mercredi 25 septembre 2019

Crawl

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Alexandre Aja. 2019. U.S.A. 1h27. Avec Kaya Scodelario, Tina Pribicevic, Barry Pepper, Ross Anderson, Anson Boon, George Somner.

Sortie salles France: 24 Juillet 2019

FILMOGRAPHIE: Alexandre Aja (Alexandre Jouan-Arcady) est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste, dialoguiste et acteur, nĂ© le 7 AoĂ»t 1978 Ă  Paris. 1999: Furia. 2003: Haute Tension. 2006: La Colline a des yeux. 2008: Mirrors. 2010: Piranha 3D. 2013: Horns. 2016: La Neuvième Vie de Louis Drax. 2019: Crawl.


Sorti en salles durant l'Ă©tĂ©, pĂ©riode Ă  point nommĂ© afin d'accueillir en bonne et due forme ce drive-in movie, Crawl transpire le spectacle du samedi soir avec une gĂ©nĂ©rositĂ© et une sincĂ©ritĂ© forçant le respect. Car autour d'un concept de survie aquatique, l'intrigue simpliste a beau exploiter certaines grosses ficelles (la fille, experte en natation, usera donc de ses talents de nageuse Ă©mĂ©rite pour  dĂ©passer ses limites en affrontant les alligators), clichĂ©s (le toutou dĂ©bonnaire au sort inĂ©vitablement fructueux - et perso, je ne m'en plains aucunement !-) et invraisemblances (les diverses mutilations que notre duo hĂ©roĂŻque encaisse avec une rĂ©silience trop stoĂŻque pour ĂŞtre honnĂŞte), Crawl nous agrippe Ă  la gorge de par son rĂ©alisme Ă©prouvant renforcĂ© d'effets numĂ©riques aussi bluffants qu'irrĂ©prochables. Tant auprès des reptiles mastards plus vrais que nature dans leur mobilitĂ© vĂ©loce et leur fĂ©rocitĂ© tranchĂ©e, que de l'ouragan diluvien qu'Alexandre Aja exploite en mode catastrophe avec une intensitĂ© vertigineuse. Bref, on y croit dur comme fer Ă  ce que l'on assiste Ă  l'Ă©cran !


Tant et si bien que son climat tempétueux demeure aussi hostile, ombrageux et fascinant que les alligators sur le qui-vive à surveiller leurs proies planquées dans la pénombre d'une cave. Ainsi, à travers sa scénographie résolument atmosphérique (tant en extérieur naturel - sublimement éclairé afin de contraster les nuages grisonnants - qu'en interne domestique), Aja nous immerge dans une descente aux enfers (celle de la cave puis les pièces du domicile familial) auquel un père et sa fille y ont malencontreusement trouvé refuge. Exploitant brillamment la gestion de l'espace à travers un cadre exigu à la fois anxiogène et étouffant (la cave dans un 1er temps), Aja relance efficacement l'action homérique à travers la disparité de ses décors opaques humectés par la montée des eaux, puis ceux décharnés quant au dernier acte situé en interne d'une bâtisse réduite en lambeaux. Sans se laisser influencer par la facilité des mises à morts gratuites et outrancières (façon Vendredi 13), Aja s'avère pour autant intelligemment généreux et impitoyable lorsqu'il s'agit de chorégraphier des séquences chocs redoutablement percutantes. Si bien que le spectateur calfeutré au siège s'avère aussi fasciné qu'épeuré à craindre les nouvelles éventuelles apparitions des alligators sournois prêts à alpaguer leurs victimes (de second plan) souvent démunies.


Un hommage affectueux digne d'une prod des annĂ©es 80. 
B movie horrifique menĂ© de main de maĂ®tre par un amoureux du genre Alexandre Aja rĂ©invente donc le film de croco dans sa facultĂ© innĂ©e de donner chair autant Ă  ses lĂ©zards gĂ©ants qu'Ă  ses personnages auquel les comĂ©diens, non familiers du public, s'avèrent sobrement convaincants dans leurs expressions d'apprĂ©hension, de vaillance et de cohĂ©sion (l'intrigue Ă©voluant notamment vers une rĂ©conciliation parentale). Oscillant suspense tendu autour de frĂ©nĂ©tiques estocades non exemptes d'intensitĂ© dramatique, Crawl se dĂ©cline en divertissement dĂ©coiffant en dĂ©pit de facilitĂ©s rapidement occultĂ©es grâce Ă  l'Ă©minent savoir-faire de l'auteur. 

*Bruno

mardi 24 septembre 2019

FX, Effets de Choc

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site orion-pictures.fandom.com

de Robert Mandel. 1986. U.S.A. 1h48. Avec Bryan Brown, Brian Dennehy, Cliff De Young, Mason Adams, Diane Venora, Jerry Orbach

Sortie salles France: 13 Août 1986

FILMOGRAPHIE: Robert Mandel est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain nĂ© en Californie. 1981 : Nights at O'Rear's. 1983 : Independence Day. 1983 : Andrea's Story: A Hitchhiking Tragedy (TV). 1984 : Welcome Home, Jellybean (TV). 1986 : F/X, effets de choc (F/X). 1986 : Touch and Go. 1987 : Big Shots. 1989 : Pas de rĂ©pit sur planète Terre (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 1989 : TĂ©moin Ă  tuer (TV). 1991 : La Maison hantĂ©e (TV). 1992 : La DiffĂ©rence. 1995 : Kansas (TV). 1996 : Special Report: Journey to Mars (TV). 1996 : The Substitute. 1997 : The Practice : Bobby Donnell et AssociĂ©s (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 2000 : Sans laisser de trace (Thin Air) (TV). 2001 : WW3 (TV). 2001 : Hysteria: The Def Leppard Story (TV). 2002 : A Season on the Brink (TV). 2002 : La Vie secrète de ZoĂ© (TV). 2005 : Prison Break (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e).


SĂ©rie B ludique tirant parti de son concept aussi original que couillu (Tyler, expert en effets-spĂ©ciaux, accepte de feindre la mort d'un mafieux avant de se retrouver impliquĂ© dans une machination), FX Effet de choc s'avère plutĂ´t haletant dans sa moisson de pĂ©ripĂ©ties spectaculaires, Ă  l'instar d'une course poursuite automobile en centre urbain ou encore de la traque infernale que le hĂ©ros endure au grand dam de victimes collatĂ©rales. Car sous le modèle connu du survival puis de l'auto-justice qui s'ensuit auprès de cette victime bouc Ă©missaire, Fx Effet de choc assure le spectacle du samedi soir de par la posture retorse de celui-ci Ă  parfaire le simulacre afin de compromettre une corruption policière. Pour ce faire, fort de son charisme fraĂ®chement Ă  la fois avenant et guilleret, et de sa force d'expression pugnace (notamment lors d'un corps Ă  corps teigneux avec un tueur au sein de son appartement), Bryan Brown imprime une insolence payante en technicien passĂ© maĂ®tre dans l'art de duper ses ennemis parmi l'artillerie de gadgets novateurs. En lieutenant discrĂ©ditĂ© par sa hiĂ©rarchie policière, Brian Dennehy lui partage la vedette avec une force tranquille assez sereine Ă  travers son investigation singulière culminant vers une filature fructueuse, notamment si je me rĂ©fère Ă  l'audace de son Ă©pilogue gentiment amoral.


Sans ĂŞtre exceptionnel, et en dĂ©pit du cĂ´tĂ© parfois dĂ©suet des gadgets que le hĂ©ros amorce avec une assurance davantage gouailleuse, Fx Effet de choc se dĂ©cline en divertissement bonnard sous l'impulsion d'une action Ă©clectique et d'attachants personnages jouant le jeu de la survie avec un hĂ©roĂŻsme palpitant. D'ailleurs le film se soldera par un certain succès d'estime si bien qu'une sĂ©quelle (moins efficace) verra le jour en 1991 sous la houlette de Richard Franklin, quand bien mĂŞme une sĂ©rie TV dĂ©rivĂ©e du diptyque durera deux saisons 5 ans plus tard. 

*Bruno
2èx

Anecdote subsidiaire: FX est produit par Dodi Al-Fayed connu pour sa relation avec Lady Di avec qui il trouva la mort lors d'un accident de voiture le 31 aoĂ»t 1997 Ă  Paris

lundi 23 septembre 2019

L'Eté en pente douce

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Gérard Krawczyk. 1987. France. 1h40. Avec Jacques Villeret, Jean-Pierre Bacri, Pauline Lafont, Jean Bouise, Guy Marchand, Jean-Paul Lilienfeld, Jacques Mathou, Claude Chabrol.

Sortie salles France: 29 Avril 1987

FILMOGRAPHIEGĂ©rard Krawczyk est un rĂ©alisateur, acteur et scĂ©nariste de cinĂ©ma français d'origine polonaise, nĂ© Ă  Paris le 17 mai 1953. 1986 : Je hais les acteurs. 1987 : L'ÉtĂ© en pente douce. 1997 : HĂ©roĂŻnes. 2000 : Taxi 2. 2001 : Wasabi. 2003 : Taxi 3. 2003 : Fanfan la Tulipe. 2005 : La vie est Ă  nous ! 2007 : Taxi 4. 2007 : L'Auberge rouge. 2016 : Magic 7

"C'est la nature".  

PortĂ© par la tornade sexuelle Pauline Lafont (disparue tragiquement Ă  25 ans), L'ÉtĂ© en pente douce (quel joli titre) s’embrase de sa prĂ©sence iconique. Pin-up solaire, elle attise la convoitise des villageois depuis que Fane l’a recueillie chez lui, aux cĂ´tĂ©s de son frère dĂ©ficient. DĂ©sireux de prouver qu’il n’est pas un ratĂ©, Fane se lance dans l’Ă©criture d’un livre et projette d’Ă©pouser Lilas, malgrĂ© l’hostilitĂ© de Voke, garagiste cupide bien dĂ©cidĂ© Ă  racheter sa maison.

Souvent associĂ© Ă  un cinĂ©ma populaire aux ambitions modestes (Taxi 2/3/4, Wasabi, L’Auberge Rouge), GĂ©rard Krawczyk signe ici son film le plus habitĂ©. PortĂ© par un casting aux petits oignons - Jean-Pierre Bacri, bourru et tranchant, Jacques Villeret d’une touchante naĂŻvetĂ© plus vraie que nature, Guy Marchand en prĂ©dateur hâbleur - le film fait oublier leurs visages familiers pour les fondre dans un dĂ©cor provincial Ă©crasĂ© de soleil, quasi irrĂ©el, notamment par ces accents de western italien.

Le rĂ©cit contemplatif trouve sa force dans son ancrage au quotidien. Fane, Lilas et Maurice tentent tant bien que mal de bâtir une vie commune, fragile, bricolĂ©e, sous le regard hostile d’un voisinage prompt Ă  juger cette Ă©trangère trop belle, trop libre. Le film prend le temps de respirer. Il observe, il laisse exprimer ses personnages paumĂ©s, jusqu’Ă  faire naĂ®tre une Ă©motion fragile sous-jacente. 

Et au centre, Pauline Lafont. Sans jamais forcer, elle impose une prĂ©sence magnĂ©tique. Derrière la sensualitĂ© Ă©vidente affleure une fragilitĂ© troublante, un manque d’assurance qui la rapproche instinctivement d’une figure Ă  la Marilyn Monroe. Femme-enfant Ă  la moue boudeuse, elle capte le regard autant qu’elle semble vouloir s’y soustraire. Puis, peu Ă  peu, quelque chose change. Une rĂ©volte sourde, une affirmation fragile. Une manière d’exister autrement que dans le dĂ©sir des autres. Elle devient versatile car davantage dĂ©rangĂ©e par ces regards Ă  la fois gouailleurs et rĂ©probateurs.

L’intrigue, simple, importe finalement peu. Tout se joue dans cette matière sensible : les corps qui transpirent, les silences rĂŞveurs, les regards mĂ©lancoliques. Dans cette alchimie Ă©trange entre humour, marginalitĂ© et tendresse, mĂŞme lorsque le film flirte avec des zones plus dĂ©rangeantes (ce fameux coĂŻt entre 2 personnages).

Soutenu par une partition Ă  l’harmonica, douce et discrète, le film installe un climat presque suspendu. Comme si cette chronique rurale glissait lentement vers une forme d’irrĂ©alitĂ©. Entre chaleur Ă©crasante et dĂ©sirs inavouĂ©s, ce trio tente de prĂ©server un fragile Ă©quilibre, constamment menacĂ© par l’extĂ©rieur machiste. Attachant, dĂ©routant, traversĂ© d’un Ă©rotisme diffus face Ă  la nuditĂ© de Pauline, L'ÉtĂ© en pente douce surprend par la dĂ©licatesse de son Ă©motion. Une romance fissurĂ©e, faite de tendresse et de dĂ©sespoir, sous le soleil brĂ»lant de la Haute-Garonne. Avec, au bout du compte, cette impression persistante d’avoir effleurĂ© un cinĂ©ma français Ă  part. Discret, sensuel, profondĂ©ment marquĂ© par une Ă©tincelle qu’on n’oublie pas: Pauline Lafont.

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Box Office France: 785 791 entrées

INFO WIKIPEDIA concernant les circonstances du décès accidentel de Pauline Laffont:
Pauline Lafont meurt accidentellement en aoĂ»t 1988 au cours d'une randonnĂ©e solitaire, après avoir chutĂ© d'un pic haut d'une dizaine de mètres au lieu-dit « l'Adrech », situĂ© dans la commune de Gabriac dans les CĂ©vennes. Elle passait alors des vacances avec son frère aĂ®nĂ© dans la maison familiale de La Serre du Pomaret, ancienne magnanerie et demeure familiale de Bernadette Lafont, dans la commune de Saint-AndrĂ©-de-Valborgne. Alors qu'elle est partie seule le 11 aoĂ»t pour une randonnĂ©e pĂ©destre, sa famille a pensĂ© qu'elle reviendrait pour le festival de Suisse oĂą elle devait recevoir un prix. Sa mère Bernadette Lafont donne l'alerte en fin d'après-midi. Pendant deux jours, 20 gendarmes, un hĂ©licoptère et 40 pompiers battent la campagne. Son corps, presque rĂ©duit Ă  l'Ă©tat de squelette, est retrouvĂ© par un agriculteur, au fond du ravin au lieu-dit l'Adrech sur la commune de Gabriac, le 21 novembre 1988, soit plus de trois mois après sa disparition et malgrĂ© de nombreuses recherches effectuĂ©es par son frère, l'armĂ©e et la police, qui entend une centaine de personnes après une plainte contre X dĂ©posĂ©e par le frère de Pauline le 16 aoĂ»t pour « arrestation arbitraire et sĂ©questration ». Elle est alors identifiĂ©e par sa bague et sa denture. L'autopsie a dĂ©montrĂ© qu'elle a fait une chute de 10 mètres et est morte sur le coup.

Entre le moment de sa disparition et la dĂ©couverte de son corps, de nombreuses rumeurs ont circulĂ© (retraite en couvent, fugue en Chine, entrĂ©e dans une secte, suicide consĂ©cutif Ă  une dĂ©pression Ă  la suite d'une rupture amoureuse et d'une cure d'amaigrissement) et des tĂ©moins ont affirmĂ© l'avoir vue. Mi-novembre 1988, Guillaume Durand affirmera mĂŞme en direct lors du journal de 20 h de la chaĂ®ne La Cinq qu'il a « des assurances selon lesquelles Pauline Lafont est vivante », après avoir reçu des informations d'un interlocuteur anonyme selon lesquelles « Pauline dĂ©sirait prendre du recul [et qu']elle sortira[it] de sa cachette dans quelques semaines », dĂ©claration pour laquelle il s'excusera Ă  plusieurs reprises auprès de sa mère Bernadette Lafont.

vendredi 20 septembre 2019

Insomnies. Prix du jury, Gerardmer 2001.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Chasing Sleep" de  Michael Walker. 2000. U.S.A. 1h44. Avec Jeff Daniels, Emily Bergl, Gil Bellows, Zach Grenier, Ben Shenkman, Molly Price.

Sortie salles France: 16 Mai 2001

FILMOGRAPHIE: Michael Walker est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain. 2018: Paint (TV Movie).  2017: Cut Shoot Kill.  2013: The Maid's Room. 2012: Price Check.  2000: Insomnies.


Huis clos intimiste feutré auprès de la solitude d'un insomniaque contrarié par la disparition de son épouse, Insomnies joue la carte du suspense hitchcockien sous le pilier d'un climat de malaise subtilement perméable. Car véritable descente aux enfers morale du point de vue d'un professeur en littérature égaré dans les affres de sa psychose et de sa paranoïa depuis sa déroute conjugale, Insomnies fait presque office de modèle de mise en scène, de par son intelligence de la suggestion à laisser planer le doute quant à l'éventuelle culpabilité de ce dernier et la potentielle survie de son épouse. Ainsi, si le spectateur attentif à ses faits et gestes redoute le pire dès le début par le biais d'(éventuelles) indices et hallucinations aussi nonsensiques que dérangeantes, Michael Walker (dont il s'agit de son premier essai) parvient à nous immerger dans son esprit névrosé au gré d'incidents quotidiens où réalité et illusion sont en fusion. Notamment en jouant sur l'apparition de brèches opaques (un orifice dans le mur qui ira grandissant, un autre au plafond) et sur l'élément naturel de l'eau, quasi omniprésente à l'écran (on comprendra plus tard pourquoi !), lorsque Ed s'efforce, tel un forcené, de déboucher sa cuvette de WC puis celle de sa baignoire.


Remarquablement dirigĂ© Ă  travers son casting irrĂ©prochable, Michael Walker renoue encore avec le talent d'Hitchcock quant aux diverses inimitiĂ©s psychologiques qu'Ed encaissera auprès de l'amant de son Ă©pouse, d'une Ă©tudiante amoureuse (on craint d'ailleurs pour son sort sans jamais y connaĂ®tre l'issue d'une certaine manière !), d'un mĂ©decin et surtout de la police en quĂŞte d'indices fructueux. Ainsi, durant 1h44, nous assistons impuissants, et de manière toujours plus prĂ©caire et nausĂ©euse (Ă  l'instar de l'effet de surprise aussi grotesque que terrifiant du nouveau-nĂ© tumĂ©fiĂ©), Ă  sa lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale avec une apprĂ©hension finalement exponentielle quant au dĂ©nouement redoutĂ©. EclairĂ© d'une photo blafarde afin de mettre en exergue la pâleur de ses dĂ©cors domestiques dĂ©nuĂ©s de chaleur car humidifiĂ©s par l'eau environnante, Insomnies confine au malaise cĂ©rĂ©bral, et ce jusqu'au vertige sensoriel. Pour ce faire, on peut autant compter sur le jeu subtilement ambigu du monstre sacrĂ© Jeff Daniels insufflant face aux divers tĂ©moins des sentiments d'inquiĂ©tude et de contrariĂ©tĂ© Ă©tonnamment placides de par sa force tranquille Ă  leur persuader qu'il est un Ă©poux rĂ©flĂ©chi et Ă©quilibrĂ©, sans doute saint d'esprit.


Cauchemar paranoĂŻde oĂą plane (sans jamais les plagier) les ombres d'Hitchcock, Lynch et Polanski de par sa facultĂ© Ă  instiller un climat de malaise dĂ©pressif que le spectateur ne peut Ă©vincer, Insomnies fait honorablement appel au drame psychologique Ă  travers le profil chĂ©tif d'un insomniaque martyrisĂ© par l'Ă©puisement dans les arcanes de sa psychĂ© influençable. Si bien que se contredisent sans rĂ©pit de par sa crainte d'affronter la vĂ©ritĂ©, impuissance (morale et sexuelle),  remise en question, doute et remord. Une perle du genre psychotique Ă  (re)dĂ©couvrir d'urgence ! 

*Bruno
2èx

jeudi 19 septembre 2019

L' Animal

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Zidi. 1977. France. 1h40. Avec Jean-Paul Belmondo, Raquel Welch, Charles Gérard, Julien Guiomar, Aldo Maccione, Dany Saval, Raymond Gérôme, Henri Génès, Jane Birkin, Johnny Hallyday, Claude Chabrol, Yves Mourousi, Mario David, Jacques Alric, Henri Attal, Josiane Balasko, Maurice Auzel, Maurice Bénichou.

Sortie salles France: 5 Octobre 1977

FILMOGRAPHIE: Claude Zidi est réalisateur et scénariste français né le 25 juillet 1934 à Paris.
1971 : Les Bidasses en folie. 1972 : Les Fous du stade. 1973 : Le Grand Bazar. 1974 : La moutarde me monte au nez. 1974 : Les Bidasses s'en vont en guerre. 1975 : La Course à l'échalote. 1976 : L'Aile ou la Cuisse. 1977 : L'Animal. 1978 : La Zizanie. 1979 : Bête mais discipliné. 1980 : Les Sous-doués. 1980 : Inspecteur la Bavure. 1982 : Les Sous-doués en vacances. 1983 : Banzaï. 1984 : Les Ripoux. 1985 : Les Rois du gag. 1987 : Association de malfaiteurs. 1988 : Deux. 1989 : Ripoux contre ripoux. 1991 : La Totale ! 1993 : Profil bas. 1997 : Arlette. 1999 : Astérix et Obélix contre César. 2001 : La Boîte. 2003 : Ripoux 3. 2011 : Les Ripoux anonymes, série coréalisée avec son fils Julien Zidi.


ComĂ©die ultra light bâtie sur la popularitĂ© de Bebel totalement en roue libre dans un double rĂ´le antinomique (acteur homosexuel contraint d'ĂŞtre doublĂ© par son sosie, un cascadeur en requĂŞte sentimentale en la personne de Raquel Welch), l'Animal triompha en salles lors de sa sortie (3 157 789 entrĂ©es !) Ă  la grande joie de l'acteur qui cumulait des annĂ©es plus tĂ´t de rĂ©currents Ă©checs (le Corps de mon ennemi, l'Alpagueur). Et si on a largement connu Claude Zidi plus inspirĂ©, voir beaucoup plus appliquĂ© derrière sa casquette de maĂ®tre de la comĂ©die populaire, la bonne humeur qui se dĂ©gage des situations aussi folingues qu'outrancières, l'incroyable sex-appeal de Raquel Welch (euphĂ©misme !) irradiant l'Ă©cran Ă  chaque seconde, le dĂ©paysement du vaudeville exotique exploitant sans cesse les dĂ©cors d'un cinĂ©ma cartoonesque et surtout la bonhomie exubĂ©rante de Belmondo s'en donnant Ă  coeur joie dans les mimiques et gesticulations endiablĂ©es (jusqu'Ă  la lourdeur lors des passages les moins pittoresques) achèvent de rendre ce divertissement frĂ©quemment sympathique. 


En prime d'assister Ă  un panel de sĂ©quences impressionnantes faisant intervenir de dangereux fĂ©lins (tigre / lion) ou de tĂ©moigner de cascades les plus couillues et improbables (celle aĂ©rienne lorsque Bebel fige ses jambes sur les ailes d'un avion donne clairement le vertige), l'Animal fleure bon la comĂ©die dĂ©complexĂ©e sous l'impulsion d'une frĂ©tillante partition de Vladimir Cosma qui nous manque tant aujourd'hui auprès de nos comĂ©dies contemporaines autrement opportunistes, pour ne pas dire dĂ©nuĂ©es d'innocence. Ainsi, outre ses moult dĂ©fauts cabotins, voirs quelque peu ridicules parfois, on pardonne facilement ces effets de manche grossiers pour prĂ©server au final un souvenir assez chaleureux d'après cet hommage Ă  la sĂ©rie B aussi bricolĂ©e qu'attachante. En se remĂ©morant enfin chez les nostalgiques ses fameuses sĂ©ances que l'on savourait avec nos parents lors du "film du Dimanche soir" que TF1 diffusait de façon hebdomadaire. Et puis Ă  titre subsidiaire il y a la prĂ©sence secondaire d'Aldo Macione (et d'autres figurants devenus notoires par la suite) en cinĂ©aste nĂ©ophyte s'efforçant d'y parfaire un film d'action Bisseux avec son accent italien irrĂ©sistible. A prioriser votre sĂ©ance "rĂ©tro" lors des fĂŞtes de fin d'annĂ©e. 


*Bruno
2èx

mercredi 18 septembre 2019

Diabolo Menthe. Prix Louis-Delluc 1977

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

de Diane Kurys. 1977. France. 1h41. Avec Éléonore Klarwein, Odile Michel, Anouk Ferjac, Michel Puterflam, Yves Rénier, Robert Rimbaud, Marie-Véronique Maurin.

Sortie salles France: 14 Décembre 1977

FILMOGRAPHIEDiane Kurys est une réalisatrice, scénariste, actrice et productrice française, née le 3 décembre 1948 à Lyon (France). 1977 : Diabolo menthe. 1980 : Cocktail Molotov. 1983 : Coup de foudre. 1987 : Un homme amoureux. 1990 : La Baule-les-Pins. 1991 : Après l'amour. 1994 : À la folie. 1999 : Les Enfants du siècle. 2003 : Je reste ! 2005 : L'Anniversaire. 2008 : Sagan. 2013 : Pour une femme. 2015 : Arrête ton cinéma ! 2018 : Ma mère est folle.


Evocation pleine de bruit et de pudeur de la crise adolescente Ă  travers la gĂ©nĂ©ration 60, Diabolo Menthe conquit le coeur du public avec ses 3 013 638 entrĂ©es, quand bien mĂŞme la critique lui dĂ©cerna le Prix Louis-Delluc dès sa sortie. Car retraçant la quotidiennetĂ© scolaire, familiale puis sentimentale de deux soeurs aux caractères contradictoires, Diabolo Menthe touche juste dans sa modeste Ă©motion aussi dĂ©licate que fragile eu Ă©gard du profil de la soeur cadette (magnifiquement incarnĂ©e par la douceur de miel Ă‰lĂ©onore Klarwein) en proie Ă  la curiositĂ© de par son dĂ©sir d'affirmation et d'expĂ©riences nouvelles. Passionnant, touchant, poĂ©tique, voir parfois mĂŞme poignant, ce Teen movie auteurisant se feuillette Ă  l'instar d'un album souvenir, dans la mesure oĂą Diane Kurys enchaĂ®ne les situations iconiques avec un rĂ©alisme proche du docu-vĂ©ritĂ©. Tant et si bien que le spectateur contemplatif Ă  sa scĂ©nographie sociale (contexte historique Ă  l'appui avec la mort de Kennedy, l'antisĂ©mitisme, le communisme, le racisme et la montĂ©e de la rĂ©volte Ă©tudiante Ă  l'orĂ©e du mouvement contestataire de 68) se remĂ©more instinctivement ses propres rĂ©miniscences juvĂ©niles.


Tant auprès des chahuts en classe gĂ©nĂ©rĂ©s chez les profs les plus vulnĂ©rables, des punitions collectives instaurĂ©es par d'autres profs tyranniques, des cours lĂ©thargiques, des confidences entres meilleures amies, des premiers flirts dans la cour de rĂ©crĂ©, du chapardage d'un parfum dans une Ă©choppe parisienne, du premier bal de promo, d'une pièce de théâtre en herbe, d'un baiser interdit auprès d'un prof Ă©quivoque, des photos de vacances que l'on se remĂ©more dans l'intimitĂ©, que de la solitude existentielle d'une ado pubère en quĂŞte d'idĂ©alisme. Sur ce dernier point, Diane Kurys radiographie avec une rare sincĂ©ritĂ© le sensible portrait d'Anna (la soeur cadette fureteuse) Ă  travers sa fragilitĂ© d'expression qu'ElĂ©onore Klarwein nous imprime Ă  l'Ă©cran avec une dĂ©sarmante pudeur Ă©motive. Car c'est par l'intensitĂ© de son regard attentif, soucieux, indiscret que l'intrigue se tisse lorsque Anna, influencĂ© par sa soeur aĂ®nĂ©e (autoritaire) et ses condisciples, se rĂ©sout Ă  s'initier Ă  l'Ă©mancipation au grand dam de sa maman conservatrice et du père divorcĂ©. 


"Le rêve est nécessaire quand s'achève à jamais le temps de l'adolescence."
De par sa poignante sincĂ©ritĂ© que la rĂ©alisatrice nĂ©ophyte parvient Ă  nous communiquer Ă  travers le thème universel du difficile passage Ă  l'âge adulte, Diabolo Menthe touche au coeur avec un rĂ©alisme social toujours d'actualitĂ©, si bien que le temps ne peut en altĂ©rer sa puissance nostalgique.  

*Bruno

lundi 16 septembre 2019

Bête mais discipliné

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Zidi. 1979. France. 1h35. Avec Jacques Villeret, Michel Aumont, Michel Robbe, Kelvine Dumour, Céleste Bollack, Catherine Lachens.

Sortie salles France: 22 Août 1979

FILMOGRAPHIE: Claude Zidi est réalisateur et scénariste français né le 25 juillet 1934 à Paris.
1971 : Les Bidasses en folie. 1972 : Les Fous du stade. 1973 : Le Grand Bazar. 1974 : La moutarde me monte au nez. 1974 : Les Bidasses s'en vont en guerre. 1975 : La Course à l'échalote. 1976 : L'Aile ou la Cuisse. 1977 : L'Animal. 1978 : La Zizanie. 1979 : Bête mais discipliné. 1980 : Les Sous-doués. 1980 : Inspecteur la Bavure. 1982 : Les Sous-doués en vacances. 1983 : Banzaï. 1984 : Les Ripoux. 1985 : Les Rois du gag. 1987 : Association de malfaiteurs. 1988 : Deux. 1989 : Ripoux contre ripoux. 1991 : La Totale ! 1993 : Profil bas. 1997 : Arlette. 1999 : Astérix et Obélix contre César. 2001 : La Boîte. 2003 : Ripoux 3. 2011 : Les Ripoux anonymes, série coréalisée avec son fils Julien Zidi.


Réalisé entre La Zizanie et Les Sous-doués, Bête mais discipliné est une aimable petite comédie franchouillarde que Claude Zidi mène plus ou moins efficacement en s'épaulant de Jacques Villeret parfaitement convaincant en gaffeur timoré tentant de retrouver sa fiancée un week-end de perm. Or, contraint d'endosser le rôle d'un chauffeur ambulancier pour des agents secrets, il usera de subterfuge pour la rejoindre au moment même de découvrir son infidélité. Plaisante comédie sans prétention si bien que l'intrigue capillotractée affiche cependant un étrange climat baroque en y conjuguant la science-fiction (l'intervention du cyborg, l'expérimentation du gaz azimuté), Bête mais discipliné use du naturel de "chien battu" de Jacques Villeret pour nous amorcer les rires. Une interprétation innée à la hauteur de son talent (notamment épaulé de son charisme ventripotent) alors qu'à l'époque il n'était pas encore reconnu par la critique.


Et bien que les gags redondants ne cessent de jouer sur la caractĂ©risation empotĂ©e de celui-ci multipliant les gaffes Ă  l'instar d'un Pierre Richard, on prend plaisir Ă  suivre ses vicissitudes le sourire constant aux lèvres (Ă  dĂ©faut d'Ă©clats de rire prĂ©vus). Notamment lorsque Claude Zidi y insuffle un lĂ©ger climat de tendresse et de mĂ©lancolie en second acte depuis l'apparition d'une fillette roublarde s'Ă©prenant d'affection pour Jacques en proie Ă  la dĂ©sillusion amoureuse. Il en Ă©mane un sympathique moment de dĂ©tente aussi facĂ©tieux qu'Ă©tonnamment attachant (Villeret s'avère mĂŞme parfois touchant lors de ses expressions sentencieuses), mĂŞme si on dĂ©plore la pauvretĂ© de sa mise en scène, certaines lourdeurs dans les ressorts du rire et une conclusion expĂ©ditive dĂ©concertante quoique plutĂ´t couillue quant Ă  son refus du happy-end.

*Bruno
3èx 

Box Office France: 684 518 entrées

dimanche 15 septembre 2019

Child's Play

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Lars Klevberg. 2019. U.S.A. 1h30 Avec Gabriel Bateman, Aubrey Plaza, Mark Hamill, Tim Matheson, David Lewis, Brian Tyree Henry

Sortie salles France: 19 Juin 2019

FILMOGRAPHIELars Klevberg est un réalisateur et scénariste américain. 2019: Polaroïd. 2019: Child's Play, la poupée du mal.


Une bonne surprise que ce reboot de la célèbre saga (alimentaire) de Chucky se réappropriant du matériaux d'origine avec adresse, intelligence et même ambition; si bien que je n'aurai pas misé un clopé pour son éventuel intérêt lucratif. De par ses réflexions sur l'influence que peut générer la violence au cinéma, et par le biais des mauvaises fréquentations d'une jeunesse sevrée aux performances de l'informatique, Child's Play demeure un efficace divertissement horrifique aussi percutant que soigné. Tant auprès de sa réalisation consciencieuse donnant chair à une nouvelle poupée de sang étonnamment expressive et empathique (toute la 1ère partie relatant l'initiation amicale entre Andy et Chcuky s'avère étonnamment attachante pour faire préparer l'intrigue vers une direction autrement ombrageuse) que de son cast juvénile que Gabriel Bateman monopolise en ado apeuré puis revanchard avec une force d'expression assez dépouillée.


Lars Klevberg s'Ă©paulant d'une narration structurĂ©e lorsqu'il s'agit de mettre en exergue la lente dĂ©rive criminelle de Chucky influencĂ© par son entourage immature, faute de l'Ă©mancipation d'ados capricieux prenant comme modèle de pop-culture le rappeur Tupac Shakur (assassinĂ© par un gang) ou se gaussant par exemple Ă  la vision de films d'horreur sardoniques (au passage, joli pied de nez Ă  Massacre Ă  la Tronçonneuse 2 de Tope Hooper). Une poupĂ©e douĂ©e de vie plus vraie que nature car monopolisant sobrement l'Ă©cran grâce Ă  sa prouesse technique encore plus dĂ©veloppĂ©e que les antĂ©cĂ©dents opus ! (Ă©tonnante articulation labiale Ă  titre Ă©loquent !). Une plus-value de choix donc afin de renforcer la crĂ©dibilitĂ© des situations les plus improbables. Car Ă©maillĂ© de sĂ©quences gores parfois couillues et inventives (ça charcle pas mal lors des mises Ă  mort les plus crapoteuses), Child's Play retombe hĂ©las dans les convenances lors de son final Ă©culĂ©, mais continue toutefois d'y canaliser l'intĂ©rĂŞt de par l'intensitĂ© des affrontements de survie se dĂ©ployant au sein d'un supermarchĂ© bondĂ©e de consommateurs erratiques (lĂ  aussi Ă  travers l'effet de masse dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© on peut y tirer une diatribe sarcastique contre le consumĂ©risme).


Un bon divertissement donc, d'une efficacitĂ© persuasive, que Lars Klevberg ne manque pas de substantialiser derrière une inquiĂ©tante mise en garde contre les dĂ©rives du capitalisme tributaire de l'accroissement de l'informatique et des sciences via l'Ă©lectronique. Probablement la meilleure dĂ©clinaison depuis la crĂ©ation de son modèle de Tom Holland et La FiancĂ©e de Chucky

Dédicace à Jean-Marc Micciche

*Bruno

samedi 14 septembre 2019

3 Hommes et un couffin. César du Meilleur Film.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Coline Serreau. 1985. France. 1h45. Avec Roland Giraud, Michel Boujenah, André Dussollier, Philippine Leroy-Beaulieu, Dominique Lavanant, Marthe Villalonga, Annick Alane.

Sortie salle France: 18 Septembre 1985

FILMOGRAPHIEColine Serreau est une actrice, rĂ©alisatrice, scĂ©nariste, compositrice et chef de chĹ“ur française, nĂ©e le 29 octobre 1947 Ă  Paris. 1977 : Pourquoi pas ! 1979 : Grand-mère de l'Islam (tĂ©lĂ©film). 1982 : Qu'est-ce qu'on attend pour ĂŞtre heureux ! 1985 : Trois hommes et un couffin. 1989 : Romuald et Juliette. 1992 : La Crise. 1996 : La Belle Verte. 2001 : Chaos. 2002 : 18 ans après. 2005 : Saint-Jacques… La Mecque. 2014 : Couleur locale (tĂ©lĂ©film). 2015 : Pierre Brossolette ou les passagers de la lune (tĂ©lĂ©film).


Même si j'avoue n'avoir jamais été fervent admirateur du succès phénomène de Coline Serreau (10 251 813 entrées rien qu'en France, excusez du peu !), je reconnais que 3 Hommes et un couffin est une bonne comédie familiale tirant parti d'une trame originale truffée de quiproquos, d'imprévus et de réparties cinglantes. Et sur ce dernier point on peut compter sur l'abattage du trio en roue libre Roland Giraud, Michel Boujenah, André Dussollier jouant les papas débonnaires avec un sens de l'improvisation très efficace pour y générer drôlerie, précipitations et cocasserie. Quand bien même Coline Serreau maîtrise à merveille les expressions naturelles du bambin lors d'un concours de circonstances maternelles. Un bon moment de détente, qui plus est non dénué de douce tendresse et de poésie quant à la candeur du couffin sujet à l'épreuve éducative.

*Bruno


Box Office France: 10 251 813 entrées

Récompenses: César du meilleur film
César du meilleur scénario original ou adaptation écrit par Coline Serreau
César du meilleur acteur dans un second rôle pour Michel Boujenah
Prix de l'Académie nationale du cinéma

INFO WIKIPIEDIA: Les circonstances de son inattendu succès !
Le film a eu un très grand succès en France (il était un des triomphateurs aux César du cinéma de 1985), obtenant trois prix, dont celui du meilleur film. Toutefois, ce triomphe en France n'eut lieu qu'après la cérémonie des Césars, ce film ayant eu un succès mitigé lors de sa sortie en salles.

vendredi 13 septembre 2019

Zorro

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Duccio Tessari. 1975. France/Italie. 1h58. 120 minutes (version amĂ©ricaine). 124 minutes (version originale). Avec Alain Delon, Stanley Baker, Ottavia Piccolo, Moustache, Enzo Cerusico, Giacomo Rossi Stuart.

Sortie salles France: 15 Mars 1975. Italie: 6 Mars 1975. U.S: Juin 1976

FILMOGRAPHIE: Duccio Tessari, de son vrai nom Amadeo Tessari, nĂ© le 11 octobre 1926 Ă  GĂŞnes et mort d'un cancer le 6 septembre 1994 Ă  Rome, en Italie, est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien. 1962: Les Titans. 1963 : Le Procès des doges ou Le Petit boulanger de Venise. 1964 : La sfinge sorride prima di morire - stop - Londra. 1965 : Una voglia da morire. 1965 : Un pistolet pour Ringo . 1965 : Le Retour de Ringo. 1966 : Très honorable correspondant. 1967 : Per amore... per magia... 1968 : Meglio vedova. 1968 : Le Bâtard. 1968 : Un train pour Durango. 1969 : Mort ou vif... de prĂ©fĂ©rence mort. 1970 : Quella piccola differenza. 1970 : La Mort remonte Ă  hier soir. 1971 : Cran d'arrĂŞt. 1971 : Forza G. 1971 : Et viva la rĂ©volution ! 1973 : Les Grands Fusils. 1973 : Les Enfants de chĹ“ur. 1974 : L'Homme sans mĂ©moire. 1974 : Les Durs. 1975 : Zorro. 1976 : Les Sorciers de l'Ă®le aux singes 1976 : La madama. 1978 : Le CrĂ©puscule des faux dieux. 1981 : Un centesimo di secondo. 1985 : Tex Willer e il signore degli abissi. 1985 : Baciami strega (TV). 1986 : Bitte laĂźt die Blumen leben. 1987 : Una grande storia d'amore (TV). 1990 : Au bonheur des chiens. 1992 : Beyond Justice. 1994 : Le Prince du dĂ©sert.


Co-produit entre la France et l'Italie d'après une rĂ©alisation de Duccio Tessari (Ă  la carrière aussi plĂ©thorique que passionnante), Zorro est une Ă©nième adaptation du cĂ©lèbre justicier redresseur de tort qu'Alain Delon, Ă©tonnamment Ă  l'aise dans un rĂ´le bicĂ©phale (volontiers empotĂ© en civil badin, fringant et goguenard en hĂ©ros masquĂ©), impose avec un panache galvanisant. DĂ©nuĂ© de prĂ©tention Ă  l'aide d'un budget assez solide (photo flamboyante autour de luxueux dĂ©cors, costumes et figurants dĂ©ployĂ©s en masse), Zorro est un divertissement bonnard truffĂ© d'actions, de romance et de cocasserie conçu avant tout pour ravir les enfants. Quand bien mĂŞme sa touche bisseuse typiquement transalpine pourrait toutefois dĂ©concerter les puristes autant qu'agrĂ©ablement surprendre les fans de cinĂ©ma de quartier. Outre ses nombreuses pĂ©ripĂ©ties fertiles en affrontements Ă  l'Ă©pĂ©e entre l'intrĂ©pide Zorro et des antagonistes plaisamment cabotins, le point d'orgue final nous vaut par ailleurs 15 minutes de bravoure Ă©pique de par sa chorĂ©graphie aussi inventive qu'avisĂ©e. Duccio Tessari usant habilement de ses dĂ©cors gothiques afin de faire progresser l'action dans des directions plutĂ´t vertigineuses que Zorro et le colonel Huerta arpentent avec une constance Ă  couper le souffle.


Peut-ĂŞtre pas aussi intense et passionnant qu'escomptĂ© mais nĂ©anmoins fort sympathique, avenant, gentiment facĂ©tieux et bon enfant, Zorro perdure son pouvoir enchanteur sous l'impulsion d'Alain Delon pleinement Ă  l'aise dans sa posture Ă  la fois dĂ©sirable et frĂ©tillante. 

*Bruno

Box-Office France: 1 218 320 entrées.

jeudi 12 septembre 2019

A Vigilante

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sarah Dagger-Nickson. 2018. U.S.A. 1h31. Avec Olivia Wilde, Morgan Spector, Kyle Catlett, Tonye Patano, Chuck Cooper, Betsy Aidem, Judy Marte, CJ Wilson.

Sortie salles U.S: 29 Mars 2019. Uniquement en Dvd en France: 25 Juillet 2019

FILMOGRAPHIE: Sarah Dagger-Nickson est une réalisatrice et scénariste américaine. 2018: A Vigilante.


Pour une première rĂ©alisation, A Vigilante est une proposition aussi intĂ©ressante que risquĂ©e de cinĂ©ma d'auteur rĂ©frigĂ©rant (climat hivernal clairsemĂ© Ă  l'appui) Ă  travers le sous-genre du Vigilante Movie. Car auprès du thème tristement actuel de la maltraitance conjugale et parentale (tant auprès des femmes que des enfants battus), Sarah Dagger-Nickson se dĂ©barrasse intelligemment des codes Ă  travers une mise en scène chiadĂ©e opĂ©rant pour le hors-champs, la pudeur et le non-dit. L'intrigue se focalisant sur la virĂ©e expĂ©ditive d'une justicière dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  prĂŞter main forte aux femmes et enfants molestĂ©s afin de mieux encaisser son propre fardeau domestique soldĂ© de la perte de l'ĂŞtre cher. PortĂ© Ă  bout de bras par le jeu viscĂ©ral d'Olivia Wilde en femme martyr traumatisĂ©e par son calvaire marital, A Vigilante ne pourra toutefois faire l'unanimitĂ©, faute de son extrĂŞme lenteur et d'un cheminement narratif aussi dĂ©concertant que poussif. Tant et si bien que sa dernière demi-heure davantage austère aura fini par me dĂ©courager Ă  ma grande frustration. On peut d'ailleurs relever en dernier acte quelques incohĂ©rences et facilitĂ©s lorsque cette dernière se confronte moult fois Ă  son bourreau lors d'un jeu de cache-cache insidieux dĂ©nuĂ© de tension (spectaculaire et dramatique). 


Davantage ennuyeux ou sensiblement captivant, alors que certaines scènes puissamment poignantes nous Ă©prouvent moralement sous l'impulsion nĂ©vralgique d'une Olivia Wilde transie de souffrance morale et de cicatrices corporelles, A Vigilante est tout de mĂŞme Ă  dĂ©couvrir afin de se forger sa propre opinion. 

*Bruno

mercredi 11 septembre 2019

Rose Bonbon

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Pretty in pink" de Howard Deutch. 1986. U.S.A. 1h36. Avec  Molly Ringwald, Harry Dean Stanton, Jon Cryer, Annie Potts, James Spader, Andrew McCarthy

Sortie salles France: 4 Juin 1986

FILMOGRAPHIEHoward Deutch est un rĂ©alisateur et producteur de cinĂ©ma amĂ©ricain nĂ© le 14 septembre 1950 Ă  New-York. 1986 : Rose bonbon. 1987 : L'Amour Ă  l'envers. 1988 : The Great Outdoors. 1992 : Article 99. 1994 : Rends la monnaie, papa. 1995 : Les Grincheux 2. 1998 : DrĂ´le de couple 2. 2000 : Les Remplaçants. 2004 : Mon voisin le tueur 2. 2009 : La Copine de mon meilleur ami.


Ecrit et produit par John Hughes, maĂ®tre du Teen movie durant la sacro-sainte dĂ©cennie 80, Rose Bonbon aborde la comĂ©die romantique sous la houlette de Howard Deutch, cinĂ©aste ayant officiĂ© dans le registre du divertissement populaire plutĂ´t mainstream (si on en juge les Grincheux 2, DrĂ´le de couple 2, Mon voisin le tueur 2). Ainsi donc, sans jamais rivaliser avec les classiques natifs des annĂ©es 80 que John Hughes marqua de sa leste empreinte (la Folle journĂ©e de Ferris Bueller, Une CrĂ©ature de RĂŞve et surtout Breakfast Club), Rose Bonbon dĂ©gage un charme et une innocence tout Ă  fait rafraĂ®chissant au sein d'un genre mineur trop frĂ©quemment exposĂ© Ă  la trivialitĂ© ou aux convenances. Car prenant pour thème central la dĂ©ception amoureuse du point de vue d'une ado en Ă©moi sentimental et de son paternel incapable d'assumer son deuil conjugal, Rose Bonbon touche plutĂ´t juste Ă  travers les sentiments fragiles de ces protagonistes assaillis par la remise en question, le doute, la dĂ©sillusion mais aussi l'espoir et le pardon.


Car c'est Ă  travers la posture sentencieuse de son père, incapable de tirer un trait sur son Ă©chec marital, qu'Andre Walsh va pouvoir voler de ses propres ailes afin de transcender sa cruelle dĂ©ception amoureuse qu'elle venait d'amorcer avec un bourgeois influencĂ© par une mauvaise frĂ©quentation (un comparse suffisant campĂ© par un James Spader juvĂ©nile au charisme saillant). Ainsi, grâce Ă  la force de caractère progressive de l'hĂ©roĂŻne et Ă  son entourage amical et familial studieusement dĂ©veloppĂ© au grĂ© de traits de caractères envieux (le meilleur ami d'AndrĂ© Ă©perdument amoureux d'elle), dĂ©pitĂ©s (le père d'AndrĂ© plongĂ© dans la chimère et le mensonge) ou contradictoires (le nouvel ami d'AndrĂ© Ă  tendance bipolaire), Rose Bonbon existe par lui mĂŞme pour se forger une personnalitĂ© propre. Et si on aurait prĂ©fĂ©rĂ© une rĂ©alisation un peu mieux maĂ®trisĂ©e ainsi qu'un rythme un peu plus tonifiant (personnellement il m'a fallu un temps d'adaptation durant la première demi-heure), Rose Bonbon parvient Ă  faire vibrer l'empathie sans une once d'Ă©motion programmĂ©e. Notamment en comptant sur le charme tĂ©nu, tout en discrĂ©tion de la jeune Molly Ringwald davantage touchante, puisque toujours plus expressive Ă  travers son Ă©preuve Ă©motionnelle de se confronter Ă  la complexitĂ© de l'amour lorsque la confiance est rompue.


SaturĂ© d'une BO pop / new-wave symptomatique des annĂ©es 80 autour de tenues vestimentaires aussi rĂ©tros que gĂ©nialement extravagantes (notamment auprès de quelques postiches hirsutes !), Rose Bonbon parviendra Ă  Ă©mouvoir sans fard le public rĂ©ceptif Ă  l'humanisme torturĂ© de ces personnages en requĂŞte d'amour passionnel. Une tendre comĂ©die romantique donc bâtie sur la capacitĂ© Ă  s'exprimer ouvertement afin de braver la dĂ©sillusion amoureuse, quelque soit l'âge endossĂ©. 

Dédicace à Thierry Alex Rogan
*Bruno

mardi 10 septembre 2019

Guet-Apens

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"The Getaway" de Sam Peckinpah. 1972. U.S.A. 2h03. Avec Steve McQueen, Ali MacGraw, Al Lettieri, Sally Struthers, Ben Johnson, Slim Pickens, Richard Bright.

Sortie salle France: 25 Janvier 1973

FILMOGRAPHIE: Sam Peckinpah est un scénariste et réalisateur américain, né le 21 Février 1925, décédé le 28 Décembre 1984. 1961: New Mexico, 1962: Coups de feu dans la Sierra. 1965: Major Dundee. 1969: La Horde Sauvage. 1970: Un Nommé Cable Hogue. 1971: Les Chiens de Paille. 1972: Junior Bonner. Guet Apens. 1973: Pat Garrett et Billy le Kid. 1974: Apportez moi la tête d'Alfredo Garcia. 1975: Tueur d'Elite. 1977: Croix de Fer. 1978: Le Convoi. 1983: Osterman Week-end.


Parangon du film d'action novateur au sein des Seventies, de par ses Ă©clairs de violence sanguine chorĂ©graphiĂ©s au ralenti, Guet-apens exploite le western urbain avec une efficacitĂ© optimale. Tant et si bien que, grâce Ă  la mise en scène irrĂ©prochable de Peckinpah (qui plus est renforcĂ© d'un montage Ă  couper au rasoir faisant intervenir dans un mĂŞme temps diverses actions simultanĂ©es) et Ă  sa charpente narrative particulièrement musclĂ©e (signĂ©e Walter Hill svp !), Guet-apens scande le jeu de massacre sous l'impulsion du duo mythique McQueen / MacGraw. Un couple de gangsters en pleine crise conjugale mais sur le qui vive depuis que la police et la pègre auront dĂ©cidĂ© de les alpaguer Ă  la suite d'un hold-up meurtrier dĂ©nuĂ© de loyautĂ©. Survival intense donc menĂ© sur un rythme trĂ©pidant, de par ses rebondissements en pagaille (le vol du sac et la poursuite qui s'ensuit dans le train, la planque dans la benne Ă  ordure, le règlement de compte final paroxystique, son Ă©pilogue inopinĂ©ment cordial auprès d'un complice mĂ©tayer - Ă  connotation d'inĂ©galitĂ© sociale -) et son humour sardonique parfois hilarant (le malfrat Rudy Butler et sa godiche dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©e batifolant les amoureux avec une provocation puĂ©rile face Ă  l'Ă©poux de cette dernière !), Guet-apens ne nous laisse aucun rĂ©pit au grĂ© des gunfights que s'Ă©changent flics et voyous.


Mais au-delĂ  de l'aspect jouissif de sa violence frĂ©nĂ©tique anticipĂ©e par la force tranquille de McQueen, Sam Peckinpah ne manque pas d'empathie auprès de ses anti-hĂ©ros en plein doute amoureux. Alors mĂŞme que leur parcours chaotique leur permettra de renouer les liens sentimentaux grâce au compromis du pardon. Ali MacGraw jouant la concubine Ă  la fois empotĂ©e et distraite avec autant de sensibilitĂ© que de constance morale Ă  tenir tĂŞte Ă  son partenaire machiste et Ă  rĂ©pliquer en flingueuse justicière. Si bien que Steve McQueen joue le repris de justice aguerri avec un charisme viril proĂ©minent dans son costard noir taillĂ© sur mesure. De par leur jeu naturel innĂ© (si bien qu'ils furent couples Ă  la ville juste après le tournage !), on s'Ă©tonne d'ailleurs de prendre autant de plaisir Ă  observer leurs chamailleries sobrement expressives, notamment auprès des moments d'intimitĂ© placides oĂą planent les Ă©changes de regards affectĂ©s. Peckinpah accompagnant ses moments de pudeur d'une partition musicale aussi chĂ©tive que subtilement envoĂ»tante. Alors que quelques instants plus tard, celui-ci ne manquera pas de transgresser les règles de la moralitĂ© lorsque Doc dĂ©cidera de corriger physiquement sa femme Ă  la suite d'un Ă©cart extraconjugal.


Chef-d'oeuvre du western urbain Ă  la mise en scène Ă©tonnamment moderne, Guet-apens resplendit de 1000 feux sous l'impulsion du duo incandescent Steve McQueen / Ali MacGraw jouant les "Bonnie and Clyde" avec une classe et un humanisme naturellement attachants. Alors qu'en guise de cerise sarcastique, on apprĂ©cie autant le charisme bourru d'Al Lettieri en truand ventripotent gĂ©nialement  prĂ©somptueux et condescendant, jusqu'aux Ă©clats de rire nerveux ! 

*Bruno
4èx

lundi 9 septembre 2019

Babycall. Grand Prix, Prix de la Critique, Gérardmer 2012.


de Pal Sletaune. Norvège. 2011. 1h36. Avec Noomi Rapace, Kristoffer Joner, Henrik Rafaelsen, Vetle Qvenild Werring, Bjorn Moan, Torkil Johannes, Swensen Hoeg.

Sortie salles France: 2 Mai 2012. U.S: non datĂ©

FILMOGRAPHIEPal Sletaune est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, nĂ© le 4 Mars 1960 en Norvège. 1994: Eating Out. 1997: Junk Mail. 2001: Amatorene. 2005: Next door. 2011: Babycall


Six ans après l'excellent thriller fĂ©ministe Next Door, le norvĂ©gien Pal Sletaune renoue avec les ambiances lourdes et contractĂ©es afin d'y dĂ©crire Spoil !!! la dĂ©gĂ©nĂ©rescence mentale d'une mère de famille traumatisĂ©e par un deuil familial fin du Spoil. A la lisière de RĂ©pulsions de PolanskiBabycall a tellement convaincu les membres du jury de GĂ©rardmer qu'il repart avec les honneurs du Grand Prix et celui de la critique ! Anna et son jeune fils de 8 ans quittent leur foyer conjugal depuis la cause de maltraitances infligĂ©es par un mari abusif. Après avoir emmĂ©nagĂ© dans un appartement, cette dernière dĂ©cide d'acheter un babyphone afin de surveiller le sommeil perturbĂ© de son fils. Une nuit, elle entend Ă  travers l'appareil les cris d'un enfant molestĂ© venant de l'appartement voisin.  Drame psychologique, suspense lattent, thriller parano et fantastique diaphane se tĂ©lescopent afin de jongler avec une intrigue ombrageuse. Car Ă  travers une ambiance anxiogène renforcĂ©e par l'aigreur d'une photo dĂ©saturĂ©e, Babycall nous illustre la douloureuse introspection d'une mère de famille dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  protĂ©ger son fils d'un ex-mari tyrannique. Ainsi, en jouant la carte du suspense et du mystère interlope planant sur les frĂŞles Ă©paules de l'hĂ©roĂŻne, Babycall nous confronte Ă  son dĂ©sarroi hantĂ© d'incertitude, faute de son esprit torturĂ©, mais pour autant bien consciente de souffrir d'hallucinations incontrĂ´lĂ©es.
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RĂ©fugiĂ©e dans la solitude d'un appartement restreint pour mieux prĂ©server la fragilitĂ© de son fils, Anna va peu Ă  peu se confronter Ă  une sĂ©rie d'Ă©vènements inexpliquĂ©s et perdre pied avec la rĂ©alitĂ© ! C'est d'abord le babyphone prĂ©alablement achetĂ© chez un commerçant qui Ă©met en intermittence de violents cris d'enfant et de femme brutalisĂ©e ! C'est ensuite la visite impromptue dans l'appartement d'un garçonnet Ă©trange et taciturne, camarade influent de son fils. Il y a aussi le conducteur d'un camion rĂ©fugiĂ© sous le parking du HLM, car transportant dans son coffre ce qui s'apparente Ă  un cadavre empaquetĂ©. Enfin, un assistant social un peu trop envahissant estime suspecter la jeune mère de manquer Ă  sa responsabilitĂ© parentale pour interdire son bambin de rejoindre les classes de cours. Malaise sous-jacent, lourd et diffus, ambiance schizo dĂ©coulant de facteurs contradictoires sont habilement distillĂ©s pour nous entraĂ®ner vers un drame funèbre profondĂ©ment intime. Reposant sur les Ă©paules chĂ©tives de Noomi Rapace portant le film Ă  bout de bras, celle-ci dĂ©ploie une sobre intensitĂ© dramatique Ă  illustrer le profil versatile d'une mère dĂ©semparĂ©e, obstinĂ©e Ă  sauvegarder l'existence de son enfant, auparavant victime d'un traumatisme. Son comportement terriblement introverti et refoulĂ©, son regard craintif empli d'angoisse et sa perplexitĂ© Ă  ne plus savoir dissocier la rĂ©alitĂ© du fantasme nous dĂ©sarme de sa solitude meurtrie.


Baignant dans un climat d'angoisse cĂ©rĂ©bral Ă©manant de l'esprit tourmentĂ© d'une jeune femme en dĂ©tresse maternelle, Babycall se dĂ©cline en drame susceptible, transcendĂ© du talent Ă©purĂ© de Noomi Rapace en mère nĂ©vrosĂ©e aussi attentionnĂ©e qu'Ă©peurĂ©e. Retranscrit avec sensibilitĂ© Ă  travers une narration nĂ©buleuse faisant habilement intervenir en second acte un argument fantastique (dont je tairais le thème), cette oeuvre modeste amorce son impact Ă©motionnel auprès d'un Ă©pilogue aussi bouleversant que rĂ©dempteur.

*Bruno
09.09.19
21.03.12. 151v

RĂ©compenseGrand Prix et Prix de la critique Ă  GĂ©rardmer, 2012.