vendredi 6 juillet 2018
LE TUEUR A L'ORCHIDEE
"Sette orchidee macchiate di rosso" d'Umberto Lenzi. 1972. Italie. 1h32. Avec Rossella Falk, Antonio Sabàto, Uschi Glas, Pier Paolo Capponi, Petra Schürmann, Marisa Mell, Gabriella Giorgelli.
Sortie salles Italie: 24 Février 1972 (Int - 18 ans).
FILMOGRAPHIE: Umberto Lenzi est un réalisateur et scénariste italien, né le 6 Aout 1931 à Massa Marittima, dans la province de Grosseto en Toscane (Italie). 1962: Le Triomphe de Robin des Bois, 1963: Maciste contre Zorro, Sandokan, le Tigre de Bornéo, 1964: Les Pirates de Malaisie, 1966: Kriminal, 1967: Les Chiens Verts du Désert, 1968: Gringo joue et gagne, 1969: La Légion des Damnés, Si douces, si perverses, 1970: Paranoia, 1972: Le Tueur à l'orchidée, 1972: Au pays de l'Exorcisme, 1973: La Guerre des Gangs, 1974: Spasmo, La Rançon de la Peur, 1975: Bracelets de Sang, 1976: Brigade Spéciale, Opération Casseurs, La Mort en Sursis, 1977: Le Cynique, l'infâme et le violent, 1978: Echec au gang, 1980: La Secte des Cannibales, l'Avion de l'Apocalypse, 1981: Cannibal Ferox, 1983: Iron Master, la guerre du fer, 1988: Nightmare Beach, la Maison du Cauchemar, 1991: Démons 3, 1996: Sarayevo inferno di fuoco.
Orchidée (nom féminin): Fleur coupée de cette plante (notamment d'origine exotique), généralement recherchée pour sa valeur ornementale, l'originalité de ses formes, l'éclat ou la finesse de ses coloris, parfois jugée trop extravagante, voire maléfique.
En pleine vogue du Giallo à l'orée des Seventies, Umberto Lenzi nous offre sa version des faits avec le Tueur à l'Orchidée même s'il eut déjà oeuvré 2 ans plus tôt dans le thriller parmi le décevant Si douces, si perverses et le sympathique Päranoïa. D'ailleurs, selon mon jugement de valeur, sa trajectoire narrative dédiée quasiment à l'enquête policière de longue haleine occulte un peu les codes giallesques à proprement parler. Et ce même si le tueur ganté affublé d'une gabardine noire accomplit ses exactions meurtrières avec une cruauté aussi bien gore que baroque (à l'instar des pots de peintures se déversant lentement sur le corps d'une victime). D'ailleurs sur ce point, le premier quart d'heure riche en homicides ravira les amateurs de par son rythme effréné et le réalisme assez malsain qui y émane.
On peut aussi relever vers la dernière demi-heure une séquence choc assez gorasse que le tueur perpétue à la chignole, si bien que Lenzi filme son acte extrême parmi la complaisance des gros zooms. Pour en revenir à l'enquête policière que mènent un détective privé et l'une des 7 victimes (s'étant fait passer pour morte avec la complicité de la police), Le Tueur à l'Orchidée ne nous laisse aucun répit dans son panel d'indices à résoudre (la fameuse demi-lune argentée laissée sur les corps des victimes, les 7 orchidées déposés sur la tombe), rebondissements, faux coupables et séquences angoissantes en interne des huis-clos domestiques. Et si la réalisation avait gagnée à être un peu mieux maîtrisée, sa partition plus idoine et sa photo plus épurée, la sobriété des acteurs (accompagnés de quelques italiennes plantureuses pour autant timorées) et surtout son suspense émoulu pallient sans prétention ces scories.
Tour à tour passionnant, inquiétant et sensiblement capiteux à travers son ambiance horrifique typiquement latine, le Tueur à l'orchidée ne déçoit nullement auprès de son investigation policière impeccablement ficelée par un détective retors en proie à la vengeance d'un misogyne protestant. Un excellent succédané donc toujours aussi étonnamment magnétique et jouissif.
* Gaïus
jeudi 5 juillet 2018
LA FUREUR DE VAINCRE
"Fist of Fury" de Lo Wei. 1972. Hong-Kong. 1h46. Avec Bruce Lee, Nora Miao, James Tien, Maria Yi
Sortie salles France: 2 Août 1973. Hong-Kong: 22 Mars 1972. U.S: 7 novembre 1972
FILMOGRAPHIE: Lo Wei (né le 12 décembre 1918, province de Jiangsu, Chine – décédé le 20 janvier 1996, Hong Kong) est un réalisateur et un acteur hongkongais. 1953 : Mr. Handsome. 1970 : Brothers Five. 1971 : The Big Boss. 1971 : The Invincible Eight. 1971 : Vengeance of a Snowgirl. 1972 : La Fureur de vaincre. 1976 : L'Impitoyable. 1976 : La Nouvelle Fureur de vaincre. 1976 : The Killer Meteors. 1977 : Snake and Crane: The Arts of Shaolin. 1977 : Le Vengeur. 1978 : Magnificent Bodyguards. 1978 : L'Irrésistible. 1979 : Le Poing de la vengeance. 1983 : Le Cri de la hyène.
Sorti à Hong-Kong la même année que la Fureur du Dragon (à quelques mois d'intervalle), La Fureur de Vaincre fit à nouveau exploser le box-office français avec 3 016 105 entrées. Réalisé par Lo Wei, signataire de Big Boss sorti un an au préalable, la Fureur de Vaincre dépeint la rivalité entre 2 écoles d'arts-martiaux, les (gentils) chinois contre les (méchants) japonais depuis la mort mystérieuse du grand maître chinois surnommé Huo. De retour au pays, Chen Zhen digère difficilement le deuil de son mentor au moment de se confronter à l'intimidation d'élèves japonais potentiellement responsables de la disparition de ce dernier. Ivre de vengeance, il plonge rapidement dans une folie meurtrière au point d'entraîner dans sa déchéance des représailles préjudiciables.
En dépit d'un jeu d'acteurs parfois outré et d'une réalisation pas toujours habile (notamment auprès de faux raccords ou d'une vaine séquence polissonne), la Fureur de vaincre demeure un furieux spectacle d'arts-martiaux à redécouvrir avant tout pour le talent imputrescible de Bruce Lee portant le film sur ses (petites) épaules saillantes.
mercredi 4 juillet 2018
READER PLAYER ONE
de Steven Spielberg. 2018. U.S.A. 2h20. Avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn, T. J. Miller, Simon Pegg, Mark Rylance, Lena Waithe.
Sortie salles France: 28 Mars 2018. U.S: 29 Mars 2018
FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis). 1971: Duel , 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode),1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad,1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004:Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal,2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln. 2015: Le Pont des Espions. 2016 : Le Bon Gros Géant. 2017 : Pentagon Papers. 2018 : Ready Player One. 2020 : Indiana Jones 5.
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Sans remettre en cause sa qualité technique étourdissante et ses ambitions narratives indiscutables (très visionnaires), j'en suis malade de ne pas avoir accroché en dépit de son monstrueux 1er quart d'heure ultra jouissif (j'étais comme un gosse face écran !).
En tout état de cause, je comprends aisément les fans de réalité virtuelle.
* Bruno
Box Office- France: 2 268 439 entrées
Ci-joint la chronique de Jean-Marc Micciche
https://jeanmarcmicciche.blogspot.com/2018/04/ready-player-one-why-cant-we-go.html
mardi 3 juillet 2018
LA PLANETE DES MONSTRES / LE FILS DE GODZILLA
"Kaijûtô no kessen: Gojira no musuko" de Jun Fukuda. 1967. Japon. 1h26. Avec Tadao Takashima, Akira Kubo, Beverly Maeda.
Sortie salles France: 1er Mars 1978. Japon: 16 Décembre 1967
FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Jun Fukuda (福田 純, Fukuda Jun?) est un réalisateur et scénariste japonais, né le 17 février 1923 à Manshu (Corée), décédé le 3 décembre 2000 à Setagaya (Japon). 1959: Osorubeki hiasobi. 1960 : Denso Ningen. 1961 : Hoero datsugokushu. 1961 : Nasake muyo no wana. 1961 : Nakito gozansu. 1962 : Ankokugai no kiba. 1963 : Nippon jitsuwa jidai. 1963 : Hawai no wakadaishō. 1963 : Norainu sakusen. 1964 : Trap of Suicide Kilometer. 1964 : Chi to daiyamondo. 1966 : Godzilla, Ebirah et Mothra : Duel dans les mers du sud. 1967 : Le Fils de Godzilla. 1968 : Hyappatsu hyakuchu: Ogon on me. 1969 : Nyu jirando no wakadaishō. 1969 : Konto Gojugo-go: Uchu daibōken. 1970 : Yaju toshi. 1970 : Kigeki sore ga otoko no ikiru michi. 1971 : Nishi no betenshi, higashi no sagishi. 1971 : 3000 kiro no wana. 1972 : Godzilla vs Gigan. 1973 : Godzilla vs Megalon. 1974 : Godzilla contre Mecanik Monster. 1974 : Kigeki damashi no jingi. 1974 : Esupai. 1977 : La Guerre de l'espace.
Film de Kaiju ayant bercé les adolescents des années 80 lors de son exploitation Vhs (sous l'effigie de l'inoubliable éditeur VIP !), la Planète des Monstres entame l'aventure fantastique sous un angle familial si bien que la plupart des séquences homériques prêtent parfois/souvent à l'hilarité de par son innocente dérision. Notamment si je me réfère aux rapports paternels entre Godzilla et son fils lors de son apprentissage à la maturité que Junk Fukuda filme avec une tendresse pittoresque, aussi précaires soient ses trucages archaïques. Pour preuve, la séquence où Godzilla tente de lui apprendre pour la première fois à cracher du feu nucléaire fait office d'anthologie déjantée ! Et donc, assister aux combats extravagants de ses monstres géants en costume de latex relève de la singularité si bien que le spectateur observe émerveillé ses combats improbables en renouant promptement avec son âme d'enfant. Et la magie du cinéma de fonctionner à plein tube puisque l'on croit sans peine à la mobilité de ces derniers déambulant dans la forêt, Junk Fukuda insérant parfois habilement au sein du même cadre les êtres humains de taille subitement réduite !
Nombre de séquences potentiellement grotesques étant transfigurés par le sens du dépaysement féerique auquel l'auteur porte pour ces monstres, particulièrement auprès du duo héroïque Godzilla et son fils empoté, faute de son âge néophyte. La dernière séquence se clôturant d'ailleurs sur une assez émouvante étreinte lorsque le duo confiné sur l'île se résout à se protéger de la neige manipulée par les climatologues. Le pitch nous ayant préalablement relaté l'expédition d'une poignée de météorologues implantés sur une île afin de trouver une solution à la famine. Pour cela, ils décidèrent de modifier le climat tropical à l'aide d'un procédé radioactif ayant comme conséquences de modifier le métabolisme de monstres atteints de gigantisme (trois mantes ainsi qu'une araignée). Et donc, afin de rendre l'aventure aussi spectaculaire que cocasse, Junk Fukuda fait se confronter homme contre monstres et monstres contre monstres à rythme métronome. Les règlements de compte débridés dégageant une réelle poésie candide (notamment parmi l'intervention d'une sauvageonne solitaire plutôt sensibles aux sorts de Godzilla et de son rejeton) si bien que le spectateur se laisse aimablement embarquer dans ses jeux de guerre fantaisistes avec un esprit bonnard souvent irrésistible. Junk Fukuda faisant fi de toute prétention avec comme souci premier de séduire en toute humilité un grand public sensible à l'imagerie féerique.
Remerciement à Lupanars Visions
* Bruno
2èx
lundi 2 juillet 2018
La Malédiction de la Veuve noire / "Curse of the Black Widow"
de Dan Curtis. 1977. U.S.A. 1h40. Avec Anthony Franciosa, Donna Mills, Patty Duke, June Lockhart, June Allyson, Max Gail.
Diffusé en France le 31 Août 1983. U.S: 16 Septembre 1977
FILMOGRAPHIE: Dan Curtis est un producteur, scénariste et réalisateur américain, né le 12 Août 1927 à Bridgeport, Connecticut (Etats-Unis), décédé le 27 mars 2006 à Brentwood (Californie).
1966: Dark Shadows (série TV). 1970: La Fiancée du Vampire. 1971: Night of dark shadows. 1973: Dracula. 1973: The Night Strangler (télé-film). 1975: La Poupée de la Terreur. 1976: Trauma. 1977: Dead of Night. 1977: La Malédiction de la veuve noire (télé-film). 1992: Intruders (télé-film). 1996: La Poupée de la terreur 2 (télé-film).
La cool attitude de Tony Franciosa en détective avenant, épaulé par l’irrésistible Roz Kelly en secrétaire à la fois déjantée et futée, donne naissance à un duo éminemment attachant. Leurs réparties pleines d’humour et leur complicité tendre laissent même planer l’ombre d’une romance naissante.
Si La Malédiction de la Veuve Noire s’avère aussi ludique qu’étonnamment captivant, il le doit en grande partie à son ambiance nocturne, chargée d’angoisse, où s’immisce peu à peu le thème de la schizophrénie. La tueuse, souvent filmée en arrière-plan, conserve son mystère lascif durant toute la première partie, jusqu’à ce que Curtis renforce l’intensité lors d’un climax riche en révélations et rebondissements. Deux ou trois séquences choc marquent durablement, l’une d’elles s’avérant même étonnamment brutale pour un téléfilm de cette époque - un meurtre sec, qui a sans doute contribué à sa popularité auprès d’ados terrifiés.
Et si certains trucages, aujourd’hui un peu datés, peuvent prêter à sourire, la mise en scène habile de Curtis - oscillant sans cesse entre appréhension et fascination - confère à chaque apparition dantesque de l’araignée une force malsaine. Notamment ce plan glaçant où l’on distingue de l’écume aux commissures de sa bouche…
* Bruno
2èx
vendredi 29 juin 2018
L'INVASION DES PIRANHAS
"Killer Fish" de Antonio Margheriti. 1979. Italie/Angleterre/Brésil/U.S.A. 1h41. Avec Lee Majors, Karen Black, Margaux Hemingway, Marisa Berenson, James Franciscus, Franck Pesce.
Sortie salles France: 23 Mai 1984. U.S: 7 Décembre 1979
FILMOGRAPHIE: Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson) est un réalisateur italien, né le 19 septembre 1930 à Rome, décédé le 4 Novembre 2002 à Monterosi. 1960: Le Vainqueur de l'espace. 1962: Les Derniers jours d'un empire. 1963: La Vierge de Nuremberg. 1964: La Sorcière Sanglante. 1964: Les Géants de Rome. 1964: Danse Macabre. 1968: Avec Django, la mort est là. 1970: Et le vent apporta le Violence. 1971: Les Fantômes de Hurlevent. 1973: Les Diablesses. 1974: La brute, le colt et le karaté. 1975: La Chevauchée terrible. 1976: l'Ombre d'un tueur. 1979: l'Invasion des Piranhas. 1980: Pulsions Cannibales. 1980: Héros d'Apocalypse. 1982: Les Aventuriers du Cobra d'Or. 1983: Yor, le chasseur du futur. 1985: L'Enfer en 4è vitesse.
Surfant sur les récents succès des Dents de la mer et de Piranhas, le vétéran Antonio Margheriti nous offre sa version low-cost du "poisson tueur" avec l'Invasion des Piranhas sorti chez nous 5 ans après son exploitation US. Une co-production éclectique partagée entre l'Italie, l'Angleterre, le Brésil et les Etats-Unis autour de têtes d'affiche bien connues des amateurs de Bis (Lee Majors, Karen Black, Margaux Hemingway, Marisa Berenson, James Franciscus sont à la fête dans des rôles à la fois perfides et involontairement empotés). Mention spéciale à ce dernier savoureusement cabotin en leader cupide à la fois couard et égotiste. A partir d'un pitch sommaire (une bande de maraudeurs se disputent une poignée de diamants après un hold-up réussi, quand bien même l'un d'eux (James Franciscus himself !) aura décidé de les planquer au fond d'un lac infesté de Piranhas afin d'y piéger les traîtres), Antonio Margheriti nous propose une ludique aventure horrifique au sein du cadre tropical du Brésil. Ce dernier exploitant sa végétation idyllique à travers une série de cartes postales solaires que nos vacanciers caricaturent entre batifolages arrosés et séances photos sexy.
Si la première partie sensiblement policière (ça démarre d'ailleurs en fanfare avec des explosions terroristes tous azimuts dans des lieux industriels et pétroliers !) et pittoresque (notamment à travers l'intervention extravagante d'un photographe pataud inévitablement tête à claque !) ne présage rien de croustillant quant à la voracité des piranhas fonçant sur leurs victimes cupides (notamment lorsque la 1ère agression pâtie d'un montage elliptique résolument maladroit), le second acte s'avère plus attractif si bien qu'à la suite d'une tornade, notre groupe indocile devra s'efforcer de regagner la rive depuis l'accrochage de leur bateau. Dans la mesure où chacun d'eux usent de stratagèmes héroïques pour s'extirper d'une mort certaine (parmi l'aide de 2 secouristes ballots), l'aventure linéaire adopte une tournure autrement cauchemardesque et un chouilla intense lorsque Marghereti multiplie les offensives sanglantes à l'aide d'un montage plus percutant et avisé qu'au préalable. Pour autant, si l'Invasion des Piranhas s'avère aussi plaisant à travers son contexte de survival maritime, aussi timorées soient ses scènes gores et limités ses décors, il le doit notamment aux situations parfois grotesques que nos touristes infréquentables (pour ne pas dire victimes idiotes) engendrent maladroitement avec un sérieux inébranlable. Notamment cette ridicule tentative d'évasion sur un bateau pneumatique que 2/3 piranhas se délecteront évidemment à percer de leurs dents acérées. Ajouter aussi quelques incohérences ici et là (Kate séjournant brièvement dans un asile pour tenter de récupérer le magot !), une chanson estivale ringarde (pour un peu on se croirait même dans Les Bronzés), des dialogues impayables comme de coutume chez le nanar transalpin et vous obtenez un divertissement festif d'une charmante dérision que les inconditionnels auraient tort de se priver.
* Bruno
3èx
jeudi 28 juin 2018
IN DARKNESS
de Anthony Byrne. 2018. U.S.A. 1h41. Avec Natalie Dormer, Emily Ratajkowski, Ed Skrein, Joely Richardson, Neil Maskell, James Cosmo, Jan Bijvoet.
Diffusé sur Netflix le 22 Juin 2018. Sortie salles U.S: 25 Mai 2018
FILMOGRAPHIE: Anthony Byrne est un réalisateur né le 9 Septembre 1975 à Dublin, Ireland. 2018: In Darkness. 2007: How About You... 2005: Short Order.
Synopsis: Depuis le suicide suspicieux de sa voisine, une jeune aveugle est persécutée par un mystérieux tueur d'après la disparition d'une clef USB.
Un bon thriller politique efficacement troussé et correctement interprété avec son lot de péripéties, rebondissements et révélations disséminées au compte-goutte pour maintenir l'intérêt jusqu'au règlement de compte final. De par le stylisme de sa sublime photo cadrée en format scope, on appréciera à travers cet esthétisme léché la surprenante agression urbaine entièrement filmée du point de vue d'ombres chinoises. Bonnard donc, carré et jamais disgracieux.
Clin d'oeil à Frédéric Serbource, Ruufeet Nelly et Gérald Giacomini ^^
* Bruno
mercredi 27 juin 2018
JUSQU'A LA GARDE. Lion d'Argent de la meilleure mise en scène, Mostra de Venise, 2017.
"Custody" de Xavier Legrand. 2017. France. 1h33. Avec Léa Drucker, Denis Ménochet, Thomas Gioria, Mathilde Auneveux, Mathieu Saïkaly.
Sortie salles France: 7 Février 2018
FILMOGRAPHIE: Xavier Legrand est un acteur, scénariste et réalisateur français.
2017: Jusqu'à la garde.
Film choc s'il en est, de par son climat tendu en crescendo et l'ultra vérisme de sa mise en scène documentée, Jusqu'à la garde laisse en état second sitôt le générique écoulé, alors que rien ne présageait la descente aux enfers morale qui va suivre si je me fie aux 20 premières minutes inévitablement prévisibles (les palabres juridiques entre parents et avocats au sein du bureau de la juge). Prenant pour thème le divorce autour de l'épineux problème de la garde d'enfants que se dispute le couple par avocat interposé, Xavier Legrand, cinéaste en herbe hyper doué, détourne intelligemment les clichés du genre grâce à la maîtrise de sa réalisation autonome auscultant les états d'âmes et désagréments des personnages avec une puissance émotionnelle toujours plus grave et éprouvante. Et se sans céder aux grosses ficelles de la complaisance, du pathos ou du racolage s'il eut été réalisé par un cinéaste opportuniste cédant au schéma narratif tracé d'avance. Xavier Legrand radiographiant plusieurs fragments de la banalité quotidienne avec un souci de vérité à la fois trouble et viscéral, notamment faute de l'ambiguïté des parents de prime abord taiseux et réservés.
Tant et si bien que nous nous immergeons à corps perdu dans la psyché tourmentée du trio conjugal à travers le témoignage impuissant de l'ado ballotté par ses parents pour une question de pouvoir et d'équité. D'ailleurs, à travers le point d'orgue extrêmement tendu et résolument terrifiant, la charge émotionnelle vécue au préalable par le spectateur atteint donc son apogée lors de ce revirement impitoyable si bien que nos nerfs mis à rude épreuve lâcheront la pression passé l'épilogue mutique. Et si le récit psychologiquement sinueux, car davantage instable, grave et ombrageux s'avère aussi expressif, il le doit autant au jeu névralgique du triangle maudit que forment Léa Drucker, Denis Ménochet ainsi que le jeune Thomas Gioria constamment poignant lors de ses expressions anxiogènes où s'y profile la terreur morale (faute de persécution, d'intimidation et de chantage). Et donc sous couvert de violence conjugale dressant peu à peu le portrait pathétique d'un personnage possessif, erratique, orgueilleux et égoïste, incapable de se soumettre à la défaite sentimentale, Xavier Legrand empreinte en filigrane la trajectoire du thriller domestique avec une puissance dramatique résolument traumatisante. Si bien que le spectateur aussi démuni et apeuré que ses protagonistes observe le drame qui se dessine avec une appréhension quasi insoutenable.
Fait divers à fleur de peau.
Drame conjugal où s'y profile un suspense sournois aussi effilé qu'une lame de rasoir, Jusqu'à la garde traite sans fard des conséquences dramatiques des enfants pris en otage par la fracture du divorce avec un souci de vérité humaine aussi bien ardu que bouleversant. Tant auprès des victimes harcelées, comprimées par l'angoisse et la dépression, que du côté de l'oppresseur punitif incapable de canaliser son irascibilité après avoir failli à son rôle d'époux responsable. Une leçon de mise en scène.
* Bruno
Récompenses:
Mostra de Venise 2017 : Lion d'argent de la meilleure mise en scène
Mostra de Venise 2017 : Lion du futur, prix "Luigi de Laurentiis" du meilleur premier film7
Festival International du Film de San Sebastiàn 2017 : Prix du Public du Meilleur Film Européen8
Festival International du Film de Saint-Jean-De-Luz 2017 : Prix du Jury
Festival International du Film de Macao (en) 2017 : Prix du Meilleur Réalisateur9
Festival Premiers Plans d'Angers 2018 : Prix du Public
mardi 26 juin 2018
LE VIEIL HOMME ET L'ENFANT. Ours d'argent à Berlin, 1967.
de Claude Berri. 1966. France. 1h30. Avec Michel Simon, Luce Fabiole, Alain Cohen, Charles Denner, Zorica Lozic, Jacqueline Rouillard, Denise Péron, Paul Préboist.
Sortie salles France: 11 Mars 1967
FILMOGRAPHIE: Claude Langmann, dit Claude Berri, est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur français, né le 1er juillet 1934, décédé le 12 janvier 2009. 1964: Les Baisers (segment « Baiser de 16 ans »). La Chance et l'amour (segment « La Chance du guerrier »). 1966: Le Vieil homme et l'enfant. 1968 Mazel Tov ou le Mariage. 1969: Le Pistonné . 1970: Le Cinéma de papa. 1972: Sex-shop. 1975: Le Mâle du siècle. 1976: La Première fois. 1977: Un moment d'égarement. 1980: Je vous aime. 1981: Le Maître d'école. 1983: Tchao Pantin. 1986: Jean de Florette. Manon des sources. 1990: Uranus. 1993: Germinal. 1996: Lucie Aubrac. 1999: La débandade. 2001: Une femme de ménage.
2004: L'Un reste, l'autre part. 2006: Ensemble, c'est tout. 2009: Trésor.
Gros succès à sa sortie (2 728 049 entrées), Le Vieil Homme et l'Enfant dépeint la vibrante amitié entre un enfant et un couple de grands-parents que ceux-ci endossent derrière une famille d'accueil vers la fin de la seconde guerre. Comédie dramatique d'une tendresse immodérée pour la période insouciante de l'enfance que Claude Berri retransmet avec un troublant vérisme (notamment auprès du jeu spontané d'un casting aux p'tits oignons jusqu'aux moindres petits rôles - les cabots Paul Préboist / Roger Carel en tête ! -); Le Vieil homme et l'Enfant fait office de documentaire élégiaque en dépit de la gravité de son sujet abordant en sous texte le racisme et le fascisme nazi. Le grand-père un peu bourru détestant les francs-maçons, les bolcheviques et surtout les juifs avec une foi péremptoire. Et donc à travers son initiation amicale avec l'enfant (contraint de lui masquer sa véritable identité) et la prémices du déclin de l'occupation allemande; pépé s'humanisera peu à peu en extériorisant le petit garçon qui sommeillait en lui. Ainsi, la séquence auquel il batifole à courser le gamin à travers les pièces de la maison est tout à fait révélatrice en dépit de ses railleries stupides causées sur la communauté juive.
Ce qui nous vaut une succession quasi ininterrompue de scènes attendrissantes, espiègles, comiques (Claude persuadé que pépé est soudainement juif !), douces amères que le duo cultive avec une fraîcheur galvanisante. Outre la présence râblée du monstre sacré Michel Simon en papi bicéphale, le jeune Alain Cohen lui dispute la vedette avec des yeux d'innocence parfois poignants eu égard de sa fragilité, de son instinct de curiosité, de son éveil aux sentiments (sa vibration amoureuse auprès d'une écolière) et de son désir d'apprivoiser le microcosme rural auquel il évolue. Si bien que le grand-père prévenant, féru d'amour pour sa région provinciale, sa terre et ses proches le lui retransmet avec une poignante simplicité. A l'instar de sa relation indéfectible avec son fidèle chien jouasse (il lui offre à manger à la cuillère dans une assiette et le fait dormir au bout de son lit !) ou encore de son végétarisme intransigeant auprès d'une épouse cuisinant régulièrement le lapin à la moutarde. Hymne à la nature et à la simplicité des sentiments à travers une complicité chaleureuse, le Vieil homme et l'Enfant nous remémore notre propre enfance avec une vérité humaine inévitablement bouleversante. Le spectateur se remémorant ses propres souvenirs de vacances scolaires lorsqu'il séjournait chez ses grands-parents pétris de sollicitude filiale. Et ce tout en y dénonçant l'antisémitisme (à travers le bagout disgracieux du grand père conservateur) au sein d'une page sombre de notre histoire d'un réalisme documenté (notamment à travers de graves répliques, telles la condition humiliante des femmes tondues, que Michel Simon exprime avec aigreur sentencieuse).
Un tendre recueil de nos souvenirs d'enfance.
Magnifique récit d'amitié à travers l'altérité générationnelle, leçon d'amour et de tendresse vis à vis d'une enfance candide (et dieu sait si au départ Claude cumule les 400 coups chez le foyer parental !), Le Vieil homme et l'Enfant ravive nos propres souvenirs infantiles avec une puissance formelle sensorielle (noir et blanc contrasté à l'appui). Tout en y soulignant en background (et de manière également tacite) la rédemption de la tolérance lorsqu'un antisémite parvient discrètement à se remettre en question grâce à l'interrogation inoffensive du confident. Un moment de cinéma inévitablement inoubliable.
* Bruno
lundi 25 juin 2018
MONSIEUR JOE. Oscar des meilleurs effets visuels pour Willis O'Brien, 1949.
"Mighty Joe Young" de Ernest B. Schoedsack. 1949. 1h34. Avec Terry Moore, Ben Johnson, Robert Armstrong, Mr. Joseph Young, Frank McHugh, Douglas Fowley.
Sortie salles France: 13 Janvier 1950. U.S: 27 Juillet 1949
FILMOGRAPHIE: Ernest Beaumont Schoedsack est un réalisateur, directeur de photo, producteur, monteur, acteur et scénariste américain, né le 8 Juin 1893 à Council Bluffs (Iowa), décédé le 23 Décembre 1979 dans le Comté de Los Angeles. 1925: Grass: a nation's battle for life.1927: Chang. 1929: Les 4 plumes blanches. 1931: Rango. 1932: Les Chasses du comte Zaroff. 1933: King Kong. 1933: The Monkey's Paw. 1933: Blind Adventure. 1933: Le Fils de Kong. 1934: Long Lost Father. 1935: Les Derniers jours de Pompéï. 1937: Trouble in Morocco. 1937: Outlaws of the Orient. 1940: Dr Cyclop. 1949: Monsieur Joe. 1952: The is Cinerama.
Si on peut déplorer quelques petites incohérences ou invraisemblances pour autant pardonnables (la naïveté à laquelle l'héroïne se laisse trop rapidement convaincre d'exercer pour Hollywood en compagnie de Joe, le trio aviné face à la geôle de Joe pour le brimer sans y être interpellé, la personnalité versatile car inopinément magnanime du directeur de show lorsque Joe est condamné à mort par la police), Monsieur Joe est un sympathique spectacle surfant sur le modèle de King-kong avec un esprit beaucoup plus familial. Eu égard de l'attitude aussi bien irascible qu'amiteuse de Joe en badin ou héro de fortune (ses exploits pour sauver quelques vies humaines des flammes de l'orphelinat) et de sa conclusion rassérénée faisant office d'aimable clin d'oeil auprès du public infantile. Et donc en dépit d'un schéma narratif tout à fait prévisible (car pillé à son homologue King-kong), Monsieur Joe parvient à distraire grâce à sa légèreté de ton, aux incroyables FX conçus par Willis O'Brien et Ray Harryhausen (notamment lorsque Joe est filmé en compagnie de personnages réels dans un unique plan) et à son action homérique efficacement impressionnante (principalement l'insurrection dans la salle de spectacle).
* Bruno
2èx
vendredi 22 juin 2018
LA QUEUE DU SCORPION
"La coda dello scorpione" de Sergio Martino. 1971. Italie/Espagne. 1h31. Avec George Hilton, Anita Strindberg, Alberto de Mendoza, Ida Galli, Janine Reynaud, Luigi Pistilli, Tom Felleghy.
Sortie salles France: 4 Octobre 1973. Italie: 16 Août 1971
FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938 à Rome (Italie). 1970: l'Amérique à nu. Arizona se déchaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme à la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière étrusque. 1983: 2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.
Influencé par la célèbre trilogie animalière d'Argento, Sergio Martino réalise en 1971 La Queue du Scorpion avec un savoir-faire particulièrement efficace de par son intrigue sinueuse irrésistiblement machiavélique. A la suite de la mort de son époux lors d'un mystérieux crash d'avion, Lisa hérite de la somme d'1 million de dollars. Au moment de s'exiler à Tokyo en compagnie d'un de ses amants, cette dernière est persécutée par un mystérieux tueur. Voilà brièvement condensé le pitch afin d'occulter tout indice d'une intrigue viciée mettant en valeur une poignée de personnages à la fois effrontés, sans vergogne et volages puisque avides d'empocher le magot avant qu'un de leur concurrent ne les devancent. Dès le 1er acte savamment inquiétant et couillu, Sergio Martino nous ébranle sans crier gare avec un homicide d'une sauvagerie acérée clignant de l'oeil à Hitchcock (Spoil puisque nous venions de nous familiariser avec l'héroïne depuis 25 minutes ! fin du Spoil). Le tueur n'accordant aucune pitié à sa victime si bien que nous craignons ensuite ses futures exactions avec une appréhension métronomique.
C'est dire si le cinéaste maîtrise cette faculté de distiller un suspense oppressant à chacune des ses sombres apparitions, notamment parmi le détail fétichiste de ses gants noirs comme de coutume dans la tradition giallesque. Qui plus est, à travers un défilé d'actrices sublimes sévèrement mises à mal par l'assassin (on y croise les yeux bleux d'Ida Galli, de Janine Reynaud et surtout d'Anita Strindberg absolument électrisante en reporter sexy !), Martino filme leur fragilité démunie avec un érotisme soft. Tant auprès de quelques ébats amoureux que des étreintes criminelles qu'elles se partagent violemment avec le tueur rivalisant de cruauté pour parfaire ses sévices. Sur ce point, on est également frappé par la verdeur des meurtres superbement filmés avec stylisme tranché initialement imposé par Argento, notamment grâce au dynamisme du montage épaulé d'agressifs gros plans. Quand bien même le score entêtant de Bruno Nicolai enrobe l'intrigue afin d'exacerber le mystère diffus autour des va-et-vient de personnages interlopes présumés coupables. Martino parvenant aisément à captiver et nous interroger sur les éventuelles complicités cupides avec comme indice subsidiaire la broche d'une queue de scorpion. Ce dernier entretenant le suspense de la véritable identité du meurtrier jusqu'au dernier quart-d'heure volontairement tacite (avec l'accord amiable du cinéaste) se déroulant dans un décor maritime idyllique. Et de nous offrir en guise de point d'orgue rebondissements, poursuites et angoisse éprouvante quant au sort précaire de l'ultime victime complètement isolée de soutien externe.
Passionnant, sexy et raffiné autour d'une solide intrigue ramifiée, la Queue du Scorpion redouble d'efficacité à communier suspense et horreur même s'il doit tout au maestro fondateur Dario Argento. Un des fleurons du genre irrésistiblement grisant et jubilatoire si bien qu'aujourd'hui encore on reste happé par sa troublante modernité.
* Bruno
3èx
jeudi 21 juin 2018
SWEET COUNTRY. Prix du Jury, Mostra de Venise.
de Warwick Thornton. 2017. Australie. 1h53. Avec Sam Neill, Ewen Leslie, Bryan Brown, Thomas M. Wright.
Sortie salles Australie: 25 Janvier 2018. U.S: 6 Avril 2018. France: Uniquement diffusé sur Netflix à partir du 15 Juin 2018.
FILMOGRAPHIE: Warwick Thornton est un réalisateur, scénariste et directeur de la photographie australien né le 23 juillet 1970 à Alice Springs.1996 : From Sand to Celluloid: Payback. 2002 : Mimi. 2005 : Green Bush. 2007 : Nana (TV). 2009 : Samson and Delilah. 2010 : Art+Soul (série télévisée). 2011 : Stranded. 2013 : The Turning (segment Big World). 2013 : The Darkside. 2014 : Words with Gods. 2017 : Sweet Country.
Puissant réquisitoire contre la vilenie du racisme à travers l'outback australien de 1929, Sweet Country s'inspire d'un tragique fait divers lorsqu'un aborigène tua un fermier blanc en guise de légitime défense. Spoil ! Traqué en plein désert durant un périple de longue haleine avant de se livrer à la justice depuis la grossesse de sa femme, Philomac finira sur le banc des accusés lors d'un tribunal de fortune afin de juger de son sort promu à la pendaison. Fin du Spoil. Contemplatif et limite sensoriel dans sa manière onirique de filmer une nature placide auquel y survit une tribu primitive plutôt farouche à l'étranger (tant auprès de son propre peuple urbanisé que de l'homme blanc impérieux), Sweet Country s'épargne de partition musicale afin de mieux nous immerger au sein d'un western monocorde dont le rythme assez langoureux pourrait toutefois rebuter certains d'entre nous (principalement lors de la traque sauvage à la limite de l'expérimental dont la nature éclectique s'octroie un rôle majeur). Le réalisateur prenant son temps à structurer son intrigue autour de la familiarité des protagonistes en constante discorde.
Pour autant, grâce à la personnalité de sa mise en scène (même si les nombreux flashbacks et surtout flashforwards s'avèrent plutôt dispensables, notamment afin de préserver 2/3 effets de surprise), de la sobriété des acteurs notoires (Sam Neil en chrétien sollicitant, Bryan Brown en sergent atrabilaire) ou des aborigènes amateurs absolument crédibles dans leur jeu posément sentencieux, et surtout à l'intensité de son récit vitupérant le racisme le plus couard (j'évoque surtout la dichotomie du dénouement !), Sweet Country provoque une émotion "réservée" poignante à travers le portrait éhonté d'une Australie profonde à la fois conservatrice, réactionnaire et xénophobe. Warwick Thornton observant la fracture entre deux cultures étrangères en voie de modernisme et de rébellion sans discours moralisateur (le film est d'ailleurs plutôt laconique) ni fioriture. Si bien que sa dernière partie s'attardant sur les postures taiseuses des accusés victimes de leur condition soumise nous provoque un désarroi scrupuleux quant à leur précarité à oser s'exprimer pour se défendre face à l'autorité d'un juge inopinément clément.
Violent et poignant sous une forme autonome de western contemplatif à la lisière de l'insolite, Sweet Country dénonce avec force la haine et l'obscurantisme parmi l'autorité de son auteur réfractaire aux conventions si bien que son fait-divers inéquitable nous reste en travers de la gorge pour son vibrant hommage en faveur du peuple aborigène victime de l'esclavage et de leur ignorance à l'aube d'une société en mutation (si je me réfère surtout au symbolisme de l'équité juridictionnelle).
* Bruno
mercredi 20 juin 2018
DADDY'S DEADLY DARLING / THE 13 PIGS. Director's Cut.
"Pigs", "Horror Farm", "The 13th Pig", "Daddy's Girl", "The Strange Exorcism of Lynn Hart", "The Strange Love Exorcist and Roadside Torture Chamber", "Les Monstres Sanglants" de Marc Lawrence. 1972. U.S.A. 1h20. Avec Marc Lawrence, Toni Lawrence, Marc Laurent, Jesse Vint, Paul Hickey, Katharine Ross.
Sortie salles U.S: 25 May 1973
FILMOGRAPHIE: Marc Lawrence est un réalisateur américain né le 17 Février 1910, décédé le 27 Novembre 2005 (95 ans). 1973: Daddy's Deadly Darling. 1965: Tendre garce.
Rareté horrifique bien ancrée dans son époque des Seventies, de par son climat malsain perméable, sa photo granuleuse, sa bande-son bigarrée (couinements stridents de porcs, mélopée décalée, country music) et ses meurtres brutaux préfigurant 2 ans au préalable la scénographie crapoteuse de Massacre à la Tronçonneuse, Daddy's Deadly Darling n'eut même pas le privilège d'être exploité en salle sur notre territoire. Quand bien même lors de sa location Vhs, il fut vulgairement tronqué et remanié sans l'accord de son auteur. Et si cette production Grindhouse distribuée par la firme Troma s'avère relativement mineure, Marc Lawrence, réalisateur et acteur principal, parvient à faire naître une ambiance d'inquiétude assez fascinante sous un soleil californien n'ayant point à rougir du Texas nécrosé de Hopper. D'une grande simplicité, le pitch tourne autour de l'amitié entre un fermier régisseur de bar et une jeune itinérante, infirmière au passé étrangement trouble si je me fie à ses appels téléphoniques auprès d'un paternel mutique. Ainsi, ces deux personnages introvertis s'avèrent des serial-killers si bien que durant leur aimable accointances ils vont devoir s'épauler afin de planquer les meurtres que cette dernière perpétue, faute d'un traumatisme incestueux. Nanti d'un rythme assez laborieux, notamment auprès de sa première demi-heure peu motivante, Daddy's Deadly Darling insuffle pour autant un sentiment d'insécurité palpable, notamment à travers ses cadrages obliques et ses gros plans agressifs conçus pour renchérir le malaise.
Et donc, grâce à cette ambiance horrifique résolument fétide et rehaussée d'un réalisme documenté, cette série B maintient l'intérêt sous l'impulsion de la troublante Toni Lawrence (la propre fille du réalisateur), assez convaincante en meurtrière taiseuse gentiment délicate. D'ailleurs, lorsqu'elle accourt à travers champs bucoliques telle une aliénée pour fuir des couinements animaliers, on songe inconsciemment à Marilyn Burns lorsque celle-ci se faisait courser (de nuit et de jour) par Leatherface. Il est donc fort possible que Tobe Hooper se soit inspiré de cette production underground pour parfaire ses cauchemars rubigineux qu'uniformisent Massacre à la Tronçonneuse / Le Crocodile de la mort. Tant et si bien qu'à l'instar du vétéran Judd et de son fameux alligator grugeant les touristes imprudents, le fermier nourrit en l'occurrence ses cochons avec de la viande humaine pour se débarrasser des corps. Et d'y ajouter en guise de détail insolite une connotation fantastique (une espèce de légende égyptienne) lorsque le shérif local (pas très finaud pour démêler le vrai du faux lorsqu'il interroge à moult reprises deux voisines décaties !) et quelques citadins réacs se persuadent qu'un cadavre humain digéré par des porcs pourrait ensuite revenir d'entre les morts sous l'apparence d'un cochon ! Un programme délirant donc prêtant autant à sourire qu'à s'inquiéter d'une trouvaille aussi cintrée !
Curiosité fauchée quasi introuvable en version Uncut (il faut - pour l'instant - se reporter auprès du site L'Univers Étrange et Merveilleux du Fantastique et de la Science-Fiction afin de découvrir son Director's Cut !), Daddy's Deadly Darling tire attrait de son intérêt grâce à son ambiance putride préfigurant les grands classiques poisseux précités. Rien que pour son climat cauchemardesque aussi novateur que couillu (notamment à travers un songe maladif que la meurtrière endure dans sa psyché torturée ou lorsque le fermier grimé en polichinelle intimide ses voisines), Daddy's Deadly Darling mérite l'attention des fans de péloche déviante.
* Bruno
mardi 19 juin 2018
LA CH'TITE FAMILLE
de Danny Boune. 2018. France. 1h47. Avec Dany Boon, Valérie Bonneton, Line Renaud, Laurence Arné, Guy Lecluyse, Pierre Richard, François Berléand.
Sortie salles France: 28 Février 2018
FILMOGRAPHIE: Danny Boon (Daniel Hamidou) est un humoriste, acteur et réalisateur français, né le 26 Juin 1966 à Armentières (Nord). 2006: La Maison du Bonheur. 2008: Bienvenue chez les Ch'tis. 2011: Rien à Déclarer. 2014: Supercondriaque. 2017 : Raid dingue. 2018 : La Ch'tite famille
10 ans après le succès historique de Bienvenue chez les ch'tis, Danny Boon, acteur et réalisateur, se réapproprie intelligemment du dialecte patois si bien que ceux qui comme moi redoutaient un épigone aussi gratuit que mercantile seront surpris de découvrir une comédie autrement inspirée dans son alliage de drôlerie, romance et tendresse mené à corps perdu. Et ce même si lors de certaines réparties et gestuelles irrésistibles, Danny Boon continue de surfer sur l'hilarité des calembours. Une recette gagnante largement inspirée des divertissements populaires des années 60 à 80 que De Funès, Bourvil, Fernandel, Pierre Richard (voir même les Charlots à degré moindre) immortalisèrent de leur empreinte indéfectible. Ainsi, et afin de lui rendre hommage, Danny Boon recrute en l'occurrence Pierre Richard très à l'aise dans un rôle outrancier de patriarche bourru mais pour autant malencontreusement desservi par une poignée de gags franchement lourdingues il faut avouer. D'autre part, les 15/20 premières minutes de l'intrigue ne présagent pas vraiment une comédie endiablée à travers ses gags triviaux aux ressorts connus. Puis peu à peu, à partir du moment où la ch'tite famille s'incruste dans le pavillon high-tech de leur progéniture, l'histoire se met en place à partir d'un fâcheux incident perpétré par un chauffard (familier). Se moquant sans vulgarité de la mode et de la haute-bourgeoisie à travers un couple altier de designers que Danny Boon et la sémillante Laurence Arné parodient avec une spontanéité fringante, La Ch'tite Famille tire-parti de son efficacité grâce à l'incroyable fougue des comédiens militants pour les valeurs familiales et la fidélité de l'amour de par la simplicité de leurs sentiments humains.
Si bien que redoutant sa famille du Nord qu'il a lâchement abandonné à l'âge de 25 ans, Valentin (Danny Boon) tente malgré tout de se montrer sous son jour le plus hospitalier lors de retrouvailles aléatoires. Seulement, après s'être fait culbuter par une voiture, celui-ci plonge dans un coma suite à un traumatisme crânien. Passés quelques jours d'hospitalisation, il se réveille subitement frappé d'amnésie et retrouve le langage du patois bien d'chez lui. Dès lors, il se prétend dans la peau d'un ado traumatisé par un accident de mobylette. Et donc à travers cette intrigue inversant subitement les rôles du duo autrefois pédant, Danny Boon et Laurence Arné laissent libre court à la désinhibition lorsque ces derniers jubilent à l'idée d'endosser des designers contrairement affables, modestes et expansifs auprès de leur entourage condescendant. Ce pied de nez contre la déshumanisation de la cupidité est notamment une manière ostensible pour Danny de prouver à son public qu'il est resté un homme humble et modeste passé le raz-de-marée populaire de Bienvenue chez les ch'tis. Au-delà de ce duo extrêmement attachant et si crédible à l'écran (si bien qu'on les croirait franchement mariés à la ville !), La Ch'tite Famille resplendit de chaleur humaine sous l'impulsion de seconds-rôles aussi avenants et extravertis dans leur capacité d'insuffler à l'écran une émotion somme toute fragile (notamment la prestance éloquente de Line Renaud en maman susceptible débordante d'amour et de tendresse pour ses chérubins).
Comédie populaire menée sans temps morts par une troupe de comédiens en roue libre, eux mêmes épaulés d'un pitch efficace discréditant le lucre et le standing, La Ch'tite Famille rend nouvellement hommage aux gens de ch'Nord avec une tendresse beaucoup plus explicite qu'au préalable si bien que Danny Boon et ses acolytes pétris de générosité et simplicité nous offrent leur coeur avec une intégrité irréfragable (à l'instar du vibrant clin d'oeil offert à Johnny en guise d'adieu !). Et pour parachever, je tiens personnellement à déclarer ma flamme à l'incroyable Laurence Arné, actrice radieuse d'un panache naturel hors-pair à travers son jeu bicéphale.
* Bruno
Box Office France: 5 502 509 entrées
La chronique de Bienvenue chez les ch'tis: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/03/bienvenue-chez-les-chtis.html
lundi 18 juin 2018
KING-KONG REVIENT
A*P*E de Paul Leder. 1976. U.S.A. Corée du Sud. 1h27. Avec Bob Arrants, Joanna Kerns, Alex Nicol, Nak-hun Lee.
Sortie salles France: 15 Février 1978. U.S: Octobre 1976
FILMOGRAPHIE: Paul Leder est un réalisateur, scénariste, acteur, producteur, monteur américain, né le 25 mars 1926, décédé le 9 avril 1996 d'un cancer, à Los Angeles en Californie. 1970 : Marigold Man. 1974 : I Dismember Mama. 1976 : King Kong revient (Ape). 1976 : My Friends Need Killing. 1977 : Red Light in the White House. 1978 : The Chinese Caper. 1978 : Paranoid (Sketches of a Strangler). 1983 : I'm Going to Be Famous. 1983 : Vultures. 1986 : The Education of Allison Tate. 1987 : The Eleventh Commandment. 1990 : Exiled in America. 1990 : Murder by Numbers. 1991 : Frame Up. 1991 : Goin' to Chicago. 1991 : Twenty Dollar Star. 1993 : The Baby Doll Murders. 1994 : Molly et Gina. 1994 : Killing Obsession. 1995 : The Killers Within. 1995 : The Wacky Adventures of Dr. Boris and Nurse Shirley. 1996 : Frame-Up II: The Cover-Up.
"Plus le singe monte haut, plus il montre son cul"
Sorti 2 mois avant l'événementiel King-Kong de Guillermin afin de profiter du filon en vogue, King-Kong revient est une aberration filmique d'une nullité difficilement égalable eu égard de son scénar éculé, de sa réalisation "je-m'en-foutiste royal !", de sa distribution inexpressive déversant des répliques tantôt risibles, tantôt impayables, de son montage à la fois bordélique et chaotique, d'une partition musicale bien mal gérée (parfois même en décalage avec l'action dépeinte) et d'effets-spéciaux grotesques (tant auprès des maquettes en carton pâte que du grand singe incarné par un acteur ayant bien du mal à se fondre dans le corps du primate à travers sa gestuelle outrée). Plus proche donc du navet narcotique que du nanar festif, King-Kong revient bénéficie tout de même de quelques séquences un brin amusantes (à défaut d'être involontairement hilarantes) lors des déambulations furibondes du gorille au sein d'une ville réduite à feu et à sang (du moins c'est ce que tente de nous faire croire le réalisateur de par son maigre budget et du peu de figurants déployés). Quant aux fameux combats contre un squale et un serpent tant vantés sur l'affiche, les fans seront consternés par la mollesse de la timide action (filmée comme de coutume avec les pieds) si bien que le réalisateur employa un vrai requin mort (et donc statique face aux agressions) et un serpent de taille filiforme puisque comparable à une couleuvre (ah ah la grosse blague opportuniste des producteurs !). Ainsi, conscient de s'être fourvoyé dans une nullité purement mercantile, King-Kong en personne se permettra d'ailleurs en guise de geste railleur de nous adresser un doigt d'honneur face caméra à mi-parcours du récit. Et nous de lui balancer des cacahuètes via notre lucarne TV après tant d'âneries tolérées sans remord !
* Bruno












































