jeudi 8 mars 2012

BUTTERFLY KISS. Double Prix d'interprétation Féminine à Dinard 1995.


de Michael Winterbottom. 1995. Angleterre. 1h25. Avec Amanda Plummer, Kathy Jamieson, Saskia Reeves, Des McAleer, Lisa Riley, Freda Dowie, Paula Tilbrook, Fine Time Fontayne, Elizabeth Mc Grath, Joanne Cook.

Sortie salles France: 10 Janvier 1996. Angleterre: 26 Avril 1996

Récompenses: Double Prix d'interprétation Féminine au Festival du film Britannique de Dinard en 1995.

FILMOGRAPHIE: Michael Winterbottom est un monteur, producteur, réalisateur et scénariste britannique, né le 29 Mars 1961.
1990: Forget about me. 1992: Under the Sun. 1995: Butterfly Kiss. 1995: Go now. 1996: Jude. 1997: Bienvenue à Sarajevo. 1998: I want you. 1999: Wonderland. 1999: With or without you. 2000: Rédemption. 2002: 24 Hour Party People. In this World. 2003: Code 46. 2004: 9 Songs. 2005: Tournage dans un jardin anglais. 2006: The Road to Guantanamo. 2007: Un Coeur invaincu. 2009: Un Eté Italien. 2010: La Stratégie du choc. 2010: The Killer inside me. 2011: The Trip. 2011: Trishna.

                                               "Il y a du bon et du mauvais chez tout le monde".
 
"Road movie au vitriol : la dérive déchirante de Butterfly Kiss".
En 1995, sort dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale le troisième long-mĂ©trage d’un rĂ©alisateur polygraphe aujourd’hui reconnu. RĂ©compensĂ© d’un double prix d’interprĂ©tation fĂ©minine au Festival de Dinard, respectivement attribuĂ© Ă  Amanda Plummer et Saskia Reeves, Butterfly Kiss s’est forgĂ©, au fil des annĂ©es, une rĂ©putation de film culte, introuvable et destinĂ© Ă  un public marginal. Histoire d’amour Ă©corchĂ©e vive, Ĺ“uvre austère, inclassable et hermĂ©tique, ce road movie au vitriol laisse une empreinte mĂ©chante dans l’encĂ©phale sitĂ´t l’Ă©pilogue brutalement achevĂ©.

Une vagabonde saphique erre sur les autoroutes d’Angleterre, cherchant une certaine Judith aux abords des stations-service. Sur sa route, elle rencontre Miriam, serveuse introvertie et naĂŻve. Ensemble, elles entament un pĂ©riple meurtrier contre les quidams machistes, avant de tomber amoureuses. Film choc, profondĂ©ment dĂ©rangeant, par son ambiance malsaine au confins du marasme et le profil torturĂ© d’un duo de lesbiennes complices de meurtres en sĂ©rie, Butterfly Kiss est un ovni subversif qui bouleversa nombre de spectateurs, dĂ©concertĂ©s par cette relation amoureuse sous formol.

Une serial killeuse obsĂ©dĂ©e par la quĂŞte d’une Judith croisĂ©e au hasard croise Miriam, serveuse solitaire cloĂ®trĂ©e avec sa mère dans un appartement sombre.

C’est le dĂ©but d’une tendre relation qu’Eunice va lentement entraĂ®ner dans des pĂ©rĂ©grinations meurtrières, punissant cavaleurs de jupons. VoilĂ  pour la synthèse de ce road movie blafard, oĂą les dĂ©cors glauques des autoroutes anglaises renforcent son cĂ´tĂ© dĂ©pressif, amplifiant la grisaille d’un climat maussade. On ne saura rien du passĂ© de ces deux femmes paumĂ©es ni pourquoi Eunice s’acharne Ă  retrouver Judith, probablement une idylle dĂ©chue, tandis qu’elle s’entĂŞte Ă  chercher le tube d’une chanson sur l’amour. Le rĂ©alisateur s’attache surtout Ă  dĂ©crire avec un humanisme dĂ©sespĂ©rĂ© leur union fragile, inscrite dans la rancĹ“ur morale et le meurtre gratuit.

C’est une Ă©lĂ©gie dĂ©senchantĂ©e, une odyssĂ©e aux teintes sombres, qui nous est livrĂ©e avec verdeur, peignant sans dĂ©tour leurs vicissitudes sordides, prĂ©sageant en fin de parcours une rĂ©demption nihiliste. Comme si ces deux hĂ©roĂŻnes incomprises s’empressaient, par l’acte meurtrier, de rejoindre les tĂ©nèbres pour s’extraire au plus vite de leur univers absurde.

JalonnĂ© de tubes pop-rock — Cranberries, P.J. Harvey, Björk —, le film exacerbe cette ambiance terne pour magnifier l’amertume suicidaire de ces deux paumĂ©es incapables de s’assumer ou d’accepter le bonheur.

Amanda Plummer incarne Eunice dans ce rĂ´le magnĂ©tique et dĂ©licat, traduisant avec acuitĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e la tueuse en sĂ©rie rĂ©pugnĂ©e par sa propre personnalitĂ©. Pour expier ses crimes, elle martyrise son corps, ornĂ© de piercings, tatouages et chaĂ®nes de mĂ©tal, marquant ses stigmates d’hĂ©matomes. Saskia Reeves partage la vedette, incarnant avec naĂŻvetĂ© candide une femme-enfant en perte de repères. Une cĂ©libataire inflexible, dĂ©nuĂ©e d’ambition, influencĂ©e par la misanthropie sordide d’Eunice faute de leur intense liaison amoureuse.

"Sous le voile noir : tendresse et violence d’un amour brisĂ©".
Magnifiquement interprĂ©tĂ© par deux comĂ©diennes Ă  la beautĂ© naturelle, Butterfly Kiss est une virĂ©e cafardeuse, une odyssĂ©e romantique invoquant l’opacitĂ© des tĂ©nèbres comme dĂ©livrance. Son Ă©pilogue traumatique, brutal et inopinĂ©, frappe le spectateur d’une Ă©motion incontrĂ´lĂ©e. On s’Ă©tonne de ressentir soudain une profonde empathie pour ces deux protagonistes fragiles et besogneuses. PassĂ© cet exutoire cinglant et indĂ©lĂ©bile, il devient impossible de sortir indemne d’une Ĺ“uvre aussi fragile, malsaine et dĂ©senchantĂ©e. Ă€ rĂ©server nĂ©anmoins Ă  un public averti, tant pour son climat perturbant que son final cathartique — d’oĂą son interdiction aux moins de 16 ans.
 
*Bruno 
A Isabelle Pica
08.03.12

ATTENTION SPOILER POUR CET EXTRAIT DEVOILANT SON FINAL IMPLACABLE !



mercredi 7 mars 2012

CELLULE 211 (Celda 211)


de Daniel Monzon. 2009. France/Espagne. 1h50. Avec Carlos Bardem, Luis Tosar, Alberto Ammann, Marta Etura, Antonio Resines, Luis Zahera, Manolo Solo, Félix Cubero, Jesus Carroza, Joxean Bengoetxea, David Selvas.

Sortie salles France: 4 Août 2010

FILMOGRAPHIE: Daniel Monzon est un réalisateur, scénariste et acteur espagnol, né en 1968.
2000: Le Coeur du Guerrier. 2002: El robo mas grande jamas contado. 2006: The Kovak Box. 2010: Cellule 211.

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Multi rĂ©compensĂ© dans son pays d'origine mais passĂ© inaperçu et dĂ©prĂ©ciĂ© dans l'hexagone, Cellule 211 est un thriller carcĂ©ral alternant action et psychologie des personnages au fil d'une narration dramatique en chute libre. Pour sa première journĂ©e de service, un nouveau gardien de prison se retrouve embrigadĂ© dans une Ă©meute pĂ©nitentiaire. Pour sauver sa peau, il est contraint de se faire passer pour un dĂ©tenu aux yeux des prisonniers dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  obtenir leur requĂŞte. Alors que les forces spĂ©ciales sont prĂŞtes Ă  intervenir, un Ă©vènement inopinĂ© va totalement changer la donne et semer l'anarchie la plus dĂ©sordonnĂ©e dans les deux camps adverses.
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De manière ludique mais rĂ©aliste, cette sĂ©rie B rondement menĂ©e entame sa première partie avec assez d'efficience pour embarquer le spectateur dans un film de prison alerte.  D'autant plus que la confrontation entre nos deux protagonistes antinomiques ne manquent pas d'intensitĂ© dans leur relation ombrageuse davantage Ă©quivoque. A cause d'un accident alĂ©atoire et d'une violente Ă©meute engagĂ©e en interne du pĂ©nitencier, un gardien de prison va devoir s'affilier avec un leader contestataire pour tenter d'Ă©touffer la vĂ©ritĂ© sur sa propre identitĂ©. Alors que quelques geĂ´liers et membres de l'ETA sont retenus en otage par les insurgĂ©s, les forces spĂ©ciales sont sur le point d'entamer un assaut. A l'extĂ©rieur, une manifestation de citadins ainsi que les familles des dĂ©tenus bat son plein autour de l'enceinte. Le gouvernement dĂ©cide donc de dĂ©ployer une cohorte de CRS pour tenter d'apaiser la situation. VoilĂ  pour la mise en place de l'intrigue accentuĂ©e par la caractĂ©risation autoritaire et fraternelle de nos deux anti-hĂ©ros finalement conciliĂ©s dans une confiance commune. Mais un Ă©vènement dramatique impondĂ©rable va totalement reconsidĂ©rer la conspiration, tandis que les rĂ´les majeurs vont considĂ©rablement s'inverser et se combiner.
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C'est Ă  ce moment propice que Cellule 211 va prendre une ampleur psychologique considĂ©rable dans le profil galvaudĂ© d'un des protagonistes principaux. Dès lors, la frontière entre le bien et le mal commence sĂ©rieusement Ă  rĂ©gresser pour compromettre chaque protagoniste davantage dĂ©considĂ©rĂ©. L'avènement du chaos semble ĂŞtre la pire solution Ă  tolĂ©rer, sachant en outre que notre gardien de prison est Ă  deux doigts de se faire dĂ©masquer sur sa vĂ©ritable identitĂ© ! Chaque camp adverse (les reprĂ©sentants de l'ordre contre les marginaux pourfendeurs) va donc devoir user de ruse pour tenter de gagner la partie et ainsi prĂ©server sa propre hiĂ©rarchie. La oĂą le film gagne en intensitĂ© dramatique et suspense tranchant, c'est dans la dĂ©marche immorale et manipulatrice que se rĂ©signe chaque tĂ©moin contradictoire pour tenter de s'extraire du conflit. La tragĂ©die humaine qui en dĂ©coule est sĂ©vèrement prescrite par le sort rĂ©servĂ© Ă  ce gardien de prison dĂ©chu. Un pion meurtri devenu en l'occurrence contre sa moralitĂ© un vĂ©ritable dĂ©tenu aussi dĂ©lĂ©tère et forcenĂ© que ses voisins de cellule. Les rapports affectĂ©s qu'il entretient avec son coĂ©quipier permettent d'Ă©tablir un rapport trouble, voir empathique dans leur relation autoritaire, partagĂ©e entre sentiment d'iniquitĂ©, suspicion et vengeance. Quand au nihilisme du point d'orgue fortuit, il rĂ©fute admirablement l'esbroufe au profit d'un conclusion immorale gangrenĂ©e par l'opportunisme et la fĂ©lonie.
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Captivant et davantage haletant dans les enjeux sĂ©vèrement encourus, Cellule 211 constitue un excellent actionner subversif pour son immoralitĂ© orgueilleuse. Il s'enrichit d'un drame humain particulièrement poignant vers sa seconde partie dĂ©montrant avec acuitĂ© que l'individu lambda peut un jour bafouer sa libertĂ© pour le compte de la partialitĂ© et la vengeance. Le rĂ©alisateur tend Ă©galement Ă  souligner les conditions inhumaines entretenues chez les dĂ©tenus lorsqu'ils sont amenĂ©s Ă  contracter une pathologie en interne de leur cellule. Quand aux interprètes frappants de charisme patibulaire, Carlos Bardem et Luis Tosar mènent leur insurrection avec une virilitĂ© primale. 
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07.03.12
BM


mardi 6 mars 2012

Candyman. Prix du Public Avoriaz 93.


de Bernard Rose. 1992. U.S.A. 1h38. Avec Virginia Madsen, Tony Todd, Xander Berkeley, Kasi Lemmons, Vanessa Williams, DeJuan Guy, Barbara Alston, Caesar Brown, Kenneth A. Brown, Michael Culkin.

Sortie salles France: 20 Janvier 1993. U.S: 16 Octobre 1992

FILMOGRAPHIE: Bernard Rose est un réalisateur, scénariste, acteur, directeur de la photographie et monteur britannique. Il est né à Londres le 4 août 1960.
1987 Body contact, 1988 Paperhouse, 1990 Chicago Joe and the Showgirl, 1992 Candyman, 1994 Ludwig van B.(Immortal Beloved),1997 Anna Karénine, 2000 Ivans xtc., 2008 The Kreutzer Sonata, 2010 Mr Nice.

 
"Candyman : le miroir fendu de la haine".
Quatre ans après l’Ă©blouissant Paper House, Bernard Rose transpose Ă  l’Ă©cran l’une des nouvelles de Clive Barker, The Forbidden, tirĂ©e des Livres de Sang. Sous couvert de lĂ©gendes urbaines et de superstitions nourries par la peur des dĂ©shĂ©ritĂ©s, Candyman aborde frontalement l’exclusion et la xĂ©nophobie Ă  travers le martyr d’un croque-mitaine, symbole vindicatif d’une communautĂ© noire immolĂ©e par la haine raciale.

Le pitch : Une Ă©tudiante et sa collègue rĂ©digent une thèse sur les lĂ©gendes urbaines. Elles s’aventurent dans un quartier noir dĂ©favorisĂ© de Chicago pour enquĂŞter sur le mythe de Candyman. IncrĂ©dule et athĂ©e, HĂ©lène devient malgrĂ© elle la nouvelle cible du spectre, destinĂ©e Ă  embrasser les tĂ©nèbres comme maĂ®tresse de son royaume maudit..

PortĂ© par un scĂ©nario ingĂ©nieux transcendant un conte social d’une noirceur inouĂŻe, Candyman avance d’abord Ă  pas feutrĂ©s : l’enquĂŞte minutieuse de deux universitaires piĂ©gĂ©es par le mythe qu’elles croyaient dissĂ©quer. Ă€ première vue, on pourrait croire Ă  un Ă©nième avatar de psycho-killer, hĂ©ritier des cavalcades insolentes d’un Freddy Krueger adulĂ© dans les annĂ©es 80. Or, grâce Ă  une première partie qui suggère plus qu’elle ne montre, et Ă  la menace tapie d’un ĂŞtre peut-ĂŞtre chimĂ©rique, l’Ĺ“uvre austère de Bernard Rose distille un suspense vĂ©nĂ©neux, insinuĂ© jusqu’Ă  l’os.

Ă€ travers HĂ©lène, Ă©rudite fascinĂ©e par les croyances populaires mais sourde Ă  toute notion de surnaturel, le rĂ©alisateur exploite l’incrĂ©dulitĂ© pour la hisser au rang de victime emblĂ©matique, soumise Ă  la vengeance implacable d’un homme noir jadis massacrĂ© par une foule raciste — revenu de l’au-delĂ  par le truchement des miroirs, Ă  quiconque murmure cinq fois son nom face Ă  la glace. Chaque meurtre perpĂ©trĂ© dans les bas-fonds insalubres trouve en HĂ©lène la coupable idĂ©ale, manipulĂ©e par Candyman. D’un crochet rouillĂ©, le spectre lui greffe la preuve du crime dans les mains, l’enferme dans une spirale de chantage moral, et l’enchaĂ®ne par l’enlèvement d’un enfant gardĂ© dans un recoin imprenable.

 
Cette empathie pour la victime blanche, arrachĂ©e Ă  son confort pour ĂŞtre livrĂ©e Ă  une justice sourde, cette impuissance Ă  clamer l’innocence face Ă  l’inexorable, nous cingle d’un malaise Ă©touffant, d’une terreur presque palpable. Par une maĂ®trise technique implacable, Bernard Rose attise l’angoisse Ă  chaque apparition, Ă  chaque effusion de sang orchestrĂ©e par Candyman, jusqu’Ă  nous ligoter au cauchemar d’HĂ©lène promise Ă  la damnation. Les dĂ©cors d’HLM rongĂ©s de graffitis hystĂ©riques et l’inoubliable partition solennelle de Philip Glass amplifient ce climat d’abandon et de pourriture. Quant Ă  l’apparition bĂ©ante du spectre revanchard, drapĂ© de velours noir et armĂ© de son crochet sifflant, elle nous cloue sur place, Ă  l’unisson de sa voix gutturale (privilĂ©gier coĂ»te que coĂ»te la VO, plus grave et caverneuse !).


"L’Ă©vangile sanglant du croque-mitaine vengeur".
Brillamment interprĂ©tĂ© par une Virginia Madsen candide, poignante de vulnĂ©rabilitĂ© et de vertige, face Ă  un Tony Todd glaçant de majestĂ© funèbre, Candyman se dresse en chef-d’Ĺ“uvre absolu du fantastique Ă  rĂ©sonance sociale. Un conte macabre d’une cruautĂ© foudroyante, peinture sans fard d’une haine raciale jamais assagie, qu’Ă©touffe encore son atmosphère urbaine suffocante. Une date incontournable, Ă  revoir sans jamais s’endurcir.

Bruno 
03.04.25. 4èx. Vost
06.03.12. 

Récompense: Prix du Public à Avoriaz en 1993.
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lundi 5 mars 2012

KILL LIST


de Ben Wheatley. Angleterre. 2011. 1h30. Avec Neil Maskell, MyAnna Buring, Harry Simpson, Michael Smiley, Emma Fryer, Struan Rodger, Esme Folley, Ben Crompton, Gemma Lise Thornton, Robin Hill, Zoe Thomas.

Sortie salles France: Juillet 2012. U.S: 3 Février 2012

FILMOGRAPHIE: Ben Wheatley est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur anglais.
2009: Down Terrace
2011: Kill List
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Second film d'un réalisateur anglais méconnu (son 1er long est resté inédit en France), Kill List est un nouvel ovni sorti de nulle part mais précédé d'une réputation particulièrement élogieuse partout où il fut projeté. Réaliste, sombre, lattent et ombrageux, sa narration abstraite passant d'un genre à un autre ne pourra laisser personne indifférent, au risque de déconcerter ceux qui n'étaient pas préparer à ce brutal revirement de tons.

Un duo de tueurs Ă  gage reprennent du service et sont contraints sous l'allĂ©geance de leur patron de supprimer trois individus spĂ©cifiques: un prĂŞtre, un bibliothĂ©caire et un dĂ©putĂ©. Mais leur juteux contrat va les mener vers une irrĂ©mĂ©diable descente aux enfers. 
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Ca débute comme un drame social avec le portrait conjugal d'un couple en précarité financière pour s'engager ensuite vers le polar moite et ultra violent dans la dérive meurtrière de deux tueurs professionnels. Alors que sa dernière demi-heure amorce un dernier virage impondérable pour bifurquer in extremis vers une horreur païenne où l'on cherche encore le sens mystique de cette confrérie (du moins, de mon point de vue personnel).
Jay, ancien belligérant marqué par les traumatismes d'une guerre ukrainienne va devoir reprendre les armes sous son ancien profil de tueur à gage afin de subvenir aux besoins de sa famille. C'est grâce à l'aide de son compagnon Gal qu'ils vont pouvoir entreprendre un nouveau contrat sous l'injonction d'un patron opiniâtre. C'est à dire exécuter de sang froid trois individus liés à un sordide réseau pornographique. Mais Jay, davantage erratique dans ses élans meurtriers d'une extrême violence va peu à peu se laisser happer par sa peur et sa paranoïa, alors qu'un piège est entrain de se refermer contre eux.
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Voilà en gros le résumé d'une narration interlope qui ne cesse d'alterner les ruptures de ton en nous embarquant dans une virée sanglante de deux tueurs professionnels pris au dépourvu.
Dans une ambiance lourde et oppressante, amplifiĂ©e par l'opacitĂ© d'une partition musicale Ă©prouvĂ©e, les personnages marginaux de Kill List nous sont prĂ©alablement dĂ©crits comme des personnages plutĂ´t anodins. Si ce n'est que Jay et sa ravissante Ă©pouse entament une relation parfois vĂ©hĂ©mente dans leur mĂ©sentente liĂ© Ă  un problème financier. Son ami Gal semble beaucoup mieux Ă©panoui avec sa nouvelle maĂ®tresse toute aussi tĂ©nue mais discrète et insondable. Ces quatre personnages nous sont donc prĂ©sentĂ©s de prime abord comme des citoyens modestes issus de classe moyenne. Mais rapidement, un indice suspicieux dĂ©voilĂ© par l'une des protagonistes rĂ©fugiĂ©e dans une salle de bain va nous ĂŞtre Ă©tabli sans pouvoir dĂ©manteler sa vĂ©ritable signification. La structure narrative va ensuite monter d'un Ă©chelon son caractère trouble en ascension avec la rĂ©vĂ©lation professionnelle exercĂ©e par Jay et son acolyte de toujours, Gal, compromis Ă  une organisation criminelle. Dans une rĂ©alisation maĂ®trisĂ©e au montage elliptique, Kill List tisse lentement sa toile d'araignĂ©e dans lequel nos deux tueurs Ă  gage vont lamentablement s'y laisser apprĂ©hender. Leur relation parfois orageuse, leur Ă©thique rĂ©futant toute croyance spirituelle et leur doute compromis par certains Ă©lĂ©ments troublants vont peu Ă  peu les confronter aux sombres exactions d'une divinitĂ© paĂŻenne.
Avec quelques dĂ©tails hermĂ©tiques qui vont venir alimenter un mystère adroitement entretenu et la dĂ©chĂ©ance psychologique du personnage principal (l'entaille faite au couteau Ă  la main de Jay par son boss taciturne, le remplaçant du mĂ©decin Ă  la posture trop confiante, le tĂ©moignage de gratitude exclamĂ©e par chacune des victimes avant de trĂ©passer), ce voyage au bout de la nuit nous happe peu Ă  peu dans un dĂ©dale terriblement insidieux confinant au malaise.
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Parfaitement interprĂ©tĂ© (les 2 comĂ©diens principaux sont surprenant de naturel et de flegme impassible dans leurs exactions sanguinaires) et mis en scène avec un rĂ©alisme acĂ©rĂ© par ces Ă©clairs de violence barbare parfois insupportables, Kill List attise l'anxiĂ©tĂ© et dĂ©cuple son caractère mortifère dans un alliage de genres savamment combinĂ©s. MĂŞme si la narration complexe est loin de dĂ©voiler la vĂ©ritable nature des enjeux mystiques, cet ovni dĂ©routant laisse au final une forte impression d'avoir vĂ©cu quelque chose d'insondable et d'irrĂ©sistiblement malsain. Une seconde vision est mĂŞme Ă  prodiguer au plus vite tant le film regorge d'indices sous-jacent restĂ©s en suspension, ce qui nous laisse donc sur un sentiment de doute intentionnel. 

05.03.12
Bruno Matéï

jeudi 1 mars 2012

BREAKING POINT


de Bo Arne Vibenius (pseudo: Ron Silberman Jr). 1975. 1h35. Suède. Avec Andreas Bellis, Irena Billing, Barbara Scott, Per-Axel Arosenius, Susanne Audrian.

FILMOGRAPHIE: Bo Arne Vibenius est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur suédois, né le 29 Mars 1943. 1969: Hur Marie Traffade Fredrik. 1974: Thriller. Crime à froid (sous le pseudo Alex Fridolinski). 1975: Breaking Point


            Avertissement: Film Ă  caractère pornographique interdit au moins de 18 ans.
Un an après le cultissime Thriller (Crime Ă  Froid), le franc-tireur Bo Arne Vibenius renoue avec la dĂ©viance pornographique et ses climats blafards rĂ©solument glauques et malsains. Sauf qu'en l'occurrence, Breaking Point se distingue par une ironie caustique Ă  la limite de la loufoquerie. Cynique et immoral, son trip schizo jalonnĂ© de sĂ©quences X pourrait mĂŞme se voir taxĂ© d'apologie au viol par quelques ligues fĂ©ministes (pisse-froids) s'ils n'avaient perçu (ou encaissĂ©) son caractère aussi sarcastique que risible. Bob Bellings est un comptable timorĂ© et introverti travaillant autour de l'assemblĂ©e d'une gente fĂ©minine condescendante. CĂ©libataire inflexible, il vit reclus dans son appartement parmi sa passion ludique des locomotives Ă©lectriques. A la tombĂ©e de la nuit, il se laisse guider par ses fantasmes sexuels. Autant avertir les âmes prudes, Breaking Point rivalise d'audace putanesque Ă  travers ses rĂŞveries hardcores retranscrites avec verdeur auprès du profil refoulĂ© d'un bureaucrate impassible. L'oeuvre incongrue ne ressemblant Ă  aucune autre de par la personnalitĂ© au vitriol du cinĂ©aste marginal adepte du politiquement incorrect.


Un alchimiste inspirĂ© d'expĂ©rimentations visuelles et d'idĂ©es saugrenues afin d'amplifier un climat effrontĂ© Ă©ludĂ© de morale. Son atmosphère acrimonieuse exacerbĂ©e d'une photo terne nous plongeant dans une ambiance aussi feutrĂ©e qu'hallucinĂ©e, quand bien mĂŞme les frasques meurtrières et libidineuses de notre sociopathe nous dĂ©sarçonne par ses mesquineries machistes (son sperme versĂ© dans la tasse Ă  cafĂ© d'une secrĂ©taire en guise de rancoeur !). L'originalitĂ© est de mise donc au sein de ce mĂ©lange judicieux de genres hĂ©tĂ©roclites. Si bien que l'on passe constamment de la comĂ©die Ă  la pornographie en passant par le polar et la violence parfois sordide (le prĂ©ambule expĂ©rimental convergeant Ă  l'assassinat crapuleux). Si Breaking Point se rĂ©vèle si hors normes et extravagant, c'est Ă©galement grâce Ă  son score musical en demi-teinte composĂ© par Ralph Lundsten, puisque oscillant le dĂ©calage entre une mĂ©lodie enjouĂ©e et les Ă©chos interlopes. Enfin, la silhouette photogĂ©nique de l'acteur grec Andreas Bellis doit notamment beaucoup au caractère rĂ©aliste de cette dĂ©rive frĂ©nĂ©tique. Tant pour ces talents d'hardeur (non simulĂ©) lors de ces galipettes impromptues que de son inquiĂ©tante physionomie en pervers Ă  la fois studieux et fĂ©brile. Tour Ă  tour nĂ©vrosĂ© et introverti par sa morne existence de comptable apatride, car tributaire d'une hiĂ©rarchie fĂ©ministe, il parvient pour autant Ă  s'affranchir lors de fantasmes nocturnes sitĂ´t rĂ©fugiĂ© dans la solitude de son appartement Ă©triquĂ©.


Vilain p'tit canard hardcore, cynique et dĂ©bridĂ©, Breaking Point constitue une expĂ©rience extrĂŞme insoluble Ă  Ă©vacuer de la mĂ©moire tant elle marque de son aura malsaine un dĂ©lire assumĂ© Ă  ne pas prendre au premier degrĂ©. L'originalitĂ© de sa mise en scène assumĂ©e, le ton dĂ©calĂ© des genres disparates et l'interprĂ©tation maladive d'Andreas Bellis convergeant Ă  l'ovni versatile, Ă  cĂ´toyer toutefois prudemment chez les non initiĂ©s. En tous cas une perle marginale atypique pour un public adepte de dĂ©viance jusqu'au-boutiste. 

* Bruno
02.03.12

mercredi 29 février 2012

La Dame en Noir / The Woman in Black. Production Hammer Films.

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de James Watkins. 2012. Angleterre/Canada. 1h35. Production: Hammer Films. Avec Daniel Radcliffe, Ciaran Hinds, Janet Mc Teer, Sophie Stuckey, Roger Allam, Alisa Khazanova, Shaun Dooley, Alexia Osborne, Sidney Johnston, Liz White.

Sortie salles France: 14 Mars 2012. U.S: 3 Février 2012

FILMOGRAPHIE: James Watkins est un réalisateur et producteur anglais né en 1978.
2008: Eden Lake. 2012: The Woman in Black. 2009: The Descent, Part 2 (scĂ©nariste)


Après 30 ans de silence, la cĂ©lèbre firme anglaise (acquĂ©rie par Exclusive Media Group) renaĂ®t de ces cendres en 2008 avec Beyond the Wave, un Dtv passĂ© inaperçu. Deux ans plus tard, la sociĂ©tĂ© enchaĂ®ne avec un remake plutĂ´t bien reçu par le public et la critique, Let Me In. Mais en 2011, les espoirs de retrouver la verve singulière si chère Ă  la compagnie s'amenuisent avec deux oeuvres conventionnelles, Wake Wood et la Locataire. En 2012, c'est une forme de rĂ©surrection, le retour aux sources de leur flamboyance gothique typiquement british. Et bien qu'il s'agit encore d'un remake d'une version TV de 1989, The Woman in Black est une sympathique adaptation d'un roman Ă©crit par Susan Hill en 1983. Le pitchUn notaire se rĂ©fugie dans l'Ă©trange demeure d'une cliente rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ©e. Les habitants du village semblent craindre l'apparition rĂ©currente d'une dame en noir qui emporte les âmes des enfants par son influence diabolique. Au delĂ  des apparitions surnaturelles qui hantent la demeure, Arthur Kipps va dĂ©couvrir que le corps d'un enfant prĂ©alablement noyĂ© dans un marĂ©cage n'a jamais Ă©tĂ© retrouvĂ©.


Annoncé sans renfort de pub, The Woman in Black est le genre de petit film dont on attendait pas grand chose alors qu'il réconcilie de manière modeste les aficionados d'ambiances romantico-macabres héritées du patrimoine gothique de la Hammer. Visuellement splendide, cette oeuvre funeste illumine nos pupilles du soin formel alloué aux moindres décors, transcendés de surcroît par une photographie désaturée. De l'architecture poussiéreuse et opaque d'une vieille bâtisse à l'environnement naturel d'une campagne adjacente parfois teintée de brume, cette ghost-story insuffle un sentiment palpable de mystère lattent. La trame orthodoxe basée sur la perte de l'innocence infantile réussissant avec efficacité à fasciner et à captiver en dépit de la parcimonie de rebondissements plutôt discrets. Le spectateur témoin étant entraîné dans le refuge d'une sombre demeure hantée de voix moribondes d'enfants car asservis par l'allégeance d'une sinistre mégère affublée de noir.


Ainsi, le rĂ©alisateur de l'Ă©prouvant Eden Lake rĂ©ussit dans sa première partie Ă  distiller un climat anxiogène, trouble et angoissant en insistant sur la notion de suspense lattent. Les nombreuses apparitions surnaturelles qui interfèrent durant le rĂ©cit ne jouent jamais en dĂ©faveur de l'esbroufe grand guignolesque pour tourmenter notre protagoniste attirĂ© par le secret obscur de morts candides. C'est ce sentiment prĂ©dominant de mystère tangible provoquĂ© par les tourments de la dame en noir et la fascination exercĂ©e sur son emprise machiavĂ©lique qui rend cette ghost story gentiment ensorcelante en dĂ©pit d'une certaine redondance pour les apparitions spectrales et phĂ©nomènes surnaturels. La seconde partie autrement plus surprenante et dĂ©terminante pour notre hĂ©ros confrontĂ© Ă  la quĂŞte de vĂ©ritĂ© par l'exhumation d'un cadavre accentue un peu plus son intensitĂ© et rivalise de moments anxiogènes assez incisifs. Quand Ă  son Ă©pilogue inopinĂ©, il pourra peut-ĂŞtre rebuter au premier abord le spectateur Spoil ! n'Ă©tant point prĂ©parĂ© Ă  une conclusion aussi dramatique que sardonique. Or, cette conclusion poignante privilĂ©giant l'Ă©lĂ©gie macabre s'avère finalement tolĂ©rable par son sentiment d'exutoire familial. Fin du Spoil. De par sa prĂ©sence dĂ©pouillĂ©e totalement investie dans sa fonction d'investigateur nĂ©ophyte forcenĂ© Ă  dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ©, Daniel Radcliffe fait preuve d'une nuance humaniste contrariĂ©e Ă  incarner un notaire irrĂ©sistiblement attirĂ© par une prĂ©sence nuisible. Un dĂ©funt taciturne plongĂ© dans les mailles d'une veuve noire particulièrement sournoise, dĂ©lĂ©tère et vindicative.


D'une beautĂ© macabre picturale rappelant nos belles rĂ©miniscences de la Hammer ou des fleurons d'Edgar Poe transfigurĂ©s par l'Ă©curie Corman, The Woman in Black renoue avec la flamboyance funèbre chère aux yeux des fantasticophiles puristes. Son sens mesurĂ© de l'efficacitĂ©, le soin de sa mise en scène posĂ©e tributaire d'une Ă©pouvante voluptueuse et son angoisse envoĂ»tante confinant Ă  la ghost story Ă  l'ancienne de par son art d'y narrer une histoire linĂ©aire pour autant magnĂ©tique. A dĂ©couvrir. 

*Bruno Matéï

lundi 27 février 2012

THE ARTIST. César et Oscar du Meilleur Film 2012.


de Michel Hazanavicius. 2011. France. 1h40. Avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman, James Cromwell, Penelope Ann Miller, Missi Pyle, Beth Grant, Joel Murray, Malcolm McDowell, Ed Lauter, Jen Lilley.

Sortie en salles en France le 12 Octobre 2011. U.S: 23 Novembre 2011

Récompenses: Meilleur Film, Meilleur Acteur, Meilleur Réalisateur, Meilleurs Costumes et Meilleure Musique de film aux Oscars 2012.
César du Meilleur film, de la meilleure actrice pour Bérénice Béjo, Meilleurs Décors, Meilleure Photo et Meilleure Musique.
Prix d'interprétation masculine pour Jean Dujardin et Palme Dog (Uggie) à Cannes 2011.

FILMOGRAPHIE: Michel Hazanavicius est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur français, nĂ© Ă  Paris le 29 mars 1967.
1992: Derrick contre Superman (télé-film). Ca Détourne (télé-film). 1993: Le Grand Détournement.
1994: C'est pas le 20H (série TV). 1996: Les films qui sortent le lendemain dans les salles de cinéma (série TV). 1999: Mes Amis. 2006: OSS 117: Le Caire, Nid d'espions. 2009: OSS 117: Rio ne répond plus. 2011: The Artist. 2012: Les Infidèles.
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AurĂ©olĂ© d'une pluie de rĂ©compenses et de critiques Ă©logieuses Ă  travers le monde, The Artist tente de ranimer la flamme de l'âge d'or du cinĂ©ma muet, juste avant l'essor contemporain du parlant. Une gageure audacieuse entreprise par le producteur Thomas Langmann et son rĂ©alisateur Michel Hazanavicius qui auront tentĂ© de reproduire avec souci d'authenticitĂ© une romance fĂ©brile entre deux stars du cinĂ©ma Ă  l'aube des annĂ©es 30.

En 1927, Ă  Hollywood, George Valentin est une star de renom dans l'univers cinĂ©matographique du muet. Un jour, il tombe sous le charme d'une jeune figurante, Peppy Miller, qu'il rĂ©ussit Ă  enrĂ´ler auprès de son rĂ©alisateur. Alors que l'industrie du cinĂ©ma est entrain d'adopter la technique sonore du parlant, George refuse de se laisser influencer par cette nouvelle mode novatrice. Tandis que la novice Peppy va rapidement accĂ©der Ă  la notoriĂ©tĂ© pour devenir l'Ă©toile montante d'Hollywood !
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Quel pari insensĂ© de vouloir faire renaĂ®tre de ces cendres l'entreprise aphone du muet aux prĂ©mices du cinĂ©matographe ! Alors que le mĂ©lodrame Ă©tait souvent privilĂ©giĂ© pour narrer avec simplicitĂ© des rĂ©cits dramatiques favorisĂ©s par la gestuelle et les mimiques des comĂ©diens, Michel Hazanavicius entreprend la mĂŞme dĂ©marche pour tenter de sĂ©duire son public actuel tributaire du cinĂ©ma parlant. RĂ©alisĂ© dans un noir et blanc Ă©purĂ© afin de respecter l'esprit vintage des annĂ©es folles (1920-1929), la reconstitution de cet univers obsolète nous ait subitement ravivĂ© par le soin allouĂ© aux dĂ©cors et costumes alors que nos comĂ©diens peignĂ©s de brillantine endossent leur numĂ©ro avec un naturel imperturbable.
Avec une trame futile discourue sans prétention, le réalisateur réussit l'exploit de nous régénérer les premiers émois de nos ascendants cinéphiles, préalablement fascinés par la féerie visuelle de métrages artistiques dénués de paroles. Romance, humour et poésie sont donc les maîtres mots pour tenter de nous séduire au rythme soutenu de mélodies symphoniques, pendant que nos héros gesticulent et miment leur prestance avec une aisance épidermique !


On peut aussi et surtout fĂ©liciter le talent incroyable de chaque comĂ©dien mis en exergue dans une expressivitĂ© extravertie pour valoriser leur contrariĂ©tĂ© ou leur fougue Ă©chevelĂ©e. Et pour incarner George Valentin, Jean Dujardin est absolument irrĂ©sistible de spontanĂ©itĂ© en gentleman charmeur  dans le rĂ´le anachronique d'une star sur le dĂ©clin, incapable de pouvoir se plier aux nouvelles exigences du cinĂ©ma dit parlant. Par sa posture hautaine au magnĂ©tisme surnaturel, on croirait voir rĂ©apparaĂ®tre sous nos yeux d'anciennes gloires lĂ©gendaires du cinĂ©ma d'avant-guerre comme Clark Gable ou Douglas Fairbanks ! On peut en dire autant de sa compagne BĂ©rĂ©nice Bejo tant elle accorde autant de malice candide, de sĂ©duction tĂ©nue pour nous charmer et attendrir de son idylle compromettante avec une Ă©gĂ©rie dĂ©chue du 7è art. Enfin, le chien prĂ©nommĂ© Uggie pourrait voler la vedette Ă  Milou tant il rivalise de ruse et adresse pour "jouer" un hĂ©ros canin particulièrement fidèle et vaillant afin d'honorer son maĂ®tre.


Avec modestie et une bonne dose de fraĂ®cheur, The Artist nous offre une comĂ©die romantique au charme nature et Ă  la bonhomie vertueuse. C'est dans cette simplicitĂ© revendiquĂ©e que le rĂ©alisateur  rĂ©ussit Ă  accomplir son dĂ©fi tout en rendant un vibrant hommage Ă  la magie ancestrale des premiers Ă©mois du cinĂ©ma muet. A travers les personnages chimĂ©riques et adulĂ©s de George et Peppy, The Artist traite Ă©galement des effets pervers de la gloire et de la dĂ©faite. De ces hĂ©ros vieillissants dĂ©passĂ©s par la modernitĂ© d'un monde fluctuant, refusant d'affronter l'accroissement de nouvelles technologies imposĂ©es. Hymne Ă  la crĂ©ation et Ă  la quĂŞte de la reconduction, The Artist accomplit en dernier acte sa devise amoureuse par l'innovation d'une leçon de claquette enchanteresse !

27/02/12
Bruno Matéï


vendredi 24 février 2012

LA PUNITION


de Pierre Alain Jolivet. 1973. France. 1h30. Avec Karin Schubert, Georges Géret, Amidou, Marcel Dalio, Claudie Lange, Anne Jolivet, Jean-Pierre Maurin, Jean Lescot.

Sortie Salle France: 28 Juin 1973 (Int - 18 ans)

FILMOGRAPHIE: Pierre Alain Jolivet est un réalisateur et scénariste français né en 1935.
1968: Bérénice. 1969: Le Grand Cérémonial. 1971: Ca. 1973: La Punition. 1981: Haute Surveillance.
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Ovni filmique introuvable (au passage, merci l'Antre !), La Punition est l'adaptation du roman autobiographique de Xavière  Lafont, jeune call-girl prĂ©alablement molestĂ©e par un proxĂ©nète dans la mĂ©tropole Parisienne. RĂ©alisĂ© par un cinĂ©aste ignorĂ©, co-scĂ©narisĂ© et dialoguĂ© par Richard Bohringer, cette oeuvre insolite est rehaussĂ©e der la prĂ©sence de Karin Shubert, actrice allemande discrĂ©ditĂ©e par un destin infortunĂ©. Britt, jeune prostituĂ©e est livrĂ©e de force Ă  l'allĂ©geance d'une clientèle crapuleuse car contrainte de subir sĂ©vices et humiliations dans une demeure dĂ©crĂ©pite. RĂ©sumable en une ligne, la trame de La Punition aurait pu sombrer dans le vulgaire produit d'exploitation parmi son alliage de sexualitĂ© dĂ©viante et de scènes de violence crues. SauvĂ© par la mise en scène expĂ©rimentale de Pierre Alain Jolivet, multipliant les angles de vue alambiquĂ©s et prĂ©conisant un climat malsain Ă©rigĂ© autour de son dĂ©cor exigu, La Punition fascine et dĂ©range irrĂ©mĂ©diablement. La galerie cynique de personnages extravagants, tous plus tordus les uns des autres, ainsi que son Ă©lĂ©gie musicale composĂ©e par Bookie Binkley nous entraĂ®nant dans une lancinante descente aux enfers.
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 Le rĂ©alisateur parvient donc Ă  insuffler une atmosphère atypique en centrant son dĂ©cor principal dans l'insalubritĂ© d'une salle de sĂ©jour vide de meubles, Ă  l'exception d'un toilette adjacent et d'un matelas dĂ©posĂ© au coeur de la pièce. Le scĂ©nario oscillant une succession de violences physiques, humiliations et viols rĂ©cursifs perpĂ©trĂ©s contre la jeune prostituĂ©e par des misogynes putassiers. Mais la rĂ©alisation inventive particulièrement agressive parvient Ă  distiller une atmosphère baroque souvent Ă©touffante et diaphane, quand bien mĂŞme sa bande-son parfois stridente privilĂ©gie une sonoritĂ© hostile afin de renforcer son climat licencieux, surtout lorsque l'on perçoit d'une pièce adjacente les hurlements moribonds d'une autre prostituĂ©e davantage prostrĂ©e. Au niveau du casting, la prĂ©sence lascive de la sublime Karin Schubert accentue ce sentiment de nonchalance d'ĂŞtre tĂ©moin voyeur de son corps flagellĂ© par un cercle d'amants viciĂ©s et masochistes. Souvent mutique, hagarde et dĂ©sorientĂ©e par les exactions masochistes de ces clients dĂ©pravĂ©s, elle rĂ©ussit Ă  attendrir et Ă©branler le spectateur jamais indiffĂ©rent de son dĂ©sarroi et de sa beautĂ© charnelle. Une comĂ©dienne loin d'ĂŞtre la triviale potiche de service donc car Ă©purĂ©e par sa dimension humaine lunatique et dĂ©chue.


Au final, une oeuvre hermĂ©tique, glauque et volontairement dĂ©stabilisante qui ne peut laisser indiffĂ©rent dans sa tentative Ă  la fois ambitieuse, couillue et personnelle de renouer avec un cinĂ©ma marginal. Une Ă©preuve de force difficile d'accès qui ne pourra convaincre qu'un public averti. Mais pour autant, La Punition est notamment transcendĂ©e par sa rĂ©alisation fertile et sa thĂ©matique sur la phallocratie que la femme esclave Ă©prouve auprès d'une communautĂ© de notables. Issu de l'hexagone, on aurait tort de se priver de cet ovni aussi insolent que scabreux. 
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24.02.12
Bruno Matéï 



La Folie des Grandeurs... Karin Shubert...Un destin brisé ! (info: antredubis)

Drôle de destin qui fut réservé à cette magnifique jeune femme.

C'est en 1971, avec la folie des grandeurs de Gerard Oury que les spectateurs remarquent pour la première fois cette magnifique actrice allemande dans le rôle de La Reine Marie Anne de Neubourg, où, resplendissante elle fait tourner les têtes d'Yves Montand et de Louis de Funès. C'est aussi la première fois qu'elle est créditée à un générique, malgré ses participations à Samoa, fille sauvage et Companeros pour les titres les plus connus.

En 1972, nous la retrouvons dans « Barbe-bleue » d’ d’Edward Dmytryk, « L’Attentat » d’Yves Boisset et au cotĂ© de la charmante Edwige Fenech dans la comĂ©die Ă©rotique « Quel gran pezzo dell'Ubalda tutta nuda e tutta calda ».

C’est en 1973, avec son rĂ´le de prostituĂ©e sĂ©questrĂ©e que sa carrière va prendre un tournant surprenant, car malgrĂ© sa prestation remaquable, Karin Shubert ne rĂ©ussira jamais Ă  retrouver sa place dans le monde du cinĂ©ma plus classique et se retrouvera dĂ©sormais cantonnĂ©e Ă  des rĂ´les dans des films Ă©rotiques comme plusieurs Ă©pisodes de la sĂ©rie Black Emanuelle ou de sĂ©rie B .

Les rangers dĂ©fient les karateka, Comment je suis tombĂ© si bas, le baiser d’une morte, Black Emanuelle en Afrique, A seize ans dans l’enfer d’Asmterdam pour ne citer que les plus connus seront parmi les films qui jalonneront sa carrière jusqu’en 1985 ou elle basculera dĂ©finitivement dans le monde du X.

Elle obtiendra un contrat annuel de 180 000 Deutchmark en imposant aux producteurs et rĂ©alisateurs certaines clauses comme pas de sodomie, de scènes avec des noirs et des animaux. Elle poursuivra dans le monde du porno jusqu’en 1994 date de son dernier film. Elle l’a alors 50 ans.

Son premier film pornographique datant de 1985 est Morbosamente vostra. Suivront pour les titres les plus farfelus, Le vice dans le ventre, Devil in mister Holmes, La Parisienne, Le avventure erotix di Cappuccetto Rosso et pour finir en 1994 Enfoncées bien à fond. Elle tente de se suicider en 1995.

Pourquoi ĂŞtre devenue actrice de X ? Le cinĂ©ma de genre Italien touchant Ă  sa fin et son fils Ă©tant toxicomane, le manque d’argent l’aurait poussĂ© Ă  suivre cette branche afin de pouvoir le soigner.

Cette Jolie Reine d'Espagne est actuellement internée dans un hôpital Psychiatrique.


MES 150 FILMS PREFERES (Fantastique/Horreur/Science-Fiction)

Précision: en dehors des 2 premiers films, la sélection est dans le désordre.