lundi 10 mars 2014

Indiana Jones et le Royaume du crane de Cristal / Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Steven Spielberg. 2008. U.S.A. 2h03. Avec Harrison Ford, Shia LaBeouf, Cate Blanchett, Karen Allen, Ray Winstone, John Hurt, Jim Broadbent.

Sortie salles France: 21 Mai 2008. U.S: 22 Mai 2008

FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis).1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln.


"Les derniers éclats du fouet."
Dix-neuf ans après sa dernière croisade, Indiana Jones remet le couvert et se lance dans une nouvelle chasse au trĂ©sor, direction le PĂ©rou. Cette fois, il s’agit de retrouver la trace du crâne de cristal, objet lĂ©gendaire jadis liĂ© Ă  la citĂ© d’Akator, aujourd’hui disparu. Parti Ă  sa recherche, son ami Oxley a Ă©tĂ© enlevĂ© par l’armĂ©e russe du colonel Irina Spalko. ÉpaulĂ© par son propre fils, Indy devra s’allier Ă  un agent double - bientĂ´t rejoint par son ancienne compagne Marion - pour rĂ©cupĂ©rer le trĂ©sor et en dĂ©jouer le dĂ©tournement.

InspirĂ© d’une idĂ©e imposĂ©e par George Lucas, qui souhaitait renouer avec l’esprit B movie de la science-fiction des annĂ©es 50, Steven Spielberg rallume la flamme de l’aventure Ă©pique en situant l’action Ă  l’Ă©poque de la guerre froide. Fort de son savoir-faire technique et du charme retrouvĂ© de ses interprètes (en dĂ©pit de Karen Allen, peu Ă  l'aise), Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal s’impose comme un divertissement aussi haletant que rĂ©jouissant - mĂŞme si la magie et l’intensitĂ© d’antan s’y font plus timides, faute de certains FX en CGI Ă©tonnamment ratĂ©s pour une prod Spielberg. Tous les ingrĂ©dients familiers (action, aventure, romance, humour) sont heureusement au rendez-vous, suivant le mĂŞme canevas narratif que ses illustres prĂ©dĂ©cesseurs.


Si certains ont moquĂ© le final Ă©sotĂ©rique, je trouve au contraire que l’idĂ©e, audacieuse, reste fidèle Ă  la veine paranormale de la saga et s’inscrit parfaitement dans la mythologie des crânes de cristal - cette frontière fascinante entre croyance scientifique et foi en l’inexplicable.

La nouvelle recrue Shia LaBeouf s’en sort brillamment : rebelle, nerveux, il incarne avec aplomb un jeune hĂ©ros fougueux et insolent. En revanche, la prĂ©sence de Karen Allen déçoit. Sa première apparition suscite la douce nostalgie des dĂ©buts, pour sĂ»r, mais son jeu, manquant d’Ă©loquence et de tonus, peine bizarrement Ă  s’harmoniser avec l’Ă©nergie du groupe. Celle qui incarnait jadis une femme vive, tĂ©mĂ©raire et pleine de compassion pour Indy, n’est plus ici que l’ombre d’elle-mĂŞme, malgrĂ© la bienveillance de son sourire comme le souligne son final Ă©motif. 

Quant à Harrison Ford, malgré le poids des années, il parvient encore à retrouver, presque intacte, la vigueur bondissante de ses débuts : héros opiniâtre, indomptable face au danger. Enfin, Cate Blanchett, dans le rôle de la méchante, compose avec charisme une matriarche russe figée dans son autorité glaciale.


"Le crépuscule d'Indiana Jones."
Si ce quatrième volet ne possède pas la patine de ses modèles et du dernier opus - le numĂ©rique trahissant parfois la texture des dĂ©cors naturels et la majestĂ© du temple maya -, Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal demeure nĂ©anmoins trĂ©pidant, grandiose et bougrement spectaculaire. De l’ouverture nerveuse dans l’entrepĂ´t de la zone 51 Ă  la course-poursuite hallucinante en pleine jungle, Spielberg prouve encore qu’il sait orchestrer l’aventure avec une Ă©nergie communicative. Un retour imparfait, certes, mais gĂ©nĂ©reux, charmant, ludique, bonnard, qui garde vivante la lĂ©gende.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. 19.10.25. 4K. VF

La critique des Aventuriers de l'arche perdue (les): http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/les-aventuriers-de-larche-perdue.html
Indiana Jones et le temple maudit: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/indiana-jones-et-le-temple-maudit.html
Indiana Jones et la Dernière croisade: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/03/indiana-jones-et-la-derniere-croisade.html


vendredi 7 mars 2014

Le Massacre des Morts-Vivants

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant Ă  Dead-movie

de Jorge Grau. 1974. Espagne/Italie. 1h35. Avec Cristina Galbo, Ray Lovelock, Arthur Kennedy, Aldo Massasso, Giorgio Trestini, Roberto Posse, José Lifante, Jeannine Mestre.

Sortie salles : 28 Novembre 1974

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Jorge Grau est un réalisateur et scénariste espagnol, né le 27 Octobre 1930 à Barcelone. 1973: Ceremonia sangrienta. 1974: Le Massacre des Morts-Vivants. 1959: Costa Brava. 1960: Sobre Madrid. 1960: Medio siglo en un pincel. 1961: Laredo, Costa Esmeralda. 1961: Barcelona vieja amiga. 1976: La Siesta. 1982: La Leyenda del tambor. 1983: Coto de Caza. 1987: El extranger-oh ! de la calle Cruz del Sur. 1990: La punyalada. 1994: Tiempos mejores.

 
"Apocalypse en vallĂ©e morte : l’ombre putride du Massacre des Morts-Vivants".
Ă€ travers le thème du zombie transalpin, alors que Lucio Fulci signait ses lettres de noblesse avec quatre fleurons inoxydables - L’Enfer des Zombies, Frayeurs, L’Au-delĂ , La Maison près du Cimetière - un cinĂ©aste espagnol s’essaya dès 1974 Ă  dĂ©poussiĂ©rer le genre avec une outrancière appĂ©tence pour la tripaille. RetitrĂ© en France Le Massacre des Morts-Vivants, ce produit italo-hispanique Ă  faible budget bouscule le paysage horrifique, mĂŞme si La Nuit des Morts-vivants venait d’imprimer une marque indĂ©lĂ©bile dans la mĂ©moire des spectateurs.

Le pitch : alors que des agriculteurs bombardent leurs champs d’un procĂ©dĂ© chimique irradiant, les nouveau-nĂ©s d’un hĂ´pital se muent en crĂ©atures agressives. Pire encore, des cadavres d’une nĂ©cropole ressuscitent, harcelant les vivants. Un couple de touristes paiera le prix fort, tentant de se protĂ©ger malgrĂ© la police locale, persuadĂ©e de leur culpabilitĂ© dans une sĂ©rie de meurtres.

 
Avec ses dialogues sommaires et la prestance timorĂ©e d’acteurs cabotins, Le Massacre des Morts-Vivants semble d’abord maladroit, presque invraisemblable. Pourtant, sa rĂ©flexion Ă©cologique sur les mĂ©faits des insecticides apporte un vernis d’intelligence Ă  l’ensemble. MalgrĂ© quelques scènes risibles et la prĂ©sence outrancière d’un flic bornĂ© - sans doute l’un des policiers les plus crĂ©tins du cinĂ©ma ! - ce film d’horreur typiquement transalpin dĂ©gage une ambiance putride, glaciale et envoĂ»tante.

Jorge Grau renouvelle avec force la peur, dans une forme viscĂ©rale, profondĂ©ment inconfortable. Les dĂ©cors bucoliques des vallĂ©es anglaises se prĂŞtent parfaitement Ă  cette atmosphère feutrĂ©e, Ă©trange, oĂą la vie animale semble bannie. Si la caractĂ©risation des zombies se rĂ©vèle minimaliste - une simple teinte blafarde vite Ă©talĂ©e sur leurs visages - ils dĂ©clenchent Ă  chaque apparition une hostilitĂ© palpable. Le premier zombie surgissant des eaux d’une rivière, face Ă  une touriste horrifiĂ©e ; ou le couple piĂ©gĂ© dans une cave aux cĂ´tĂ©s de trois macchabĂ©es : des sĂ©quences haletantes, tendues, sublimĂ©es par un cadrage et un montage adroits.


Quant Ă  l’attaque finale, confinĂ©e dans un hĂ´pital, on songe Ă  ce que Fulci aurait pu en tirer, s’en inspirant pour parfaire la dernière partie de L’Au-delĂ  - sanglante et furieuse - assĂ©nĂ©e au couple de survivants. Les râles titubants des morts-vivants rappellent ceux du maĂ®tre, amplifiĂ©s par une bande-son ombrageuse qui distille la peur. Cette montĂ©e d’angoisse, menĂ©e par un cinĂ©aste avisĂ©, s’articule autour d’un florilège d’Ă©preuves macabres que le couple devra dĂ©jouer. Les Ă©vĂ©nements s’enchaĂ®nent comme un cauchemar irrationnel oĂą la rĂ©alitĂ© s’efface, tandis que la police, impuissante, court toujours après un temps perdu

MalgrĂ© ses couacs vite pardonnĂ©s, Le Massacre des Morts-Vivants captive, plongeant le spectateur dans un cauchemar sĂ©pulcral, oĂą l’ombre d’une apocalypse se profile. L’angoisse et l’effroi s’y font palpables, portĂ©s par la prĂ©sence mortifère de cadavres croulants - prĂ©mices des dĂ©bordements sanglants chers Ă  Fulci. VĂ©ritable perle putride du genre, ce film n’a rien Ă  envier Ă  ses homologues italiens. Ă€ redĂ©couvrir d’urgence pour tous les amateurs d’ambiance moisie, de gore faisandĂ© et d’aura anxiogène intensĂ©ment palpable.

* Bruno
07.03.14
04.11.22. 6èx

    jeudi 6 mars 2014

    Prophecy: le monstre / Prophecy.

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    de John Frankenheimer. 1979. U.S.A. 1h42. Avec Robert Foxworth, Talia Shire, Armand Assante, Richard Dysart, Victoria Racimo, George Clutesi, Burke Byrnes.

    Sortie salles: 15 Juin 1979

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: John Frankenheimer est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 19 FĂ©vrier 1930 Ă  New-York (Etats-Unis), dĂ©cĂ©dĂ© le 6 Juillet 2002 Ă  Los Angeles (Californie). 1957: Mon père cet Ă©tranger. 1962: Le Prisonnier d'Alcatraz. 1962: Un Crime dans la tĂŞte. 1964: Le Train. 1966: Grand Prix. 1966: L'OpĂ©ration Diabolique. 1968: L'Homme de Kiev. 1970: Les Cavaliers. 1975: French Connection 2. 1977: Black Sunday. 1979: Prophecy, le monstre. 1982: A Armes Ă©gales. 1986: Paiement Cash. 1992: Year of the gun. 1996: L'Ile du Dr Moreau. 1998: Ronin. 2000: Piège fatal. 2002: Sur le chemin de la guerre.


    SĂ©rie B aujourd'hui sombrĂ©e dans l'oubli mais bien connue des vidĂ©ophiles des annĂ©es 80, Prophecy, le monstre est la première incursion dans l'horreur de John Frankenheimer, aussi surprenante soit-elle.  Ainsi, sous couvert de divertissement frissonnant oĂą plane l'ombre d'un monstre de lĂ©gende (le Kathadin !), celui-ci aborde intelligemment le thème Ă©colo de la pollution lorsqu'une usine de papiers dĂ©verse illĂ©galement du mercure dans un lac. Par cette occasion alarmiste, il en profite notamment pour y dĂ©noncer le racisme infligĂ© Ă  une nation indienne incriminĂ©e par des ricains mĂ©prisants Ă  leur Ă©gard. Le pitchUn peuple amĂ©rindien vivant reclus dans la forĂŞt subit les frais d'une contamination si bien que des malformations de nouveaux-nĂ©s, la taille anormale des poissons de rivière et l'Ă©tat d'Ă©briĂ©tĂ© inexplicable de certains d'entre eux les contraignent Ă  alerter le gouvernement amĂ©ricain. Or, ils doivent faire face Ă  l'hostilitĂ© d'un agent de protection dĂ©libĂ©rĂ© Ă  les mettre sous les verrous depuis la macabre dĂ©couverte de corps dĂ©chiquetĂ©s. Mais grâce au soutien d'un mĂ©decin philanthrope et de son Ă©pouse dĂ©pĂŞchĂ©s sur place, les indiens vont pouvoir coopĂ©rer pour tenter de dĂ©voiler au grand jour le scandale.


    Avec sa mise en scène solide proprement indiscutable et le jeu dĂ©pouillĂ© des interprètes (le couple  Robert Foxworth Talia Shire apporte une rĂ©elle intensitĂ© sentencieuse Ă  travers leur investigation scrupuleuse et leur mĂ©sentente conjugale compromis Ă  la maternitĂ©), John Frankenheimer confectionne une sĂ©rie B de luxe adroitement troussĂ©e car privilĂ©giant de prime abord l'Ă©paisseur psychologique de ses personnages. Qui plus est, avec la qualitĂ© des effets spĂ©ciaux conçus par Tom Burman, Prophecy, le Monstre rĂ©ussit Ă  crĂ©dibiliser un animal colossal particulièrement rugissant et agressif (sorte d'ours mutant) lorsqu'il s'acharne sur ses victimes. Et Ă  ce niveau, ses mĂ©faits meurtriers font parfois l'objet d'instants de terreur aussi cinglants qu'inopinĂ©s ! En ce qui concerne la physionomie de la crĂ©ature, et en dĂ©pit du latex imposĂ©, elle s'avère aussi impressionnante que pathĂ©tique, car victime de la responsabilitĂ© de l'homme d'avoir avili sans vergogne son environnement naturel. D'ailleurs, bien avant les attaques rĂ©cursives du monstre lors du final Ă©pique, le rĂ©alisateur aura pris soin de nous susciter l'empathie avec la dĂ©couverte d'un bĂ©bĂ© mutant moribond. Son aspect terriblement difforme, ses gĂ©missements et ses braillements plaintifs s'avĂ©rant Ă©prouvants pour le spectateur. Et si la dernière partie finit par surprise Ă  cĂ©der Ă  l'esbroufe horrifique dans son mode "survival", elle n'en demeure pas moins haletante, intense, terrifiante par son lot d'incessantes attaques surprises et de scènes-chocs sanglantes brillamment maĂ®trisĂ©es.  


    En accordant autant d'intĂ©rĂŞt Ă  l'aspect ludique du film de monstre impeccablement menĂ© et Ă  la rĂ©flexion Ă©colo sur les consĂ©quences dĂ©sastreuses de la pollution infectant l'homme et l'animal (la nutrition par empoisonnement du poisson), John Frankenheimer confectionne une sĂ©rie B horrifique constamment captivante. Qui plus est, la conviction des comĂ©diens (jusqu'aux seconds rĂ´les fort attachants), l'esthĂ©tisme accordĂ© Ă  la beautĂ© de ces paysages forestiers et l'ampleur de son score Ă©pique l'acheminent au classique du genre que la gĂ©nĂ©ration 80 pourra Ă  nouveau redĂ©couvrir avec un enthousiasme d'autant plus nostalgique. A rĂ©habiliter d'urgence. 

    *Bruno
    22.04.22. Vostfr. 5èx

    mercredi 5 mars 2014

    BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    de Danny Boon. 2008. France. 1h46. Avec Kad Merad, Dany Boon, Zoé Felix, Anne Marivin, Line Renaud, Stéphane Freiss, Philippe Duquesne, Patrick Bosso, Michel Galabru

    Sortie salles France: 20 Février 2008 dans le Nord-Pas-de-Calais. 27 Février en sortie nationale

    FILMOGRAPHIE: Danny Boon (Daniel Hamidou) est un humoriste, acteur et rĂ©alisateur français, nĂ© le 26 Juin 1966 Ă  Armentières (Nord). 2006: La Maison du Bonheur. 2008: Bienvenue chez les Ch'tis. 2011: Rien Ă  DĂ©clarer. 2014: Supercondriaque. 2017 : Raid dingue. 2018 : La Ch'tite famille


    PhĂ©nomène de sociĂ©tĂ© ayant engrangĂ© plus de 20 489 303 entrĂ©es Ă  travers la France, Bienvenue chez les ch'tis a mĂŞme rĂ©ussi Ă  dĂ©trĂ´ner la place de La Grande Vadrouille pour devenir le plus grand succès français de tous les temps derrière Titanic (20 758 887 entrĂ©es). Ce triomphe fracassant est en parti redevable Ă  l'intĂ©gritĂ© de son rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur Dany Boon puisque l'homme, natif du Nord, nous dĂ©clare ici sa vraie dĂ©claration d'amour Ă  une rĂ©gion mal perçue des Ă©trangers. Pour rappel historique, le terme ch'ti (du picard "ChĂ© ti ? / C'est toi ?) Ă©tait un surnom attribuĂ© Ă  la base chez les poilus de la première guerre mondiale originaires du Nord ou du Pas-de-Calais. Avec une tendresse immodĂ©rĂ©e pour ces "Ch'tis" indĂ©fectibles, le rĂ©alisateur souhaite mettre un terme aux prĂ©jugĂ©s pour nous dĂ©voiler au grand jour leur esprit chaleureux et leur gĂ©nĂ©rositĂ© quand un Ă©tranger vient de dĂ©barquer chez eux Ă  l'improviste. Avec le tandem impayable formĂ© par Kad Merad et Dany BoonBienvenue chez les 'chtis renoue avec l'esprit bon enfant de la comĂ©die franchouillarde lointainement hĂ©ritĂ©e des facĂ©ties de De Funes et de Bourvil, voir aussi des Charlots et de Pierre Richard.


     Car on retrouve ici cette mĂŞme bonhomie, cette humilitĂ© tendre oĂą les acteurs entièrement impliquĂ©s s'en donnent Ă  coeur joie pour provoquer rire et larmes ! En alternant la cocasserie, la tendresse (la relation maternelle avec la mère d'Antoine, son rapport amical avec Philippe !) et la romance (les dĂ©convenues amoureuses vĂ©cues par nos facteurs avec leur compagne), on sent bien que le rĂ©alisateur souhaite ici renouer avec le spectacle typiquement populaire (et donc dĂ©nuĂ© de prĂ©tention !) dans un jeu de mots dialectiques imparti au patois. Ce langage particulier souvent dĂ©nigrĂ© car considĂ©rĂ© comme trivial donne lieu ici Ă  une accumulation de rĂ©parties irrĂ©sistibles quand un sudiste de la France essaie d'en dĂ©chiffrer le sens ! Ce qui donne lieu Ă  un florilège de gags verbaux proprement hilarants (l'apprentissage du patois au restaurant devant le cuisto parisien !) et de situations dĂ©bridĂ©es (l'accueil glacial Ă©tabli par les ch'tis Ă  la femme de Philippe au fin fond d'une citĂ© minière), Ă  l'instar d'une beuverie Ă  bicyclette anthologique improvisĂ©e par nos deux lurons ! Avec une admiration sans borne pour le Nord de la France, Danny Boon filme avant tout avec son coeur pour rendre autant hommage Ă  la simplicitĂ© de sa rĂ©gion et des citadins qui y rĂ©sident, lĂ  oĂą les baraques Ă  frites, les corons, le maroilles, la bière et les tintements de carillon font partie intĂ©grante du paysage nordiste !


    Dérivatif anti-dépresseur, Bienvenue chez les ch'tis est un petit miracle de bonne humeur, d'éclat de rire, de fantaisie et de tendresse où l'émotion est entièrement dédiée au caractère chaleureux des gens de ch'nord ! Ce phénomène de société peut rejoindre sans rougir la liste prisée des classiques de la comédie populaire et redorer ainsi l'image d'une région minière trop souvent discréditée de son climat blafard. Car n'oubliez pas que "Quand un étranger vient vivre dans ch'nord, il brait deux fois: quand il arrive et quand il repart..."

    Bruno Matéï (natif du Nord, dans l'âme et le coeur)
    2èx

    mardi 4 mars 2014

    PHANTOM OF THE PARADISE. Grand Prix Ă  Avoriaz, 1975

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site badazzmofo.com

    de Brian De Palma. 1974. U.S.A. 1h32. Avec Paul Williams, William Finley, Jessica Harper, George Memmoli, Gerrit Graham.

    Grand Prix au Festival International d'Avoriaz en 1975

    Sortie salles France: 25 Février 1975. U.S: 31 Octobre 1974

    FILMOGRAPHIE: Brian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinéaste américain d'origine italienne, né le 11 septembre 1940 à Newark, New-Jersey, Etats-Unis.
    1968: Murder à la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le Bûcher des vanités. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted.


    AurĂ©olĂ© du prestigieux Grand Prix Ă  Avoriaz quelques mois après sa sortie, Phantom of the Paradise a remportĂ© tous les suffrages pour Ă©difier le chef-d'oeuvre de De Palma au rang d'authentique film-culte ! Brassant tous les genres cinĂ©matographiques avec une harmonie miraculeuse, cette satire musicale sur le milieu du Showbizz s'avère un moment d'Ă©motion d'une intensitĂ© vertigineuse. Tour Ă  tour romantique, fantastique, horrifique, dĂ©lirant et tragique, Phantom of the Paradise ne possède aucun code de conduite pour parfaire l'entertainment, Ă  l'instar des styles musicaux hĂ©tĂ©roclites qui Ă©maillent l'intrigue et qui vont provoquer chez le spectateur un sentiment d'euphorie proche de l'hallucination. Avec un dĂ©sir de bousculer nos habitudes conventionnelles, Brian De Palma rĂ©actualise le mythe de Faust et du FantĂ´me de l'opĂ©ra dans une forme contemporaine oĂą l'extravagance est reine ! 


    SoutirĂ© de son texte musical, un jeune compositeur de talent dĂ©cide de se venger auprès de son producteur en semant la terreur Ă  l'intĂ©rieur de son palais, le Paradise, un show musical oĂą la mort fait partie intĂ©grante de la scène ! A partir de ce postulat mainte fois adaptĂ© au cinĂ©ma, le rĂ©alisateur en extrait une frĂ©nĂ©sie visuelle oĂą le dĂ©lire satirique est une manoeuvre afin de dĂ©noncer l'opportunisme dans le mĂ©tier du spectacle. Un univers de paillettes entièrement bâti sur le profit, l'esprit de compĂ©tition et l'apparence car exploitant sans vergogne le talent d'artistes charismatiques en quĂŞte de reconnaissance. Les effets indĂ©sirables de la drogue sont notamment mis en exergue pour Ă©pauler le soutien moral de ces interprètes populaires rĂ©duits aux caprices d'une nouvelle vie dissipĂ©e. BourrĂ© de clins d'oeil ironiques aux classiques du genre (le cabinet du Dr Caligari, Frankenstein, le Portrait de Dorian Gray, Psychose), Brian De Palma en profite pour y dĂ©clarer sa flamme avec le soutien de Winslow, fantĂ´me dĂ©chu de ses Ă©crits musicaux mais rendu fou amoureux de la douce voix de Phoenix ! IncarnĂ© par Jessica Harper, l'actrice nous dĂ©voile ici ses talents de cantate avec une grâce Ă©purĂ©e que le public aphone du Paradise Ă©coute dans une vigilance troublĂ©e ! Quand bien mĂŞme l'extravagant Beef venait de rendre l'âme sur l'autel de la scène rock dans une reprĂ©sentation gay de Frankenstein ! Quand Ă  la noce du mariage inaugurĂ©e au sein du Paradise, De Palma l'organise Ă  la manière d'une messe mortuaire que Winslow tentera de dĂ©jouer pour sauvegarder sa bien-aimĂ©e ! Cette conclusion tragique converge au paroxysme de la folie, Ă  l'instar de la fougue erratique du public de la salle qui ira jusqu'Ă  cĂ©lĂ©brer la mort dans une inconscience collective ! Ce moment de dĂ©lire incontrĂ´lĂ©, nous le subissons de plein fouet par la force des images d'hystĂ©rie commune mais aussi par la compassion amoureuse qui unissent fatalement le couple maudit.  


    Souhaitant cristalliser un spectacle musical hors norme et dĂ©cadent, Brian De Palma a transcendĂ© avec Phantom of the Paradise un univers fantastique inoxydable (Faust lui mĂŞme semble l'avoir diabolisĂ© !) oĂą la notion de cinĂ©ma ne possède plus de repère. A la manière d'un trip binaire, cet opĂ©ra rock versicolore incarne de manière effrontĂ©e une certaine idĂ©e du paradis, avant que l'amour et la mort nous rappelle Ă  la raison d'une tragĂ©die humaine ! 

    Bruno Matéï
    5èx

    lundi 3 mars 2014

    Indiana Jones et la Dernière Croisade (Indiana Jones and the Last Crusade)

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    de Steven Spielberg. 1989. U.S.A. 2h07. Avec Harrison Ford, Sean Connery, Denholm Elliott, Alison Doody, Michael Byrne, John Rhys-Davies.

    Sortie salles France: 18 Octobre 1989. U.S: 24 Mai 1989

    FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis).1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln.


    5 ans après le tour de montagne russe d'Indiana Jones et le Temple Maudit, Steven Spielberg renoue avec l'Ă©popĂ©e Ă©pique de son modèle dans une nouvelle aventure oĂą l'humour occupe une place de choix. Le pitchAprès avoir libĂ©rĂ© son père des nazis au sein d'un château, Indiana Jones doit collaborer avec lui afin de retrouver un nouveau trĂ©sor, le fameux Graal ! Mais Donovan et sa troupe sont Ă©galement de la partie pour s'approprier l'objet si convoitĂ©, une coupe mythique ayant la capacitĂ© d'offrir la jeunesse Ă©ternelle. Avec l'aimable participation de Sean Connery, ce 3è opus tire parti de son originalitĂ© grâce Ă  son imposante prĂ©sence si bien que ce dernier y endosse le rĂ´le du père d'Indiana Jones, un briscard bourru assez piètre aventurier lorsqu'il s'agit de prĂŞter main forte Ă  son fils ! Leur rapport conflictuel aux rĂ©parties irrĂ©sistibles donnant lieu Ă  de savoureux gags lorsqu'ils doivent s'allier pour se dĂ©pĂŞtrer des situations les plus alarmistes. Si Karen Allen est encore exemptĂ©e de l'aventure, on peut compter sur le charme insidieux d'une jeune autrichienne (la jeune inconnue Alison Doody magnĂ©tise l'Ă©cran de par son regard azur perçant !) afin d'attendrir le professeur Jones ! 


    DĂ©marrant comme de coutume sur les chapeaux de roue, Steven Spielberg utilise un flash-back judicieux pour nous remĂ©morer un Ă©pisode de la jeunesse d'Indiana Jones. Un prologue d'anthologie levant un voile sur son instinct d'aventurier casse-cou, sur l'origine de son surnom mais aussi sur son influence vestimentaire (le choix symbolique allouĂ© au chapeau et Ă  l'ustensile du fouet), quand bien mĂŞme sa frayeur des serpents nous sera dĂ©voilĂ© lors d'un concours de circonstances intempestives ! Reprenant la mĂŞme topographie narrative que le premier Ă©pisode, Indiana Jones et la dernière croisade renoue avec l'esprit d'Ă©quipe conçu sur un duo impĂ©tueux (l'hĂ©roĂŻsme imparti au père et au fils Jones !) et les divers traquenards imposĂ©s par les camps adverses afin d'empĂŞcher nos aventuriers de s'approprier le trĂ©sor. Avec une efficacitĂ© toute aussi optimale, Spielberg Ă©labore donc une nouvelle course contre la montre oĂą les pĂ©ripĂ©ties ne cessent de rebondir avec un sens de dĂ©rision plein d'Ă©loquence. Ce dosage d'action spectaculaire et de loufoquerie irrĂ©sistible auquel la complicitĂ© amicale de nos hĂ©ros renforcent la sympathie Ă©tant menĂ© de main de maĂ®tre oĂą le sens du montage laisse une fois encore pantois ! (notamment celui de suivre de manière simultanĂ©e deux, voire trois bravoures distinctes !)


    Conduit Ă  un train d'enfer Ă  travers son alliage de pĂ©ripĂ©ties homĂ©riques et de rĂ©parties cocasses, et rehaussĂ© d'un scĂ©nario plus Ă©toffĂ© que le second opus, Indiana Jones et la dernière croisade boucle sa première trilogie avec un sens de la perfection aussi persuasif que le premier volet. Renouer avec le "chef-d'oeuvre" lorsque l'on façonne une troisième partie relève du miracle si bien qu'on ne peut qu'applaudir la perspicacitĂ© de Spielberg d'ĂŞtre parvenu Ă  Ă©muler son modèle sans une once de surenchère ostentatoire. 

    La critique des Aventuriers de l'arche perdue (les): http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/les-aventuriers-de-larche-perdue.html
    Indiana Jones et le temple maudit: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/indiana-jones-et-le-temple-maudit.html
    Indiana Jones et le royaume du crane de cristal: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/03/indiana-jones-et-le-royaume-du-crane-de.html

    Bruno Matéï
    3èx



    jeudi 27 février 2014

    Martin

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site silverferox.blogspot.com

    de George A. Romero. 1977. U.S.A. 1h35. Avec John Amplas, Lincoln Maazel, Christine Forrest, Elyane Nadeau, Tom Savini, Roger Caine.

    Sortie salles France: 5 Juillet 1978. Cannes: Mai 1977. U.S: 7 Juillet 1978

    FILMOGRAPHIE: George Andrew Romero est un réalisateur, scénariste, acteur, auteur américain, né le 4 Février 1940 à New-York. 1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux Maléfiques. 1992: La Part des Ténèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead. 2011: Deep Red.


    Martin est mon film favori. Ce fut l'unique fois où je pus exactement retranscrire à l'image ce qui était écrit dans le scénario. Je me rappelle également le plaisir que j'ai eu à le réaliser, épaulé par une équipe fantastique. Un moment très fort de ma carrière.
    George Romero.

    ConsidĂ©rĂ© comme l’Ĺ“uvre la plus personnelle de son auteur, Martin emprunte le mythe du vampire avec une originalitĂ© sans Ă©gale. Baignant dans une atmosphère dĂ©pressive, le film suit le cheminement funèbre de Martin, jeune homme timorĂ© contraint de se nourrir de sang humain sans comprendre l’origine de cette irrĂ©pressible addiction. Afin d’Ă©pargner la souffrance Ă  ses victimes, il les endort d’un sĂ©datif avant d’entailler leurs veines et d’en boire le sang. De retour dans sa rĂ©gion natale, il est froidement accueilli par son oncle, vieillard intĂ©griste persuadĂ© que son neveu est l’incarnation de Nosferatu.


    Les meurtres sanglants qui jalonnent le rĂ©cit frappent par leur cruditĂ© rĂ©aliste, renforcĂ©e par des effets spĂ©ciaux d’une efficacitĂ© sobre, signĂ©s d’un jeune Tom Savini. Au-delĂ  du gore, se dĂ©gage une ambiance glauque et malsaine, portĂ©e par un esthĂ©tisme blafard et des dĂ©cors confinĂ©s - compartiment de train, maison close et oppressante - ou industriels, tels les fumĂ©es Ă©paisses et toxiques des usines de Pittsburgh. FilmĂ© comme un documentaire, Romero dresse le constat d’un univers anxiogène oĂą chaque personnage, engluĂ© dans une sociĂ©tĂ© conformiste, porte un malaise existentiel. Adultère, fanatisme religieux et solitude se mĂŞlent pour peindre l’errance de citadins sans repères, prisonniers de l’ennui, de l’incommunicabilitĂ© et du chĂ´mage, glissant vers la sinistrose.

    En marginal criminel, Martin observe ce monde avec amertume, incapable de nouer un lien durable avec quiconque - tant auprès de sa cousine que de sa voisine. Ce pessimisme radical n’empĂŞche pas une certaine empathie, tant pour ces citadins esseulĂ©s que pour Martin lui-mĂŞme, vouĂ© Ă  un châtiment cruel prĂ©sentĂ© comme expiation. Sa pathologie vampirique le montre non comme un monstre immortel, mais comme une victime prisonnière de pulsions qu’il sait inhumaines.

    D’apparence blĂŞme, pĂ©tri de timiditĂ© maladive, John Amplas livre une interprĂ©tation viscĂ©rale : celle d’un tueur complexĂ© par son instinct morbide et sa crainte des femmes, qu’il endort avant de les violer, fruit amer d’une Ă©ducation parentale sectaire.


    DĂ©senchantĂ© et mĂ©lancolique - la sublime Ă©lĂ©gie musicale de Donald Rubinstein y participe pour beaucoup -, dĂ©rangeant et malsain, beau et fascinant, Martin renouvelle le mythe du vampire dans une vision intime et poignante, radiographiant l’aliĂ©nation d’une sociĂ©tĂ© anachronique.

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
     
    sam Juin 2025. Vost

    mercredi 26 février 2014

    Quasimodo / The Hunchback of Notre Dame

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thehunchblog.com

    de William Dieterle. 1939. 1h56. U.S.A. Avec Charles Laughton, Maureen O'Hara, Sir Cedric Hardwicke, Thomas Mitchell, Edmond O'Brien, Alan Marshal, Walter Hampden, Harry Davenport.

    Sortie salles France: 10 Septembre 1947. U.S: 29 Décembre 1939

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: William Dieterle est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur allemand, né le 15 Juillet 1893 à Ludwigshafen, décédé le 8 décembre 1972 à Ottobrunn (Allemagne).
    1921: Escalier de service. 1923: l'Expulsion. 1934: Les Pirates de la mode. 1934: Madame du Barry. 1935: Le Songe d'une nuit d'été. 1936: La Vie de Louis Pasteur. 1937: La Vie d'Emile Zola. 1939: Quasimodo. 1941: Tous les biens de la terre. 1948: Le Portrait de Jennie. 1952: Le Cran d'arrêt. 1953: Salomé. 1954: La Piste des Eléphants. 1955: Feu magique. 1957: Les Amours d'Omar Khayyam. 1960: Les Mystères d'Angkor. 1964: The Confession.


    Réalisé en 1939, cette septième adaptation cinématographique du roman de Victor Hugo est considérée à juste titre comme la plus emblématique. C'est d'autre part grâce à l'interprétation habitée de Charles Laughton que le film doit en partie sa renommée puisque l'acteur quasi méconnaissable insuffle une présence aussi impressionnante dans sa posture difforme qu'empathique pour son amour porté à Esmeralda. Son regard empli d'affection, de colère et de désespoir s'emparant de l'écran avec une vérité prude. On peut notamment saluer la perfection des maquillages auquel le noir et blanc accentue son caractère sinistre et pathétique. Secondé du charme si suave de Maureen O'Hara, la comédienne dégage une candeur angélique afin de symboliser la pureté d'une gitane éprise de compassion mais aussi de désespoir eu égard de sa condition criminelle. Le pitch: Au 15è siècle, après la guerre de 100 ans, une gitane et ses comparses s'introduisent à Paris malgré l'hostilité du gouvernement français. C'est là qu'elle rencontre Quasimodo, un bossu sonneur de cloche condamné au fouet après avoir été jugé pour troubles à l'ordre public. Epuisé et assoiffé devant une foule hilare, Esméralda décide de lui venir en aide pour lui ramener un peu d'eau. Réticent de prime abord, le bossu finit par se laisser border et tombe subitement amoureux de la jeune inconnue. Injustement accusée d'un crime qu'elle n'a pas commis, Quasimodo va à son tour tenter de la secourir et la protéger au sein de sa cathédrale.


    La passion amoureuse et le combat pour la libertĂ© demeurent les thèmes universels intelligemment exploitĂ©s dans ce drame historique quand bien mĂŞme l'obscurantisme, l'intolĂ©rance, le racisme (la condition des roms en France, sujet plus qu'actuel) et les superstitions continuent d'empoisonner les mentalitĂ©s rĂ©trogrades. Mais c'est auprès de l'intervention de Frollo, Ă©vĂŞque puritain subitement Ă©pris d'amour pour EsmĂ©ralda que le rĂ©alisateur met en exergue les effets pervers du fanatisme religieux. Si bien que cet homme d'Ă©glise empli d'Ă©goĂŻsme ira jusqu'Ă  commettre la lâchetĂ© d'un assassinat en guise de rancoeur et de jalousie, puis d'accuser de sorcellerie celle par qui l'amour osa le provoquer ! Observant les injustices d'un juge vĂ©nal, l'insolence d'une population arriĂ©rĂ©e et l'insurrection des mendiants pour sauvegarder la bohĂ©mienne, Quasimodo se porte en sacrifice pour tĂ©moigner de sa dĂ©cence envers la belle EsmĂ©ralda. TĂ©moignage de tolĂ©rance pour le droit Ă  la diffĂ©rence et de celle de la laideur physique, le film iconise le portrait d'un dĂ©ficient d'apparence monstrueuse oĂą la beautĂ© du coeur finit par y dĂ©voiler des trĂ©sors de vertu. Enfin, le rĂ©alisateur met Ă©galement en parallèle le cheminement Ă©volutif d'une sociĂ©tĂ© en mutation (le roi finit par cĂ©der aux exigences des mendiants) oĂą les Ă©crits d'un texte sont perçus avec plus de bon sens chez le lecteur dans cette nouvelle forme de libertĂ© d'expression qu'incarne l'invention de l'imprimerie. 


    Histoire d'un amour impossible entre un hĂ©ros ignorant au grand coeur et une bohĂ©mienne victime de son Ă©lĂ©gance physique, Quasimodo s'Ă©rige en fable humaniste pour tĂ©moigner de l'intolĂ©rance des hommes et de l'injustice de l'amour. Un classique destinĂ© Ă  perdurer pour le traitement accordĂ© Ă  ces thèmes d'actualitĂ© auquel la prestance inoubliable de Charles Laughton renforce son climat (monochrome) irrĂ©sistiblement fascinant.  

    Bruno
    12.07.23. 4èx

    lundi 24 février 2014

    INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT (Indiana Jones and the Temple of doom)

                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site seri-z.blogspot.com

    de Steven Spielberg. 1984. U.S.A. 1h58. Avec Harrison Ford, Kate Capshaw, Jonathan Ke Quan, Amrish Puri, Roshan Seth, Philip Stone.

    Sortie salles France: 12 Septembre 1984. 23 Mai 1984

    FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis).1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln.


    Trois ans après les Aventuriers de l'Arche perdue, Steven Spielberg nous offre une prĂ©quelle encore plus vertigineuse que son modèle, les nombreuses pĂ©ripĂ©ties s'enchaĂ®nant avec une gĂ©nĂ©rositĂ© sans limite. Cette fois-ci, afin de sauver une population hindou de la famine et pour libĂ©rer leurs enfants de l'esclavage, Indiana Jones doit retrouver une pierre sacrĂ©e dĂ©robĂ©e par le tyran Mola Ram, un prĂŞtre de magie noire. Avec l'aide d'une star du music-hall et d'un garçonnet chinois, ils se dirigent vers le palais de Pankot et sont fraĂ®chement accueillis par un enfant maharadjah.


    VĂ©ritable archĂ©type du grand spectacle familial, Indiana Jones et le Temple Maudit joue encore plus la carte du divertissement exaltant sous le concept d'une vĂ©ritable fĂŞte foraine (Ă  l'instar de l'Ă©poustouflante poursuite en wagonnet rĂ©gie sous la mine !). Si le scĂ©nario s'avère moins Ă©toffĂ© que son prĂ©dĂ©cesseur et dĂ©nuĂ© de surprises, l'efficacitĂ© endiablĂ©e Ă  laquelle Steven Spielberg coordonne ses morceaux de bravoure nous laisse pantois ! Tel un gosse Ă©merveillĂ© devant son jouet, ce second opus reproduit nos Ă©motions d'antan par un enchaĂ®nement de situations alarmistes (une course contre la montre pour la survie !) que nos hĂ©ros doivent dĂ©fier de manière toujours plus dĂ©mesurĂ©e ! Qui plus est, l'univers occulte dĂ©peint au rez-de-chaussĂ©e du palais s'avĂ©rant plus sombre pour son thème invoquĂ© Ă  la magie noire et au personnage du prĂŞtre Mola Ram (l'acteur Amrish Puri insuffle une prĂ©sence impressionnante dans son charisme diabolique !). D'ailleurs, le cinĂ©aste n'hĂ©site pas Ă  introduire quelques sĂ©quences horrifiques inopinĂ©es, tel le cĂ©lèbre arrachage de coeur commis Ă  mains nues (le film Ă©copa Outre-atlantique d'une interdiction aux mineurs de moins de 13 ans !). Outre la rigueur de son montage millimĂ©trĂ© et de sa rĂ©alisation virtuose, Spielberg rĂ©ussit Ă  nouveau Ă  exploiter les audaces d'Indy par un parfait dosage d'humour et d'action. Quand bien mĂŞme la complicitĂ© amicale de nos trois hĂ©ros n'est jamais avare en rĂ©parties pittoresques (le duo formĂ© par Indy et Willie Scott fait des Ă©tincelles dans leur opinion de contradiction !). Quand Ă  l'enfant chinois souvent stĂ©rĂ©otypĂ© dans ce type de spectacle, il ne s'avère ici jamais agaçant dans sa maladresse car simplement sincère par sa dĂ©marche loyale de hĂ©ros en culotte courte.


    Indiana Jones et le temple de la mort
    Ultra jouissif et d'une gĂ©nĂ©rositĂ© sans Ă©gale, Indiana Jones et le temple maudit est le modèle absolu du cinĂ©ma d'action et d'aventures. La recette idĂ©ale d'avoir su combiner avec autant d'efficacitĂ© humour et action sans que la surenchère ne viennent s'y interfĂ©rer. A l'instar du charme et de l'extrĂŞme sympathie invoquĂ©s Ă  notre trio d'hĂ©ros, Indiana Jones et le temple maudit fonctionne sur le dĂ©vouement, l'intĂ©gritĂ© et l'amour d'un cinĂ©aste totalement Ă  l'Ă©coute de son public familial. 

    La critique des Aventuriers de l'Arche perdue: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/les-aventuriers-de-larche-perdue.html
    Indiana Jones et la Dernière croisade: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/03/indiana-jones-et-la-derniere-croisade.html
    Indiana Jones et le royaume du crane de cristal: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/03/indiana-jones-et-le-royaume-du-crane-de.html

    Bruno Matéï
    5èx

                                           l

    vendredi 21 février 2014

    Chromosome 3 / The Brood. Prix du Jury au Festival de Catalogne, 1981.

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    "The Brood" de David Cronenberg. 1979. Canada. 1h34. Avec Oliver Reed, Samantha Eggar, Art Hindle, Henry Beckman, Nuala Fitzgerald, Cindy Hinds, Susan Hogan.

    Sortie salles France: 10 Octobre 1979. Canada: 1er Juin 1979. U.S: 25 Mai 1979

    FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un rĂ©alisateur canadien, nĂ© le 15 mars 1943 Ă  Toronto (Canada). 1969 : Stereo, 1970 : Crimes of the Future, 1975 : Frissons, 1977 : Rage, 1979 : Fast Company, 1979 : Chromosome 3, 1981 : Scanners, 1982 : Videodrome, 1983 : Dead Zone, 1986 : La Mouche, 1988 : Faux-semblants,1991 : Le Festin nu, 1993 : M. Butterfly, 1996 : Crash, 1999 : eXistenZ, 2002 : Spider, 2005 : A History of Violence, 2007 : Les Promesses de l'ombre, 2011 : A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis.


    Après 2 coups d'essai très remarquĂ©s auprès de la cinĂ©philie spĂ©cialisĂ©e (son diptyque underground  Frissons/rage), David Cronenberg frappe Ă  nouveau un grand coup avec Chromosome 3. Un drame psychologique oĂą l'Ă©pouvante vient s'instaurer de manière malsaine plus subtile qu'au prĂ©alable. Le pitch: Un psychiatre marginal prescrit Ă  ses patients une nouvelle thĂ©rapie, le psychoprotoplasme en s'intĂ©ressant de plus près Ă  traiter le cas d'une mère dĂ©pressive sĂ©parĂ©e de sa famille. Battue par sa gĂ©nitrice durant son enfance, Nola Carveth extĂ©riorise sa haine en reproduisant la mĂŞme violence sur sa propre fille Candy. Au moment oĂą le Dr Raglan tente de la guĂ©rir avec sa nouvelle thĂ©rapie, un meurtre vient d'ĂŞtre commis sur la propre mère de Nola. Mais le coupable reste introuvable, jusqu'au jour ou Frank Carveth, l'Ă©poux de la patiente, dĂ©couvre son identitĂ© après la dĂ©couverte d'un second meurtre. Ce meurtrier apprĂ©hendĂ© possède l'apparence d'un enfant difforme dĂ©nuĂ© de sexe, fruit d'une mutation gĂ©nĂ©tique inconnue ! Avec plus de talent de par la maĂ®trise de sa mise en scène assidue et la sobriĂ©tĂ© imperturbable des comĂ©diens (Oliver ReedSamantha EggarArt Hindle et la petite Cindy Hinds crèvent l'Ă©cran !), David Cronenberg  continue de perturber le spectateur par le biais d'une intrigue foutrement anxiogène. Des patients psychologiquement fragiles ou perturbĂ©s laissent transparaĂ®tre sur leur corps des stigmates après avoir confier leur traumatisme moral au Dr Raglan  !


    Ainsi, le fait d'assister Ă  la psychothĂ©rapie de ces individus en grande souffrance psychologique se rĂ©percute sur notre psychisme si bien que le cinĂ©aste aborde les dĂ©licats problèmes du divorce, de la filiation, de la maltraitance infantile et de la dĂ©pression dans un souci d'intimisme. Qui plus est, avec le tĂ©moignage prude d'une fillette traumatisĂ©e par un meurtre, Cronenberg enfonce le clou pour mettre en exergue la fragilitĂ© de l'innocence lorsque celle-ci est livrĂ©e Ă  une situation de grande violence. A l'instar de cet homicide crapuleux auquel l'institutrice y sera sacrifiĂ© par deux enfants mutants face au tĂ©moignage horrifiĂ© de ces Ă©lèves ! Cette scène Ă©prouvante quasi insupportable serait aujourd'hui bannie de nos Ă©crans tant Cronenberg n'a pas froid aux yeux pour projeter des images horrifiques assez crues mais toujours tributaires d'un scĂ©nario aussi original qu'intelligent. Car il explore notamment le danger des progrès de la mĂ©decine (le  psychoprotoplasme peut provoquer une tumeur !) pour y sous-entendre une analogie sur le cancer. Sur ce dernier point, le film met bien en valeur les effets indĂ©sirables de la souffrance psychologique au risque de se rĂ©percuter sur notre corps et dĂ©velopper ainsi une forme d'excroissance. Spoil ! Quand au point d'orgue traumatique, il faut avoir le coeur bien accrochĂ© pour dĂ©couvrir l'horrible vĂ©ritĂ© lorsque la mère des abeilles dĂ©voile Ă  la base de son nombril un foetus ensanglantĂ© pour le lĂ©cher dĂ©licatement ! Fin du Spoil.


    ProfondĂ©ment dĂ©rangeant et malsain, Chromosome 3 retransmet une Ă©motion quasi dĂ©pressive par l'entremise de ces protagonistes instables en quĂŞte d'exutoire et nous plonge dans l'horreur cĂ©rĂ©brale avec une transgression jusqu'au-boutiste. Le climat de malaise qui y Ă©mane est notamment renforcĂ© par le score aigu de Howard Shore quand bien mĂŞme Cronenberg achève sa conclusion sur une note d'autant plus nihiliste. Dans la mesure oĂą il nous laisse sur le bord de la route avec la dernière apparition d'une fillette impassible, future martyr d'une maladie incurable.
    Du grand cinĂ©ma horrifique comme on en voit plus de nos jours, Ă  rĂ©server Ă  un public averti

    Dédicace à Mylène Lam
    *Bruno
    23.06.24. 6èx. VOSTFR (un ton très différent)

    RĂ©compensePrix du Jury de la Critique Internationale au Festival International du film de Catalogne, 1981.


    jeudi 20 février 2014

    Le Moulin des Supplices / Il Mulino delle donne di pietra

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site creadoresimagenes.blogspot.com

    de Giorgio Ferroni. 1960. Italie. 1h35 (version italienne intégrale). Avec Pierre Brice, Dany Carrel, Scilla Gabel, Wolfgang Preiss, Herbert A. E. Bohme, Marco Guglielmi, Liana Orfei, Olga Solbelli.

    Sortie salles France: 5 Septembre 1962

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Giorgio Ferroni (né le 12 avril 1908 à Pérouse et mort le 17 août 1981 à Rome) est un réalisateur et scénariste italien. 1939: Terre de feu. 1946: Sans Famille. 1960: Le Moulin des Supplices. 1961: La Guerre de Troie. 1961: Les Bacchantes. 1963: Hercule contre Moloch. 1964: Le Colosse de Rome. 1965: Le Dollar Troué. 1968: 2 pistolets pour un lâche. 1971: La Grande Chevauchée de Robin des Bois. 1972: La Nuit des Diables. 1975: Le dur... le mou... et le pigeon.


    Grand classique transalpin Ă  la croisĂ©e de l'Homme au masque de cire et des Yeux sans Visage, le Moulin des Supplices est un bijou gothique aussi raffinĂ© que les cĂ©lèbres illustrations de Bava. Le pitch: Hans, apprenti sculpteur, part Ă  Amsterdam pour rencontrer le professeur Wahl. L'homme est propriĂ©taire d'un moulin reconverti en musĂ©e de cire et cohabite avec un mĂ©decin et sa propre fille. Gravement malade, cette dernière ne peut supporter la moindre contrariĂ©tĂ© au risque d'en perdre la vie. Depuis l'arrivĂ©e du jeune inconnu, elle jette son dĂ©volu sur la passion amoureuse. Mais leur relation va vite se transformer en cauchemar depuis que Hans Ă©prouve des sentiments pour une autre femme. Futur rĂ©alisateur d'un autre classique aussi flamboyant (la Nuit des Diables), Giorgio Ferroni prouva dĂ©jĂ  avec le Moulin des Supplices qu'il fut capable de transcender l'Ă©pouvante Ă  travers un esthĂ©tisme gothique macabre. Car en affiliant la tragĂ©die, la romance impossible et l'horreur sĂ©culaire, le rĂ©alisateur peaufine au possible une ambiance aussi mĂ©lancolique que doucereusement Ă©trange (Ă  l'instar des sculptures de pierre qui ornent le moulin).


    Qui plus est, avec l'apparition ensorcelante de la comĂ©dienne italienne Scilla Gabel littĂ©ralement habitĂ©e par ses expressions d'angoisse et de crainte, le film adopte des allures de conte Ă©lĂ©giaque. Car dans la peau de Elfie, elle nous rĂ©vèle ici une sombre prĂ©sence de trouble beautĂ© en suscitant une aura magnĂ©tique lorsqu'elle s'enflamme Ă  dĂ©clarer son amour pour l'ĂŞtre aimĂ©. Mais son engagement auprès du jeune Hans dĂ©coule d'une profonde souffrance impartie Ă  sa solitude dans l'antre du moulin, notamment sa maladie incurable dont elle ignore les aboutissants. Si la première partie du film laisse transparaĂ®tre une romance envoĂ»tĂ©e, les choses vont rapidement dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es lorsque Hans deviendra le pion d'une terrible machination. Ainsi, en combinant hallucinations et rĂ©alitĂ©, le rĂ©alisateur sème le doute dans l'esprit du spectateur depuis que notre hĂ©ros n'est plus apte Ă  discerner la part de vĂ©ritĂ©. PassĂ© ce suspense latent admirablement entretenu durant plus de la moitiĂ© du film, les rĂ©vĂ©lations vont enfin pouvoir nous dĂ©voiler l'Ă©trange collaboration que prĂ©serve le professeur avec son adjoint mĂ©decin. Et donc en abordant les thèmes de l'amour possessif, de l'obsession et de la folie, Giorgio Ferroni y  structure une magnifique tragĂ©die d'Ă©pouvante Ă  la fois dĂ©sespĂ©rĂ©e et morbide de par sa scĂ©nographie de mannequins putrĂ©fiĂ©s et son intensitĂ© dramatique en crescendo, quand bien mĂŞme l'archĂ©type du savant fou y renoue ses exactions lors d'accès de dĂ©mence davantage ingĂ©rables. 


    Classique impĂ©rissable de souche italienne oĂą l'amour fou se mĂŞle Ă  la cruautĂ© morbide, Le Moulin des Supplices honore l'Ă©pouvante gothique Ă  travers sa mise en scène attentionnĂ©e, ses Ă©clairages sĂ©pia au climat mortifère et le jeu transi d'Ă©moi de sa distribution photogĂ©nique. Un Chef-d'oeuvre au sens Ă©purĂ©. 


    *Bruno
    13.01.20.
    09.06.23
    5èx