mardi 26 mars 2024

Mama

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de  AndrĂ©s Muschietti. 2013. U.S.A. 1h40. Avec Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Megan Charpentier, Isabelle NĂ©lisse, Daniel Kash. 

Sortie salles France: 15 Mai 2013

FILMOGRAPHIEAndrĂ©s Muschietti est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur argentin, nĂ© le 26 aoĂ»t 1973 Ă  Buenos Aires. 2013 : Mama (Mamá). 2017 : Ça (It). 2019 : Ça : Chapitre 2 (It: Chapter Two). 2023 : The Flash. 

AurĂ©olĂ© de 3 prix Ă  Fantasporto et Ă  GĂ©rardmer dont le fameux Grand Prix que l'on peut toutefois trouver discutable, Mama est un charmant divertissement horrifique intelligemment conçu dans son refus de surenchère, de facilitĂ© (mĂŞme si 2 jumpscares inutiles tombent Ă  l'eau), de trivialitĂ©. Dans la mesure oĂą AndrĂ©s Muschietti exploite son argument fantastique sous l'impulsion de la suggestion d'y retarder au possible la crĂ©ature qui importune sournoisement les personnages, alors qu'Ă  d'autres moments furtifs nous ne la percevions que dans l'ombre ou Ă  moitiĂ© Ă©bruitĂ©e par d'astucieux effets de camĂ©ra. Et si le scĂ©nario plutĂ´t prĂ©visible, voir dĂ©jĂ  vu (une vengeance maternelle spectrale) n'a point l'intention de renouveller le genre, le rĂ©alisateur table sur l'efficacitĂ© et la conduite du rĂ©cit en accordant nottamment pas mal d'attouts aux traitements moraux des persos. Le genre horrifique n'Ă©tant finalement qu'un prĂ©texte ludique pour nous questionner sur l'ambition de la maternitĂ©, la maltraitance et la responsabilitĂ© parentale par le truchement d'une initiation Ă  la communication, Ă  la confiance et Ă  l'amour. 

En Ă©vitant toutefois d'opĂ©rer un favoritisme infantile si je me rĂ©fère Ă  la rancune de la crĂ©ature souvent impressionnante, fascinante, voir mĂŞme quelque peu flippante Ă  travers son apparence dĂ©charnĂ©e numĂ©riquement imposĂ©e mais assez rĂ©aliste et expressive pour croire en sa furibonde animositĂ©. Outre son efficacitĂ© narrative soumise Ă  la parole (timorĂ©e) des enfants et Ă  celle des parents adoptifs en questionnemment surnaturel, on peut Ă©galement compter sur la prĂ©sence si naturelle des fillettes Ă©tonnamment justes, impeccablement dirigĂ©es pour s'extirper du stĂ©rĂ©otype, comme le souligne par ailleur son final Ă©mouvant faisant intervenir une imagerie onirique Ă  la mĂ©lancolie tangible sans forcer le trait de sentiments bipolaires. Mama se dĂ©clinant en conte horrifique oĂą Ă©motions et frissons finissent pas ne faire plus qu'un dans un vertige de sens Ă©motifs aussi cruels que rĂ©dempteurs. Et c'est ce qui rend si attachante (et qui a sans doute tant sĂ©duit le public de GĂ©rardmer) cette modeste sĂ©rie B fantastique que d'avoir su conjuguer avec une sensibilitĂ© somme toute fragile suspense, frissons, tendresse auprès d'une valeur maternelle souffreteuse. 


*Bruno
3èx

Récompenses:

Festival international du film fantastique de Gérardmer 2013 : Grand prix, prix du public et prix du jury jeunes

Fantasporto 2013 : meilleur film, meilleure actrice pour Jessica Chastain et meilleur réalisateur

jeudi 21 mars 2024

Road House

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Doug Liman. 2024. U.S.A. 2h04. Avec Jake Gyllenhaal, Daniela Melchior, Billy Magnussen, Jessica Williams, Darren Barnet, Conor McGregor, J. D. Pardo.

Diffusion Prime Video: 21 Mars 2024.

FILMOGRAPHIE: Doug Liman est un producteur, rĂ©alisateur et directeur de la photographie amĂ©ricain, nĂ© le 24 juillet 1965 Ă  New York (États-Unis). 1994 : Getting In. 1996 : Swingers. 1999 : Go. 2002 : La MĂ©moire dans la peau. 2005 : Mr. et Mrs. Smith. 2006 : Heist (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 2007 : Mr. et Mrs. Smith (pilote sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 2008 : Jumper. 2010 : Fair Game. 2014 : Edge of Tomorrow. 2017 : The Wall. 2017 : Barry Seal: American Traffic. 2021 : Locked Down. 2021 : Chaos Walking. 2023 : Justice (Documentaire). 2024 : Road House. prochainement : The Instigators. 


L'impensable pochette-surprise.
Remake d'un actionner des annĂ©es 80 considĂ©rĂ© comme culte auprès des afficionados de divertissement bourrin alors que personnellement je ne fus jamais un fervent admirateur (mĂŞme si Ă  la revoyure, et avec le recul, je l'apprĂ©cie beaucoup mieux aujourd'hui), Road House, nouvelle mouture, est Ă  mon sens "subjectif" une formidable surprise au point d'y transcender son modèle (quitte Ă  faire grincer les dents des fans indĂ©fectibles). Si bien qu'en l'occurrence, tout est (Ă  nouveau) rĂ©uni pour nous sĂ©duire avec cette similaire motivation musicale aussi sincère que dĂ©complexĂ©e eu Ă©gard de l'ambiance folingue, pĂ©tulante, dĂ©jantĂ©e qui s'y dĂ©gage avec un charme exotique luminescent. Doug Liman exploitant Ă  merveille son cadre floridien auprès de cette station balnĂ©aire frĂ©quentĂ©e par de gros bras du samedi soir fĂ©rus d'insolence afin de s'approprier l'enceinte du Road House. Et si le scĂ©nario inĂ©vitablement minimaliste avait de quoi inquiĂ©ter Ă  rĂ©pĂ©ter le mĂŞme schĂ©ma que son modèle, Doug Liman parvient pour autant Ă  le rendre enthousiasmant, sĂ©millant mĂŞme, jamais ennuyeux, efficace, un tantinet substantiel (pour le profil tourmentĂ© de Dalton que l'on apprend Ă  connaĂ®tre au fil de son Ă©volution morale suicidaire et criminelle); plutĂ´t bien structurĂ© sous l'impulsion d'une foule de grandes gueules sciemment lunaires, borderline, voir carrĂ©ment demeurĂ©s (le fameux mĂ©chant herculĂ©en incarnĂ© par Conor McGregor crève littĂ©ralement l'Ă©cran Ă  travers son show hystĂ©risĂ© jusqu'au point d'orgue d'une sauvagerie inouĂŻe !). 

Quand bien mĂŞme Jake Gyllenhaal surprend Ă  point nommĂ© en justicier redresseur de tort d'une force tranquille et de suretĂ© aussi bonnard qu'amiteuse. L'acteur dĂ©gageant un charme serein, une sympathie rĂ©solument attachante, une cool-attitude dĂ©pouillĂ©e, sans compter les seconds-rĂ´les bon enfant qu'il cĂ´toie afin de les prĂ©server de l'intimidation et d'un danger toujours plus envahissant. Quant aux scènes d'action qui empiètent le rĂ©cit Ă  juste dose et en crescendo, elles demeurent davantage funs et jouissives, monstrueuses et dĂ©cadentes auprès d'FX en CGI parfois perfectibles mais d'un rĂ©alisme pour autant Ă©bouriffant, notamment de par l'ultra agressivitĂ© du montage et de mouvements de camĂ©ra ultra fluides (euphĂ©misme) que Doug Liman exploite Ă  la perfection afin de mieux nous impliquer dans une action aussi inventive que virevoltante. Certaines cascades techniques (voiture, hors-bord) s'avĂ©rant d'autre part aussi Ă©piques que disproportionnĂ©es au point de nous scotcher Ă  notre fauteuil, Ă  l'instar d'un blockbuster rĂ©gressif symptomatique des plus belles rĂ©ussites des annĂ©es 80. D'oĂą le charme exaltant, attentionnĂ©, dĂ©sinhibĂ© qui se dĂ©gage de chaque sĂ©quence Ă  travers son esprit bon enfant autant cocasse que cartoonesque. Car si Road House demeure tant rĂ©ussi, immersif, fun, parfois mĂŞme jubilatoire, il le doit autant Ă  sa dĂ©rision assumĂ©e en dĂ©pit d'une ultra violence terriblement impressionnante auprès des coups Ă©changĂ©s avec une hargne infiniment primitive. Un excellent spectacle donc oĂą tous les ingrĂ©dients savamment concoctĂ©s bout Ă  bout confinent Ă  la rĂ©ussite, tant technique que formelle, sous l'impulsion d'une foule de personnages disjonctĂ©s se prĂŞtant Ă  la dĂ©connade musclĂ©e (quelle pagaille mĂ©tronome !) avec une foi plutĂ´t impayable. 

*Bruno

Ce qu'en a pensé Gilles Rolland[CRITIQUE] ROAD HOUSE (2024) - On rembobine

Ci-joint chronique de son modèle: http://brunomatei.blogspot.fr/2018/04/roadhouse.html

mercredi 20 mars 2024

Crimes au musée des Horreurs / Horrors of the Black Museum

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Arthur Crabtree. 1959. Angleterre. 1h22. Avec Michael Gough, June Cunningham, Graham Curnow, Shirley Anne Field, Geoffrey Keen, Gerald Anderson 

Sortie salles France: 2 DĂ©cembre 1959. U.S: 29 Avril 1959 (Int - 16 ans)

FILMOGRAPHIEArthur Crabtree est un directeur de la photographie et réalisateur britannique, né le 29 octobre 1900 à Shipley et mort le 15 mars 1975 à Worthing (Royaume-Uni). 1945 : La Madone aux deux visages. 1945 : Elles étaient sœurs. 1946 : Caravane. 1947 : Dear Murderer. 1948 : The Calendar. 1948 : Quartet. 1949 : Don't Ever Leave Me. 1950 : Lilli Marlene. 1952 : Hindle Wakes. 1953 : The Wedding of Lilli Marlene. 1953 : Stryker of the Yard. 1956 : Les Aventures du colonel March (série TV). 1957 : Morning Call. 1958 : Death Over My Shoulder. 1958 : Ivanhoé (série TV). 1958 : Monstres invisibles. 1959 : Crimes au musée des horreurs.

Production british qui fit scandale Ă  l'Ă©poque pour sa violence sanguine et l'audace de son climat malsain, Crimes au musĂ©e des horreurs est une formidable sĂ©rie B que domine (amplement) l'illustre Michael Gough en demeurĂ© misogyne Ă  la fois Ă©crivain criminologue et propriĂ©taire d'un musĂ©e, Ă©paulĂ© qui plus est d'un Ă©trange assistant (notamment auprès de sa petite posture physiquement "carrĂ©e") Ă  qui il perpĂ©tue sur lui d'Ă©tranges expĂ©riences inspirĂ©es du cas du Dr Jekyll et My Hyde. Ce qui donne lieu Ă  un alliage assez dĂ©lirant d'y conjuguer au sein de la mĂŞme intrigue ce mythe schizo ainsi que l'homme au masque de cire pour le repère d'un musĂ©e d'horreurs autrement plus sordides tout en surfant sur les succès nĂ©ophytes de la Hammer Ă  travers son dosage de sexe et violence au sein d'un scope rutilant. Bien entendu, si les meurtres paraissent aujourd'hui timorĂ©s ils n'en demeurent pas moins assez violents et percutants, tant pour l'originalitĂ© de l'ustensile utilisĂ© (Ă  l'instar de cette paire de jumelles au pointes acĂ©rĂ©es ayant rĂ©ellement existĂ© lors d'un assassinat survenu dans les annĂ©es 30) que des effets de surprise parfois saisissants lorsque apparait brièvement Ă  2 reprises (prĂ©cisĂ©ment !) le tueur que nous n'attendions pas surgir Ă  un moment aussi furtif qu'inventif. 

D'oĂą l'effet Ă©peurant procurĂ© encore aujourd'hui amplifiĂ© d'une violence aussi sadique que brutale, mĂŞme si souvent hors-champs. D'autant plus jamais ennuyeux de par l'efficacitĂ© de la rĂ©alisation, si bien que l'on surprend de l'arrivĂ©e prĂ©cipitĂ©e du dĂ©nouement au bout d'1h22, Crimes au musĂ©e des Horreurs fleure bon l'Ă©pouvante vintage hĂ©las aujourd'hui rĂ©volue. Tant auprès de la stature lunaire des personnages (tant antagonistes que victimes), du rĂ©cit Ă  suspense (mĂŞme si Ă©troit et plutĂ´t saugrenu) que du cadre photogĂ©nique comme l'illustre, esthĂ©tiquement parlant, l'exploitation d'une fĂŞte foraine nocturne, le fameux musĂ©e expĂ©rimental aux mannequins franchement morbides, la boutique de l'antiquaire ou encore l'appartement tamisĂ© d'une jeune blonde cagole au bagout dĂ©complexĂ©. Quant au rappel de ses sĂ©quences chocs aussi funs que dĂ©bridĂ©es qui firent tant jaser en 59 (mention "interdit aux - de 16 ans" aux 4 coins du monde) on les savoure aujourd'hui avec autant de curiositĂ© perverse que de fascination malsaine tout en frissonnant de plaisir ludique en dĂ©pit de son Ă©tonnante brutalitĂ©, tout du moins lors de 2 moments assez marquants.    

*Bruno
2èx. vf. 

Remerciement Ă  Warning Zone pour sa copie 1080P de toute beautĂ©. 

mardi 19 mars 2024

Grand Canyon. 1992 : Ours d'or du meilleur film au Berlinale

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Lawrence Kasdan. 1991. U.S.A. 2h14. Avec Danny Glover, Kevin Kline, Steve Martin, Mary McDonnell, Mary-Louise Parker, Alfre Woodard, Jack Kehler, Jeremy Sisto.

Sortie salles France: 26 Février 1992. U.S: 25 Décembre 1991

FILMOGRAPHIE: Lawrence Kasdan est un producteur, scénariste, réalisateur et acteur américain né le 14 janvier 1949 à Miami Beach, Floride (États-Unis). 1981 : La Fièvre au corps. 1983 : Les Copains d'abord. 1985 : Silverado. 1988 : Voyageur malgré lui. 1990 : Je t'aime à te tuer. 1991 : Grand Canyon. 1994 : Wyatt Earp .1995 : French Kiss. 1999 : Mumford. 2003 : Dreamcatcher. 2012 : Freeway et nous.


L'Océan de la Colère.
Totalement oubliĂ© depuis sa sortie alors qu'il fut un Ă©chec commercial, Grand Canyon est un poignant drame choral s'Ă©panchant sur la destinĂ©e d'une poignĂ©e de rĂ©sidants issus de quartiers (huppĂ©s et malfamĂ©s) de Los Angeles. Traitant des thĂ©matiques on ne peut plus actuelles du racisme, de la violence, de la haine et de la dĂ©linquance au sein d'une ville chaotique surveillĂ©e par un hĂ©lico durant chaque nuit, Grand Canyon dĂ©gage un climat anxiogène de nonchalance, d'amertume mĂ©lancolique auprès de la contrariĂ©tĂ© existentielle de ces amĂ©ricains s'efforçant de trouver une issue de secours par le pilier de l'amour, de l'amitiĂ©, de l'unitĂ© familiale. Tous les acteurs excellents de sobriĂ©tĂ© demeurant suffisamment attachants, voirs parfois mĂŞme Ă©mouvants Ă  travers leurs failles, leurs faiblesses, leurs indĂ©cisions, leurs hĂ©sitations, leur apprĂ©hension pour nous harponner Ă  leur malaise existentielle avec Ă©paisseur cĂ©rĂ©brale. Ce qui converge Ă  nous questionner sur nos propres motivations personnelles Ă  concevoir notre existence par le truchement de l'espoir, mais surtout de la chance et de la coĂŻncidence auquel nous nous changions les uns les autres d'après un concours de circonstances solaires, pour ne pas dire solidaires. 


Et mĂŞme si le tableau imparti Ă  cette insĂ©curitĂ© grandissante fait froid dans le dos sans que n'y soit exploitĂ© une violence graphique cinĂ©matographique (en dĂ©pit d'un extrait de sĂ©rie Z sciemment caricatural afin de dĂ©noncer la violence Ă  l'Ă©cran et l'influence qu'elle pourrait exercer auprès des esprits fragiles ou ignorants), Grand Canyon dĂ©gage toutefois un sentiment positif quant Ă  l'Ă©lan de fraternitĂ© qui se dĂ©ploie lors de sa conclusion Ă  la fois lyrique et mĂ©taphysique. Et mĂŞme si on peut dĂ©plorer lors de sa première heure quelques bons sentiments un tantinet faciles (accentuĂ©s d'un score parfois peu subtil alors qu'Ă  d'autres moments l'Ă©motion qui s'y dilue demeure autrement sincère par ses sonoritĂ©s humbles), Grand Canyon sĂ©duit par sa franche loyautĂ© auprès d'adultes fragiles d'un humanisme Ă  la fois meurtri et contrariĂ© mais nĂ©anmoins d'une rĂ©silience payante pour s'extirper d'une sinistrose (davantage) envahissante. Reflet inquiĂ©tant d'une sociĂ©tĂ© en dĂ©liquescence morale auprès de nos pertes de repères gagnĂ©s de solitude, de peur de l'autre, d'apprĂ©hension du trĂ©pas de la façon la plus inĂ©quitable. Une oeuvre perfectible certes, avec un rythme parfois en dent de scie, mais qui Ă©meut et laisse toutefois des traces par son intensitĂ© dramatique Ă  la fois contenue, exaltĂ©e et sensiblement Ă©lĂ©giaque. 


*Bruno
2èx. Vostfr

lundi 18 mars 2024

Les Pleins pouvoirs / Absolute Power

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Clint Eastwood. 1997. U.S.A. 2h01. Avec Clint Eastwood, Gene Hackman, Ed Harris, Laura Linney, Scott Glenn, Dennis Haysbert, Judy Davis, E. G. Marshall.

Sortie salles France: 21 Mai 1997

FILMOGRAPHIE: Clint Eastwood est un acteur, réalisateur, compositeur et producteur américain, né le 31 Mai 1930 à San Francisco, dans l'Etat de Californie. 1971: Un Frisson dans la Nuit. 1973: L'Homme des Hautes Plaines. 1973: Breezy. 1975: La Sanction. 1976: Josey Wales, Hors la Loi. 1977: L'Epreuve de Force. 1980: Bronco Billy. 1982: Firefox, l'arme absolue. 1982: Honkytonk Man. 1983: Sudden Impact. 1985: Pale Rider. 1986: Le Maître de Guerre. 1988: Bird. 1990: Chasseur Blanc, Coeur Noir. 1990: Le Relève. 1992: Impitoyable. 1993: Un Monde Parfait. 1995: Sur la route de Madison. 1997: Les Pleins Pouvoirs. 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal. 1999: Jugé Coupable. 2000: Space Cowboys. 2002: Créance de sang. 2003: Mystic River. 2004: Million Dollar Baby. 2006: Mémoires de nos pères. 2006: Lettres d'Iwo Jima. 2008: L'Echange. 2008: Gran Torino. 2009: Invictus. 2010: Au-delà. 2011: J. Edgar. 2014: Jersey Boys. 2015: American Sniper. 2016: Sully. 2017: 2018: Le 15h17 pour Paris. 2018: La Mule. 2021: Cry Macho.

Un excellent thriller un peu occultĂ© de nos jours et c'est bien dommage tant Clint Eastwood, rĂ©al et acteur, s'y entend pour nous captiver Ă  travers son suspense (parfois) hitchockien (la sĂ©quence du bar filmĂ©e de l'extĂ©rieur d'une terrasse) au concept de base redoutablement allĂ©chant, prometteur, percutant. Si bien qu'un gentleman cambrioleur est tĂ©moin d'un meurtre parmi la complicitĂ© du prĂ©sident des Etats-Unis. Or, Ă©goĂŻstement, ce premier ne porte pas assistance Ă  la victime faute de sa posture illĂ©gale. Il dĂ©cide toutefois d'y dĂ©rober une preuve Ă©loquente avant de prendre la poudre d'escampette. Mais alors qu'il compte quitter le pays, un discours mĂ©diatique le ravise afin de rĂ©parer justice. Solidement mis en scène sans cĂ©der une seconde Ă  l'ennui, les Pleins pouvoirs fait la part belle aux tourments psychologiques des personnages (tant antagonistes que protagonistes) impliquĂ©s dans la scĂ©nographie d'un meurtre, quand bien mĂŞme notre anti-hĂ©ros Luther (Eastwood donc) profite notamment de sa culpabilitĂ© (en demi-teinte) pour tenter de renouer avec sa fille depuis son absence parentale. Ce qui nous vaut d'ailleurs par petites touches Ă©motionnelles des sĂ©quences intimistes subtilement poignantes tant le rĂ©alisateur attache du crĂ©dit humaniste aux rapports conflictuelles entre une fille et un père d'autant plus rĂ©unis dans un contexte de deuil familial. 

Quant au "mĂ©chant" du rĂ©cit, Gene Hackman demeure une fois de plus parfait de lâchetĂ©, de vilĂ©nie, d'hypocrisie dans sa fonction de prĂ©sident pĂ©dant usant de ses (pleins) pouvoirs pour masquer la vĂ©ritĂ© d'une tragĂ©die meurtrière. Les seconds-rĂ´les ne sont pas en reste non plus, principalement Scott Glenn Ă  travers son charisme striĂ© impassible en adjoint des services secrets, Ed Harris en flic loyal ne lâchant nullement d'un iota le fil de son enquĂŞte auprès d'un potentiel coupable redoutablement retors, mais aussi Laura Linney en fille esseulĂ©e plombĂ©e par l'absence d'un père peu recommandable en voleur professionnel au passĂ© pour autant hĂ©roĂŻque (ancien dĂ©corĂ© de guerre de CorĂ©e). Outre son discours sulfureux sur la corruption des hommes de pouvoir victimes de leur condition fortunĂ©e, Clint Eastwood aborde en filigrane une rĂ©flexion sur la vengeance auprès de 2 points de vue dont leur point commun s'Ă©rige sur les valeurs familiales. Un excellent suspense donc qui ne perd jamais le spectateur en cours de route de par l'adresse et la maĂ®trise d'une rĂ©alisation robuste dont le moteur essentiel rĂ©side dans les profils bien dessinĂ©s de ses personnages s'affrontant entre perspicacitĂ©, ruse et maladresse. 

*Bruno

samedi 16 mars 2024

Stopmotion. Prix Spécial du Jury, Sitges 2023.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robert Morgan. 2023. Angleterre.1h33. Avec Aisling Franciosi, Stella Gonet, Tom York, Caoilinn Springall, James Swanton, Joshua J. Parker 

Sortie salles France: 8 Décembre 2023 (Festival du Rex de Paris)

FILMOGRAPHIERobert Morgan (nĂ© en 1974) est un rĂ©alisateur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste britannique. 2014: ABC of Death: « D is for Deloused » 2023: Stopmotion. 

                                       Du cinĂ© indĂ© qui ne demande jamais Ă  se faire aimer.

Attention, OFNI british Ă  aborder avec des pincettes tant l'expĂ©rience horrifique demeure difficilement digĂ©rable sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clĂ´t. Si bien qu'Ă  l'instar des chefs-d'oeuvre schizo RĂ©pulsions et Eraserhead, Stopmotion est Ă  rĂ©server Ă  un public prĂ©parĂ© pour qui sait apprĂ©cier les oeuvres d'auteur s'efforçant de rajeunir le genre avec une personnalitĂ© marginale eu Ă©gard de l'ambiance dissonante qui se dĂ©gage de chaque pore du mĂ©trage, de son indicible climat malsain et de sa violence sanguine intervenant prioritairement lors du dernier acte rĂ©vĂ©lateur (encore que nombre de questions restent dĂ©libĂ©rĂ©ment en suspens). Malaisant, trouble et inquiĂ©tant Ă  la fois dans une posture aussi feutrĂ©e qu'Ă©touffante, Ă©trange, interlope, Ă©quivoque, ombrageux pour mieux nous perdre dans le dĂ©dale de la psychĂ© torturĂ©e d'une jeune femme victime malgrĂ© elle d'une maman bigote, Stopmotion demeure finalement un drame psychologique singulier auprès de sa mise en scène expĂ©rimentale conjuguant assez efficacement prises de vue rĂ©elles et animation lorsque Ella s'efforce d'orchestrer un rĂ©cit fantastique en compagnie de ses figures de cire qu'elle a bien du mal Ă  conclure. 

Notamment faute de l'intervention de sa voisine de palier, une fillette influente bizarroĂŻde de lui suggĂ©rer des idĂ©es morbides pour mettre Ă  terme son ambitieux projet de cinĂ©ma en stopmotion. Nanti d'un rythme constamment languissant (qui ne plaira assurĂ©ment pas Ă  tous), composĂ© de personnages de chair physiquement inquiĂ©tants (des visages quelque peu dĂ©charnĂ©s aux yeux plutĂ´t exorbitĂ©s) et de crĂ©atures de cire terriblement malaisantes au sein d'un cinĂ©mascope auteurisant, Stopmotion ne cesse de titiller angoisse, inquiĂ©tude, curiositĂ© Ă  part Ă©gale au sein d'une structure narrative Ă©clatĂ©e afin de mieux perdre nos repères. Une leçon de cinĂ©ma en herbe pour nous engloutir dans un cauchemar cĂ©rĂ©bral redoutablement franc-tireur Ă  travers son refus de concession, de fioriture, de quiĂ©tude, de main secourable. Une expĂ©rience assez extrĂŞme donc probablement vouĂ©e Ă  devenir culte qu'il vaut mieux revoir plusieurs fois pour en saisir toute son essence psychologique, notamment auprès de sa thĂ©matique de la crĂ©ation Ă  donner chair Ă  des personnages inertes au pĂ©ril de la raison.  

A ne pas mettre entre toutes les mains.

*Bruno

Distinctions: Prix du meilleur réalisateur, Fantastic Fest 2023

Prix spécial du jury, Sitges

vendredi 15 mars 2024

The Bone Collector

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Philip Noyce. 1999. U.S.A. 1h58. Avec Denzel Washington, Angelina Jolie, Ed O'Neill, Michael Rooker, Queen Latifah, Luis Guzmán, Richard Zeman, Leland Orser.

Sortie salles France: 26 Janvier 2000. U.S: 5 Novembre 1999

FILMOGRAPHIE: Phillip Noyce est un rĂ©alisateur australien, nĂ© le 29 avril 1950 Ă  Griffith (Australie). 1977 : Backroads. 1978 : Newsfront. 1982 : Heatwave. 1987 : Echoes of Paradise. 1989 : Calme blanc. 1989 : Vengeance aveugle. 1992 : Jeux de guerre. 1993 : Sliver. 1994 : Danger immĂ©diat. 1997 : Le Saint. 1999 : Bone Collector. 2002 : Le Chemin de la libertĂ©. 2002 : Un AmĂ©ricain bien tranquille. 2004 : Welcome to SĂŁo Paulo - segment Marca Zero. 2006 : Au nom de la libertĂ©. 2010 : Salt. 2014 : The Giver. 2019 : Above Suspicion. 2021 : The Desperate Hour. 2023 : Fast Charlie. 

Encore un thriller des annĂ©es 90 hĂ©las oubliĂ©, faute d'avoir Ă©tĂ© sans doute occultĂ©, voir peut-ĂŞtre aussi mĂ©sestimĂ© depuis la bombe Seven sorti quelques annĂ©es au prĂ©alable auquel la trame s'inspire ouvertement (jeu de piste infernal entre une flic en herbe et un tueur Ă  la fois pervers et machiavĂ©lique). Sans compter Ă©galement une influence Ă©vidente au Silence des Agneaux pour le soutien didactique "Ă  distance" perpĂ©trĂ© entre un expert en criminologie alitĂ© et cette mĂŞme policière investiguant les recoins new-yorkais les plus sombres afin de venir Ă  bout des exactions sordides du tueur jamais Ă  bout de course pour achever son dessein meurtrier. Et si le final peut plausiblement dĂ©cevoir une frange de spectateurs (ce qui ne fut pas mon cas alors que je redoutais un rebondissement archi prĂ©visible lors d'une fausse alerte), il demeure pour autant bien amenĂ©, justifiĂ© et assez crĂ©dible pour adouber les mobiles du serial-killer d'une tĂ©nacitĂ© intraitable sans trop en dĂ©voiler. 


Et mĂŞme si l'intrigue avait gagnĂ© Ă  ĂŞtre plus intense, structurĂ©e, passionnante et palpitante, on reste toutefois captivĂ©, attentif, quelque peu fascinĂ© autant qu'inquiet par l'Ă©volution narrative faisant la part belle Ă  la psychologie Ă  la fois torturĂ©e, fragile et pugnace du duo Denzel Washington / Angelina Jolie indiscutablement convaincant (mĂŞme si prĂ©fĂ©rence pour Washington) dans leur mutuelle empathie (sobrement exposĂ©e) Ă  se soutenir, leurs motivations acharnĂ©es Ă  recoller les pièces du puzzle que le tueur dissĂ©mine sur ses chemins criminels avec une arrogance cynique. On peut Ă©galement saluer l'intelligence de Philip Noyce (dĂ©jĂ  auteur de l'excellent Calme Blanc) Ă  se libĂ©rer de toute forme de complaisance, Ă  l'instar de Seven, lors des crimes perpĂ©trĂ©s avec une perversitĂ© insoutenable en se focalisant essentiellement sur leurs rĂ©sultantes que le spectateur imagine en reconstituant le crime avec un dĂ©goĂ»t aussi asphyxiant qu'horrifiant (surtout la sĂ©quence pestilentielle avec les rats). Solidement mis en scène en dĂ©pit de ses dĂ©fauts prĂ©citĂ©s, joliment photographiĂ© dans ces mĂŞmes teintes sĂ©pias (remember Seven) et superbement filmĂ© Ă  travers l'urbanisation tentaculaire d'un New-York crĂ©pusculaire souvent fascinant, Bone Collector honore sobrement le psycho-killer en peaufinant par ailleurs lors du dernier acte libĂ©rateur une poignante romance renforcĂ©e de la sublime mĂ©lodie de Peter Gabriel / Kate Buch que le gĂ©nĂ©rique imprime avec mĂ©lancolie apaisante. Le tout sans jamais verser dans une sensiblerie aussi mal placĂ©e que programmĂ©e.

*Bruno
2èx

jeudi 14 mars 2024

Dobermann

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinematerial.com

de Jan Kounen. 1997. France. 1h43. Avec Vincent Cassel, Tchéky Karyo, Monica Bellucci, Antoine Basler, Dominique Bettenfeld, Pascal Demolon, Marc Duret, Romain Duris, François Levantal.
 
Sortie salles France: 18 Juin 1997 (int - 16 ans)

FILMOGRAPHIE: Jan Kounen (de son vrai nom Jan Coenen) est un rĂ©alisateur, producteur de cinĂ©ma et scĂ©nariste français d'origine nĂ©erlandaise, nĂ© le 2 mai 1964 Ă  Utrecht (Pays-Bas). 1997 : Dobermann. 2004 : Blueberry, l'expĂ©rience secrète. 2007 : 99 francs. 2009 : Coco Chanel et Igor Stravinsky. 2013 : Le Vol des cigognes. 2020 : Mon cousin. 

                                                       Affreux, sales, (bĂŞtes) et mĂ©chants.

Revoyure d'un actionner bourrin (franchouillard) qui fit grand bruit lors de sa sortie, faute de sa violence ultra gratuite dĂ©nuĂ©e de moralitĂ© (si bien qu'il fut interdit aux moins de 16 ans et reste banni de nos Ă©crans TV), Dobermann est un dĂ©lire de sale gosse assumant jusqu'au bout des ongles son irresponsabilitĂ©, son mauvais goĂ»t, sa subversion auprès d'anti-hĂ©ros aussi dĂ©testables que grotesques (certaines sĂ©quences ridicules soufflant le chaud et le froid Ă  savoir s'il faut en rire ou sourire ou s'en dĂ©tourner). Tant auprès de la police en roue libre, faute des exactions autoritaires de leur leader nazillon assoiffĂ© de vengeance bestiale, que des malfrats marginaux issus de la communautĂ© gitane pour qui la vie d'autrui n'accorde aucun crĂ©dit. Ainsi donc, avec sa mise en scène Ă  la fois clippesque et Ă©pileptique qui, aujourd'hui, accuse un peu des effets de style obsolètes et des maladresses pour autant attachantes (notamment auprès du jeu approximatif de certains seconds-rĂ´les ou figurants), Dobermann dĂ©gage un charme bisseux aussi fascinant que jouissif pour qui parvient Ă  tolĂ©rer spectacle aussi dĂ©cĂ©rĂ©brĂ© dĂ©nuĂ© de logique, de raison, de points de vue. 

Jan Kounen se vautrant Ă  corps perdu dans la trivialitĂ©, tel un marmot dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, auprès d'un dĂ©chaĂ®nement de violence hystĂ©risĂ©e aussi libĂ©rateur et dĂ©complexĂ© qu'inquiĂ©tant, pour ne pas dire irrĂ©flĂ©chi. Par consĂ©quent, pour apprĂ©cier cette bande dessinĂ©e constamment irrĂ©vĂ©rencieuse, scato et impĂ©tueuse il vaut mieux laisser son cerveau au vestiaire pour s'adonner Ă  cette dĂ©bauche criminelle oĂą flics et voyous s'affrontent sans rĂ©pit dans un bain de sang aussi dĂ©monial que dĂ©bridĂ©. Certaines fusillades dantesques (le carnage dans la boite de nuit) et courses-poursuites automobiles demeurant extrĂŞmement Ă©piques auprès de sa rĂ©alisation primitive n'Ă©pargnant aucun antagoniste pour notre plaisir voyeuriste ranimant nos bas instincts de fantasmes inavouĂ©s. A revoir donc impĂ©rativement au second degrĂ© pour s'esbaudir de ce grand (fist) fuck(ing) sur pellicule se tortillant les nerfs dans une idĂ©ologie immorale aussi douteuse que sarcastique. 

Pour public averti évidemment.

*Bruno
3èx

Box Office France: 800 000 entrées

La 9è Configuration / The Ninth Configuration / Twinkle, Twinkle, "Killer" Kane

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de William Peter Blatty. 1980. U.S.A. 1h58. Avec Stacy Keach, Scott Wilson, Jason Miller, Ed Flanders, Neville Brand, George DiCenzo, Moses Gunn, Robert Loggia.

Inédit en salles en France: U.S: 29 Février 1980.

FILMOGRAPHIE: William Peter Blatty est un écrivain, scénariste et réalisateur américain d'origine libanaise, né à New York le 7 janvier 1928. On lui doit deux uniques réalisations: la Neuvième configuration (1980) et L'Exorciste, la suite (1990).

Mea culpa. 

C'est au bout du 3è visionnage que j'ai enfin pu l'apprĂ©cier Ă  sa juste valeur. 

Et pourtant, je ne sais toujours pas quoi vraiment en penser.

Stacy Keach est exceptionnel en psychiatre prĂ©venant parfois contrebalancĂ© de sautes d'humeur d'une terrifiante intensitĂ© Ă  travers son regard demeurĂ©. 

Mais derrière son digne discours sur les traumas de la guerre du vietnam et la folie (contagieuse) qu'elle pu gĂ©nĂ©rer chez les plus fragiles, je retiens surtout son message spirituel finalement positif si on se rĂ©fère Ă  son magnifique Ă©pilogue rĂ©vĂ©lateur quand Ă  notre raison existentielle impartie Ă  la nĂ©cessitĂ© de souffrir et au courage de s'y sacrifier afin de rĂ©parer les fĂŞlures morales. 

La narration imprĂ©visible est sciemment Ă©clatĂ©e, les ambiances hybrides s'entrechoquent, quelques sĂ©quences grotesques se succèdent Ă  travers des tirades qui peuvent parfois lasser (essentiellement durant la 1ère heure). Mais la 9è configuration parvient toutefois Ă  sĂ©duire, interpeller, inquiĂ©ter, troubler auprès de sa fragilitĂ© humaine, sa sensibilitĂ© nĂ©vralgique Ă  nous interroger sur notre dualitĂ© du Bien et du Mal au sein d'un monde impitoyable oĂą les plus susceptibles peuvent basculer dans une solitude aliĂ©nante. 

On sort donc de la projo Ă  la fois blessĂ©, perplexe, Ă©mu et apaisĂ© pour le profil Ă©quivoque de ce personnage martyr prouvant par son instinct meurtrier qu'un agneau sommeillait en lui. 

Une oeuvre maudite en somme habitée par une entité mystique nous donnant envie de croire en l'autre.

*Bruno

mercredi 13 mars 2024

La Cité des Enfants perdus

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet. 1995. France/Allemagne/Espagne/Belgique/U.S. 1h52. Avec  Ron Perlman, Daniel Emilfork, Judith Vittet, Dominique Pinon, Jean-Claude Dreyfus, Geneviève Brunet, Odile Mallet, Mireille MossĂ©, Rufus, Jean-Louis Trintignant, Ticky Holgado, François Hadji-Lazaro, Serge Merlin. 

Sortie salles France: 17 Mai 1995. U.S: 15 DĂ©cembre 1995 (Int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Jean Pierre Jeunet est un réalisateur et scénariste français né le 3 Septembre 1953 à Roanne, Loire. 1978: l'Evasion (court), 1980: Le Manège (animation de marionnettes), 1981: Le Bunker de la dernière rafalle (court 26 mns coréalisé avec Marc Caro), 1984: Pas de repos pour Billy Brakko (court), 1989: Foutaises, 1991: Delicatessen (coréalisé avec Marc Caro), 1995: La Cité des Enfants perdues (coréalisé avec Marc Caro), 1997: Alien, la Résurrection, 2001: Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain, 2004: Un Long Dimanche de Fiançailles, 2009: Micmacs à Tire-larigot. 2013: L'Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spive. 2022 : Big Bug (Netflix)

Spectacle hallucinant de virtuositĂ© formelle, comme on n’en compte que sur les doigts d’une main dans le paysage (souvent trop imberbe) du cinĂ©ma français, La CitĂ© des Enfants perdus est un chef-d’Ĺ“uvre du fantastique auteurisant, doublĂ© d’une expĂ©rience sensorielle capiteuse. Le genre d’Ă©crin indĂ©modable qui trĂ´ne aux cĂ´tĂ©s des rĂ©fĂ©rentiels : La Belle et la BĂŞte, Les Yeux sans Visage, Les Visiteurs du Soir, La BeautĂ© du Diable, Les Doigts du Diable ou encore OrphĂ©e. L’un des films fantastiques les plus gĂ©nialement dĂ©corĂ©s qui soient, Ă  l’Ă©gal d’un Blade Runner, d’un The Crow ou du Brazil de Terry Gilliam.

Ă€ la revoyure, au-delĂ  de sa facture aqueuse Ă  damner un saint (on reste indubitablement hantĂ© bien après le gĂ©nĂ©rique), ce qui stupĂ©fie, c’est la synergie des genres que le duo alchimiste - euphĂ©misme - Jeunet / Caro juxtapose avec une audace inconcevable aujourd’hui. Or qu’on ne s’y trompe pas : La CitĂ© des Enfants perdus n’est en rien un spectacle « tous publics », contrairement Ă  ce qu’osa, inexplicablement, sa sortie en salles française. Outre-Atlantique, il fut interdit aux moins de 17 ans ; outre-Manche, aux moins de 13. Et pour cause : la cruautĂ© de certaines sĂ©quences, impliquant des enfants terrorisĂ©s jusqu’aux larmes, heurte de plein fouet par son rĂ©alisme glaçant - au point d’en oublier l’outil cinĂ©matographique lui-mĂŞme.

Nos cinĂ©astes, en pleine possession de leurs moyens dĂ©mesurĂ©s, nous brodent un conte cauchemardesque d’une sidĂ©rante fulgurance formelle (j’insiste), technique et narrative. Une aventure indicible, impossible Ă  absorber en un seul visionnage. L’ambiance irrĂ©elle - Ă  la fois candide, féérique, malsaine, dĂ©rangeante, asphyxiante, dĂ©stabilisante - nous hypnotise les sens, tant les idĂ©es les plus folingues fusionnent sans rĂ©pit, portĂ©es par des personnages lunaires surgis d’une quatrième dimension connectĂ©e aux rĂŞves. ThĂ©matique centrale d’un rĂ©cit mĂ©taphorique (irracontable !), dĂ©claration d’amour Ă  la chimère, Ă  ce besoin irrĂ©pressible de rĂŞver pour s’Ă©vader et rester en vie, doublĂ© d’un hymne au fantastique que les auteurs impriment de leur talent inusitĂ©, avec une audace souvent saugrenue.

D’oĂą cette Ă©trange sensation, ce fascinant sentiment d’avoir traversĂ© une expĂ©rience Ă©motionnelle assez rigoureuse pour dĂ©passer l’illusion cinĂ©matographique - avec une intensitĂ© transie d’Ă©moi. Et dans ce maelstrom d’images, aussi ubuesques que dantesques (oĂą se croisent Browning, Cocteau, PrĂ©vert, Gilliam, Lynch), on reste hantĂ©, martelĂ©, commotionnĂ© par cette odyssĂ©e fantasmagorique qui dĂ©passe les limites de l’imagination la plus insolente.


Dinguerie à part entière, dont il est impossible de sortir indemne.
À revoir de toute urgence, ne serait-ce que pour constater à quel point certains films inqualifiables transcendent les modes et les épreuves du temps - pour se bonifier avec une dignité candide, aussi trouble que poignante.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

*Bruno
2èx

Récompenses:

César 1996 : César des meilleurs décors pour Jean Rabasse.

Éditeurs de sons de films 1996 :

Prix de la bobine d'or du meilleur montage sonore dans un film en langue étrangère pour Vincent Arnardi, Pierre Excoffier et Laurent Kossayan.

Prix 20/20 (20/20 Awards) 2016 :

Felix du meilleur film en langue étrangère

Felix de la meilleure photographie pour Darius Khondji,

Felix des meilleurs costumes pour Jean-Paul Gaultier.


mardi 12 mars 2024

La Grande attaque du Train d'or / The First Great Train Robbery. Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Michael Crichton. 1978. Angleterre.1h51. Avec Sean Connery, Donald Sutherland, Lesley-Anne Down, Malcolm Ferris, Alan Webb, Pamela Salem.

Sortie salles France: 18 Avril 1979. Angleterre: 14 Décembre 1978

FILMOGRAPHIE: Michael Chrichton est un écrivain, scénariste, producteur et réalisateur américain, né le 23 Octobre 1942, décédé le 4 Novembre 2008 à Los Angeles. 1972: Pursuit (télé-film inédit en France). 1973: Mondwest. 1978: Morts Suspectes. 1979: La Grande Attaque du Train d'or. 1981: Looker. 1984: Runaway, l'évadé du futur. 1989: Preuve à l'appui (Physical Evidence).

Bijou de film de casse transplantĂ© dans l'Ă©poque victorienne Ă  bord d'un train sĂ©culaire, La Grande attaque du train d'or resplendit de 1000 feux sous l'impulsion du trio gagnant: Sean Connery, Donald Sutherland ainsi que la ravissante (et oh combien charnelle !) Lesley-Anne Down. L'inoubliable auteur Michael Crichton (Mondwest, Morts Suspectes, Looker, Runaway l'Ă©vadĂ© du Futur, excusez du peu !) structurant essentiellement son rĂ©cit sur les prĂ©paratifs, combines et actions (savamment coordonnĂ©es) du cambriolage exĂ©cutĂ©s avec un art artisanal eu Ă©gard des cascades finales que Sean Connery Ă©labore sur les toits des voitures de la locomotive avec un rĂ©alisme dĂ©coiffant. Si bien qu'il n'est point doublĂ© ! Ainsi, Ă  travers ces profils de gangsters anti-manichĂ©ens on s'Ă©tonne d'autant plus de certains Ă©carts cruels que le rĂ©alisateur se permet audacieusement d'injecter (le sort imparti Ă  un second-rĂ´le) au sein d'un divertissement grand public soigneusement reconstituĂ©. On peut d'ailleurs hĂ©las franchement dĂ©plorer (et accuser) la dĂ©rive d'une sĂ©quence abjecte de snuff animalier lorsqu'un chien (un Jack Russell) se rĂ©jouit de dĂ©vorer vivants des rats piĂ©gĂ©s au sein d'une areine face Ă  une foule de parieurs en liesse. 

Mais bon, en dĂ©pit de cette sĂ©quence intolĂ©rable flirtant avec le mauvais goĂ»t et le sadisme le plus vil et lâche, La Grande attaque du train d'or reste un divertissement de haute volĂ©e n'ayant rien Ă  envier Ă  la sĂ©rie Mission Impossible. Alors que le rĂ©cit improbable mais si bluffant de rĂ©alisme s'inspire toutefois d'une histoire vraie. Et c'est ce qui rend passionnante cette aventure rĂ©tro que de nous relater avec souci du dĂ©tail technique et formel les nombreuses missions (Ă  haut risque) de notre trio malfaiteur repoussant incessamment les limites du risque et du courage avec audace incongrue. Les monstres sacrĂ©es Sean Connery / Donald Sutherland se taillant une carrure snobĂ©e de cambrioleurs infiniment retors afin de duper leur entourage lors de subterfuges insensĂ©s qu'Ă©paule en faire-valoir Lesley-Anne Down de son charme girond Ă©vanescent. Le tout irriguĂ© en intermittence d'humour, de lĂ©gèretĂ©, d'Ă©rotisme badin et de cocasserie au sein d'un rĂ©alisme historique contrastĂ© comme susnommĂ© plus haut. Une rĂ©fĂ©rence donc qu'il serait temps de ranimer afin de le faire connaĂ®tre au plus grand nombre comme le souligne avec tant de dynamisme la partition primesautière de Jerry Goldsmith

*Bruno

                                     

Anecdote (source Wikipedia):

Sean Connery a réalisé toutes les cascades sur le toit du train : équipé de chaussures à semelle de caoutchouc, marchant sur le toit des voitures recouvert pour l'occasion de surfaces adhérentes, il eut des difficultés à garder les yeux ouverts en raison de la fumée et des cendres émises par la locomotive, d'autant plus que le train roulait plus vite qu'on lui avait annoncé (40 miles à l'heure au lieu de 20). Il faillit tomber du train lors d'un saut entre deux voitures. De même, Wayne Sleep, qui incarne Willy l'anguille, a également réalisé lui-même les escalades notamment celle du mur de la prison (il était un des plus brillants danseurs classiques britanniques, faisant partie de la prestigieuse Royal Ballet Company)

mardi 5 mars 2024

Mais qui a tué Harry ? / The Trouble with Harry

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Wikimedia.org

d'Alfred Hitchcock. 1955. Angleterre. 1h39. Avec Edmund Gwenn, John Forsythe, Shirley MacLaine, Mildred Natwick, Mildred Dunnock, Jerry Mathers, Royal Dano

Sortie salles France: 14 Mars 1956. Angleterre: 13 Avril 1955

FILMOGRAPHIE: Alfred Hitchcock est un réalisateur, producteur et scénariste anglo américain, né le 13 Août 1899, décédé le 29 Avril 1980. 1935: Les 39 Marches. 1936: Quatre de l'Espionnage. Agent Secret. 1937: Jeune et Innocent. 1938: Une Femme Disparait. 1939: La Taverne de la Jamaique. 1940: Rebecca. Correspondant 17. 1941: Soupçons. 1942: La 5è Colonne. 1943: l'Ombre d'un Doute. 1944: Lifeboat. 1945: La Maison du Dr Edward. 1946: Les Enchainés. 1947: Le Procès Paradine. 1948: La Corde. 1949: Les Amants du Capricorne. 1950: Le Grand Alibi. 1951: L'Inconnu du Nord-Express. 1953: La Loi du Silence. 1954: Le Crime était presque parfait. Fenêtre sur cour. 1955: La Main au Collet. Mais qui a tué Harry ? 1956: l'Homme qui en savait trop. Le Faux Coupable. 1958: Sueurs Froides. 1959: La Mort aux Trousses. 1960: Psychose. 1963: Les Oiseaux. 1964: Pas de Printemps pour Marnie. 1966: Le Rideau Déchiré. 1969: l'Etau. 1972: Frenzy. 1976: Complot de Famille.


VĂ©ritable bijou de comĂ©die romantique irriguĂ© d'humour noir lors d'une pĂ©riode oĂą le public fut peu habituĂ© Ă  frĂ©quenter rupture de ton aussi dĂ©calĂ©e (d'oĂą son succès timorĂ© Outre-Atlantique), Mais qui a tuĂ© Harry ? est un rĂ©gal de tendresse, de cocasserie et de fantaisie autour de 2 couples en Ă©veil sentimental s'interrogeant sur la mort d'un cadavre arborĂ© sur la pelouse verdoyante d'une plaine automnale. Alfred Hitchcock magnifiant au possible chaque plan de sa scĂ©nographie bucolique au point de s'Ă©blouir constamment de son esthĂ©tisme flamboyant fleurant bon l'insouciance, la sĂ©rĂ©nitĂ©, la joie de vivre auprès de ce hameau du Vermont que nos couples rĂ©sident en toute tranquillitĂ© (ou presque). Ce qui contraste indubitablement avec cette dĂ©couverte macabre que ceux-ci n'auront de cesse de frĂ©quenter en s'efforçant de trouver une rĂ©solution Ă  leurs Ă©ventuelles culpabilitĂ©s. Quand bien mĂŞme d'autres tĂ©moins, tels le jeune garçon Arnie, le mĂ©decin du coin ou encore ce clochard, vont Ă©galement rencontrer sur leur chemin alĂ©atoire cette Ă©trange dĂ©couverte dĂ©nuĂ©e de raison. Divertissement finaud fondĂ© sur les rapports de force (tranquille) de ces deux couples nantis d'une attitude aussi nonsensique que dĂ©complexĂ©e, Mais qui a tuĂ© Harry ? distille avec une fine Ă©motion badine et empathique une ambiance romantico-macabre qui n'appartient qu'Ă  lui. 

D'oĂą la sensation capiteuse de revoir une oeuvre indĂ©modable par son alliage de genres contradictoires ici idoines afin de nous surprendre par son originalitĂ© audacieuse, pour ne pas dire politiquement incorrecte. Outre le talent distinguĂ© de ses comĂ©diens des annĂ©es 50 admirablement dirigĂ©s par un maĂ®tre du suspense dĂ©sireux d'y bousculer nos attentes, on est d'autant plus sĂ©duit par la première apparition Ă  l'Ă©cran de Shirley Maclaine du haut de ses 20 ans en veuve placide apprenant peu Ă  peu Ă  s'attacher auprès d'un peintre ambitieux non dupe de son charme Ă©purĂ©. Alfred Hitchcock composant ses images picturales Ă  l'instar d'une fresque onirique tant cette nature automnale semble s'extraire d'un Eden oubliĂ© que le spectateur perçoit avec une immersion proĂ©minente. Il faut d'ailleurs savoir que par souci perfectionniste les feuilles de plusieurs arbres de la vallĂ©e du Vermont ont Ă©tĂ© recollĂ©es sur leurs branches puis peintes Ă  la main par les dĂ©coristes Ă  cause d'un violent orage ! Il est donc indispensable de redĂ©couvrir ce chef-d'oeuvre formel en qualitĂ© HD pour en saisir toute ses nuances sous l'impulsion de romances attendries terriblement attachantes Ă  travers ses moults rĂ©pliques Ă  la fois bienveillantes, contrariĂ©es (ou si peu) et lestement sarcastiques. A revoir d'urgence. 


*Bruno
3èx. vo

Ci-joint l'analyse pertinente de DVDCLASSIKMais qui a tué Harry ? de Alfred Hitchcock (1955) - Analyse et critique du film - DVDClassik

samedi 2 mars 2024

Les Enfants des Autres

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Rebecca Zlotowski, 2022. France. 1h44. Avec Virginie Efira, Roschdy Zem, Victor Lefebvre, Chiara Mastroianni, Callie Ferreira-Goncalves, Yamée Couture.

Sortie salles France: 21 Septembre 2022

FILMOGRAPHIERebecca Zlotowski est une scĂ©nariste, rĂ©alisatrice et actrice française, nĂ©e le 21 avril 1980 Ă  Paris. 2010 : Belle Épine. 2013 : Grand Central. 2019 : Une fille facile. 2022 : Les Enfants des autres. 

                       "Savoir cueillir les silences entre les mots et les remplir de sens, d'humanitĂ©."

MĂ©lo dĂ©pouillĂ© auprès de sa constante bienveillance inondant le mĂ©trage entre lyrisme, tendresse et bonne humeur existentielle, les Enfants des Autres est Ă  nouveau un coup de <3 Ă©motif sous l'impulsion luminescente de Virginie Efira (quelle imparable franchise dĂ©complexĂ©e !) accompagnĂ©e ici de la force tranquille et de suretĂ© de Roshdy Zem. Pour rappel, un des plus grands acteurs français comme il le prouve Ă  nouveau ici en paternel indĂ©cis ballotĂ© entre l'amour pour sa fille de 7 ans, Leila, pour son ex Alice (incarnĂ©e par Chiara Mastroianni, excusez du peu) et pour sa nouvelle compagne Rachel (Virginie Efira) que le rĂ©cit illustre lestement auprès d'une quotidiennetĂ© sentimentale gratifiante faisant honneur Ă  leur maturitĂ© parentale. Or, les tenants et aboutissants de ce duo Ă©panoui finiront par Ă©clore lors de l'ultime demi-heure pour la remise en question maternelle de Rachel du fait de son âge, de son trauma infantile lui causant sa peur de l'engagement et de sa nouvelle conquĂŞte amoureuse qu'elle partage tendrement avec Ali lors de sĂ©quences intimes inscrites dans une quiĂ©tude communicative. Quand bien mĂŞme la fille de celui-ci, Leila, navigue entre l'amour pour sa mère et cette nouvelle Ă©trangère pour autant accorte, attendrissante, soucieuse de la prĂ©server dans sa posture maternele altruiste. 

Une belle-mère courtoise proche des autres (comme elle le prouve par ailleurs dans sa fonction Ă©ducatice de prof de Français auprès d'un Ă©tudiant), s'efforçant de la chĂ©rir afin d'y consolider son nouveau couple en voie d'accomplissement. La rĂ©alisation pleine de pudeur, d'onirisme naturaliste et d'attention pour ses personnages Ă  la fois lumineux et dĂ©pitĂ©s demeurant sans fioriture afin de privilĂ©gier un rĂ©alisme existentiel sans pathos. Notamment en empruntant d'une certaine manière la dĂ©marche du conte romantique (on peut mĂŞme y voir des clins d'oeil au cinĂ©ma muet, Chaplin proritairement) Ă  l'Ă©pilogue nullement plombant. Les Enfants des autres se dĂ©clinant en sensible rĂ©flexion sur le besoin innĂ© d'une maternitĂ© (salvatrice) qu'une belle-mère peine a exaucer auprès de son parcours personnel compromis par l'absence d'une mère. Vortex d'Ă©motions tendres, amoureuses, exaltantes avant de chavirer doucement vers une dramaturgie rigoureusement discrète et timorĂ©e de par le tact de cette rĂ©alisation auscultant les sentiments de ses adultes pleins de discernement et de sagesse d'esprit, Les Enfants des Autres nous donne finalement furieusement envie d'aimer et de croire en l'autre au moment propice de notre destinĂ©e gagnĂ©e par le positivisme, la confiance en soi, l'ambition, la gĂ©nĂ©rositĂ© d'embrasser le monde. Ce que suggère ce final anthologique inscrit dans l'Ă©quilibre, le non-dit auprès de la dĂ©ambulation tranquille de Virginie Efira ensorcelant une ultime fois l'Ă©cran avec une faveur dĂ©sarmante de naturel. 

*Sam Malone