lundi 6 mai 2013

DICK TRACY

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movies.film-cine.com

de Warren Beatty. 1990. U.S.A. 1h45. Avec Warren Beatty, Al Pacino, Charlie Korsmo, Glenne Headly, Madonna, Dustin Hoffman, William Forsythe, Ed O'Ross, Charles Durning, Seymour Cassel, Mandy Patinkin, R.G. Armstrong, James Tolkan, Henry Silva, James Caan, Paul Sorvino, Estelle Parsons.

Récompenses: Oscar du meilleur maquillage pour John Caglione Jr et Doug Drexler
Oscar de la meilleure direction artistique pour Richard Sylbert et Rick Simpson pour les décors
Oscar de la meilleure chanson originale pour Soony or Later de Stephen Sondheim.

Sortie Salles: 15 Juin 1990

FILMOGRAPHIE: Warren Beatty est un acteur, producteur, scénariste et réalisateur américain, né le 30 Mars 1937 à Richmond, Virginie.
1978: Le Ciel peut attendre. 1981: Reds. 1990: Dick Tracy. 1998: Bulworth


Pour sa troisième réalisation, l'acteur Warren Beatty décide de rendre hommage à une célèbre bande dessinée crée par Chester Gould en 1931. Avec une distribution prestigieuse réunissant Al Pacino, Dustin Hoffman, Warren Beatty himself (très à l'aise dans ces 2 postes !), la chanteuse Madonna et un florilège de seconds-rôles rendus méconnaissables sous leur maquillage, Dick Tracy est une aventure clinquante transcendée par leur extravagance. Situé à l'époque des années 30, le film illustre les aventures du détective Dick Tracy contraint de déjouer les ambitions cupides d'un mafioso mégalo, Big Boy. Un soir, il découvre par hasard l'existence miséreuse d'un enfant maltraité et décide de lui porter secours. Ensemble, ils vont finalement s'unifier et user de stratagème pour mettre un terme aux agissements mafieux de la pègre. Mais alors que Dick est secrètement amoureux de sa fidèle amie Tess, ses sentiments vont bientôt être contrariés par le désespoir d'une chanteuse de bar, Breathless Mahoney. Asservie par l'autorité du gangster Big Boy, elle aspire à trouver une vie plus épanouie sous l'égide de notre illustre détective.


Si le scĂ©nario orthodoxe n'apporte finalement que peu de surprises (en dehors du suspense entretenu pour dĂ©masquer l'Ă©nigmatique justicier sans visage), ce divertissement rondement menĂ© se distingue notamment par l'humanitĂ© de ses personnages. En prioritĂ© pour le trio attendrissant formĂ© par Dick, Tess et le bambin, le Kid ! (dans son rĂ´le infantile, Charlie Korsmo s'avère Ă©patant de naturel !).
Sous couvert d'un film d'action visuellement cartoonesque et la présence interlope d'antagonistes au physique buriné (Al Pacino est quasi méconnaissable dans la peau de Big Boy !) ou difforme (le marmoneux, tête plâte), Dick Tracy préconise la romance candide. Le réalisateur accordant une belle importance à dépeindre avec pudeur la relation timorée du détective pour sa jeune amie solitaire. En prime, son rapport indécis avec la chanteuse Breathless et l'attitude paternelle qu'il va peu à peu engendrer avec le Kid nous illustrent bien sa quête intrinsèque du bonheur conjugal.
En dehors de séquences d'action parfois spectaculaires et fertiles en subterfuges, l'aventure s'alloue par ailleurs d'un humour espiègle dans ses situations débridées (l'interrogatoire avec le marmoneux) et dans la verve de dialogues ciselés. Le soin apporté au design des décors (naturels ou en matte painting), à la photographie flamboyante, à la musique orchestrale de Danny Elfman mais aussi aux chansons élégiaques d'une Madonna aigrie exacerbent l'élégance formelle d'une réalisation inspirée.


Sous une photographie rutilante saturĂ©e de teintes polychromes, de manière Ă  mettre en exergue son esprit BD, Dick Tracy insuffle un charme irrĂ©sistible dans ces aventures attrayantes et fait la part belle aux sentiments nobles dans son alliage d'action, d'aventures, d'humour et de romance. PĂ©tillant et plein de fraĂ®cheur !

05.05.13
Bruno Matéï

vendredi 3 mai 2013

Evil-Dead 2013

                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site aiguisemoica.blogspot.com

de Fede Alvarez. 2013. U.S.A. 1h36 (uncut version). Avec Jane Levy, Shiloh Fernandez, Jessica Lucas, Lou Taylor Pucci, Elizabeth Blackmore.

Sortie salles France: 1er Mai 2013. U.S: 5 Avril 2013

FILMOGRAPHIE: Fede Alvarez est un réalisateur uruguayen, né le 9 Février 1978 à Montevideo.
2009: Ataque de Panico (court-mĂ©trage). 2013: Evil-Dead. 


"Cabane rouge, âme noire".
Attendu comme le messie autant que redoutĂ© par les fans irrĂ©ductibles de son modèle, Evil Dead, le remake, attisa notre curiositĂ© dès ses trailers hargneux, violemment percutants. Mais n’y allons pas par quatre chemins : ce remake est un cadeau inespĂ©rĂ©.

Dès l’abord, on peut saluer l’intĂ©gritĂ© du rĂ©alisateur d’avoir conçu un film d’horreur premier degrĂ©, pĂ©tri d’une vĂ©ritable ambiance Ă  l’ancienne. Sans esbroufe gratuite, sans humour potache. Juste l’inquiĂ©tude rampante, l’apprĂ©hension sourde, ce sentiment d’insĂ©curitĂ© qui ne fait que croĂ®tre jusqu’Ă  la folie furieuse. Et surtout, un respect humble et intelligent de l’essence du film originel.

Certains lui reprochent une certaine vacuitĂ© des personnages, alors que son ancĂŞtre souffrait dĂ©jĂ  d’une interprĂ©tation superficielle — mĂŞme l’icĂ´ne Bruce Campbell y Ă©tait largement perfectible. Ici, au contraire, la prestance tranchante de Jane Levy suscite autant l’empathie que l’effroi, dans son rĂ´le de toxicomane chĂ©tive, dĂ©vorĂ©e par la paranoĂŻa et la dĂ©mence. Une jeune fille en perte de repères, contrainte de se sevrer au fond d’une cabane, aidĂ©e de ses proches — alors que le Mal, dĂ©jĂ , rĂ´de tout près, prĂŞt Ă  s’immiscer en elle.

L’idĂ©e est brillante : l’addiction sert de prĂ©texte au repli, au huis clos, et la fraternitĂ© familiale, bien que discrètement esquissĂ©e, donne de l’Ă©toffe aux rapports dysfonctionnels entre frère et sĹ“ur, Ă  peine survivants. Les crises de dĂ©lire de Mia ? Des symptĂ´mes de manque, se disent d’abord ses amis. Ils la forcent Ă  rester enfermĂ©e dans la cabane. Mais ils ignorent que Mia, Ă  l’instant mĂŞme, vient d’ĂŞtre violĂ©e dans les bois par une entitĂ© dĂ©moniaque. Le Mal est dĂ©jĂ  Ă  l’intĂ©rieur.

Le sérieux avec lequel Fede Alvarez raconte son histoire nous implique immédiatement dans le désarroi de Mia. Et la tension, palpable dès le départ, grimpe inexorablement durant sa lente dégénérescence.

Contre toute attente (et toute crainte), le film ne verse pas dans le vulgaire copiĂ©-collĂ©, refusant de repomper les sĂ©quences cultes du Raimi furibond. L’usage du grimoire en est la preuve : chaque Ă©vĂ©nement meurtrier dĂ©coule directement de ses consignes infernales, invoquĂ©es par un hĂ©ros bien mal inspirĂ©.

Evil Dead, version 2013, surprend, tĂ©tanise, impose une panique brute face Ă  ses sĂ©quences chocs d’une efficacitĂ© viscĂ©rale, presque insoutenable dans leur rĂ©alisme hardcore. JalonnĂ© de clins d’Ĺ“il respectueux Ă  l’Ĺ“uvre-mère (les bruitages, la musique ombrageuse), le film regorge aussi d’idĂ©es retorses — ces mutilations que s’infligent les possĂ©dĂ©s sont autant de cris de chair qu’on ne peut oublier.

Fede Alvarez ose, cogne, dĂ©chaĂ®ne un orage gore oĂą l’intensitĂ© monte en flèche, jusqu’Ă  la saturation. Et nous, spectateurs, ballotĂ©s dans ce cauchemar qui se dĂ©ploie comme une spirale, assistons impuissants Ă  la boucherie de ces victimes auxquelles, malgrĂ© tout, on s’Ă©tait attachĂ©s.

Ici, l’humour noir se fait plus rare, moins railleur. Mais la verve obscène des dĂ©mons Ă©voque parfois les infamies dĂ©gorgeantes de la petite Regan de L’Exorciste.

 
"Une aiguille dans l’enfer".
MenĂ© sur un rythme effrĂ©nĂ©, formellement rugueux, inventif dans ses dĂ©tails, viscĂ©ralement cruel et d’une violence sèche, Evil Dead nous cloue au siège comme une montagne russe en flammes. Hargneux, anxiogène, parfois terrifiant, le film rend hommage Ă  son modèle avec une dignitĂ© et une maĂ®trise (presque) inattendues chez un jeune rĂ©alisateur.

Et si, en 2012, le paysage horrifique semblait dĂ©cliner, Evil Dead en a redorĂ© le blason. La nouvelle gĂ©nĂ©ration, Ă  son tour, pourrait bien lui vouer un culte. Car il est rare, si rare, d’ĂŞtre confrontĂ© Ă  un “vrai” film d’horreur Ă  l’ancienne, obsĂ©dĂ© par cette acuitĂ© du malaise qu’il cultive avec un sĂ©rieux presque sacrĂ©.

*Bruno

La critique de Gilles Rollandhttp://www.onrembobine.fr/critiques/critique-evil-dead-2013

La critique d'Evil-dead, version 1981: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/05/evil-dead-evil-dead.html

04.05.13
16.01.17
24.04.23

Dark Skies

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bloody-disgusting.com

de Scott Charles Stewart. 2013. U.S.A. 1h37. Avec Keri Russell, Dakota Goyo, Josh Hamilton, Annie Thurman, Alyvia Alyn Lind, Trevor St. John.

Sortie salles France: 26 Juin 2013. U.S: 22 Février 2013

FILMOGRAPHIE: Scott Charles Stewart est un réalisateur, producteur, acteur et scénariste américain.
2009: Legion. 2011: Priest. 2013: Dark Skies



RĂ©alisateur de produits aseptiques parmi lesquels Legion et PriestScott Charles Stewart avait de quoi laisser dubitatif le cinĂ©phile averti Ă  la vue de son 3è long. Or, avec une surprenante inspiration, Dark Skies est une excellente sĂ©rie B du samedi soir qu'on aurait tort d'occulter. Oubliez donc l'affiche et son titre formatĂ© et tentez l'expĂ©rience ludique d'une efficacitĂ© perpĂ©tuelle dans son art consommĂ© de l'angoisse, du suspense et mĂŞme de la terreur (Ă  2/3 occasions franchement percutantes). Car en empruntant le schĂ©ma classique du film de hantise exploitĂ© sous un contexte d'anticipation, Scott Stewart nous emballe un film d'angoisse passionnant et plutĂ´t retors dans sa topographie. De prime abord, les protagonistes s'avèrent crĂ©dibles pour la caractĂ©risation d'une famille unie rapidement tĂ©moin d'Ă©vènements aussi troubles qu'inquiĂ©tants au sein de leur foyer. Des objets et divers ustensiles sont empilĂ©s les uns sur les autres en rangĂ©e verticale sur la table de cuisine. Les enfants sont perturbĂ©s durant leur sommeil par une Ă©trange prĂ©sence alors que leurs parents sont confrontĂ©s Ă  diverses hallucinations sous l'emprise du somnambulisme. Ainsi, sur un rythme mĂ©tronome, le rĂ©alisateur continue d'exploiter nombre d'incidents inexpliquĂ©s afin d'entretenir l'anxiĂ©tĂ© (tels ses stigmates retrouvĂ©s sur le corps des bambins) mais aussi insuffler une notion de suspense latent tout Ă  fait captivant. 


Car trouble et inquiétant, Dark Skies nous évoque essentiellement une conspiration extra-terrestre régie sous le mode de l'abduction. Mais la manière dont le réalisateur nous amène cette idée éculée s'avère à la fois efficiente et convaincante de par sa persuasion d'y provoquer la peur d'une hostilité venue d'ailleurs. Qui plus est, la sobriété des protagonistes provoque l'empathie à travers leur désarroi esseulé (ils sont suspectés de mauvais traitements sur leurs enfants), contraints par ailleurs d'ignorer l'aide infructueuse de la police. Néanmoins, ses parents démunis trouveront le soutien auprès d'un expert en affaires d'enlèvements extra-terrestres. Le récit en crescendo parvient donc par l'appui de sa compétence à nous convaincre de leur existence tout en nous interrogeant au 1er degré sur la thèse des ovnis. En l'occurrence, des aliens pernicieux installés sur notre globe depuis des décennies pour une raison bien spécifique. Sur ce point, le dernier quart d'heure particulièrement cinglant cultive une tension horrifiante pour leur apparition escomptée ainsi que la destinée précaire de cette famille. D'autant plus que le réalisateur s'est intelligemment appliqué à réfuter le "happy-end" au risque de décevoir le grand public.


MenĂ© sur un rythme sans faille, Ă©tonnamment convaincant dans sa dĂ©marche risquĂ©e de nous questionner sur l'existence des E.T, Dark Skies est une habile surprise oĂą l'inquiĂ©tude et la peur sont Ă  l'unisson. Efficacement angoissant (notamment la 1ère apparition du "gris", les postures erratiques des parents et le point d'orgue assez couillu pour sa radicalitĂ© dramatique), cette sĂ©rie B impeccablement menĂ©e possède enfin l'atout d'ĂŞtre servie par des comĂ©diens attachants (et ce jusqu'aux seconds rĂ´les infantiles, une fois n'est pas coutume) afin de renforcer l'aspect quelque peu documentĂ© de ce cas d'ovni redoutablement perfide et pernicieux. 

*Eric Binford
15.04.25. Vost
29.11.21
03.05.13

jeudi 2 mai 2013

The Lords of Salem

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Popmovies.fr

de Rob Zombie. 2012. U.S.A. 1h41. Avec Sheri Moon Zombie, Richard Lynch, Bruce Davison, Meg Foster, Lew Temple, Ernest Lee Thomas, Ken Foree.

Sortie salles U.S: 19 Avril 2013

FILMOGRAPHIE: Rob Zombie est un chanteur, musicien et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 12 Janvier 1965 Ă  Haverhill, dans le Massachusetts. 2003: House of 1000 Corpses. 2005: The Devil's Rejects. 2007: Werewolf Women of the S.S. (trailer). 2007: Halloween. 2009: Halloween 2. 2012: The Lords of Salem.


Bad trip expérimental, messe noire invoquée au culte de Satan, délire horrifique chargé de symboles lucifériens, le nouveau Rob Zombie est un ovni anti religieux qui risque sévèrement de vous ébranler les neurones ! Difficile en l'état actuel d'évoquer ses impressions à chaud tant le film déroute méchamment. Néanmoins, et de manière prégnante, il nous préserve en mémoire des séquences cauchemardesques jamais vues au préalable ! Que l'on aime ou que l'on rejette en bloc ce pamphlet anticlérical, on ne peut nier la stylisation novatrice du réalisateur ainsi que son esthétisme formel déployant de saisissantes plages d'onirisme macabre. Qui plus est, la photographie élégamment teintée de filtres verts, sépia et rouges renforce l'aspiration du réalisateur ici régi en véritable créateur d'images picturales ! Que ce soit l'architecture religieuse d'un oratoire ou du design baroque de l'appartement de Heidi, de la nature automnale d'un parc public ou de la procession mystique du concert des Lords ! L'ambiance chaude et envoûtante, l'atmosphère urbaine palpable fonctionne si bien que l'on jurerait que ce soit une prod native des années 70.


Or, tout est dans l'art de la mise en scène et la manière de narrer une histoire d'impiĂ©tĂ© hĂ©ritĂ©e des conspirations de Rosemary's Baby ou du Locataire. Si les sĂ©quences hallucinatoires (oh combien incongrues !) suggĂ©rĂ©e par l'hĂ©roĂŻne s'avèrent au dĂ©part un peu trop rĂ©currentes, son cheminement tortueux laisse place Ă  d'autres Ă©vènements plus inquiĂ©tants, telle cette rencontre pernicieuse avec ces trois voisines de palier. D'ailleurs, parmi ce trio Ă©voquĂ©, quel plaisir de retrouver les talentueuses Meg Foster et Dee Wallace Stone dans des prestances littĂ©ralement malveillantes. Vibrant hommage aux sorcières de Salem, Rob Zombie semble habitĂ© par le malin Ă  daigner nous entraĂ®ner dans une sarabande diabolique oĂą la verdeur des dialogues n'a jamais Ă©tĂ© aussi scabreuse afin d'y rĂ©pudier la divinitĂ© de Dieu ! Le clou du nihilisme funeste atteignant son paroxysme lors d'un final emphatique lardĂ© d'images psychĂ©dĂ©liques parfois couillues (on peut aussi Ă©voquer l'univers mĂ©taphysique d'Alejandro Jodorowski). Au niveau des comĂ©diens, chaque personnage possède la physionomie adĂ©quate (sclĂ©rosĂ©e ou burinĂ©e pour certains) afin de camper leur rĂ´le avec une conviction suprĂŞme. Quand Ă  l'apparence chĂ©tive de Sheri Moon Zombie, transie d'Ă©moi, elle promène sa silhouette Ă  la manière d'une fantĂ´mette errante !


Danse avec le diable
CĂ©rĂ©moniel mortifère littĂ©ralement atypique de par son imagerie fĂ©tide (voir la sĂ©quence flamboyante du martyr des sorcières condamnĂ©es Ă  rĂ´tir sur le bĂ»cher), The Lords of Salem dĂ©route et dĂ©concerte, Ă©branle nos habitudes ludiques en provoquant la fascination sĂ©pulcrale pour ceux qui sauront se laisser envoĂ»ter par son univers extrĂŞmement occulte. VĂ©ritable ovni subversif multipliant les provocations visuelles et verbales Ă  travers un esthĂ©tisme singulier, Rob Zombie dĂ©livre ici son film le plus personnel en auteur ambitieux. Un esthète prodige vouĂ© Ă  l'anticonformisme au risque de dĂ©plaire une frange de spectateurs non initiĂ©s. Une chose est sure, The Lords of Salem s'Ă©rigera en phĂ©nomène culte auprès du cercle fermĂ© des adorateurs de Satan. 
Pour public averti 

*Bruno
08.04.24. Vo
02.05.13

mercredi 1 mai 2013

Evil-dead (The Evil-Dead). Meilleure 1ère oeuvre au Rex de Paris, 1982.

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sam Raimi. 1981. U.S.A. 1h25. Avec Bruce Campbell, Ellen Sandweiss, Richard DeManincor, Betsy Baker, Theresa Tilly.

Sortie salles U.S: 15 Octobre 1981 (première à Détroit). 15 Avril 1983 en sortie nationale.
France: Mai 1982 au Marché du film de Cannes. Novembre 1982 au Rex de Paris. 24 Août 1983 en sortie nationale.

FILMOGRAPHIE: Sam Raimi est un rĂ©alisateur, acteur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 23 Octobre 1959 Ă  Franklin, Etats-Unis. 1981: Evil-Dead. 1985: Mort sur le Grill. 1987: Evil-Dead 2. 1990: Darkman. 1993: Evil-Dead 3. 1995: Mort ou Vif. 1998: Un Plan Simple. 1999: Pour l'amour du jeu. 2000: Intuitions. 2002: Spi-derman. 2004: Spider-man 2. 2007: Spider-man 3. 2009: Jusqu'en Enfer. 2013: Le Monde fantastique d'Oz.

L’opĂ©ra de la terreur !
Le film d’horreur le plus fĂ©rocement original, dixit un Stephen King abasourdi ! Depuis sa sortie rentable en salles et son illustre succès en VHS, Evil Dead s’est imposĂ© au panthĂ©on des films d’horreur les plus impressionnants de l’histoire. L’emblème moderne du « ouh, fais-moi peur ! », alors mĂŞme que son rĂ©cit puise dans les clichĂ©s usuels de l’Ă©pouvante traditionnelle : une forĂŞt bucolique, tĂ©nĂ©breuse, rĂ©gie par des dĂ©mons sataniques.

RĂ©alisĂ© avec des bouts de ficelle et une poignĂ©e de comĂ©diens amateurs, cette première Ĺ“uvre d’un jeune cinĂ©aste surdouĂ© est un moment de folie furieuse jamais contemplĂ© sur toile. Car conçu comme un train fantĂ´me erratique, Evil Dead est une sarabande infernale, une nuit dĂ©moniaque et irrationnelle, dans laquelle un groupe de vacanciers a la dĂ©veine de croiser les forces du mal. En empruntant le schĂ©ma classique du film de possession et le cadre du slasher champĂŞtre, Sam Raimi se rĂ©approprie les conventions avec une insolence jubilatoire.

Entre ses touches d’onirisme macabre et sa profusion de gore aux accents frĂ©nĂ©tiques, Evil Dead provoque l’euphorie par sa mise en scène virtuose. D’une efficacitĂ© redoutable, Raimi transcende son script Ă©culĂ© en jouant la carte de la provocation et de l’action cinglante dans un esprit de grand-guignol carnavalesque. Fort de son ingĂ©niositĂ© bricolĂ©e, il secoue le spectateur et joue avec ses nerfs, face Ă  ces protagonistes soumis, un Ă  un, Ă  l’emprise dĂ©moniaque.

Ă€ la bande-son tonitruante, oĂą ricanements moqueurs se disputent aux hurlements d’effroi, Evil Dead distille une panique masochiste chez son spectateur voyeur. Jamais sĂ©rie B n’aura rendu si palpable — et terrifiante — une scĂ©nographie forestière, oĂą l’entitĂ© dĂ©moniaque semble s’infiltrer jusque dans la pellicule. Ă€ ce titre, et en frĂ´lant miraculeusement l’Ă©cueil du ridicule, la scène du viol de Cheryl reste un moment d’anthologie, couillu, chargĂ© d’une verve visuelle aux connotations sexuelles — c’est d’ailleurs pour cette transgression que l’Angleterre assigna Raimi devant les tribunaux.

La tension diffuse devient de plus en plus prĂ©gnante, la fĂ©rocitĂ© cauchemardesque atteint son apogĂ©e lors d’une ultime demi-heure totalement dĂ©bridĂ©e, quand le dernier survivant, esseulĂ©, se retrouve confinĂ© dans la cabane maudite, Ă  lutter vaillamment contre les dĂ©mons ricaneurs.

 
"Le rire du démon dans la pellicule".
Furieusement gore (les armes blanches pĂ©nètrent et sectionnent les chairs avec une verdeur viscĂ©rale !), diablement jouissif, mĂ©chamment railleur, Evil Dead dĂ©ploie avec une vigueur rare un florilège de dĂ©viances horrifiques dignes d’un bad trip sarcastique. Chef-d’Ĺ“uvre subversif d’horreur hardgore, il reste d’une modernitĂ© renversante, notamment par sa capacitĂ© Ă  transgresser la peur en y injectant stupeur, choc, euphorie — on ne compte plus les estocades des jump scares ultra-efficients.

C’est ce qu’on appelle aussi : une dĂ©claration d’amour. Celle d’un artiste entièrement habitĂ© par ses innovations d’alchimiste ricaneur.

*Eric Binford
01.05.13. (23è visionnage)

La critique d'Evil-Dead, version 2013: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/05/evil-dead-2013.html

RĂ©compensesPrix du Public et le Prix de la Meilleure Première Ĺ’uvre au Festival du Rex Ă  Paris en 1982.


L'Enfance Volée / Der Verdingbub


de Markus Imboden. 2011. Suisse. 1h48. Avec Katja Riemann, Stefan Kurt, Maximilian Simonischek, Max Hubacher, Lisa Brand, Miriam Stein.

Sortie salles en 2011 en Suisse alémanique, 18 avril 2012 en Suisse romande
FILMOGRAPHIE: Markus Imboden est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste suisse, nĂ© le 17 Octobre 1955 Ă  Interlaken. L'Enfance VolĂ©e est son film le plus connu dans son pays natal.


Témoignage bouleversant sur la condition des orphelins suisses mais aussi des enfants destitués de leurs parents dans les années 50, l'Enfance Volée relate ici les destins de Max et Berteli embrigadés de force dans une famille d'accueil. Avec l'autorité castratrice de leurs nouveaux parents, des fermiers miséreux sans vergogne, les adolescents vont endurer diverses maltraitances physiques et sombrer dans l'esclavage avant de tenter la rébellion.


Drame social d'une intensité dramatique toujours plus éprouvante, l'Enfance Volée est un film choc imparable sur l'intolérance et la tyrannie parentale mais aussi le laxisme des pouvoirs publics.
Sans pathos et encore moins de misérabilisme, Markus Imboden réussit avec réalisme à nous décrire le calvaire de deux adolescents asservis par des paysans rétrogrades victimes de leur médiocrité. Si le film s'avère aussi poignant, immersif et passionnant dans sa peinture sordide allouée aux valeurs familiales, il le doit surtout à la caractérisation convaincante de ces personnages. Les antagonistes réussissant avec sobriété (en dehors du jeu outrancier du pasteur) à véhiculer une humanité déclinante dans leur désoeuvrement engendré par l'alcoolisme et la précarité financière. Enfin, les deux enfants incarnés par Maximilian Simonischek et Lisa Brand forment un duo inévitablement émouvant dans leur désarroi et rancoeur esseulées. Ils nous insufflent avec pudeur une empathie naturelle de par leur jeu dépouillé inscrit dans l'humilité fraternelle.


Superbement photographiĂ© au sein d'une nature bucolique verdoyante, l'Enfance VolĂ©e est un drame fort et cruel sur l'enfance galvaudĂ©e, intelligemment dĂ©tournĂ© de fioriture et de bons sentiments. La prestance habile des comĂ©diens permettant de nous immerger dans leur existence sordide avec une vĂ©ritĂ© humaine prĂ©dominante. Au final, il demeure difficile de sortir indemne d'un tel fardeau pour ces enfants compromis Ă  la maltraitance et l'inceste sexuelle. Un constat Ă©difiant auquel 100 000 d'entre eux furent du jour au lendemain destituĂ©s de leurs parents pour ĂŞtre placĂ©s dans des familles d'accueil misĂ©reuses après la seconde guerre. Sans compter cet hommage humble aux baladins accordĂ©onistes ayant survĂ©cu grâce Ă  leur inspiration musicale. Sur ce dernier point, ne vous fiez pas Ă  l'aspect racoleur de son affiche (ainsi que son titre conventionnel). 

30.04.13
Bruno Matéï



jeudi 25 avril 2013

FLASH GORDON

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mariolikesmovies.com

de Mike Hodges. 1980. U.S.A/Angleterre. 1h51. Avec Sam J. Jones, Melody Anderson, Ornella Muti, Max Von Sydow, Topol, Timothy Dalton, Brian Blessed.

Sortie salles France: 28 Janvier 1981. U.S: 5 Décembre 1980

FILMOGRAPHIE: Mike Hodges est un producteur, réalisateur et scénariste britannique, né le 29 Juillet 1932 à Bristol (Royaume-Uni). 1971: La Loi du Milieu. 1972: Retraite Mortelle. 1974: l'Homme Terminal. 1978: Damien, la malédiction 2 (non crédité). 1980: Flash Gordon. 1985: Les Débiles de l'espace. 1987: L'Irlandais. 1989: Black Rainbow. 1998: Croupier. 2003: Seul la mort peut m'arrêter.


Film culte chez une frange de spectateurs, estampillĂ© "nanar suprĂŞme", Flash Gordon est une improbable production de l'intarissable Dino de Laurentiis sous l'Ă©gide de Mike Hodges. Un cinĂ©aste inĂ©gal Ă  qui l'on doit tout de mĂŞme un authentique chef-d'oeuvre du polar britannique, La Loi du Milieu. D'après le comic créé par Alex raymond en 1934, Flash Gordon revient sur nos Ă©crans en ce dĂ©but des annĂ©es 80 avec cette super production influencĂ©e par le phĂ©nomène Star Wars. La distribution Ă©clectique composĂ©e d'illustres comĂ©diens parmi lesquels Max Von Sidow (hiĂ©ratique, il EST l'empereur Ming, sadique et impassible !), Ornella Muti (en nympho Ă©cervelĂ©e) et Timothy Dalton (en prince versatile accoutrĂ© d'un pyjama vert !), a de quoi dĂ©router le spectateur au vu de leur prestance excentrique. Mais la palme de l'acteur le plus incongru en revient Ă  l'inexpressif Sam J. Jones dans la peau du super hĂ©ros fĂ©ru de football amĂ©ricain (la partie sportive improvisĂ©e sur le temple de Ming est un moment d'anthologie couillu !). Il s'agit ici de son 2è rĂ´le Ă  l'Ă©cran puisqu'un an au prĂ©alable il avait partagĂ© l'affiche avec la comĂ©dienne Bo Derek pour y faire une apparition dans Elle de Blake Edwards. En l'occurrence, il faut avouer que ce piètre acteur fait bien pâle figure pour endosser le rĂ´le majeur de Flash Gordon. Hormis sa silhouette saillante, le jeune comĂ©dien au minois bien docile semble complètement dĂ©passĂ© par les Ă©vènements au fil de ces dĂ©boires avec des E.T insidieux. Par miracle, il rĂ©ussit pour autant Ă  franchement nous amuser par son jeu cabotin alliant l'esprit pugnace et la bonhomie puĂ©rile.


Pour en revenir à l'ovni risible de Mike Hodges, son grand spectacle s'avère une pantalonnade disco (chargé de teintes polychromes !) alternant désarroi, rire grinçant et plaisir coupable. Le scénario impayable est à lui seul une blague de comptoir ! A la suite du crash d'une fusée sur une planète hostile, Flash Gordon et ses comparses vont rencontrer une société d'extra-terrestres régis par un tyran totalitaire. Pour tenter de survivre, ils vont devoir s'allier avec les hommes oiseaux et le prince Barin afin de déjouer les ambitions diaboliques du leader Ming ! Entre les désirs conjugaux de ce dernier pour s'accaparer d'une princesse, les caprices insidieux de sa fille nympho et les querelles jalouses du prince Barin, une guerre se prépare entre les deux clans pour l'avenir de l'humanité ! Pour compenser la vacuité de son scénario, Mike Hodges émaille son intrigue d'un concours d'épreuves mortelles que nos héros doivent entreprendre afin de mesurer leur courage. Enfin, la dernière demi-heure laisse place à un baroud d'honneur intergalactique assez réjouissant dans ses nombreux échanges de tirs au rayon laser. L'action échevelée se résumant à une bataille spatiale auquel l'armée des hommes volants s'est déployée en masse parmi l'entraide de Flash (équipé pour le coup d'un scooter aérien !) afin de réduire en poussière l'empire de Ming.


Surveillez bien les étoiles dans le ciel, un Flash aux cheveux blonds n'est jamais bien loin !
Avec ses dialogues hilarants, ses dĂ©cors criards en matte painting, ses costumes en paillette au look disco et surtout la complicitĂ© amiteuse des comĂ©diens, Flash Gordon cĂ´toie la farce dĂ©bridĂ©e avec une bonne humeur indĂ©crottable. S'il s'agit sans doute d'un des plus ubuesques films de super-hĂ©ros, la sympathie et la fougue que l'on Ă©prouve au fil de ses aventures rocambolesques nous prĂ©serve un sourire de gosse jusqu'au mot "fin" laissĂ© en suspens ! (la suite escomptĂ©e n'ayant jamais vu le jour !). Et pour marquer le rythme, le score tonitruant orchestrĂ© par le groupe Queen est loin d'ĂŞtre Ă©tranger au plaisir coupable procurĂ© !

25.04.13. 4èx
Bruno Matéï


mercredi 24 avril 2013

Angel Heart

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site forum.nanarland.com

d'Alan Parker. 1987. U.S.A/Angleterre/Canada. 1h53. Avec Mickey Rourke, Robert De Niro, Lisa Bonet, Charlotte Rampling, Stocker Fontelieu, Brownie McGhee, Michael Higgins.

Sortie salles France: 8 Avril 1987. U.S: 6 Mars 1987

FILMOGRAPHIE: Alan Parker, né Alan William Parker le 14 Février 1944 à Islington, Londres, est un réalisateur, compositeur, scénariste et producteur anglais.
1975: The Evacuees (télé-film). 1976: Bugsy Malone. 1978: Midnight Express. 1980: Fame. 1982: l'Usure du Temps. 1982: Pink Floyd the Wall. 1984: Birdy. 1987: Angel Heart. 1988: Mississippi Burning. 1990: Bienvenue au Paradis. 1991: The Commitments. 1994: Aux bons soins du Dr Kellogg. 1996: Evita. 1999: Les Cendres d'Angela. 2003: La Vie de David Gale.


Voyage au bout de l’âme noire.

Dans les limbes du cinĂ©ma, il existe des Ĺ“uvres qui, telles des entitĂ©s envoĂ»tantes, nous attirent dans leur spirale infernale et, peu Ă  peu, nous happent sans retour. Angel Heart d'Alan Parker est l’une de ces Ĺ“uvres. Thriller occulte imbibĂ© de magie noire, le film est un voyage au bout des tĂ©nèbres oĂą le spectateur s’Ă©gare aux cĂ´tĂ©s de Mickey Rourke, dans un rĂ´le de dĂ©tective privĂ© en perdition, et oĂą chaque image semble tremper dans le poison de l’âme humaine.

Synopsis : New York, 1955. Un dĂ©tective privĂ©, Harry Angel, est contactĂ© par un mystĂ©rieux client, Louis Cyphre, pour retrouver Johnny Favorite, un ancien chanteur disparu depuis 12 ans après la guerre. Au fil de son enquĂŞte, l’enchevĂŞtrement des indices devient un piège, et les corps s’amoncellent autour de lui, dans une danse macabre dont il ne peut plus se dĂ©faire.

Pour la première fois de sa carrière, Alan Parker plonge dans l’abĂ®me du genre horrifique, tout en empruntant les codes du film noir. Ce dĂ©tour stylistique, adaptĂ© du roman de William Hjortsberg, rĂ©vèle la main habile du rĂ©alisateur, qui, en virtuose, façonne une esthĂ©tique crĂ©pusculaire d’une rare beautĂ©. La photographie, jouant sur les nuances du clair-obscur, nous immerge dans un monde oĂą la lumière et l’ombre ne sont que des frontières floues, oĂą la ville de New York devient un labyrinthe tentaculaire, prĂŞte Ă  avaler toute certitude.


Ă€ mesure que l’investigation d’Harry Angel se dĂ©ploie, Angel Heart prend une tournure de plus en plus abstraite, transformant une quĂŞte de vĂ©ritĂ© en une plongĂ©e abyssale dans la psychĂ© du dĂ©tective. Chaque rencontre, chaque tĂ©moin, chaque cadavre ajoutent une couche d’angoisse, jusqu’Ă  ce que l’horreur devienne une rĂ©alitĂ© indiscernable de la folie qui ronge l’esprit d’Angel. Le film se fait le miroir de sa propre dĂ©chĂ©ance, une lente descente aux enfers oĂą la perte de repères devient une matière organique, aussi noire que la nuit.

Ce voyage vers l’inconnu se poursuit jusqu’en Louisiane, un autre territoire oĂą le mystère se fait encore plus oppressant. LĂ , la culture du vaudou et des rituels occultes se dĂ©ploie, Ă©tendant son ombre sur l’enquĂŞte. Alan Parker ne se contente pas de raconter une histoire ; il crĂ©e un environnement sensoriel oĂą la peur et le dĂ©sir se confondent. La rĂ©alisation formelle atteint une perfection si mĂ©ticuleuse qu’une aura malĂ©fique semble s’immiscer dans chaque recoin de l’Ă©cran. L’atmosphère, feutrĂ©e mais oppressante, porte le spectateur vers un climat malsain, de plus en plus poisseux, Ă  l’image mĂŞme des rituels pratiquĂ©s sur les cadavres des victimes. La prĂ©sence du Mal est palpable, presque tangible, et son influence, omniprĂ©sente, s’intensifie Ă  mesure que la quĂŞte de vĂ©ritĂ© devient une spirale autodestructrice.

La lente dĂ©rive psychologique de Harry Angel est sublimĂ©e par l’interprĂ©tation viscĂ©rale de Mickey Rourke, qui, dans le rĂ´le du dĂ©tective en proie Ă  ses propres dĂ©mons, incarne Ă  la perfection cette fragilitĂ© intĂ©rieure, cette nĂ©vrose qui se transforme progressivement en une psychose dĂ©vorante. L’intrigue devient pour lui une toile d’araignĂ©e mentale, une prise lente mais certaine qui le condamne Ă  une rĂ©vĂ©lation d’une cruautĂ© inouĂŻe.

Dans le rĂ´le de Louis Cyphre, Robert De Niro partage la vedette avec Rourke, apportant Ă  son personnage une Ă©lĂ©gance glaciale et une menace sourde. Sa prĂ©sence, discrète mais pĂ©nĂ©trante, s’impose Ă  l'Ă©cran comme une figure aristocratique, froide et calculatrice. Ă€ l’instar d’un baron du Mal, Cyphre manipule son interlocuteur avec une finesse cruelle, ses ongles acĂ©rĂ©s devenant des instruments de torture psychique dans un jeu de duperie pervers. Ce rĂ´le de maĂ®tre des tĂ©nèbres, jouĂ© avec une subtilitĂ© inquiĂ©tante, est l’un des points forts du film, parfaitement dosĂ© pour maintenir une tension constante.


Jusqu'au bout des Ténèbres.
Angel Heart s’apparente Ă  une Ĺ“uvre de pur cauchemar. Sa beautĂ© opaque et ensorcelante, Ă  la fois fascinante et perturbante, semble avoir Ă©tĂ© façonnĂ©e par le diable lui-mĂŞme. Le film n’est pas seulement un thriller noir ; il est une entitĂ© Ă  part entière, une hallucination qui nous entraĂ®ne inexorablement vers une rĂ©vĂ©lation schizoĂŻde. L’intensitĂ© de son atmosphère lugubre, l’aura machiavĂ©lique qui Ă©mane de chaque scène et l’interprĂ©tation frĂ©missante de Mickey Rourke renforcent l’aspect dĂ©lĂ©tère du film, une vision du Mal si omniprĂ©sente qu’elle finit par envahir notre propre perception.

En effet, Angel Heart est un voyage dans l’inconnu, un pèlerinage vers la perte de soi, oĂą chaque pas, chaque ombre, chaque murmure est une invitation Ă  se perdre. L’omnipotence du Mal, incarnĂ©e avec une telle brillance visuelle et psychologique, fait de ce film un chef-d’Ĺ“uvre inclassable, une expĂ©rience sensorielle aussi bouleversante que fascinante.

Ainsi, Angel Heart s’Ă©lève, dans l’univers cinĂ©matographique, comme l’un des films les plus audacieux et perturbants des annĂ©es 80, une exploration labyrinthique de l’âme humaine, de ses tĂ©nèbres, et des dĂ©mons qu’elle cache au plus profond d’elle-mĂŞme. Une Ĺ“uvre oĂą l’horreur devient une rĂ©flexion sur la condition humaine, un miroir dĂ©formĂ© qui ne nous laisse que l’image d’un abĂ®me.

*Bruno
04.05.25. 4èx. Vost. 4K
24.04.13. 

mardi 23 avril 2013

LE DERNIER REMPART (The Last Stand)

                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site vivalacinema.superforum.fr

de Kim Jee-Woon. 2013. U.S.A. 1h47. Avec Arnold Schwarzenegger, Forest Whitaker, Eduardo Noriega, Peter Stormare, Rodrigo Santoro, Jaimie Alexander, Zach Gilford, Luis Guzman.

Sortie salles France: 23 Janvier 2013. U.S: 18 Janvier 2013

FILMOGRAPHIE: Kim Jee-Woon est un réalisateur, scénariste et directeur de la photo sud-coréen, né le 6 Juillet 1964 à Séoul.
1998: The Quiet Family, 2000: The Foul King. 2003: Deux Soeurs. 2005: A Bittersweet Life. 2008: Le Bon, la brute et le cinglé. 2010: I saw the devil. 2013: Le Dernier Rempart.


Après plus de 10 ans d'absence, Arnold Schwarzenegger revient sur les écrans dans un rôle majeur de dur à cuir sous la caméra de Kim Jee-Woon. Pur hommage aux séries B d'action des années 80 qui envahissaient nos écrans et nos étagères Vhs, Le Dernier Rempart est un plaisir coupable du samedi soir conçu pour divertir sans modestie.

Afin qu'un dangereux criminel preneur d'otage Ă©vite de franchir la frontière mexicaine, un shĂ©rif et ses adjoints dĂ©cide de s'allier pour lui barrer le chemin au sein de leur petite bourgade. 


Actionner bourrin dénué de prétention en assumant pleinement sa fonction de divertissement, le Dernier Rempart s'affiche en western moderne sous l'égide d'un shérif sclérosé délibéré à ne pas se laisser intimider par la pègre d'un leader mafieux. Ca démarre fort avec une spectaculaire évasion high-tech élaborée par les sbires du dangereux repris de justice culminant sa fuite à bord d'un bolide blindé. Alors que la police tente par tous les moyens de le mettre hors d'état de nuire, il réussit haut la main à esquiver les barrages routiers avec l'ingérence d'hommes de mains suréquipés. Mais afin de gagner la frontière mexicaine, il doit emprunter l'itinéraire d'une petite ville du Texas. Dans cette bourgade reculée, le Shérif Owens décide de le cueillir parmi le volontariat d'adjoints débutants. C'est à ce moment propice que le clou du spectacle promu achève son apothéose dans un déluge d'échanges de tirs (sulfateuse à l'appui s'il vous plait !) et d'explosions. Avec l'efficacité d'une réalisation nerveuse décuplant sans répit ses séquences d'action continuellement cinglantes, le Dernier Rempart gagne d'autant plus notre sympathie par la dérision accordée à chaque personnage. Et en priorité vis à vis des adjoints couards du shérif, plutôt indécis à devoir se mesurer contre des malfrats belliqueux, mais davantage engagés dans un élan (suicidaire) de bravoure solidaire. La palme de l'hilarité en revenant à l'ancien trublion maso de Jackass, Johnny Knoxville, ici reconverti en benêt artilleur ! Avec une ferveur délurée, certaines de ses pitreries provoquent facilement le rire par sa démesure héroïque incontrôlée. Dans celui du shérif sexagénaire redresseur de tort, Arnold Schwarzenegger nous revient avec une forme lénifiante beaucoup moins agile pour sa posture stoïque qu'à l'époque de sa notoriété. Raison pour laquelle l'affrontement au corps à corps entamé avec Cortez relève plus du combat de catch que des traditionnelles bastons homériques. Néanmoins, sa présence avenante et sa bonhomie attachante nous émeut d'une certaine manière dans sa volonté de daigner renouer avec la symbolique du héros vaillant.


Nanar survitaminĂ© assumant pleinement son rĂ´le ludique d'actionner dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©, le Dernier Rempart est une jouissive offrande pour tous les fans du genre. Et en particulier Ă  ceux de la gĂ©nĂ©ration 80 qui auront Ă©tĂ© bercĂ©s par les buddy movies et films de guerre post-vietnamiens oĂą leurs hĂ©ros prĂ©fĂ©rĂ©s (Stallone / Schwarzenegger, mĂŞme combat !) se partageaient l'affiche avec une foi imperturbable. 

23.04.13
Bruno Matéï

lundi 22 avril 2013

La Part des Ténèbres / The Dark Half

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmaffinity.com

de George A. Romero. 1992. U.S.A. 2h02. Avec Timothy Hutton, Amy Madigan, Michael Rooker, Julie Harris, Robert Joy.

Sortie salles France: 18 Août 1993

FILMOGRAPHIE: George Andrew Romero est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur, auteur amĂ©ricain, nĂ© le 4 FĂ©vrier 1940 Ă  New-York. 1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux MalĂ©fiques. 1992: La Part des TĂ©nèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead. 2011: Deep Red.


Ĺ’uvre mĂ©sestimĂ©e, aujourd’hui sombrĂ©e dans l’oubli, La Part des TĂ©nèbres demeure l’un des films les moins apprĂ©ciĂ©s du maĂ®tre Romero. Certes, l’un de ses projets les moins personnels, mais il serait injuste d’occulter l’originalitĂ© de son scĂ©nario (adaptĂ© de Stephen King) et la conviction de ses interprètes. 

Synopsis: Ă€ la suite d’un chantage d’un admirateur, l’Ă©crivain Thad Beaumont dĂ©cide de se dĂ©barrasser de son pseudonyme en rĂ©vĂ©lant sa vĂ©ritable identitĂ© aux mĂ©dias. Dès lors, une sĂ©rie de meurtres sanglants frappe son entourage. Rapidement, la police le soupçonne : ses empreintes sont relevĂ©es sur chaque scène de crime.


En habile conteur, George A. Romero emprunte ici la voie du thriller fantastique, tissant un suspense haletant savamment planifiĂ©. Le film se concentre sur une succession de crimes dans une petite bourgade et sur l’investigation solitaire de l’Ă©crivain. En abordant le thème du double et de la « part des tĂ©nèbres » tapie en chacun de nous, Romero orchestre un rĂ©cit diabolique portĂ© par Timothy Hutton. Dans un double rĂ´le en demi-teinte, l’acteur incarne avec intensitĂ© deux figures antinomiques, confrontĂ©es Ă  l’Ă©thique du bien et du mal. Ă€ l’instar d’un Jekyll et Hyde, Thad Beaumont et George Stark incarnent une gĂ©mellitĂ© schizophrène, leurs enjeux traversĂ©s par la soif de survivre, d’exister et de perdurer. Romero y insuffle une rĂ©flexion identitaire sur l’influence corrosive du mal et sur l'impossibilitĂ© de se dĂ©barrasser de son ombre. Or, la conclusion du rĂ©cit affiche ici une victoire du Mal sur le Bien dans la mesure oĂą Thad retrouve sa fonction de respectable Ă©crivain conformiste alors que sa part mauvaise autrefois enfouie en lui lui offrait la possibilitĂ© de crĂ©er de manière plus autonome, inspirĂ©e et ambitieuse. 

Cette confrontation dense entre un personnage de fiction et son propre crĂ©ateur - un Ă©crivain prisonnier du genre qui a forgĂ© sa rĂ©putation - suscite Ă  la fois trouble et fascination, notamment Ă  travers l’aura dĂ©lĂ©tère de George Stark. Figure renfrognĂ©e du Mal, matĂ©rialisĂ©e par la tumeur cĂ©rĂ©brale de Beaumont, Stark s’obstine Ă  cultiver sa nouvelle existence. Pour accentuer l’Ă©trangetĂ© du rĂ©cit, Romero cisèle l’esthĂ©tique d’une sĂ©quence cauchemardesque (le rĂŞve prophĂ©tique de Thad), et convoque l’onirisme d’une mĂ©taphore divine par l’entremise d’oiseaux chargĂ©s d’emporter l’âme des damnĂ©s. La dernière sĂ©quence, spectaculaire et singulière, dĂ©ploie ainsi une imagerie poĂ©tico-morbide oĂą s’abat l’offensive d’une nuĂ©e de passereaux carnivores.


Avec modestie mais savoir-faire, Romero s’impose ici en conteur d’exception, transfigurant une intrigue originale par une mise en scène efficace, une interprĂ©tation solide et une maĂ®trise du suspense. Un thriller inquiĂ©tant, singulier, fascinant, injustement mĂ©prisĂ©, qui apporte une passionnante rĂ©flexion sur notre identitĂ© fracturĂ©e. Car l'homme est Ă  la fois crĂ©ateur et destructeur, civilisĂ© et sauvage, Ă©crivain raffinĂ© ET conteur de sang. Ce que Thad se refuse ici Ă  tolĂ©rer et encore moins assumer...

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

22.04.13
01.09.25. Vost. 4èx

samedi 20 avril 2013

HIERRO

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site identi.li

de Gabe Ibanez. 2009. Espagne. 1h29. Avec Elena Anaya, Bea Segura, Mar Sodupe, Andrés Herrera, Miriam Correa, Kaiet Rodriguez.

Sortie Dvd France: 24 Novembre 2010. Sortie salles Espagne: 15 Janvier 2010

FILMOGRAPHIE: Gabe Ibanez est un réalisateur espagnol, né le 7 Juin 1971 à Madrid.
2009: Hierro


A la suite de la disparition inexpliquée de son fils sur un ferry, une mère décide de partir à sa recherche mais se retrouve plongée dans un désarroi paranoïaque.

Pour un premier film, le réalisateur Gabe Ibanez opte pour un fantastique éthéré sous couvert d'un drame psychologique intimiste. Au suspense lattent avare en péripéties, Hierro privilégie surtout un climat d'étrangeté prégnant sous l'égide d'une mère démunie, persuadée que son fils est resté en vie à la suite de sa disparition. S'agit-il d'un enlèvement ou d'un accident mortel ? Le rythme lancinant découlant des va-et-vient successifs d'une héroïne perdue au milieu d'un archipel et le manque d'aplomb de la réalisation risquent toutefois de rebuter certains spectateurs. Qui plus est, sa structure narrative indécise manque de conviction pour nous convaincre pleinement de son dénouement prévisible. Les quidams suspicieux étant mal exploités dans leur autorité hostile et leur potentielle culpabilité. Toute en fragilité humaine, l'actrice Elena Aneya véhicule une inévitable empathie dans le combat d'une mère désespérée à daigner retrouver son fils. Elle réussit avec sobriété à provoquer une émotion candide dans son instinct maternel subordonné à l'amour d'un enfant.


La mer des larmes
Si Hierro ne convainc pas pleinement, faute d'un scénario mal ficelé et d'un rythme un peu trop languissant, il réussit tout de même à provoquer une certaine émotion et un intérêt périodique au fil de séquences oniriques imprégnées d'une ambiance feutrée. En outre, son épilogue salvateur renoue avec une poésie diaphane lors d'une séquence fantasmagorique absolument bouleversante. En résulte un drame intimiste bancal qui manque de persuasion mais insuffle tout de même quelques bonnes idées et une certaine émotion au fil du cheminement hasardeux d'une héroïne déchue.

Dédicace à Cid Orlandu
20.04.13
Bruno Matéï

mercredi 17 avril 2013

Jack Reacher

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site collider.com

de Christopher McQuarrie. 2012. U.S.A. 2h10. Avec Tom Cruise, Rosamund Pike, Robert Duvall, Jai Courtney, Richard Jenkins, Werner Herzog.

Sortie salles France: 26 Décembre 2012. U.S: 21 Décembre 2012

FILMOGRAPHIE: Christopher McQuarrie est un rĂ©alisateur, producteur, acteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© en 1968 Ă  Princeton dans le New Jersey. 2000: Way of the Gun. 2012: Jack Reacher

Un mystérieux tueur abat froidement 5 citadins dans un jardin public. Une avocate et un ancien baroudeur vont faire équipe pour déjouer une mystérieuse conspiration.

Un bon polar d'espionnage dĂ©guisĂ© en actionner contemporain. Un hĂ©ros vindicatif pas comme les autres. Une intrigue tortueuse plutĂ´t prenante qui converge vers le complot judiciaire. Tom Cruise est assez Ă©tonnant dans le rĂ´le anti-conformiste d'un vagabond justicier particulièrement retors. Flegmatique mais vĂ©loce, il incarne son rĂ´le avec sobriĂ©tĂ©, mĂŞme si ces dĂ©tracteurs pourraient lui reprocher sa rudesse d'esprit. Attention tout de mĂŞme aux amateurs d'action qui risqueraient d'ĂŞtre déçus, le film se focalisant surtout sur un suspense lattent au sein d'une intrigue Ă  tiroirs quelque peu alambiquĂ©e. La rĂ©alisation appliquĂ©e, l'efficacitĂ© de son rĂ©cit, les dialogues ciselĂ©s et le climat austère nous changent des sempiternels blockbusters conçus uniquement pour nous en mettre plein la vue. Ici, c'est tout l'inverse qui se produit, les deux seules scènes explosives Ă©tant uniquement au service d'une longue investigation policière. Tout cela manque quand mĂŞme un peu de vigueur et d'intensitĂ© mais le polar dĂ©routant s'avère nĂ©anmoins captivant pour ne pas ennuyer et fait presque figure d'ovni dans la caractĂ©risation insolite de ce justicier infaillible.

18.04.13
Bruno 


Basic Instinct

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site affiches-et-posters.com

de Paul Verhoeven. 1992. 2h08. Avec Michael Douglas, Sharon Stone, George Dzundza, Jeanne Tripplehorn, Denis Arndt, Leilani Sarelle, Dorothy Malone, Bruce A. Young

Sortie salles France: 8 mai 1992. U.S: 20 Mars 1992

FILMOGRAPHIE: Paul Verhoeven est un réalisateur néerlandais, né le 18 Juillet 1938 à Amsterdam.
1971: Business is business. 1973: Turkish Delices. 1975: Keetje Tippel. 1977: Le Choix du Destin. 1980: Spetters. 1983: Le Quatrième Homme. 1985: La Chair et le Sang. 1987: Robocop. 1990: Total Recall. 1992: Basic Instinct. 1995: Showgirls. 1997: Starship Troopers. 2000: l'Homme sans Ombre. 2006: Black Book.

Thriller Ă©rotique au succès international fulgurant (352 millions de dollars de recettes), Basic Instinct suscita un tel engouement qu’il engendra une horde d’ersatz aussi rustres qu’inutiles. Au-delĂ  du portrait psychologique absolument passionnant de ses amants interlopes, sa vĂ©ritable rĂ©ussite rĂ©side Ă©galement dans un scĂ©nario dĂ©lĂ©tère, tendu d’ambiguĂŻtĂ©s subtiles. 

Synopsis: Lors d’un rapport sexuel avec une blonde mystĂ©rieuse, une ancienne rock star est retrouvĂ©e sauvagement assassinĂ©e Ă  coups de pic Ă  glace. L’inspecteur Nick Curran mène l’enquĂŞte auprès de l’Ă©crivaine et psychologue Catherine Tramell, maĂ®tresse de la victime la veille du crime. La rencontre incendiaire avec cette femme retorse l’entraĂ®ne dans une relation vĂ©nĂ©neuse, jusqu’au point de non-retour.


Suspense acĂ©rĂ©, Ă©rotisme torride et violence chirurgicale composent un thriller vertigineux au rĂ©cit impeccablement charpentĂ©. L’efficacitĂ© extrĂŞme tient surtout dans la danse trouble entre un flic indĂ©cis, si moralement vulnĂ©rable, et une mante religieuse insaisissable. Ambivalence charnelle et suspicion convergent en un jeu de manipulation oĂą la coupable prĂ©sumĂ©e tisse sa toile pour mieux dĂ©vorer ses proies. Avec une virtuositĂ© gĂ©omĂ©trique (deux courses-poursuites renversantes, des meurtres d’une sauvagerie explicite, une stylisation Ă©rotique d’une audace glaciale), Paul Verhoeven manie sexe et violence avec une intelligence roublarde. En aiguisant le suspense et en semant une suspicion rampante, il orchestre une enquĂŞte jubilatoire, saturĂ©e de fausses pistes, de rebondissements et de revirements sanglants. En prĂ©datrice carnassière et lesbienne assumĂ©e, Sharon Stone embrase l’Ă©cran, irradie d’une sensualitĂ© vĂ©nĂ©neuse et impose une Ă©lĂ©gance charnelle inĂ©dite. La densitĂ© du film s’enracine dans la caractĂ©risation trouble de son personnage, Ă  la fois clairvoyant et manipulateur. En victime galvaudĂ©e, prisonnier de l’amour d’une maĂ®tresse bicĂ©phale, Michael Douglas impose le portrait Ă©quivoque d’un inspecteur en perdition, minĂ© par ses sentiments. Flic nĂ©vrosĂ© au passĂ© torturĂ©, il s’acharne pourtant Ă  coincer sa prĂ©sumĂ©e coupable pour conjurer ses doutes. Ensemble, ils forment un duo indocile, consumĂ© par des pulsions sexuelles incontrĂ´lĂ©es. Leur affrontement est une guerre cĂ©rĂ©brale sans merci, oĂą manipulation et sĂ©duction s’entrelacent jusqu’Ă  l’abĂ®me.

"Pulsions."
Thriller Ă©rotique transgressif, entièrement bâti sur la nĂ©vrose de ses personnages, Basic Instinct s’impose comme un jeu de perversitĂ©, transcendant le portrait d’amants dĂ©chus par l’Ă©chec amoureux. RĂ©vĂ©lation vĂ©nĂ©neuse, Sharon Stone ensorcelle de son aura sulfureuse et propulse l’Ĺ“uvre novatrice de Verhoeven au rang de jalon des annĂ©es 90.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

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