A l'aide du procédé en vogue du Found Footage, le réalisateur Ti West nous immerge ici dans l'isolement d'un Eden bucolique parmi la présence d'une confrérie catholique mais auquel des geôliers armés surveillent dès l'entrée toute intrusion illégale ! Avec le réalisme du docu-vérité, la première partie nous présente de manière scrupuleuse la quotidienneté de ces citadins coexistants en harmonie parmi l'allégeance de leur "père". Un prêtre conservateur prêchant uniquement la bonne parole, tolérance et respect d'autrui dans une discipline drastique. Après l'avoir interviewé, nos trois journalistes finissent par comprendre que ce dernier n'est autre qu'un dangereux fanatique ayant une mainmise perfide sur sa population. La manière dont Ti West réussit à véhiculer un climat anxiogène au sein de cette étrange communauté nous plonge dans un malaise latent qui ira crescendo au fil de l'investigation de nos trois héros. Soucieux d'être au plus près de la réalité, d'où la fonction de la caméra portée à l'épaule, le réalisateur nous plonge dans le "reportage" afin de scruter le comportement interlope de ces adeptes. Ce portrait alloué à cette population lobotomisée et la caractérisation effrayante que Ti West projette sur son gourou (l'acteur Gene Jones possède un charisme magnétique terriblement impressionnant !) fait froid dans le dos puisqu'ici la cause de Dieu est rattachée à une idéologie sectaire fondée sur le culte, le repli et l'exil. L'aura malsaine qui s'y dilue dans l'air, ce trouble sentiment d'insécurité que nos journalistes perçoivent vont notamment s'exacerber avec les allégations de quelques adeptes suppliant en dernier ressort leur assistance. La seconde partie, confinée à une descente aux enfers, nous exprime un sentiment de marasme parmi le témoignage de masse d'un suicide inconscient ! Impitoyable et nauséeux, Ti West n'hésitant pas à enfoncer le clou de l'effroi face à la résultante de ce carnage planifié et auquel le sentiment d'injustice ne nous laisse pas indemne pour l'impuissance des victimes !

Si la mise en scène aurait gagné à être un peu mieux maîtrisée et que le jeu de certains acteurs s'avère perfectible, The Sacrament réussit à provoquer une terreur psychologique des plus tangibles face à l'exploitation du fait-divers ! Ce brûlot contre le fanatisme religieux, l'intégrisme et l'endoctrinement s'avère d'autant plus effarant qu'il s'inspire avec beaucoup de précision d'un authentique génocide sectaire ! (voir ci-dessous !).
Bruno Matéï
La véritable histoire du "Temple du Peuple" (info wiki):
James Warren Jones (nĂ© le 13 mai 1931 Ă
Crete dans l'
Indiana, aux
Etats-Unis - mort le 18 Novembre 1978 Ă
Jonestown au
Guyana) est le fondateur et pasteur du groupe religieux d'inspiration protestante: le "
Temple du Peuple" dont il a fait le siège d'une lutte pour l’Ă©galitĂ© raciale et la justice sociale qu’il appela « socialisme apostolique » et dont la communautĂ© Ă©tablie au
Guyana a parfois été considérée, à l'origine, comme un projet agricole communiste avant d'être le lieu d'un massacre et finalement désignée comme l'archétype de la secte dangereuse.
Jim Jones est Ă l’origine d’une des dĂ©rives religieuses les plus connues de l’Histoire ayant provoquĂ© un traumatisme Ă l’Ă©chelle mondiale. Sa communautĂ© connut une fin tragique le
18 Novembre 1978 Ă
Jonestown oĂą
908 personnes périrent par ingestion de cyanure de potassium ou assassinat.
Biographie
James Jones est le fils de
James Thurman Jones et
Lynetta Putnam. Il se disait descendant d'indiens Cherokees par sa mère.
En 1951, il est brièvement affilié au
Communist Party USA.
Son intĂ©rĂŞt pour la religion apparaĂ®t tĂ´t dans son enfance et, dès la fin de ses Ă©tudes, songe Ă fonder sa propre Église qu’il appelle tout d’abord « Les ailes de la dĂ©livrance » avant de la baptiser "
Temple du Peuple". Le premier siège de son Église fut établi à Indianapolis.
En 1964,
Jim Jones est ordonnĂ© pasteur d’une congrĂ©gation protestante importante, « les disciples du Christ », une Église qui traite les noirs avec le mĂŞme respect que les blancs. Il commence alors Ă s’engager dans une lutte pour l’Ă©galitĂ© raciale et la justice sociale sur l'exemple de l'International Peace Mission de Father Divine. Dès le dĂ©but des annĂ©es 1960, il adopte des enfants de diffĂ©rentes races qu'il appelle sa «
rainbow family » (famille arc-en-ciel). Bien que les adeptes de son Église n'en soient pas toujours conscients et que ses sermons ne sont pas toujours explicites sur le sujet,
Jones se dit maoĂŻste et s'identifie Ă
Karl Marx au point de vouloir crĂ©er sa propre « forme de marxisme », qu'il appelle finalement « socialisme apostolique ». Il est cependant considĂ©rĂ© plus comme un fondamentaliste protestant que comme un marxiste, avant d'ĂŞtre un des premiers personnages de l'histoire religieuse contemporaine Ă ĂŞtre qualifiĂ© de gourou dans le sens donnĂ© ensuite par les organismes de lutte antisectes.
Il dĂ©mĂ©nage son Église Ă
Redwood Valley, en
Californie, lieu que
Jim Jones disait être un des rares qui pourrait résister à un holocauste nucléaire.
Son premier livre, La lettre tue (de « la lettre tue mais l’esprit vivifie » de l’apĂ´tre Paul, tirĂ© de la Bible) souligne ce qu’il considère ĂŞtre des contradictions, des absurditĂ©s et des atrocitĂ©s dans la Bible, tout en parlant Ă©galement de ce qu’il analyse comme Ă©tant de « grandes vĂ©ritĂ©s ».
La chute

Une vue des bâtiments de la communautĂ© Ă
Jonestown.
Cette phase politico-religieuse lui attire des sympathies de diverses personnalitĂ©s Ă l'Ă©poque, qui modifient le comportement de Jones, Ă mesure qu'il prend conscience de son propre charisme. Il se fait alors appeler « Père » par les membres de son Église. Il commence Ă cette Ă©poque Ă affirmer qu’il est l’incarnation de
JĂ©sus, d’
Akhénaton, de
Bouddha ou de
Lénine et il accomplit de prétendus miracles pour attirer de nouveaux disciples. À cette époque,
Jim Jones est encore très respecté, y compris par des personnalités politiques et artistiques de premier plan (dont
Rosalyn Carter, Ă©pouse du PrĂ©sident des États-Unis de l'Ă©poque), en partie Ă cause de cette Église d’exception qu’il a fondĂ©e, composĂ©e de noirs et de blancs et soutenant les nĂ©cessiteux, mais surtout pour le soutien dans leur carrière politique qu'il leur apporte en retour .
C’est Ă l’Ă©tĂ© de 1977, alors que la communautĂ© vient de subir un contrĂ´le fiscal, que
Jones et les 900 membres du
Temple du Peuple déménagent au Guyana dans le but déclaré de créer une communauté agricole utopique au milieu de la jungle, près de
Port Kaituma, dĂ©pourvue de racisme et fondĂ©e sur les principes du socialisme. Il baptise le village de son propre nom : «
Jonestown ». L’autoritĂ© de
Jones aurait commencé à diminuer à cette époque, entre autres raisons à cause de sa dépendance à la drogue.
Le massacre de Jonestown
Leo Ryan.
En novembre 1978, le représentant
Leo Ryan est envoyé mener une enquête dans la communauté à la suite de plaintes déposées par des proches de membres du
Temple du Peuple, concernant des conditions de vie enfreignant potentiellement les Droits de l'homme et en particulier à cause du fait que le village serait géré comme un camp disciplinaire. Le
15 novembre 1978, il arrive sur les lieux accompagné de reporters de
NBC et du
Time et d'un cameraman. Il passe alors trois jours Ă interviewer les rĂ©sidents. Certains membres de la communautĂ© expriment le souhait de ne plus y rester et forment alors ce qui fut appelĂ© « le groupe de Ryan ».
Le matin du
samedi 18 novembre, le groupe de
Ryan cherche Ă quitter les lieux lorsqu’un homme de la communautĂ© agresse
Leo Ryan avec un couteau. Le groupe de
Ryan, composĂ© de quinze membres de la communautĂ© ayant demandĂ© Ă l'accompagner, se prĂ©cipite alors vers l’avion dans une tentative de fuite. D'autres membres de la communautĂ© fidèles Ă
Jones prennent alors un camion pour rejoindre le lieu du dĂ©collage et font feu sur le groupe qui commence Ă prendre place dans l’avion, tuant aussitĂ´t
Leo Ryan et 5 autres personnes (le caméraman, le reporter de
NBC, un photographe et un des membres de la communauté qui souhaitait partir), avant de retourner au village.
Plus tard, dans la même journée,
908 habitants de la communauté, dont plus de
300 enfants, meurent dans ce qui fut appelĂ© « un suicide collectif ». Quatre autres corps, ceux d'une mère et de ses trois enfants, ont Ă©galement Ă©tĂ© retrouvĂ©s Ă la maison du
Temple du Peuple Ă
Lamaha Gardens à Georgetown. En raison de l'état de décomposition avancé des corps quand ils ont finalement été récupérés, de l'impossibilité d'identifier certains d'entre eux et du fait que les familles, par pauvreté ou par honte, ne sont pas venu les réclamer, 408 d'entre eux furent enterrés dans une fosse commune au cimetière d'
Evergreen Ă
Oakland.

Le personnel militaire transporte les corps après le massacre.
Cependant, une part de mystère subsiste Ă ce jour quant Ă la thèse du suicide collectif et Ă son dĂ©roulement, en particulier parce que toutes les personnes ne sont pas mortes volontairement (plusieurs ont Ă©tĂ© abattues par des armes Ă feu ou des flèches). La majeure partie des membres a cependant ingurgitĂ© un mĂ©lange mortel de jus de raisin mĂ©langĂ© Ă du cyanure et des somnifères. Les enfants se seraient fait injecter le poison en premier. Selon certaines sources, le suicide collectif aurait mĂŞme Ă©tĂ© prĂ©parĂ© de longue date au cours de simulations appelĂ©es « nuits blanches » (jusqu'Ă 100, selon les sources).
Jones est retrouvé mort assis sur une chaise, une balle dans la tête, le pistolet à quelques pas de lui sans qu'il ait pu être déterminé s'il s'agissait d'un meurtre ou d'un suicide. Selon les sources,
167 membres de la communauté ont survécu à cet épisode, 87 si on ne compte que ceux qui étaient présents le jour du massacre.
Ces divers assassinats mêlés à la thèse du suicide collectif et aux manquements des services médicaux ont suscité diverses thèses parallèles pour expliquer l'affaire. Une d'entre elle prétend, par exemple, que la
CIA (voir
Projet MK-Ultra), avec plus ou moins la complicité de
Jim Jones, se serait servie de la communauté de
Jonestown pour faire des expérimentations médicales secrètes.
Il n’existe aucune image de l’Ă©vènement, mais le
FBI produisit un enregistrement de 45 minutes appelĂ© «
Death Tape » qui rapporterait ce qui s’est passĂ© pendant la tuerie et en particulier le dernier discours de
Jim Jones. On l'entend dire : « ne soyez pas effrayĂ©s de mourir (…), la mort est une amie ».
« Death Tape »
Sur la bande audio, Jones dit aux membres de sa communautĂ© que l'Union soviĂ©tique, avec laquelle il avait prĂ©alablement nĂ©gociĂ© un exil, ne les accueillerait plus Ă cause de l'assassinat de Ryan. La perspective Ă©tait de voir des hommes « parachutĂ©s » et « tuer [les] enfants innocents » ou « torturer les membres de la communautĂ©, les plus âgĂ©s ». Dans ces conditions, Jones et d'autres membres de la communautĂ© dĂ©clarèrent qu'ils devaient commettre un « suicide rĂ©volutionnaire » en buvant un breuvage au cyanure mĂŞlĂ© Ă des somnifères. Christine Miller, une adepte de la communautĂ©, exprime son dĂ©saccord au dĂ©but de la bande. D'autres membres se mettent Ă pleurer. Jones leur dĂ©clare : « arrĂŞtez cette hystĂ©rie, ce n'est pas ainsi que les socialistes et les communistes meurent. Nous devons mourir avec dignitĂ© ». Jones dit alors : « N'ayez pas peur de mourir, la mort est juste le passage vers un autre plan, la mort est une amie ». Ă€ la fin de la bande, Jones conclut : « nous commettons un acte de suicide rĂ©volutionnaire en protestation contre les conditions de ce monde inhumain ».
Les instructions du 16 octobre 1978
Jim Jones diffusait des instructions quotidiennes par haut-parleur Ă la communautĂ© ou par Ă©crit. Dans les instructions qui ont Ă©tĂ© retrouvĂ©es du lundi 16 octobre 1978, soit un mois avant le massacre, Jim Jones a diffusĂ© un document Ă©crit dont plusieurs passages concernant le suicide sont soulignĂ©s.« Toute personne qui aurait le dĂ©sir de se suicider doit donner son nom Ă la salle de radio parce qu'un tel acte serait une chose grave et dangereuse pour vous-mĂŞme (...) N'oubliez pas que lorsque vous tentez de vous suicider, quand vous voulez endommager votre corps, celui-lĂ mĂŞme qui pourrait nous permettre de lutter contre notre ennemi commun (ndt les capitalistes), vous utilisez l'Ă©nergie de Jim Jones alors qu'elle pourrait ĂŞtre utilisĂ©e contre l'ennemi (...) Le suicide est stupide et un gaspillage de votre potentiel. Pensez Ă ce que vous pourriez accomplir si au lieu de retourner cette violence contre vous, vous la dirigiez vers l'ennemi (...) si vous vous sentez suicidaire, Ă©crivez-moi, peut-ĂŞtre pourrai-je retirer vos tensions»
Ces propos en contradiction totale avec ceux du 18 novembre et le suicide collectif qui en a rĂ©sultĂ© ont Ă©tĂ© analysĂ©s de diffĂ©rentes manières. La thèse la plus partagĂ©e est qu'Ă cette Ă©poque, Jones souhaitait encore que tous les membres de la communautĂ© restent en vie pour « lutter contre l'ennemi », mĂŞme si la mention, dans une autre instruction, que les personnes suicidaires pourraient « recevoir un tranquillisant pour les aider » a parfois Ă©tĂ© interprĂ©tĂ©e comme un message ambigu, prĂ©monitoire du mĂ©lange de tranquillisants et de cyanure qui allait ĂŞtre absorbĂ© le mois suivant.