mardi 30 juillet 2019

Phénomènes

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"The Happening" de M. Night Shyamalan. 2008. U.S.A. 1h30. Avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, John Leguizamo, Jeremy Strong, Frank Collison, Ashlyn Sanchez

Sortie salles France: 11 Juin 2008. U.S: 13 Juin 2008

FILMOGRAPHIE: M. Night Shyamalan est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, d'origine indienne, né le 6 Août 1970 à Pondichéry. 1992: Praying with Angers. 1998: Eveil à la vie. 1999: Sixième Sens. 2000: Incassable. 2002: Signs. 2004: Le Village. 2006: La Jeune fille de l'eau. 2008: Phenomènes. 2010: Le Dernier maître de l'air. 2013: After Earth. 2015: The Visit. 2017: Split. 2018: Glass.


« Si les abeilles venaient Ă  disparaĂ®tre de la surface du globe, l'homme n'aurait plus que quatre ans Ă  vivre ».
Majoritairement dĂ©criĂ© par la critique et le public Ă  sa sortie, PhĂ©nomènes demeure une oeuvre aussi modeste que mineure au sein de l'inĂ©gale carrière de M. Night Shyamalan. Pour autant, de mon point de vue subjectif, ce rĂ©cit envoĂ»tant digne d'un Ă©pisode longiligne de la sĂ©rie TV La 4è Dimension  parvient Ă  susciter un sentiment permanent d'inquiĂ©tude et d'apprĂ©hension. De par le savoir-faire de son auteur toujours aussi fĂ©ru d'amour pour un fantastique Ă©thĂ©rĂ© puisque crĂ©ant avec soin de saisissantes images insolites tantĂ´t cauchemardesque. Notamment Ă  travers le cadre Ă©colo de sa nature verdâtre ballottĂ©e de temps Ă  autre par la rigueur d'un vent feutrĂ© qu'il souligne brillamment avec art de suggestion. Qui plus est accompagnĂ© de la solide prĂ©sence de Mark Wahlberg en professeur scientifique dĂ©routĂ© par un phĂ©nomène inexpliquĂ©, l'acteur porte l'intrigue sur ses Ă©paules de par son tĂ©moignage dĂ©muni d'assister Ă  l'incomprĂ©hension de suicides de masse au moment mĂŞme de se contrarier auprès de l'infidĂ©litĂ© de son Ă©pouse lui ayant avouĂ© un adultère durant leur fuite prĂ©cipitĂ©e (sur ce dernier point on n'y croit pas trop, bien que Shyamalan ne s'attarde pas vraiment sur leur problème de couple). Et pour cause, depuis moins de 24 heures, les citadins de diverses contrĂ©es sont poussĂ©s par des actes suicidaires incontrĂ´lĂ©s Ă©manant d'une entitĂ© indicible.


Menace nucléaire, terrorisme ou encore plantes domestiques s'avérant les théories majeures de la populace et des spécialistes afin de justifier cet enchaînement de morts cruelles que M. Night Shyamalan nous illustre parfois avec un réalisme cru inhabituel de sa part (le quidam et ses bras dévorés par les lions, les maçons s'écrasant violemment un par un sur le sol du haut de leur chantier, la jeune fille s'égorgeant avec son pic à chignon). Les séquences chocs assez nombreuses faisant froid dans le dos dans l'art et la manière de s'infliger une mort souvent cruelle, voir parfois même singulière (le type se couchant dans l'herbe pour se laisser happer par une moissonneuse batteuse). Autant avouer que Phenomènes terrifie de façon aussi bien constante que sournoise lorsque nos héros toujours en nombre restreint s'efforcent de fuir la menace invisible en se confinant dans les huis-clos les plus clairsemés. Ainsi donc, le suspense à la fois lattent et autrement oppressant s'instaure sans difficulté au fil du cheminement de survie des survivants s'efforçant de trouver une logique rationnel à ce qu'il leur arrive, quand bien même les plus lâches d'entre eux joueront les individualistes avec parfois une pulsion de justice expéditive. Shyamalan privilégiant au final à travers cette énigme occulte la revanche de dame nature contre l'insolence de l'homme exploitant sans vergogne toutes ses ressources naturelles en guise de cupidité.


SĂ©rie B ludique intelligemment menĂ©e et dirigĂ©e en dĂ©pit de son absence de rebondissements et de son Ă©pilogue irrĂ©solu (un parti-pris couillu que nombre de spectateurs n'ont sans doute pu digĂ©rer), PhĂ©nomènes captive et inquiète Ă  la fois afin de nous alerter sur la prĂ©caritĂ© de l'Ă©cologie (notamment ce message avertisseur de rĂ©chauffement climatique enseignĂ© en prologue par le professeur Ă  ses Ă©lèves) sĂ©vèrement malmenĂ©e par le plus vĂ©reux des prĂ©dateurs: l'homme. Une oeuvre mineure certes, mais pleine de charme et d'humanisme fĂ©brile dans sa facture intègre. 

*Bruno
2èx

Crocodile Dundee

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Peter Faiman. 1986. Australie. 1h39. Avec Paul Hogan, Linda Kozlowski, John Meillon, Mark Blum, David Gulpilil, Michael Lombard.

Sortie salles France; 4 Février 1987. U.S: 26 Septembre 1986

FILMOGRAPHIE: Peter Faiman est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur australien. 1991: SacrĂ© sale gosse. 1986 Crocodile Dundee. 1984 Culture Club: Live in Sydney (TV Movie).  1978-1984 The Paul Hogan Show (TV Series) (3 episodes). - Stung (1984) - Alternative Olympics (1978) - Family Picnic (1978).  1982 The Don Lane Show (TV Series) (1 episode) - Épisode datant du 20 mai 1982 (1982).  1973 Ted Hamilton and Johnny Farnham, Together Again for the Very First Time (TV Movie). 1971 Behind the Fridge (TV Movie)


Un bon moment de détente à réserver toutefois à la génération 80.
Enorme succès international si bien qu'il rĂ©colte chez nous 5 887 982 entrĂ©es pour se positionner Ă  la 1ère place du box-office, Crocodile Dundee est une comĂ©die familiale gentiment dĂ©jantĂ©e eu Ă©gard de la posture dĂ©sinhibĂ©e du rĂ´le titre que Paul Hogan incarne avec un charisme saillant, Celui-ci se fondant amicalement dans le corps d'un baroudeur australien Ă©levĂ© par les aborigènes et qui depuis s'est taillĂ© une rĂ©putation incongrue de chasseur increvable de croco. Ainsi, une journaliste amĂ©ricaine dĂ©cide de l'approcher afin de lui consacrer un reportage sur sa notable rĂ©putation. Ce qui donne lieu Ă  un dĂ©paysant pĂ©riple Ă  travers son bush australien magnifiquement photographiĂ© que le couple arpente avec une bonhomie amicale virant aux sentiments. Quand bien mĂŞme Michael ("crocodile dundee") poursuit ses facĂ©ties auprès de l'Ă©trangère dans sa manière archaĂŻque de se livrer Ă  la chasse primitive au croco et d'y exhiber ses pouvoirs mystiques (sur certains animaux), puis enfin dans ses us et coutumes Ă©rigĂ©s sur l'instinct de survie.


Sorte de variation moderne de Tarzan Ă  New-York, Crocodile Dundee ne s'embarrasse d'aucune subtilitĂ© pour faire rire son public, notamment auprès de sa seconde partie implantĂ©e dans la citĂ© Newyorkaise lorsque Michael tente naĂŻvement de s'y adapter Ă  travers sa posture excentrique (ça vire mĂŞme un instant Ă  l'homophobie si j'ose dire lorsqu'il ose attoucher sexuellement une transe pendant que son entourage se raille de sa mĂ©connaissance et de sa gestuelle tactile !). Avec une dĂ©sarmante simplicitĂ© donc, Peter Faiman nous offre une comĂ©die bonnard sans prĂ©tention Ă  travers le rĂ´le taillĂ© sur mesure de Paul J. Hogan plutĂ´t attachant en tarzan inconsĂ©quent en proie Ă  la dĂ©couverte du monde contemporain peuplĂ© de citadins incivilisĂ©s, nĂ©vrosĂ©s, marginaux, droguĂ©es et embourgeoisĂ©s. Satire anti-capitaliste Ă©maillĂ©e de gags le plus souvent gras, pour ne pas dire ultra naĂŻfs ou infantiles (Michael s'affublant d'un dĂ©guisement de kangourou pour faire fuir des chasseurs), Crocodile Dundee s'avère inĂ©gal dans sa mĂ©canique du rire familial. Si bien que les enfants Ă©prouveront probablement beaucoup plus de plaisir que leurs parents Ă  observer aujourd'hui l'inexpĂ©rience sociale de Michael s'adaptant peu Ă  peu Ă  une modernitĂ© envahissante oĂą les rencontres amicales l'Ă©pauleront au grĂ© d'un aimable effet de curiositĂ©.


De par l'attachante complicitĂ© du couple sĂ©millant Paul Hogan, Linda Kozlowski (qui plus est, sensuelle et sexy !), Crocodile Dundee peut encore crĂ©er son effet de surprise Ă  travers son curieux cocktail d'humour, d'aventures, d'Ă©motions et de tendresse, mĂŞme si la plupart des gags ultra lights prĂŞteront plutĂ´t Ă  sourire aujourd'hui, On apprĂ©cie enfin en guise de cerise sur le gâteau son intense Ă©pilogue Ă  suspense aussi pittoresque qu'inventif afin d'y susciter une Ă©motion prude inscrite dans la valeur des sentiments. 

*Bruno
4èx

lundi 29 juillet 2019

Assaut sur le Central 13

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Assault on Precinct 13" de Jean François Richet. 2005. U.S.A. 1h49. Avec Ethan Hawke, Laurence Fishburne, Gabriel Byrne, Maria Bello, Drea de Matteo, John Leguizamo, Brian Dennehy.

Sortie salles France: 2 Mars 2005 (Int - 12 ans). U.S: 19 Janvier 2005

FILMOGRAPHIE: Jean-François Richet est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste, dialoguiste et monteur français, nĂ© le 2 juillet 1966 Ă  Paris. 1995 : État des lieux. 1997 : Ma 6-T va crack-er. 2001 : De l'amour. 2005 : Assaut sur le central 13. 2008 : L'Instinct de mort. 2008 : L'Ennemi public n° 1. 2015 : Un moment d'Ă©garement. 2016 : Blood Father. 2018 : L'Empereur de Paris.


EstampillĂ© remake d'Assaut de Carpenter, j'opterai plus personnellement pour une intelligente dĂ©clinaison tant le rĂ©alisateur français Jean-François Richet se refuse Ă  opĂ©rer la facilitĂ© du copiĂ©-collĂ©, si bien qu'il n'y reprend ici que la situation de siège et la posture solidaire des flics / truands contraints de s'Ă©pauler afin de survivre le temps d'une nuit de cauchemar. Ainsi donc, durant plus d'1h48, Jean François Richet parvient remarquablement Ă  rĂ©actualiser le modèle de Carpenter. De par sa gestion avisĂ©e de sa mise en scène Ă  la fois inspirĂ©e et inventive (camĂ©ra virevoltante en sus) et le choix d'un cast super charismatique jusqu'aux moindres seconds-rĂ´les (Ethan Hawke, Laurence Fishburne, Gabriel Byrne, Maria Bello, Drea de Matteo, John Leguizamo et Brian Dennehy s'affrontant communĂ©ment avec une pugnacitĂ© Ă  perdre haleine, notamment contre leur prise de bec contradictoire). Mais pas que, car avec un Ă©vident souci de vouloir bien faire sur toutes les coutures et ainsi contenter le spectateur du samedi soir (il s'agit rĂ©solument d'un format de sĂ©rie B ludique conçue sur l'efficacitĂ© d'un suspense exponentiel progressant au fil d'actions homĂ©riques), Richet s'Ă©paule d'un scĂ©nario linĂ©aire fertile en rebondissements et rĂ©vĂ©lations fortuites pour relancer les gunfights. Notamment auprès de son final aussi Ă©pique qu'indĂ©cis dĂ©localisant l'action du huis-clos auprès d'une scĂ©nographie externe. Richet prenant Ă©galement soin d'exploiter la photogĂ©nie de son climat nocturne en insistant sur la violence rĂ©frigĂ©rante d'une tempĂŞte de neige insatiable ressentie de l'extĂ©rieur.


Un parti-pris retors afin d'appuyer le sentiment d'impuissance et d'isolement vĂ©cu par nos hĂ©ros en interne du commissariat, quand bien mĂŞme ils redoubleront d'audaces et de remise en question afin de rester en vie et ainsi repousser une menace externe d'autant plus vĂ©reuse (nous n'avions pas Ă  faire Ă  une caste de truands sĂ©ditieux comme ce fut le cas chez Carpenter). Ainsi donc, force est de constater qu'Assaut sur le central 13 dĂ©mĂ©nage en diable Ă  travers sa violence incisive pour autant jamais gratuite puisque tributaire de sa narration escarpĂ©e (lĂ  encore un bon point anti hollywoodien !). Richet n'hĂ©sitant pas Ă  y inclure une dose d'intensitĂ© dramatique Ă  travers certaines situations dĂ©sespĂ©rĂ©es auprès de victimes dĂ©munies en proie au spectre de la mort. Et si l'aspect jouissif de ces scènes d'action pĂ©taradantes terriblement expressives ne cessent de nous Ă©prouver agrĂ©ablement, on le doit notamment Ă  ces dĂ©tails fructueux Ă  la fois sonores et visuels. Notamment auprès de la menace externe richement camouflĂ©e de par leur lourde artillerie et leur combinaison sophistiquĂ©e y incluant parfois une technologie Ă  infra rouge. On peut enfin souligner Ă  titre empathique la sobriĂ©tĂ© des comĂ©diennes que forment Maria Bello et Drea de Matteo en cibles humaines davantage Ă©prouvĂ©es mais pour autant appâtĂ©es par un hĂ©roĂŻque instinct de survie. Quand bien mĂŞme Ethan Hawke / Laurence Fishburne s'Ă©paulent avec une solidaritĂ© payante en hĂ©ros de la dernière chance contraints de s'unifier contre le danger tout en se suspectant mutuellement par leur Ă©thique contraire.


Survival stoĂŻque tour Ă  tour haletant, intense et oppressant, Assaut sur le central 13 se taille une convaincante carrure artisanale afin d'exploiter sans effet de manche ni fioriture le cadre du western urbain Ă  travers des postures prĂ©caires anti-manichĂ©ennes en proie Ă  la remise en question, au doute et Ă  la riposte. Étonnamment puissant et passionnant sur un air connu de siège anthologique, Assaut sur le central 13 n'existe que par lui mĂŞme pour s'avĂ©rer autrement excitant et captivant Ă  travers sa facture vintage d'actionner viril. A rĂ©habiliter d'urgence. 

*Bruno
2èx

samedi 27 juillet 2019

Rebelles

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Allan Mauduit. 2019. France. 1h26. Avec Cécile de France, Audrey Lamy, Yolande Moreau, Simon Abkarian, Samuel Jouy, Béatrice Agenin, Patrick Ridremont.

Sortie salles France: 13 Mars 2019

FILMOGRAPHIEAllan Mauduit est un réalisateur et scénariste français.. 2008: Vilaine (co-réalisateur). 2019: Rebelles.


ComĂ©die policière survoltĂ©e transcendĂ©e du trio explosif, CĂ©cile de France / Audrey Lamy / Yolande Moreau, Rebelles ne nous laisse aucun rĂ©pit Ă  travers son cocktail de drĂ´lerie et d'actions qu'Allan Mauduit retransmet sous influence Tarantinesque. Si bien que celui-ci parvient Ă  accoupler une insolente comĂ©die Ă©maillĂ©e d'Ă©clats de rire parmi les codes du pur polar dont l'intrigue ramifiĂ©e (car fertile en rebondissements fortuits et twist final) s'avère jouissive de bout en bout. Outre le cĂ´tĂ© ludique de cette aventure trĂ©pidante impeccablement dirigĂ©e d'après un cast terriblement expressif (qui plus est dĂ©nuĂ© de toute Ă©locution théâtrale jusqu'aux seconds-rĂ´les, rare pour ne pas le souligner !), on reste stupĂ©fiĂ© par le brio de la mise en scène coordonnant pour le prouver des scènes d'action ou de violence Ă©tonnamment incisives. L'intrigue de Rebelles se condensant, sur fond de crise conjugale, familiale et du chĂ´mage, Ă  une partie de cache-cache, une traque inlassable entre 3 prolĂ©taires fĂ©ministes, une pègre et un flic taiseux afin de s'approprier un juteux magot provenant d'un trafic de drogue entre la Belgique et l'Espagne.


Sorte de cartoon sarcastique où s'y confrontent ces 3 ouvrières contestataires contre des machistes impérieux, Rebelles tire-parti des caractérisations pugnaces de ces dernières explosant l'écran avec une force d'expression aussi bien décomplexée que perplexe. Allan Mauduit prenant soin d'injecter un certain réalisme aux situations spectaculaires et aux confrontations humaines à l'aide d'un parti-pris parfois sensiblement grave (notamment auprès des rapports houleux et conflits physiques entre Sandra et son père Simon, truand abusif à la main légère). Car il faut aussi par ailleurs soulever qu'Allan Mauduit parvient à travers son style déjanté à structurer un véritable suspense progressif quant au sort précaire de nos anti-héroïnes (jamais avares de réparties, de subterfuges et de feinte pour contrecarrer police et pègre) s'efforçant de préserver le magot avec une pugnacité davantage probante. Ces dernières évoluant en dent de scie vers un cheminement délétère davantage sanglant, intransigeant, pétaradant. Ce qui nous converge au final épique lors du règlement de compte trinaire, clin d'oeil évident au dénouement apocalyptique de True Romance (autre influence majeure chez son auteur).


Polar pour rire non dĂ©nuĂ© de violence Ă  la fois râpeuse et cartoonesque (les beignes et coups de pelle dans la gueule font plutĂ´t mal !), Rebelles n'a pas usurpĂ© son prix Ă  l'Alpe d'Huez tant son auteur (d'autant plus nĂ©ophyte !) parvient Ă  dynamiter les genres avec autant de circonspection que de brio technique. Outre l'attrait constamment jouissif de son intrigue policière dĂ©sinhibĂ©e, on peut Ă©videmment applaudir l'alchimie du trio solidaire CĂ©cile de France / Audrey Lamy / Yolande Moreau se partageant la vedette avec une sĂ©millante autonomie caractĂ©rielle. D'ailleurs, rien que pour ces 3 bouts de femmes profondĂ©ment humaines, Rebelles vaut assurĂ©ment le dĂ©tour ! 

*Bruno

jeudi 25 juillet 2019

Les Fugitifs

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Francis Veber. 1986. France. 1h26. Avec Pierre Richard, Gérard Depardieu, Anaïs Bret, Jean Carmet, Maurice Barrier, Jean Benguigui.

Sortie salles France: 17 Décembre 1986

FILMOGRAPHIE: Francis Veber est un réalisateur, scénariste, dialoguiste et producteur français, né le 28 Juillet 1937 à Neuilly sur Seine. 1976: Le Jouet. 1981: La Chèvre. 1983: Les Compères. 1986: Les Fugitifs. 1989: Les 3 Fugitifs. 1992: Sur la corde raide. 1996: Le Jaguar. 1998: Le Dîner de con. 2000: Le Placard. 2002: Tais-toi ! 2006: La Doublure. 2008: L'Emmerdeur.


Classé 6è au box-office avec 4 496 827 entrées, Les Fugitifs renoue une 3è fois avec le succès grâce au trio gagnant Veber / Richard / Depardieu parvenant à hisser la comédie populaire à un niveau toujours aussi intègre. Pour ce faire, outre le duo d'acteurs impayables encore plus pétulants que dans les Compères, on peut toujours compter sur le savoir-faire de son metteur en scène épaulé d'une solide intrigue afin de rendre expansive une comédie endiablée regorgeant de quiproquos et rebondissements tous azimuts. Bref, il est donc impossible de s'ennuyer à travers ce jeu du gendarme et du voleur que Veber coordonne avec une inventivité en roue libre. Ainsi, à la suite d'un braquage raté, François Pignon parvient à s'évader parmi l'appui de son otage, Lucas. Un repris de justice venant de purger 5 ans de prison pour braquage de bijouterie. Or, au moment de sa prise d'otage externe, le commissaire Duroc sur le qui-vive s'imagine qu'il s'agit du nouveau subterfuge de Lucas à s'y victimiser auprès de son complice particulièrement empoté.


Dès lors, Pignon et Lucas sont contraints de faire équipe afin de déjouer les filatures et barrages policiers au moment même où Pignon tente de retrouver sa fille mutique à la suite du brutal décès de sa maman. L'alibi de son braquage étant de subvenir à ses besoins à la suite d'un chômage prolongé et du deuil conjugal. Beaucoup plus drôle que son congénère Les Compères, voir si hilarant par moments (notamment auprès de la participation amicale des seconds-rôles Jean Carmet en vétérinaire déficient, et Michel Blanc en praticien aviné); Les Fugitifs allie comme de coutume drôlerie et tendresse sous l'impulsion d'une intrigue policière savoureusement rocambolesque. Le duo plus fougueux qu'au préalable s'en donnant à coeur joie dans leur ressort comique à travers un florilège de situations saugrenues que Veber parvient à crédibiliser grâce à sa direction d'acteurs hors-pair. Bref, tout le monde y croit, aussi ubuesque et fantasque soit cette pétulante aventure ! Ainsi, si certaines invraisemblances font sourire (Pignon jouant la femme enceinte lors d'un barrage policier et face à la sobriété de médecins), Les Fugitifs y transcende ses menues outrances grâce à son climat euphorisant teinté de douce tendresse (les rapports fragiles qu'ils amorcent avec la petite souffreteuse Jeanne Pignon) et de solidarité amicale (leur mutuelle entraide davantage payante en dépit des prises de risques illégales).


Dernier volet d'une trilogie conçue sur le Buddy movie du duo Pignon / Lucas jouant les caractères contradictoires Ă  travers des scĂ©narios autonomes, les Fugitifs parvient Ă  surpasser son antĂ©cĂ©dent homologue grâce Ă  un scĂ©nario mieux charpentĂ© et Ă  la fertilitĂ© des gags huilĂ©s que Pierre Richard, Depardieu et quelques seconds-rĂ´les renchĂ©rissent avec un enthousiasme plus fringant. 

*Bruno
2èx

mercredi 24 juillet 2019

Easy Rider. Prix de la Meilleure première œuvre, Cannes 69.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Dennis Hopper. 1969. U.S.A. 1h34. Avec Peter Fonda, Dennis Hopper, Jack Nicholson, Phil Spector, Mac Mashourian, Luke Askew.

Sortie salles France: 27 Juin 1969. U.S: 14 Juillet 1969

FILMOGRAPHIEDennis Hopper est un acteur, réalisateur, poète, peintre et photographe américain, né le 17 mai 1936 à Dodge City (Kansas) et mort le 29 mai 2010 à Los Angeles. 1969: Easy Rider. 1971: The Last Movie. 1980: Out of the Blue. 1988: Colors. 1990: Catchfire. 1990: Hot Spot. 1994 : Chasers. 2000 : Homeless (court métrage)


"C'est à partir de la mort que la réputation est jugée bonne ou mauvaise"
Film mythique s'il en est, de par son vibrant tĂ©moignage Ă©mis aux bikers, ou plus littĂ©ralement au mouvement hippie anti capitaliste apparu Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 60, Easy Rider reste quelques dĂ©cennies après sa sortie un puissant tĂ©moignage sur cette gĂ©nĂ©ration frondeuse contre culturelle. Première rĂ©alisation de Dennis Hopper inspirĂ©e par la nouvelle vague française, Easy Rider nous illustre avec souci documentaire le pĂ©riple d'un duo de trafiquants de coke sillonnant campagnes et p'tites bourgades au sein d'une AmĂ©rique profonde gangrenĂ©e par l'ignorance et la peur de l'autre. Dans la mesure oĂą celui-ci n'y va pas par 4 chemins pour y dĂ©noncer une population rurale aussi bien xĂ©nophobe qu'homophobe rejetant illico tout ce qui diffère de leur conformitĂ©.


Hymne Ă  la libertĂ©, Ă  la paresse et Ă  la dĂ©fonce, notamment auprès d'une sĂ©quence expĂ©rimentale (bad trip psychĂ©dĂ©lique que Dennis Hopper renchĂ©rit sur fond de hantise religieuse), Easy Rider prĂ´ne l'amitiĂ© et la marginalitĂ© Ă  travers ses bikers dĂ©senchantĂ©s car bien conscients que leur pays consumĂ©riste a soudainement virĂ© de ton. Un Ă©tat angoissĂ© par la diffĂ©rence, subordonnĂ© aux prĂ©jugĂ©s de l'apparence auprès des postures primesautières d'une gĂ©nĂ©ration libertaire en proie Ă  une remise en question Ă  la fois existentielle et identitaire (notamment auprès du personnage de Peter Fonda  soudainement lucide de sa marginalitĂ© illĂ©gale). Car pointĂ©s du doigt, humiliĂ©s, insultĂ©s, jugĂ©s, molestĂ©s et incarcĂ©rĂ©s, ces derniers continuent de poursuivre leur trajet clairsemĂ© Ă  bord de choppers avec une dĂ©contraction teintĂ©e d'amertume. Ce qui nous vaudra une tragique conclusion au goĂ»t d'acĂ©tone afin d'appuyer le caractère grotesque, pathĂ©tique, de cette civilisation rĂ©trograde consumĂ©e par le complexe d'infĂ©rioritĂ©, l'inculture et la justice expĂ©ditive.


Road movie contemplatif coordonnĂ© par un trio mythique d'itinĂ©rants (Dennis Hopper himlsef en motard inconsĂ©quent, Peter Fonda en acolyte plus responsable et la rĂ©vĂ©lation Jack Nicholson crevant l'Ă©cran en alcoolo frĂ©tillant) sous l'impulsion d'une BO aussi lĂ©gendaire, Easy Rider n'a rien perdu de sa rigueur sociale Ă  la fois caustique et vitriolĂ©e pour y dĂ©noncer une sociĂ©tĂ© autiste Ă©peurĂ©e par sa propre ombre. 

*Bruno
3èx

mardi 23 juillet 2019

La Sagesse des Crocodiles. Prix Spécial du Jury, Gérardmer 98.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"The Wisdom of Crocodiles" de Po-Chih Leong. 1998. Angleterre. 1h28. Avec Jude Law, Elina Löwensohn, Timothy Spall, Jack Davenport, Colin Salmon, Hitler Wong.

Sortie salles France: 16 Août 2000. Angleterre: 27 Novembre 1998

FILMOGRAPHIEPo-Chih Leong est un réalisateur, scénariste, directeur de la photographie, acteur et producteur britannique né en 1939 à Londres (Royaume-Uni).1976 : Tiaohui. 1977 : Woo fook. 1979 : Shen tou miao tan shou duo duo. 1980 : You ni mei ni. 1981 : Long gan wei. 1982 : Ye jing hun. 1984 : Hong Kong 1941. 1984 : Ying lun pi pa. 1985 : Bu huo ying xiong. 1985 : Shengsi Xian. 1986 : Ping Pong. 1988 : Sha zhi lian. 1988 : Gai juk tiu mo. 1991 : Shang Hai yi jiu er ling. 1997 : Riding the Tiger: The Hong Kong Handover Years 1 (TV). 1998 : Riding the Tiger: The Hong Kong Handover Years 2 (TV). 1998 : La Sagesse des crocodiles. 2000 : Cabin by the Lake (TV). 2000 : The Darkling (TV). 2001 : Return to Cabin by the Lake (TV). 2001 : Walking Shadow (TV). 2001 : Wolf Lake (série TV). 2004 : Out of Reach (vidéo). 2006 : The Detonator.


Probablement l'un des meilleurs ovnis "indépendants" des années 90 !
MĂ©connu du public si je ne m'abuse, en dĂ©pit de son Prix SpĂ©cial dĂ©cernĂ© par le jury de GĂ©rardmer, La Sagesse des Crocodiles constitue une oeuvre indĂ©pendante de premier choix tirant parti de la personnalitĂ© hĂ©tĂ©rodoxe de son auteur, Po-Chih Leong. Car rĂ©solument atypique puisque ne ressemblant Ă  rien de connu Ă  travers son thème rĂ©actualisĂ©, son climat laconique ouatĂ© et ses personnages indiscernables Ă©voluant dans une citĂ© urbaine feutrĂ©e (photo sĂ©pia Ă  l'appui, histoire de renforcer son atmosphère rubigineuse); La Sagesse des Crocodiles transfigure le portrait d'un vampire mĂ©lancolique partagĂ© entres ses pulsions meurtrières et son amour irrĂ©pressible pour l'ĂŞtre aimĂ©. Le duo romantique superbement incarnĂ© par Jude Law (il incarne avec un trouble naturel un immortel moderne souffreteux en proie aux remises en question) et Elina Löwensohn (aussi tĂ©nue de sensualitĂ© que de fragilitĂ© dĂ©munie en maĂ®tresse sacrifiĂ©e pour autant stoĂŻque, pour ne pas dire hĂ©roĂŻque) portant le film Ă  bout de bras !


De par leur nonchalance et ambiguïté morales théorisant sur les valeurs du Bien et du Mal que chacun renferme de son empreinte identitaire. Anti manichéens donc, ses protagonistes tributaires de leurs qualités et défauts caractériels tentent de s'apprivoiser et de co-exister au gré d'une redoutable ambivalence sentimentale. Tant auprès de Anne lui reprochant de la palper trop fréquemment lors d'une saute d'humeur quotidienne que de Steven se nourrissant de l'amour de ses partenaires dans un désir égoïste de survie. L'intérêt majeur (et si captivant) du récit résidant dans l'évolution indécise de ceux-ci empruntant des directions sinueuses toujours improvisées ou aléatoires au risque d'égarer le spectateur à travers sa complexité idéologique sur la soif d'amour (que l'on consomme tel une nourriture) et sur la survie au lâche mépris d'y éradiquer les plus faibles.


Larmes de crocodile d'un cerveau reptilien.
Subtilement envoûtant, inquiétant et déroutant, notamment auprès des postures quelque peu extravagantes ou décalées des seconds-rôles (le flic bedonnant en filature, la bande orgueilleuse des délinquants) que des étreintes sentimentales que se partagent les amants maudits, la Sagesse des Crocodiles dégage une aura poétique davantage palpable et capiteuse au rythme pulsatile de ses coeurs sauvages en proie à leur condition terrestre aussi complexe qu'handicapante (notamment à travers leur difficulté commune de s'y oxygéner). Une excellente découverte résolument personnelle, entre intimisme, désespoir et fragilité, à réhabiliter d'urgence.

*Bruno
2èx

lundi 22 juillet 2019

Les Compères

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ekladata.com

de Francis Veber. 1983. France. 1h31. Avec Pierre Richard, Gérard Depardieu, Anny Duperey, Michel Aumont, Stéphane Bierry, Philippe Khorsand.

Sortie salles France: 23 Novembre 1983

FILMOGRAPHIE: Francis Veber est un réalisateur, scénariste, dialoguiste et producteur français, né le 28 Juillet 1937 à Neuilly sur Seine. 1976: Le Jouet. 1981: La Chèvre. 1983: Les Compères. 1986: Les Fugitifs. 1989: Les 3 Fugitifs. 1992: Sur la corde raide. 1996: Le Jaguar. 1998: Le Dîner de con. 2000: Le Placard. 2002: Tais-toi ! 2006: La Doublure. 2008: L'Emmerdeur.


On ne change pas une équipe qui gagne !
2 ans après l'immense succès tant mĂ©ritĂ© de La Chèvre, Francis Veber tente de renouer la mĂŞme formule humour / tendresse avec les Compères sous l'Ă©gide du duo impayable Pierre Richard / GĂ©rard Depardieu. Non pas qu'il s'agit d'une sĂ©quelle mais d'une forme de dĂ©clinaison aussi efficacement rocambolesque Ă  travers l'escapade de ces derniers au tempĂ©rament contradictoire (l'un gaffeur et timorĂ©, l'autre sĂ©vère et expĂ©ditif). Ainsi, ils auront comme mission de retrouver un ado en fugue depuis la requĂŞte de la maman, leur ancienne amie d'Ă©poque. Mais afin de mieux les inciter Ă  accepter, elle finit par leur prĂ©tendre (indĂ©pendamment) qu'ils pourraient ĂŞtre les vrais pères de Tristan, ado rebelle en crise parentale auprès de son propre paternel, Paul Martin. Beaucoup moins hilarant que son modèle aujourd'hui reconnu comme l'une des meilleures comĂ©dies des annĂ©es 80, Les Compères n'en demeure pas moins un excellent divertissement bougrement rodĂ© privilĂ©giant un peu plus la tendresse Ă  travers les rapports conflictuels de Tristan et de ses 3 pères s'efforçant de le chĂ©rir avec maladresse de par leurs inopĂ©rantes stratĂ©gies de communication.


Outre la complĂ©mentaritĂ© du duo infaillible Richard / Depardieu, aussi sĂ©millants et spontanĂ©s que dans la Chèvre, car ne cessant de se chamailler Ă  travers leur distinction caractĂ©rielle et dĂ©sir de paternitĂ©, Les Compères puise son efficacitĂ© au grĂ© d'une ossature narrative semi-policière faisant intervenir en filigrane une corruption politique que Lucas tentera de dĂ©jouer au mĂŞme instant d'y dĂ©busquer Tristan. Ainsi donc, les gags et les plages de tendresse savamment planifiĂ©es progressent au fil des actions des personnages contradictoires Ă©voluant dans des rapports de force davantage conflictuels (ils en viendront mĂŞme aux mains pour se faire entendre) faisant intervenir les thèmes de la persĂ©vĂ©rance (Pignon dĂ©pressif en proie Ă  la rĂ©demption par le dĂ©passement de soi et sa confiance retrouvĂ©e) et de la pĂ©dagogie parentale (que les 3 pères finiront par façonner Ă  force d'attention, d'Ă©coute et de comprĂ©hension de l'autre). Pignon entamant pour autant la mĂ©thode douce et courtoise de par son Ă©ducation et sa fragilitĂ© Ă©motive quand bien mĂŞme Lucas y emploiera autoritĂ© et violence pour s'y faire entendre. Mais tout rentrera dans l'ordre grâce au tĂ©moignage de Tristan observant avec crainte, curiositĂ© puis enfin discernement ses 2 lurons s'affrontant incessamment pour un enjeu de choix, dĂ©fendre et honorer leur paternitĂ© par le biais de l'amour parental.


Gros succès mĂ©ritĂ© Ă  sa sortie (4 847 229 entrĂ©es), Les Compères fait modestement vibrer la corde sensible Ă  travers sa fougue et son charme attendrissant en y alliant cocasserie et tendresse sous couvert d'une rĂ©flexion sur la communication paternelle. Vladimir Cosma se chargeant enfin d'y accentuer son atmosphère parfois douce et chĂ©tive sous l'impulsion d'une mĂ©lodie sifflotante d'une lĂ©nifiante intensitĂ© Ă©motive. 

*Bruno
2èx

samedi 13 juillet 2019

La Zizanie

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Zidi. 1978. France. 1h34. Avec Louis de Funes, Annie Girardot, Maurice Risch, Julien Guiomar, Jean-Jacques Moreau, Geneviève Fontanel, Jacques François.

Sortie salles France: 22 Mars 1978

FILMOGRAPHIE: Claude Zidi est réalisateur et scénariste français né le 25 juillet 1934 à Paris.
1971 : Les Bidasses en folie. 1972 : Les Fous du stade. 1973 : Le Grand Bazar. 1974 : La moutarde me monte au nez. 1974 : Les Bidasses s'en vont en guerre. 1975 : La Course à l'échalote. 1976 : L'Aile ou la Cuisse. 1977 : L'Animal. 1978 : La Zizanie. 1979 : Bête mais discipliné. 1980 : Les Sous-doués. 1980 : Inspecteur la Bavure. 1982 : Les Sous-doués en vacances. 1983 : Banzaï. 1984 : Les Ripoux. 1985 : Les Rois du gag. 1987 : Association de malfaiteurs. 1988 : Deux. 1989 : Ripoux contre ripoux. 1991 : La Totale ! 1993 : Profil bas. 1997 : Arlette. 1999 : Astérix et Obélix contre César. 2001 : La Boîte. 2003 : Ripoux 3. 2011 : Les Ripoux anonymes, série coréalisée avec son fils Julien Zidi.


SpĂ©cialiste de la comĂ©die populaire, Claude Zidi s'avère ici en petite forme avec la Zizanie bien que le film cumule 2 790 000 entrĂ©es Ă  sa sortie. RĂ©unissant pour la première fois Ă  l'Ă©cran le couple Louis De Funès / Annie Girardot lors d'un crĂŞpage de chignon hystĂ©rico-poussif, la Zizanie pâti d'un manque flagrant d'efficacitĂ© Ă  travers les redondances de leur crise conjugale cacophonique Ă©maillĂ©e de tendres rĂ©conciliations, probablement afin de mieux nous sĂ©duire dans ce brassage des genres. Satire sur le capitalisme que De Funès endosse dans sa double facette de maire et d'entrepreneur prolifique au sein de son cocon domestique bruyamment customisĂ© en chantier industriel, La Zizanie tente d'exploiter son potentiel comique Ă  travers ses traditionnelles mimiques et verbigĂ©rations ici caricaturales. 


Car outre la lourdeur de la plupart des gags sombrant parfois mĂŞme dans le ridicule, De Funes ne semble pas vraiment impliquĂ© dans sa fonction ironique d'opportuniste dĂ©raisonnablement vĂ©nal, notamment faute de son Ă©tat de santĂ© prĂ©caire qu'il cumulait les dernières annĂ©es de sa carrière. Quand bien mĂŞme Annie Girardot tente de nous arracher rires et soupçons de tendresse avec des intentions timidement payantes Ă  se fondre dans le corps d'une Ă©pouse Ă©colo contestataire si bien qu'elle osera se confronter Ă  son Ă©poux machiste lors des Ă©lections municipales. Une ultime confrontation rĂ©barbative que Zidi tente de relancer lors d'une mĂ©canique de rire dĂ©nuĂ©e d'ambitions. 


Parfois loufoque Ă  travers 2/3 gags bonnards (la beuverie avec les magnats chinois afin de les inciter Ă  signer un juteux contrat) et timidement sympathique auprès du duo tant perfectible De Funès / Girardot Ă  cours de carburant en dĂ©pit de leurs apparences fringantes, La Zizanie pourrait peut-ĂŞtre contenter les inconditionnels de Fufu d'un oeil modestement distrait. Quand bien mĂŞme Vladimir Cosma scande musicalement leurs futiles chamailleries au grĂ© d'un thème pittoresque familièrement expansif. 

*Bruno
2èx

Grâce à Dieu. Berlinale 2019 : Grand prix du jury

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de François Ozon. 2019. France. 2h17. Avec Melvil Poupaud, Denis MĂ©nochet, Swann Arlaud, Éric Caravaca, Bernard Verley, François Marthouret, Martine Erhel, Josiane Balasko.

Sortie salles France: 20 Février 2019

FILMOGRAPHIE: François Ozon est un rĂ©alisateur français, nĂ© Ă  Paris le 15 novembre 1967. 1998 : Sitcom. 1999 : Les Amants criminels. 2000 : Gouttes d'eau sur pierres brĂ»lantes. 2000 : Sous le sable. 2001 : Huit femmes. 2003 : Swimming Pool. 2004 : 5×2. 2005 : Le Temps qui reste. 2006 : Angel. 2009 : Ricky. 2010 : Le Refuge. 2010 : Potiche. 2012 : Dans la maison. 2013 : Jeune et Jolie. 2014 : Une nouvelle amie. 2016 : Frantz. 2017 : L'Amant double. 2018 : Grâce Ă  Dieu.


"Lorsque dieu ferme une porte, il en ouvre toujours une autre."
Retraçant avec souci documentaire l'endurant combat judiciaire de 3 victimes d'attouchements pédophiles d'après les faits réels d'un scandale religieux ayant incriminé le père Bernard Preynat et le cardinal Philippe Barbarin (pour non dénonciation d'agressions sexuelles sur mineur), Grâce à Dieu interpelle notre raison sans l'ombre de l'apitoiement ou du pathos. Le récit plein de pudeur, car entièrement bâti sur la suggestion et les silences dans le regards, s'appuyant à radiographier les différents profils de 3 victimes d'abus sexuels aujourd'hui adultes mais pour autant traumatisées par leur passé éhonté. Chacun d'eux d'un statut social contradictoire ayant tenté de survivre avec un poids moral préjudiciable. Notamment si on se réfère au plus fragile d'entre eux, Emmanuel (le personnage le plus empathique), puisque devenu par la causalité épileptique, solitaire, instable, violent auprès de sa compagne et complexé, notamment à travers une anomalie génitale.


Ainsi, Ă  travers leur investigation de longue haleine Ă©paulĂ©e du soutien parental (si on fait fi du père prolĂ©taire d'Emmanuel et de la mère vaniteuse de François) et en rametant le plus de victimes possibles (en dĂ©pit des improbables prescriptions), François Ozon compte sur la vĂ©racitĂ© des faits studieusement exposĂ©s et sur la sobriĂ©tĂ© hors-pair de son remarquable casting (jusqu'aux seconds-rĂ´les, Ă  l'instar de Josiane Balasko en mère sentencieuse hantĂ©e de remord et surtout de la rĂ©vĂ©lation Swann Arlaud - sosie de Patrick Dewaere - en marginal pugnace d'une subtile intensitĂ© d'expression) pour nous alerter d'un haro religieux oĂą les plus hauts dirigeants se sont soumis Ă  l'omerta afin de prĂ©server leur institution. RĂ©voltant, nonsensique, immoral, lorsque les reprĂ©sentants de Dieu continuent (sous l'alibi de la prescription) d'occulter cette ignoble affaire pĂ©dophile au mĂ©pris de centaines de victimes Ă©corchĂ©es vives, Grâce Ă  Dieu remet finalement en cause une rĂ©flexion spirituelle quant Ă  la perte des valeurs chrĂ©tiennes. 


Sans toutefois atteindre l'intensitĂ© dramatique de l'inoubliable, audacieux (dans le mĂ©lange des styles), Ă©prouvant et percutant Les Chatouilles, Grâce Ă  Dieu n'en demeure pas moins un grand film d'utilitĂ© publique dans sa nĂ©cessitĂ© de bousculer les consciences et les lois Ă  travers les thèmes brĂ»lants de la pathologie pĂ©dophile, de la prescription, de la prĂ©somption d'innocence et de l'omerta catholique impliquĂ©e dans des affaires pĂ©dophiles rarement condamnĂ©es. Grâce Ă  dieu restant un tĂ©moignage Ă©loquent de l'impuissance du système judiciaire face l'hypocrisie du corps religieux. 

*Bruno

jeudi 11 juillet 2019

Starman. Saturn Awards, Meilleur Acteur: Jeff Bridges.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mauvais-genres.com

de John Carpenter. 1984. U.S.A. 1h54. Avec Jeff Bridges, Karen Allen, Charles Martin Smith, Richard Jaeckel, Robert Phalen.

Sortie salles France: 3 Juillet 1985. U.S: 14 Décembre 1984.

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward


"Vous êtres une espèce étrange, différente des autres. Je peux dire ce que je trouve de plus merveilleux chez les humains: vous donnez le meilleur de vous même quand tout semble perdu"

Deux ans après son cuisant Ă©chec commercial The Thing, John Carpenter opère un virage Ă  180 degrĂ©s au sein de sa plĂ©thorique carrière Ă  travers Starman. Un film de commande conçu pour le convaincre Ă  persĂ©vĂ©rer Ă  Hollywood, tant et si bien qu'il abandonne purement et simplement le genre horrifique au profit d'une romance stellaire tous publics. Alors qu'un tâcheron aurait facilement fait sombrer l'entreprise dans le ridicule Ă  travers l'amourette prĂ©visible entre un ET et une jeune veuve en berne, John Carpenter parvient miraculeusement Ă  s'extraire de la trivialitĂ©. Aussi simpliste soit son rĂ©cit linĂ©aire et aussi rose-bonbon soient les sentiments candides que se partage le couple dans une fragile humanitĂ© ! Ainsi, grâce au savoir-faire habile du cinĂ©aste maĂ®trisant l'image au grĂ© de sĂ©quences saillantes (la rĂ©surrection du Daim est habitĂ©e d'un troublant climat fĂ©erique sensiblement intense et inquiĂ©tant), Starman instille une poignante Ă©motion eu Ă©gard des rapports amiteux entre Jenny, en deuil sentimental, et Starman en apprentissage civique. Le rĂ©alisateur s'attardant toujours plus Ă  mettre en exergue leur romance peu Ă  peu impossible lorsque l'E.T est finalement contraint de rejoindre son bercail afin d'y prĂ©server sa destinĂ©e.


Sorte de version adulte d'E.T si j'ose dire, le rĂ©cit parvient donc davantage Ă  nous sĂ©duire au mĂŞme moment oĂą notre explorateur tente de comprendre nos us et coutumes, notamment Ă  travers nos excès de zèle, d'orgueil, d'irresponsabilitĂ© et d'incivilitĂ© (brĂ»ler un feu rouge, faire un doigt d'honneur, tuer le daim pour le plaisir de la chasse, corriger lâchement un rival Ă  plusieurs, fumer la cigarette au pĂ©ril sanitaire), et ce avant d'y cĂ´toyer l'amour auprès de Jenny s'identifiant d'autant mieux Ă  lui grâce au clonage de son dĂ©funt Ă©poux. EmaillĂ© de sĂ©quences fĂ©eriques singulières alors que d'autres moments dĂ©tonnent par leur onirisme baroque (notamment auprès de la mĂ©tamorphose humaine de l'E.T, d'un stade cellulaire Ă  l'âge adulte - FX Ă©tonnants Ă  l'appui -), Starman envoĂ»te nos sens sous l'impulsion du score (un brin sirupeux peut-ĂŞtre par instant) de Jack Nitzsche et du duo alchimique formĂ© par Jeff Bridges et Karen Allen. Jeff Bridges endossant un jeu Ă©tonnamment nuancĂ© de par sa sobriĂ©tĂ© d'expression innocente, Ă  l'instar d'un bambin dĂ©ficient d'apparence adulte, mais pour autant transcendĂ© d'une intelligence et d'une sagesse d'esprit pour le respect d'autrui (Ă  renfort de rĂ©pliques ironiques). Quand bien mĂŞme Karen Allen chavire notre coeur de par sa douceur de miel d'y approcher craintivement l'amour puis de l'adouber auprès d'un attachant anthropologue altruiste.


Au delĂ  de sa leçon d'humanitĂ© et de tolĂ©rance du point de vue d'un tĂ©moignage extra-terrestre, et de sa plaidoirie invoquĂ©e Ă  la cause animale (joli pied de nez contre les chasseurs !), Starman fait vibrer la corde sensible Ă  travers la simplicitĂ© de sa romance sentimentale Ă©tonnamment vigoureuse de la part d'un maĂ®tre du frisson. Le couple Allen / Bridges irradiant l'Ă©cran avec une sobre pudeur (davantage) empathique eu Ă©gard de leur rapport charnel invoquant une fusion amoureuse procrĂ©ative. Un fragile conte stellaire avec un coeur qui bat. 

*Bruno
3èx

Récompense: Saturn Awards 1985 : meilleur acteur pour Jeff Bridges

mercredi 10 juillet 2019

Alita: Battle Angel

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Robert Rodriguez. 2019. U.S.A. 2h02. Avec Rosa Salazar, Christoph Waltz, Jennifer Connelly, Mahershala Ali, Ed Skrein, Jackie Earle Haley, Keean Johnson.

Sortie salles France: 13 Février 2019. U.S: 14 Février 2019

FILMOGRAPHIE: Robert Rodriguez est un réalisateur et musicien américain, d'origine mexicaine, né le 20 Juin 1968 à San Antonio, Texas, Etats-Unis. 1992: El Mariachi. 1993: Roadtracers (télé-film). 1995: Desperado. 1995: Groom Service (Four Rooms, segment: The Misbehavers). 1996: Une Nuit en Enfer. 1998: The Faculty. 2001: Spy Kids. 2002: Spy Kids 2. 2003: Spy Kids 3. 2003: Desperado 2. 2005: Sin City. 2005: Les Aventures de Shark Boy et Lava Girl. 2007: Planète Terror. 2009: Shorts. 2010: Machete (co-réalisé avec Ethan Maniquis). 2011: Spy Kids 4. 2013: Machete Kills. 2014: Sin City: j'ai tué pour elle. 2014: From dusk till Daw: The Series (épis 1,2 et 4). 2015 : 100 Years. 2019 : Alita: Battle Angel. 2019 : Red 11.


Blockbuster familial conçu par l’inĂ©gal Robert Rodriguez, Alita adapte au cinĂ©ma le manga Gunnm de Yukito Kishiro, fantasmĂ© depuis des lustres par son producteur et scĂ©nariste James Cameron. Prouesse visuelle indiscutable, tant par le vĂ©risme de son univers cyberpunk monumental que par ses effets numĂ©riques d’un rĂ©alisme saisissant, Alita dĂ©ploie un divertissement grandiose, menĂ© par une hĂ©roĂŻne longiligne, championne absolue dans l’art du combat martial. Ă€ ce degrĂ© de perfection, elle en met littĂ©ralement plein la vue : elle combat, bondit, virevolte, se cramponne Ă  ses adversaires avec une force et une agilitĂ© foudroyantes.

Ă€ travers une intrigue Ă©tonnamment Ă©motive, dĂ©crivant la quĂŞte identitaire d’une androĂŻde amnĂ©sique, Alita s’illumine de la prĂ©sence de cette figure numĂ©rique que le spectateur apprivoise peu Ă  peu, entre empathie trouble et fascination hallucinĂ©e. Contestataire, amicale (dans sa relation avec son père adoptif), amoureuse, Alita traverse son rĂ©cit comme une flamme vive. Rodriguez et son armĂ©e de techniciens ont accompli le prodige de lui donner chair, de l’inscrire dans un univers futuriste grouillant d’automates hĂ©tĂ©roclites Ă  faire pâlir Robocop, Terminator et mĂŞme Robowar (ok, je sors).


Regorgeant de sĂ©quences d’action au souffle narratif, vĂ©ritables pièces d’anthologie - la fameuse Ă©preuve du Motorball, la poursuite urbaine sur les toits, l’affrontement dans le bar pour rallier les chasseurs -, Alita n’en oublie pas pour autant l’Ă©motion. Jamais. Celle qui naĂ®t de son rapport avec Hugo, humain juvĂ©nile et fragile, tiraillĂ© entre amour sincère et double vie marginale. Leur relation, fondĂ©e sur la confiance, la trahison et le pardon, confère au rĂ©cit une dimension poignante. Christoph Waltz, en docteur Frankenstein attendri, campe un père adoptif d’une douceur dĂ©sarmante, chĂ©rissant sa crĂ©ation depuis la perte tragique de sa fille.

Construite avec fluiditĂ©, portĂ©e par les valeurs de bravoure, de loyautĂ© et d’honneur, l’Ĺ“uvre de Rodriguez explore avec pudeur la rĂ©demption et le pardon, Ă  travers deux ĂŞtres en proie au remords. Alita se dĂ©ploie finalement comme une rĂ©flexion sensible sur le Bien et le Mal, sur le pouvoir corrompu et la puretĂ© d’une existence artificielle influencĂ©e par un dĂ©miurge perfide et mĂ©galo.


Spectacle fĂ©erique, vertigineux de pyrotechnie - jamais gratuite, ou alors si peu -, Alita Ă©rige le blockbuster en Ĺ“uvre d’intĂ©gritĂ© rare, animĂ©e de personnages dont l’Ă©motion humaine affleure sous la surface mĂ©canique. Alita, androĂŻde fĂ©minine, crève l’Ă©cran Ă  chacune de ses apparitions, d’une intensitĂ© candide et bouleversante. Et le festin, vibrant, Ă©motif, tendre et Ă©pique, est total. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
02.11.25. 2èx. 4K Vostf

mardi 9 juillet 2019

HĂ´tel Membai / Attaque Ă  Mumbai.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Anthony Maras. 2018. Australie/inde/U.S. 2h03. Avec Dev Patel, Armie Hammer, Nazanin Boniadi, Anupam Kher, Tilda Cobham-Hervey.

Sortie salle Australie: 14 Mars 2019. U.S: 22 Mars 2019

FILMOGRAPHIEAnthony Maras est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2018: Hôtel Mumbai.


Retraçant avec souci de rĂ©alisme et d'unitĂ© de temps l'attaque terroriste d'islamistes radicaux au sein du Taj Mahal Palace, immense hĂ´tel rupin accueillant une clientèle fortunĂ©e, HĂ´tel Membai s'avère aussi bien Ă©prouvant que poignant Ă  travers sa descente aux enfers escarpĂ©e. Si bien que Anthony Maras ne s'embarrasse que rarement du hors-champs pour Ă©branler le spectateur rĂ©solument immergĂ© dans une action sanglante dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, eu Ă©gard des exactions furtives des bourreaux fanatiques ne jurant que pour l'honneur d'Hallah et de leur leader (perfide !) leur dictant une conduite impassible pour y exterminer (en l'occurrence) des infidèles nantis. A travers le choix de son cast mĂ©connu (pour la plupart) et de son cadre indien dĂ©paysant (renforcĂ© d'une photo sĂ©pia sous un soleil Ă©crasant pour les extĂ©rieurs), le public s'identifie sans ambages au dĂ©sarroi de ces otages impliquĂ©s dans une terrible Ă©preuve de survie oĂą la mort plane en permanence au dessus de leurs Ă©paules. Pour autant, grâce Ă  la bravoure de quelques volontaires nĂ©anmoins contrariĂ©s dans leur sentiment d'abandon (un chef cuisinier, un serveur, un russe notoire), ceux-ci vont tenter de survivre dans leur prison domestique en y rameutant dans une pièce blindĂ©e les ultimes survivants (comptez une cinquantaine de rĂ©sistants).


Si bien que ces terroristes d'une lâcheté sans égale ne leur laisseront nul répit, notamment auprès de quelques survivants confinés dans leur chambre ou dans un sellier en escomptant l'arrivée éventuelle du corps policier. D'une violence inouïe quant au carnage soigneusement planifié par ces kamikazes ne jurant que pour une vendetta sanguinaire à grande échelle, Hôtel Membai a l'intelligence de ne pas sombrer dans la complaisance, aussi insupportables soient ses brutales exactions. Notamment auprès de la tournure cauchemardesque de son final apocalyptique aussi bien asphyxiant (la stratégie incendiaire) que rigoureusement éprouvant (les victimes n'en finissent plus de trébucher sous les impacts de balles). Et donc, à travers son suspense ciselé constamment tendu multipliant les points de vue contradictoires d'otages à bout de nerf, Hôtel Membai parvient à distiller un sentiment permanent d'insécurité et d'impuissance à travers le moule du survival éludé de fioritures. Chaque personnage se fondant malgré eux dans le corps d'otages démunis face à ce contexte aussi impromptu. Entre sentiments de révolte et de désespoir, instincts d'héroïsme (pour les plus vaillants) et appréhension du danger qu'ils tentent pour autant de canaliser avec un mince espoir de survie.


TĂ©moignage Ă  la fois poignant et bouleversant auprès d'un carnage terroriste d'une violence âpre, HĂ´tel Membai emprunte le cheminement risquĂ© du thriller Ă  suspense sous couvert de drame historique reconstituĂ© avec un rĂ©alisme assez substantiel afin de ne pas chavirer le naufrage dans les conventions du "spectacle outrancier". Les comĂ©diens d'une sobre force d'expression parvenant notamment Ă  y injecter une dimension humaine assez palpable Ă  travers leur ultime Ă©preuve de force dĂ©nuĂ©e de concession. Chaotique et impitoyable, on en sort aigri et lessivĂ©, en vouant notamment une haine indĂ©fectible pour ces intĂ©gristes juvĂ©niles facilement influençables par le rigorisme et l'appât du gain (celle de subvenir aux besoins de leur famille). 

*Bruno

INFOS WIKIPEDIA: Les attaques de novembre 2008 à Bombay sont une série de dix attaques terroristes coordonnées qui ont eu lieu du 26 au 29 novembre 2008 à travers Bombay, capitale financière et plus grande ville de l'Inde. 188 personnes, dont au moins 26 ressortissants étrangers, ont été tuées1 et 312 blessées. L'équipe terroriste était composée de 10 militants islamistes entrainés au Pakistan sans appui direct du gouvernement, 9 d'entre eux ont été tués et un fait prisonnier2. Alors que ce seul rescapé, jugé en Inde, a été condamné à mort et exécuté le 21 novembre 2012, sept autres Pakistanais soupçonnés d'être liés à l'attentat sont en cours de jugement au Pakistan.