vendredi 22 novembre 2019

Once upon a time... in Hollywood

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Quentin Tarantino. 2019. 2h41. Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie, Emile Hirsch, Margaret Qualley, Timothy Olyphant, Julia Butters, Austin Butler, Dakota Fanning, Bruce Dern, Mike Moh, Luke Perry, Damian Lewis, Al Pacino, Kurt Russel.

Sortie salles France: 19 Août 2019. U.S: 26 Juillet 2019

FILMOGRAPHIE: Quentin Tarantino est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur amĂ©ricain, nĂ© le 27 mars 1963 Ă  Knoxville dans le Tennessee, aux États-Unis. Reservoir Dogs (1992). Pulp Fiction (1994). Jackie Brown (1997). Kill Bill: Vol. 1 (2003). Kill Bill: Vol. 2 (2004). Boulevard de la mort (2007). Inglourious Basterds (2009). Django Unchained (2012). Les Huit Salopards (2015). Once Upon a Time... in Hollywood.


"Le cinéma, ses églises du délire !"
SonnĂ©, estomaquĂ©, secouĂ©, traumatisĂ©, bouleversĂ©, en perte de repères sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique bouclĂ©, Ă  l'instar du jeu dĂ©jantĂ© d'un Brad Pitt sous acide incapable de contenir son sĂ©rieux face Ă  une situation surgie de nulle part. Tels sont les premiers mots qui me viennent Ă  l'esprit face au nouvel Ă©vènement estampillĂ© Tarantino. Tarantino, ce gĂ©nie cinĂ©phile pur et dur dĂ©clarant ici une nouvelle fois sa flamme au cinĂ©ma et Ă  sa suprĂŞme essence. Mais attention, pas n'importe lequel, non ! Celui du cinĂ©ma(scope) de papa Ă  son plus noble essor, celui authentique des cinĂ©mas de quartier (oĂą l'on prĂ´ne les artisans Sergio Corbucci ou Antonio Margheriti !), celui de la Dernière sĂ©ance (avec ces westerns de sĂ©rie B en double programme), celui du cinĂ©ma rĂ©tro transcendĂ© de tĂŞtes d'affiches iconiques. A l'instar de la caricature de leurs rutilants posters esquissĂ©s de personnages et dĂ©cors flamboyants afin de susciter au spectateur le goĂ»t de l'envie, le dĂ©sir de s'Ă©vader. Celui d'une aventure tant promise donc. Des annĂ©es 50 Ă  la fulgurante dĂ©cennie 70, Tarantino pratique une mise en abyme jubilatoire Ă  travers le destin plein de mĂ©lancolie d'un ancien acteur des annĂ©es 50 tentant de se redorer une nouvelle image au travers de westerns spaghettis instaurĂ©s au prĂ©misse des Seventies. EpaulĂ© de sa doublure cascadeur Cliff avec qui il entretient une relation amicale indĂ©fectible, Rick Dalton accepte donc de se reconvertir dans ces nouveaux westerns Ă  contre-emploi, quand bien mĂŞme Charles Manson et ses disciples hippies sont sur le point d'assassiner Sharon Tate. Pratiquant l'uchronie comme il l'exerça plus tĂ´t si brillamment avec Inglorious BastardsQuentin Tarantino  rĂ©invente une nouvelle fois l'histoire lors de sa seconde partie au grĂ© d'une tension Ă  son paroxysme (pour ne pas dire insoutenable si bien que l'on en sort littĂ©ralement lessivĂ©, du moins auprès de mon jugement de valeur). C'est dire si ce dernier joue avec nos nerfs tel le marionnettiste alchimiste maniant Ă  la perfection ses ficelles pour donner chair Ă  l'illusion !


Pour cela, il mise sur l'expectative du carnage escomptĂ© en alternant les (dĂ©ambulations urbaines et) va et vient de Rick et Cliff se saoulant (au terme) jusqu'Ă  plus soif dans leur cocon domestique afin de clĂ´turer leur collaboration professionnelle, avec la stratĂ©gie planifiĂ©e d'un quatuor de droguĂ©s influençables dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  parfaire l'irrĂ©parable (tuer des porcs qu'ils diront, de prĂ©fĂ©rence les plus nantis !). Ainsi, en distillant un infernal suspense autour du sort de Rick et Cliff avec celui de la douce Sharon Tate, indĂ©pendamment confinĂ©s dans leur villa rupin, Tarantino vient de parfaire un scĂ©nario aussi bien imprĂ©visible que rĂ©solument dinguo (si bien qu'il flirte carrĂ©ment avec le cartoon sardonique !). Et ce en pratiquant frĂ©quemment la mise en abyme Ă  travers les agissements de ces personnages se fondant dans l'aventure fictive pour y rejoindre un fait rĂ©el d'une ultra violence cinglante ! (les âmes les plus sensibles auront assurĂ©ment le souffle coupĂ© - ce qui Ă©tait mon cas - de par l'hallucinante maestria que Tarantino cultive pour susciter l'apprĂ©hension la plus sournoise, voire mĂŞme la terreur la plus suffocante). ScandĂ© d'un montage ultra fluide et d'une charpente narrative Ă  la fois irrĂ©prochable et doucement captivante (on prend ici son temps - sans nullement ennuyer -  Ă  planter un univers Hollywoodien afin d'y faire Ă©voluer des comĂ©diens de seconde zone en remise en question), Tarantino est parvenu une fois de plus Ă  nous conter (avec sa maĂ®trise infaillible) une VERITABLE histoire (de cinĂ©ma) imprĂ©gnĂ©e d'humanitĂ©, de folie, d'humour (notamment toutes ses sĂ©quences cocasses avec le chien de Cliff), de tendresse et surtout de nostalgie (celui d'un 7è art aujourd'hui rĂ©volu) et de tendre poĂ©sie. Ainsi, quelle conclusion sobrement Ă©mouvante/affectueuse Ă  travers une rĂ©invention de l'histoire en happy-end, Spoil ! dans la mesure d'y restituer la vie auprès de l'ĂŞtre disparu ! fin du Spoil


Transi d'Ă©moi Ă  la sortie de la projo, tant auprès de sa longue descente aux enfers faisant office d'anthologie horrifique (comptez 1 heure de modèle de mise en scène lors de son acte 2 suggĂ©rant en filigrane une rĂ©flexion sur l'influence de la violence au cinĂ©ma) que du dĂ©clin d'un acteur de sĂ©rie B terriblement attachant et d'autant plus brillant (professionnellement parlant), Once upon a time... in Hollywood demeure probablement l'une des plus belles dĂ©clarations d'amour au cinĂ©ma "vintage" Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 70 (en sus d'un sublime hommage aux sĂ©ries TV policières en ascension). Fameux point d'orgue pour y bouleverser lors d'un parti-pris vĂ©riste les codes du paysage cinĂ©matographique. Pour parachever, comment ne pas Ă©voquer un mot sur les prestances intuitives de Leonardo Di Caprio (quelle fragilitĂ© Ă©motive dans son regard dĂ©chu !) et de Brad Pitt (quelle force tranquille dans sa posture dĂ©contracte !) formant un tandem singulier propice Ă  se tailler une place auprès des lĂ©gendes du cinĂ©ma rĂ©tro qu'ils (rĂ©)interprètent avec une complicitĂ© pleine de dĂ©rision. Quant Ă  la sublime et sexy Margot Robbie, rien que pour sa prĂ©sence Ă©motive confinĂ©e dans une salle de cinĂ©ma, car observant son propre personnage face Ă©cran; son sourire d'enfant Ă  la fois fripon et enchantĂ© (notamment pour y observer derrière les sièges les sentiments des spectateurs) me restera un poignant souvenir quant Ă  l'amour inextinguible que Tarantino porte pour les acteurs de cinĂ©ma. 

*Bruno

jeudi 21 novembre 2019

Barbarella / Barbarella: Queen of the Galaxy

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmaffinity.com

de Roger Vadim. 1968. France/Italie. 1h38. Avec Jane Fonda, John Phillip Law, Anita Pallenberg, Milo O'Shea, Marcel Marceau, Claude Dauphin, Serge Marquand, David Hemmings, Ugo Tognazzi, Véronique Vendell.

Sortie salles France: 25 Octobre 1968. U.S: 10 Octobre 1968

FILMOGRAPHIERoger Vadim est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, comĂ©dien, romancier et poète français, nĂ© le 26 Janvier 1928 Ă  Paris, dĂ©cĂ©dĂ© le 11 FĂ©vrier 2000. 1956: Et Dieu crĂ©a la femme. 1957: Sait-on jamais... 1958: Les Bijoutiers du clair de lune. 1959: Les Liaisons Dangereuses 1960. 1960: Et mourir de plaisir. 1961: La Bride sur le cou. 1962: Les 7 PĂŞchers capitaux. 1962: Le Repos du Guerrier. 1963: Le Vice et la Vertu. 1963: Château en Suède. 1964: Le Ronde. 1966: La CurĂ©e. 1968: Histoires Extraordinaires (sketch: Metzengerstein). 1968: Barbarella. 1971: Si tu crois Fillette. 1972: HellĂ©. (la Femme en grec). 1973: Don Juan 73. 1974: La Jeune fille assassinĂ©e. 1976: Une Femme Fidèle. 1980: Jeux Erotiques de Nuit. 1982: The Hot Touch. 1983: Surprise Party.


"Elle n'est pas de ce monde !"
Production improbable compromise entre Dino De Laurentiis et Roger Vadim (cĂ©lèbre rĂ©alisateur de Et Dieu crĂ©a la Femme), Barbarella est une aberration filmique tirĂ©e de la cĂ©lèbre bande-dessinĂ©e homonyme de Jean-Claude Forest. Co-produit entre la France et l'Italie, ce space opera criard et festoyant de par ses dĂ©cors hallucinĂ©s, son Ă©rotisme gentiment lubrique et ces Fx ringards, s'alloue d'un casting hĂ©tĂ©roclite aussi improbable que son compère Flash Gordon. Si bien que l'on y croise Marcel Marceau, Claude Dauphin, David Hemmings, Ugo Tognazzi et surtout la cĂ©lèbre pin-up Jane Fonda transperçant l'Ă©cran Ă  chaque plan de sa charnalitĂ© sexy. C'est d'ailleurs principalement grâce Ă  sa prĂ©sence sensuelle de blonde iconique au haut pouvoir de sex-appeal que le film de Vadim fait office de curiositĂ© saugrenue, suscitant notamment un charme rĂ©tro souvent irrĂ©sistible. Le pitchEn l'an 40 000, Barbarella est enrĂ´lĂ©e par le prĂ©sident de la Terre pour retrouver Durand Durand, un nuclĂ©ariste en possession d'une arme destructrice, le Positron. Sur la planète Lithion, la guerrière des Ă©toiles rencontrera une civilisation amorphe au sein d'une population asservie par les agissements totalitaires de la reine noire et de Durand Durand. Ainsi donc, Ă  travers sa combinaison de comĂ©die potache, d'Ă©rotisme soft et de science-fiction dĂ©gingandĂ©e, Roger Vadim nous concocte un divertissement dĂ©bridĂ© oĂą le scĂ©nario risible et l'extravagance lourdingue des personnages accouchent d'un nanar foutraque, Ă  consommer avec prudence selon l'humeur du jour pour les plus exigeants. Vous voilĂ  donc prĂ©venu !


Ainsi, de par sa narration agrĂ©ablement simpliste et surtout l'attrait pittoresque de certaines inventions surgies de nulle part (le dispositif masochiste de la machine Ă  mourir de plaisir ou les effets corporels de la pilule de l'amour, les envolĂ©es aĂ©riennes de l'ange Pygar, la rencontre avec une tribu d'enfants sardoniques, les poupĂ©es aux dents acĂ©rĂ©es) Barbarella se dĂ©cline en spectacle frĂ©tillant pour peu que l'on soit indulgent Ă  sa topographie narrative dĂ©structurĂ©e. L'intĂ©rĂŞt du spectacle psychĂ©dĂ©lique rĂ©sidant dans les rencontres impromptues que notre charmante hĂ©roĂŻne Ă©tablira afin de retrouver la trace de Durand Durand. Car frĂ©quemment molestĂ©e par ses rivaux de tous bords (une reine noire, un savant masochiste, des oiseaux agressifs et mĂŞme les poupĂ©es patibulaires susnommĂ©es - il fallait oser ! -) ou sujette aux avances sexuelles (corporelles ou virtuelles), Barbarella est Ă  la merci de ses ennemis avant de se confronter Ă  ses alliĂ©es (les insurgĂ©s contestataires). Qui plus est, jalonnĂ© d'Ă©parses batailles spatiales prĂ©figurant celles de la sĂ©rie TV San Ku KaĂŻ (si j'ose dire), l'aventure sidĂ©rale dĂ©payse en diable sous l'impulsion d'une partition musicale tantĂ´t dissonante, tantĂ´t pop. Tout un programme dĂ©calĂ© donc, quand bien mĂŞme la flamboyance de ses dĂ©cors de carton pâte, l'omniprĂ©sence de la divine Jane Fonda (parfaitement Ă  l'aise en vaillante amazone arborant une tenue distincte tous les quart d'heure !) et le ton dĂ©bridĂ© de certaines situations dĂ©concertantes transfigurent une sĂ©rie B kitch aimablement ringarde que Roger Vadim nous imprime sans complexe.


Ridicule auprès des pince sans rire, pittoresque (mĂŞme si parfois involontaire) auprès des fans de space opera surgis d'un esprit nonsensique, Barbarella demeure une production hybride Ă  situer entre le nanar dĂ©complexĂ© et la sĂ©rie B gĂ©nĂ©reusement foldingue. A (re)dĂ©couvrir au second degrĂ© donc, Ă  condition d'y ĂŞtre prĂ©parĂ©, selon votre humeur journalière.   

*Bruno
04.11.24. 4èx. Vostfr. 4K
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mercredi 20 novembre 2019

Kinjite sujets tabous

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Kinjite: Forbidden Subjects" de Jack Lee Thompson. 1989. 1h37. Avec Charles Bronson, Perry Lopez, Juan Fernández, James Pax, Peggy Lipton, Sy Richardson, Bill McKinney.

Sortie salles France: 26 Avril 1989

FILMOGRAPHIE (comprenant uniquement les productions des années 80): Jack Lee Thomson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un réalisateur, scénariste et producteur britannique né le 1er août 1914 à Bristol (Royaume-Uni), décédé le 30 août 2002 à Sooke (Canada). 1980 : Cabo Blanco 1981 : Happy Birthday. 1981 : Code Red (TV). 1983 : Le Justicier de minuit. 1984 : L'Enfer de la violence. 1984 : L'Ambassadeur : Chantage en Israël. 1985 : Allan Quatermain et les Mines du roi Salomon. 1986 : La Loi de Murphy. 1986 : Le Temple d'or. 1987 : Le justicier braque les dealers. 1988 : Le Messager de la mort. 1989 : Kinjite, sujets tabous.


Ultime rĂ©alisation de Jack Lee Thompson Ă©paulĂ©e de son acteur fĂ©tiche Charles Bronson, Kinjite Sujets Tabous reprend Ă  peu près la mĂŞme recette que ces prĂ©dĂ©cesseurs (le Justicier de Minuit, l'Enfer de la Violence, La Loi de Murphy) de par son concentrĂ© de sadisme et de violence mâtinĂ©s de sexe scabreux. Si bien qu'en l'occurrence, le cinĂ©aste s'intĂ©resse au tabou de la pĂ©dophilie Ă  travers un rĂ©seau professionnel dĂ©libĂ©rĂ© Ă  kidnapper la fille d'un cadre japonais jouant les touristes afin d'oser mettre en pratique ses fantasmes. En somme l'arroseur arrosĂ© si j'ose dire, dans la mesure oĂą si celui-ci finit par se laisser dominer par ses fantasmes dĂ©viants lors d'attouchements sexuels sur une ado dans un bus scolaire (une sĂ©quence malsaine inĂ©vitablement dĂ©rangeante dans les Ă©changes de regards et la perversitĂ© de son geste illĂ©gal), sa propre fille fera un peu plus tard les frais du rĂ©seau pĂ©dophile lors d'un jeu de cache-cache avec la police. Quand bien mĂŞme l'agressĂ©e du car de ses odieux attouchements n'Ă©tait autre que la fille du lieutenant Crowe dirigeant l'enquĂŞte sans jamais se douter de la culpabilitĂ© du japonais (et ce jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin !???)


D'ailleurs, on peut rappeler que ce dernier s'inspira en faite des agissements d'un pédophile ayant commis plus tôt un attouchement auprès d'une autre victime paradoxalement consentante et un peu plus âgée !!! ???). Or, le problème s'avère que cette trame très équivoque, d'autant plus prémâchée, est à peine survolée par un Jack Lee Thompson peu inspiré par ce qu'il filme. Notamment si je me réfère à son montage chaotique, à ses seconds rôles cabotins (le supérieur du lieutenant vaut son pesant de cacahuètes à travers son autorité condescendante !) et à un cheminement narratif sporadique ponctué de règlements de compte corporels génialement grotesques. Le cinéaste se refusant à s'attarder sur la psychologie paraphile du voyeur japonais au profit de l'investigation musclée de Crowe jouant les redresseurs de tort avec une idéologie douteuse. Tant auprès de son racisme auprès des japonais que d'une exaction punitive carrément criminelle, et ce même si accidentelle (l'un des malfrats atterrira au fond d'une piscine après avoir été éjecté du haut d'un immeuble, ses chaussures ayant glissé des mains de ses oppresseurs !.)


Plaisir coupable du samedi soir truffĂ© de couacs narratifs et de failles techniques au sein d'un polar de sĂ©rie B imprĂ©gnĂ© de mauvais goĂ»t, Kinjite sujets tabous divertit sans ennuyer grâce Ă  la trivialitĂ© de son concept couillu que Charles Bronson impose avec son charisme viril imperturbable. Un nanar dĂ©complexĂ© en somme heureusement saturĂ© de sĂ©quences dĂ©bridĂ©es/incongrues que la gĂ©nĂ©ration 80 pourrait Ă  nouveau entĂ©riner avec autant de clĂ©mence qu'une pointe de nostalgie. En tout Ă©tat de cause, ce genre de divertissement limite irresponsable serait irrĂ©alisable aujourd'hui, faute de notre censure ultra conservatrice. 

*Bruno
2èx 

mardi 19 novembre 2019

Extrême Préjudice

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Walter Hill. 1987. U.S.A. 1h45. Avec Nick Nolte, Powers Boothe, Michael Ironside, MarĂ­a Conchita Alonso, Rip Torn, Clancy Brown, William Forsythe.

Sortie salles France: ? U.S: 24 Avril 1987

FILMOGRAPHIE: Walter Hill est un producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 10 janvier 1942 à Long Beach, en Californie (États-Unis). 1975 : Le Bagarreur (Hard Times),1978 : Driver,1979 : Les Guerriers de la nuit, 1980 : Le Gang des frères James,1981 : Sans retour, 1982 : 48 heures, 1984 : Les Rues de feu,1985 : Comment claquer un million de dollars par jour,1986 : Crossroads, 1987 : Extrême préjudice, 1988 : Double Détente, 1989 : Les Contes de la crypte (1 épisode),1989 : Johnny belle gueule,1990 : 48 heures de plus,1992 : Les Pilleurs,1993 : Geronimo,1995 : Wild Bill, 1996 : Dernier Recours,1997 : Perversions of science (série TV),2000 : Supernova, 2002 : Un seul deviendra invincible, 2002 : The Prophecy, 2004 : Deadwood (série TV). 2006 : Broken Trail. 2012 : Du plomb dans la tête. 2016 : Revenger.


Réalisé entre Croosroads et Double Détente, Walter Hill rend hommage en 1987 à la Horde Sauvage de Peckinpah et aux 12 Salopards d'Aldrich en y juxtaposant deux bandes rivales compromises par la félonie (tant amicale que professionnelle et sentimentale). Si bien qu'un redresseur de tort, seul contre tous, est déterminé à faire sombrer Cash Bailey, un caïd de la drogue, ancien acolyte de jeunesse ayant eu autrefois une liaison avec sa compagne actuelle. Mais pour corser l'affaire, une armée de mercenaires, anciens vétérans du Vietnam passés pour mort, a pour mission d'éradiquer ce même trafiquant sous l'égide de la CIA. Ajoutez enfin entre ces conflits machistes à la verve parfois grotesque un enjeu sentimental autour de la mexicaine Sarita que se disputeront le Texas Ranger Jack Benteen et Cash Bailey en pleine dissension morale. En dépit d'une moisson de clichés, d'un scénario prévisible (même s'il tente de surprendre lors du second acte avec l'intrusion de nos vétérans en mission) et de personnages stéréotypés que les critiques de l'époque n'auront pas manqué de fustiger (en sus de son échec commercial), Extrême Prejudice joue la carte du film d'action du samedi soir sous le pivot d'une série B efficacement menée à défaut d'y révolutionner le genre.


Car si on a largement connu plus inspirĂ© Walter Hill passĂ© maĂ®tre dans l'art du gunfight tonitruant (48 heures, les Guerriers de la Nuit, Sans Retour, Driver), ExtrĂŞme Prejudice ne manque pas de charme, d'ultra violence chorĂ©graphique et de charisme Ă  travers ses gueules d'acteurs viriles bien connues de la gĂ©nĂ©ration 80. Et ce mĂŞme si la plupart des seconds couteaux roulent des mĂ©caniques Ă  l'aide de rĂ©parties ironiques aujourd'hui obsolètes. En tout Ă©tat de cause, Nick Nolte parvient sobrement Ă  rehausser le niveau dans le rĂ´le du shĂ©rif impassible Ă  la moralitĂ© psycho-rigide. Sa posture hiĂ©ratique ainsi que ses petits yeux bleus perçants affichant Ă  l'Ă©cran une prĂ©sence impĂ©rieuse assez prĂ©dominante. Quant Ă  Powers Boothe, s'il livre une prestation moins intense que son homologue, il s'avère pour autant d'une Ă©lĂ©gance charismatique dans celui d'un trafiquant prĂ©somptueux jouant le leader snobinard (costard blanc poussiĂ©reux Ă  l'appui) Ă  l'aide d'un cabotinage outrancier si je me reporte Ă  ses rĂ©parties caustiques.


Western moderne traversĂ© d'Ă©clairs de violences rĂ©solument impressionnants, ExtrĂŞme Prejudice se dĂ©cline en honorable sĂ©rie B d'action sous l'impulsion d'une poignĂ©e d'acteurs zĂ©lĂ©s dĂ©nuĂ©s de complexes Ă  se fondre dans des situations pĂ©rilleuses suicidaires. A l'instar de son carnage final apocalyptique, hommage Ă©vident au baroud d'honneur de la horde sauvage lors d'un règlement de compte anthologique saturĂ© du montage ultra dynamique. 

*Bruno
19.11.19. 4èx
04.02.11. 91 v

lundi 18 novembre 2019

Le Zombie venu d'ailleurs / Prey

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bubblegeek.eklablog.com

de Norman J. Warren. 1977. Angleterre. 1h25. Avec Barry Strokes, Sally Faulkner, Glory Annen, Sandy Chinney, Eddie Stacey.

FILMOGRAPHIE: Norman J. Warren est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et monteur anglais, nĂ© le 25 Juin 1942 Ă  Londres. 1962: The Dock Brief (troisième assistant rĂ©alisateur). 1965: Fragment. 1966: La Nuit des GĂ©nĂ©raux (troisième assistant rĂ©alisateur). 1967: Sailor from Gibraltar (troisième assistant rĂ©alisateur). 1967: Her Private Hell. 1968: Loving Feeling. 1976: L'Esclave de Satan. 1977: Le Zombie venu d'ailleurs. 1979: Outer Touch. 1979: La Terreur des Morts-vivants. 1981: Inseminoid. 1984: Warbirds Air Display. 1985: Person to Person. 1986: Gunpowder. 1987: RĂ©veillon Sanglant. 1992: Meath School. 1993: Buzz.

Avec Inseminoid et L’Esclave de Satan, Le Zombie venu d’ailleurs compte parmi les rĂ©ussites modestes de Norman J. Warren — artisan bisseux, adepte d’exploitations dĂ©viantes, Ă  la croisĂ©e d’un gore craspec et d’un Ă©rotisme sulfureux. Sous ce titre fallacieux mais savoureusement trompeur (j’imagine la perplexitĂ© des spectateurs français lors de la projection officielle) se cache Prey (Proie), bien plus appropriĂ© Ă  ce scĂ©nario d’invasion carnassière : la mission secrète d’un E.T. Ă  forme humaine, venu se repaĂ®tre de protĂ©ines. VĂ©ritable ovni de SF, Warren livre sans doute lĂ  son film le plus Ă©trange, arrimant son intrigue Ă  l’intimitĂ© Ă©touffante de deux lesbiennes que cet intrus va dĂ©vorer de l’intĂ©rieur.

C’est Ă  la lisière d’une forĂŞt que Jessica et JosĂ©phine croisent l’inquiĂ©tant visiteur tombĂ© du ciel. Sous l’influence de la première, malgrĂ© la mĂ©fiance tenace de la seconde, elles l’hĂ©bergent dans leur maison champĂŞtre. De ce canevas sans surprise Ă©merge un huis clos dĂ©lirant : une scène de mĂ©nage Ă  trois oĂą la dominatrice JosĂ©phine se consume de haine et de jalousie, ulcĂ©rĂ©e par l’intrusion du mâle. L’inquiĂ©tude s’aiguise quand, dans les bois, lapins et poules se retrouvent Ă©ventrĂ©s. L’alien, placide, observe ces misandres s’Ă©trangler de soupçons — jusqu’Ă  ce qu’un soir, elles le travestissent pour une fĂŞte grotesque, cimentant le drame Ă  venir. La rancune et la possession feront le reste.

VoilĂ , en somme, l’intrigue saugrenue : un marivaudage lesbien piquĂ© de morsures cannibales, entre Ă©treintes Ă©picĂ©es et mise Ă  mort sanglante. Aussi improbable que tenace, Le Zombie venu d’ailleurs soutient son intĂ©rĂŞt jusqu’au bout, portĂ© par un climat insidieusement malsain, une partition Ă©lectronique stridente et le jeu candide d’acteurs amateurs, aussi naĂŻfs qu’attachants. Warren y insuffle une Ă©trangetĂ© presque hypnotique, tissant sous la discorde fĂ©ministe un fil de perversion latente. Barry Stokes, impassible sous sa carapace d’E.T. carnassier, intrigue et inquiète : derrière sa façade humaine, il dissimule une gueule bestiale, canines aiguĂ«s et truffe de molosse — vision grotesque, presque risible, mais efficace dans son irrĂ©alitĂ©.

On se souviendra surtout de l’improbable sĂ©quence de noyade, filmĂ©e au ralenti expĂ©rimental : un moment suspendu, trouble, presque onirique, oĂą l’alien, pris de convulsions, dĂ©rive entre les bras de ses hĂ´tesses impuissantes. Une parenthèse cauchemardesque, savoureuse de bizarrerie.


Rencontre d'un certain type à éviter.
HermĂ©tique, glauque, dĂ©licieusement dĂ©calĂ©, Le Zombie venu d’ailleurs reste une bisserie horrifique d’un autre âge, tĂ©moin d’une Angleterre alors capable d’enfanter ces curiositĂ©s inclassables, inexplicablement ensorcelantes. Marque de fabrique d’un Norman J. Warren scabreux et malhabile, mais amoureux viscĂ©ral du genre, franc-tireur sans complexe. Un petit classique insolite Ă  dĂ©guster seul, pour mieux ressentir l’intimitĂ© vĂ©nĂ©neuse de ce trio diabolique.

*Bruno
18.11.19. 4èx
12.11.13. 103 v

vendredi 15 novembre 2019

47 Meters Down: uncaged

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Johannes Roberts. 2019. U.S.A. 1h30. Avec Sophie Nélisse, Corinne Foxx, Brianne Tju, Sistine Stallone, Davi Santos.

Sortie salles U.S: 16 Août 2019

FILMOGRAPHIE: Johanne Roberts est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 24 Mai 1976 Ă  Cambridge. 2019: 47 Meters down: encaged. 2018 : The Strangers: Prey at Night. 2016: In the Deep/47 Meters down. 2016 The Door. 2012 Storage 24. 2011 Roadkill (TV Movie). 2010: F.  2005 Forest of the Damned. 2004 Darkhunters. 2004: Hellbreeder. 2002/II Alice. 2001: Sanitarium (Video).


Sans jamais atteindre le degrĂ© d'intensitĂ© claustro de son surprenant modèle (plutĂ´t mĂ©sestimĂ© si je ne m'abuse), 45 Meters down: encaged ne manque surement pas de peps Ă  travers sa moisson de scènes d'action se renouvelant grâce Ă  la disparitĂ© des dĂ©cors et de ses personnages scindĂ©s en 2 clans. Ainsi, en dĂ©pit d'un Ă©vident manque de maĂ®trise dans la mise en scène (notamment auprès de sa première partie parfois redondante lors de la partie de cache-cache Ă  travers les catacombes entre survivantes et squales), Johanne Roberts ne manque pas de trouvaille visuelle (et de sonoritĂ© musicale ombrageuse !) Ă  travers son incroyable scĂ©nographie maritime abritant un temple maya. Il fallait d'ailleurs oser exploiter un dĂ©corum aussi baroque sans jamais sombrer dans le ridicule, notamment si je me rĂ©fère Ă  l'ornement des statues de pierre. RĂ©aliste, crĂ©pusculaire et vertigineux, de par les nombreuses attaques que nos plongeuses tentent de dĂ©jouer lors d'une course contre la montre en perdition, 47 Meters down... joue la carte de la sĂ©rie B du samedi soir avec une efficacitĂ© assez payante. 


MĂŞme si on peut dĂ©plorer les clichĂ©s usuels (la souffre-douleur en initiation d'affirmation) et les facilitĂ©s auprès de situations dĂ©nuĂ©es de suspense (ou alors pas si escomptĂ© que prĂ©vu selon ma sensibilitĂ© subjective). Et ce en s'inspirant sans complexe de The Descent 2, de par l'amĂ©nagement de grottes labyrinthiques nanties de couloirs Ă©trangement hostiles que de son action en roue libre dĂ©nuĂ©e de concession. Qui plus est, nanti d'une photogĂ©nie Ă©tonnamment spectrale, les requins affamĂ©s de chair humaine parviennent parfois (souvent ?) Ă  provoquer leur effet de frousse. Tant auprès de ces jump-scares cinglants dissĂ©minĂ©s ici et lĂ  que de leur course effrĂ©nĂ©e Ă  alpaguer leur victime avec une voracitĂ© vĂ©loce. Leurs apparitions toujours plus imposantes provoquant un malaise tangible Ă  travers leur morphologie dĂ©moniale si j'ose dire. Johannes Robert relançant notamment l'action dans de multiples directions impromptues Ă  travers un final Ă  rallonge intensĂ©ment interminable. Probablement les meilleures sĂ©quences, tout du moins les plus haletantes et oppressantes, si bien que le rĂ©alisateur cultive en prime une incroyable cruautĂ© Ă  tester l'endurance de ses ultimes rescapĂ©s en initiation de dĂ©passement physique et mental.


Un bon divertissement donc, honorablement interprété par des comédiennes juvéniles de seconde zone aussi bien méconnues qu'attachantes, de par leur fragilité morale et leur posture désorientée à repousser la terreur dans une fonction de débutante crédule. D'où l'attrait gentiment magnétique à observer leur solidarité commune (à 1 ou 2 exceptions couardes) dans une compétition de survie cruellement indécise. Et ce sans pouvoir prophétiser la prochaine victime...

*Bruno

Pour rappel la chronique de son modèle: https://brunomatei.blogspot.com/2016/08/in-deep.html

jeudi 14 novembre 2019

Chinatown. Oscar du Meilleur Scénario.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Amazon.com

de Roman Polanski. 1974. U.S.A. 2h11. Avec Jack Nicholson, Faye Dunaway, John Huston, Perry Lopez, Roman Polanski, John Hillerman, Darrell Zwerling, Diane Ladd.

Sortie salles France: 18 Décembre 1974. U.S: 20 Juin 1974

FILMOGRAPHIERoman Polanski, nĂ© Rajmund Roman Thierry PolaĹ„ski est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste franco-polonais, Ă©galement comĂ©dien, ainsi que metteur en scène de théâtre et d'opĂ©ra, nĂ© le 18 aoĂ»t 1933 dans le 12e arrondissement de Paris.  1962 : Le Couteau dans l'eau. 1965 : RĂ©pulsion. 1966 : Cul-de-sac. 1967 : Le Bal des vampires. 1968 : Rosemary’s Baby. 1971 : Macbeth. 1972 : Weekend of a Champion, corĂ©alisĂ© avec Frank Simon. 1972 : Quoi ? 1974: Chinatown. 1976 : Le Locataire. 1979 : Tess. 1986 : Pirates. 1988 : Frantic. 1992 : Lunes de fiel. 1994 : La Jeune Fille et la Mort. 1999 : La Neuvième Porte. 2002 : Le Pianiste. 2005 : Oliver Twist. 2010 : The Ghost Writer. 2011 : Carnage. 2013 : La VĂ©nus Ă  la fourrure. 2017 : D'après une histoire vraie. 2019: J'accuse.


Grand moment de cinéma mené de main de maître par Roman Polanski rendant ici hommage au film noir sous l'impulsion du duo incandescent Jack Nicholson / Faye Dunaway, Chinatown renoue avec le cinéma glamour des années 30 de manière aussi bien épurée qu'escarpée. Tant auprès de sa mise en scène perfectionniste (on peut d'ailleurs parler de "modèle" tant Polanski maîtrise le cadre sans vaciller), de sa charpente narrative (culminant vers une cinglante conclusion d'une radicalité dramatique traumatisante) que du jeu intuitif des acteurs éclaboussant l'écran de leur sobriété contrastée. Ainsi, à travers un suspense passionnant irrigué de corruption écolo autour d'un enjeu de pouvoir disproportionné (la construction d'un barrage hydraulique), Chinatown demeure une déclaration d'amour au film noir que Nicholson et Dunaway transcendent dans leur rapport feutré chargé de secrets. Dans la mesure où le détective Gittes se voit contraint de retrouver le (ou la) coupable de la mort de l'ingénieur en chef, Hollis Mulwray, qu'il se motive à résoudre après avoir été dupé par la requête d'un faux témoin. Quand bien même au fil de son épineuse investigation semée de rencontres inhospitalières, il n'aura de cesse de côtoyer menace et chantage avant d'y déjouer un secret inavouable auprès de la culpabilité éhonté d'une famille galvaudée d'amour interdit.


Ainsi, en opposant une motivation pĂ©cuniaire entre industriels vĂ©reux parmi Spoil ! la dĂ©viance sexuelle d'un riche homme d'affaire fin du Spoil (que Polanski suggère Ă  travers l'intensitĂ© de mots timidement confessĂ©s en dĂ©sespoir de cause), Chinatown adopte une ampleur davantage insoupçonnĂ©e sous l'impulsion de personnages interlopes tentant Ă  tout prix d'Ă©touffer l'esclandre. Photo sĂ©pia veloutĂ©e sous un rayon solaire aride (Los Angeles est en sĂ©cheresse Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 30), direction d'acteurs hors-pair parmi des seconds-rĂ´les saillants Ă  travers leur fonction dĂ©lĂ©tère dĂ©nuĂ©e de scrupule, partition musicale tantĂ´t ombrageuse, tantĂ´t langoureuse (signĂ©e Jerry Goldsmith svp !), Chinatown Ă©pouse autant une forme hypnotique qu'un fond substantiel Ă  travers l'implication de rivalitĂ©s couardes emmĂŞlĂ©es dans une spirale de dĂ©convenues, traĂ®trises et dĂ©veine. Et ce mĂŞme si les forces de caractère contradictoires imparties Ă  l'Ă©lĂ©gance magnĂ©tique de Nicholson et Ă  la vĂ©nĂ©neuse Faye Dunaway (bon Dieu cette prude prĂ©sence emplie de contrariĂ©tĂ©s inavouables !) y sont pour beaucoup dans l'attrait envoĂ»tant que suscite cette tragĂ©die politico-familiale. Bref, Chinatown est un chef-d'oeuvre Ă©purĂ©, un vrai, que Polanski ose mĂŞme transgresser jusqu'au bout de son propos, quitte Ă  sĂ©vèrement contracter l'humeur du spectateur en guise d'adieu ! Le genre de proposition artistique que l'on ne rencontre qu'une seule fois par an sur la toile, approximativement parlant.


*Bruno
2èx

Récompenses:
New York Film Critics Circle Awards 1974 : meilleur acteur pour Jack Nicholson (également récompensé pour La Dernière Corvée)
Oscars 1975 : meilleur scénario original pour Robert Towne
Golden Globes 1975 : meilleur réalisateur pour Roman Polanski, meilleur film dramatique, meilleur acteur dans un film dramatique pour Jack Nicholson, meilleur scénario pour Robert Towne
BAFTA Awards 1975 : meilleur acteur pour Jack Nicholson (également récompensé pour La Dernière Corvée), meilleur réalisateur pour Roman Polanski, meilleur scénario pour Robert Towne (également récompensé pour La Dernière Corvée)
Bodil 1975 : meilleur film non-européen
Prix Sant Jordi 1975 : meilleur film étranger
Prix Edgar-Allan-Poe 1975 : meilleur film
Writers Guild of America Awards 1975 : meilleur scénario dramatique original pour Robert Towne
Kansas City Film Critics Circle Awards 1975 : meilleur acteur pour Jack Nicholson, meilleur acteur dans un second rĂ´le pour John Huston
Fotogramas de Plata 1975 : meilleur acteur étranger pour Jack Nicholson (également récompensé pour Cinq pièces faciles)
National Society of Film Critics Awards 1975 : meilleur acteur pour Jack Nicholson (également récompensé pour La Dernière Corvée)
1991 : entrée au National Film Registry
2000 : entrée au Hall of Fame de la Producers Guild of America



mercredi 13 novembre 2019

Je suis une Légende / The Last man on Earth / L'ultimo uomo della Terra

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemachoc.canalblog.com

de Ubaldo Ragona et Sidney Salkow. 1964. U.S.A/Italie. 1h27. Avec Vincent Price, Franca Bettoia, Emma Danieli, Giacomo Rossi-Stuart

Sortie salles U.S 8 Mars 1964

FILMOGRAPHIE PARTIELLESidney Salkow est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 16 juin 1909 Ă  New York (État de New York), mort le 18 octobre 2000 Ă  Valley Village (en) (Californie). 1936 : Four Days' Wonder. 1937 : Behind the Mike. 1938 : TempĂŞte sur le Bengale. 1939 : Fighting Thoroughbreds. 1939 : Woman Doctor. 1939 : Street of Missing Men. 1939 : The Zero Hour. 1940 : Girl from God's Country. 1941 : The Lone Wolf Takes a Chance. 1941 : Time Out for Rhythm. 1942 : The Adventures of Martin Eden. 1942 : Flight Lieutenant. 1943 : La CitĂ© sans hommes. 1943 : The Boy from Stalingrad. 1946 : Faithful in My Fashion. 1947 : Millie's Daughter. 1947 : Bulldog Drummond at Bay. 1948 : Sword of the Avenger. 1949 : La Rivale dell'imperatrice. 1950 : La Femme traquĂ©e. 1952 : Une fille Ă  bagarres. 1952 : Le Faucon d'or. 1952 : Le Trappeur des grands lacs. 1957 : Gun Duel in Durango. 1957 : Chicago Confidential. 1960 : The Big Night. 1963 : Trio de terreur. 1964 : The Long Rifle and the Tomahawk. 1964 : Je suis une lĂ©gende. 1964 : The Quick Gun. 1964 : Blood on the Arrow. 1965 : Le Massacre des sioux. 1965 : The Murder Game.


1ère adaptation du roman de Matheson (bien que celui-ci renia le film), Je suis une LĂ©gende magnĂ©tise l'Ă©cran parmi la prĂ©sence intuitive du gentleman de l'Ă©pouvante Vincent Price et pour son ambiance de dĂ©solation Ă©tonnamment rĂ©aliste, notamment sous le pilier de sa photo monochrome renforçant l'inquiĂ©tude d'un silence feutrĂ©. On apprĂ©cie d'autant plus les attaques rĂ©pĂ©tĂ©es lorsque le docteur Robert Morgan se dĂ©bat contre les vampires / zombies et leur perforent le coeur si bien que ces derniers, atones, insufflent l'inquiĂ©tude escomptĂ©e (Ă  l'instar du retour de son Ă©pouse dĂ©cati, effet de surprise effrayant de par l'expression de son regard aliĂ©nĂ© !). Solidement rĂ©alisĂ©, Je suis une LĂ©gende captive sans ennui Ă  travers la quotidiennetĂ© esseulĂ©e du dernier survivant de l'humanitĂ© immunisĂ© contre un terrible virus ayant dĂ©cimĂ© toute la planète. La 1ère partie s'attachant Ă  nous dĂ©crire sa routine Ă  façonner des pieux en bois pour y exterminer les vampires durant le jour, et ce avant que ne dĂ©barque une moisson d'assaillants encerclant sa demeure dès le crĂ©puscule. 


On apprĂ©cie Ă©galement la dramaturgie escarpĂ©e d'un long flash-back nous dĂ©taillant de quelle manière le virus s'est accaparĂ© de la population (sans pouvoir intenter Ă  la vie de Robert), notamment auprès de sa famille recroquevillĂ©e dans leur demeure en escomptant dĂ©sespĂ©rĂ©ment un vaccin qu'il  tentera d'expĂ©rimenter. La seconde partie, encore plus captivante Ă  travers ses rapports humains plongĂ©s dans un climat d'amertume, se focalise sur la relation intime entre Robert et une rescapĂ©e aux intentions douteuses quant aux prochains rebondissements que Sidney Salkow exploite efficacement auprès de leur caractĂ©risation Ă  la fois amiteuse et parano. Quand bien mĂŞme son final en demi-teinte Ă©tonne par sa brutale rupture de ton quant au sort prĂ©caire de notre hĂ©ros en proie au lynchage de masse. D'ailleurs, Ă  travers la caste des hommes en noir on apprĂ©cie d'autant plus son rĂ©quisitoire contre le fanatisme, l'intolĂ©rance et la paranoĂŻa menant tout droit Ă  l'erreur humaine dans leur refus d'approuver la diffĂ©rence. Enfin, Ă  titre anecdotique, on imagine aisĂ©ment que George A. Romero s'en est sans doute inspirĂ© pour y parfaire la Nuit des Morts-vivants sorti 4 ans plus tard, si bien que toutes les sĂ©quences nocturnes auquel les crĂ©atures s'agglutinent autour de la demeure anticipent le siège de la ferme du classique susnommĂ©. A redĂ©couvrir donc si bien que Je suis une lĂ©gende demeure la meilleure adaptation cinĂ©matographique auprès de son ambiance funeste particulièrement Ă©trange et envoĂ»tante et pour la prĂ©sence infaillible de Price tout Ă  fait Ă  l'aise en unique survivant Ă  l'hĂ©roĂŻsme finalement dĂ©sespĂ©rĂ©. 


* Bruno
16.01.25. 4èx. Vost
13.11.19.
16.04.18. 

mardi 12 novembre 2019

Folle Ă  tuer

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Yves Boisset. 1975. France/Italie. 1h37. Avec Marlène Jobert, Tomás Milián, Thomas Waintrop, Michel Peyrelon, Michael Lonsdale, Jean Bouise, Victor Lanoux.

Sortie salles France: 20 Août 1975

FILMOGRAPHIE: Yves Boisset est un réalisateur français, né le 14 Mars 1939 à Paris. 1968: Coplan sauve sa peau. 1970: Cran d'arrêt. 1970: Un Condé. 1971: Le Saut de l'ange. 1972: l'Attentat. 1973: R.A.S. 1975: Folle à tuer. 1975: Dupont Lajoie. 1977: Un Taxi Mauve. 1977: Le Juge Fayard dit Le Shériff. 1978: La Clé sur la porte. 1980: Le Femme flic. 1981: Allons z'enfants. 1982: Espion, lève-toi. 1983: Le Prix du Danger. 1984: Canicule. 1986: Bleu comme l'Enfer. 1988: La Travestie. 1989: Radio Corbeau. 1991: La Tribu.


"Un homme qui dĂ©teste les enfants ne peut pas ĂŞtre un homme tout Ă  fait mauvais". W.C. Fields. 

RaretĂ© exhumĂ©e de l'oubli grâce Ă  l'Ă©diteur Studio Canal issue de la collection: Make My Day ! par Jean-Baptiste Thoret, Folle Ă  tuer est un excellent polar rĂ©alisĂ© par le franc-tireur Yves Boisset (Dupont Lajoie, R.A.S, Le Juge Fayard dit le shĂ©riff, le Prix du Danger, Canicule, Bleu comme l'Enfer). On ne peut donc que se rĂ©jouir de le dĂ©couvrir pour la toute première fois dans une copie haute dĂ©finition clinquante. Le pitch: Après avoir Ă©tĂ© soignĂ© dans un centre psychiatrique, la gouvernante Julie Bellanger peut occuper un poste de gouvernante afin de surveiller le neveu d'un industriel tout juste orphelin après l'assassinat de sa mère. Mais victime d'un rapt auprès d'un mystĂ©rieux tueur, Julie et le petit Thomas vont tenter en dĂ©sespoir de cause de s'Ă©vader malgrĂ© l'odieux chantage la dĂ©signant coupable aux yeux des forces de l'ordre. Thriller Ă  suspense baignant dans le survival haletant lors de sa seconde partie, Folle Ă  tuer ne nous laisse nulle rĂ©pit en dĂ©pit de son action timorĂ©e (les fans de spectacle Ă©pileptique peuvent passer leur chemin) et d'un titre ironique fallacieux eu Ă©gard de la posture candide de la gouvernante incapable de cĂ©der Ă  la violence (si on fait fi au dĂ©part de sa rĂ©ponse punitive physiquement infligĂ©e Ă  l'enfant) et pleinement lucide de ses actes rĂ©flĂ©chis. Notamment auprès de son audacieuse habiletĂ© Ă  s'extirper des situations lĂ©tales parmi la complicitĂ© Ă©tonnamment affirmĂ©e du jeune Thomas.


Marlène Jobert occupant tout l'Ă©cran dans le corps fragile et sensuel d'une otage substituĂ©e en maman dĂ©bonnaire afin de prĂ©server la vie du bambin aussi impertinent qu'attachant lors de son Ă©volution morale Ă  la considĂ©rer avec davantage d'empathie. Quant au tueur Ă©tranger si Ă©quivoque et secret (Ă©cho Ă  la tagline susnommĂ©e); le camĂ©lĂ©on Thomas Millian se taille une carrure de crapule impassible dans sa dĂ©termination d'y supprimer otages et tĂ©moins gĂŞnants. Tant auprès des plus faibles et dĂ©munis, dans la mesure oĂą femme et enfant n'auront droit Ă  aucune clĂ©mence. Solidement mis en scène, notamment auprès de sa première partie Ă  la fois intense, indĂ©cise et ombrageuse (sorte de huis-clos sarcastique de par les rapports de soumission que les assaillants tentent d'inculquer Ă  leurs victimes), Yves Boisset ose mĂŞme transgresser certains tabous lorsque la gouvernante et l'enfant sont Ă  plusieurs reprises molestĂ©s ou humiliĂ©s (la sĂ©quences des spaghettis que Thomas est contraint de dĂ©glutir la bouche pleine) par leurs assaillants dĂ©nuĂ©s de pitiĂ© Spoiler ! (notamment auprès d'un second-rĂ´le sournois dont je tairais le nom ! fin du Spoil). Quant Ă  l'expressive force de caractère de l'enfant incarnĂ© par Thomas Waintrop, sa surprenante complĂ©mentaritĂ© avec Marlène fait mouche Ă  travers leur commun altruisme.  Notamment de par la confiance maternelle que Marlène Jobert lui suscite avec une douce sollicitude. A eux deux ils envahissent l'Ă©cran sans dĂ©border si bien que l'on suit leurs incertaines vicissitudes  avec une inquiĂ©tude sous-jacente.


Film d'acteurs (jusqu'aux formidables seconds-rĂ´les, Ă  l'instar de Victor Lanoux en chauffeur rustre et libidineux et de Michael Lonsdale en entrepreneur snobinard) habilement dirigĂ© par un cinĂ©aste rĂ©fractaire au politiquement correct (certaines scènes de violence tranchĂ©e imputĂ©es comme punition Ă  la femme ou Ă  l'enfant feront grincer aujourd'hui les dents de quelques bien-pensants); Folle Ă  tuer demeure un formidable thriller jouant avec les sentiments du spectateurs quant au sort finalement nĂ©vralgique des otages (et antagonistes). A dĂ©couvrir.   

*Bruno

Ci-joint l'avis de Thierry Alex Rogan :
Une sacré découverte !!

Grandiose !
Yves Boisset nous entraîne dans une histoire peu commune de kidnapping, machination et sur un rythme dont lui seul a le secret.
Un casting aux petits oignons, Jobert, Milian, Lanoux, Lonsdale et Bouise apporte le plus de ce Folle a tuer.
Boisset maîtrise son polar de main de maître, il arrive a filmé la violence sur l'enfant de manière choc, la rencontre entre Jobert et l'enfant est horrible, en 75 ce genre de scène soulevait moins de débat que de nos jours.
Folle a tuer aurait sans nul doute été dans mon top 10 en 1975.
Un film inoubliable...
⭐⭐⭐⭐

lundi 11 novembre 2019

Paranoiac

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Freddie Francis. 1963. Angleterre. 1h20. Avec Janette Scott, Oliver Reed, Sheila Burrell, Alexander Davion, Maurice Denham, Liliane Brousse.

Sortie salles France: 31 Juillet 1963. Angleterre: 26 Janvier 1964

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Freddie Francis est un réalisateur, directeur de photographie et scénariste britannique, né le 22 Décembre 1917 à Londres, décédé le 17 Mars 2007 à Isleworth (Royaume-Uni). 1962: La Révolte des triffides. 1963: Paranoiac. 1964: Meurtre par procuration. 1964: l'Empreinte de Frankenstein. 1965: Le Train des Epouvantes. 1965: Hysteria. 1965: The Skull. 1966: The Deadly Bees. 1966: Poupées de cendre. 1967: Le Jardin des Tortures. 1968: Dracula et les Femmes. 1970: Trog. 1972: Histoires d'Outre-Tombe. 1973: La Chair du Diable. 1973: Les Contes aux limites de la folie. 1974: Son of Dracula. 1975: La Légende du Loup-Garou. 1975: The Ghoul. 1985: Le Docteur et les Assassins. 1987: Dark Tower.


TournĂ© un an avant Meurtre par procuration, Paranoiac renoue avec autant d'efficacitĂ© avec le thriller hitchcockien sous la houlette de Freddie Francis toujours aussi inspirĂ©. Car si on est en droit de prĂ©fĂ©rer Meurtres par procuration, Paranoiac ne manque pas d'atout pour sĂ©duire Ă  nouveau le public particulièrement fĂ©ru de psycho-killer. Car habilement construite, l'intrigue Ă©maillĂ©e de rebondissements repose avant tout sur la caractĂ©risation fĂ©brile du gĂ©nial Oliver Reed se taillant une carrure erratique dans celui d'un frère cadet aux penchants alcooliques au point de sombrer dans la dĂ©mence. LittĂ©ralement transi d'Ă©moi, l'acteur habitĂ© par ses nĂ©vroses porte l'intrigue sur ses Ă©paules avec une redoutable intensitĂ© expressive eu Ă©gard de ses crises colĂ©riques incontrĂ´lĂ©es. Oliver Reed parvenant autant Ă  inquiĂ©ter qu'Ă  nous alarmer quant Ă  son Ă©volution morale escarpĂ©e dĂ©nuĂ©e d'empathie pour son entourage (Ă  l'exception de sa tante Harriet).



Le pitch: TraumatisĂ©e par la mort de ses parents et de son frère aĂ®nĂ© Tony, ElĂ©anor aperçoit lors d'une homĂ©lie ce dernier en personne. Evanouie, elle est rapidement rapatriĂ©e chez sa tante Harriet avec qui elle vit depuis sa perte parentale. Mais quelques jours plus tard, les visions d'ElĂ©anor se confirment lorsque Tony  rĂ©apparaĂ®t en lui prĂ©tendant qu'il est son vĂ©ritable frère. Impeccablement dirigĂ© auprès d'un casting très convaincant (Ă  l'instar de la fragilitĂ© dĂ©munie de Janette Scott en femme introvertie sĂ©vèrement manipulĂ©e), ParanoĂŻa joue la carte du faux semblant en inversant les rĂ´les sous l'impulsion de personnages insidieux Ă©troitement liĂ©s Ă  un hĂ©ritage. Freddie Francis privilĂ©giant la caractĂ©risation Ă©quivoque de ses protagonistes impliquĂ©s dans une discorde familiale prĂ©judiciable. Dans la mesure oĂą en levant le voile sur la vĂ©ritable identitĂ© de deux personnages, les Ă©vènements dĂ©lĂ©tères s'affirmeront plus violents et agressifs afin de taire un sombre secret. Et si l'intrigue ne rĂ©serve rien de surprenant quant au tenants et aboutissants de ces derniers se disputant l'autoritĂ©, Freddie Francis parvient efficacement Ă  maintenir l'intĂ©rĂŞt. Tant auprès de son suspense latent exploitant certains codes horrifiques que de la soliditĂ© de sa distribution au charisme prĂ©gnant.


Un bon thriller de la Hammer donc habilement dirigĂ© dans un vĂ©nĂ©neux noir et blanc. 

*Bruno

vendredi 8 novembre 2019

Hardware. Prix des Effets-Spéciaux, Avoriaz 91.

                                             
                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com 

de Richard Stanley. 1990. Angleterre. 1h34. Avec Dylan McDermott, Stacey Travis, John Lynch, William Hootkins, Iggy Pop, Carl McCoy, Mark Northover, Paul McKenzie, Lemmy, Mac McDonald, Chris McHallem.

Sortie en salles en France le 29 Mai 1991. U.S: 11 Janvier 1990

FILMOGRAPHIE: Richard Stanley est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste sud-africain nĂ© Ă  Fishhook le 22 Novembre 1966. 1990: Hardware. 1992: Le Souffle du DĂ©mon. 1996: l'Ile du Dr Moreau (remplacĂ© par John Frankenheimer). 2011: The Theatre Bizarre (segment: The Mother of Toads)


"L'homme qui veut dominer ses semblables suscite la machine androïde. Il abdique alors devant elle et lui délègue son humanité. Il cherche à construire la machine à penser, rêvant de pouvoir construire la machine à vouloir, la machine à vivre."

Film culte auprès d'une frange d'amateurs fĂ©rus d'expĂ©rience insolite,  Hardware est un incroyable ovni influencĂ© par Blade Runner, Tetsuo, American Way ou encore Terminator. InspirĂ© de son moyen-mĂ©trage Incidents in an expanding universeRichard Stanley y reprend la trame en incluant le personnage d'un robot criminel perpĂ©trant ses mĂ©faits dans un immeuble en dĂ©crĂ©pitude. A titre anecdotique apparaissent Ă  l'Ă©cran les chanteurs Iggy Pop, Lemmy Kilmister et Carl McCoy du groupe Fields of the Nephilim. Le pitchDans un dĂ©sert aride, un homme collecte quelques carcasses de mĂ©tal dont une tĂŞte de droĂŻde qu'il dĂ©cide d'offrir Ă  une amie artiste. Dans l'immeuble retranchĂ© de celle-ci, la machine profite de sa nĂ©gligence pour peu Ă  peu se reconstituer et semer le dĂ©sordre et la mort. Avec un budget low-cost et une interprĂ©tation prĂ©caire pour autant attachante, Richard Stanley  prĂ©conise pour son premier long une ambition esthĂ©tique hallucinĂ©e afin d'y dĂ©crire un climat futuriste en dĂ©gĂ©nĂ©rescence. Ainsi, sa tentative scrupuleuse de nous illustrer un univers post-apo rĂ©gi par la technologie et la pollution est restituĂ©e ici avec sens du dĂ©tail qui laisse pantois. Or, faute d'une trame Ă©tique, le rĂ©alisateur rĂ©ussit Ă  transcender ce dĂ©faut Ă  travers son parti-pris formel en perpĂ©tuel recherche  visuelle. Ainsi, Ă  travers une photo sĂ©pia teintĂ©e de filtres rouges et orangers, l'univers de pollution nous est sobrement prĂ©sentĂ© pour se focaliser ensuite dans l'intimitĂ© retranchĂ©e d'un immeuble surveillĂ© par des vigiles versatiles. Alors qu'un couple flâne dans une chambre tamisĂ©e, la dĂ©mographie externe semble indolente Ă  la vue de leur nouvelle existence post-nuclĂ©aire. Les bâtiments industriels laissant s'Ă©chapper d'Ă©tranges nappes de fumĂ©e toxiques quand bien mĂŞme les lacs contaminĂ©s y dĂ©versent l'Ă©cume d'un poison irradiĂ©.  Quant Ă  la populace atone, elle semble errer sans moralitĂ© si bien que certains d'eux se laissent vaporiser par les prises de drogue afin de fuir leur quotidiennetĂ© nĂ©crosĂ©e. 


Alors que Mo s'absente quelques temps, son amie Jill se retrouve embrigadĂ©e Ă  l'intĂ©rieur de son appartement après avoir sculptĂ© la tĂŞte et le bras d'un androĂŻde. De par ses systèmes Ă©lectroniques inertes, le droĂŻde parvient malgrĂ© tout Ă  restaurer son corps de mĂ©tal pour se rĂ©gĂ©nĂ©rer et annihiler toute prĂ©sence humaine. Ainsi donc, le faible intĂ©rĂŞt narratif de ce huis-clos illustrant le combat pour la survie entre un droĂŻde et une femme dĂ©munie est transfigurĂ© d'une mise en scène hyper inventive multipliant les cadrages alambiquĂ©s Ă  travers la foisonnement d'un montage clippesque littĂ©ralement cauchemardesque.  Richard Stanley synthĂ©tisant ici l'omniprĂ©sence de la matière mĂ©tallique, la chaleur Ă©touffante et l'Ă©lectricitĂ© pour asservir l'humanitĂ© en chute libre. Car ce robot conçu Ă  la base pour combattre l'ennemi est aujourd'hui apte Ă  se rebeller afin de prendre le contrĂ´le sur ses crĂ©ateurs rĂ©duits Ă  l'Ă©tat de torpeur. Et si son apparence hostile peut paraĂ®tre un brin mĂ©canique, sa physionomie baroque et le sens du montage parviennent parfaitement Ă  convaincre lors de ses nombreuses exactions mesquines. ReconstituĂ©e avec les moyens du bord, cette artillerie technologique fascine donc le spectateur l'entraĂ®nant dans une sorte d'expĂ©rience viscĂ©rale Ă  la fois vertigineuse et terriblement insolente (au risque peut-ĂŞtre parfois de lasser sans toutefois dĂ©crocher les yeux de l'Ă©cran). Et si l'affrontement belliqueux entre la machine et notre hĂ©roĂŻne peut paraĂ®tre futilement redondant, Richard Stanley rĂ©ussit la encore Ă  insuffler suffisamment d'efficacitĂ© de par l'ultra dynamisme du montage et sa fulgurance visuelle dĂ©diĂ©e Ă  une atmosphère aussi rubigineuse que fuligineuse. Une ambition formelle constamment bluffante donc combinant l'Ă©lectronique et le mĂ©tallique afin d'y violer nos chairs insalubres en Ă©tat de dĂ©shumanisation.


Métal Hurlant
ExpĂ©rience cybernĂ©tique sublimĂ©e par la partition synthĂ©tique de Simon BoswelHardware se dĂ©cline en trip expĂ©rimental de par son pouvoir de fascination littĂ©ralement hallucinĂ©. Car en dĂ©pit de la maigreur de son budget, d'un scĂ©nario superficiel et d'acteurs lunatiques, le rĂ©alisateur parvient avec dextĂ©ritĂ© Ă  nous immerger dans son atmosphère de pollution solaire Ă  l'humiditĂ© irrespirable. Ainsi, fĂ©ru d'astuces afin d'y palier ces dĂ©fauts prĂ©citĂ©s, ce petit mĂ©trage singulier surgit de nulle part parvient sans cesse Ă  nous captiver Ă  travers un vortex de chair insalubre et de mĂ©tal dĂ©lĂ©tère pour nous hanter Ă  jamais. Une date au demeurant Ă  redĂ©couvrir d'urgence.

*Bruno
12.07.24. 5èx. VF
08.11.19. 
01.12.11. 235 v

jeudi 7 novembre 2019

Ulysse

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Mario Camerini. 1954. Italie. 1h45. Avec Kirk Douglas, Silvana Mangano, Anthony Quinn, Rossana PodestĂ , Jacques Dumesnil, Sylvie, Daniel Ivernel.

Sortie salles France: 23 Novembre 1954. Italie: 6 Octobre 1954

FILMOGRAPHIE PARTIELLEMario Camerini est un réalisateur italien né le 6 février 1895 à Rome - mort le 4 février 1981 en Lombardie.1923 : Jolly. 1924 : La casa dei pulcini. 1924 : Saetta principe per un giorno. 1933 : Giallo. 1934 : Le Tricorne. 1934 : Come le foglie. 1935 : Je donnerai un million. 1936 : Ma non è una cosa seria. 1936 : Il grande appello. 1937 : Monsieur Max. 1938 : Battement de cœur. 1939 : Les Grands magasins. 1939 : Il documento. 1940 : Centomila dollari. 1940 : Une aventure romantique. 1941 : Les Fiancés. 1942 : L'Ombre du passé. 1943 : Je vous aimerai toujours. 1945 : Deux lettres anonymes. 1946 : L'angelo e il diavolo. 1947 : La Fille du capitaine. 1950 : Mara fille sauvage. 1951 : Due mogli sono troppe. 1952 : Une femme pour une nuit. 1953 : Les Héros du dimanche. 1954 : Ulysse. 1955 : Par-dessus les moulins. 1956 : Sœur Letizia. 1957 : Vacances à Ischia. 1959 : Premier amour. 1960 : La Rue des amours faciles. 1960 : Chacun son alibi. 1962 : Les Guérilleros. 1963 : Kali Yug, déesse de la vengeance. 1963 : Le Mystère du temple hindou. 1966 : Delitto quasi perfetto. 1971 : Io non vedo, tu non parli, lui non sente. 1972 : Don Camillo et les Contestataires.


"Cette histoire fabuleuse parle d'un monde où réalité et surnaturel coexistent, où Dieu et hommes s'affrontent. C'est le poème d'Ulysse, chanté par le grand Homère il y a 3000 ans."

Sans ĂŞtre un grand film du genre (bien qu'il cumule commercialement parlant 3 293 354 entrĂ©es dans nos contrĂ©es), Ulysse est un joli spectacle d'aventures mythologiques que l'italien Mario Camerini rĂ©alise sobrement sous l'impulsion de l'illustre Kirk Douglas. Celui-ci, comme de coutume fringant, expressif et bondissant, se taillant une carrure hĂ©roĂŻque proĂ©minente si bien que l'intĂ©rĂŞt de l'intrigue repose beaucoup sur ses Ă©paules. De par ses Ă©preuves physiques et morales qu'il doit surmonter Ă  travers de fantastiques rencontres, et ce afin de regagner son bercail. Tant auprès du fameux cyclope amateur de vin rouge (probablement l'une des sĂ©quences les plus ludiques et fascinantes car renforcĂ©e de trucages tout Ă  fait efficaces), de l'inquiĂ©tante CircĂ©e (la situation la plus envoĂ»tante lors de sa confrontation amoureuse avec Ulysse qu'elle tentera de convaincre Ă  devenir immortel), des sirènes et leurs chants maudits que de son Ă©preuve ultime avec les dissidents mĂ©galos installĂ©s dans son propre fief. Outre la modestie de sa mise en scène correctement emballĂ©e, ses dĂ©cors et sa photo oniriques, on apprĂ©cie notamment les seconds-rĂ´les antagonistes assoiffĂ©s de pouvoir dans leur opportunisme Ă  daigner Ă©craser la notoriĂ©tĂ© d'Ulysse. Quand bien mĂŞme PĂ©nĂ©lope, superbement incarnĂ©e par la douceur tĂ©nue de Silvana Mangano !) magnĂ©tise l'Ă©cran avec une amertume dĂ©senchantĂ©e quant Ă  son interminable attente d'espĂ©rer revoir son cher Ulysse dĂ©libĂ©rĂ© Ă  honorer sa condition humaine.


En dĂ©pit de son action timorĂ©e et de ses modestes pĂ©ripĂ©ties, Ulysse parvient pour autant Ă  sĂ©duire, charmer, voir mĂŞme Ă  captiver au fil d'une narration davantage scrupuleuse quant Ă  la caractĂ©risation du personnage mythologique mis Ă  Ă©preuve du courage, de la loyautĂ©, de la bravoure et de la fidĂ©litĂ© pour l'enjeu de l'amour Ă©ternel. Tant auprès de sa bien-aimĂ©e PĂ©nĂ©lope, fĂ©brile Ă  escompter son retour des annĂ©es durant, que de son fils TĂ©lĂ©maque (incarnĂ© par l'excellent Franco Interlenghi) en proie aux valeurs familiales dans sa rĂ©signation morale Ă  croire en la dĂ©fĂ©rence paternelle. A revoir avec une Ă©vidente pointe de nostalgie teintĂ©e de langueur. 

*Bruno
3èx

"Le palais d'Ulysse, les rochers de Polyphème, le sourire de Pénélope, les charmes de Circé... Tout cela n'est désormais que poussière. Mais l'immortalité que le héros a refusé de la déesse, c'est le poète qui la lui offrira. Le chant d'Homère nous restera à jamais tel le sourire d'un Dieu."