mercredi 18 août 2021

Siège / Self Defense. Prix du Meilleur Scénario, Prix de la Critique au Festival du Rex, Paris, 1984

                                           
                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Paul Donovan. 1983. Canada. 1h24/1h33 (extented version). Avec Tom Nardini, Brenda Bazinet, Darel Haeny, Jeff Pustil, Terry-David DesprĂ©s, Jack Blum, Keith Knight, Doug Lennox.

Sortie salles France: 8 AoĂ»t 1984

FILMOGRAPHIE: Paul Donovan est un scĂ©nariste, rĂ©alisateur et producteur canadien, nĂ© le 26 Juin 1954 au Canada. 1981: South Pacific 1942. 1983: Siege. 1985: Def-Con 4. 1988: Norman's Awesome Experience. 1988: The Squamish Fire (tĂ©lĂ©-film). 1989: l'Ă®le des pirates disparus. 1992: Buried on Sunday. 1993: Tomcat: Dangerous Desires. 1994: Paint Cans. 1994: Life with Billy (tĂ©lĂ©-film). 1997: Lexx (sĂ©rie tv).


Sorti en salles dans l'anonymat et discrètement Ă©ditĂ© en Vhs malgrĂ© ses deux rĂ©compenses estampillĂ©es sur la jaquette (Prix du Meilleur ScĂ©nario, Prix de la Critique au Festival du Rex Ă  Paris), Siege est une bande d'exploitation influencĂ©e par un modèle du survival, AssautLe pitchDans un bar gay, alors qu'une bande d'homophobes est entrain d'exĂ©cuter froidement cinq clients, l'un d'eux rĂ©ussit Ă  s'Ă©chapper. Parti se rĂ©fugier dans l'enceinte d'un appartement, les locataires acceptent de lui porter assistance quand bien mĂŞme les assassins viennent d'encercler la tour. Une trame d'une grande simplicitĂ© rĂ©gie autour de l'unitĂ© de temps et de lieu que Paul Donovan exploite avec la plus grande efficacitĂ©. Car nous illustrant avec minutie l'enjeu de survie imparti Ă  une poignĂ©e de locataires reclus dans leur appartement, Siege est une sĂ©rie B redoutablement percutante Ă  travers son florilège de stratĂ©gies guerrières afin de dĂ©jouer la menace. Ou comment de simples quidams vont jouer Ă  cache-cache et se transformer en justiciers perspicaces pour Ă©laborer en secret la fabrication d'armes customisĂ©es. Car faute d'une grève de police, ces tĂ©moins gĂŞnants n'auront donc comme alternatives de compter sur leur propre indĂ©pendance et le soutien d'un voisin fĂ©ru d'artillerie. 


Ainsi, en alternant l'intensitĂ© du suspense et celui de l'action ultra violente, Paul Donovan rĂ©alise un captivant survival d'autant plus immersif que la bonne volontĂ© des comĂ©diens mĂ©connus nous implique facilement dans leur dĂ©termination rebelle Ă  contrecarrer l'intrusion. Avec ces trognes de seconde zone que les amateurs affectionnent (Tom Nardini Cat BallouJeff pustil - Macabre PartyJack Blum - Happy BirthdayKeith Knight - Class 84Doug Lenox - Police Academy), Siege attise la sympathie d'une sĂ©rie B intègre ne sombrant jamais dans la redondance. Les multiplies tentatives des assaillants de pĂ©nĂ©trer dans l'appartement Ă©tant suffisamment rĂ©flĂ©chies et audacieuses pour exploiter chaque recoin du logement. On peut d'ailleurs en dire de mĂŞme pour la dĂ©marche des survivants Ă©laborant avec enthousiasme mais aussi apprĂ©hension leurs divers pièges afin de riposter plus habilement. Pour parachever, son ambiance nocturne hostile et le tempo lugubre du score monocorde renforcent le caractère horrifique de la situation de siège, d'autant plus que sa violence abrupte fait parfois froid dans le dos (l'exĂ©cution des otages illustrĂ©e en prĂ©lude, le sort rĂ©servĂ© Ă  deux locataires de l'immeuble).


OubliĂ© de tous et banni des Ă©crans TV, Siege fait parti de ses pĂ©pites indĂ©pendantes desservies par la dĂ©veine. Dans son genre marginal et pour le registre du cinĂ©ma d'exploitation, il fait pourtant office de vraie rĂ©ussite, tant auprès de son savoir-faire technique imparti au sens de l'efficacitĂ© que par le talent des comĂ©diens issus de l'Ă©cole Bisseuse. 

Remerciement Ă  Contrebande Vhs pour leur version HD.

*Eric Binford
08.07.24. 5èx. VOSTR
18.08.21.  
07.14 154 v

RĂ©compenses: Prix du Meilleur ScĂ©nario, Prix de la Critique au Festival du film fantastique du Rex Ă  Paris en 1984

L'avis de Mathias Chaput:
A mi chemin entre "Vigilante" et "Assaut" de Carpenter, "Siege" (aussi connu sous le titre "Self defense") est un modèle du polar survival qui tranche dans le lard dès l'entame, sans la moindre fioriture ni le moindre apitoiement...
D'une brutalité et d'une dureté incroyables, le film nous plonge dans un univers anxiogène au possible avec des protagonistes prêts à en découdre coûte que coûte, ponctué par des trouvailles scénaristiques qui lui valurent un prix au festival du film fantastique de Paris, car le postulat est habile et très malin, se démarquant des moults productions antérieures sur des thèmes similaires...
Tourné de nuit à 90 %, "Siège" bénéficie d'une crédibilité solide et ne fait pas dans la dentelle, rendant des passages inoubliables aux yeux des aficionados friands de polars d'action violents, le personnage de Cabe faisant passer les pires salopards du genre pour des enfants de choeur !
Inimical, déstabilisant et angoissant, le film se suit avec intérêt et les comédiens sont en roue libre, s'articulant avec une mise en scène très étudiée et remarquable, sans aucun temps mort et faisant la part belle aux effets chocs et aux situations périlleuses...
Old school (car il connaît, maîtrise et s'approprie les codes érigés par ses prédécesseurs) et moderne en même temps (il apporte une relecture cinglante, bonifiant et revigorant un genre jusqu'ici en perte de vitesse), "Siège" se dote d'un montage ultra serré dynamisant et dynamitant une intrigue qui aurait pu être simpliste voire famélique...
Avec un final glaçant et une application dans les thématiques qu'il aborde comme le courage, la survie, la fuite mais aussi le handicap, "Siège" reste un des archétypes du polar canadien des années 80 et il est sidérant que ce film n'ait jamais pu bénéficier d'un format DVD !
Un modèle du style auquel il s'apparente à visionner impérativement, "Siège" est une vraie bombe, un jeu de massacre parfaitement calibré et un métrage d'une violence hors normes...

Note : 9/10

vendredi 13 août 2021

Videodrome

                                                     
                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dvdclassik.com

de David Cronenberg. 1982. U.S.A. 1h28'52" (uncut version).Avec James Woods, Sonja Smits, Deborah Harry, Peter Dvorsky, Leslie Carlson, Jack Creley, Lynne Gorman, Julie Khaner, Reiner Schwartz, David Bolt, Lally Cadeau.

Sortie Salles France: 16 mai 1984sortie U.S.A: 28 janvier 1983

FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un rĂ©alisateur canadien, nĂ© le 15 mars 1943 Ă  Toronto (Canada. 1969 : Stereo, 1970 : Crimes of the Future, 1975 : Frissons, 1977 : Rage,1979 : Fast Company, 1979 : Chromosome 3, 1981 : Scanners, 1982 : Videodrome, 1983 : Dead Zone, 1986 : La Mouche, 1988 : Faux-semblants,1991 : Le Festin Nu. 1993 : Mr Butterfly, 1996 : Crash, 1999 : eXistenZ, 2002 : Spider, 2005 : A History of Violence, 2007 : Les Promesses de l'ombre, 2011 : A Dangerous Method
 

"Mort Ă  Videodrome, longue vie Ă  la nouvelle chair !"
Un an après l’Ă©bouriffant Scanners, David Cronenberg jette un pavĂ© dans la mare avec VidĂ©odrome, diatribe hallucinĂ©e contre la manipulation mĂ©diatique — celle qui lobotomise la rĂ©tine Ă  coups de programmes vulgaires bâtis sur le sexe et la violence. Le synopsis ? Max Renn, directeur du canal 83 spĂ©cialisĂ© dans le porno underground, met la main sur une mystĂ©rieuse cassette : VidĂ©odrome. Une Ă©mission extrĂŞme, brute, Ă  base de tortures et de viols non simulĂ©s — produit d’un projet utopique et tordu visant Ă  incarner "la nouvelle chair". L’objectif ? Immuniser l’AmĂ©rique contre la menace grandissante de puissances Ă©trangères en pleine expansion.

Ovni hallucinogène ! Objet visuel dotĂ© de vie organique ! Ĺ’uvre mutante Ă  visionner sous contrĂ´le. Ce VidĂ©odrome, si discret Ă  sa sortie, s’insinue dans notre psychĂ© par une expression visuelle inĂ©dite, fascinante et malsaine. Le scĂ©nario, d’une richesse thĂ©matique abyssale, se rĂ©vèle presque irracontable tant les faits se distordent, se fragmentent, fusionnent avec une rĂ©alitĂ© virtuelle gouvernĂ©e par un organisme totalitaire.


Un groupuscule mystique, anarchiste, infiltre les foyers via le tube cathodique, instrument technologique ultime pour renforcer une AmĂ©rique paranoĂŻaque. L’image, outil de contrĂ´le absolu, hypnotise, altère la perception, façonne des cobayes hypnotisĂ©s, Ă©pris de sensations fortes, de pulsions refoulĂ©es. Max Renn, directeur avide de provocation, entame alors un labyrinthe mental Ă  travers une conscience pervertie, un corps dĂ©formĂ©. Sa chair se mĂ©tamorphose : magnĂ©toscope humain, il devient le canal de transmission de VidĂ©odrome.

Regarder cette Ă©mission pirate, c’est risquer la tumeur cĂ©rĂ©brale. C’est s’exposer Ă  une nouvelle rĂ©alitĂ©, nĂ©e du chaos visuel, oĂą les hallucinations sensorielles surpassent la rĂ©alitĂ© tangible. Le programme vise Ă  rendre notre monde plus "rĂ©el" que la perception elle-mĂŞme — une mutation de la conscience par l’image.

Avec aplomb, James Woods incarne ce cobaye rongĂ© par l’expĂ©rience. Charismatique, caustique, transgressif, il s’enfonce dans l’abĂ®me Ă  la recherche du programme ultime. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, Deborah Harry — la voix de Blondie — se mue en amante vĂ©nĂ©neuse. SensualitĂ© trouble, goĂ»t du sadomasochisme, regard alangui en quĂŞte d’extase sadienne : elle captive, fascine, dĂ©sarme. Ensemble, ils plongent dans un cauchemar Ă©veillĂ©.

Cronenberg orchestre ici un maelström d’images dĂ©rangeantes, terrifiantes, d’une force Ă©vocatrice stupĂ©fiante : la tĂŞte de Max engouffrĂ©e dans les lèvres de Nicki surgies de l’Ă©cran organique, les coups de fouet sur une esclave sexuelle, l’arme extirpĂ©e d’un orifice ventral semblable Ă  un vagin, ou cette orgie de chairs et d’entrailles jaillissant de la tĂ©lĂ©. Et cette scène dĂ©chirante, presque prophĂ©tique, oĂą des sans-abris fixent un Ă©cran comme des junkies, hypnotisĂ©s par le vide. Les effets spĂ©ciaux de Rick Baker et Michael Lennick, d’une inventivitĂ© monstrueuse, marquent durablement, Ă  l’exception peut-ĂŞtre d’un gun mutĂ© un peu cheap Ă  son extrĂ©mitĂ© cloutĂ©e.


La nouvelle chair
Visionnaire, Cronenberg livre une rĂ©flexion glaçante sur le pouvoir de l’image, l’altĂ©ration de la rĂ©alitĂ©, le dĂ©sir de transgression, la contagion de la violence. AmplifiĂ© par le score dissonant et permanent de Howard Shore, VidĂ©odrome s’impose comme un chef-d’Ĺ“uvre avant-gardiste, lucide et inquiĂ©tant. Il touche Ă  l’intime : notre rapport Ă  la chair, Ă  la douleur, Ă  l’Ă©cran. Une expĂ©rience unique, Ă©prouvante, somatique, presque mystique, qui affecte la psychĂ© — pour peu qu’on se laisse contaminer par la "nouvelle chair", mĂ©taphore troublante de l’au-delĂ .

L’un des films les plus originaux et essentiels de l’histoire du cinĂ©ma, selon mon jugement Ă©cornĂ© par ce voyage mental plus vrai que nature. Ou presque.

*Eric Binford
13.08.2021. 5èx
10.01.2011   499 v
        

jeudi 12 août 2021

L'île du Dr Moreau

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Island of Dr. Moreau" de John Frankenheimer. 1996. U.S.A. 1h41(Director's Cut). Avec Marlon Brando, Val Kilmer, David Thewlis, Fairuza Balk, Ron Perlman, Marco Hofschneider, Temuera Morrison, William Hootkins.

Sortie salles France: 8 Janvier 1997. U.S: 23 Août 1996

FILMOGRAPHIE: John Frankenheimer est un réalisateur américain né le 19 Février 1930 à New-York, décédé le 6 Juillet 2002 à Los Angeles. 1957: Mon père, cet étranger. 1961: Le Temps du châtiment. 1962: l'Ange de la Violence. Le Prisonnier d'Alcatraz. Un crime dans la tête. 1964: 7 Jours en Mai. Le Train. 1966: Grand Prix. l'Opération Diabolique. 1968: l'Homme de Kiev. 1969: Les Parachutistes arrivent. The Extraordinary Seaman. 1970: Le Pays de la Violence. Les Cavaliers. 1973: l'Impossible Objet. The Iceman Cometh. 1975: French Connection 2. 1977: Black Sunday. 1979: Prophecy le monstre. 1982: A Armes Egales. 1985: Le Pacte Holcroft. 1986: Paiement Cash. 1989: Dead Bang. 1990: The Fourth War. 1992: Les Contes de la Crypte (Saison 4, épis 10). 1992: Year of the Gun. 1996: l'Ile du Dr Moreau. 1997: George Wallace. 1996: Andersonville (téléfilm). 1998: Ronin. 2000: Piège Fatal. 2002: Sur le Chemin de la guerre.

Naufrage artistique restĂ© dans les annales avec une prĂ©production chaotique (mĂ©sentente entre la prod et Richard Stanley, cinĂ©aste et scĂ©nariste Ă  l'origine du projet, changements d'acteurs et de rĂ©alisateur, suicide de Cheyenne Brando, fille de Marlon Brando dĂ©vastĂ© par sa disparition au point de s'exiler dans l'urgence) et un tournage houleux (divergence entre Brando et Kilmer alors que John Frankenheimer est irritĂ© par le comportement de ce dernier, modification du scĂ©nario), l'Ă®le du Dr Moreau est clairement ce un film maudit Ă  travers sa formulation Ă©culĂ©e de Remake hollywoodien tentant de rajeunir le mythe. BĂ©nĂ©ficiant d'une superbe photographie au sein d'une somptueuse nature australienne, et de formidables effets spĂ©ciaux confectionnĂ©s par le maĂ®tre Stan Winston (bien que certains mouvements des crĂ©atures accourant dans la nature font tâche Ă  travers leur facture visuelle), l'ĂŻle du Dr Moreau aurait pu ĂŞtre une bande-dessinĂ©e homĂ©rique de par son alliage d'action, d'horreur, de romance et de fantastique exotique dĂ©nonçant en filigrane notre instinct Ă  la fois primitif et destructeur d'après les travaux dĂ©mesurĂ©s d'un savant dĂ©miurge conjuguant notre ADN avec celui d'animaux. Mi-hommes, mi-crĂ©atures, ceux ci Ă©tant asservis par le Dr Moreau s'efforçant de maĂ®triser leurs pulsions sauvages Ă  l'aide d'un implant Ă©lectrique transplantĂ© sous leur peau. Mais l'arrivĂ©e d'un naufragĂ© frondeur va semer le trouble et l'anarchie au sein de la communautĂ© hybride. 

Si la première demi-heure assez prenante et convaincante nous sĂ©duit Ă  travers cette fascinante monstrueuse parade qu'Edward Douglas redoute, entre fascination et rĂ©pulsion, notamment auprès de la brutalitĂ© de Moreau martyrisant Ă  sa guise ses sujets dans sa doctrine contrairement pacifiste (avec une effrayante sĂ©quence d'accouchement !), le reste est un joyeux dĂ©lire borderline rendu quasi incontrĂ´lable. A croire que John Frankenheimer aurait quittĂ© prĂ©cipitamment le plateau pour laisser quartier libre aux casting littĂ©ralement en roue libre. Val Kilmer se ridiculisant Ă  outrance après la mort de Moreau en substituant son trĂ´ne alors que Marlon Brando occupait juste avant un poste de dictateur cabotin grimĂ© de pommade sur la tronche depuis son allergie solaire. Fort heureusement, le rythme nerveux ne laisse que peu de place Ă  l'ennui, entre 2/3 sĂ©quences involontairement cocasses ou hilarantes; si bien que la seconde partie accorde beaucoup de place Ă  l'action belliqueuse lorsque les crĂ©atures de Moreau tente d'asseoir leur autoritĂ© en dĂ©truisant tout sur leur passage. On peut Ă©galement vanter lors de quelques violences graphiques des effets gores redoutablement rĂ©alistes, Ă  l'instar du lynchage de Moreau dĂ©membrĂ© par ses monstrueuses crĂ©ations. MĂŞme David Thewlis, le hĂ©ros naufragĂ©, semble peut Ă  l'aise dans sa fonction de redresseur de tort et de tĂ©moin effarĂ© par tant de monstruositĂ©, qui plus est peu favorisĂ© par des rĂ©pliques infantiles. 


Y'a t-il un réalisateur aux commandes ?
On suit donc cette farce grotesque d'un oeil aussi curieux qu'amusĂ©, sĂ©rie B de luxe permutĂ©e en objet filmique non identifiĂ© sous couvert de Remake aseptique pimentĂ© de sauce bisseuse. 

*Eric Binford. 
2èx

Box-Office France: 249 838 entrées

mercredi 11 août 2021

Arachnophobie

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Frank Marshall. 1990. U.S.A. 1h49. Avec Jeff Daniels, Harley Jane Kozak, John Goodman, Julian Sands, Stuart Pankin, Brian McNamara, Henry Jones; 

Sortie salles France: 17 Avril 1991. U.S: 18 Juillet 1990

FILMOGRAPHIE: Frank Marshall est un producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© Ă  Los Angeles le 13 septembre 1946. 1990 : Arachnophobie. 1992 : Les Survivants. 1993 : Johnny Bago - Saison 1, Ă©pisode 3. 1995 : Congo. 1998 : De la Terre Ă  la Lune (From the Earth to the Moon) - Épisode 6. 2006 : Antartica, prisonniers du froid.

Première rĂ©alisation de Frank Marshall, un habituĂ© des divertissements hollywoodiens "grand public", bien que sa filmo demeure timorĂ©e en terme prolifique, Arachnophobie surprend Ă  la revoyure par son parti-pris rĂ©aliste. Si bien que celui-ci exploite très efficacement Ă  l'Ă©cran de vĂ©ritables araignĂ©es, bien que certaines, plus grosses, sont simulĂ©es par animatronic sans que cela n'interfère la crĂ©dibilitĂ© des Ă©vènements soigneusement dĂ©peints. Par consĂ©quent, ce qui force le respect Ă  travers cette production  lucrative (Spielberg en est l'un des mĂ©cènes) dĂ©coule de sa sobriĂ©tĂ© Ă  ne jamais cĂ©der Ă  l'esbroufe ou Ă  l'outrance en se jouant de la peur viscĂ©rale des araignĂ©es au compte-goutte. Le film efficacement structurĂ© prenant d'abord son temps Ă  dĂ©velopper la personnalitĂ© de ses personnages (un mĂ©decin arachnophobe, son Ă©pouse et ses enfants, le shĂ©rif du coin, le praticien sclĂ©rosĂ© refusant au denier moment de prendre sa retraite, l'exterminateur d'araignĂ©es que John Goodman endosse avec une ironie sardonique plaisamment cocasse) au sein d'une aimable bourgade rurale oĂą tout le monde s'y cĂ´toie dans le partage, le respect et la bonne humeur. C'est donc Ă  travers l'emmĂ©nagement du mĂ©decin et de sa famille dans leur maison campagnarde que l'intrigue tisse progressivement sa toile au grĂ© de morts suspectes en nombre grandissant. 

Frank Marshall instaurant un suspense exponentiel Ă  chaque sĂ©quence alerte lorsqu'une petite araignĂ©e (exportĂ©e du Venezuela nous dĂ©crira son magnifique prologue Ă  travers ses vastes panoramas naturels !) est sur le point d'alpaguer sa future victime par une piqure mortelle. Sa proie trĂ©passant d'un arrĂŞt cardiaque en un temps furtif ! Ainsi, en dosant efficacement l'angoisse des situations de stress typiquement Hitchcockienne, Frank Marshal parvient Ă  susciter une vĂ©ritable apprĂ©hension viscĂ©rale en la prĂ©sence fascinante de ses araignĂ©es morbides rampant sournoisement sur les sols. Celui-ci exploitant notamment la diversitĂ© de situations d'apparence tranquille (un terrain de foot et leurs joueurs, une fille sous la douche, un couple âgĂ© dans son salon, le mĂ©decin reclus dans sa grange pour combattre sa phobie puis sa confrontation avec la reine dans la cave, la chambre des bambins) auquel les victimes y feront les frais d'une araignĂ©e passĂ©e maĂ®tre dans l'art d'agripper leur proie d'une estocade mortelle. Bien que par intermittence il ne s'agissait en fait que d'une fausse alerte par le principe Ă©culĂ© de l'humour noir que le spectateur redoute instinctivement. Quand au final paroxystique, on surfe sur le mode catastrophe lorsque le mĂ©decin et sa famille sont envahis par les araignĂ©es au sein de leur cocon domestique. Un point d'orgue d'effroi dĂ©cuplant sans modĂ©ration les moments de stress et les offensives humaines par le biais de mains secourables, experts en entomologie ou en dĂ©sintĂ©gration criminelle. 

A travers ses notes fantaisistes plutĂ´t efficaces et quelques personnages extravagants Ă©gayant un peu  l'atmosphère, Frank Marshall n'en perd jamais le fil d'une angoisse palpable avant les confrontations de terreur oppressante que de simples araignĂ©es (rĂ©elles !!!) parviennent Ă  distiller Ă  l'Ă©cran avec un rĂ©alisme viscĂ©ral. C'est ce qui fait la principale rĂ©ussite de cet intelligent divertissement horrifique aussi mesurĂ© dans le jeu tranquille des acteurs que vĂ©ritablement jouissif lors de ces nombreux effets de terreur phobiques. A redĂ©couvrir sans rĂ©serve. 

*Eric Binford
3èx

Récompense: Prix du meilleur film d'horreur et du meilleur acteur pour Jeff Daniels, ainsi que nomination au prix du meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleur second rôle masculin (John Goodman), par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1991.

mardi 10 août 2021

La Créature du Cimetière / "Graveyard Shift"

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Ralph S. Singleton. 1990. U.S.A. 1h26. Avec David Andrews, Kelly Wolf, Stephen Macht, Andrew Divoff, Vic Polizos, Brad Dourif. 

Sortie salles France: 19 Juin 1991. U.S: 26 Octobre 1990

FILMOGRAPHIE: Ralph S. Singleton et un réalisateur et producteur américain né le 22 Mars 1940 dans le Massachusetts, USA. 1990: La créature du cimetière. 1985-1986 Cagney et Lacey (TV Series) (2 episodes) - The Marathon (1986) - Organized Crime (1985).


"Conspué à l'époque, faute de sa mention bankable : "d'après Stephen King", ce sympathique divertissement mineur est sauvé par son ambiance méphitique ainsi que l'apparence repoussante du monstre organique."
 
TirĂ© d'une nouvelle de Stephen King, la CrĂ©ature du Cimetière fut conspuĂ© par la critique et le public dès sa sortie en dĂ©pit de sa sĂ©lection au Festival d'Avoriaz (bien qu'il repartit bredouille). Probablement Ă  cause de la rĂ©putation notoire de l'Ă©crivain Ă  crĂ©er des histoires singulières au sein d'un contexte contemporain, la CrĂ©ature du Cimetière se solda inĂ©vitablement par un Ă©chec. Car il faut bien avouer que l'intrigue linĂ©aire ne nous invoque aucune surprise au fil d'un cheminement prĂ©visible que l'on connait par coeur. Quand bien mĂŞme les protagonistes au QI de moineau se brocardent Ă  n'en plus finir dans leur inlassable traque contre un rat mutant, histoire d'Ă©gayer l'aventure dĂ©nuĂ©e de rebondissements (si ce n'est le revirement criminel d'un personnage). Or, la CrĂ©ature du Cimetière possède nĂ©anmoins deux qualitĂ©s factuelles ! La première Ă©mane de son climat glauque permĂ©able que le rĂ©alisateur ne cesse de mettre en exergue durant toute l'intrigue Ă  l'aide d'une photo sĂ©pia se prĂŞtant harmonieusement Ă  l'ambiance dĂ©lĂ©tère de l'usine de textile. Un dĂ©corum sĂ©culaire insalubre soigneusement exploitĂ© sous toutes les coutures, tant au rez-de-chaussĂ©e que dans l'immense sous-sol, repère domestique de la crĂ©ature avec ces charniers de cranes et de squelettes humains. 


Quant au second point qualitatif, la crĂ©ature confectionnĂ©e Ă  l'artisanale parvient Ă  crĂ©er son effet de fascination morbide ! Notamment grâce Ă  l'habiletĂ© du rĂ©alisateur filmant au compte goutte les diverses parties de son anatomie afin de renforcer le mystère de son indicible morphologie. Un corps polymorphe que l'on peine d'identifier mais qui parvient vĂ©ritablement Ă  susciter un dĂ©goĂ»t organique Ă  l'aide d'un climat rubigineux aux relents fĂ©tides. Ainsi, en jouant sur l'attente des apparitions du monstre, le rĂ©alisateur instaure un menu suspense avant les diverses effets de surprise du monstre toujours mieux dĂ©voilĂ© au grĂ© de pĂ©ripĂ©ties plus musclĂ©es. On peut Ă©galement dĂ©noter en restant sur la mĂŞme ligne de conduite malsaine quelques effets chocs gorasses assez rĂ©pulsifs lorsque les victimes y font les frais de la crĂ©ature gloutonne de taille disproportionnĂ©e. Des membres arrachĂ©s ou broyĂ©s que le cinĂ©aste prend plaisir Ă  filmer avec une certaine efficacitĂ© formelle. Pour autant, ne comptez pas sur lui pour nous dĂ©voiler les origines de son rat mutant confinĂ© Ă  proximitĂ© d'un cimetière, tant et si bien que l'action de l'intrigue ne tourne qu'autour des affrontements, physiques et psychologiques, entre ouvriers et leur contremaĂ®tre Ă  tenter de se dĂ©barrasser quotidiennement des rats qui envahissent l'usine. 


B movie mineur du Samedi soir car Ă©tique, agrĂ©ablement maladroit, bâclĂ© et superficiel, la CrĂ©ature du Cimetière demeure malgrĂ© tout un sympathique film d'ambiance en compagnie d'attachants protagonistes jouant les dĂ©cervelĂ©s avec un charisme bisseux (mĂŞme le hĂ©ros naĂŻf parvient Ă  injecter une expression amiteuse en redresseur de tort malgrĂ© lui). Si bien qu'au fil des revoyures, cette commande horrifique imprime aujourd'hui un charme vintage Ă  travers son Ă©tonnante facture malsaine d'y vanter les exactions du rat pestilentiel "d'origine inconnue" ! (calembour Ă©videmment dĂ©libĂ©rĂ©, rĂ©servĂ© Ă  la gĂ©nĂ©ration 80 ^^).  

*Eric Binford
18.02.26. 4èx. VF

lundi 9 août 2021

La Nuée. Prix de la critique, Prix du Public, Gérardmer 2021.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Just Philippot. 2020. France. 1h42. Avec Suliane Brahim, Sofian Khammes, Marie Narbonne, Raphael Romand, Victor Bonnel, Vincent Deniard, Christian Bouillett

Sortie salles France: 16 Juin 2021

FILMOGRAPHIEJust Philippot est un rĂ©alisateur français nĂ© le 18 FĂ©vrier 1982. 2020: La NuĂ©e. 

Une fois n'est pas coutume, un film Fantastique noble, adulte, intelligent, dĂ©pouillĂ©, sincère, sans fioriture, ne court surement pas les rues en ces temps de remakes / reboot tentant de rameuter le jeune public sevrĂ© aux produits mainstream parmi lesquels Anabelle, La Nonne, La MalĂ©diction de la dame Blanche et j'en passe. Si bien que pour une première rĂ©alisation, Just Philippot rend ses lettres de noblesse au Fantastique Ă©thĂ©rĂ© que l'on croirait extirpĂ© des annĂ©es 80, notamment auprès de sa facultĂ© Ă  rendre fascinant un contexte horrifique des plus dĂ©rangeants. C'est dire si La NuĂ©e joue dans la cour (indĂ©pendante) des grands Ă  imposer un rĂ©cit irrationnel constamment inquiĂ©tant en privilĂ©giant la psychologie tourmentĂ©e des protagonistes en proie Ă  une menace Ă©colo meurtrière. Ces derniers, une mère et ses 2 ados, tentant de survivre dans leur ferme en Ă©levant des sauterelles de bien Ă©trange manière. Mais chut, n'en dĂ©voilons pas plus, disons que La NuĂ©e prend tout son temps Ă  planter son univers rural et ses personnages familiaux tentant de se reconstruire Ă  la suite de la mort du paternel. Just Philippot nous radiographiant au compte goutte la dĂ©liquescence vĂ©reuse d'une agricultrice sujette Ă  la prĂ©caritĂ© mais dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  retrousser ses manches pour rentabiliser dans l'Ă©levage de sauterelles. 

Ainsi, Ă  travers l'unitĂ© familiale de ses protagonistes aussi vrais que dĂ©pouillĂ©s, Just Philippot les dirigent admirablement pour se familiariser auprès d'eux avec une empathie prĂ©dominante. Sa progression dramatique parfaitement planifiĂ©e nous rĂ©servant des situations frissonnantes dĂ©nuĂ©es de concession Ă  travers la menace de ces sauterelles filmĂ©es en gros plan et sous toutes les coutures. Qui plus est Ă©paulĂ© d'une bande-son dissonante auprès de la vibration de leurs mouvements lorsqu'ils sont confinĂ©s dans les serres, leur posture erratique nous provoque une apprĂ©hension malaisante. Car aussi improbable soit son pitch singulier, La NuĂ©e instaure un pouvoir de fascination de par sa vĂ©racitĂ© Ă  nous faire croire Ă  l'incongru sous l'impulsion de ses personnages se dĂ©menant avec force et fragilitĂ© contre l'incomprĂ©hension. Le rĂ©alisateur ayant recrutĂ© des comĂ©diens mĂ©connus au physique ordinaire en leur dictant des rĂ©pliques naturelles rĂ©fractaires Ă  l'Ă©locution théâtrale (rare pour ne pas le souligner). Notamment auprès des deux ados incroyablement justes dans leur spontanĂ©itĂ© Ă  chĂ©rir leur mère, telle une copine, ou au contraire Ă  s'en mĂ©fier au fil d'une dĂ©rive morale davantage opaque. Just Philippot retardant au maximum les effets chocs en privilĂ©giant leur dimension humaine dĂ©munie, une cellule familiale au bord du marasme lorsque la mère ne parvient plus vraiment Ă  distinguer le bien du mal par peur du chĂ´mage.  

Grâce Ă  sa qualitĂ© d'Ă©criture narrative, Ă  son Ă©lĂ©gante facture formelle et Ă  ses personnages bien dessinĂ©s, La NuĂ©e Ă©lève le genre Fantastique Ă  son statut le plus intègre en suscitant lestement l'apprĂ©hension au grĂ© d'une intensitĂ© dramatique toujours plus Ă©prouvante. Le profil Ă©quivoque imparti Ă  cette agricultrice maternelle nous rĂ©servant un dĂ©rangeant portrait de femme en perte de repères moraux faute de sa crainte de l'Ă©chec. GĂ©rardmer ne s'y sera pas trompĂ©, leurs Prix de la Critique et du Public ne sont point usurpĂ©s alors qu'il s'agit d'une production 100% française ! Comme quoi nous sommes parfois capable du meilleur avec de petites oeuvres indĂ©pendantes pour qui le genre est un sacerdoce. 

*Eric Binford

Récompenses

Festival international du film de Catalogne 2020 (Sitges):
Prix spécial du jury
Meilleure actrice pour Suliane Brahim

Festival international du film fantastique de Gérardmer 2021:
Prix de la critique
Prix du public

vendredi 6 août 2021

Tremblement de Terre

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Earthquake" de Mark Robson. 1974. U.S.A. 2h02. Avec Charlton Heston, Ava Gardner, George Kennedy, Lorne Greene, Geneviève Bujold, Richard Roundtree, Marjoe Gortner, Victoria Principal,  Walter Matthau.

Sortie salles France: 12 FĂ©vrier 1975. U.S: 15 Novembre 1974

FILMOGRAPHIEMark Robson est un rĂ©alisateur et monteur canadien qui fit carrière aux États-Unis, nĂ© Ă  MontrĂ©al (Canada) le 4 dĂ©cembre 1913, mort Ă  Londres (Angleterre), le 20 juin 1978. 1943 : La Septième Victime. 1943 : Le Vaisseau fantĂ´me. 1944 : Youth Runs Wild. 1945 : L'ĂŽle des morts. 1946 : Bedlam. 1949 : Le Champion. 1949 : Roughshod. 1949 : La Demeure des braves. 1949 : TĂŞte folle. 1950 : La Marche Ă  l'enfer. 1951 : La Nouvelle Aurore. 1951 : Face Ă  l'orage. 1953 : Retour au Paradis. 1954 : Les Ponts du Toko-Ri. 1954 : L'Enfer au-dessous de zĂ©ro. 1954 : Phffft! 1955 : Le Procès. 1955 : Hold-up en plein ciel. 1956 : Plus dure sera la chute. 1957 : Les Plaisirs de l'enfer. 1957 : La Petite hutte. 1958 : L'Auberge du sixième bonheur. 1960 : Du haut de la terrasse. 1963 : Pas de lauriers pour les tueurs. 1963 : Ă€ neuf heures de Rama. 1965 : L'Express du colonel Von Ryan. 1966 : Les Centurions. 1967 : La VallĂ©e des poupĂ©es. 1969 : La BoĂ®te Ă  chat. 1971 : Happy Birthday, Wanda June. 1972 : Limbo. 1974 : Tremblement de terre. 1978 : Avalanche Express. 

Premier film catastrophe Ă  utiliser le procĂ©dĂ© Sensurround (effets de vibration que les spectateurs ressentaient sur leur siège au moment des secousses sismiques), Tremblement de Terre fut un gros succès international grâce Ă  ces effets-spĂ©ciaux particulièrement rĂ©alistes, mĂŞme encore aujourd'hui. Car si on peut relever sur certains plans quelques maquettes ici et lĂ  (autrement plus convaincantes qu'un KaijĹ«), les nombreuses sĂ©quences de destruction massive demeurent toujours impressionnantes par leur rĂ©alisme cauchemardesque. Pour autant, Tremblement de Terre ne demeure pas du niveau qualitatif de ses homologues (imputrescibles) La Tour Infernale et l'Aventure du PosĂ©idon, aussi charismatique soit-il. La faute incombant Ă  une absence flagrante de suspense lors des sĂ©quences de sauvetage, bien que sa dernière demi-heure rehausse le niveau lorsque Charlton Heston tente de sauver ses 2 maĂ®tresses conjugales dans le sous-sol d'un immeuble peu Ă  peu envahi d'eau. Tant et si bien que l'on s'Ă©tonne Ă©galement de sa conclusion dramatique imposĂ©e par Heston himself afin sans doute de rehausser l'aspect tragique de la catastrophe implantĂ©e en plein coeur de Los Angeles. Ainsi, Tremblement de Terre pâtit de plusieurs sĂ©quences de sauvetage impressionnantes ou haletantes mais dĂ©nuĂ©es d'intensitĂ© affolante (mĂŞme si certains moments de survie prĂ©caire y font leur petit effet d'apprĂ©hension). A l'instar de cette situation hĂ©roĂŻque un peu trop rapidement expĂ©diĂ©e lorsque le Sgt. Lew Slade (excellement endossĂ© par George Kennedy de par sa force tranquille et de suretĂ©) porte secours Ă  une jeune femme Ă  la suite d'une tentative de viol commise par un militaire rendu psychotique depuis le contexte cataclysmique. 

Fort heureusement, Tremblement de Terre possède nĂ©anmoins une patine symptomatique des Seventies, dans la mesure oĂą le film s'avère solidement rĂ©alisĂ© et interprĂ©tĂ© (sacrĂ©es gueules charismatiques de la grande Ă©poque !) en prime d'ĂŞtre formellement fascinant (Oscar des Effets Visuels Ă  l'Ă©poque). Mark Robson parvenant Ă  diriger ses acteurs avec savoir-faire, notamment auprès d'un habile montage scrupuleusement Ă©tabli en fonction des rĂ©actions censĂ©es de chaque personnage, jusqu'aux figurants  d'arrière plan. Charlton Heston monopolisant Ă©videmment l'Ă©cran en hĂ©ros volontaire s'Ă©vertuant Ă  sauver le plus de personnes possible en compagnie du sergent Lew Slade avec qui il rĂ©serve une franche complĂ©mentaritĂ© solidaire. On peut Ă©galement louer le jeu parfaitement convaincant de Victoria Principal (Dallas) dans un rĂ´le secondaire de plantureuse jeune femme s'attirant les avances d'un militaire pathologiquement monomane si j'ose dire (Marjoe Gortner demeurant habitĂ© par son personnage de tortionnaire criminel faute de son homosexualitĂ© refoulĂ©e). Quant Ă  la star Ava Gardner jouant l'Ă©pouse trompĂ©e avec un tempĂ©rament borderline (sa fausse tentative de suicide), elle nous provoque une attention soutenue lors de ses moult tentatives Ă  reconquĂ©rir son compagnon Ă©pris de la jeune Denise Marshall que Geneviève Bujold incarne avec un naturel quelque peu dĂ©complexĂ©e lorsqu'elle s'adresse sereinement Ă  lui pour le courtiser. On peut enfin relever Ă  travers ce spectacle grandiose de surprenante pointes d'humour pour le genre catastrophe en la prĂ©sence de Walter Matthau en ivrogne invĂ©tĂ©rĂ© incapable de se soucier de son prochain et encore moins de sa personne lors de l'Ă©vènement sismique ou lors d'une bagarre de billard. Le type accoudĂ© au bar poursuivant sa compĂ©tition Ă©thylique comme si de rien n'Ă©tait alors que le chaos s'acharne peu Ă  peu autour de lui.

Sans toutefois nous passionner pour nous immerger de plein fouet auprès du dĂ©sarroi des survivants; Tremblement de Terre reste nĂ©anmoins un bon film catastrophe sauvĂ© par ses nombreux effets spĂ©ciaux souvent convaincants, sa rĂ©alisation appliquĂ©e Ă©paulĂ©e de moyens considĂ©rables et son cast 3 Ă©toiles  irrĂ©prochable que les fans des annĂ©es 70 auront bougrement plaisir Ă  retrouver. 

*Eric Binford
4è

Anecdotes (info Wikipedia): Trois autres films : La Bataille de Midway (1976), Le Toboggan de la mort (1977) et Galactica (1978), utilisèrent également l'effet "Sensurround" ; mais les nuisances sonores qu'il provoquait dans les salles et immeubles voisins n'encouragèrent pas la poursuite de l'exploitation du système qui était en outre facturé très cher aux exploitants.

Récompenses:
Oscar du meilleur son : Ronald Pierce, Melvin Meldalfe Sr.
Oscar des meilleurs effets visuels : Frank Brendel, Glen Robinson, Albert Whitlock.

jeudi 5 août 2021

Limbo

Photo empruntĂ©e sur Facebook 

de Soi Cheang. 2021. Hong-Kong. 1h57. Avec Gordon Lam, Mason Lee, Yase Liu, Hiroyuki Ikeuchi, Fish Liew. 

Sortie salles France: ?

FILMOGRAPHIESoi Cheang Pou-soi (chinois simplifiĂ© : 鄭保瑞 ; pinyin : Cheang Pou-soi), nĂ© le 11 juillet 1972 Ă  Macao, est un rĂ©alisateur hongkongais. 2000 : Diamond Hill. 2001 : Horror Hotline... Big Head Monster. 2002 : New Blood. 2003 : The Death Curse. 2004 : Love Battlefield. 2004 : Hidden Heroes. 2005 : Home Sweet Home. 2006 : Dog Bite Dog. 2007 : Coq de combat. 2009 : Accident. 2012 : Motorway. 2014 : The Monkey King. 2015 : SPL 2 : A Time for Consequences. 2016 : The Monkey King. 2018 : The Monkey King 3. 2021 : Limbo. 

Coup de poing dans l'estomac issu de Hong-Kong, Limbo est la nouvelle rĂ©fĂ©rence du film de serial-killer afin de ne pas tourner autour du pot. Entièrement tournĂ© dans un noir et blanc glacĂ©, Limbo est tout d'abord une pure merveille formelle pour qui raffole des ambiances glauques et macabres au confins de l'apocalypse. C'est simple, et selon mon jugement de valeur, je n'avais pas contemplĂ© une oeuvre aussi gĂ©nialement dĂ©corĂ©e depuis le mastodonte Blade Runner de Ridley Scott auquel on peut peut-ĂŞtre y porter certaines allusions Ă  travers quelques vues d'ensemble (fantasmagoriques) surplombant l'immensitĂ© d'immeubles high-tech Ă  la luminositĂ© nocturne. Le rĂ©alisateur se chargeant de transfigurer son cadre urbain de tous les dangers Ă  l'aide d'une armada de dĂ©tails morbides et insalubres quant aux dĂ©tritus, sacs d'ordures et dĂ©chets hĂ©tĂ©roclites qui inondent les ruelles malfamĂ©es. Par consĂ©quent, au sein de ce no man's land ravagĂ© de prĂ©caritĂ©, 2 flics, l'un expĂ©ditif, l'autre rĂ©flĂ©chi, vont unir leur force pour mettre un terme au dangereux serial-killer adepte des mains tranchĂ©es. Et parmi ce triangle maudit, une junky paumĂ©e fraĂ®chement sortie de taule aura fort affaire avec ces derniers Ă  travers une traque infernale, tĂ©moin et indic malgrĂ© elle de règlements de compte en tous genres qu'elle subira telle une enfant martyr. Ultra violent, poisseux et escarpĂ© de par sa manière tranchĂ©e d'y molester la junky sans modĂ©ration (tant auprès des flics dĂ©boussolĂ©s, des dealers rancuniers que du serial-killer mĂ©thodique),  Limbo est une Ă©preuve de force que le spectateur subit de plein fouet Ă  travers son impuissance de ne porter secours au divers protagonistes. Quand bien mĂŞme Soi Cheang ne cède jamais Ă  la complaisance pour nous heurter ou renchĂ©rir dans l'horreur des situations malaisantes parfois Ă  la limite du supportable. 

A l'instar de son final de fou furieux (mĂŞme si outrĂ© dans les confrontations barbares Ă  rĂ©pĂ©tition) d'une intensitĂ© exponentielle Ă  bout de souffle que le spectateur endure avec une apprĂ©hension suffocante. C'est dire si le vĂ©risme de sa mise en scène (oh combien) stylisĂ©e et le jeu rigide des acteurs nous fascine Ă  travers une scĂ©nographie anxiogène que l'on croirait extirpĂ©e d'un enfer futuriste. Le rĂ©alisateur prenant notamment soin d'y filmer, en mode tarabiscotĂ©e, des panoramas urbains aussi dantesques que vertigineux. Ainsi donc, cette plongĂ©e en enfer davantage humectĂ©e demeure une course contre la montre afin de retrouver le fameux responsable des meurtres en sĂ©rie que les protagonistes combattent avec autant de crainte que de rĂ©signation. Quand bien mĂŞme la junky sur le fil du rasoir affrontera au mĂŞme instant un parcours du combattant, entre rĂ©silience et vaillance Ă  perdre haleine, quitte Ă  y perdre la raison face au dĂ©chaĂ®nement de violence (anthologique !) qui s'ensuit sans vergogne. Et si l'intrigue demeure simpliste, voire sans surprise, tout ce que le rĂ©alisateur parvient Ă  bâtir autour de ses personnages relève de l'exploit, d'une sorte d'expĂ©rience sensorielle en concertation avec le macabre. Ce qui relève du jamais vu dans un thriller Ă  suspense qui plus est entièrement monochrome afin de renforcer son sentiment d'insĂ©curitĂ© Ă©minemment crĂ©pusculaire. Si bien qu'un sentiment d'ivresse tacite nous accompagne en route Ă  travers cette fulgurance visuelle bien Ă  part, pour ne pas dire inusitĂ©e lorsque l'on est sensible au climat horrifique en acuitĂ© Ă©motionnelle Ă©prouvante. A l'instar de la condition torturĂ©e de l'hĂ©roĂŻne infrĂ©quentable absolument poignante puis bouleversante dans sa capacitĂ© Ă  endurer les coups en dĂ©pit de sa fragilitĂ© physique et de sa nĂ©vralgie morale. Quant au tueur en sĂ©rie, sournois et laconique, lĂ  aussi le rĂ©alisateur parvient Ă  crĂ©dibiliser son profil et ses terrifiants mĂ©faits Ă  travers les thèmes de la religion et de la famille en connivence avec les meurtres dĂ©peints. Un assassin impitoyable pour autant aimant (et donc humaniste !) Ă  quelques occasions intimes avec sa victime fĂ©tiche. Mais psychologiquement terrifiant lorsqu'il se dĂ©cide de passer Ă  l'acte de la dĂ©raison criminelle avec une force physique outre-mesure. Alors que son physique quelque peu ordinaire nous trouble la vue par le biais d'un regard Ă  la fois neutre et docile. 

La Petite fille au bout du Chemin.
Perle noire du thriller poisseux Ă  trĂ´ner auprès des plus belles rĂ©ussites du genre (l'Etrangleur de Boston, Seven, Le Silence des Agneaux, l'Etrangleur de Rillington Place, Prisoners, The Chaser, Que dios nos perdone, Le Voyeur, le 6è Sens et quelques autres), Limbo est le genre d'Ă©preuve morale, Ă©motionnelle et sensorielle ne ressemblant Ă  nul autre mĂ©trage. Il demeure donc incontournable Ă  travers sa facultĂ© innĂ©e de nous immerger dans un enfer urbain dĂ©senchantĂ© oĂą l'apocalypse ne demande qu'Ă  y Ă©merger !

Merci à George Abitbol pour la découverte

*Eric Binford

La Nonne et les 7 pécheresses

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ernst Ritter von Theumer (Richard Jackson). 1972. Italie/Allemagne de l'Ouest. 1h11 / 1h32. Avec Monica teuber, Vonetta McGee, Mara Krup (pour une poignée de dollars), Ivana Novak, Tony Kendall, William Berger et Gordon Mitchell.

Sortie salles Italie; 25 Mai 1972

FILMOGRAPHIE: Ernst Ritter von Theumer est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et  producteur autrichien nĂ© le 5 Septembre 1926 Ă  Vienne. 1987: Hell Hunters.  1985 Chaleur rouge (uncredited).  1984 Les guerriers de la jungle. 1979 Die Totenschmecker. 1972 La nonne et les sept pĂ©cheresses (as Richard Jackson). 1967 Le baron vampire. 1965: 001 destination JamaĂŻque. 1962 Les hyènes chassent la nuit. 1961 In der Hölle ist noch Platz.

Pur produit d'exploitation 100% Grindhouse, La Nonne et les 7 pĂ©cheresses se dĂ©cline en spectacle du samedi soir que l'on frĂ©quentait dans les cinĂ©mas de quartier. RĂ©alisĂ© par l'autrichien Ernst Ritter von Theumer (le Baron Vampire), l'intrigue, littĂ©ralement improbable, suit la fuite dĂ©sordonnĂ©e de taulardes dans les contrĂ©es africaines parmi la faible autoritĂ© d'une nonne tentant maladroitement de les remettre sur le droit chemin. Ainsi, durant leur traque chaotique semĂ© de kidnappings et de cadavres, elles n'auront de cesse d'ĂŞtre pourchassĂ©es par des trafiquants de traite des blanches et des arabes, violeurs misogynes (dont un nabot sadique adepte du fouet !). Complètement foutraque, faute d'un montage bordĂ©lique que Roger Corman supervisa pour son exploitation Outre-Atlantique en le raccourcissant de 20 minutes, La Nonne et les 7 pĂ©cheresses n'est qu'un gĂ©nĂ©reux prĂ©texte pour satisfaire les bas instincts du spectateur embarquĂ© dans une improbable traque entre prisonnières frondeuses et phallocrates dans le dĂ©sert de l'Afrique du Nord. TruffĂ© d'actions, de tortures (en mode flagellations), de vulgaritĂ©, de dialogues primaires, de gueules puantes, de seins nus et de fesses Ă  l'air, cette sĂ©rie B Ă©tonnamment ludique ne nous ennuie guère Ă  travers son rythme trĂ©pidant d'une action Ă  la fois haletante et sanglante que le rĂ©alisateur exploite jusqu'Ă  redondance. 

Et ce sans jamais y éprouver une quelconque lassitude, notamment lorsque celui-ci exploite efficacement ses splendides décors naturels que l'on croirait issus d'une grosse production ricaine. Sans compter que les comédiens à la trogne parfois familière se prêtent au jeu de l'aventure et au goût du risque avec une fougue assez communicative de par leur charisme franchement bisseux (mâchoire serrée, mitraillette à la main !). Outre la gratuité métronome de ses provocations SM et érotomanes amorcés par des mâles en rut, on se distrait autant de ses situations capillotractées lorsque certains antagonistes (ou héroïnes) adoptent un revirement nonsensique dans leur posture schizo. Quand bien même son final calqué sur le jeu de massacre de La horde Sauvage adopte une inopinée tournure dramatique sans que le spectateur y éprouve de l'effarement faute de son absence de réalisme (on est clairement dans une sorte de western cartoonesque pour adultes) et de sa moisson de rebondissements dénués de crédibilité. Pour l'autant, l'action permanente, la bonhomie des donzelles farouches jouant les guerrières suicidaires et l'insolence des phallocrates sans vergogne parviennent à y instaurer un charmant climat de délire décomplexé propre aux bisseries des seventies.

Evidemment mineur, elliptique (pour le montage d'1h11 dont la violence et la nuditĂ© restent toutefois intĂ©grales) et savoureusement maladroit, La Nonne et les 7 pecheresses ne dĂ©mĂ©rite nullement Ă  nous imposer un divertissement trivial pĂ©tri de gĂ©nĂ©rositĂ© et de sincĂ©ritĂ© de la part d'un auteur en roue libre s'amusant comme un gosse avec ses joujous belliqueux. A dĂ©couvrir. 

Remerciement Ă  Warning Zone pour sa splendide version 1080P

*Eric Binford

mercredi 4 août 2021

Blood Red Sky

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Peter Thorwarth. 2021. U.S.A/Allemagne. 2h05. Avec Peri Baumeister, Carl Anton Koch, Alexander Scheer, Kais Setti, Gordon Brown, Dominic Purcell. 

Diffusé sur Netflix le 23 Juillet 2021

FILMOGRAPHIEPeter Thorwarth est un acteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste allemand, nĂ© le 3 Juin 1971 Ă  Dortmund. 2021: Blood Red Sky.  2019 Der letzte Bulle. 2014 Nicht mein Tag. 2006 Goldene Zeiten.  2002 Was nicht passt, wird passend gemacht. 1999: Bang Boom Bang - Ein todsicheres Ding. 1998: Die zwei beiden vom Fach (TV Movie). 


Chronique express

A peine influencĂ© par l'intro du splendide L'Avion de l'Apocalypse, en remplaçant les zombies (infectĂ©s) par des vampires, Blood Red Sky Ă©tale ce concept transalpin sur 2h05 avec pas mal d'efficacitĂ© quant Ă  la première heure quinze fertile en suspense, rebondissements et tension constamment soutenus. On apprĂ©cie Ă©galement la judicieuse idĂ©e d'une vampire, victime malgrĂ© elle, contrainte de se substituer en hĂ©roĂŻne de dernier ressort pour venir Ă  bout de la prise d'otages Ă  bord de l'avion. Le rĂ©alisateur relaçant constamment l'action des enjeux humains Ă  l'aide d'idĂ©es et de pĂ©ripĂ©ties retorses, tout en exploitant de fond en comble les dĂ©cors  restreints de l'avion. LĂ  oĂą ça se gâte dĂ©coule des 40 dernières minutes cĂ©dant trop facilement aux conventions de la surenchère si bien que l'on finit par dĂ©crocher par son outrance racoleuse en dĂ©pit d'un final au suspense Ă  nouveau haletant quant aux sorts indĂ©cis de la mère vampire (Peri Baumeister très convaincante Ă  travers ses expressions humaines haletantes) et de son bambin (moins motivĂ© que celle-ci cela dit) toujours en proie Ă  une course contre la survie. 
Dispensable donc bien que sa 1ère partie ne manque pas de charme, de vigueur, de violence hardgore (un peu trop complaisante parfois auprès des exactions du terroriste psychotique s'en prenant aux otages avec barbarie) et de nervosité fructueuse.

*Eric Binford

mardi 3 août 2021

L'Affrontement

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site buddy-movierepack.blogspot.com

"Harry & Son" de Paul Newman. 1984. U.S.A. Avec Paul Newman, Robby Benson, Ellen Barkin, Wilford Brimley, Judith Ivey, Ossie Davis, Morgan Freeman, Joanne Woodward. 

Sortie salles France: 4 Avril 1984

FILMOGRAPHIEPaul Newman, nĂ© le 26 janvier 1925 Ă  Shaker Heights (Ohio) et mort le 26 septembre 2008 Ă  Westport (Connecticut), est un acteur, rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste, philanthrope, pilote automobile et amĂ©ricain. 1968 : Rachel, Rachel. 1971 : Le Clan des irrĂ©ductibles. 1972 : De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites. 1980 : The Shadow Box (TV). 1984 : L'Affrontement. 1987 : La MĂ©nagerie de verre. 


"J'aurai tant aimé défendre cette oeuvre intime méconnue car l'Affrontement accouche d'une souris."
Il y a des films que l'on fantasme depuis leur sortie, faute de n'avoir eu la chance de les dĂ©couvrir pour des raisons diverses et variĂ©es. L'Affrontement est de ceux lĂ  lorsque je dĂ©couvris une critique dans le magazine TV, TĂ©lĂ©-Poche si je ne m'abuse (Ă  moins que ce soit TĂ©lĂ© Star). Alors que j'apprends aujourd'hui que les critiques et le public lui firent (Ă  priori) grise mine, force est de constater que je comprends amplement pourquoi l'Affrontement sombra dans l'oubli dès sa conception. RĂ©alisĂ© et interprĂ©tĂ© par Paul Newman que je vĂ©nère comme un monstre sacrĂ©; L'affrontement est un ratage Ă  tous les niveaux. Et bien que j'ai beaucoup de peine Ă  oser l'avouer, ce drame psycho (mâtinĂ© de mĂ©lo lors des ultimes minutes dont on Ă©prouve une once de compassion, un comble !) demeure maladroitement rĂ©alisĂ© par un Paul Newman du tout inspirĂ© parce qu'il nous narre et nous filme. L'intrigue s'efforçant Ă  souligner les confrontations tendues entre un père bourru et son jeune fils après le licenciement du paternel suite Ă  un problème de vue (il est ouvrier de chantier). 


Celui-ci, humiliĂ© par son âge sclĂ©rosĂ©, reportant sa colère et sa rancoeur sur les frĂŞles Ă©paules de son fils cumulant les petits jobs entre deux batifolages. L'affrontement dĂ©peignant en parallèle les rapports amoureux du fils et de son ancienne compagne en instance de rĂ©conciliation. Or, tous ces personnages mal dessinĂ©s demeurent si caricaturaux et mal dirigĂ©s que l'on Ă©prouve ni empathie ni sympathie auprès de leurs conflits familiaux en demi-teinte. Quand bien mĂŞme le fils, plus lucide et optimiste, vole la vedette au père acariâtre davantage outrĂ© et ridicule Ă  fustiger sa famille (notamment sa fille et son beau-fils assureur) par Ă©goĂŻsme, orgueil et malveillance (parfois revancharde). Bref, tout cela demeure Ă  la fois poussif, tantĂ´t hors sujet et dĂ©gingandĂ© Ă  conjuguer drame social, romance et comĂ©die sur fond de conflit familial dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© (Paul Newman demeurent Ă  cĂ´tĂ© de la plaque en paternel en berne incapable de faire preuve de discernement et surtout de relativisme dans sa condition licenciĂ©e du 3è âge). Qui plus est, l'acteur bellâtre Robby Benson aux yeux bleus "perçants" accuse un jeu cabotin trop docile et vertueux pour nous convaincre de ses expressions naturelles. Il fut d'ailleurs nominĂ© aux Razzie Awards 1 an plus tard.


Pour tous les fans de Paul Newman
, l'Affrontement est Ă  dĂ©couvrir comme une curiositĂ© au risque de vous dĂ©cevoir par tant de couacs, fantaisie sirupeuse et maladresse. Car plus l'intrigue Ă©volue, plus les personnages en roue libre semblent converger dans des directions hasardeuses, faute d'un rĂ©cit mal Ă©crit qu'aucun ne parvient Ă  maĂ®triser. Et ce jusqu'Ă  cette conclusion incongrue conçue pour faire pleurer dans les chaumières avec une complaisance infertile. 

Remerciement Ă  buddy-movierepack

*Eric Binford

lundi 2 août 2021

Aventure du Poséidon (l')

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ronald Neame. 1972. U.S.A. 1h57. Avec Gene Hackman, Ernest Borgnine, Red Buttons, Carol Lynley, Roddy McDowall, Stella Stevens, Shelley Winters, Jack Albertson, Pamela Sue Martin, Arthur O'Connell, Eric Shea, Leslie Nielsen. 

Sortie salles France: 29 Mars 1973. U.S: 15 Décembre 1972

FILMOGRAPHIERonald Neame est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste britannique, nĂ© le 23 avril 1911 Ă  Londres (Angleterre) et mort le 16 juin 20101 Ă  Los Angeles (Californie). 1947 : Je cherche le criminel. 1950 : La Salamandre d'or. 1952 : Trois dames et un as. 1954 : L'Homme au million. 1956 : L'Homme qui n'a jamais existĂ©. 1956 : De la bouche du cheval. 1957 : Alerte en ExtrĂŞme-Orient. 1957 : La Passe dangereuse. 1960 : Les Fanfares de la gloire.1962 : Les Fuyards du Zahrain. 1963 : L'Ombre du passĂ©. 1963 : Mystère sur la falaise. 1965 : Mister Moses. 1966 : Un hold-up extraordinaire. 1966 : D pour danger. 1968 : Prudence et La Pilule. 1969 : Les Belles AnnĂ©es de miss Brodie. 1970 : Scrooge. 1972 : L'Aventure du PosĂ©idon. 1974 : Le Dossier ODESSA. 1979 : Meteor. 1980 : Jeux d'espions. 1981 : First Monday in October. 1986 : Le Sorcier de ces dames. 1990 : The Magic Balloon. 


Chef-d'oeuvre du film catastrophe Ă  trĂ´ner Ă  proximitĂ© de La Tour Infernale, l'Aventure du PosĂ©idon n'a rien perdu de sa puissance Ă  la fois dramatique et Ă©pique au grĂ© du parcours du combattant d'une poignĂ©e de survivants Ă  trouver une issue de secours pour s'extirper de leur geĂ´le d'acier. En l'occurrence, un paquebot de croisière que le rĂ©alisateur exploite sous toutes les coutures Ă  travers ses nombreux dĂ©cors dĂ©labrĂ©s, que ce soit Ă  l'air libre, sous les gaz d'Ă©chappement ou sous l'eau. InspirĂ© d'une histoire vraie issue de la seconde guerre mondiale (un navire dĂ» affronter une Ă©norme vague au moment d'avoir risquĂ© de chavirer), l'Aventure du PosĂ©idon est un modèle d'efficacitĂ© auprès de son lot de pĂ©ripĂ©ties et rebondissements dramatiques que Ronald Neame transcende avec souci du dĂ©tail technique. Dans la mesure oĂą nous restons plaquĂ©s au siège Ă  observer les espoirs dĂ©sespĂ©rĂ©s de cette poignĂ©e de survivants comptant sur l'hĂ©roĂŻsme impĂ©rieux d'un rĂ©vĂ©rend jamais avare d'idĂ©es et d'Ă©nergie pour dĂ©jouer la faucheuse. Si bien qu'Ă  travers ce rĂ´le Ă©tonnamment vaillant adepte des nobles valeurs chrĂ©tiennes, Gene Hackman excelle Ă  imposer son autoritĂ© drastique en dĂ©pit de son outrecuidance que nombre de passagers (en complexe d'infĂ©rioritĂ©) rĂ©futeront pour lui contredire ses stratĂ©gies de survie. 


Ernest Borgnine
lui disputant admirablement la vedette en policier Ă  la fois renfrognĂ© et obtus tentant de s'opposer Ă  ses propositions pour lui soumettre son refus d'obtempĂ©rer. D'ailleurs, Ă  travers ces protagonistes attachants gĂ©nĂ©ralement stĂ©rĂ©otypĂ©s auprès du genre catastrophe, on s'Ă©tonne de leur accorder autant d'empathie parfois poignante (pour ne pas dire bouleversante) si bien que Ronald Neame sait les diriger intelligemment en les profilisant avant tout comme des ĂŞtres humains fragiles, apeurĂ©s et terrifiĂ©s mais rapidement nantis d'un esprit solidaire fructueux au fil de leur escapade de dernier ressort. Spectaculaire en diable sans jamais verser dans la surenchère ou la gratuitĂ©, les incessantes bravoures de l'Aventure du PosĂ©idon font preuve d'un suspense infaillible pour rendre compte du sort prĂ©caires des personnages grâce au vĂ©risme de la rĂ©alisation au plus près de ses derniers, dĂ©munis, et aux trucages artisanaux absolument bluffants de rĂ©alisme. Tant et si bien que cette oeuvre matricielle, symptomatique des Seventies, demeure une expĂ©rience Ă©motionnelle, voir mĂŞme quelque peu sensorielle (surtout auprès des claustrophobes et ablutophobes) tant le spectateur s'immerge naturellement dans ce huis-clos maritime avec une tension anxiogène littĂ©ralement fascinante eu Ă©gard de sa vigueur visuelle cauchemardesque. 


De par son intensitĂ© dramatique parfois Ă©prouvante car sans concession (impossible d'anticiper les futures victimes Ă  trĂ©passer) dĂ©coulant d'une rĂ©alisation consciencieuse attachant autant d'importance Ă  la caractĂ©risation de ses personnages qu'Ă  l'exploration de ses dĂ©cors communĂ©ment dĂ©lĂ©tères qu'ils arpentent tels des enfants apeurĂ©s, l'Aventure du PosĂ©idon prĂ©serve intact son pouvoir de fascination quelques dĂ©cennies après sa conception. Il est donc Ă  revoir d'urgence si vous souhaitez (Ă  nouveau) participer Ă  une expĂ©rience de survie "humaniste" comme si vous y Ă©tiez Ă  l'aide d'un sens du sacrifice faisant office de sacerdoce. Du grand cinĂ©ma rĂ©volu donc, modèle de film catastrophe (alors en dĂ©but d'Ă©mergence !) Ă  la lisière de la perfection. 

*Eric Binford
3èx

Récompenses: Oscar du cinéma 1973 : Oscar de la meilleure chanson originale ; nominations dans les catégories meilleur second rôle féminin, meilleur son, meilleure musique.
BAFTA 1973 : Meilleur acteur (Gene Hackman)
Golden Globe 1973 : Meilleure second rôle féminin (Shelley Winters)