lundi 8 février 2016

LE CONTINENT DES HOMMES POISSONS

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horrormovie.forumfree.it

"L'Isola degli uomini pesce" de Sergio Martino. 1979. Italie. 1h39. Avec Barbara Bach, Claudio Cassinelli, Richard Johnson, Beryl Cunningham, Joseph Cotten, Franco Iavarone.

Sortie salles France: 28 février 1979. Italie: 18 Janvier 1979

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938 à Rome (Italie).
1970: l'Amérique à nu. Arizona se déchaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme à la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière étrusque. 1983: 2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.


Hommage:
InspirĂ© par l'Ă®le du Dr Moreau tournĂ© 2 ans au prĂ©alable, Le Continent des Hommes poissons joue la carte de l'aventure fantastique dans une facture typiquement Bis. Principalement pour la physionomie cheap, car caoutchouteuse, des hommes poissons, la musique latine de Luciano Michelini et les trognes vĂ©nĂ©rables d'acteurs de seconde zone. Richard Johnson dominant la troupe avec un charisme impassible dans sa posture rigide de tyran sans vergogne, quand bien mĂŞme la sublime Barbara Bach tente de se dĂ©mener de sa soumission avec une affable sobriĂ©tĂ©. De par sa prĂ©sence sensuelle magnĂ©tique et sa force de caractère, l'actrice parvient efficacement Ă  se dĂ©barrasser de la caricature "potiche". Succès commercial considĂ©rable Ă  sa sortie, le film fut Ă©galement reconnu auprès des vidĂ©ophiles grâce Ă  sa superbe jaquette Ă©ditĂ©e chez Carrere Video dans les annĂ©es 80.


1891. Le lieutenant Claude de Ross et quelques un de ses prisonniers trouvent naufrage sur une petite Ă®le dirigĂ©e par l'autoritaire Edmond Rackham. Sur place, ils sont agressĂ©s par d'Ă©tranges crĂ©atures amphibiennes. Unique survivant, De Ross va tenter de percer le mystère impliquant l'intransigeant Rackham et un savant utopiste. A la base d'une intrigue simpliste exploitant plusieurs clichĂ©s du cinĂ©ma d'aventures et Fantastique, Le Continent des Hommes poissons parvient Ă  se dĂ©marquer de la routine grâce au savoir-faire technique de Martino (notamment la vigueur des corps Ă  corps) emprunt de modeste poĂ©sie. Tant par les troubles rapports entamĂ©s entre la belle et ses monstres que l'exploitation de dĂ©cors marins et caverneux plutĂ´t photogĂ©niques. Outre l'aspect dĂ©bridĂ© (mais aussi fĂ©erique !) de son rĂ©cit fertile en pĂ©ripĂ©ties et rebondissements, Sergio Martino cultive l'art de narrer une histoire sous l'alibi du mythe de l'Atlantide. Le film ne cessant d'attiser la sympathie dans le brassage de ses composantes liĂ©es Ă  l'aventure et au Fantastique parmi un soupçon d'horreur. A savoir, l'action explosive (la dernière partie marque la cadence !), la romance houleuse, la menace monstrueuse, les expĂ©rimentations gĂ©nĂ©tiques d'un dictateur et d'un savant, la quĂŞte au trĂ©sor d'une citĂ© engloutie et enfin la prophĂ©tie du dieu soleil annonçant une Ă©ruption volcanique !


En abordant en sous-texte le totalitarisme et l'exploitation de l'homme au profit d'expĂ©riences gĂ©nĂ©tiques, le Continent des Hommes poissons s'interroge sur l'avenir de la famine dans le monde. FaçonnĂ© dans un esprit dĂ©complexĂ© de divertissement exotique, cette sĂ©rie B aussi attachante que charmante parvient Ă  crĂ©dibiliser son concept fantaisiste grâce Ă  l'intĂ©gritĂ© consensuelle d'une entreprise fidèle au genre.  

Dédicace à Sylvain Marage
B.M
3èx

vendredi 5 février 2016

La Galaxie de la Terreur / Galaxy of Terror

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Bruce D. Clark. 1981. U.S.A. 1h21. Avec Edward Albert, Erin Moran, Ray Walston, Bernard Behrens, Zalman King, Robert Englund.

Sortie salles France: 16 juin 1982. U.S: Octobre 1981.

FILMOGRAPHIEBruce D. Clark est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et acteur, nĂ© le 29 Juin 1945 Ă  Christchurch, Nouvelle-ZĂ©lande. 1969: Les anges nus. 1971 Slalom aquatique. 1972 Hammer. 1981: La galaxie de la terreur.


"Monstres et mirages : la VHS comme chambre d’agonie".
Au mĂŞme titre que le gĂ©nialement pĂ©tulant Mutant d’Allan Holzman, La Galaxie de la Terreur est une production Roger Corman rĂ©alisĂ©e un an plus tĂ´t. Film culte de l’ère VHS, dont l’affiche bigarrĂ©e reste l’une des plus belles offrandes iconographiques du cinĂ©ma horrifique, La Galaxie de la Terreur tire parti de son pouvoir d’attraction dans la scĂ©nographie littĂ©ralement envoĂ»tante de sa planète inhospitalière. Largement influencĂ© par Alien de Ridley Scott, Bruce D. Clark reprend une trame similaire : une poignĂ©e d’astronautes s’Ă©choue sur une galaxie inconnue lors d’une mission de secours. En inspectant les lieux du vaisseau "Rebus", ils ne retrouvent aucun survivant. AttirĂ©s par l’aura mystĂ©rieuse d’une pyramide monumentale, ils s’y engouffrent Ă  la recherche d’Ă©ventuels rescapĂ©s. Mais, sur place, ils deviennent la proie de monstres hybrides surgis des tĂ©nèbres. Dès lors, une lutte pour la survie s’enclenche dans un ballet d’horreur organique.

Épreuve de force menĂ©e la peur au ventre, La Galaxie de la Terreur dĂ©ploie une atmosphère ombrageuse au cĹ“ur de dĂ©cors baroques d’une photogĂ©nie hypnotique, oĂą les trucages artisanaux — bien que souvent rudimentaires — contribuent Ă  un esthĂ©tisme pictural et immersif. On salue l’efficacitĂ© des maquillages gores, dĂ©bordants d’inventivitĂ© pour infliger aux victimes des sĂ©vices d’une cruautĂ© brute. Ă€ ce titre, la sĂ©quence visqueuse du viol d’une astronaute par un ver gĂ©ant reste un sommet d’abjection dĂ©rangeante, une scène d’anthologie aussi malsaine qu’imprimĂ©e dans la rĂ©tine. Fidèle Ă  la tradition du slasher, l’intrigue suit les errances mĂ©thodiques de l’Ă©quipage, chacun inspectant les lieux avant d’ĂŞtre happĂ©, un Ă  un, par un ennemi aux pulsions meurtrières. SubmergĂ©s par la peur de pĂ©rir Ă  chaque dĂ©tour, certains opposent Ă  la panique une vaillance tragique — mais tous, paradoxalement, persistent dans leur exploration comme poussĂ©s par une fatalitĂ© absurde.

Et malgrĂ© une narration balisĂ©e, Bruce D. Clark parvient Ă  maintenir l’attention, dynamisant le rĂ©cit par une suite de rebondissements horrifiques, jusqu’Ă  un dĂ©nouement dĂ©bridĂ©, vĂ©ritable justification du cauchemar vĂ©cu. Au-delĂ  du plaisir ludique des dĂ©ambulations dans des galeries hĂ©tĂ©roclites, La Galaxie de la Terreur rĂ©vèle une cocasserie involontaire, amplifiĂ©e par le cabotinage de seconds rĂ´les hauts en couleur. Leur jeu outrĂ©, leur posture maladroite, dĂ©gagent une loufoquerie presque touchante, une solidaritĂ© houleuse oĂą certains protagonistes versatiles brillent par leur zèle exubĂ©rant, leurs humeurs incohĂ©rentes — pour notre plus grand bonheur d’humour involontaire.


"Carnage sous les étoiles : hallucination VHS".
S’appuyant sur un jeu d’acteurs risible, mais livrĂ© avec un sĂ©rieux (gĂ©nialement) imperturbable, La Galaxie de la Terreur joue pleinement la carte de la sĂ©rie B, avec une naĂŻvetĂ© pittoresque. Grâce Ă  cette facture bisseuse profondĂ©ment attachante, Bruce D. Clark parvient Ă  transfigurer la pauvretĂ© des moyens pour esquisser un univers stellaire Ă  la fois glauque, flamboyant et saturĂ© d’ombres. PortĂ© par un esprit ludique, sincère, et une dĂ©votion totale Ă  son imaginaire gore, La Galaxie de la Terreur s’impose comme l’une des perles hallucinĂ©es des annĂ©es 80 — au mĂŞme titre que Mutant ou InseminoĂŻd. Incontournable.

*Eric Binford.
29.04.24. 5èx. vf très bonne VF

Ci-joint la chronique video de Jean-Marc Micciche: 

jeudi 4 février 2016

LE CAVEAU DE LA TERREUR

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site adventuresinpoortaste.com  

"Vault of Horror" de Roy Ward Baker. 1973. Angleterre. 1h23. Avec Terry-Thomas, Curd JĂĽrgens, Tom Baker, Dawn Addams, Denholm Elliott, Michael Craig

Sortie salles Angleterre: Mars 1973

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Roy Ward Baker est un réalisateur, producteur, scénariste anglais, né le 19 Décembre 1916 à Londres (Royaume-Uni), décédé le 5 Octobre 2010.
1947: L'Homme d'Octobre. 1952: Troublez moi ce soir. 1968: Les Champions. 1969: Mon ami le fantôme. 1970: The Vampire Lovers. 1970: Les Cicatrices de Dracula. 1971: Dr Jekyll et Sr Hyde. 1972: Asylum. 1973: Le Caveau de la Terreur. 1973: And now the Screamin starts. 1974: Les 7 vampires d'or. 1980: Le Club des Monstres. 1984: Les Masques de la mort (télé-film).


Hommage:
Réalisé entre Histoires d'outre-Tombe et Frissons d'outre-tombe, Le Caveau de la Terreur continue d'exploiter le filon du film à sketchs inspirés des bandes dessinés EC. Comics des années 50. Sous la houlette de l'illustre Roy Ward Barker, cette nouvelle anthologie de l'horreur relate avec un habituel sens de l'humour sardonique 5 histoires plus ou moins originales autour d'une galerie peu recommandable d'antagonistes mesquins. Si le premier segment imparti au thème du vampirisme s'avère peut-être le plus faible, son ambiance feutrée et inquiétante confinée au sein d'une bourgade anglaise puis celle d'un restaurant, le cynisme accordé au meurtrier parental ainsi que l'ironie débridée de son destin ne manquent pas de piquant. Passionnant de cocasserie pour dépeindre la dérive conjugale d'un couple néophyte (le mari étant un maniaque du rangement et de la propreté alors que l'épouse s'avère contrairement désordonnée) et véhiculant une intensité exponentielle autour de la condition parano de cette dernière, la seconde histoire s'avère sans doute la plus jouissive pour sa peinture ubuesque allouée au matérialisme du machiste intarissable.


Nanti d'une ambiance exotique parmi la contrée touristique de l'Inde, le 3è sketch s'intéresse aux villégiatures d'un couple cupide avant d'improviser leurs stratégies meurtrières autour des pouvoirs surnaturels d'une magicienne. Un récit assez captivant se jouant avec dérision du simulacre et de l'authenticité de la magie avant qu'une sorcellerie d'outre-tombe ne vienne rendre des comptes aux oppresseurs. D'une durée concise, le 4è sketch affiche un esthétisme gothico-macabre autour d'une scénographie sépulcrale depuis qu'un duo de malfrats ont élaboré un plan machiavélique afin d'empocher une prime d'assurance. L'un d'eux ayant décidé de simuler sa mort dans le caveau d'un cimetière ! Bien rythmée, cette farce claustro surprend et amuse, notamment grâce à l'intervention impromptue de deux étudiants lors de son final fertile en rebondissements et subterfuge. Enfin, le dernier segment renoue avec l'ambiance exotique du 3è lorsqu'un artiste peintre décide de s'exiler sur une île afin d'élaborer une vengeance auprès de ses commanditaires. Après avoir participé à une séance vaudou lui permettant de s'octroyer d'un sort, il repart au pays natal afin de parfaire sa cruelle punition. Une intrigue soigneusement charpentée laissant libre court à l'inventivité gore des diverses mises à mort, quand bien même sa chute potentiellement prévisible parvient tout de même à nous surprendre pour le châtiment réservé au sorcier comme le souligne la règle élémentaire de chaque anthologie.


Bien qu'inférieur aux Histoires d'Outre-Tombe et à Frissons d'outre-tombe, Le Caveau de la Terreur ne manque toutefois pas de charme dans son lot de suspense, d'humour macabre et de fantaisie rocambolesque afin de se gausser de l'appétence criminelle de cinq condamnés trop orgueilleux pour se convaincre de leurs bassesse. Un sympathique divertissement rehaussé d'une ambiance horrifique vintage inscrite dans la dérision du gag saignant !

B.M

mardi 2 février 2016

MADE IN FRANCE

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site AllocinĂ©.fr

de Nicolas Boukhrief. 2014. France. 1h29. Avec Malik Zidi, Dimitri Storoge, François Civil,
Nassim Si Ahmed, Ahmed Dramé, Franck Gastambide, Judith Davis.

Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIENicolas Boukhrief est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français nĂ© le 4 juin 1963 Ă  Antibes. 1995 : Va mourire. 1998 : Le Plaisir (et ses petits tracas). 2003 : Le Convoyeur. 2008 : Cortex. 2009 : Gardiens de l'ordre. 2015 : Made in France. 



Hommage: 
PrĂ©vu Ă  l'origine pour une sortie salles le 18 novembre 2015 mais repoussĂ© Ă  Janvier 2016 puis annulĂ© en raison des tragiques attentats ayant secouĂ© la France le 13 Novembre 2015, Made in France passa finalement par la case VOD ce 29 Janvier 2016. Thriller choc s'attardant scrupuleusement sur les stratĂ©gies terroristes d'une cellule djihadiste au sein de la capitale parisienne, alors qu'un journaliste musulman est parvenu Ă  s'y infiltrer afin de les dĂ©jouer, Made in France insuffle une atmosphère crĂ©pusculaire autour de leurs agissements dĂ©lĂ©tères. Fort d'une mise en scène stylisĂ©e renouant avec l'âpretĂ© des polars modernes des annĂ©es 80, Nicolas Boukhrief redouble d'ambition et de sincĂ©ritĂ© Ă  fignoler un thriller politique d'une brĂ»lante actualitĂ©. Soutenu d'une partition Ă©lectro entĂŞtante, cette plongĂ©e tĂ©nĂ©breuse dans l'univers du djihadisme nous dĂ©peint sobrement les motivations morales, l'apprentissage et le passage Ă  l'acte du terrorisme de jeunes intĂ©gristes agrĂ©gĂ©s Ă  leur guerre sainte d'Allah.


Sans chercher Ă  parfaire un documentaire sur l'islamisme radical, Nicolas Boukrhief privilĂ©gie avant tout la forme cinĂ©gĂ©nique d'un thriller vĂ©nĂ©neux remarquablement troussĂ©. Par le biais du personnage de l'indic contraint de collaborer avec le chantage policier, Made in France cultive un suspense sous-jacent autour de sa fausse identitĂ©. Outre le fait de redouter sa culpabilitĂ© aux yeux de ces adjoints, l'intrigue met en exergue les projets insensĂ©s d'attentats meurtriers, un terrorisme interne (mais aussi autonome) faisant Ă©cho Ă  la triste actualitĂ© du 13 Novembre 2015. Si son cheminement narratif peut s'avĂ©rer inĂ©vitablement prĂ©visible, Nicolas Boukrhief parvient habilement par l'habiletĂ© de sa rĂ©alisation Ă  se dĂ©faire des clichĂ©s lors d'une dernière partie Ă©maillĂ©s d'incidents alĂ©atoires tout en soulignant la mauvaise conscience impartie aux plus jeunes d'entre eux ! Ces djihadistes en herbe faisant preuve de contrariĂ©tĂ©, d'indĂ©cision et de remords Ă  ne pas connaĂ®tre l'unique identitĂ© de leur porte-parole et Ă  oser franchir les limites de l'intolĂ©rable (tuer innocemment femmes et enfants au nom de leur religion). De par ses rebondissements inopinĂ©s, la caractĂ©risation fragile des Ă©lĂ©ments les plus influençables et le sort indĂ©cis rĂ©servĂ© au journaliste infiltrĂ©, Made in France injecte une tension oppressante autour de leur projet terroriste. Sans faire preuve de complaisance pour la cruautĂ© de certaines scènes, le cinĂ©aste mise notamment sur la suggestion du hors-champ afin de ne pas sombrer dans la facilitĂ© putassière des agissements les plus barbares. On est Ă©galement surpris de la facture Ă©motive de son Ă©pilogue prodiguant un message de tolĂ©rance, d'amour et de paix vis Ă  vis de l'idĂ©ologie religieuse (quand bien mĂŞme certains reprocheront peut-ĂŞtre son cĂ´tĂ© moralisateur).


Hypnotique, captivant et envoĂ»tant par son onirisme crĂ©pusculaire, Made in France renoue avec les ambiances noires et oppressantes des fleurons policiers des annĂ©es 80. Outre le brio indiscutable de son auteur Ă  exploiter sans esbroufe une intrigue politico-religieuse sur l'endoctrinement de la violence chez de jeunes recrues (tout en soulevant la question d'un terrorisme indĂ©pendant), la spontanĂ©itĂ© des comĂ©diens renforce la facture rĂ©aliste d'un Ă©vènement aussi prĂ©monitoire.   

B.M

lundi 1 février 2016

BONE TOMAHAWK. Grand Prix, Gérardmer 2016.

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site standbyformindcontrol.com

de S. Craig Zahler. 2015. U.S.A. 2h12. Avec Kurt Russell, Patrick Wilson, Matthew Fox, Richard Jenkins, Lili Simmons, Evan Jonigkeit,

Sortie salles U.S: 23 Octobre 2015

FILMOGRAPHIES. Craig Zahler est un réalisateur et scénariste américain né en 1973 à Miami, Floride. 2015: Bone Tomahawk


Hommage:
En jumelant les codes du western et de l'horreur, le nĂ©ophyte S. Craig Zahler surprend agrĂ©ablement avec Bone Tomahawk si bien que les membres du Jury de GĂ©rardmer lui dĂ©cernèrent le Grand Prix. Une odyssĂ©e sauvage que vont arpenter un shĂ©rif et ces trois acolytes depuis que la femme d'Arthur O'Dwyer et un adjoint de l'ordre ont Ă©tĂ© kidnappĂ©s par des indiens anthropophages. En s'inspirant de deux classiques au genre contradictoire (la Prisonnière du dĂ©sert et Cannibal Holocaust), Bone Tomohawk bouscule nos habitudes de spectateur immergĂ© malgrĂ© lui dans un voyage vers l'enfer oĂą le danger palpable fait irruption sans mĂ©nagement. Principalement vers sa seconde partie lorsque le rĂ©alisateur exploite sans complexe une poignĂ©e d'affrontements gores d'une cruautĂ© inouĂŻe alors que les indiens aux aguets surgissent de leur tanière de manière totalement improvisĂ©e !


De par son rĂ©alisme cru Ă  la limite du soutenable et ses effets de surprise, la tension engendrĂ©e Ă©mane du sentiment de stupeur et d'impuissance des victimes avant d'endurer dĂ©sespĂ©rĂ©ment des souffrances corporelles. Mais bien avant ce dĂ©chaĂ®nement de violence viscĂ©rale d'un autre âge, le cinĂ©aste aura pris soin de nous attacher Ă  la cohĂ©sion de nos protagonistes sĂ©vèrement châtiĂ©s par un concours de circonstances infortunĂ©es. Sillonnant les collines du Nouveau-Mexique avec un courage dĂ©terminant, ils vont ĂŞtre amenĂ©s Ă  rĂ©viser leur jugement sur la condition estropiĂ©e d'un de leurs camarades, Arthur. Ce dernier ralentissant sa troupe depuis le grave handicap de sa jambe alors qu'il s'Ă©vertue de suivre ses comparses afin de retrouver son Ă©pouse en vie. Cette situation de survie houleuse s'avère l'un des pivots dramatiques de l'intrigue, Spoil ! sachant que le groupe sera contraint de se diviser Fin du Spoil alors que le danger tangible se rapproche inexorablement. Cette tension sous-jacente dĂ©coulant de la prĂ©caritĂ© physique d'Arthur et l'expectative de retrouver les disparus en vie permettent au spectateur de provoquer l'anxiĂ©tĂ© au sein de leur intimitĂ© amicale. Par son rythme languissant ne laissant rien prĂ©sager des prochains incidents, Bone Tomohawk sème le terrain avec l'habiletĂ© sardonique d'embrayer sur une seconde partie horrifique en crescendo. Quasiment exclu de score musical et soutenu du jeu viscĂ©ral des comĂ©diens, S. Craig Zahler privilĂ©gie un climat rĂ©aliste de mystère lattent au sein d'un dĂ©corum photogĂ©nique (les collines du Nouveau-mexique Ă©clairĂ©es d'une photo sĂ©pia) auquel la menace hostile se symbolise par le cri primal d'indiens spectraux.


Captivant, angoissant, parfois terrifiant et Ă©prouvant, de par le ressort d'un suspense en ascension, sa dramaturgie sans concession et sa violence jusqu'au-boutiste, Bone Tomohawk nous achemine au survival d'une descente aux enfers sous l'impulsion de comĂ©diens d'une digne densitĂ© humaine. 
A réserver néanmoins à un public averti

B.M.

Récompenses:
Festival international du film de Catalogne 2015 : meilleur rĂ©alisateur pour S. Craig Zahler et prix « JosĂ© Luis Guarner » de la critique
Festival international du film fantastique de Gérardmer 2016 : Grand Prix

vendredi 29 janvier 2016

Le Couloir de la Mort / The Evil


"The Evil" de Gus Trikonis. 1978. U.S.A. 1h29. Avec Richard Crenna, Joanna Pettet, Andrew Prine, Lynne Modie, Cassie Yates, George O'Hanlon Jr.

Sortie salles France: 15 Juillet 1981

FILMOGRAPHIE: Gus Trikonis est un acteur, danseur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© Ă  Manhattan (New York) le 21 novembre 1937. 1997: Insel der Furcht1991: The Great Pretender. 1985 DĂ©lit de fuite (TV Movie).  1985 Midas Valley (TV Movie). 1985 Malice in Wonderland (TV Movie). 1983 First Affair (TV Movie). 1983 Dempsey (TV Movie). 1983 Pris au piège. 1982 Miss All-American Beauty (TV Movie). 1981 Twirl (TV Movie). 1981: Ca passe ou ça casse. 1981 Elvis and the Beauty Queen (TV Movie). 1980 Touched by Love. 1979: She's Dressed to Kill (TV Movie).  1979 The Last Convertible (TV Mini-Series) (part 3). 1979 The Darker Side of Terror (TV Movie). 1978 Le couloir de la mort. 1977 Moonshine County Express. 1976 The Student Body. 1976 Nashville Girl. 1975 The Swinging Barmaids. 1975 Supercock. 1969 Five the Hard Way.


"Le Couloir de la Mort : Train fantĂ´me et diablerie vintage".
Hit VHS des annĂ©es 80 sous l’Ă©tendard Ă©toilĂ© de Hollywood Video, Le Couloir de la Mort fit autant les beaux jours des rats de vidĂ©oclub que ceux des cinĂ©philes lors de sa ressortie en salles Ă  l’orĂ©e de cette dĂ©cennie. J’en suis la preuve vivante : après l’avoir louĂ©, je filai, un samedi après-midi, m’y replonger avec ferveur dans mon cinĂ©ma de quartier. Pure sĂ©rie B d’exploitation surfant sur la vague des demeures hantĂ©es, Le Couloir de la Mort ne prĂ©tend pas rĂ©volutionner le genre avec son intrigue Ă©culĂ©e, dĂ©nuĂ©e de surprises - hormis un final dĂ©lirant, flirtant avec le grotesque selon l’humeur du jour - car tout entier bâti sur le caractère spectaculaire de ses sĂ©quences chocs. ÉpaulĂ© d’effets spĂ©ciaux artisanaux, souvent soignĂ©s et d’une efficacitĂ© redoutable, le film Ă©maille son rĂ©cit de mises Ă  mort au rĂ©alisme parfois sidĂ©rant : main dĂ©coupĂ©e Ă  la scie circulaire, corps projetĂ© dans les airs, viol brutal d’une malheureuse afro secouĂ©e par l’entitĂ© invisible.

Le pitch ressasse, le temps d’un week-end, la rĂ©union de 10 convives dans un manoir scellĂ© depuis vingt-cinq ans. Attendu pour les accueillir, le gardien sera la première victime : un incendie inexpliquĂ© dans la cave le rĂ©duit au silence, seul le spectateur tĂ©moin de son agonie.

Dans cette sĂ©quence dĂ©jĂ , sourd l’aura feutrĂ©e d’une atmosphère gothique : le vieil homme inspecte les lieux, furetant l’Ă©cho de bruits suspects. PassĂ© ce prologue ombrageux, nos hĂ´tes s’opposent en vain aux manifestations surnaturelles, prisonniers d’une demeure carnassière. Un Ă  un, ils plient sous l’estocade d’une force dĂ©moniaque jusqu’Ă  ce que mort s’ensuive.

Nanti d’un rythme haletant n’accordant aucun rĂ©pit aux pĂ©ripĂ©ties diaboliques, Le Couloir de la Mort distrait comme un train fantĂ´me oĂą l’esbroufe sert de pivot vital. Ă€ ces effets spectaculaires bien troussĂ©s s’ajoute la caractĂ©risation attachante des personnages, impliquant rĂ©ellement le spectateur dans leur dĂ©sarroi, malgrĂ© leur naĂŻvetĂ© parfois dĂ©sarmante. Richard Crenna campe un psychologue rationnel, rĂ©futant mordicus la moindre thĂ©orie surnaturelle, tandis que ses seconds rĂ´les s’Ă©vertuent Ă  contredire l’Ă©vidence du mal rampant.

Le Couloir de la Mort captive par un charme bis irrĂ©sistible, fruit du savoir-faire d’un rĂ©alisateur s’Ă©chinant Ă  distiller une ambiance dĂ©moniaque souvent tangible. Quant au final incongru, exhibant le diable en personne sous les traits fantasques de Victor Buono, il ose rompre la conformitĂ© pour livrer la scĂ©nographie d’un au-delĂ  limpide toutefois fascinant. Le spectateur, dĂ©paysĂ©, oscille entre fascination et sourire, notamment grâce au clin d’Ĺ“il d’un fantĂ´me charitable venu prĂŞter main forte Ă  l’heure du glas. A privilĂ©gier toutefois la VO, le sĂ©quence gagne en rĂ©alisme auprès de la tonalitĂ© vocale de Victor Buono plus pervers et inquiĂ©tant. 


Plaisir innocent du samedi soir, sĂ©rie B sans prĂ©tention, Le Couloir de la Mort n’a rien perdu de son charme naĂŻf Ă  provoquer l’angoisse au grĂ© de ses sĂ©quences chocs et de sa patine vintage. Ă€ l’intĂ©gritĂ© de son auteur, soucieux de divertir, s’ajoute la spontanĂ©itĂ© communicative de ses comĂ©diens de seconde zone : on obtient alors un classique, aussi mineur soit-il, qu’il fait bon revisiter sans se lasser. Et j'en suis au 6è visionnage. 


B.M
22.06.25. 6èx
29.01.16
25.02.11



jeudi 28 janvier 2016

THE ASPHYX (l'esprit de la mort)

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmscoremonthly.com

"Spirit of the dead / L'Esprit de la Mort" de Peter Newbrook. 1972. U.S.A. 1h39. Avec Robert Stephens , Robert Powell , Jane Lapotaire , Alex Scott , Ralph Arliss.

Sortie salles U.S: Février 1973

FILMOGRAPHIE: Peter Newbrook est un réalisateur, producteur et scénariste anglais, né le 29 Juin 1920, décédé le 19 Juin 2009 à Norwich (Angleterre). Il est l'unique metteur en scène de The Asphyx.


Perle maudite inĂ©dite en salles dans l'hexagone mais exhumĂ©e de l'oubli par l'Ă©diteur (en berne) Neo Publishing, The Asphyx traite de l'immortalitĂ© avec une audace et une originalitĂ© sans Ă©gales. Dans une ambiance gothique proche d'un Hammer Film, cet ovni horrifique tire parti de son pouvoir vĂ©nĂ©neux grâce Ă  la fantaisie de son concept singulier surfant sur une rĂ©flexion spirituelle et la soif d'une jeunesse insatiable. En 1875, un scientifique Ă©paulĂ© de son adjoint tentent des expĂ©riences occultes en prenant en photo des personnes sur le point de mourir. Par le biais d'une tâche noire inscrite sur la pellicule, Sir Hugo Cunningham pense avoir dĂ©masquĂ© le Asphyx. Un esprit de la mort qui, selon une lĂ©gende grecque, s'emparerait de notre âme au moment de trĂ©passer. FascinĂ©s par cette stupĂ©fiante dĂ©couverte, nos apprentis sorciers Ă©laborent une machine capable de capturer l'asphyx afin de permettre Ă  la victime mise en cause de se libĂ©rer du trĂ©pas et ainsi accĂ©der Ă  l'immortalitĂ©. 


Ce scĂ©nario saugrenu Ă©maillĂ© de rebondissements dĂ©capants s'avère d'une redoutable efficacitĂ© sous l'impulsion impĂ©tueuse de comĂ©diens s'en donnant Ă  coeur joie dans leur utopie immorale. En dĂ©pit d'une mise en scène acadĂ©mique, Peter Newbrook parvient pour son unique rĂ©alisation Ă  fasciner le spectateur impliquĂ© dans une Ă©preuve scientifique aussi passionnante que dĂ©bridĂ©e. La scĂ©nographie minimaliste du huis-clos permettant d'autant mieux de nous familiariser avec nos protagonistes confinĂ©s dans leur laboratoire victorien. Multipliant leurs expĂ©riences morbides auprès d'un mammifère puis ensuite avec des cobayes humains, nos compères se retrouvent en proie Ă  leur obsession divine afin de permettre Ă  l'homme d'accĂ©der Ă  l'immortalitĂ© sur terre. Si les effets cheap peuvent prĂŞter Ă  sourire quant aux diverses apparitions de l'Asphyx, sa rĂ©sultante visuelle s'avère si incongrue et hallucinĂ©e que le spectateur parvient sans difficultĂ© Ă  croire Ă  l'improbable lorsque l'entitĂ© parvient Ă  s'animer sous les effets d'un faisceau de projecteur tout en exclamant un braillement primal ! Qui plus est, la spontanĂ©itĂ© pĂ©tulante des comĂ©diens (second point majeur après sa densitĂ© narrative) parvient sans retenue Ă  nous convaincre de leurs expĂ©riences avec l'au-delĂ  parmi l'appui d'un appareil photo et d'une camĂ©ra.


Par sa dimension visuelle aussi fantaisiste qu'hallucinĂ©e, The Asphyx dĂ©cuple son pouvoir de fascination par l'entremise d'un scĂ©nario atypique et le brio d'interprètes totalement impliquĂ©s dans leur fonction insidieuse de savants fous. Honteusement mĂ©connue et oubliĂ©e (bien que certains spĂ©cialistes le sacralisent comme l'un des films essentiels des annĂ©es 70 !), cette merveille d'insolence macabre redore ses lettres de noblesse au terme "culte". 

Un grand merci au regretté Neo...

B.M 

mercredi 27 janvier 2016

THE DANISH GIRL. Queer Lion Ă  la Mostra de Venise 2015.

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site actu-film.com

de Tom Hooper. 2015. U.S.A/Angleterre/Allemagne. 2h00. Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Matthias Schoenaerts, Ben Whishaw, Amber Heard, Sebastian Koch

Sortie salles France : 20 janvier 2016. U.S: 27 Novembre 2015

FILMOGRAPHIE: Thomas George « Tom » Hooper est un rĂ©alisateur britannique, nĂ© le 1er octobre 1972 Ă  Londres. 2004 : Red Dust. 2009 : The Damned United. 2010 : Le Discours d'un roi. 2012 : Les MisĂ©rables. 2016 : The Danish Girl.


MĂ©lodrame inspirĂ© de l'histoire vraie de Lili Elbe, premier cobaye masculin Ă  avoir subi une opĂ©ration chirurgicale pour un changement de sexe ("chirurgie de rĂ©assignation sexuelle" nommeront les thĂ©rapeutes !), The Danish Girl aborde le thème du transgenre (confusion de l'identitĂ© sexuelle) avec pudeur d'Ă©motion dans son refus de pathos, Spoil ! et ce en dĂ©pit de la tournure inopinĂ©e du dĂ©nouement dramatique Fin du Spoil. Par le biais de son profil psychologique singulier prĂ´nant notamment un hymne Ă  la fĂ©minitĂ©, Tom Hooper transfigure une leçon de tolĂ©rance et d'amour du point de vue de l'Ă©pouse dĂ©laissĂ©e qu'endosse brillamment Alicia Vikander.


Cette dernière insufflant avec humanisme vaillant une grande dignité pour son sens de l'empathie, de la considération et de la passion pour la condition pathologique de son mari. Alors que certains médecins et psychiatres conservateurs diagnostiquerons le sort de leur patient d'homosexualité ou de maladie mentale (la schizophrénie), Gerda ne cessera de respecter sa nouvelle raison d'être et de soutenir son choix ardu avec constance et tendresse intarissables. Car au-delà de l'introspection poignante établie sur l'ambivalence morale de Lili, partagé entre sa peur de perdre l'être aimé, le désir viscéral de changer de corps et la crainte de se prêter à une chirurgie novatrice, The Danish Girl cultive une magnifique histoire d'amour autour de leur solidarité indéfectible. Situé à l'aube des années 30, la reconstitution soignée et les sublimes décors contrastent à merveille avec la quotidienneté intime de Lili et Gerda. Cette dernière exerçant dans son foyer la profession de peintre pendant que son mari lui sert de modèle en adoptant le rôle d'un travesti. Se focalisant sur leur rapports intimes à travers des discordes conjugales et une irrésistible cohésion amoureuse The Danish Girl distille une émotion prude sous l'impulsion de deux comédiens en émoi. Eddie Redmayne se fondant dans la peau du transsexuel avec une séduction naturelle et une ambiguïté de personnalité souvent bouleversantes.


Abordant sans racolage les tabous du transgenre et de l'homophobie autour d'une histoire d'amour pleine de passion et de tolĂ©rance, Tom Hooper nous offre un tĂ©moignage digne sur le droit Ă  la diffĂ©rence du point de vue du premier patient Ă  s'ĂŞtre prĂŞtĂ© Ă  la chirurgie de rĂ©attribution sexuelle. Outre le brio de sa mise en scène Ă  la forme esthĂ©tisante (photo et Ă©clairages limpides pour transfigurer la reconstitution historique des annĂ©es 30), le film doit beaucoup de sa poĂ©sie et de son intensitĂ© dramatique grâce au duo magnanime Eddie Redmayne/Alicia Vikander (celle-ci volant quasiment la vedette Ă  son acolyte au travers d'un superbe portrait de femme constante !).

B.M

mardi 26 janvier 2016

BEASTS OF NO NATION

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site goldposter.com

de Cary Joji Fukunaga. 2015. U.S.A. 2h16. Avec Abraham Attah, Idris Elba, Emmanuel Nii Adom Quaye, Ama K. Abebrese, Richard Pepple, Francis Weddey, Opeyemi Fagbohungbe, Andrew Adote.

Sortie salles France: INEDIT. U.S: 16 Octobre 2015

FILMOGRAPHIECary Joji Fukunaga est un réalisateur américain, né le 10 juillet 1977 à Oakland en Californie. 2009: Sin Nombre. 2011: Jane Eyre. 2012: Sleepwalking in the Rift. 2015: Beasts of No Nation.


Inédit en salles en France et directement sorti en VOD, Beasts of no nation relate avec un réalisme documenté le conditionnement d'un enfant en machine à tuer au coeur d'une guerre civile Africaine. Enrôlé par un commandant drastique dirigeant de main de fer son armée rebelle, le jeune Agu s'embourbe rapidement dans un univers de violence barbare après avoir été séparé de sa mère puis témoin du massacre de sa famille. Par l'alibi de la vengeance, son leader en profite pour l'initier à l'apprentissage de l'autorité, du combat et des armes avant de le mettre à l'épreuve du rituel criminel. Cette innocence déflorée, Agu l'endure avec courage et détermination d'une vendetta avant de saisir la manoeuvre de son mentor, gourou sans vergogne exploitant son armée dans un but égotiste.


Ă‚pre, ultra violent, malsain, nausĂ©eux, Cary Joji Fukunaga n'y va pas par quatre chemin pour dĂ©crier l'animositĂ© primitive d'une guerre civile parmi l'appui d'enfants martyrs aveuglĂ©s par la haine et le sang. Voyage au bout des tĂ©nèbres, odyssĂ©e funèbre d'oĂą plane les effluves de macchabĂ©es fraĂ®chement assassinĂ©s ou putrĂ©fiĂ©s par le soleil, Beasts of no nation nous retranscrit avec vigueur dramatique l'introspection meurtrie d'un enfant orphelin, tĂ©moin de massacres en règle sous l'allĂ©geance d'un dictateur obnubilĂ© par le pouvoir. Idris Elba endossant avec sobriĂ©tĂ© un rĂ´le perfide oĂą la manigance de ces stratĂ©gies bellicistes Spoiler ! finit mener sa troupe vers la dĂ©route fin du Spoiler. Poignant et bouleversant pour la dĂ©rive sanguinaire de ces enfants endoctrinĂ©s Ă  la dĂ©chĂ©ance criminelle, Beasts of no nation ne nous laisse peu de rĂ©pit pour manifester de leur dĂ©liquescence morale Ă  exterminer sans flĂ©chir femmes et enfants parmi la complicitĂ© tantĂ´t indulgente d'Agu. Par un vibrant monologue alternant ses sentiments d'espoir et de dĂ©sespoir face Ă  sa foi divine, Agu devient un adulte aguerri apte Ă  discerner la monstruositĂ© qui vient de naĂ®tre en lui. Ce message d'espoir intentĂ© Ă  sa parcelle d'humanitĂ© tend Ă  rassurer sur sa destinĂ©e galvaudĂ©e parmi son souvenir traumatique d'une guerre d'un autre âge. Outre l'esthĂ©tisme crĂ©pusculaire de ces affrontements chaotiques Ă©pargnĂ©s de vainqueurs, le film gagne en intensitĂ© sous l'impulsion Ă©quivoque du jeune Abraham Attah. Ce dernier se fondant dans la peau d'un soldat infantile derrière un regard impassible peu Ă  peu rattrapĂ© par le regain de conscience.


Dur et sans concession car d'un rĂ©alisme parfois Ă©prouvant pour le cheminement criminel de cette gĂ©nĂ©ration sacrifiĂ©e, Beasts of no nation laisse un goĂ»t de souffre dans la bouche lorsqu'il fait Ă©cho aux exactions barbares du djihadisme terroriste (Boko Haram en tĂŞte !). Poignant et bouleversant parmi le tĂ©moignage de ces enfants de la honte, l'absurditĂ© de la guerre nous est ici illustrĂ©e sous son aspect le plus sordide lorsque ces derniers sont prĂŞts Ă  payer de leur âme pour se soumettre Ă  l'idĂ©ologie la plus extrĂ©miste. HantĂ© par le score envoĂ»tant de Dan Romer, il en Ă©mane un vibrant plaidoyer contre la haine infantile dont on ne sort pas indemne... 

B.M

Récompenses: Mostra de Venise 2015 : Prix Marcello-Mastroianni du meilleur espoir pour Abraham Attah.
National Board of Review Awards 2015 : Meilleur espoir pour Abraham Attah.

lundi 25 janvier 2016

UNE JOURNEE PARTICULIERE. César du Meilleur Film Etranger, 1978.

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

"Una giornata particolare" d'Ettore Scola. 1977. Italie/Canada. 1h45. Avec Sophia Loren, Marcello Mastroianni, John Vernon, Françoise Berd, Vittorio Guerrieri, Alessandra Mussolin

Sortie salles France: 7 Septembre 1977. Italie: 12 Août 1977

FILMOGRAPHIE: Ettore Scola est un réalisateur et scénariste italien, né le 10 Mai 1931 à Trevico, province d'Avellino en Campanie.
1964: Parlons Femmes. 1965: Belfagor le Magnifique. 1968: Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? 1969: Le Commissaire Pepe. 1970: Drame de la Jalousie. 1972: La Plus belle soirée de ma vie. 1973: Voyage dans le Fiat-Nam. 1974: Nous nous sommes tant aimés. 1976: Affreux, sales et méchants. 1977: Bonsoir Mesdames et Messieurs. 1977: Une Journée Particulière. 1978: Les Nouveaux Monstres. 1980: La Terrasse. 1981: Passion d'Amour. 1982: La Nuit de Varennes. 1983: Le Bal. 1985: Macaroni. 1987: La Famille. 1988: Splendor. 1989: Quelle heure est-il ? 1990: Le Voyage du Capitaine Fracasse. 1993: Mario, Maria, Mario. 1995: Le Roman d'un jeune homme pauvre. 1998: Le Dîner. 2001: Concurrence Déloyale. 2003: Gente di Roma.


Drame psychologique prenant pour cadre le huis-clos d'un appartement autour des rapports indécis d'un couple en quête d'amour, une Journée particulière relate le destin infortuné de ses amants esseulés durant l'époque du fascisme Italien. Epouse et mère de 6 enfants résidant dans un vieil immeuble, Antonietta s'occupe de ses tâches ménagères quand bien même ces derniers et son mari se préparent à participer à la parade militaire au cours duquel Hitler est venu se déplacer à Rome afin de rencontrer Mussolini. Alors que son oiseau domestique vient de s'échapper de sa cage, elle aperçoit en face de son immeuble l'un de ses voisins à proximité de l'animal. Elle décide de frapper à sa porte pour lui invoquer de l'aide. C'est à ce moment aléatoire que les deux inconnus entament une sympathique conversation avant d'apprendre à se connaître et d'y délivrer leur orientation sexuelle.


Prenant pour thèmes le fascisme et l'homosexualité à l'aube de la seconde guerre mondiale, Une Journée particulière y dénonce l'intolérance, le machisme, la haine et la peur de la différence sous l'impulsion contrariée d'un couple en questionnement conjugal. Antonietta vouant un amour subitement fougueux pour son voisin, Gabriele, un homosexuel viré de son poste de présentateur radio depuis ses révélations sexuelles. Durant leurs rapports amicaux jalonnés d'intempéries, ces derniers ne vont pas tarder à se livrer des confidences intimes depuis leur condition soumise d'une existence conservatrice. Epaulé d'une photo sépia afin de renforcer le climat blafard du quartier précaire dans lequel ils évoluent parmi l'indiscrétion d'une commère fasciste, Une journée particulière insuffle une atmosphère versatile autour du couple inconciliable au rythme lassant d'une fanfare militaire perçue à travers la radio. Leur romance impossible et leurs pulsions de révolte provoquant une certaine ambiguïté chez la posture tourmentée de Gabriele, au moment où la conclusion glaçante nous révélera pour quel motif celui-ci s'était résigné Spoiler ! à ne pas perdurer leur relation sentimentale Fin du Spoiler. Si le monstre sacré Marcello Mastroianni délivre un jeu aussi dépouillé qu'intense dans son regard songeur et ses clameurs de victime molestée, Sophia Loren illumine l'écran par sa présence prude où la douceur sensuelle se chevauche parmi l'amertume du désarroi dans sa fonction d'épouse esseulée, faute du machisme d'un époux ingrat. Toute l'intensité du film reposant sur leurs rapports contradictoires, équivoques et désespérés autour d'un apprentissage amoureux.


D'un rĂ©alisme Ă©touffant impulsĂ© par le brio de sa mise en scène sans fard et d'une pudeur saisissante pour la prestance incandescente du couple Mastrioanni/Sophia Loren, Une journĂ©e particulière traduit une Ă©motion finalement bouleversante pour mettre en exergue les Ă©tats d'âme meurtris d'une romance impossible. Une oeuvre marquante d'un pessimisme sans Ă©chappatoire au moment oĂą les mentalitĂ©s fascistes se complaisent dans une parade musicale afin de glorifier l'obscurantisme. 

Dédicace à Rebecca Lord
B.M

Récompenses:
National Board of Review 1977 : prix du meilleur film étranger.
César du meilleur film étranger 1978.
David di Donatello 1978 :
David di Donatello du meilleur réalisateur à Ettore Scola,
David di Donatello de la meilleure actrice principale Ă  Sophia Loren.
Globe d'or 1978 :
Globe d'or du meilleur film Ă  Ettore Scola,
Globe d'or du meilleur acteur Ă  Marcello Mastroianni,
Globe d'or de la meilleure actrice Ă  Sophia Loren.
Golden Globes 1978 : Golden Globe du meilleur film en langue étrangère.
Ruban d'argent (Syndicat national des journalistes cinématographiques italiens) 1978 :
Ruban d'argent de la meilleure actrice Ă  Sophia Loren,
Ruban d'argent du meilleur scénario à Maurizio Costanzo, Ruggero Maccari et Ettore Scola,
Ruban d'argent de la meilleure musique de film Ă  Armando Trovajoli.
Mostra de Venise 2014 : « Venezia Classici » du meilleur film restaurĂ© pour Ettore Scola.

vendredi 22 janvier 2016

Cours, Lola, cours / Lola rennt

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site traileraddict.com

de Tom Tykwer. 1998. Allemagne. 1h21. Avec Franka Potente, Moritz Bleibtreu, Herbert Knaup, Nina Petri, Armin Rohde, Joachim KrĂłl

Sortie salles France: 7 avril 1999. U.S: 18 juin 1999. Allemagne: 20 Août 1998.

FILMOGRAPHIE: Tom Tykwerest un réalisateur, scénariste, producteur et compositeur allemand, né le 23 mai 1965 à Wuppertal. 1994 : Maria la maléfique. 1997 : Les Rêveurs. 1998 : Cours, Lola, cours. 2000 : La Princesse et le Guerrier. 2002 : Heaven. 2006 : Le Parfum. 2009: L'Enquête. 2010 : Drei. 2012 : Cloud Atlas: coréalisateur, scénariste, producteur et compositeur. 2015 : A Hologram for the King.


"Nous ne cesserons pas notre exploration, et au terme de notre quête nous arriverons là d'où nous étions partis et nous connaîtrons ce lieu pour la première fois. Après le match, c'est avant le match !"

Film culte au sens premier du terme, Cours, Lola, cours est une production allemande lancĂ©e Ă  l’adrĂ©naline d’une course dĂ©sespĂ©rĂ©e contre la montre. Alors que Manni devait remettre 100 000 marks Ă  un trafiquant, un clochard lui dĂ©robe la somme dans un compartiment ferroviaire. AppelĂ©e Ă  la rescousse, Lola tente d’obtenir la mĂŞme cagnotte auprès de son père banquier en vingt minutes, faute de quoi Manni serait liquidĂ©. Mais une cascade d’incidents imprĂ©visibles pousse Lola Ă  repenser sa situation avec une persistance farouche.

ScindĂ© en trois actes, le film offre Ă  l’hĂ©roĂŻne la possibilitĂ© de rejouer son destin maudit par diverses stratĂ©gies. Tom Tykwer dĂ©ploie une inventivitĂ© furieuse, transformant cette traque homĂ©rique en Ă©popĂ©e cadencĂ©e, comme une joggeuse Ă©chappĂ©e d’une bande dessinĂ©e. Sa stature effervescente, son cri perçant, sa tenue criarde, sa chevelure rouge - que Alias imitera plus tard - en font une figure explosive. DĂ©bridĂ© et jouissif, le film multiplie les trouvailles visuelles : sĂ©quences animĂ©es, flashforwards foudroyants qui bouleversent le destin de simples figurants. Cours, Lola, cours renouvelle sans cesse son Ă©nergie par un enchaĂ®nement de hasards et de personnages extravagants, inscrits dans une obstination fĂ©brile.

Éloge de la constance, de la foi en son Ă©toile, le rĂ©cit ouvre des pistes philosophiques et spirituelles (la rĂ©incarnation en filigrane), tout en creusant les failles intimes d’un couple en quĂŞte d’avenir. Romance passionnelle oĂą l’amour peut, peut-ĂŞtre, sauver deux destins marginaux, le film explore surtout les rĂ©percussions - heureuses ou fatales - de nos choix les plus anodins. Entre lyrisme, humour dĂ©calĂ© et tension oppressante, la course Ă©perdue se nourrit d’une musique techno mĂ©tronomique qui galvanise chaque pas, et qui n'a toujours pas pris une ride. 


Ovni clipesque en trois mouvements, Cours, Lola, cours dĂ©borde de fougue et d’insolence, ironisant sur l’absurditĂ© existentielle. Au-delĂ  de la virtuositĂ© formelle, l’Ĺ“uvre est transcendĂ©e par Franka Potente, rĂ©vĂ©lation viscĂ©rale : cri strident, fragilitĂ© brĂ»lante, Ă©nergie d’anti-hĂ©roĂŻne mue par l’amour et la rage de vaincre. Un mĂ©ga-trip fulgurant, Ă  dĂ©vorer sans modĂ©ration.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

22.01.16 (4èx)
26.08.01


Récompenses: Prix du film allemand 1999 : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur second rôle féminin pour Nina Petri, meilleur second rôle masculin pour Herbert Knaup, prix du public pour le film de l'année et pour Franka Potente en tant que meilleure actrice.


jeudi 21 janvier 2016

Prison

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinema.jeuxactu.com

de Renny Harlin. 1987. U.S.A. 1h42. Avec Viggo Mortensen, Chelsea Field, Lane Smith, Lincoln Kilpatrick, Tom Everett, Tom Lister, Jr. , Kane Hodder.

Sortie salles France, uniquement à Avoriaz: Janvier 1988. U.S: 8 Décembre 1987

FILMOGRAPHIE: Renny Harlin (Renny Lauri Mauritz Harjola), est un réalisateur et producteur américain d'origine finlandaise, né le 15 mars 1959 à Riihimäki (Finlande).
1986 : Born American. 1987 : Prison. 1988 : Le Cauchemar de Freddy). 1990 : 58 Minutes pour vivre (Die Hard 2). 1990 : The Adventures of Ford Fairlane. 1993 : Cliffhanger. 1995 : L'Île aux pirates. 1996 : Au revoir à jamais. 1999 : Peur Bleue. 2001 : Driven. 2004 : Profession profiler. 2004 : L'Exorciste, au commencement. 2006 : Le Pacte du sang. 2008 : Cleaner. 2009 : 12 Rounds. 2011 : Etat de guerre. 2013 : Dyatlov Pass Incident. 2014 : La Légende d'Hercule. 2015 : Skiptrace.


Classique des annĂ©es 80, Prison est l'initiateur d'un concept original que d'autres rĂ©alisateurs s'empresseront d'exploiter (Ă  l'instar de Wes Craven pour Shocker, James Isaac avec House 3): celui des exactions revanchardes d'un dĂ©tenu d'outre-tombe, faute d'avoir Ă©tĂ© autrefois injustement condamnĂ© Ă  la chaise Ă©lectrique. En l'occurence, alors que des prisonniers sont transfĂ©rĂ©s dans une ancienne prison en tĂ©moignant des consignes totalitaires de leur directeur, d'Ă©tranges phĂ©nomènes meurtriers vont intenter Ă  leur dĂ©tention. Si bien que tapi derrière les cloisons des cellules, le fantĂ´me d'un ancien dĂ©tenu serait Ă  l'origine de ses massacres en règle. SĂ©rie B photogĂ©nique par sa facture formellement gothique exploitant efficacement un scĂ©nario linĂ©aire autour d'un huis-clos rubigineux, Prison gĂ©nère un plaisir ludique au rythme percutant de sĂ©quences chocs aussi inventives que spectaculaires. On peut d'ailleurs louablement saluer le travail artisanal des maquilleurs tant le rĂ©alisme imparti aux mises Ă  mort fascine encore aujourd'hui le spectateur Ă©branlĂ© par des visions de cauchemar inscrits dans la cruautĂ© corporelle (pour ne pas dire SM !). Servi d'une attachante distribution de seconds-couteaux issus du cinĂ© de genre, l'intrigue exploite quelques clichĂ©s du drame carcĂ©ral (la posture outrĂ©e du directeur abusif, les châtiments punitifs confĂ©rĂ©s Ă  ses prisonniers quand bien mĂŞme ces derniers finissent par nous traduire une certaine sympathie depuis leur fonction soumise) sans que le spectateur n'Ă©prouve toutefois le sentiment de dĂ©jĂ  vu. 


Une gageure engendrĂ©e par l'aura diffuse du climat oppressant en interne d'une prison dĂ©catie (en rappellant aussi que pour les besoins du tournage l'utilisation d'un authentique pĂ©nitencier laissĂ© Ă  l'abandon fut aimablement autorisĂ© pour tenir lieu de rĂ©alisme 4 mois durant !) et par l'attachante stature de certains marginaux comme le souligne le dĂ©tenu CrĂ©sus liĂ© Ă  un passĂ© hĂ©las galvaudĂ©. Principalement le porte parole de la troupe, Burke (que le nĂ©ophyte Viggo Mortensen endosse avec un charme preux), redoublant d'audace et bravoure Ă  tenter d'extirper de la mort quelques codĂ©tenus. SecondĂ© d'un antagoniste sournois avide de mĂ©galomanie, l'excellent Lane Smith se prĂŞte au cabotinage avec une rigoureuse autoritĂ© derrière son regard impassible quasi mĂ©tallique. Quant Ă  la prĂ©sence de l'entitĂ© spectrale, Renny Harlin cultive Ă  tous prix la suggestion par le biais d'une lumière azurĂ© aveuglante (Ă  l'instar de La Forteresse Noire !) tout en parvenant Ă  distiller un suspense anxiogène au fil de ses exactions macabres. Enfin, on peut aussi rappeler qu'au niveau des figurants, une dizaine de vĂ©ritables dĂ©tenus furent recrutĂ©s pour l'occasion cinĂ©matographique alors que certains gĂ©oliers en faction Ă©taient rĂ©ellement armĂ©s durant tout le tournage afin d'Ă©viter le moindre incident ! Qui plus est, un autre dĂ©tenu (jugĂ© pour meurtre Ă  la suite d'une bagarre dans un bar) tient d'ailleurs un vĂ©ritable rĂ´le narratif dans celui du mastard autoritaire proposant un compromis avec Bruke (Vigo Mortensen) Ă  la suite de son hĂ©roĂŻsme de dernier ressort.


Psycho-killer surnaturel façonnĂ© Ă  l'instar d'un train-fantĂ´me pĂ©nitentiaire dĂ©nuĂ© de surenchère (en dĂ©pit du final explosif efficacement gĂ©rĂ©), Prison cultive une irrĂ©pressible fascination pour son climat feutrĂ© de claustration et sa variante de sĂ©quences-chocs aussi sanguines qu'homĂ©riques. Nanti d'un rythme sans faille culminant vers une ultime demi-heure haletante, Prison transfigure la sĂ©rie B Ă  l'ancienne parmi l'originalitĂ© de son concept horrifique, et ce, en dĂ©pit d'une structure narrative convenue. Un rĂ©gal d'efficacitĂ© au demeurant pour un amour de sĂ©rie B rĂ©tro. 

*Bruno
5èx. 28.02.24. Vostfr

mardi 19 janvier 2016

TRULY MADLY DEEPLY. Prix de la Critique, Avoriaz 92.

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinema.jeuxactu.com

de Anthony Minghella. 1991. Angleterre. 1h47. Avec Juliet Stevenson, Alan Rickman, Bill Paterson, Michael Maloney, Jenny Howe, Carolyn Choa, Christopher Rozycki.

Sortie salles France: 8 Avril 1992

FILMOGRAPHIEAnthony Minghella est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur britannique, nĂ© le 6 janvier 1954 sur l’Ă®le de Wight, dĂ©cĂ©dĂ© le 18 mars 2008.
1991: Truly, Madly, Deeply. 1993 : Mr. Wonderful. 1996 : Le Patient anglais. 1999 : Le Talentueux M. Ripley. 2003 : Retour Ă  Cold Mountain. 2005 : Par effraction.


CĂ©lĂ©brĂ© Ă  Avoriaz par 2 rĂ©compenses (Prix de la Critique, Prix d'InterprĂ©tation FĂ©minine), Truly, Madly, Deeply aura marquĂ© une gĂ©nĂ©ration de spectateurs et vidĂ©ophiles en prime de son succès critique. ComĂ©die romantique impartie Ă  une ghost story naturaliste, cette première oeuvre d'un rĂ©alisateur nĂ©ophyte distille un humanisme prude pour l'idylle amoureuse compromise entre une veuve et son mari dĂ©funt. Depuis la mort subite de son Ă©poux, Nina ne parvient pas Ă  faire le deuil dans son inconsolable chagrin. Mais un soir, son amant rĂ©apparaĂ®t sous les traits d'un revenant afin d'apaiser sa souffrance morale. Au fil des jours, et depuis l'arrivĂ©e d'autres compagnons fantĂ´mes, une lassitude s'interpose entre eux.


Film d'auteur inscrit dans la pureté des sentiments, Truly, Madly, Deeply emprunte le conte moderne pour aborder le thème de la perte de l'être cher du point de vue d'une tragédie inéquitable. Sobrement réalisé parmi le parti-pris de ne jamais se soustraire au pathos, l'intrigue se focalise sur les rapports intimistes du couple en étreinte parmi l'intrusion cocasse de fantômes amicaux venus s'installer dans leur appartement afin de flâner devant la TV à dévorer des classiques en VHS. De par ses moments intenses de tendresse et ses situations pittoresques conçues sur la fantaisie de spectres impertinents émane un climat fantasmagorique inscrit dans un réalisme prégnant. A l'instar de la luminosité de sa photographie limpide et surtout du jeu spontané des comédiens exprimant leur tendresse commune avec une sensibilité tantôt bouleversante. Outre la présence à contre-emploi du regretté Alan Rickman en fantôme flegmatique délibéré à soutenir sa bien aimée pour l'inciter à renouer avec le bonheur, le film est transcendé par la prestance viscérale de Juliet Stevenson exprimant de manière éperdue des sentiments de fragilité, de crainte mais aussi de persévérance à s'efforcer de transgresser son insurmontable fardeau.


Hymne Ă  la vie dans sa facultĂ© Ă  refonder un bonheur perdu, rĂ©flexion spirituelle sur l'au-delĂ , tĂ©moignage Ă©mouvant et plein de poĂ©sie sur le souvenir et la condition altruiste de nos dĂ©funts, Truly, Madly, Deeply dĂ©livre un message plein d'optimisme quant Ă  la reconstruction sociale de l'hĂ©roĂŻne convaincue que l'amour reste inaltĂ©rable avec l'appui d'un ange philanthrope inscrit dans la tolĂ©rance. Une oeuvre fastueuse particulièrement subtile dans son refus de fioriture, Ă  redĂ©couvrir avec beaucoup d'Ă©motion sachant qu'Alan Rickman s'est aujourd'hui vĂ©ritablement fondu dans la peau de son personnage mystique ! 

DĂ©dicace Ă  Nadine Izquierdo

Récompenses: Prix de la Critique, Prix d'Interprétation Féminine (Juliet Stevenson) à Avoriaz, 1992