĂ©s, 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires, 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward.


    Un an après Prince des TĂ©nèbres, John Carpenter s'approprie une fois de plus d'un budget modeste pour mettre en scène Invasion Los Angeles après la dĂ©convenue commerciale des Aventures de Jack Burton. Pamphlet satirique contre le capitalisme commanditĂ© en son temps par la prĂ©sidence de Regan, John Carpenter redouble d'ironie caustique Ă  railler toute forme de politique rĂ©pressive implantĂ©e dans nos Ă©tats sous l'entremise d'une paire de lunettes. Car cet instrument de consommation est ici dĂ©tournĂ© au profit d'une technologie inĂ©dite afin de nous divulguer le vrai visage de la propagande fasciste que nos sociĂ©tĂ©s modernes nous ont inculquĂ©. En traitant des thèmes de l'exclusion et du chĂ´mage auquel le prolĂ©tariat est prioritairement prĂ©judiciable, John Carpenter se porte en pourfendeur pour dĂ©noncer l'inĂ©galitĂ© des classes sociales et l'intolĂ©rance d'un système dictatorial oĂą les forces de l'ordre n'hĂ©sitent pas Ă  faire parler les armes dans une fonction d'Ă©puration. 


    AffublĂ© de son sac Ă  dos, John Nada parcourt Los Angeles afin de trouver un emploi de maçonnerie. Sur place, il dĂ©couvre qu'une milice anarchiste est sur le point de divulguer au monde le vrai visage d'extraterrestres implantĂ©s sur notre territoire. Grâce Ă  la confection d'une paire de lunettes noires capables de dĂ©celer la rĂ©alitĂ© d'un leurre, il dĂ©couvre l'envers du dĂ©cor subliminal que les extra-terrestres ont rĂ©ussi Ă  falsifier Ă  travers nos mĂ©dias, la publicitĂ© et les magazines pour mieux nous contrĂ´ler. EpaulĂ© d'un comparse de chantier, ils partent Ă  l'assaut de ces envahisseurs insidieusement infiltrĂ©s dans les postes d'emploi les plus lucratifs. SĂ©rie B d'action purement ludique et jouissive dans la complicitĂ© musclĂ©e impartie Ă  deux rĂ©sistants partis en guerre contre l'asservissement, Invasion Los Angeles s'impose en farce sociale pour caricaturer Ă  outrance nos notables politiques, financiers et pubards camouflĂ©s ici sous une panoplie d'extra-terrestre. Avec une bonne dose de violence aussi corrosive que dĂ©bridĂ©e, John Carpenter s'en donne Ă  coeur joie dans le politiquement incorrect pour canarder Ă  tout va la classe bourgeoise engluĂ©e dans le confort de sa cupiditĂ©. Sans jamais se prendre au sĂ©rieux, il prend autant plaisir Ă  parodier l'attitude dĂ©sinvolte de notre (anti) hĂ©ros redresseur de tort exterminant avec ferveur tous ces envahisseurs codifiĂ©s en costard. EnchaĂ®nant quiproquos et dĂ©convenues impromptus, telle cette baston interminable Ă©changĂ©e entre nos deux acolytes en pleine discorde, puis les offensives explosives entre rivaux armĂ©s jusqu'aux dents, John Carpenter surfe sur l'efficacitĂ© de ses situations alarmistes avec une bonne humeur infaillible ! 


    Jouissif en diable, car aussi drĂ´le que violemment cartoonesque, et menĂ© par un duo de prolĂ©taires en pleine sĂ©dition, Invasion Los Angeles n'a rien perdu de son mordant politique dans sa satire imposĂ©e au consumĂ©risme, au contrĂ´le des mĂ©dias et Ă  l'esclavagisme de masse auquel nous dĂ©pendons dans nos sociĂ©tĂ©s modernes. 

    Bruno Matéï
    4èx


    jeudi 25 décembre 2014

    LADYHAWKE, LA FEMME DE LA NUIT (Ladyhawke)

                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Richard Donner. 1985. U.S.A. 2h01. Avec Rutger Hauer, Matthew Broderick, Michelle Pfeiffer, Leo McKern, John Wood, Ken Hutchison, Alfred Molina.

    Sortie salle France: 27 Mars 1985. U.S: 12 Avril 1985

    FILMOGRAPHIE: Richard Donner (Richard Donald Schwartzberg) est un réalisateur et producteur américain, né le 24 Avril 1930 à New-York.
    1961: X-15. 1968: Sel, poivre et dynamite. 1970: l'Ange et le Démon. 1976: La Malédiction. 1978: Superman. 1980: Superman 2 (non crédité - Richard Lester). 1980: Rendez vous chez Max's. 1982: Le Jouet. 1985: Ladyhawke, la femme de la nuit. 1985: Les Goonies. 1987: l'Arme Fatale. 1988: Fantômes en Fête. 1989: l'Arme Fatale 2. 1991: Radio Flyer. 1992: l'Arme Fatale 3. 1994: Maverick. 1995: Assassins. 1996: Complots. 1998: l'Arme Fatale 4. 2002: Prisonnier du temps. 2006: 16 Blocs. 2006: Superman 2 (dvd / blu-ray).


    Titre notoire de l'Heroic-Fantasy issu des annĂ©es 80, Ladyhawke ne rencontra pas le succès escomptĂ© lors de sa sortie public, la faute incombant peut-ĂŞtre Ă  sa modestie visuelle faisant fi d'effets spĂ©ciaux dĂ©monstratifs. Car outre l'aspect foncièrement fantastique de son intrigue mythologique, Richard Donner compte sur la noblesse des sentiments pour nous conter une superbe histoire d'amour dĂ©valorisĂ©e par l'imprĂ©cation d'un religieux sans vergogne. Si l'on pouvait contester Ă  l'Ă©poque l'audace de son score musical alternant orchestration classique et rock progressif de manière dĂ©calĂ©e pour le contexte mĂ©diĂ©val, son extravagance s'avère aujourd'hui plus en harmonie avec la vigueur du rĂ©cit dĂ©ployant action, humour et fantastique autour d'une romance impossible. Poème mĂ©diĂ©val illustrant avec sobriĂ©tĂ© l'amour improbable de deux amants frappĂ©s par un sortilège, Ladyhawke transfigure de manière fort originale leur relation singulière puisque contraints de se prĂ©munir dans une condition animale. 


    Transformé en loup au soir du crépuscule, Etienne de Navarre peut enfin retrouver son apparence humaine dès l'aube matinale. De son côté, sa bien-aimée Isabeau est condamnée à se métamorphoser en faucon durant le jour pour ensuite retrouver son enveloppe corporelle dès la nuit tombée. Incessamment ensemble mais séparés par leur condition animale, ils sont incapables de se voir et de se toucher dans la peau d'êtres humains. En désespoir de cause, Etienne de Navarre envisage alors de mettre un terme à leur fardeau. C'est avec l'aide d'un jeune voleur et d'un moine solitaire qu'il va tenter de briser la malédiction puis se venger du principal responsable, un évêque rendu fou d'amour et de jalousie pour la belle Isabeau ! Baignant dans une atmosphère onirique où la splendeur des décors naturels contraste avec la sensualité d'une Michelle Peiffer touchée par la candeur d'un physique de porcelaine, Ladyhawke transcende la romance déchue autour de moult péripéties et rebondissements, et avant le dénouement d'une éventuelle rédemption. Epaulé des présences attachantes du jeune Matthew Broderick incarnant avec verve un jeune voleur aussi véloce qu'espiègle, et de Leo McKern, dans celui du moine acariâtre au grand coeur, le film insuffle une cocasserie attendrissante dans leur contribution héroïque, quand bien même l'inventivité des combats est renforcée par la main secourable d'Etienne de Navarre. Indubitablement, c'est au duo de charme formé par Rutger Hauer et Michelle Pfeiffer que l'on doit la force émotionnelle du récit insufflant une poésie diaphane dans le rapport contradictoire alloué à la cause de la nature (voir la sublime séquence où les amants tentent de s'effleurer la main au rayon d'un crépuscule !), quand bien même l'espèce animale sert de métaphore pour nous rappeler l'essence du mot liberté.


    Se clôturant par un point d'orgue aussi féerique qu'homérique, à l'instar de ces duels interminables qu'Etienne de Navarre doit déjouer contre l'ennemi en guise de baroud d'honneur, Ladyhawke distille une émotion épurée dans la romance du duo maudit tout en alternant l'action des péripéties parmi la cocasserie de comparses incorrigibles venus prêter main forte avec une spontanéité attendrissante. Un spectacle familial esthétiquement immaculé, notamment par son onirisme naturel.

    Bruno Matéï
    4èx 

    mardi 23 décembre 2014

    Conan le Barbare / Conan the Barbarian

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Moviecovers.com

    de John Milius. 1982. U.S.A. 2h11. Avec Arnold Schwarzenegger, James Earl Jones, Sandahl Bergman, Gerry Lopez, Mako, Max Von Sydow, Ben Davidson.

    Sortie salles France: 7 Avril 1982. U.S: 14 Mai 1982

    FILMOGRAPHIE: John Milius est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 11 Avril 1944 à Saint-Louis, dans le Missouri, Etats-Unis. 1973: Dillinger. 1975: Le Lion et le Vent. 1978: Big Wednesday. 1982: Conan le Barbare. 1984: L'Aube Rouge. 1989: L'Adieu au Roi. 1991: Le Vol de l'Intruder. 1994: Motorcycle Gang (télé-film). 1997: Rough Riders (télé-film).


    "Entre l'époque où les océans ont englouti l'Atlantide et l'avènement des fils d'Arius, il y eut une période de l'histoire fort peu connue dans laquelle vécut Conan, destiné à poser la couronne d'Aquilonia, ornée de pierres précieuses, sur un front troublé. C'est moi, son chroniqueur, qui seul peut raconter son épopée. Laissez-moi vous narrer ces jours de grandes aventures..."

    Chef-d’Ĺ“uvre d’heroic fantasy surgissant Ă  l’orĂ©e des annĂ©es 80, Conan le Barbare fut inexplicablement boudĂ© par une partie de la critique, fustigeant un spectacle jugĂ© primaire, desservi par la supposĂ©e confusion de son scĂ©nario et le jeu inexpressif de l’acteur autrichien Arnold Schwarzenegger. Injustifiable aveuglement, tant le nĂ©ophyte incarne Ă  merveille ce guerrier laconique, taillĂ© dans l'acier brut, silhouette herculĂ©enne sculptĂ©e dans la douleur. RĂ©duit Ă  l’Ă©tat bestial dans sa condition d’esclave, Conan s’Ă©lève dans une mutitĂ© tragique, mĂ» par une seule force : la vengeance.

    Ă€ le revoir aujourd’hui, on est saisi par l’ampleur majestueuse de cette mise en scène habitĂ©e, rigoureuse dans ses moindres dĂ©tails : paysages telluriques, dĂ©cors titanesques (comme l’immense palais de la secte des serpents), effets spĂ©ciaux artisanaux, photo sĂ©pia, figuration monumentale, et surtout, ce score fulgurant de Basil Poledouris, cĹ“ur battant de l’Ă©popĂ©e. John Milius orchestre le tout avec la ferveur d’un forgeron de lĂ©gendes, transposant Ă  l’Ă©cran le souffle antique d’une mythologie oubliĂ©e.


    Rappel des faits: Depuis la mort atroce de ses parents - sa mère dĂ©capitĂ©e sous ses yeux figĂ©s d’enfant - Conan, vouĂ© Ă  l’esclavage, polit sa rage dans l’arène des gladiateurs. Devenu invincible, il est affranchi par un mentor Ă©nigmatique. FlanquĂ© d’un voleur narquois et d’une guerrière farouche, il entreprend l’assaut d’un refuge sectaire, royaume d’un roi-sorcier, Thulsa Doom, mĂ©tamorphe enserpentĂ©, pour y libĂ©rer la fille d’un roi... et affronter son passĂ©.

    Mythologie, drame, fantastique : les registres s’entrelacent dans un ballet brutal et lyrique. La violence, primitive, y est sidĂ©rante : coups de masse, lames acĂ©rĂ©es, pieux entaillant la chair dans des gerbes de sang rouge sombre. Mais Conan le Barbare ne se rĂ©sume pas Ă  ses affrontements belliqueux ; il Ă©pouse aussi la forme d’une tragĂ©die. La vengeance se teinte de douleur. Qui peut oublier l’exĂ©cution de sa mère, dans une scène d’une intensitĂ© nĂ©vralgique Ă  la chorĂ©graphie presque sacrĂ©e ? Ou la mort de sa compagne d’armes, frappĂ©e lâchement par ce roi fanatique alliĂ© aux forces obscures ?

    Magie noire, sorcellerie, fatalitĂ©... Tous ces Ă©lĂ©ments s’enracinent dans une narration limpide, sans fioriture, tendue vers l’os. Milius filme avec une rigueur quasi spirituelle, sublimant les grands espaces, magnifiant la camaraderie guerrière et la rĂ©silience. Il en rĂ©sulte une intensitĂ© Ă©motionnelle d’une puretĂ© Ă©trange, Ă©lĂ©giaque : deuils, renaissances, douleurs muettes. Et au cĹ“ur de cette odyssĂ©e, le surgissement du Surhomme, figure nietzschĂ©enne portĂ©e par la devise : "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort."

    "Le trĂ´ne de fer"
    Éloge Ă  la puissance de l’acier, au courage de vaincre et Ă  l’instinct de vengeance, Conan le Barbare transcende avec panache un spectacle barbare, baroque et grandiose dans une dimension tragique bouleversante. Un chef-d’Ĺ“uvre immuable, d’une beautĂ© brutale, portĂ© par une fureur ancestrale aussi primitive que la virilitĂ© sacrĂ©e de son hĂ©ros, enracinĂ©e dans la lĂ©gende hyborienne.

    - Celui du coeur noir des images
    4èx 

    Dédicace à Franck Gossard

    lundi 22 décembre 2014

    COLD PREY (Fritt Vilt)

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mazika2day.com

    de Roar Uthaug. 2006. Norvège. 1h37. Avec Ingrid Bolso Berdal, Rolf Kristian Larsen, Tomas Alf Larsen, Endre Midtstigen, Viktoria Winge.

    Sortie salles France: 5 Janvier 2010 (uniquement en Dvd et Blu-ray). Norvège: 13 Octobre 2006.

    FILMOGRAPHIE: Roar Uthaug est un réalisateur, scénariste et producteur norvégien, né le 25 Août 1973 à Lorenskog dans le comté d'Akershus en Norvège.
    1994: En aften i det gronne. 1996: DX13036. 1998: A fistful of kebab. 2002: Regjeringen Martin. 2006: Cold Prey. 2009: Le secret de la Montagne Bleue. 2012: Flukt (Dagmar).


    Modeste sĂ©rie B venue de Norvège, directement sortie en support numĂ©rique chez nous, Cold Prey se rĂ©approprie des codes du psycho-killer dans une narration Ă©culĂ©e mais dont la foi des personnages dĂ©brouillards relance l'intrigue avec rĂ©elle efficacitĂ©. Confinant l'action dans le cadre hivernal de montagnes enneigĂ©es, puis celui, beaucoup plus restreint, d'un hĂ´tel abandonnĂ©, Cold Prey dĂ©peint l'expĂ©dition ludique d'un groupe de vacanciers partis skier dans les montagnes de Jotunheinem. Alors que l'un d'eux vient de se blesser grièvement la jambe en dĂ©valant une pente en snowboard, ils rĂ©ussissent par chance Ă  faire escale dans une station abandonnĂ©e. Mais sur place, une menace tapie dans l'ombre les attend, sachant qu'ils vont avoir affaire aux exactions d'un dangereux psychopathe. 


    Ce pitch orthodoxe mainte fois traitĂ© depuis les modèles Black Christmas et Halloween, ne compte donc que sur l'efficacitĂ© des pĂ©ripĂ©ties et rebondissements haletants pour captiver le spectateur immergĂ© autour d'une nature rĂ©frigĂ©rante. Mais Ă  contre-courant d'un Vendredi 13 routinier, le film fait preuve d'intelligence pour exploiter les ficelles du "ouh fais moi peur !" dans un concours de circonstances malchanceuses plutĂ´t convaincantes. Exploitant habilement les recoins inquiĂ©tants d'un hĂ´tel dĂ©saffectĂ© (l'ombre de Shining semble d'ailleurs planer au dĂ©tour d'une vue d'ensemble !), le film distille d'abord une atmosphère ombrageuse assez sĂ©duisante pour attiser l'expectative, quand bien mĂŞme la spontanĂ©itĂ© rafraĂ®chissante des protagonistes nous permet de nous attacher facilement Ă  leurs caractères et de nous identifier Ă  leurs vicissitudes. C'est d'ailleurs une des principales qualitĂ©s du film d'avoir su "humaniser" ses personnages vigilants, couards ou valeureux par le jeu naturel de comĂ©diens avenants. Les estocades meurtrières s'avĂ©rant notamment assez percutantes dans leur effet de brutalitĂ© et de stupeur, voires parfois mĂŞme surprenantes dans les rebondissements alĂ©atoires lorsque nos protagonistes sont apprĂ©hendĂ©s par surprise ou lorsqu'ils tentent de se dĂ©fendre avec fraternitĂ©. Sur ce dernier point, je pense particulièrement aux deux derniers survivants rivalisant de stratĂ©gies de dĂ©fense afin de ne pas se laisser alpaguer par les coups de pioche du tueur. En prime, une certaine empathie dĂ©jĂ  suggĂ©rĂ©e au prĂ©ambule est allouĂ©e Ă  la cause du meurtrier lorsque l'Ă©pilogue nous dĂ©voile ouvertement son visage et qu'un flash-back va lever le voile sur les vĂ©ritables responsables de sa dĂ©ficience mentale. Sans esbroufe sanglante et un savoir-faire dans la mise en scène, Roar Uthaug prĂ©fère donc se focaliser sur l'atmosphère anxiogène de son dĂ©cor d'insĂ©curitĂ© auquel nos protagonistes tentent de s'y extraire en tirant parti de leur ressource.   


    Avec modestie et aucune prĂ©tention, Cold Prey souhaite rendre hommage au psycho-killer parmi l'efficacitĂ© de situations horrifiques assez tendues et parmi la caractĂ©risation humaine de survivants plein d'audaces et de bravoures pour se dĂ©faire de leur dĂ©veine. Il en rĂ©sulte un sympathique survival un plus finaud que la traditionnelle du genre et assez bien gĂ©rĂ© dans sa rĂ©alisation circonspecte.

    Bruno Matéï
    2èx

    vendredi 19 décembre 2014

    Morse (Låt den rätte komma in / Let The Right One in). Grand Prix, Gérardmer, 2009.

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

    de Tomas Alfredson. 2008. Suède. 1h55. Avec Kare Hedebrant, Lina Leandersson, Per Ragnar, Henrik Dahl, Karin Bergquist, Peter Carlberg.

    Sortie salles France: 4 Février 2009. Suède: 24 Octobre 2008

    FILMOGRAPHIE: Tomas Alfredson est un rĂ©alisateur suĂ©dois, nĂ© le 1er Avril 1965 Ă  Lidingo en Suède. 1994: Bert: The Last Virgin (Bert: Den siste oskulden). 2003: Office Hours (Kontorstid)
    2004: Four Shades of Brown (Fyra nyanser av brunt). 2008: Morse (LĂĄt den rätte komma in). 2011: La Taupe (Tinker, Tailor, Soldier, Spy).


    RĂ©alisateur suĂ©dois inconnu chez nous, Tomas Alfredson s'est fait connaĂ®tre en 2008 avec Morse, un film fantastique indĂ©pendant ovationnĂ© Ă  travers le monde par une plĂ©thore de rĂ©compenses. Empruntant au mythe du vampire, la trame nous illustre avec pudeur et sensibilitĂ© contenues l'amitiĂ© naissante d'une fillette vampire de 12 ans avec son voisin d'immeuble, un adolescent timorĂ© du nom d'Oskar. Au fil de leur relation intime, ils vont apprendre Ă  se connaĂ®tre et s'Ă©changer des confidences en dĂ©pit des exactions meurtrières qu'Eli doit commettre afin de survivre. Sur le papier, si ce pitch superficiel semble concourir la carte des bons sentiments dans la mouvance d'un Twilight suĂ©dois, Tomas Alfredson a suffisamment d'ambition et de personnalitĂ© pour transcender Ă  l'Ă©cran un poème macabro-fĂ©erique touchĂ© par la grâce de ses tĂŞtes blondes. 


    Ecartant les conventions Ă©culĂ©s, ces vampires suĂ©dois sont ici marquĂ©s par la solitude dans leur comportement criminel et monstrueux, prĂ©fĂ©rant parfois mĂŞme cĂ©der au sacrifice du dernier ressort plutĂ´t que de transmettre la contagion auprès d'un innocent. Outre le soin formel d'une rĂ©alisation maĂ®trisĂ©e laissant libre court Ă  l'esthĂ©tisme immaculĂ© d'une banlieue enneigĂ©e, et auscultant au plus près la puretĂ© des sentiments de nos hĂ©ros, Morse fait appel Ă  l'Ă©motion prude pour nous interpeller face Ă  leur posture amoureuse difficilement concrĂ©tisable. Car prisonnière dans le corps d'une adolescente de 12 ans et affermie par sa maturitĂ©, Eli ne peut entamer une relation durable avec le premier venu, spĂ©cialement ce jeune Oskar fragilisĂ© par la persĂ©cution et la vengeance. En alternant l'horreur d'agressions perpĂ©trĂ©es au coeur d'une urbanisation enneigĂ©e et l'intimisme de leur frĂŞle relation, Tomas Alfredson dĂ©ploie un saisissant contraste dans la tĂ©nuitĂ© sentimentale et la violence viscĂ©rale. A travers leurs rapports amicaux davantage bienveillants, c'est une initiation Ă  la rĂ©volte et Ă  la mort qu'Oskar doit emprunter en tant qu'auditeur puis tĂ©moin afin de s'affirmer aux yeux des autres. En particulier celui de braver les quotidiennes brimades imposĂ©es Ă  un trio de camarades dĂ©linquants inscrits dans la lâchetĂ©. La dĂ©mission parentale est Ă©galement soulignĂ©e dans la condition esseulĂ©e d'Oskar vivant reclus avec une mère effacĂ©e, alors qu'Eli, co-habite avec un paternel corrompu par sa connivence meurtrière. L'identification pour ce jeune couple livrĂ© Ă  l'abandon n'en n'est alors que plus empathique dans leur situation dĂ©munie d'amants en quĂŞte rĂ©demptive. 


    RĂ©cit initiatique auquel un garçon timorĂ© affronte la cruautĂ© de l'adolescence du point de vue d'une dĂ©linquance juvĂ©nile et de celle d'une vampire infortunĂ©e, Morse insuffle avec originalitĂ© et poĂ©sie une justesse d'Ă©motion dans le cheminement d'une romance trouble destinĂ©e Ă  l'isolement. Leçon de tolĂ©rance pour le droit Ă  la diffĂ©rence, on est d'autant plus bouleversĂ© par le score mĂ©lancolique de Johan Soderqvist accompagnant cette odyssĂ©e prude avec une acuitĂ© vertigineuse. Un chef-d'oeuvre d'une pudeur Ă  fleur de peau contrastant avec le stylisme des situations morbides. 

    Bruno Matéï
     

    Récompenses:
    Meilleur film et meilleur photographie au 31e Festival international du film de Göteborg.
    Meilleur film au Festival du film de TriBeCa 2008.
    Méliès d'argent au 8e Festival International du film Fantastique de Neuchâtel.
    Meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure photographie au festival Fantasia 2008
    Meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure photographie aux European Independent Film Critics Awards
    Prix de la critique et meilleur réalisateur au 12e festival international du film fantastique de Puchon
    Prix de la critique au festival NatFilm 2008
    Prix de la critique au Festival international du film de Toronto 2008
    Méliès d'or du meilleur film fantastique européen de 2008
    Grand prix du festival Fantastic'Arts de Gérardmer en 2009
    Prix de la critique au festival Fantastic'Arts de Gérardmer en 2009
    Silver Scream Award au Festival du film fantastique d'Amsterdam en 2009
    Meilleur film étranger à la British Independent Film Awards 2009