Dans le brouillard jaune de Londres, la peur s’infiltre dans les ruelles comme une vapeur acide. Le sang, les cris, la scène et la potence.
Formidable thriller horrifique au suspense exponentiel, Golem: le tueur de Londres s’annonce d’abord comme une simple enquĂŞte victorienne, mais rapidement s'Ă©lève, se dĂ©ploie, s'y tord une vĂ©ritable tragĂ©die humaine que nul ne pouvait prĂ©dire.
Au cĹ“ur de cette mĂ©canique parfaitement huilĂ©e : Lizzie Cree, interprĂ©tĂ©e avec une intensitĂ© naturelle par Olivia Cooke (Bates Motel). Elle prend vie dans une douce affirmation. Elle magnĂ©tise dĂ©licatement. Or, derrière ses yeux, un abĂ®me - celui d’une femme broyĂ©e par le mĂ©pris des hommes, par la faim de reconnaissance, par l’illusion de la cĂ©lĂ©britĂ©. On Ă©prouve pour elle une empathie profonde, dĂ©rangeante : enfant maltraitĂ©e, femme humiliĂ©e, marionnette du patriarcat victorien. Une longue asphyxie sociale et intime oĂą moult suspects nous interrogent par leurs actions dĂ©placĂ©es.
Le film se nourrit de cette tension psychologique, fiĂ©vreuse, entre Lizzie et l’inspecteur Kildare (un Bill Nighy d’une retenue poignante comme le souligne l'incroyable final dramatique). Deux âmes solitaires : lui cherche la vĂ©ritĂ© comme on cherche Dieu en guise de justice et de loyautĂ©, elle cherche l’amour comme on mendie la lumière. Chacun est hantĂ© par son propre masque. L’enquĂŞte devient alors un duel silencieux, un ballet d’ombres et de regards oĂą les confessions se font par ricochet au fil d'un suspense toujours plus dĂ©lĂ©tère.
Juan Carlos Medina filme ce labyrinthe mental avec une élégance froide, théâtrale - les rideaux rouges du music-hall deviennent le rideau de scène du crime passés les numéros comiques. Le théâtre, la presse, la morale : tout se confond dans un carnaval de faux-semblants où la société elle-même devient coupable, victime et ignorante de ce qui se trame.
Et quand vient la rĂ©vĂ©lation, c’est un vertige Ă©motionnel qui affecte la gravitĂ©. Non pas le triomphe d’un twist, mais l’effondrement d’une âme, faute d'un dilemme moral terriblement ambigu.
Le Golem n’est plus un tueur dans la nuit - c’est la crĂ©ature que le monde narcissique fabrique lors de mises en scène ludiques. Une mise en abyme aussi fantasque que dramatique.
Visuellement somptueux, Ă©tonnamment cruel, tant d'un point de vue graphique que psychologique, Golem le tueur de Londres est d’une intelligence Ă©motionnelle dans sa disparitĂ© des genres qu'unissent le drame, la romance, le policier et l'horreur mutuellement confinĂ©s dans une tragĂ©die humaine. Le cĹ“ur y bat davantage sous le vernis des costumes, dans la solitude, dans ce besoin dĂ©sespĂ©rĂ© d’ĂŞtre regardĂ©e - mĂŞme pour ses crimes.
Or, à travers cette vendetta victorienne impeccablement reconstituée, rien ne laissait présager la valeur des sentiments qui se détache de ce conte macabre, aussi stylisé que psychologiquement éprouvant. Si bien que l'on en sort taiseux, amer et démuni.



C'est un des rares films récents que j'aime revoir, tellement il est bon aussi bien sous la forme que sur le fond !! merci de le mettre en avant !!
RépondreSupprimerAvec plaisir. Second visionnage hier soir...
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