Photo empruntée sur Google, appartenant au site vfstreaming.co
de William Peter Blatty. 1990. 1h50. U.S.A. Avec Dourif Brad, Scott George C., Williamson Nicol, Miller Jason, Flanders Ed, Wilson Scott, Fish Nanc.
Sortie salles France:
9 Janvier 1991. U.S:
17 Août 1990
FILMOGRAPHIE:
William Peter Blatty est un écrivain, scénariste et réalisateur américain d'origine libanaise, né à New York le 7 janvier 1928. On lui doit deux uniques réalisations: la Neuvième configuration (1980) et L'Exorciste, la suite
(1990).
Synopsis : La contrée de Georgetown est à nouveau le théâtre de meurtres sanglants. Chargé de l'enquête, le lieutenant Kinderman se souvient qu'un psychopathe mort quinze ans plus tôt perpétrait, de manière aussi géométrique, des homicides dénués de mobile et bâtis sur la souffrance corporelle...
Séquelle du chef-d'œuvre de
William Friedkin faisant l'impasse sur le second volet de
John Boorman (tant boudé à tort selon mon jugement de valeur),
L'Exorciste, la suite porte la signature du scénariste et producteur
William Peter Blatty, après dix ans d’absence derrière la camĂ©ra, et ce, d’après son propre roman sorti en 1983 sous le titre
Legion. La revanche du romancier ayant enfin sonné : car pour rappel, à la sortie triomphante de
L’Exorciste, il avait perdu la bataille qui l’opposa Ă
Friedkin pour une question de choix de montage (et ce, avant que - ironie du sort - ce dernier ne se ravise en 2000 avec le remontage initial souhaité par
Blatty).
Ă€ contre-emploi de l’horreur explicite de son modèle,
L’Exorciste, la suite n’est guère destinĂ©e Ă ressasser une possession satanique sur fond d’exorcisme outrancier (mĂŞme si son dernier acte l’impose, de manière plutĂ´t concise). L’intrigue, imprĂ©gnĂ©e de mystère et d’aura malsaine, se divise en deux parties : une enquĂŞte criminelle ardue menĂ©e par le robuste
George C. Scott (il porte littéralement l'intrigue sur ses épaules, de par son charisme impérieux !) et un huis clos anxiogène, bâti sur la dissension psychologique entre le tueur et le lieutenant Kinderman.
Le rĂ©cit amorce d’abord une dĂ©marche investigatrice dans la lignĂ©e de Seven, avec son serial killer mĂ©thodique prĂ©nommĂ© le GĂ©meaux, que Kinderman se tue Ă dĂ©masquer. Ce segment ombrageux, impeccablement structurĂ©, nous magnĂ©tise l’esprit par son climat inquiĂ©tant, que Blatty parvient Ă diluer Ă travers les dĂ©couvertes glaçantes de cadavres mutilĂ©s - dont nous ne verrons jamais la rĂ©sultante. Il prend son temps pour planter son univers (religieux et mĂ©dical), et ses personnages d’ordre confrontĂ©s Ă l’incomprĂ©hension, la perplexitĂ©, l’irascibilitĂ© (le caractĂ©riel Kinderman ne cessant de tourmenter les tĂ©moins de l’hĂ´pital avec une fâcheuse insolence), quand bien mĂŞme la splendide photo naturelle contraste avec les Ă©vĂ©nements sombres dĂ©peints, oĂą chaque dĂ©tail religieux provoque un certain malaise.

Endossant l’insigne policier avec un sens professionnel notoire, George C. Scott prĂŞte ses traits Ă un lieutenant avisĂ©, mine renfrognĂ©e et regard dĂ©concertĂ©, tĂ©moin d’une sĂ©rie de crimes inexplicables, exĂ©cutĂ©s avec un art consommĂ© de la perfection. L’ambiance d’insĂ©curitĂ© palpable qui en Ă©mane engendre dans l’esprit du spectateur un sentiment d’angoisse, mĂŞlĂ© d’une fascination irrĂ©pressible face aux mĂ©thodes du tueur, infaillible Ă ne laisser aucun indice auprès de ses macabres exactions.
La seconde partie, un chouĂŻa plus vĂ©nĂ©neuse, traite du rapport de force entre Kinderman et le potentiel tueur : le GĂ©meaux, incarnation du Mal, infiltrĂ© dans le corps du prĂŞtre Damien Karras. Cette confrontation psychologique, de longue haleine, instaurĂ©e dans la cellule d’un centre psychiatrique, nous transmet une incommoditĂ© sourde, Ă travers les rĂ©pliques cinglantes du tueur, rehaussĂ©es du jeu transi de fiel de Brad Dourif (et de Jason Miller dans un double rĂ´le aussi insidieux), galvanisĂ© par son omnipotence meurtrière. Ces moments intenses, bâtis sur la provocation du dĂ©sir de soumission et de croyance satanique, nous confinent au seuil du crĂ©puscule, au regard d’un final Ă©pique semĂ© de visions dĂ©moniaques.
ÉmaillĂ© d’incidents horrifiques conçus sur le malaise ou le vĂ©ritable effroi, L’Exorciste, la suite laisse notamment en mĂ©moire quelques anthologies indĂ©crottables dont il faut taire l'indice !

"J’ai rencontrĂ© le Diable."
RĂ©solument passionnant, magnĂ©tique, et fascinant dans sa conjugaison inusitĂ©e de thriller poisseux et d’Ă©pouvante lucifĂ©rienne, L’Exorciste, la suite parvient - avec une intensitĂ© Ă©thĂ©rĂ©e - Ă provoquer le malaise, de par son aura vĂ©nĂ©neuse que le Mal distille lentement sur les Ă©paules des personnages. Car Ă travers son intrigue fĂ©tide, rĂ©gentĂ©e par un dĂ©mon au visage familier, William Peter Blatty rĂ©ussit l’exploit d’honorer son modèle avec un art de suggestion Ă la fois retors et rĂ©aliste, pour tenir lieu de la suprĂ©matie du Mal.
Son prĂ©ambule, Ă l’atmosphère d’inquiĂ©tude opaque, provoque en deux temps trois mouvements une apprĂ©hension dĂ©moniale tacite que le spectateur apprivoise Ă l’instinct. ExpĂ©rience Ă©purĂ©e, nourrie d’une peur mortifère, car imprĂ©gnĂ©e du Mal le plus couard et destructeur, L’Exorciste 3 est une Ĺ“uvre maudite Ă rĂ©habiliter d’urgence.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
Récompenses : Saturn Award du Meilleur scénario (William Peter Blatty) en 1991
25.10.10
25.05.18. 4èx