mercredi 13 avril 2011

Scream. Grand Prix à Gérardmer 1997.

                  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Imdb, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

de Wes Craven. 1996. U.S.A. 1H50. Avec Neve Campbell, Vourteney Cox, David Arquette, Skeet Ulrich, Matthew Lillard, Rose McGowan, Jamie Kennedy, Drew Barrymore.
Sortie en salles en France le 16 Juillet 1997, U.S.A le 20 Décembre 1996.

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur, acteur et monteur nĂ© le 2 Aout 1939 Ă  Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La CrĂ©ature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des TĂ©nèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire Ă  brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.

                                     

Pour rappel, Scream est le fruit de l’association entre le scĂ©nariste Kevin Williamson et Wes Craven, dĂ©sireux de ressusciter le psycho-killer - vulgairement rebaptisĂ© “slasher” - que l’on croyait inhumĂ© Ă  la fin des annĂ©es 80. L’influence de Serial Mom donne Ă  Craven l’envie de mĂŞler l’auto-dĂ©rision Ă  l’horreur la plus frontale.

Ă€ Woodsboro, petite ville amĂ©ricaine en apparence tranquille, un couple est retrouvĂ© atrocement mutilĂ© dans le jardin d’une maison familiale. Police et journalistes s’agitent. Et dĂ©jĂ  plane l’ombre du tueur masquĂ© autour de la lycĂ©enne Sidney Prescott.

AurĂ©olĂ© du Grand Prix Ă  GĂ©rardmer et d’un succès international fulgurant, le film s’Ă©rige en baroud d’honneur psychanalytique au psycho-killer initiĂ© par Mario Bava, Bob Clark et surtout John Carpenter. Dès le prĂ©lude, d’une cruautĂ© sèche et d’une intensitĂ© dramatique suffocante, Craven joue avec notre culture horrifique et ses codes balisĂ©s. Une adolescente prĂ©pare du pop-corn chez ses parents absents. Le tĂ©lĂ©phone sonne. Une voix ironique disserte sur le plaisir ludique que procurent les films d’horreur… avant de faire basculer la conversation vers la terreur pure. Le meurtre qui s’ensuit demeure l’un des moments les plus poignants du film, abrupt, implacable.  

                                       

Après cet interlude pervers qui dĂ©tourne les poncifs - jusqu’Ă  faire trĂ©bucher maladroitement le tueur dans une ironie presque burlesque - nous rencontrons Sidney Prescott, lycĂ©enne rĂ©servĂ©e, encore meurtrie par l’assassinat de sa mère un an plus tĂ´t. Un garçon au charme suspect s’introduit par la fenĂŞtre de sa chambre, tentĂ© de forcer l’intimitĂ©. C’est autour de cette hĂ©roĂŻne encore vierge, Ă  la fois docile et rĂ©sistante, que l’intrigue se resserre.

Le film glisse alors vers un jeu de massacre rĂ©fĂ©rentiel sur notre rapport Ă  l’image et au pouvoir de la fiction. Son apogĂ©e survient lors d’une soirĂ©e entre adolescents rĂ©unis devant Halloween. L’un d’eux Ă©nonce les règles Ă©lĂ©mentaires pour survivre dans un film d’horreur : ne pas boire, ne pas se droguer, ne pas coucher. Ironie suprĂŞme : pendant qu’ils dissèquent les codes, le tueur est dĂ©jĂ  dans la maison.

Ă€ l’extĂ©rieur, des journalistes espionnent la scène grâce Ă  une camĂ©ra infiltrĂ©e. Mais l’image qu’ils regardent accuse trente secondes de retard. Cette latence crĂ©e une confusion vertigineuse entre rĂ©el et reprĂ©sentation. Le tueur peut dĂ©jĂ  ĂŞtre passĂ© Ă  l’acte quand eux croient encore observer une fiction en direct. La mise en abyme devient vertigineuse : Ă©crans dans l’Ă©cran, regard dans le regard. Un journaliste hurle devant sa tĂ©lĂ©vision : « Attention, il est derrière toi ! »… sans rĂ©aliser que le meurtrier se tient rĂ©ellement derrière lui. L’illusion ludique se retourne en condamnation.                                     

                                       

D’une efficacitĂ© implacable, surtout dans sa seconde moitiĂ©, truffĂ© de clins d’Ĺ“il et de sarcasmes, portĂ© par une troupe de comĂ©diens complices et brillants, Scream s’impose comme l’un des derniers grands fleurons du psycho-killer. Il se moque avec tendresse, jamais avec mĂ©pris - loin de la vulgaritĂ© opportuniste de Scary Movie. Craven y interroge aussi la violence au cinĂ©ma, son influence possible, sa digestion par des esprits fragiles.

Passionnant, intelligent, ludique et jubilatoire, Scream demeure un classique contemporain : roublard, semi-parodique, mais profondĂ©ment amoureux du genre qu’il ausculte.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Les Chroniques de Scream 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/08/scream-2.html

                               Scream 4: http://brunomatei.blogspot.com/2011/04/scream-4.html
 
03.03.26. 4K. VOSTFR (4èx)
13.04.11.

Budget de production (Estimation) : 14 000 000 $
Nombre d'entrées en France : 2 207 347
Recettes USA : 103 046 663 $
Recettes mondiales : 173 046 663 $


Récompenses:
Saturn Award 1997 : meilleur film d'horreur, meilleur scĂ©nariste et meilleure actrice (Neve Campbell).
MTV Movie Award 1997 : meilleur film.
Festival du film fantastique de GĂ©rardmer 1997 : Grand Prix et Prix "première" du Public.

FAITS DIVERS:
Avril 2000, Ă  Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) : Nicolas, 16 ans, avait mis le fameux masque avant d'agresser son père et sa belle-mère Ă  coups de couteau; deux jours plus tard), Ă  Sarcelles (Val-d'Oise), un autre adolescent Ă©tait interpellĂ©, lui aussi affublĂ© du mĂŞme dĂ©guisement et armĂ© d'un couteau, aux abords de la gare.
ÉtĂ© 2001, Ă  Saint-Cyr-l'École (Yvelines) : cinq jeunes portant le mĂŞme masque avaient agressĂ© et violĂ© une jeune femme de 21 ans.
Juin 2002, Ă  Saint-SĂ©bastien-sur-Loire (Loire-Atlantique) : un lycĂ©en de 17 ans, revĂŞtu du fameux dĂ©guisement du tueur, assassinait Alice, une de ses camarades de classe, âgĂ©e de 15 ans. Le garçon, qui selon ses proches ne prĂ©sentait aucun trouble mental, avait « dĂ©cidĂ© de tuer quelqu'un », comme il l'a expliquĂ© aux enquĂŞteurs. Après avoir poignardĂ© sa victime Ă  42 reprises, l'agresseur s'Ă©tait enfui Ă  l'arrivĂ©e d'un voisin qui avait dĂ©couvert la jeune fille agonisante. Avant de mourir, elle avait eu le temps de donner le nom de son meurtrier. Le 19 novembre 2004, la cour d'appel de Rennes condamne l'assassin Ă  25 ans de rĂ©clusion (contre 22 ans prononcĂ©e en première instance).

mardi 12 avril 2011

Hobo with a shotgun


de Jason Eisener. 2011. Canada / U.S.A. 1h26. Avec Rutger Hauer, Molly Dunsworth, Gregory Smith, Nick Bateman, Brian Downey.

Sortie en France le 25 Mars 2011.

FILMOGRAPHIE: Jason Eisener est un réalisateur canadien. 2007: Hobo with a Shotgun. Trailer. 2008: Treevenge. Court-métrage. 2011: Hobo with a shotgun.

                                     

Il faut d'abord souligner qu'en 2007, un faux trailer surnommĂ© Hobo with a shotgun, spĂ©cialement conçu pour le projet "Grindhouse" de l'association Tarantino / Rodriguez (avec leur diptyque Boulevard de la Mort / Planet Terror) se voit attribuer du grand prix du concours de bandes annonces afin de pouvoir figurer en guise d'interlude entre les projections en continu des deux pĂ©loches prĂ©citĂ©s. Trois ans plus tard, son rĂ©alisateur Jason Eisener a l'opportunitĂ© d'en tirer un vĂ©ritable long-mĂ©trage avec en tĂŞte d'affiche le vĂ©tĂ©ran Rutger Hauer ! Après le surestimĂ© (pour ne pas dire semi-ratĂ©) Machete, c'est au tour d'une nouvelle production de rendre hommage Ă  tout un pan de sĂ©ries Z, spĂ©cifiquement les productions Troma des annĂ©es 80, afin d'y dĂ©ployer une trashitude outrancière rigoureusement insolente. Dans les ruelles malfamĂ©es de New-York, la dĂ©linquance, le prostitution, la corruption et les trafics de drogue font rage en toute impunitĂ© face Ă  une police inĂ©quitable. Mais cette folie meurtrière est commanditĂ©e par un leader notoire rĂ©gnant en maĂ®tre devant une population terrorisĂ©e. Un beau jour, un SDF tĂ©moin de la dĂ©chĂ©ance de son quartier et laminĂ© de voir une ultra-violence davantage expansive dĂ©cide de nettoyer les rues des criminels inflexibles Ă  coups de chevrotine enragĂ©e !

                                        

Superbement photographiĂ© dans des teintes dĂ©libĂ©rĂ©ment saturĂ©es, le sobre prĂ©lude annonce l'arrivĂ©e d'un clochard sortant illĂ©galement d'un train avec un sac sur le dos pour longer un canal et rejoindre le nouveau quartier de Scum city. Cette sĂ©quence liminaire se dĂ©roule harmonieusement sous  l'impulsion mĂ©lodieuse de Michael Holm. Une partition Ă©lĂ©giaque entĂŞtante rendue cĂ©lèbre de par son ton dĂ©calĂ© entrevue dans le classique horrifico-mĂ©diĂ©val, La Marque du Diable de Michael Armstrong et Hoven Adrian. ArrivĂ© Ă  destination, le Sdf promène inlassablement son cadi famĂ©lique dans les ruelles sordides tandis que des voyous opèrent en toute impunitĂ© pour semer le dĂ©sordre, la mort, voir le chaos. C'est après avoir Ă©tĂ© tĂ©moin d'un braquage brutal que notre dĂ©favorisĂ© se dĂ©cidera Ă  prendre une arme Ă  feu, spĂ©cialement un fusil de chasse, et tuer de sang froid les trois malfaiteurs sous les yeux mĂ©dusĂ©s du commerçant et des badauds Ă©berluĂ©s. Quand bien mĂŞme quelques instant plus tard, il ira porter assistance Ă  une jeune prostituĂ©e avec qui il se liera d'affection alors qu'une bande juvĂ©nile mafieuse tolĂ©rĂ©e par leur paternel illuminĂ© jurera de leur trouer la peau.

                                      

Pour tous les amateurs de sĂ©ries Z typiquement saugrenues et frĂ©nĂ©tiques, digne d'une production Tromaville donc, cet hommage bisseux est spĂ©cialement conçu pour vous ! De surcroĂ®t, si vous ĂŞtes fans invĂ©tĂ©rĂ©s de vigilante movies ayant sĂ©vi durant les annĂ©es 70 et 80, alors Hobo saura vous convaincre Ă  travers son dĂ©lire assumĂ© totalement dĂ©complexĂ© puisque baignant dans un perpĂ©tuel mauvais goĂ»t avec une chaleureuse spontanĂ©itĂ© ! LĂ  oĂą Machete de Rodriguez se prĂ©tendait gros dĂ©fouloir jouissif Ă  peine sympathique dans sa combinaison d'actionner bourrin et de gore cartoonesque (souvenez vous du pathĂ©tique combat final contre Seagal !), Hobo with a shotgun va foutre un grand coup de pied bien plus acerbe et sardonique dans le politiquement incorrect, l'immoralitĂ©, le gore craspec percutant (FX remarquables !) et le mauvais goĂ»t vitriolĂ©. A titre d'exemple, imaginez un instant deux voyous pĂ©nĂ©trĂ©s Ă  l'intĂ©rieur d'un car scolaire pour massacrer Ă  coups de lance flamme une ribambelle de gamins terrorisĂ©s, pour l'instant d'après ĂŞtre carbonisĂ©s en suppliant leur cri d'agonie. Une scène impensable qui Ă  de quoi surprendre et estomaquer l'amateur blasĂ© ! Et ce, mĂŞme si l'effet escomptĂ© est aseptisĂ© auprès d'une dĂ©rision sarcastique quelque peu salvatrice (nous sommes dans un pur divertissement hardcore mais volontiers saugrenu et  racoleur auprès d'adultes consentants !). Ainsi, nombre de scènes extrĂŞmes sont adroitement concoctĂ©es avec pas mal d'efficacitĂ© et les situations les plus improbables s'enchaĂ®nent sans rĂ©pit dans la joie d'action ultra violente et de gore putanesque. S'ensuit donc Ă  rythme mĂ©tronome un Ă©talage de sĂ©quences chocs spectaculaires aussi violentes que cyniques car se vautrant royalement dans l'ironisme cinglant !

                                         

Les tĂŞtes coincĂ©es dans une bouche d'Ă©gout, broyĂ©es ou sectionnĂ©es volant en Ă©clat, les corps explosant sous les impacts de balles Ă  moins d'ĂŞtre Ă©ventrĂ©s ou Ă©lectrocutĂ©s, les gorges et les mains sĂ©vèrement tranchĂ©es sans oublier un masticage de verre brisĂ© du plus bel effet. Ce scĂ©nario volontairement idiot auquel les gentils coursent les mĂ©chants et vice versa constitue Ă©videment un prĂ©texte pour y dĂ©ployer gĂ©nĂ©reusement un florilège de quiproquos tous plus dĂ©bridĂ©s les uns que les autres. Tel ce massacre mĂ©thodique commis dans un centre hospitalier auquel nos hĂ©ros s'y sont rĂ©fugiĂ©s tandis que deux voyous dĂ©guisĂ©s en terminator et armĂ©s jusqu'aux dents dĂ©cimeront un Ă  un les membres du personnel. Au-delĂ  de toutes ses qualitĂ©s susnommĂ©es, le divertissement insolent rĂ©ussit Ă©galement Ă  gagner notre ferveur grâce Ă  la formidable complicitĂ© de l'excellent Rutger Hauer (mâchoire serrĂ©e et regard brut furieusement renfrognĂ© Ă   l'appui !) accompagnĂ© de la charmante Molly Dunsworth. Alors que l'ambiance irrĂ©elle baigne dans un esprit marginal volontairement saugrenu, Ă  situer quelque part entre le Justicier de New-York et The Toxic Avenger. Ajoutez Ă  cela une entraĂ®nante BO pop rock typiquement eightie et vous obtenez un cocktail survitaminĂ© de dĂ©lire scabreux irrĂ©sistiblement jubilatoire.

*Bruno
13.04.11

vendredi 8 avril 2011

INFECTION (Kansen)

                                             

de Masayuki Ochiai. 2004. Japon. 1h35. Avec Michiko Hada, Mari Hoshino, Tae Kimura, Yoko Maki, Kaho Minami, Moro Morooka.

Sortie en France le 26 Aout 2008, Japon: 2 Octobre 2004.

FILMOGRAPHIE: Masayuki Ochiai est un réalisateur japonais.
1997: Parasite Eve,1999: Hypnosis, 2004: Infection, 2008: Shutter.

                                          

Après l'excellent Hypnosis et avant le remake dĂ©criĂ© de Shutter, Masayuki Ochiai a su diverger de la mode des fantĂ´mes revanchards au longs cheveux type Ring ou des six volets de Ju-on en pleine effervescence en ce dĂ©but des annĂ©es 2000. Il livre avec Infection un film Ă  petit budget original, soignĂ© et inquiĂ©tant, renforcĂ© par son atmosphère Ă©touffante d'un huis-clos hospitalier auquel un virus inconnu semble contaminer chaque membre du personnel.

Dans un hĂ´pital au bord de la faillite financière, un malade est ramenĂ© devant les portes d'entrĂ©es contre les dĂ©faveurs des mĂ©decins complètement dĂ©bordĂ©s et dĂ©jĂ  envenimĂ©s par un patient critique brĂ»lĂ© au troisième degrĂ©. Lentement, le personnel mĂ©dical semble Ă©pris de folie contagieuse alors que leur souche sanguine se met Ă  virer de couleur dans une tonalitĂ© verdâtre en liquĂ©fiant leur chair humaine.

                                          

Sorti tardivement chez nous quatre ans après sa sortie nippone, Infection pourrait nous faire penser Ă  un Ă©nième film de zombie cocaĂŻnĂ© ou d'infectĂ© surexcitĂ© façon 28 jours plus tard avec son titre accrocheur d'une potentielle contamination pernicieuse. Effectivement, il s'agira bien d'une propagation virale attribuĂ©e vers un groupe de mĂ©decins rĂ©fugiĂ©s dans un centre hospitalier prĂ©caire en pleine Ă©bullition mais sans toutefois la rĂ©habilitation festive de meurtriers enragĂ©s. La manière sobre et originale dont le rĂ©alisateur tisse son sujet Ă©vite donc la redite aux airs classiques de dĂ©jĂ  vu et concentre son potentiel et son savoir-faire sur une ambiance glauque subtilement amenĂ©e dans un suspense lattent et inquiĂ©tant.
Le dĂ©cor restreint d'un Ă©tablissement chirurgical est tout Ă  fait propice pour jouer avec les angoisses anxiogènes du spectateur avec cet endroit vouĂ© Ă  guĂ©rir les patients d'une maladie ou d'un accident plus ou moins grave. Y faire pĂ©nĂ©trer Ă  l'intĂ©rieur de cette clinique un malade atteint d'un virus extrĂŞmement dangereux et contagieux attise l'inquiĂ©tude et la peur viscĂ©rale surtout quand le rĂ©alisateur finaud prend un malin plaisir Ă  distiller tranquillement une ambiance insolite oĂą nos personnages dĂ©lurĂ©s vont peu Ă  peu perdre pied dans l'improbabilitĂ© des faits exposĂ©s.
De plus, Masayuki Ochiai nous met face Ă  une Ă©tonnante galerie de personnages Ă©quivoques et paradoxales ! Quelques mĂ©decins expertisĂ©s en chute libre, deux malades dĂ©charnĂ©s et moribonds dont l'un succombera rapidement Ă  cause de ses brĂ»lures, une patiente âgĂ©e atteinte de troubles mentaux s'amusant perpĂ©tuellement Ă  narguer nos protagonistes et des infirmières novices peu adroites et inconfiantes dans leur frĂŞle contribution Ă  soigner et surveiller les souffrants.
InĂ©vitablement et langoureusement, tout ce beau monde va facilement se laisser entamer par une folie sous-jacente enrayĂ©e de manière inconsciente par la cause d'une maladie infectieuse inĂ©dite.
En effet, nos protagonistes vont peu Ă  peu se comporter de manière irrationnelle pour avoir des attitudes masochistes comme le fait de se piquer machinalement Ă  plusieurs reprises les veines d'un bras avec une seringue multi utilisĂ©e ou se laisser baigner les mains dans une bassine d'eau Ă©bouillantĂ©e. Alors que chaque individu contaminĂ© se verra transpirer d'un sang verdâtre et se liquĂ©fier jusqu'Ă  ce que leur corps ressemble Ă  un amas de bouillie visqueuse et flasque.

                                          

A travers cette trame horrifique Ă©parpillĂ©e de scènes chocs inopinĂ©es mais jamais outrancières dans ses effusions de gore absent (chaque mort Ă  caractère sanguinolent est Ă©ludĂ© du sang traditionnellement rouge pour le remplacer par une couleur verte), Masayuki Ochiai traite en premier lieu du système faillible des services mĂ©dicaux hospitaliers en situation prĂ©caire, davantage en manque de main d'oeuvre, peu favorisĂ©s par l'assistance d'infirmières nĂ©ophytes inexpĂ©rimentĂ©es alors qu'une grossière erreur mĂ©dicale va devoir leur ĂŞtre imposĂ©e. De cet incident majeur entraĂ®nant inĂ©vitablement des poursuites judiciaires, les tĂ©moins responsables vont devoir faire face Ă  leur moralitĂ©, Ă  savoir s'il faudra falsifier les causes du dĂ©cès du malade mort par leur faute accidentelle ou assumer leur responsabilitĂ© et faire face Ă  la justice de manière Ă©quitable et rĂ©prĂ©hensible.

MalgrĂ© un final confus et trouble qui multiplie les coups de théâtre pour mieux nous interloquer (le virus s'insinuant en fin de compte dans les rĂŞves pour mieux altĂ©rer la conscience), Infection est un excellent moment horrifique qui traite sa mise en scène avec intelligence par un refus du racolage sanglant. En dehors d'une bonne interprĂ©tation d'ensemble, il doit surtout Ă  son ambiance insolite prenant soin de distiller un environnement glauque d'un lieu hospitalier baroque entachĂ© d'une aura presque malsaine, et renforcĂ©e par ses Ă©clairages flashys de teintes fluorescentes.

08.04.11.
Bruno 

mardi 5 avril 2011

Lisa et le Diable / Lisa e il diavolo


de Mario Bava. 1972. 1h35. Italie/Allemagne/Espagne. Avec Elke Sommer, Telly Savalas, Sylva Koscina, Alida Valli, Alessio Orano, Espartaco Santoni, Eduardo Fajardo, Gabriele Tinti.

FILMOGRAPHIE: Mario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire , 1972 : Quante volte... quella notte, 1972: Lisa et le Diable. 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).


                                    

"L’ombre de Lisa dans la maison des morts".
Après le succès de Baron Blood, le producteur Alfredo Leone propose Ă  Mario Bava un nouveau projet, lui offrant carte blanche sur le contenu scĂ©naristique et sa facture visuelle. Le rĂ©alisateur s’empare alors d’un ancien script Ă©crit par son père dĂ©funt, comme un hommage personnel et intime. Mais un problème survient lors de sa première projection au MarchĂ© de Cannes : Lisa et le Diable dĂ©concerte les distributeurs, qui jugent l’Ĺ“uvre trop confuse, trop complexe, trop personnelle. Leone dĂ©cide alors, avec l’accord de Bava, de remonter le film en y insĂ©rant des sĂ©quences d’exorcisme, pour surfer sur le triomphe de L’Exorciste de Friedkin. ProfondĂ©ment catholique, Bava s’offusque de ces ajouts qu’il juge vulgaires et blasphĂ©matoires. Le film ressort en 1975 sous le titre La Maison de l’Exorcisme, rencontrant cette fois un succès commercial — un filon mercantile pour le producteur, quand bien mĂŞme Bava, non crĂ©ditĂ© Ă  la rĂ©alisation, y perdra leur amitiĂ© Ă  jamais. Cette version remaniĂ©e, grossière, dĂ©nuĂ©e de sens, n’est qu’une pâle figure comparĂ©e Ă  Lisa..., que je considère comme le plus beau film du maestro. Car ce diamant noir, maudit, fut longtemps mis Ă  l’Ă©cart, honteusement oubliĂ©, inĂ©dit en salles dans nos contrĂ©es.

                                   

Le pitch : Lisa profite de vacances Ă  Tolède, en Espagne. Lors d’une promenade, elle est frappĂ©e par une peinture reprĂ©sentant le diable. Quelques instants plus tard, elle se rĂ©fugie dans une boutique d’antiquitĂ©s tenue par un homme ressemblant Ă©trangement au personnage de la fresque, tenant dans ses bras un mannequin que Lisa croit reconnaĂ®tre. Elle reprend sa route vers la place principale, et croise un individu identique au mannequin. PaniquĂ©e, elle le pousse sur la chaussĂ©e : l’homme semble mortellement blessĂ©. Ă€ la tombĂ©e de la nuit, Ă©garĂ©e, elle demande Ă  un couple circulant en voiture de la reconduire. Mais la voiture tombe en panne devant une vieille demeure gothique, dont l’antiquaire semble ĂŞtre le maĂ®tre des lieux...

                                    

Ĺ’uvre hermĂ©tique au pouvoir de fascination incommensurable, Lisa et le Diable est une fuite en avant vers des songes morbides. La frontière entre chimère et rĂ©alitĂ© s’y brouille, pour mieux Ă©garer protagonistes et spectateur dans un engrenage oĂą l’illusion semble dicter notre perception du rĂ©el. La narration, impĂ©nĂ©trable, nous invite Ă  dĂ©chiffrer les moindres indices dissĂ©minĂ©s dans chaque dĂ©tail du rĂ©cit. Dans des dĂ©cors gothiques somptueux, enrichis d’un esthĂ©tisme baroque Ă  couper le souffle, Mario Bava orchestre un cauchemar romantique, indĂ©chiffrable, foisonnant d’ombres, de symboles, de gestes suspendus. L’histoire, profondĂ©ment romantique, est portĂ©e par la sublime partition Ă©lĂ©giaque d’Aranjuez, qui nous enivre d’une amertume nostalgique, confrontĂ©e Ă  une mouvance nĂ©crophile. Et puis il y a Lisa — Elke Sommer, troublante, habitĂ©e par une Ă©trangetĂ© douce et indĂ©cise. Comme elle, nous errons, perdus dans cette demeure au secret familial infectĂ© d’adultère, hantĂ©e de fantĂ´mes nĂ©vrosĂ©s cherchant Ă  renouer avec un amour ancien.

                                   

Raconter avec prĂ©cision cette fantasmagorie relève presque de l’impossible. On peut toutefois suggĂ©rer qu’il s’agit d’une famille hantĂ©e par le spectre d’ElĂ©na, beautĂ© tĂ©nĂ©breuse infidèle, aimĂ©e de deux hommes, dont Lisa semble ĂŞtre la rĂ©incarnation. Tout au long du rĂ©cit, elle est harcelĂ©e par le mari aveugle de la dĂ©funte, tandis que le fils, jadis mariĂ© Ă  ElĂ©na, succombe au charme trouble de cette nouvelle apparition. Les morts et les vivants s’entrelacent, se confondent, tandis que le Diable — incarnĂ© par un serviteur chauve et sarcastique (un Telly Savalas Ă©tonnant !) — manipule ses invitĂ©s pour mieux les figer en mannequins de cire. Le final, dĂ©sarticulĂ© et cauchemardesque, montre Lisa, prisonnière Ă  bord d’un avion — dernier trajet pour l’enfer d’une femme condamnĂ©e d’avoir corrompu l’amour. Le Diable, maĂ®tre de cĂ©rĂ©monie, serait l’architecte de cette damnation. Ă€ moins que tout cela ne soit qu’un rĂŞve nĂ©vrotique d’une jeune femme troublĂ©e par une fresque mĂ©diĂ©vale, dont la force d’Ă©vocation aurait dĂ©clenchĂ© un cauchemar brisant les frontières du rĂ©el...

                                    
 
"Sous le masque du diable, le visage d’ElĂ©na".
PortĂ© par des comĂ©diens transis d’Ă©moi, Lisa et le Diable s’Ă©rige en poème funèbre d’un romantisme inassouvi. Un rĂŞve illusoire peuplĂ© de statues, de mannequins figĂ©s dans le silence d’un passĂ© rĂ©volu, tandis qu’une jeune femme hantĂ©e par ses offenses revient sur les lieux d’une tragĂ©die sentimentale, soumise Ă  l’influence du Diable. TraversĂ© d’images oniriques d’une beautĂ© macabre et charnelle, ce chef-d’Ĺ“uvre inaltĂ©rable est une ode Ă  la fantasmagorie la plus obsĂ©dante. Une fois le gĂ©nĂ©rique tombĂ©, il devient difficile de retrouver une parcelle de luciditĂ© dans le retour Ă  notre banal quotidien.
Une idée insatiable me traverse alors, comme une fièvre :
Revoir Lisa et le Diable... et ne plus jamais en sortir.

*Bruno
23.08.23.
05.04.11     
30.12.23. Vistfr. 4èx

lundi 4 avril 2011

LA CHAMBRE DES MORTS


de Alfred Lot. 2007. France. 1H53. Avec Mélanie Laurent, Eric Caravaca, Gilles Lelouche, Jonathan Zaccaï, Céline Sallette, Laurence Côte, Jean François Stevenin, Nathalie Richard, Stéphane Jobert.
Sortie en France le 14 Novembre 2007.

FILMOGRAPHIE: Alfred Lot est un réalisateur et scénariste Français.
2007: La Chambre des morts
2009: Une petite zone de turbulence

                                    

Premier long-mĂ©trage d'Alfred Lot, La Chambre des morts, adaptation cinĂ©matographique du roman de Franck Thilliez, empreinte la voie du thriller US en s'allouant d'une ambiance pesante et opaque, dans la mouvance du Silence des Agneaux et son angoisse palpable paroxystique des derniers retranchements.

Deux individus Ă©mĂ©chĂ©s circulant en voiture Ă  vive allure renversent par accident un homme alors qu'il venait de rapporter une rançon d'un million d'euros pour dĂ©livrer sa fille kidnappĂ©e. Le duo dĂ©cide de se dĂ©barrasser du corps et s'emparer de l'argent, pensant qu'il s'agit d'un butin de malfaiteur.
Le lendemain matin, après la dĂ©couverte du corps du père de famille, la police dĂ©pĂŞchĂ©e sur les lieux d'un entrepĂ´t trouve le cadavre de sa fille atteinte de cĂ©citĂ©, alors que des poils d'animaux sont laissĂ©s comme indice. Quelques jours plus tard, une seconde adolescente issue d'une famille prĂ©caire et souffrant de diabète est Ă  nouveau enlevĂ©e. La jeune policière Lucie et son collègue Norman enquĂŞtent sur cette sombre histoire laborieuse.

                                        

InterprĂ©tĂ© par une flopĂ©e de comĂ©diens modestement discrets et au physique naturel concordant, La Chambre des Morts suit l'enquĂŞte difficile de deux inspecteurs de police, Lucie, cĂ©libataire inflexible mais mère de deux enfants, et son Ă©quipier, le lieutenant Norman, secrètement amoureux de cette partenaire introvertie occultant un douloureux secret infantile.
Dès le prĂ©ambule percutant, particulièrement inopinĂ© dans les circonstances requises pour faire intervenir deux meurtres Ă©troitement liĂ©s Ă  une affaire de kidnapping sordide, le ton mortifère est donnĂ©. L'ambiance est rĂ©aliste, lourde et austère, dĂ©nuĂ©e d'effets Ă©purĂ©s avec l'apparition spectrale d'une jeune fille morte au sourire inerte, retrouvĂ©e ligotĂ©e sur une chaise dans l'environnement glauque d'un entrepĂ´t vide.
Cette dĂ©couverte macabre particulièrement dĂ©rangeante et poignante, Ă©ludĂ©e d'outrance putassière nous donne irrĂ©mĂ©diablement l'envie de dĂ©couvrir le cheminement de cette sombre affaire d'enlèvement infantile. Alors que le ou les coupables prĂ©sumĂ©s semblent eux-mĂŞmes profondĂ©ment affectĂ©s par un passĂ© potentiellement liĂ© Ă  une enfance maltraitĂ©e (d'oĂą la prĂ©sence de ses flashs-back rĂ©currents Ă©tablissant une relativitĂ© entre le tueur et l'inspectrice de police).

Avec sa texture blĂŞme d'une photographie blafarde, Alfred Lot nous entraĂ®ne parmi la complicitĂ© des solides comĂ©diens MĂ©lanie Laurent et Eric Caravaca Ă  suivre une troublante enquĂŞte cauchemardesque aux cimes du conte horrifique durant ses vingts dernières minutes Ă©prouvantes, remarquablement menĂ©es sur un rythme intensif et accentuĂ© par le tempo envoĂ»tant d'un score musical entĂŞtant. Un final qui rappelle fortement le point d'orgue angoissĂ© du Silence des Agneaux quand Clarice Starling essaie d'apprĂ©hender le coupable dans l'investissement de la propre demeure du tueur. Le psychĂ© traumatique liĂ©e Ă  l'enfance de Lucie est Ă©galement Ă  peine influencĂ© par le personnage docile qui Ă©tait campĂ© par Jodie Foster (alors qu'Ă  un moment prĂ©cis d'une sĂ©quence anodine, on apercevra brièvement dans la bibliothèque de la brigadier le fameux roman du second opus de Thomas Harris !).

                                 

Noir et rugueux, La Chambre des morts nous impose l'endroit grisonnant d'une citĂ© minière du nord de la France avec l'attribution de quelques dĂ©cors peu communs comme le refuge nocturne d'une boite sado-maso Ă©changiste, un zoo animalier rĂ©git par un nĂ©faste taxidermiste, une cave lugubre dĂ©crĂ©pie, un petit logement amĂ©nagĂ© d'animaux empaillĂ©s ou l'endroit flamboyant et gothique d'une chambre majestueuse, hĂ©ritĂ©e de la Hammer film.
Alors que les nombreux personnages qui parsèment le rĂ©cit se rĂ©vèlent le plus souvent des marginaux torturĂ©s, pervertis, avilis par le mal ou des individus esseulĂ©s, meurtris, aigris, Ă©voluant dans un milieu social peu privilĂ©giĂ©.
  
L'Ă©lĂ©gante MĂ©lanie Laurent interprète avec candeur, flegme et spontanĂ©itĂ© le personnage secret d'une jeune cĂ©libataire refoulĂ©e, victime malgrĂ© elle d'un passĂ© vilipendĂ©, profondĂ©ment esseulĂ©e dans son existence terne mĂŞme si l'Ă©ducation de ces deux jeunes enfants lui permet d'accorder un regain d'intĂ©rĂŞt pour son avenir sans ambition.
Son partenaire Eric Caravaca impute une aimable composition de lieutenant confirmĂ© dans une discrète prestance Ă©pris aux sentiments amoureux pour son Ă©quipière de service.
Gilles Lelouche se rĂ©vèle parfaitement tempĂ©rĂ© dans la peau d'un père de famille rongĂ© par le remord d'avoir osĂ© transgresser les lois dans sa complicitĂ© indirecte de devoir dissimuler un cadavre pour l'appât d'un gain faramineux. Son acolyte interprĂ©tĂ© par Jonathan ZaccaĂŻ est tout aussi royal de conviction dans ses exactions crapuleuses en chute libre impliquant le crime gratuit Ă©hontĂ©.
ATTENTION SPOILER !!!
CĂ©line Sallette Ă©tait totalement appropriĂ©e pour s'investir d'un rĂ´le chĂ©tif dans sa psychologie meurtrie et traumatisĂ©e par une enfance galvaudĂ©e. Elle se rĂ©vèle particulièrement inquiĂ©tante, ombrageuse dans ses accès dĂ©rangĂ©s d'une folie meurtrière impliquant la prĂ©sence dĂ©charnĂ©e de primates anthropoĂŻde, de loups et de chiens de chenil empaillĂ©s.
FIN DU SPOILER.

                                      

PassĂ© inaperçu Ă  sa sortie et peu aidĂ© par une critique timorĂ©e Ă  louer les qualitĂ©s formelles d'un thriller glauque captivant, La chambre des morts est une excellente surprise pour le cinĂ©ma de genre hexagonal. Son ambiance opaque et blafarde constamment prĂ©gnante, l'interprĂ©tation habile de chaque comĂ©dien inscrit dans une existence socialement minante ou dans l'anxiĂ©tĂ© d'une psychologie Ă©branlĂ©e et la qualitĂ© d'un scĂ©nario frivolement touffus mais passionnant acheminent un thriller oppressant des plus sĂ©duisants.

Dédicace à Jean François Dupuy.
04.04.11.
Bruno Matéï.

mercredi 30 mars 2011

LE ROYAUME DE GA'HOOLE, LA LEGENDE DES GARDIENS


Legend of the Guardians : The Owls of Ga'Hoole. de Zack Snyder. 2010. U.S.A. 1H39. Avec Emily Barclay, Abbie Cornish, Essie Davis, Adrienne DeFaria, Joel Edgerton, Deborra-Lee Furness, Sacha Horler, Bill Hunter...

Date de Sortie. France: 27 octobre 2010, U.S.A: 24 septembre 2010

FILMOGRAPHIE: Zack Snyder est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain nĂ© le 1er mars 1966 Ă  Green Bay, Wisconsin (États-Unis).
2004 : L'ArmĂ©e des morts
2007 : 300
2009 : Watchmen
2010 : Le Royaume de Ga'hoole : La LĂ©gende des gardiens
2011 : Sucker Punch
2012 : Superman: Man of Steel


    L'histoire est celle de Soren, un jeune hibou à qui son père relate la légende des Gardiens de Ga'Hoole, une bande de guerriers ailés mythiques qui menèrent une grande bataille afin de préserver la race des hiboux menacée par "les purs", des êtres démoniaques.


    Malheureusement je ne pourrais pas faire une critique détaillée par manque de temps mais je ne regrette pas LE ROYAUME DE GA'HOOLE.
    C'est un joli spectacle flamboyant sur les valeurs du Bien et du Mal, à situer quelque part entre Dark Crystal (les hiboux lobotomisés réduits à l'esclavage d'une puissance maléfique) et La Revanche des Siths (le 3è volet, pour la dualité des frères dont l'un décide de se subordonner aux forces obscures). Les envolées lyriques sont vertigineuses, les images évidemment magnifiques et il y a quelques scores musicaux envoutants et sublimes. Sans compter les séquences d'action quelque peu violentes (pour du familial) avec ses ralentis chorégraphiés, magistralement mis en scène par Snyder. Mission réussie pour notre réal actionner qui n'oublie jamais l'émotion de nos attachants hiboux ! L'animation est pour pas changer bluffante !




    mardi 29 mars 2011

    A BOUT PORTANT


    de Fred Cavayé. 2010. France. 1h24. Avec Gilles Lellouche, Roschdy Zem, Gérard Lanvin, Elena Anaya, Mireille Perrier, Claire Perot, Moussa Maaskri, Pierre Benoist, Valérie Dashwood, Virgile Bramly...

    Date de sortie France: 01 Decembre 2010.

    FILMOGRAPHIE: Fred CavayĂ© est un rĂ©alisateur français nĂ© Ă  Rennes le 14 dĂ©cembre 1967.
    2008: Pour elle
    2010: A bout portant.

                              

    Dans la lignĂ©e des films d'action hollywoodiens correctement emballĂ©s, A bout portant a de quoi rivaliser en terme de mise en scène maĂ®trisĂ©e menĂ©e Ă  un rythme effrĂ©nĂ©e. DotĂ© d'un indĂ©niable savoir-faire technique, le rĂ©alisateur dĂ©butant Fred CavayĂ© prouve qu'il est un habile faiseur de polar survitaminĂ©. Mais est-ce pour autant la rĂ©sultante d'un grand film d'action laissant dans la mĂ©moire une trace indĂ©lĂ©bile ?

    Samuel est un infirmier vivant paisiblement avec sa femme qui est sur le point d'accoucher. Un jour, un gang de malfrats dĂ©barque brutalement Ă  son domicile pour kidnapper sa compagne. Quelques instants plus tard, après avoir Ă©tĂ© violemment assommĂ©, Samuel se rĂ©veille avec la sonnerie de son tĂ©lĂ©phone portable ! Au bout du fil, les ravisseurs lui somment d'enlever un homme gravement blessĂ© rĂ©fugiĂ© dans son centre hospitalier et surveillĂ© par les forces de l'ordre. Mais pour cela, il  n'a que trois heures Ă  remettre Ă  ses malfaiteurs ce suspect dangereux afin de sauver la vie de sa dulcinĂ©e.

                             

    ATTENTION SPOILER !!! Deux hommes dans la ville que tout oppose, seuls contre tous, vont tenter de déjouer un odieux complot machiavélique mettant en cause un important dirigeant des services de police, coupable d'avoir commandité un crime en guise d'héritage faramineux. FIN DU SPOILER.
    VoilĂ  en gros le bref rĂ©sumĂ© de ce polar clinquant misant tout son potentiel dans une imparable efficacitĂ© de revirements intrĂ©pides et d'action Ă©chevelĂ©e !
    Il sera alors bien difficile pour le spectateur de s'y ennuyer tant les situations pernicieuses et les coups de trafalgar Ă©loquents se succèdent Ă  un rythme maximum ! Le problème avec ce genre de bondissant spectacle totalement ludique, c'est qu'il ne mise que sur son caractère haletant et spectaculaire au dĂ©triment des personnages et de la consistance d'un solide scĂ©nario. Car c'est lĂ  oĂą le bas blesse avec ce projet prometteur car les revirements incessants et rebondissement haletants en font finalement tellement des tonnes que les invraisemblances et les grosses ficelles coutumières pullulent avec une facilitĂ© dĂ©concertante. Comme les tentatives d'Ă©vasion de notre hĂ©ros sautant du haut d'une fenĂŞtre d'un appartement pour regagner celle situĂ©e en face avec une improbable aisance ! Ou celui d'empoigner avec une dĂ©sarmante agilitĂ© une altère pour la balancer dans la gueule de son adversaire hostile ! Des exemples comme ceux Ă©numĂ©rĂ©s sont introduits Ă  intervalle rĂ©gulier durant la globalitĂ© du rĂ©cit endiablĂ© !
    Mais le pire intervient avec l'arrivĂ©e organisĂ©e d'une bande de dĂ©linquants dĂ©favorisĂ©s venus foutre le zouc dans un commissariat sous les recommandations de l'Ă©quipier de Samuel, Starter, interprĂ©tĂ© par Roschdy Zem ! Une sĂ©quence loufoque complètement dĂ©bridĂ©e alors que nos hĂ©ros vont tenter dĂ©sespĂ©rĂ©ment de s'Ă©chapper des locaux policiers dans une succession d'incidents dĂ©ployĂ©s avec une frĂ©nĂ©sie dĂ©lurĂ©e !

                              

    Techniquement, le film percutant s'en sort haut la main et utilise habilement le maniement d'une camĂ©ra inventive investissant les lieux avec une agilitĂ© consciencieuse et structurĂ©e. Les dĂ©cors urbains sont esthĂ©tiquement soignĂ©s et particulièrement bien exploitĂ©s et les courses poursuites vertigineuses sont parfaitement spectaculairement dirigĂ©es.
    Mais l'Ă©motion forte est surtout privilĂ©giĂ©e vers son point d'orgue culminant dans une dernière demi-heure particulièrement intense pour les tentatives dĂ©sespĂ©rĂ©es que nos hĂ©ros doivent faire face Ă  rĂ©tablir la vĂ©ritĂ© et retrouver saine et sauve une otage condamnĂ©e Ă  une mort certaine !

    Gilles Lelouche se sort honorablement d'un rĂ´le de citoyen lambda destinĂ© Ă  retrousser ses manches et devenir un valeureux hĂ©ros pour sauver la vie de sa jeune future mère de famille. Agile, bondissant et tĂ©mĂ©raire, l'acteur dirigĂ© Ă  contre-emploi offre le meilleur de lui mĂŞme dans une jolie prestance qui permet d'accentuer le caractère dramatique de sa situation dĂ©sespĂ©rĂ©e.
    L'excellent Roschdy Zem et sa trogne confirmĂ©e de briscard finaud au regard austère assure un maximum dans sa froideur dĂ©terminĂ©e Ă  faire payer les responsables de sa traque dĂ©mesurĂ©e. Son dĂ©ploiement de violence ferme et sa capacitĂ© Ă  s'extraire des pires situations accordent pas mal de crĂ©dit envers cette incessante chasse Ă  l'homme.
    GĂ©rald Lanvin dans le rĂ´le du salaud dĂ©testable compose avec son habituelle autoritĂ© et son charisme endurci un personnage perfide, potentiellement dĂ©naturĂ© par une expression quelque peu caricaturale dans son regard noir dĂ©nuĂ© de la moindre parcelle d'humanitĂ©.

                               

    Sous ses airs de 24 h chrono limité en 3 heures de direct, A bout portant est un bon film d'action techniquement adroit et mené à un rythme d'enfer. Malheureusement, son scénario classique n'éludant pas les invraisemblances et les facilités requises empêchent le film captivant de se hisser au niveau du polar brut mémorable.
    Alors que l'interprétation globalement pertinente et l'efficacité des scènes d'action concourent malgré tout de nous faire passer un bon moment aimablement ludique.
    Les fans d'action pure et dure devraient en tous cas y trouver leur compte alors que notre pays hexagonal fait honneur au cinéma de genre techniquement judicieux et acéré.

    29.03.11
    Bruno Matéï.

    dimanche 27 mars 2011

    MOTHER AND CHILD. Grand Prix au Festival de Deauville 2010.

     

    de Rodrigo Garcia. 2010. U.S.A. 2H06. Avec Naomi Watts, Samuel L. Jackson, David Morse, Annette Bening, Carla Gallo, Brittany Robertson, Kerry Washington, Amy Brenneman, Tatyana Ali, Marc Blucas...

    Date de Sortie: France: 17 novembre 2010, U.S.A: 07 mai 2010.

    FILMOGRAPHIE:  Rodrigo Garcia est un rĂ©alisateur colombien nĂ© le 24 Aout 1959. Après diverses sĂ©ries TV, il entreprend de passer au long-mĂ©trage en 2008 avec Les Passagers.
    2008: Les Passagers. 2010: Mother and Child. 2011: Albert Nobbs.

                                            

    Grand vainqueur du Festival de Deauville en 2010, Mother and Child Ă©tablit sans niaiserie un drame intimiste et pudique dĂ©crivant avec une sobre sensibilitĂ© le tĂ©moignage tourmentĂ© de trois femmes lamentĂ©es. Une frustration commune de ne pouvoir accĂ©der Ă  leur rĂŞve d'une union familiale et maternelle inscrite dans la sĂ©rĂ©nitĂ© et l'Ă©panouissement. Karen est une quinquagĂ©naire caractĂ©rielle, solitaire et introvertie, contrariĂ©e par l'Ă©tat de santĂ© fĂ©brile de sa mère gravement malade. Sa fille Elisabeth a Ă©tĂ© abandonnĂ©e Ă  sa naissance alors que Karen n'avait que 14 ans au moment de l'accouchement. Elle est aujourd'hui une avocate cumulant les conquĂŞtes masculines jusqu'au jour oĂą elle envisage la naissance d'un enfant avec son patron. Lucy est une jeune fille infĂ©conde mais qui dĂ©cide en ultime recours d'adopter un enfant avec le soutien de son compagnon. Par le fruit du hasard, ces trois femmes inassouvies plongĂ©es dans l'amertume et les incertitudes vont finalement fusionner et s'Ă©pauler grâce Ă  l'alchimie de l'amour cathartique.

                                         

    DominĂ© par la prĂ©sence chĂ©tive et gracieuse de trois actrices formidables de justesse et de frugalitĂ©, Mother and Child est comme son titre le suggère l'union universelle des relations parentales bafouĂ©es. Une description introspective sur les rapports difficiles et conflictuels de trois femmes confrontĂ©es Ă  la lâchetĂ©, l'Ă©goĂŻsme et l'immaturitĂ© de parents complexĂ©s car eux mĂŞmes fustigĂ©s par leur enfance dĂ©loyale soumise Ă  la souffrance morale. C'est ce manque d'amour, de communication et de dignitĂ© qui aura Ă  jamais changer leur destinĂ©e et leur manière prĂ©caire de prendre en main un avenir austère pour la naissance Ă©ventuelle d'une progĂ©niture infantile. Le rĂ©alisateur Rodrigo Garcia dĂ©crit avec un soin humaniste entièrement dĂ©diĂ© Ă  la ligue fĂ©minine et sans discours pompeux le poignant cheminement de ces trois femmes profondĂ©ment meurtries par leur passĂ© troublĂ©. Une fĂŞlure ancrĂ©e dans leur mentalitĂ© depuis leur enfance galvaudĂ©e par la cause d'une dĂ©mission maternelle, alors qu'une malformation congĂ©nitale est sĂ©vèrement rĂ©primĂ©e pour l'une d'entre elles incapable de procrĂ©er. C'est ce parcours tortueux, semĂ© d'obstacles que nous allons suivre durant leurs moments intimes de doute et d'espoir jusqu'au jour oĂą la fatalitĂ© souhaite les unir pour tenter de rĂ©concilier les rancoeurs et sauver l'avènement d'un nouvel enfant.

                                                

    Naomi Watts incarne avec sensualitĂ© et un charme dĂ©senchantĂ© sous-jacent le profil instable d'une jeune avocate courtisane et indĂ©pendante, incapable d'assumer un foyer familial Ă  cause d'une mère absente depuis sa naissance. Son instinct maternel d'entreprendre malgrĂ© tout la naissance d'un enfant et le fait de retrouver sa mère biologique sont une manière rĂ©demptrice de pouvoir offrir un regain d'intĂ©rĂŞt Ă  sa vie esseulĂ©e Ă©ludĂ©e d'un amour pur et Ă©panoui. Et ce, mĂŞme si son nouvel amant (Samuel L. Jackson) semble avoir la maturitĂ© nĂ©cessaire pour s'y accorder avant de se dĂ©filer au moment le plus opportun. C'est Annette Bening qui compose le rĂ´le fragile d'une quinquagĂ©naire taciturne et caractĂ©rielle, victime d'avoir enfantĂ© dès son plus jeune âge un enfant qu'elle s'est vue contrainte et forcĂ©e d'abandonner. Sans doute le personnage le plus empathique du trio du fait d'une vie morne jalonnĂ©e de dĂ©ceptions amoureuses mais surtout une femme Ă  l'aube du 3è âge, rongĂ©e par la culpabilitĂ© Ă  cause d'une fille qu'elle aura trop longtemps dĂ©nigrĂ©. Enfin, Kerry Wahington (les 4 Fantastiques / The Dead Girl) interprète avec conviction une jeune femme de couleur dĂ©terminĂ©e Ă  adopter un enfant en guise d'infĂ©conditĂ© mais lâchement abandonnĂ©e et trahie par deux Ă©vènements fortuits. Son impatience, son pessimisme illĂ©gitime et son manque de courage envers un enfant qu'elle ne connait pas seront malgrĂ© tout privilĂ©giĂ©s par la prĂ©sence cette-fois ci fructueuse d'une mère aimante et attentionnĂ©e qui aura l'intelligence maternelle d'inculquer Ă  sa fille son Ă©thique liĂ©e au devoir parental, aux sens des valeurs mises en exergue dans la dignitĂ© humaine.

                                            

    Superbement interprĂ©tĂ© par trois actrices candides, Mother and Child est un drame fĂ©brile rĂ©alisĂ© avec modestie et pudeur compromis Ă  la filiation gĂ©nĂ©rationnelle de femmes engagĂ©es Ă  rendre leur vie plus harmonieuse par l'entremise de la fĂ©conditĂ©. Dans une mise en scène dĂ©pouillĂ©e de sentiments lacrymaux, Rodrigo Garcia dĂ©peint avec vĂ©ritĂ© mesurĂ©e le tĂ©moignage de ses femmes versatiles et refoulĂ©es blâmĂ©es par la faute de parents irresponsables. Mother and Child dĂ©montrant que l'innocence infantile est la pĂ©riode de la vie la plus prĂ©cieuse, qu'il faut Ă  tous prix en prĂ©server sa puretĂ© par l'amour conjugal engagĂ© dans une relation de confiance et d'Ă©quilibrĂ©e Ă©panoui.

    28.03.11
    Bruno Matéï.
                                           

    mercredi 23 mars 2011

    Harry Brown

                   
    de Daniel Barber. 2009. Angleterre. 1h43. Avec Michael Caine, Emily Mortimer, Liam Cunningham, Iain Glen, Jack O'Connell, Charlie Creed-Miles, Ben Drew, David Bradley, Raza Jaffrey, Joseph Gilgun...

    Date de Sortie. France: 12 janvier 2011 / U.S.A: 30 avril 2010

    FILMOGRAPHIE: Daniel Barber est un rĂ©alisateur britannique. 2007: The Tonto Woman (court-mĂ©trage). 2009: Harry Brown.

                                               

    Sur les traces d'Un Justicier dans la ville, Vigilante, le Droit de tuer ou plus rĂ©cemment l'excellent hommage Death Sentence, ce premier film du rĂ©alisateur anglais Daniel Barber renoue avec la violence hardcore, abrupte et poisseuse du Vigilante movie sur fond de malaise des banlieues. Et ce sans ne jamais verser dans la surenchère racoleuse comme il est gĂ©nĂ©ralement requis chez les films d'exploitations. Ainsi, cet Ă©lectro-choc subversif s'avère d'une puissance dramatique rarement illustrĂ©e de manière aussi clinique pour le genre (stigmatisĂ©) de l'auto-dĂ©fense, trop souvent engagĂ© dans le pur divertissement rĂ©ac (pour ne pas dire fascisant). Le Pitch: Après le dĂ©cès de sa femme gravement malade, Harry est un retraitĂ© reclus dans l'immeuble prĂ©caire de son quartier contrĂ´lĂ© par la dĂ©linquance environnante. ProfondĂ©ment peinĂ© de la disparition de sa dĂ©funte, il coule des jours langoureux en compagnie de son ancien ami LĂ©onard en se remĂ©morant avec nostalgie son passĂ© idyllique entre deux parties d'Ă©chec. Un jour, LĂ©onard rĂ©sidant dans le mĂŞme bâtiment lui avoue avec dĂ©sespoir son ras le bol de devoir faire face Ă  une bandes de jeunes dĂ©soeuvrĂ©s qui ne vivent que pour la violence, via leurs rĂ©currents règlements de compte faute de trafics de drogue. Le lendemain de leur discussion, la police dĂ©pĂŞchĂ©e au domicile de Harry lui apprend que son ami a Ă©tĂ© retrouvĂ© sauvagement assassinĂ© sous un tunnel Ă  proximitĂ© de leur building. De surcroĂ®t, il aura fallu un autre incident majeur portant atteinte cette fois-ci Ă  Harry pour que l'homme dĂ©chu se transforme en justicier vindicatif.

    VIOLENT SHIT.
    Ainsi, Ă  travers une mise en scène rugueuse impeccablement maĂ®trisĂ©e portant une sensible attention Ă  l'humanitĂ© meurtrie de ses personnages, Harry Brown nous emmène droit en enfer, au coeur d'un problème de sociĂ©tĂ© davantage expansif et sinistrĂ©: la montĂ©e de l'ultra-violence par l'entremise de la dĂ©linquance juvĂ©nile. Dès le âpre prĂ©ambule, filmĂ© camĂ©ra tremblotante Ă  l'Ă©paule, le ton est donnĂ© ! Un acte de violence lâchement gratuit est brutalement perpĂ©trĂ© envers une mère de famille horrifiĂ©e ! Alors que sa conclusion ironiquement percutante ciblant nos meurtriers dĂ©cervelĂ©s nous surprend de façon impondĂ©rable de par sa pathĂ©tique destinĂ©e involontairement fustigĂ©e. Sans compromis et refus du spectaculaire pĂ©taradant, car avec souci de vĂ©racitĂ© proche du documentaire, Harry Brown nous entraĂ®ne irrĂ©mĂ©diablement dans la moiteur d'un climat malsain tangible, sordide et poisseux octroyĂ© Ă  une folie meurtrière d'un nihilisme confondant ! Si bien que le cheminement mortuaire de ce retraitĂ© pacifiste et docile de prime abord demeure une langoureuse Ă©preuve suicidaire afin d'y rĂ©tablir la justice individuelle au sein d'un monde putride en Ă©tat d'agonie ! Chaque personnage marginal que Harry cĂ´toie Ă©tant incarnĂ© par des comĂ©diens sidĂ©rants d'authenticitĂ© de par leur charisme fĂ©tide de trogne burinĂ©e, fracassĂ© d'une existence en dĂ©liquescence et ravagĂ© par le flĂ©au de la drogue dure. Des brutes psychotiques se vautrant en toute nĂ©gligence dans l'insalubritĂ© uniquement destinĂ©es Ă  l'auto-destruction et l'addiction refoulĂ©e de la violence immorale. Des acteurs famĂ©liques si criant de vĂ©ritĂ© que l'on en vient mĂŞme Ă  se demander s'il ne s'agit pas de vĂ©ritables toxicomanes jouant leur propre rĂ´le face l'Ă©cran ! A titre d'exemple imparable, la sĂ©quence qui voit Harry Brown pĂ©nĂ©trer dans l'enceinte d'un appartement crasseux suintant la puanteur et l'Ă©cume auquel deux camĂ©s ont maltraitĂ© une jeune prostituĂ©e après avoir filmĂ© leurs Ă©bats sexuels s'avère sidĂ©rant de malaise persuasif. Une atmosphère licencieuse est dĂ©vouĂ©e Ă  s'insinuer lentement Ă  travers notre psychĂ© tourmentĂ©e avant l'explosion de violence aussi explicite que radicale !
                                 
    Par consĂ©quent, ce parcours funeste dirigĂ© avec autoritĂ© par un cinĂ©aste consciencieux dĂ©montre avec un esprit de maturitĂ© et une puissance dramatique acĂ©rĂ©e le cheminement de certains protagonistes Ă©paulĂ©s par leur moralitĂ© mais irrĂ©solus, impuissants face Ă  la sauvagerie d'une jeunesse qu'ils ne comprennent plus. Un triste constat dĂ©loyal nous est donc Ă©tabli sans dĂ©tour si bien que la communication est dĂ©finitivement rompue Ă  travers l'intolĂ©rance des deux camps rivaux pour cause d'une paritĂ© davantage discriminatoire et tendancieuse. Alors que certains parents incriminĂ©s et responsables sont Ă©galement de la partie pour dĂ©raciner une sociĂ©tĂ© laxiste en chute libre, sans dĂ©ontologie, pratiquant une violence punitive sauvagement rĂ©torquĂ©e. C'est l'immense Michael Caine qui s'accapare de l'Ă©cran avec une austĂ©ritĂ© amère pour envoĂ»ter chaque sĂ©quence dans la dĂ©chĂ©ance humaine de ces quidams toxicos et meurtriers qu'il combat sans restriction. Une imposante prĂ©sence humaine chĂ©tive car n'oubliant jamais sa dignitĂ© empathique (voir la sĂ©quence oĂą il dĂ©cide de sauver une jeune fille droguĂ©e en allant la dĂ©poser devant l'entrĂ©e d'un hĂ´pital) pour un homme soudainement laminĂ© par le poison de la violence gratuitement perpĂ©trĂ©e. Un vengeur spectral et mĂ©thodique Ă©trangement diabolisĂ© par l'emprise de la haine, l'iniquitĂ© et la rancoeur. Ce qui aura pour consĂ©quence irrĂ©versible d'alimenter sa vengeance expĂ©ditive. DĂ©muni de ceux qu'ils chĂ©rissaient, anĂ©anti par la perte de son vieil ami sauvagement assassinĂ© dans des conditions atroces, l'acteur habitĂ© par sa souffrance Ă©lĂ©giaque nous envoie en pleine face son malaise insurmontable de devoir nĂ©cessairement affronter en ange exterminateur des jeunes dĂ©linquants rĂ©duits Ă  l'Ă©tat primal. 

    TOUTE SOCIETE ENGENDRE LES CRIMES QU'ELLE MERITE.
    Nonobstant un final futilement conventionnel dans son effet de suspense escomptĂ©, Harry Brown est un cauchemar urbain d'une aura viscĂ©rale suffocante. NoyĂ© d'un pessimisme alarmant, le film profondĂ©ment dĂ©rangeant dĂ©peint avec une vĂ©ritĂ© aride qui laisse sur les rotules un terrifiant sentiment d'Ă©chec sur la dĂ©linquance juvĂ©nile. Un tableau tristement actuel sur cette jeunesse dĂ©soeuvrĂ©e rĂ©fugiĂ©e dans la drogue et la banalitĂ© de la mort, totalement dĂ©sorientĂ©e d'un avenir impondĂ©rable et nĂ©gligeable, et donc davantage enracinĂ©e dans leur rĂ©volte aliĂ©nĂ©e. Alors que les forces de l'ordre ordonnĂ©es Ă  Ă©radiquer les Ă©meutes intempestives se regroupent machinalement Ă  une guerre sans merci pour un scĂ©nario stĂ©rĂ©otypĂ© qui ne fera que se rĂ©pĂ©ter Ă  l'infini. Et ce n'est pas au final les rĂ©sultats insidieux des chiffres prometteurs de la baisse de la dĂ©linquance qui viendront nous rĂ©conforter sur l'avenir d'une gĂ©nĂ©ration sacrifiĂ©e, prĂŞte Ă  y ordonner le chaos ! Proprement effrayant de luciditĂ©, tristement actuel et implacablement dĂ©vastateur !

    Dédicace à Philippe Beun-Garbe et Daniel Aprin.
    23.03.11
    Bruno Matéï.
                         
                                           

    mardi 22 mars 2011

    NAVIGATOR (The Navigator: A Mediaeval Odyssey)

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinebisart.com

    de Vincent Ward. 1988. Australie/Nouvelle Zélande. 1h31. Avec Bruce Lyons, Chris Haywood, Hamish McFarlane, Marshall Napier, Noel Appleby, Paul Livingston, Sarah Peirse, Mark Wheatley, Tony Herbert, Jessica Cardiff-Smith...

    Date de sortie: U.S.A: Décembre 1988.

    FILMOGRAPHIE: Vincent Ward est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur néo-zélandais né en 1956 à Greytown (Nouvelle-Zélande).
    1984 : Vigil. 1988 : The Navigator: A Mediaeval Odyssey. 1993 : Map of the Human Heart. 1998 : Au-delĂ  de nos rĂŞves. 2005 : River Queen


    Une dĂ©cennie avant la guimauve Au delĂ  de nos rĂŞves (dĂ©solĂ© pour les fans), le mĂ©connu Vincent Ward s'Ă©tait surpassĂ© en 1988 pour mettre en boite un film maudit, chef-d'oeuvre d'aventures fantastiques inexplicablement condamnĂ© Ă  l'oubli, voir l'indiffĂ©rence depuis sa discrète sortie en salles. En 1348, dans un village anglais, la peste noire fait rage et terrorise les habitants. Mais un groupe d'aventuriers menĂ© par un enfant prodige part Ă  la quĂŞte d'une cathĂ©drale situĂ©e Ă  l'autre bout du monde pour y dĂ©poser une croix. Pour cause, c'est Ă  travers la vision d'un rĂŞve prĂ©monitoire que le jeune Griffin parvint Ă  convaincre ses camarades que seule une icone religieuse pourrait les protĂ©ger de la maladie mortellement contagieuse. Mais en creusant un tunnel, ils se retrouvent projetĂ©s quelques siècles plus tard, en 1988, dans l'agglomĂ©ration urbaine de la Nouvelle-ZĂ©lande ! Attention ovni immersif saisissant de rĂ©alisme historique, Ă  situer quelque part entre Bandits, bandits de Terry Gillian et le (tristement) cĂ©lèbre Les Visiteurs de Jean Marie Poiret ! L'oeuvre insolite s'avère d'autant plus captivante et dĂ©paysante qu'elle est endossĂ©e par des comĂ©diens mĂ©connus criant de vĂ©ritĂ© tant et si bien qu'on les croiraient sortis de l'Ă©poque mĂ©diĂ©vale dans lequel ils Ă©voluent ! Comme le sous-titre originel l'indique, cette odyssĂ©e mĂ©diĂ©vale conduite avec entrain par deux frères et quatre acolytes nous transporte au sein d'un pĂ©riple fantastique Ă  la fois baroque et dĂ©lirant.


    En effet, de manière rĂ©currente, nombre de sĂ©quences impromptues vont interfĂ©rer chez nos hĂ©ros en herbe, comme celles de traverser prudemment une autoroute Ă  la circulation intensive, s'opposer contre les grues d'un chantier industriel en travaux ou encore affronter Ă  bord d'une barque, et accompagnĂ© d'un cheval blanc, un sous-marin s'extirpant brusquement de la mer dĂ©chaĂ®nĂ©e. Sans compter qu'un peu plus tard, l'un de nos hĂ©ros affrontera un train en marche de manière suicidaire, bien avant qu'un autre n'escalade une gigantesque cathĂ©drale pour y implanter la fameuse croix. Nombre de ces situations saugrenues transposĂ©es dans notre environnement contemporain auraient pu sombrer dans le ridicule (remember les pitreries des Visiteurs et de l'insupportable Clavier profĂ©rant Ă  tout va ses rĂ©pliques risibles !) si elles n'Ă©taient pas mis en exergue avec autant de rĂ©alisme et de soin formel sous couvert du voyage temporel plus vrai que nature. Une escapade semĂ©e d'embĂ»ches rationnelles mais rendues extraordinaires sous l'impulsion effarĂ©e de nos hĂ©ros confrontĂ©s Ă  l'infrastructure de notre monde civilisĂ©. Tel l'illumination fĂ©erique d'une mĂ©tropole nocturne, l'apparence futuriste de nos vĂ©hicules routiers, la trajectoire outre-mesure d'un navire submersible ou celle rectiligne d'un convoi cheminant Ă  grande vitesse. Outre son panel de cocasseries folingues, la force du rĂ©cit Ă©mane aussi de son contexte mĂ©diĂ©val illustrant, non sans humour, sensibilitĂ© et poĂ©sie, une pĂ©riode noire de pandĂ©mie via la transmission mortelle de la peste et d'y semer les thèmes de la peur de la maladie et du sens du sacrifice. Car Ă  travers les songes d'un enfant aux pouvoirs divinatoires, Navigator entreprend notamment de nous conter le voyage initiatique d'une cohĂ©sion hĂ©roĂŻque avec une candeur humaine fragile.


    D'une fulgurance formelle alternant le noir et blanc et la couleur, et scandĂ© de choeurs religieux, Navigator est un chef-d'oeuvre de fantaisies hĂ©roĂŻques au pouvoir de fascination prĂ©gnant. Quand bien mĂŞme on finit par se surprendre de sa dimension dramatique lors d'un final poignant prĂ´nant le sens du sacrifice et le code d'honneur familial. Une odyssĂ©e fĂ©erique inoubliable Ă  dĂ©couvrir d'urgence ! 

    Note: Le film aurait été couronné de 21 récompenses à travers le monde dont le Meilleur Film à Sitges, au Fantafestival, au New Zealeand Film and TV Awards et à l'Australian Film Institute.

    22.03.11
    Bruno Matéï