lundi 30 mars 2026
Les Bidasses en Folie de Claude Zidi. 1971. France. 1h24.
dimanche 29 mars 2026
Le Coup du Parapluie de Gérard Oury. 1980. France. 1h35.
Car ici, le burlesque se mĂŞle Ă une vĂ©ritable cavalcade rocambolesque, sous une facture semi-parodique des films d’espionnage et de tueurs Ă gages. Une mĂ©canique ludique, si badine et innocente, qui dĂ©tourne les codes sans jamais les broyer.
Ă€ la revoyure (on en est quand mĂŞme au 5è visionnage), une Ă©vidence s’impose : le film dĂ©gage une Ă©nergie galvanisante, portĂ©e par un Pierre Richard absolument dingo, comĂ©dien de seconde zone propulsĂ© dans une intrigue criminelle qui le dĂ©passe - un rĂ´le de mĂ©chant convoitĂ© qui se transforme en cauchemar bien rĂ©el pour rire, avec de vĂ©ritables tueurs Ă ses trousses.
Oury exploite alors la mise en abyme avec une jubilation contagieuse : le film que nous regardons devient l’aventure mĂŞme que traverse le personnage en temps rĂ©el, une fiction hallucinĂ©e qui se confond avec le rĂ©el dans un vertige comique parfaitement orchestrĂ©. Et dans ce tourbillon, la prĂ©sence lumineuse de ValĂ©rie Mairesse apporte un contrepoint primesautier, presque tendre aussi, redoutablement sexy mine de rien.
Le duo n’en est d’ailleurs pas Ă son coup d’essai, puisqu’on les retrouvait dĂ©jĂ la mĂŞme annĂ©e dans C'est pas moi, c'est lui, aux cĂ´tĂ©s de Aldo Maccione.
Mais ici, tout semble poussé à son paroxysme de la déconnade la plus folingue dans une forme épanouissante de bienveillance détournée par le rire le plus électron libre.
Le rythme est effrĂ©nĂ© au possible - aucune cĂ©sure, aucun temps mort, les gags s’enchaĂ®nent avec une inventivitĂ© folle - tant visuelle que gestuelle, presque chorĂ©graphique au sens littĂ©ral. Et de mĂ©moire de cinĂ©phile, rarement Pierre Richard n’aura Ă©tĂ© aussi extravagant, aussi dĂ©complexĂ©, aussi dĂ©licieusement dĂ©jantĂ©. Coureur de jupons maladroit mais inĂ©puisable, acteur ratĂ© croyant dur comme fer Ă son potentiel torve, il traverse le film avec une vitalitĂ© quasi indĂ©cente, une joie de vivre expansive qui contamine chaque plan.
Puis vient cette dernière demi-heure, oĂą la comĂ©die bascule vers le pur cinĂ©ma d’aventure : poursuites, chaos musical (merci Vladimir !) dans une piscine digne de la Party de Blake Edwards, cascades - une sĂ©quence automobile remarquablement exĂ©cutĂ©e par RĂ©mi Julienne, qui tĂ©moigne du sens du spectacle cher de Oury.
Au fond, Le Coup du parapluie remplit son contrat avec une aisance insolente : celui d’un divertissement populaire total, menĂ© tambour battant par un trio inspirĂ© - Oury, Richard, Mairesse - sans oublier un GĂ©rard Jugnot d’une spontanĂ©itĂ© naĂŻve dĂ©sarmante en ami trahi.
Un film dans le film, libre, débridé, presque inconscient de sa propre folie cinématographique.
Et en le revoyant aujourd’hui, une pensĂ©e s’impose, douce-amère comme souvent: celle d’une Ă©poque - les annĂ©es 70-80 - oĂą la comĂ©die populaire savait encore conjuguer audace, efficacitĂ© et gĂ©nĂ©rositĂ©. Une Ă©poque rĂ©volue, ou presque… si l’on excepte, çà et lĂ , quelques Ă©clats contemporains, comme ceux portĂ©s par la bande Ă Philippe Lacheau ou Ă Toledano / Nakache.
Merci Gérard, dieu de la comédie aventureuse sans complexe (quel joie de vivre bordel, en temps réel !)- et désormais irremplaçable.
samedi 28 mars 2026
Joshua de George Ratliff. 2007. U.S.A. 1h43.
Je ne m’attendais pas Ă un mĂ©trage d’une telle tenue. Ratliff orchestre ici une lente dĂ©sagrĂ©gation, une perte progressive de toute emprise, Ă travers un drame familial d’un malaise profondĂ©ment diffus. Rien n’est frontal. Tout est d’abord larvĂ©, presque imperceptible (on observe sans vraiment s'inquiĂ©ter), avant de s’infiltrer, de contaminer chaque recoin du rĂ©cit, jusqu’Ă faire basculer l’ensemble dans une progression dramatique de plus en plus Ă©touffante, poisseuse, irrĂ©mĂ©diable. Et la prouesse, c'est qu'on ne voit rien arriver tant l'hypocrisie y est souveraine.
Et au cĹ“ur de ce malaise : l’enfant.
Jacob Kogan incarne un Joshua d’une froideur indicible. Un visage fermĂ©, un regard vide, presque minĂ©ral qui tente parfois d'amadouer avec timiditĂ©. Une prĂ©sence monolithique, opaque, qui ne cherche pas Ă sĂ©duire (en dĂ©pit de rares occasions), ni mĂŞme Ă effrayer frontalement. Il est lĂ , simplement, il observe puis s'efface, constamment. Et c’est prĂ©cisĂ©ment cette neutralitĂ© qui met toujours plus mal Ă l'aise. Plus le rĂ©cit avance, plus son inertie semble menaçante, jusqu’Ă faire naĂ®tre une vĂ©ritable rĂ©pulsion qu'on a honte de s'avouer. Ă€ cĂ´tĂ© de lui, les figures enfantines malĂ©fiques du cinĂ©ma - Ă l'instar d'une certaine Esther beaucoup plus rebelle et reconnue - paraissent presque dĂ©monstratives.
Mais Joshua ne serait rien sans l’effondrement progressif de ses parents. Sam Rockwell et Vera Farmiga livrent des performances d’un naturel dĂ©sarmant, capturant avec une justesse troublante la dĂ©rive d’un couple Ă l'agonie, impuissant face Ă une menace qu’il ne parvient ni Ă nommer, ni Ă contenir, ni Ă invectiver. Ratliff filme cette chute avec une cruautĂ© feutrĂ©e, transformant peu Ă peu le foyer en un espace exigu de suffocation morale qui dĂ©teint sur nous.
Joshua est de ces films intelligents oĂą l’horreur vĂ©ritable ne rĂ©side pas dans le spectaculaire, mais dans ce qui ronge, dans ce qui s’installe, dans ce qui ne se voit pas immĂ©diatement, dans ce qui se trame dans l'ombre.
Thriller domestique, drame psychologique, horreur intime, fantastique mystique (en relation avec les momies aztèques !) - peu importe l’Ă©tiquette. Cette sĂ©rie B s’impose comme une Ĺ“uvre mature, maĂ®trisĂ©e, vraiment dĂ©rangeante quand on est face Ă une menace infantile intouchable.
Sitges - Catalonian International Film Festival 2007 :
Best Actor : Sam Rockwell,
Special Mention : George Ratliff
Sundance Film Festival 2007 : Cinematography Award
mercredi 25 mars 2026
Nell de Michael Apted. 1994. 1h51. U.S.A.

dimanche 22 mars 2026
Les Bidasses s'en vont en guerre de Claude Zidi.
Et pourtant… c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ que rĂ©side son charme. Dans cette ultra bĂŞtise revendiquĂ©e, dans cette mĂ©canique du rire qui ne cherche jamais Ă ĂŞtre fine, mais qui avance Ă un rythme infernal, comme un moteur lancĂ© Ă pleine vitesse sans se soucier de la direction. On navigue Ă vue. Les situations s’enchaĂ®nent avec une spontanĂ©itĂ© dĂ©sarmante, et les Charlots, fidèles Ă eux-mĂŞmes, injectent une Ă©nergie brute, instinctive, qui finit rapidement par emporter l’adhĂ©sion.
ComĂ©die franchouillarde jusqu’au bout des ongles, le film devient peu Ă peu une sorte de rĂŞve Ă©veillĂ©, un dĂ©lire continu oĂą le rocambolesque flirte avec l’abracadabrantesque sans jamais s’excuser d’exister. C’est d'une idiotie atypique, c'est souvent lourd, parfois mĂŞme Ă©puisant par son rythme dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©… mais Ă©trangement irrĂ©sistible par sa dinguerie nonsensique, et le fait que tous ces personnages lunaire existent Ă l'Ă©cran avec une foi incontrĂ´lable.
Il faut le voir pour le croire.
Diary of the Dead de Georges A. Romero.
samedi 21 mars 2026
Dossier 137 de Dominik Moll. 2025. France. 1h54.
Backcountry de Adam MacDonald. 2014. Canada. 1h32.
Alors oui, tout semble d’abord familier. InĂ©vitablement. Mais sans nullement nous dĂ©tacher par sa prompte capacitĂ© Ă nous sĂ©duire dans la sincĂ©ritĂ© d'une mise en place crĂ©dible. Un couple, la forĂŞt, l’isolement, un Ă©vènement impromptu. Des motifs usĂ©s dans leur banalitĂ©. Mais rapidement, le rĂ©cit s’Ă©mancipe de ce carcan bien connu pour glisser vers autre chose, quelque chose de plus insidieux, de plus feutrĂ©, de plus incertain. La menace n’est plus un point fixe - elle devient diffuse, surtout invisible, elle circule, elle respire autour des personnages… et nous avec. On attend, on est inquiet par l'attente de l'angoisse, de cette peur implacable qui risque de s'exprimer Ă tous moments.
On pense inĂ©vitablement Ă certains jalons du genre : cette sensation de rĂ©el documentĂ©, cette camĂ©ra au plus près des visages contrariĂ©s, Ă©voque Le projet Blair Witch, cette manière d’habiter l’espace vĂ©gĂ©tal en immersion totale rappelle Survivance, tandis qu’un Ă©cho lointain de DĂ©livrance rĂ©sonne aussi dans cette confrontation primitive entre l’homme et la nature. Mais Backcountry ne copie pas - il absorbe, il digère, puis il recrache une peur plus sèche, plus nue.
Puis vient le basculement qu'on était loin de prévoir puisque le réalisateur ne tablait que sur le silence d'un isolement constamment ombrageux.
PassĂ© injustement inaperçue, cette petite perle maudite s’impose pourtant comme l’un des survivals forestiers les plus marquants de ces dernières annĂ©es. Une Ĺ“uvre âpre, tendue, profondĂ©ment rĂ©aliste et flippante, qui nous happe sans relâche jusqu’Ă une dernière image Ă la fois dĂ©sespĂ©rĂ©e… et Ă©trangement apaisĂ©e.
P.S: évitez à tous prix de reluquer la bande-annonce avant d'amorcer la projo.
lundi 16 mars 2026
Mirrors d'Alexandre Aja. 2008. U.S.A/Roumanie/Allemagne/France. 1h51.
Dawson's Creek
Rappel des faits :
La rĂ©cente disparition de l’acteur James Van Der Beek m’a conduit Ă dĂ©couvrir une sĂ©rie que je n’aurais sans doute jamais osĂ© regarder autrement. Et il y a lĂ une ironie tragique, Ă mes yeux: c’est grâce Ă sa mort que j’ai ouvert la porte de Dawson's Creek.
Je n’en suis qu’Ă deux saisons, une trentaine d’Ă©pisodes Ă peine, et pourtant la sĂ©rie a dĂ©jĂ plantĂ© en moi quelque chose de très profond. Certains Ă©pisodes me crèvent littĂ©ralement le cĹ“ur, comme ce matin encore. Il s’en dĂ©gage une Ă©motion rare, sacrĂ©e pour moi - une Ă©motion vibrante, profondĂ©ment humaniste.
Ce qui me frappe le plus, au-delĂ de son voile de soie doux et rĂ©chauffant sur le plan Ă©motionnel, c’est l’intelligence des personnages. Leur capacitĂ© de rĂ©flexion, leur bagage culturel, leur manière de verbaliser leurs doutes, leurs blessures, leurs Ă©lans amoureux. Derrière leurs visages d’adolescents, il y a des âmes fragiles, traversĂ©es par le mal-ĂŞtre existentiel, les amitiĂ©s qui vacillent, les amours qui naissent, mais aussi les liens parfois douloureux avec les parents. On connaĂ®t la musique, mais Dawson (r)anime ces tensions et leurs apaisements comme si c’Ă©tait la première fois.
Dans cette sĂ©rie presque insulaire (le cadre restreint est si intime et solaire), il y a une pudeur humaniste qui me bouleverse de manière personnelle. Cette manière autonome finalement de parler de la vie, de l’amour, de la peur de grandir, avec une dĂ©licatesse qui me fait souvent chavirer vers un ailleurs exaltant. Comme si je me sentais protĂ©gĂ© parmi eux, parmi ces nouveaux amis que je vois grandir en temps rĂ©el et que j’apprends Ă aimer avec une intensitĂ© Ă©lĂ©giaque.
Alors oui, j’ai une très forte pensĂ©e Ă©mue pour James Van Der Beek. Et Dieu sait que tous les autres interprètes crèvent l’Ă©cran, jusqu’aux plus petits seconds rĂ´les. Car sans sa disparition, je n’aurais très certainement jamais dĂ©couvert cette Ĺ“uvre lumineuse, pĂ©trie de douceur, de rĂ©flexions et de sensibilitĂ©.
Aujourd’hui, au fil des Ă©pisodes, je dĂ©couvre une jeunesse des annĂ©es 90 qui semble presque appartenir Ă un autre monde : une gĂ©nĂ©ration plus introspective, plus vulnĂ©rable, plus attachĂ©e aux mots, aux valeurs nobles comme le respect d’autrui, et aux sentiments qui naissent dans l’Ă©coute de l’autre.
Peut-ĂŞtre est-ce cela, finalement, le miracle des Ĺ“uvres si prĂ©cieuses mais parfois oubliĂ©es que j’aime tant choyer et mettre en avant : continuer Ă toucher des cĹ“urs, mĂŞme après la disparition de ceux qui les ont incarnĂ©es. On appelle ça aussi la magie du petit Ă©cran.
Dawson, rien que pour tes deux premières saisons, tu resteras à jamais imprimé en moi. Ad vitam aeternam.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Les Faucons de la Nuit / Night Hawks
Et le constat est limpide : Les Faucons de la nuit demeure un formidable polar urbain, magnifiquement filmĂ© Ă travers son urbanitĂ© crĂ©pusculaire et poisseuse qui rappelle les grandes heures du cinĂ©ma policier des annĂ©es 70. On pourrait mĂŞme dire que le film a un pied dans les annĂ©es 70 et l’autre dans les annĂ©es 80, puisqu’il sort en 1981 tout en conservant l’âme sombre et rugueuse du polar de la dĂ©cennie prĂ©cĂ©dente.
Visuellement, le film est à la fois immersif et envoûtant, et rappellera aux amateurs les grands classiques du genre comme French Connection, Serpico, Police puissance 7 ou encore l'oublié mais mémorable Meurtres dans la 110e Rue.
Mais Les Faucons de la nuit est aussi, Ă mon sens, bien plus qu’un simple polar efficace. Le film emprunte Ă©galement certains codes au psycho-killer, flirtant parfois avec l’ombre du cinĂ©ma d’horreur. Cela tient beaucoup au portrait du terroriste incarnĂ© par Rutger Hauer, personnage glaçant dont la froideur psychopathe dĂ©passe largement la simple figure du terroriste politique.
Face Ă lui, Sylvester Stallone surprend par une incarnation d’une grande sobriĂ©tĂ©. Loin des figures hĂ©roĂŻques et iconiques qu’il imposera ensuite avec Rocky ou Rambo, il compose ici un policier de rue rĂ©flĂ©chi, presque introspectif, refusant autant que possible d’imposer une violence aveugle et mĂ©thodique.
Son personnage, Deke DaSilva, s’oppose mĂŞme Ă sa hiĂ©rarchie, qui voudrait transformer le policier en simple instrument d’une logique quasi militaire pour Ă©radiquer le terrorisme international.
Et puis il y a la prĂ©sence si charmante de Lindsay Wagner, inoubliable hĂ©roĂŻne de la sĂ©rie Super Jaimie, qui incarne ici sa compagne. HĂ©las trop peu prĂ©sente Ă l’Ă©cran, elle signe pourtant l’une de ses rares apparitions au cinĂ©ma. Cette sublime jeune actrice dĂ©gage une fraĂ®cheur naturelle et une spontanĂ©itĂ© remarquable, inscrites dans une sobriĂ©tĂ© de jeu. C’est aussi la preuve que Bruce Malmuth maĂ®trise parfaitement sa direction d’acteurs, tant Lindsay Wagner se rĂ©vèle ici charismatique et juste dans ce rĂ´le de maĂ®tresse tiraillĂ©e par les tensions de sa relation avec DaSilva.
Et c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ que le film devient passionnant, substantiel dans son dilemme moral.
Car le terrorisme prend le visage impassible et terrifiant du personnage de Wulfgar incarnĂ© par Rutger Hauer : une prĂ©sence glaciale, presque reptilienne, capable d’imposer son idĂ©ologie meurtrière avec une aisance dĂ©concertante, dĂ©nuĂ©e de toute vergogne. Il peut ainsi abattre froidement des femmes sans dĂ©fense dans l’intimitĂ© de leur foyer, ou poser des bombes dans les lieux les plus frĂ©quentĂ©s, comme si la mort n’Ă©tait pour lui qu’un simple outil de dĂ©monstration teintĂ© de perversitĂ©.
Or, Les Faucons de la nuit ne tombe jamais dans la gratuitĂ©. Ni l’action ni la violence ne sont montrĂ©es avec complaisance; elles servent au contraire Ă souligner la brutalitĂ© froide du terrorisme encore plus actuel aujourd'hui.
Ce qui frappe aussi, c’est la beautĂ© formelle du film Ă la rĂ©alisation si carrĂ©e. La mise en scène de Bruce Malmuth capte un New York nocturne inquiĂ©tant, presque organique : une ville tĂ©nĂ©breuse, vĂ©nĂ©neuse, reptilienne, théâtre d’une traque inlassable menĂ©e par DaSilva et son partenaire Matthew interprĂ©tĂ© avec autant de pugnacitĂ© par Billy Dee Williams.
Une traque qui ne cède jamais Ă l’ennui tant la tension demeure constante. Le rĂ©alisateur maĂ®trise son matĂ©riau avec sobriĂ©tĂ©, sans effets de manche ni surenchère spectaculaire. Les sĂ©quences d’action sont intelligemment dosĂ©es et mises au service d’une intrigue solide, rigoureusement construite, et frĂ©quemment d’une cruautĂ© implacable lorsque s’expriment les exactions du terroriste littĂ©ralement en roue libre.
Ainsi, dans cette scĂ©nographie urbaine nocturne, plane par moments l’ombre du film d’horreur, comme si la ville elle-mĂŞme devenait le territoire d’un prĂ©dateur humain redoutablement productif, insolent, affutĂ©.
Et c’est peut-ĂŞtre lĂ que rĂ©side toute la singularitĂ© des Faucons de la nuit : un polar urbain tendu, une sĂ©rie B d’une redoutable efficacitĂ©, mais aussi une Ĺ“uvre traversĂ©e par l’inquiĂ©tante silhouette d’un monstre moderne dans le cadre du psycho-killer le plus classieux et envoĂ»tant.
Authentique classique au demeurant, qui plus est imperméable à l'évolution du temps.
lundi 9 mars 2026
Le Plombier / The Plumber de PeterWeir. 1979. Australie. 1h16.
Or, au-delĂ de cette tension latente, le film repose avant tout sur une confrontation psychologique particulièrement intense entre un plombier envahissant et une Ă©pouse isolĂ©e chez elle. Cette intensitĂ© tient beaucoup au jeu naturel des acteurs au physique ordinaire, mais aussi Ă la dĂ©rision sarcastique qui s’installe progressivement entre les deux personnages.
C’est d’ailleurs lĂ l’une des grandes rĂ©ussites du film : reposer sur la caractĂ©risation d’une femme psychologiquement dĂ©munie, tandis que le plombier joue constamment sur l’ambiguĂŻtĂ©. AmbiguĂŻtĂ© que Peter Weir entretient volontairement, puisque le personnage peut ĂŞtre interprĂ©tĂ© de plusieurs façons.
Et c’est prĂ©cisĂ©ment parce que le film refuse de trancher que son dispositif fonctionne aussi bien : l’ambiguĂŻtĂ© morale demeure entière du dĂ©but Ă la fin.
Dans cette perspective, Le Plombier apparaĂ®t Ă la fois comme un redoutable thriller psychologique et comme un drame conjugal assez cruel. Peter Weir choisit toutefois la suggestion plutĂ´t que l’Ă©motion frontale : il ne cherche pas Ă nous bouleverser, mais plutĂ´t Ă nous placer dans un Ă©tat d’inconfort permanent en jouant avec nos nerfs jusqu'Ă l'absurde de situations Ă la fois devenues incontrĂ´lables et hyperboliques (la salle de bain rĂ©duite en champs de bataille face au tĂ©moignage de l'Ă©poux indiffĂ©rĂ©).
Le film se rĂ©vèle ainsi d’une belle efficacitĂ©, Ă travers cette lutte acharnĂ©e d’environ 1h16 entre un plombier et une femme toujours plus esseulĂ©e, dont l’issue finale, Ă nouveau teintĂ©e de sarcasme, surprend par un dernier renversement de situation.
Une œuvre brève, hélas méconnue et oubliée, mais particulièrement intelligente, intense, anxiogène et troublante, à voir absolument.






































