jeudi 13 mars 2014

Cruising (La Chasse)


                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site acesite.e-monsite.com

de William Friedkin. 1980. U.S.A. 1h42. Avec Al Pacino, Paul Sorvino, Karen Allen, Richard Cox, Don Scardino, Joe Spinell, Jay Acovone.

Sortie salles France: 24 Septembre 1980

FILMOGRAPHIE: William Friedkin est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur de film amĂ©ricain, nĂ© le 29 aoĂ»t 1935 Ă  Chicago (Illinois, États-Unis). Il dĂ©bute sa carrière en 1967 avec une comĂ©die musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaĂ®tra la consĂ©cration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux rĂ©compensĂ©s Ă  la cĂ©rĂ©monie des Oscars d'Hollywood. 1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: TĂŞtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police FĂ©dĂ©rale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: TraquĂ©. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.


Ce film n'est pas un réquisitoire contre l'homosexualité. Il ne dépeint qu'une minorité, non représentative.

Film culte controversĂ©, Cruising fut pointĂ© du doigt par certaines ligues homosexuelles amĂ©ricaines pour l’image sordide qu’il infligerait Ă  leur identitĂ© sexuelle. Pourtant, le film est avant tout une descente aux enfers, un voyage au bout de la nuit dans les marges SM du milieu gay new-yorkais. Depuis qu’un meurtre effroyable a Ă©tĂ© commis, un jeune flic est contraint d’infiltrer les clubs cuir pour traquer le tueur. Alors que deux nouveaux assassinats viennent d’ĂŞtre perpĂ©trĂ©s, Steve Burns, Ă  la dĂ©rive, oriente ses soupçons sur un jeune homosexuel et l’attire dans un piège. (Friedkin en profite au passage pour dĂ©noncer les mĂ©thodes brutales de la police, prĂŞtes Ă  tout pour arracher des aveux.) Pendant ce temps, le vĂ©ritable tueur continue d’observer, silencieux, en quĂŞte de sa prochaine proie.


Cruising est un film choc Ă  plus d’un titre, dont l’aura de scandale a largement contribuĂ© Ă  la lĂ©gende. Mais c’est aussi une expĂ©rience sensorielle et Ă©motionnelle atypique, tant nous sommes happĂ©s dans un univers suffocant, poisseux, aussi dĂ©rangeant qu’irrĂ©sistiblement fascinant. Rarement une camĂ©ra n’aura osĂ© s’immiscer aussi frontalement dans le monde SM avec une telle prĂ©cision documentaire. D’autant que la prĂ©sence magnĂ©tique, ambivalente d’Al Pacino nous force Ă  endosser malgrĂ© nous le rĂ´le du voyeur. Ă€ travers ses errances nocturnes, nous pĂ©nĂ©trons des lieux interlopes oĂą se pratiquent des rituels sexuels dĂ©fiant toute pudeur — rites qu’il devra parfois lui-mĂŞme incarner.

Ainsi, par l’infiltration de ce flic indĂ©cis, William Friedkin orchestre l’introspection d’un hĂ©tĂ©rosexuel confrontĂ© Ă  une communautĂ© marginale, perçue comme dĂ©viante, et au risque de se perdre dans les mĂ©andres du Mal. Car Ă  force de travestir son identitĂ©, de feindre un dĂ©sir qui n’est pas le sien, Steve Burns se compromet, se fragmente, et s’engage dans un combat intĂ©rieur — traquant un tueur pour mieux Ă©chapper Ă  ses propres dĂ©mons. Pour reprendre une cĂ©lèbre citation : « Celui qui combat des monstres doit prendre garde Ă  ne pas devenir monstre lui-mĂŞme. » Et lorsque le suspect est enfin interpellĂ©, Friedkin pousse le malaise jusqu’Ă  son paroxysme en instillant une ambiguĂŻtĂ© glaciale sur la culpabilitĂ© rĂ©elle du hĂ©ros.


D’un rĂ©alisme cru — aussi bien dans sa violence que dans sa reprĂ©sentation frontale du milieu SM — et d’une rigueur technique d’une rare maĂ®trise, Cruising rĂ©invente le thriller noir sous une forme hypnotique, presque expĂ©rimentale. Un voyage au cĹ“ur des tĂ©nèbres que Pacino traverse avec une fragilitĂ© spectrale, comme aspirĂ© par une fascination perverse. Et c’est justement cette opacitĂ© troublante qui nous interroge : jusqu’oĂą le Mal s’infiltre-t-il en nous ?
Attention chef-d’Ĺ“uvre.

Bruno 
3èx

                                       

mercredi 12 mars 2014

The Children. Mention spéciale du Jury au Festival de Strasbourg, 2009

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Tom Shankland. 2008. Angleterre. 1h25. Avec Eva Birthistle, Stephen Campbell Moore, Hannah Tointon, Eva Sayer, William Howes, Rachel Shelley.

Sortie salles France: 21 Octobre 2009. Angleterre: 5 DĂ©cembre 2008

FILMOGRAPHIE: Tom Shankland est un réalisateur et scénariste anglais.
2006: No night is too long (télé-film). 2007: Waz. 2009: The Children


Après Waz, un excellent thriller passĂ© inaperçu, Tom Shankland change de registre pour bifurquer vers l'horreur en empruntant la thĂ©matique de l'enfant tueur. Dans la lignĂ©e du Village des DamnĂ©s et plus prĂ©cisĂ©ment des RĂ©voltĂ©s de l'an 2000, The Children relate la journĂ©e de cauchemar de deux familles anglaises rĂ©unis dans un cadre bucolique pour fĂŞter le jour de l'an mais sĂ©vèrement pris Ă  parti avec leurs propres enfants depuis qu'un Ă©ventuel virus s'est infiltrĂ© en eux ! NĂ©anmoins, nous ne connaĂ®trons jamais l'origine de ce mal mystĂ©rieux jusqu'Ă  sa conclusion nihiliste. A moins d'avoir sombrĂ© dans la dĂ©mence, nous ne serons jamais ce qu'il en adviendra, d'autant plus que seuls les enfants en furent les principales victimes de cette Ă©trange Ă©pidĂ©mie. SĂ©rie B terriblement oppressante Ă  la tension exponentielle, The Children joue dans la cour des grands afin d'y consolider un film d'horreur premier degrĂ©. C'est Ă  dire adulte, intègre, froid, tranchĂ©, totalement Ă©ludĂ© de fioriture, si ce n'est un humour noir terriblement grinçant. PassĂ© l'intro nous prĂ©sentant la convivialitĂ© de jeunes parents prĂ©parant les festivitĂ©s au sein de leur chalet, un climat inquiĂ©tant va rapidement s'installer quand la camĂ©ra ausculte les regards Ă©quivoques de chacun des bambins. 


Semblant Ă©pris d'un malaise aussi psychologique que viscĂ©ral, leur manière hostile d'observer leur famille provoque une gĂŞne qui va doucement accroĂ®tre au fil de leurs vicieuses stratĂ©gies. Car ce climat suspicieux particulièrement angoissant accroĂ®t son intensitĂ© lorsque le premier incident meurtrier nous sera dĂ©voilĂ©. Dès lors, le spectateur est pris Ă  la gorge pour tĂ©moigner des exactions sanglantes d'assassins en culottes courtes Ă©ludĂ©s de moindre compassion pour leurs proches. Avec un rĂ©alisme cru et une brutalitĂ© peu commune, le rĂ©alisateur exacerbe des sĂ©quences chocs cinglantes nous provoquant un malaise palpable, d'autant plus que de simples enfants en sont ici les principaux tortionnaires ! Qui plus est, avec un esprit jusqu'au-boutiste, Tom Shankland poussera encore plus loin le bouchon de la tolĂ©rance en assassinant "brutalement" face Ă©cran trois des chĂ©rubins. Et si l'intrigue linĂ©aire demeure sans surprise, le rĂ©alisateur se raccroche fort habilement Ă  l'efficacitĂ© d'une succession d'Ă©vènements sanglants s'enchaĂ®nant sans rĂ©pit pour y parfaire un survival brut de dĂ©coffrage. DĂ©boussolĂ©s et pris de stupeur de par la gravitĂ© des incidents meurtriers, la plupart des adultes se refuse Ă  admettre la culpabilitĂ© de leurs enfants et finissent donc par se rejeter la faute l'un sur l'autre avant de pointer du doigt la jeune adolescente Casey (l'unique tĂ©moin ayant compris le comportement assassin des enfants). Au dĂ©cor rĂ©frigĂ©rant d'une neige endeuillĂ©e, un sentiment de claustration s'y fait notamment ressentir quand les derniers survivants doivent s'isoler Ă  l'intĂ©rieur de la maison pour tenter de s'y protĂ©ger. Des sĂ©quences tendues d'une intensitĂ© terrifiante parfois difficilement supportable psychologiquement parlant, notamment lorsque la violence intolĂ©rable des actes meurtriers s'y confondent entre adultes et enfants. 


D'un rĂ©alisme brutal dans sa violence radicale, The Children met les nerfs Ă  l'Ă©preuve pour nous horrifier en provoquant un vrai malaise face Ă  la responsabilitĂ© infantile de nos anges exterminateurs ! Il en rĂ©sulte inĂ©vitablement un film-choc d'une redoutable efficacitĂ©, une rĂ©fĂ©rence confinĂ©e aux archives du genre, Ă  ne pas mettre toutefois entre toutes les mains du fait de sa rigueur Ă©motionnelle franchement Ă©prouvante. 

Bruno 
3èx. Vostfr

Récompense: Mention spéciale du Jury lors du Festival européen du film fantastique de Strasbourg, 2009.

mardi 11 mars 2014

HER

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site teaser-trailer.com

de Spike Jones. 2013. U.S.A. 2h00. Avec Joaquim Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams, Rooney Mara, Olivia Wilde, Sam Jaeger, Luka Jones.

Sorties salles France: 19 Mars 2014. U.S: 18 Décembre 2013

FILMOGRAPHIE: Spike Jonze (nĂ© Adam Spiegel le 22octobre 1969 Ă  Rockville, Maryland) est un rĂ©alisateur de vidĂ©os clips et de cinĂ©ma ainsi qu'un producteur de tĂ©lĂ©vision.
1999: Dans la peau de John Malkovich. 2003: Adaptation. 2009: Max et les maximonstres. 2013: Her.


Dans la veine de Simone et d'Electric Dreams, Her dĂ©peint de manière expĂ©rimentale les comportements amoureux d'un Ă©crivain avec une conscience informatique au sein d'une sociĂ©tĂ© futuriste. Au fil de leurs rapports intimes que ThĂ©odore entretient Ă  l'aide d'une simple oreillette, Her renouvelle le concept amoureux par l'intonation d'une voix synthĂ©tique douĂ©e d'une grande intelligence et capable d'Ă©prouver de rĂ©els sentiments. Leurs Ă©changes de conversations finissent rapidement par dĂ©boucher sur une relation sentimentale intense que le spectateur ressent avec rĂ©elle compassion, et cela en dĂ©pit du caractère saugrenu d'un homme rĂ©duit Ă  la matĂ©rialitĂ© de son ordinateur et sa solitude d'un rĂ©cent divorce. Au fil de leurs entretiens qu'ils se livrent dans un jeu de confiance et de confidences mutuelles, nous nous surprenons Ă  Ă©prouver comme ThĂ©odore une vĂ©ritable affection pour une voix artificielle dĂ©nuĂ©e de corps mais Ă©prise d'Ă©motions et de dĂ©sir sexuel ! Ce qui donne lieu Ă  des situations hors normes parfois dĂ©stabilisantes, pour ne pas dire dĂ©rangeantes (je pense au triolisme imposĂ© par Samantha qui dĂ©bouchera sur une sĂ©vère dĂ©sillusion). Cette liaison atypique entièrement conçue sur le dialecte des personnages est notamment une occasion de dĂ©voiler l'acuitĂ© des mots et leurs capacitĂ©s Ă  faire naĂ®tre l'amour lorsqu'ils sont exprimĂ©s avec passion, intĂ©gritĂ© et considĂ©ration. Mais c'est Ă©galement oublier les effets pervers de la passion dĂ©vorante, sa nature Ă©goĂŻste, son esprit possessif et sa jalousie rancunière, quand bien mĂŞme l'infidĂ©litĂ© en Ă©tait la principale consĂ©quence !


Drame romantique d'une sensibilitĂ© prude et dĂ©sespĂ©rĂ©e auquel son climat austère reflète bien la dĂ©shumanisation de nos sociĂ©tĂ©s modernes, Spike Jones illustre un conte des plus anxiogènes sur l'individualitĂ© de l'ĂŞtre humain toujours plus capricieux car dĂ©pendant d'outils technologiques toujours plus performants. A travers la liaison artificielle que ThĂ©odore entretient avec une voix informatisĂ©e, le rĂ©alisateur dĂ©crypte donc l'Ă©tude comportementale de l'homme isolĂ© dans sa propre prison, car ne sachant plus aimer dans une modeste simplicitĂ© et donc rĂ©duit Ă  retrouver un semblant de libertĂ© dans l'illusion du sommeil. Angoissant et dĂ©primant, Ă  l'instar de tous ces citadins radoteurs dĂ©ambulant comme des automates au sein d'une urbanisation dĂ©nuĂ©e de communication, Her bouleverse les sens du spectateur car il ne cesse de nous alarmer sur la dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale de notre civilisation noyĂ©e dans une course au progrès.


"L'amour commence par l'éblouissement d'une âme qui n'attendait rien et se clôt sur la déception d'un moi qui exige tout."
Au rythme fragile d'une partition mélancolique, il en émane un constat alarmiste et déprimant sur le poids de la solitude et de l'incommunicabilité, non dépourvu de lueur d'espoir dans sa conclusion en demi-teinte, mais auquel sa dimension poétique ébranle le spectateur pour sa remise en question sur la notion de l'amour et notre dépendance à la matérialité.

Bruno Matéï

Récompenses:
Festival international du film de Rome 2013 : prix de la meilleure actrice pour Scarlett Johansson (sélection officielle)
Alliance of Women Film Journalists Awards 2013 : meilleure représentation de la nudité, de la sexualité ou de la séduction pour Scarlett Johansson et Joaquin Phoenix
American Film Institute Awards 2013 : top 10 des meilleurs films de l'année
Austin Film Critics Association Awards 2013 : meilleur film, meilleur scénario original pour Spike Jonze, Special Honorary Award pour Scarlett Johansson
Chicago Film Critics Association Awards 2013 : meilleur scénario original pour Spike Jonze, meilleure musique de film pour Arcade Fire
Detroit Film Critics Society Awards 2013 : meilleur film, meilleur scénario, meilleure actrice dans un second rôle pour Scarlett Johansson
Florida Film Critics Circle Awards 2013 : meilleur scénario original pour Spike Jonze
Indiana Film Journalists Association Awards 2013 : meilleur scénario original pour Spike Jonze, Original Vision Award
Kansas City Film Critics Circle Awards 2013 : meilleur scénario original pour Spike Jonze, meilleur film de science-fiction, d'horreur ou fantastique
Las Vegas Film Critics Society Awards 2013 : meilleur scénario pour Spike Jonze
Los Angeles Film Critics Association Awards 2013 : meilleur film (ex-æquo avec Gravity), meilleure direction artistique pour K. K. Barrett
Online Film Critics Society Awards 2013 : meilleur scénario original pour Spike Jonze
National Board of Review Awards 2013 : meilleur film, meilleur réalisateur pour Spike Jonze
New York Film Critics Online Awards 2013 : meilleur scénario pour Spike Jonze
San Diego Film Critics Society Awards 2013 : meilleur film, meilleur scénario original, meilleure musique de film pour Arcade Fire
St. Louis Film Critics Association Awards 2013 : meilleur scénario original pour Spike Jonze et meilleure musique de film pour Arcade Fire
Toronto Film Critics Association Awards 2013 : meilleur scénario original pour Spike Jonze
Washington D.C. Area Film Critics Association Awards 2013 : meilleur scénario original pour Spike Jonze
Central Ohio Film Critics Association Awards 2014 : meilleur scénario original pour Spike Jonze et meilleure musique de film pour Arcade Fire
Critics' Choice Movie Awards 2014 : meilleur scénario original pour Spike Jonze
Golden Globes 2014 : meilleur scénario pour Spike Jonze
Writers Guild of America Awards 2014 : meilleur scénario original pour Spike Jonze
Oscars du cinéma 2014 :
Meilleur scénario original pour Spike Jonze



lundi 10 mars 2014

Indiana Jones et le Royaume du crane de Cristal / Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Steven Spielberg. 2008. U.S.A. 2h03. Avec Harrison Ford, Shia LaBeouf, Cate Blanchett, Karen Allen, Ray Winstone, John Hurt, Jim Broadbent.

Sortie salles France: 21 Mai 2008. U.S: 22 Mai 2008

FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis).1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln.


"Les derniers éclats du fouet."
Dix-neuf ans après sa dernière croisade, Indiana Jones remet le couvert et se lance dans une nouvelle chasse au trĂ©sor, direction le PĂ©rou. Cette fois, il s’agit de retrouver la trace du crâne de cristal, objet lĂ©gendaire jadis liĂ© Ă  la citĂ© d’Akator, aujourd’hui disparu. Parti Ă  sa recherche, son ami Oxley a Ă©tĂ© enlevĂ© par l’armĂ©e russe du colonel Irina Spalko. ÉpaulĂ© par son propre fils, Indy devra s’allier Ă  un agent double - bientĂ´t rejoint par son ancienne compagne Marion - pour rĂ©cupĂ©rer le trĂ©sor et en dĂ©jouer le dĂ©tournement.

InspirĂ© d’une idĂ©e imposĂ©e par George Lucas, qui souhaitait renouer avec l’esprit B movie de la science-fiction des annĂ©es 50, Steven Spielberg rallume la flamme de l’aventure Ă©pique en situant l’action Ă  l’Ă©poque de la guerre froide. Fort de son savoir-faire technique et du charme retrouvĂ© de ses interprètes (en dĂ©pit de Karen Allen, peu Ă  l'aise), Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal s’impose comme un divertissement aussi haletant que rĂ©jouissant - mĂŞme si la magie et l’intensitĂ© d’antan s’y font plus timides, faute de certains FX en CGI Ă©tonnamment ratĂ©s pour une prod Spielberg. Tous les ingrĂ©dients familiers (action, aventure, romance, humour) sont heureusement au rendez-vous, suivant le mĂŞme canevas narratif que ses illustres prĂ©dĂ©cesseurs.


Si certains ont moquĂ© le final Ă©sotĂ©rique, je trouve au contraire que l’idĂ©e, audacieuse, reste fidèle Ă  la veine paranormale de la saga et s’inscrit parfaitement dans la mythologie des crânes de cristal - cette frontière fascinante entre croyance scientifique et foi en l’inexplicable.

La nouvelle recrue Shia LaBeouf s’en sort brillamment : rebelle, nerveux, il incarne avec aplomb un jeune hĂ©ros fougueux et insolent. En revanche, la prĂ©sence de Karen Allen déçoit. Sa première apparition suscite la douce nostalgie des dĂ©buts, pour sĂ»r, mais son jeu, manquant d’Ă©loquence et de tonus, peine bizarrement Ă  s’harmoniser avec l’Ă©nergie du groupe. Celle qui incarnait jadis une femme vive, tĂ©mĂ©raire et pleine de compassion pour Indy, n’est plus ici que l’ombre d’elle-mĂŞme, malgrĂ© la bienveillance de son sourire comme le souligne son final Ă©motif. 

Quant à Harrison Ford, malgré le poids des années, il parvient encore à retrouver, presque intacte, la vigueur bondissante de ses débuts : héros opiniâtre, indomptable face au danger. Enfin, Cate Blanchett, dans le rôle de la méchante, compose avec charisme une matriarche russe figée dans son autorité glaciale.


"Le crépuscule d'Indiana Jones."
Si ce quatrième volet ne possède pas la patine de ses modèles et du dernier opus - le numĂ©rique trahissant parfois la texture des dĂ©cors naturels et la majestĂ© du temple maya -, Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal demeure nĂ©anmoins trĂ©pidant, grandiose et bougrement spectaculaire. De l’ouverture nerveuse dans l’entrepĂ´t de la zone 51 Ă  la course-poursuite hallucinante en pleine jungle, Spielberg prouve encore qu’il sait orchestrer l’aventure avec une Ă©nergie communicative. Un retour imparfait, certes, mais gĂ©nĂ©reux, charmant, ludique, bonnard, qui garde vivante la lĂ©gende.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. 19.10.25. 4K. VF

La critique des Aventuriers de l'arche perdue (les): http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/les-aventuriers-de-larche-perdue.html
Indiana Jones et le temple maudit: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/indiana-jones-et-le-temple-maudit.html
Indiana Jones et la Dernière croisade: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/03/indiana-jones-et-la-derniere-croisade.html


vendredi 7 mars 2014

Le Massacre des Morts-Vivants

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant Ă  Dead-movie

de Jorge Grau. 1974. Espagne/Italie. 1h35. Avec Cristina Galbo, Ray Lovelock, Arthur Kennedy, Aldo Massasso, Giorgio Trestini, Roberto Posse, José Lifante, Jeannine Mestre.

Sortie salles : 28 Novembre 1974

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Jorge Grau est un réalisateur et scénariste espagnol, né le 27 Octobre 1930 à Barcelone. 1973: Ceremonia sangrienta. 1974: Le Massacre des Morts-Vivants. 1959: Costa Brava. 1960: Sobre Madrid. 1960: Medio siglo en un pincel. 1961: Laredo, Costa Esmeralda. 1961: Barcelona vieja amiga. 1976: La Siesta. 1982: La Leyenda del tambor. 1983: Coto de Caza. 1987: El extranger-oh ! de la calle Cruz del Sur. 1990: La punyalada. 1994: Tiempos mejores.

 
"Apocalypse en vallĂ©e morte : l’ombre putride du Massacre des Morts-Vivants".
Ă€ travers le thème du zombie transalpin, alors que Lucio Fulci signait ses lettres de noblesse avec quatre fleurons inoxydables - L’Enfer des Zombies, Frayeurs, L’Au-delĂ , La Maison près du Cimetière - un cinĂ©aste espagnol s’essaya dès 1974 Ă  dĂ©poussiĂ©rer le genre avec une outrancière appĂ©tence pour la tripaille. RetitrĂ© en France Le Massacre des Morts-Vivants, ce produit italo-hispanique Ă  faible budget bouscule le paysage horrifique, mĂŞme si La Nuit des Morts-vivants venait d’imprimer une marque indĂ©lĂ©bile dans la mĂ©moire des spectateurs.

Le pitch : alors que des agriculteurs bombardent leurs champs d’un procĂ©dĂ© chimique irradiant, les nouveau-nĂ©s d’un hĂ´pital se muent en crĂ©atures agressives. Pire encore, des cadavres d’une nĂ©cropole ressuscitent, harcelant les vivants. Un couple de touristes paiera le prix fort, tentant de se protĂ©ger malgrĂ© la police locale, persuadĂ©e de leur culpabilitĂ© dans une sĂ©rie de meurtres.

 
Avec ses dialogues sommaires et la prestance timorĂ©e d’acteurs cabotins, Le Massacre des Morts-Vivants semble d’abord maladroit, presque invraisemblable. Pourtant, sa rĂ©flexion Ă©cologique sur les mĂ©faits des insecticides apporte un vernis d’intelligence Ă  l’ensemble. MalgrĂ© quelques scènes risibles et la prĂ©sence outrancière d’un flic bornĂ© - sans doute l’un des policiers les plus crĂ©tins du cinĂ©ma ! - ce film d’horreur typiquement transalpin dĂ©gage une ambiance putride, glaciale et envoĂ»tante.

Jorge Grau renouvelle avec force la peur, dans une forme viscĂ©rale, profondĂ©ment inconfortable. Les dĂ©cors bucoliques des vallĂ©es anglaises se prĂŞtent parfaitement Ă  cette atmosphère feutrĂ©e, Ă©trange, oĂą la vie animale semble bannie. Si la caractĂ©risation des zombies se rĂ©vèle minimaliste - une simple teinte blafarde vite Ă©talĂ©e sur leurs visages - ils dĂ©clenchent Ă  chaque apparition une hostilitĂ© palpable. Le premier zombie surgissant des eaux d’une rivière, face Ă  une touriste horrifiĂ©e ; ou le couple piĂ©gĂ© dans une cave aux cĂ´tĂ©s de trois macchabĂ©es : des sĂ©quences haletantes, tendues, sublimĂ©es par un cadrage et un montage adroits.


Quant Ă  l’attaque finale, confinĂ©e dans un hĂ´pital, on songe Ă  ce que Fulci aurait pu en tirer, s’en inspirant pour parfaire la dernière partie de L’Au-delĂ  - sanglante et furieuse - assĂ©nĂ©e au couple de survivants. Les râles titubants des morts-vivants rappellent ceux du maĂ®tre, amplifiĂ©s par une bande-son ombrageuse qui distille la peur. Cette montĂ©e d’angoisse, menĂ©e par un cinĂ©aste avisĂ©, s’articule autour d’un florilège d’Ă©preuves macabres que le couple devra dĂ©jouer. Les Ă©vĂ©nements s’enchaĂ®nent comme un cauchemar irrationnel oĂą la rĂ©alitĂ© s’efface, tandis que la police, impuissante, court toujours après un temps perdu

MalgrĂ© ses couacs vite pardonnĂ©s, Le Massacre des Morts-Vivants captive, plongeant le spectateur dans un cauchemar sĂ©pulcral, oĂą l’ombre d’une apocalypse se profile. L’angoisse et l’effroi s’y font palpables, portĂ©s par la prĂ©sence mortifère de cadavres croulants - prĂ©mices des dĂ©bordements sanglants chers Ă  Fulci. VĂ©ritable perle putride du genre, ce film n’a rien Ă  envier Ă  ses homologues italiens. Ă€ redĂ©couvrir d’urgence pour tous les amateurs d’ambiance moisie, de gore faisandĂ© et d’aura anxiogène intensĂ©ment palpable.

* Bruno
07.03.14
04.11.22. 6èx

    jeudi 6 mars 2014

    Prophecy: le monstre / Prophecy.

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    de John Frankenheimer. 1979. U.S.A. 1h42. Avec Robert Foxworth, Talia Shire, Armand Assante, Richard Dysart, Victoria Racimo, George Clutesi, Burke Byrnes.

    Sortie salles: 15 Juin 1979

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: John Frankenheimer est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 19 FĂ©vrier 1930 Ă  New-York (Etats-Unis), dĂ©cĂ©dĂ© le 6 Juillet 2002 Ă  Los Angeles (Californie). 1957: Mon père cet Ă©tranger. 1962: Le Prisonnier d'Alcatraz. 1962: Un Crime dans la tĂŞte. 1964: Le Train. 1966: Grand Prix. 1966: L'OpĂ©ration Diabolique. 1968: L'Homme de Kiev. 1970: Les Cavaliers. 1975: French Connection 2. 1977: Black Sunday. 1979: Prophecy, le monstre. 1982: A Armes Ă©gales. 1986: Paiement Cash. 1992: Year of the gun. 1996: L'Ile du Dr Moreau. 1998: Ronin. 2000: Piège fatal. 2002: Sur le chemin de la guerre.


    SĂ©rie B aujourd'hui sombrĂ©e dans l'oubli mais bien connue des vidĂ©ophiles des annĂ©es 80, Prophecy, le monstre est la première incursion dans l'horreur de John Frankenheimer, aussi surprenante soit-elle.  Ainsi, sous couvert de divertissement frissonnant oĂą plane l'ombre d'un monstre de lĂ©gende (le Kathadin !), celui-ci aborde intelligemment le thème Ă©colo de la pollution lorsqu'une usine de papiers dĂ©verse illĂ©galement du mercure dans un lac. Par cette occasion alarmiste, il en profite notamment pour y dĂ©noncer le racisme infligĂ© Ă  une nation indienne incriminĂ©e par des ricains mĂ©prisants Ă  leur Ă©gard. Le pitchUn peuple amĂ©rindien vivant reclus dans la forĂŞt subit les frais d'une contamination si bien que des malformations de nouveaux-nĂ©s, la taille anormale des poissons de rivière et l'Ă©tat d'Ă©briĂ©tĂ© inexplicable de certains d'entre eux les contraignent Ă  alerter le gouvernement amĂ©ricain. Or, ils doivent faire face Ă  l'hostilitĂ© d'un agent de protection dĂ©libĂ©rĂ© Ă  les mettre sous les verrous depuis la macabre dĂ©couverte de corps dĂ©chiquetĂ©s. Mais grâce au soutien d'un mĂ©decin philanthrope et de son Ă©pouse dĂ©pĂŞchĂ©s sur place, les indiens vont pouvoir coopĂ©rer pour tenter de dĂ©voiler au grand jour le scandale.


    Avec sa mise en scène solide proprement indiscutable et le jeu dĂ©pouillĂ© des interprètes (le couple  Robert Foxworth Talia Shire apporte une rĂ©elle intensitĂ© sentencieuse Ă  travers leur investigation scrupuleuse et leur mĂ©sentente conjugale compromis Ă  la maternitĂ©), John Frankenheimer confectionne une sĂ©rie B de luxe adroitement troussĂ©e car privilĂ©giant de prime abord l'Ă©paisseur psychologique de ses personnages. Qui plus est, avec la qualitĂ© des effets spĂ©ciaux conçus par Tom Burman, Prophecy, le Monstre rĂ©ussit Ă  crĂ©dibiliser un animal colossal particulièrement rugissant et agressif (sorte d'ours mutant) lorsqu'il s'acharne sur ses victimes. Et Ă  ce niveau, ses mĂ©faits meurtriers font parfois l'objet d'instants de terreur aussi cinglants qu'inopinĂ©s ! En ce qui concerne la physionomie de la crĂ©ature, et en dĂ©pit du latex imposĂ©, elle s'avère aussi impressionnante que pathĂ©tique, car victime de la responsabilitĂ© de l'homme d'avoir avili sans vergogne son environnement naturel. D'ailleurs, bien avant les attaques rĂ©cursives du monstre lors du final Ă©pique, le rĂ©alisateur aura pris soin de nous susciter l'empathie avec la dĂ©couverte d'un bĂ©bĂ© mutant moribond. Son aspect terriblement difforme, ses gĂ©missements et ses braillements plaintifs s'avĂ©rant Ă©prouvants pour le spectateur. Et si la dernière partie finit par surprise Ă  cĂ©der Ă  l'esbroufe horrifique dans son mode "survival", elle n'en demeure pas moins haletante, intense, terrifiante par son lot d'incessantes attaques surprises et de scènes-chocs sanglantes brillamment maĂ®trisĂ©es.  


    En accordant autant d'intĂ©rĂŞt Ă  l'aspect ludique du film de monstre impeccablement menĂ© et Ă  la rĂ©flexion Ă©colo sur les consĂ©quences dĂ©sastreuses de la pollution infectant l'homme et l'animal (la nutrition par empoisonnement du poisson), John Frankenheimer confectionne une sĂ©rie B horrifique constamment captivante. Qui plus est, la conviction des comĂ©diens (jusqu'aux seconds rĂ´les fort attachants), l'esthĂ©tisme accordĂ© Ă  la beautĂ© de ces paysages forestiers et l'ampleur de son score Ă©pique l'acheminent au classique du genre que la gĂ©nĂ©ration 80 pourra Ă  nouveau redĂ©couvrir avec un enthousiasme d'autant plus nostalgique. A rĂ©habiliter d'urgence. 

    *Bruno
    22.04.22. Vostfr. 5èx

    mercredi 5 mars 2014

    BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    de Danny Boon. 2008. France. 1h46. Avec Kad Merad, Dany Boon, Zoé Felix, Anne Marivin, Line Renaud, Stéphane Freiss, Philippe Duquesne, Patrick Bosso, Michel Galabru

    Sortie salles France: 20 Février 2008 dans le Nord-Pas-de-Calais. 27 Février en sortie nationale

    FILMOGRAPHIE: Danny Boon (Daniel Hamidou) est un humoriste, acteur et rĂ©alisateur français, nĂ© le 26 Juin 1966 Ă  Armentières (Nord). 2006: La Maison du Bonheur. 2008: Bienvenue chez les Ch'tis. 2011: Rien Ă  DĂ©clarer. 2014: Supercondriaque. 2017 : Raid dingue. 2018 : La Ch'tite famille


    PhĂ©nomène de sociĂ©tĂ© ayant engrangĂ© plus de 20 489 303 entrĂ©es Ă  travers la France, Bienvenue chez les ch'tis a mĂŞme rĂ©ussi Ă  dĂ©trĂ´ner la place de La Grande Vadrouille pour devenir le plus grand succès français de tous les temps derrière Titanic (20 758 887 entrĂ©es). Ce triomphe fracassant est en parti redevable Ă  l'intĂ©gritĂ© de son rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur Dany Boon puisque l'homme, natif du Nord, nous dĂ©clare ici sa vraie dĂ©claration d'amour Ă  une rĂ©gion mal perçue des Ă©trangers. Pour rappel historique, le terme ch'ti (du picard "ChĂ© ti ? / C'est toi ?) Ă©tait un surnom attribuĂ© Ă  la base chez les poilus de la première guerre mondiale originaires du Nord ou du Pas-de-Calais. Avec une tendresse immodĂ©rĂ©e pour ces "Ch'tis" indĂ©fectibles, le rĂ©alisateur souhaite mettre un terme aux prĂ©jugĂ©s pour nous dĂ©voiler au grand jour leur esprit chaleureux et leur gĂ©nĂ©rositĂ© quand un Ă©tranger vient de dĂ©barquer chez eux Ă  l'improviste. Avec le tandem impayable formĂ© par Kad Merad et Dany BoonBienvenue chez les 'chtis renoue avec l'esprit bon enfant de la comĂ©die franchouillarde lointainement hĂ©ritĂ©e des facĂ©ties de De Funes et de Bourvil, voir aussi des Charlots et de Pierre Richard.


     Car on retrouve ici cette mĂŞme bonhomie, cette humilitĂ© tendre oĂą les acteurs entièrement impliquĂ©s s'en donnent Ă  coeur joie pour provoquer rire et larmes ! En alternant la cocasserie, la tendresse (la relation maternelle avec la mère d'Antoine, son rapport amical avec Philippe !) et la romance (les dĂ©convenues amoureuses vĂ©cues par nos facteurs avec leur compagne), on sent bien que le rĂ©alisateur souhaite ici renouer avec le spectacle typiquement populaire (et donc dĂ©nuĂ© de prĂ©tention !) dans un jeu de mots dialectiques imparti au patois. Ce langage particulier souvent dĂ©nigrĂ© car considĂ©rĂ© comme trivial donne lieu ici Ă  une accumulation de rĂ©parties irrĂ©sistibles quand un sudiste de la France essaie d'en dĂ©chiffrer le sens ! Ce qui donne lieu Ă  un florilège de gags verbaux proprement hilarants (l'apprentissage du patois au restaurant devant le cuisto parisien !) et de situations dĂ©bridĂ©es (l'accueil glacial Ă©tabli par les ch'tis Ă  la femme de Philippe au fin fond d'une citĂ© minière), Ă  l'instar d'une beuverie Ă  bicyclette anthologique improvisĂ©e par nos deux lurons ! Avec une admiration sans borne pour le Nord de la France, Danny Boon filme avant tout avec son coeur pour rendre autant hommage Ă  la simplicitĂ© de sa rĂ©gion et des citadins qui y rĂ©sident, lĂ  oĂą les baraques Ă  frites, les corons, le maroilles, la bière et les tintements de carillon font partie intĂ©grante du paysage nordiste !


    Dérivatif anti-dépresseur, Bienvenue chez les ch'tis est un petit miracle de bonne humeur, d'éclat de rire, de fantaisie et de tendresse où l'émotion est entièrement dédiée au caractère chaleureux des gens de ch'nord ! Ce phénomène de société peut rejoindre sans rougir la liste prisée des classiques de la comédie populaire et redorer ainsi l'image d'une région minière trop souvent discréditée de son climat blafard. Car n'oubliez pas que "Quand un étranger vient vivre dans ch'nord, il brait deux fois: quand il arrive et quand il repart..."

    Bruno Matéï (natif du Nord, dans l'âme et le coeur)
    2èx

    mardi 4 mars 2014

    PHANTOM OF THE PARADISE. Grand Prix Ă  Avoriaz, 1975

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site badazzmofo.com

    de Brian De Palma. 1974. U.S.A. 1h32. Avec Paul Williams, William Finley, Jessica Harper, George Memmoli, Gerrit Graham.

    Grand Prix au Festival International d'Avoriaz en 1975

    Sortie salles France: 25 Février 1975. U.S: 31 Octobre 1974

    FILMOGRAPHIE: Brian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinéaste américain d'origine italienne, né le 11 septembre 1940 à Newark, New-Jersey, Etats-Unis.
    1968: Murder à la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le Bûcher des vanités. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted.


    AurĂ©olĂ© du prestigieux Grand Prix Ă  Avoriaz quelques mois après sa sortie, Phantom of the Paradise a remportĂ© tous les suffrages pour Ă©difier le chef-d'oeuvre de De Palma au rang d'authentique film-culte ! Brassant tous les genres cinĂ©matographiques avec une harmonie miraculeuse, cette satire musicale sur le milieu du Showbizz s'avère un moment d'Ă©motion d'une intensitĂ© vertigineuse. Tour Ă  tour romantique, fantastique, horrifique, dĂ©lirant et tragique, Phantom of the Paradise ne possède aucun code de conduite pour parfaire l'entertainment, Ă  l'instar des styles musicaux hĂ©tĂ©roclites qui Ă©maillent l'intrigue et qui vont provoquer chez le spectateur un sentiment d'euphorie proche de l'hallucination. Avec un dĂ©sir de bousculer nos habitudes conventionnelles, Brian De Palma rĂ©actualise le mythe de Faust et du FantĂ´me de l'opĂ©ra dans une forme contemporaine oĂą l'extravagance est reine ! 


    SoutirĂ© de son texte musical, un jeune compositeur de talent dĂ©cide de se venger auprès de son producteur en semant la terreur Ă  l'intĂ©rieur de son palais, le Paradise, un show musical oĂą la mort fait partie intĂ©grante de la scène ! A partir de ce postulat mainte fois adaptĂ© au cinĂ©ma, le rĂ©alisateur en extrait une frĂ©nĂ©sie visuelle oĂą le dĂ©lire satirique est une manoeuvre afin de dĂ©noncer l'opportunisme dans le mĂ©tier du spectacle. Un univers de paillettes entièrement bâti sur le profit, l'esprit de compĂ©tition et l'apparence car exploitant sans vergogne le talent d'artistes charismatiques en quĂŞte de reconnaissance. Les effets indĂ©sirables de la drogue sont notamment mis en exergue pour Ă©pauler le soutien moral de ces interprètes populaires rĂ©duits aux caprices d'une nouvelle vie dissipĂ©e. BourrĂ© de clins d'oeil ironiques aux classiques du genre (le cabinet du Dr Caligari, Frankenstein, le Portrait de Dorian Gray, Psychose), Brian De Palma en profite pour y dĂ©clarer sa flamme avec le soutien de Winslow, fantĂ´me dĂ©chu de ses Ă©crits musicaux mais rendu fou amoureux de la douce voix de Phoenix ! IncarnĂ© par Jessica Harper, l'actrice nous dĂ©voile ici ses talents de cantate avec une grâce Ă©purĂ©e que le public aphone du Paradise Ă©coute dans une vigilance troublĂ©e ! Quand bien mĂŞme l'extravagant Beef venait de rendre l'âme sur l'autel de la scène rock dans une reprĂ©sentation gay de Frankenstein ! Quand Ă  la noce du mariage inaugurĂ©e au sein du Paradise, De Palma l'organise Ă  la manière d'une messe mortuaire que Winslow tentera de dĂ©jouer pour sauvegarder sa bien-aimĂ©e ! Cette conclusion tragique converge au paroxysme de la folie, Ă  l'instar de la fougue erratique du public de la salle qui ira jusqu'Ă  cĂ©lĂ©brer la mort dans une inconscience collective ! Ce moment de dĂ©lire incontrĂ´lĂ©, nous le subissons de plein fouet par la force des images d'hystĂ©rie commune mais aussi par la compassion amoureuse qui unissent fatalement le couple maudit.  


    Souhaitant cristalliser un spectacle musical hors norme et dĂ©cadent, Brian De Palma a transcendĂ© avec Phantom of the Paradise un univers fantastique inoxydable (Faust lui mĂŞme semble l'avoir diabolisĂ© !) oĂą la notion de cinĂ©ma ne possède plus de repère. A la manière d'un trip binaire, cet opĂ©ra rock versicolore incarne de manière effrontĂ©e une certaine idĂ©e du paradis, avant que l'amour et la mort nous rappelle Ă  la raison d'une tragĂ©die humaine ! 

    Bruno Matéï
    5èx

    lundi 3 mars 2014

    Indiana Jones et la Dernière Croisade (Indiana Jones and the Last Crusade)

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    de Steven Spielberg. 1989. U.S.A. 2h07. Avec Harrison Ford, Sean Connery, Denholm Elliott, Alison Doody, Michael Byrne, John Rhys-Davies.

    Sortie salles France: 18 Octobre 1989. U.S: 24 Mai 1989

    FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis).1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln.


    5 ans après le tour de montagne russe d'Indiana Jones et le Temple Maudit, Steven Spielberg renoue avec l'Ă©popĂ©e Ă©pique de son modèle dans une nouvelle aventure oĂą l'humour occupe une place de choix. Le pitchAprès avoir libĂ©rĂ© son père des nazis au sein d'un château, Indiana Jones doit collaborer avec lui afin de retrouver un nouveau trĂ©sor, le fameux Graal ! Mais Donovan et sa troupe sont Ă©galement de la partie pour s'approprier l'objet si convoitĂ©, une coupe mythique ayant la capacitĂ© d'offrir la jeunesse Ă©ternelle. Avec l'aimable participation de Sean Connery, ce 3è opus tire parti de son originalitĂ© grâce Ă  son imposante prĂ©sence si bien que ce dernier y endosse le rĂ´le du père d'Indiana Jones, un briscard bourru assez piètre aventurier lorsqu'il s'agit de prĂŞter main forte Ă  son fils ! Leur rapport conflictuel aux rĂ©parties irrĂ©sistibles donnant lieu Ă  de savoureux gags lorsqu'ils doivent s'allier pour se dĂ©pĂŞtrer des situations les plus alarmistes. Si Karen Allen est encore exemptĂ©e de l'aventure, on peut compter sur le charme insidieux d'une jeune autrichienne (la jeune inconnue Alison Doody magnĂ©tise l'Ă©cran de par son regard azur perçant !) afin d'attendrir le professeur Jones ! 


    DĂ©marrant comme de coutume sur les chapeaux de roue, Steven Spielberg utilise un flash-back judicieux pour nous remĂ©morer un Ă©pisode de la jeunesse d'Indiana Jones. Un prologue d'anthologie levant un voile sur son instinct d'aventurier casse-cou, sur l'origine de son surnom mais aussi sur son influence vestimentaire (le choix symbolique allouĂ© au chapeau et Ă  l'ustensile du fouet), quand bien mĂŞme sa frayeur des serpents nous sera dĂ©voilĂ© lors d'un concours de circonstances intempestives ! Reprenant la mĂŞme topographie narrative que le premier Ă©pisode, Indiana Jones et la dernière croisade renoue avec l'esprit d'Ă©quipe conçu sur un duo impĂ©tueux (l'hĂ©roĂŻsme imparti au père et au fils Jones !) et les divers traquenards imposĂ©s par les camps adverses afin d'empĂŞcher nos aventuriers de s'approprier le trĂ©sor. Avec une efficacitĂ© toute aussi optimale, Spielberg Ă©labore donc une nouvelle course contre la montre oĂą les pĂ©ripĂ©ties ne cessent de rebondir avec un sens de dĂ©rision plein d'Ă©loquence. Ce dosage d'action spectaculaire et de loufoquerie irrĂ©sistible auquel la complicitĂ© amicale de nos hĂ©ros renforcent la sympathie Ă©tant menĂ© de main de maĂ®tre oĂą le sens du montage laisse une fois encore pantois ! (notamment celui de suivre de manière simultanĂ©e deux, voire trois bravoures distinctes !)


    Conduit Ă  un train d'enfer Ă  travers son alliage de pĂ©ripĂ©ties homĂ©riques et de rĂ©parties cocasses, et rehaussĂ© d'un scĂ©nario plus Ă©toffĂ© que le second opus, Indiana Jones et la dernière croisade boucle sa première trilogie avec un sens de la perfection aussi persuasif que le premier volet. Renouer avec le "chef-d'oeuvre" lorsque l'on façonne une troisième partie relève du miracle si bien qu'on ne peut qu'applaudir la perspicacitĂ© de Spielberg d'ĂŞtre parvenu Ă  Ă©muler son modèle sans une once de surenchère ostentatoire. 

    La critique des Aventuriers de l'arche perdue (les): http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/les-aventuriers-de-larche-perdue.html
    Indiana Jones et le temple maudit: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/indiana-jones-et-le-temple-maudit.html
    Indiana Jones et le royaume du crane de cristal: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/03/indiana-jones-et-le-royaume-du-crane-de.html

    Bruno Matéï
    3èx



    jeudi 27 février 2014

    Martin

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site silverferox.blogspot.com

    de George A. Romero. 1977. U.S.A. 1h35. Avec John Amplas, Lincoln Maazel, Christine Forrest, Elyane Nadeau, Tom Savini, Roger Caine.

    Sortie salles France: 5 Juillet 1978. Cannes: Mai 1977. U.S: 7 Juillet 1978

    FILMOGRAPHIE: George Andrew Romero est un réalisateur, scénariste, acteur, auteur américain, né le 4 Février 1940 à New-York. 1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux Maléfiques. 1992: La Part des Ténèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead. 2011: Deep Red.


    Martin est mon film favori. Ce fut l'unique fois où je pus exactement retranscrire à l'image ce qui était écrit dans le scénario. Je me rappelle également le plaisir que j'ai eu à le réaliser, épaulé par une équipe fantastique. Un moment très fort de ma carrière.
    George Romero.

    ConsidĂ©rĂ© comme l’Ĺ“uvre la plus personnelle de son auteur, Martin emprunte le mythe du vampire avec une originalitĂ© sans Ă©gale. Baignant dans une atmosphère dĂ©pressive, le film suit le cheminement funèbre de Martin, jeune homme timorĂ© contraint de se nourrir de sang humain sans comprendre l’origine de cette irrĂ©pressible addiction. Afin d’Ă©pargner la souffrance Ă  ses victimes, il les endort d’un sĂ©datif avant d’entailler leurs veines et d’en boire le sang. De retour dans sa rĂ©gion natale, il est froidement accueilli par son oncle, vieillard intĂ©griste persuadĂ© que son neveu est l’incarnation de Nosferatu.


    Les meurtres sanglants qui jalonnent le rĂ©cit frappent par leur cruditĂ© rĂ©aliste, renforcĂ©e par des effets spĂ©ciaux d’une efficacitĂ© sobre, signĂ©s d’un jeune Tom Savini. Au-delĂ  du gore, se dĂ©gage une ambiance glauque et malsaine, portĂ©e par un esthĂ©tisme blafard et des dĂ©cors confinĂ©s - compartiment de train, maison close et oppressante - ou industriels, tels les fumĂ©es Ă©paisses et toxiques des usines de Pittsburgh. FilmĂ© comme un documentaire, Romero dresse le constat d’un univers anxiogène oĂą chaque personnage, engluĂ© dans une sociĂ©tĂ© conformiste, porte un malaise existentiel. Adultère, fanatisme religieux et solitude se mĂŞlent pour peindre l’errance de citadins sans repères, prisonniers de l’ennui, de l’incommunicabilitĂ© et du chĂ´mage, glissant vers la sinistrose.

    En marginal criminel, Martin observe ce monde avec amertume, incapable de nouer un lien durable avec quiconque - tant auprès de sa cousine que de sa voisine. Ce pessimisme radical n’empĂŞche pas une certaine empathie, tant pour ces citadins esseulĂ©s que pour Martin lui-mĂŞme, vouĂ© Ă  un châtiment cruel prĂ©sentĂ© comme expiation. Sa pathologie vampirique le montre non comme un monstre immortel, mais comme une victime prisonnière de pulsions qu’il sait inhumaines.

    D’apparence blĂŞme, pĂ©tri de timiditĂ© maladive, John Amplas livre une interprĂ©tation viscĂ©rale : celle d’un tueur complexĂ© par son instinct morbide et sa crainte des femmes, qu’il endort avant de les violer, fruit amer d’une Ă©ducation parentale sectaire.


    DĂ©senchantĂ© et mĂ©lancolique - la sublime Ă©lĂ©gie musicale de Donald Rubinstein y participe pour beaucoup -, dĂ©rangeant et malsain, beau et fascinant, Martin renouvelle le mythe du vampire dans une vision intime et poignante, radiographiant l’aliĂ©nation d’une sociĂ©tĂ© anachronique.

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
     
    sam Juin 2025. Vost

    mercredi 26 février 2014

    Quasimodo / The Hunchback of Notre Dame

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thehunchblog.com

    de William Dieterle. 1939. 1h56. U.S.A. Avec Charles Laughton, Maureen O'Hara, Sir Cedric Hardwicke, Thomas Mitchell, Edmond O'Brien, Alan Marshal, Walter Hampden, Harry Davenport.

    Sortie salles France: 10 Septembre 1947. U.S: 29 Décembre 1939

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: William Dieterle est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur allemand, né le 15 Juillet 1893 à Ludwigshafen, décédé le 8 décembre 1972 à Ottobrunn (Allemagne).
    1921: Escalier de service. 1923: l'Expulsion. 1934: Les Pirates de la mode. 1934: Madame du Barry. 1935: Le Songe d'une nuit d'été. 1936: La Vie de Louis Pasteur. 1937: La Vie d'Emile Zola. 1939: Quasimodo. 1941: Tous les biens de la terre. 1948: Le Portrait de Jennie. 1952: Le Cran d'arrêt. 1953: Salomé. 1954: La Piste des Eléphants. 1955: Feu magique. 1957: Les Amours d'Omar Khayyam. 1960: Les Mystères d'Angkor. 1964: The Confession.


    Réalisé en 1939, cette septième adaptation cinématographique du roman de Victor Hugo est considérée à juste titre comme la plus emblématique. C'est d'autre part grâce à l'interprétation habitée de Charles Laughton que le film doit en partie sa renommée puisque l'acteur quasi méconnaissable insuffle une présence aussi impressionnante dans sa posture difforme qu'empathique pour son amour porté à Esmeralda. Son regard empli d'affection, de colère et de désespoir s'emparant de l'écran avec une vérité prude. On peut notamment saluer la perfection des maquillages auquel le noir et blanc accentue son caractère sinistre et pathétique. Secondé du charme si suave de Maureen O'Hara, la comédienne dégage une candeur angélique afin de symboliser la pureté d'une gitane éprise de compassion mais aussi de désespoir eu égard de sa condition criminelle. Le pitch: Au 15è siècle, après la guerre de 100 ans, une gitane et ses comparses s'introduisent à Paris malgré l'hostilité du gouvernement français. C'est là qu'elle rencontre Quasimodo, un bossu sonneur de cloche condamné au fouet après avoir été jugé pour troubles à l'ordre public. Epuisé et assoiffé devant une foule hilare, Esméralda décide de lui venir en aide pour lui ramener un peu d'eau. Réticent de prime abord, le bossu finit par se laisser border et tombe subitement amoureux de la jeune inconnue. Injustement accusée d'un crime qu'elle n'a pas commis, Quasimodo va à son tour tenter de la secourir et la protéger au sein de sa cathédrale.


    La passion amoureuse et le combat pour la libertĂ© demeurent les thèmes universels intelligemment exploitĂ©s dans ce drame historique quand bien mĂŞme l'obscurantisme, l'intolĂ©rance, le racisme (la condition des roms en France, sujet plus qu'actuel) et les superstitions continuent d'empoisonner les mentalitĂ©s rĂ©trogrades. Mais c'est auprès de l'intervention de Frollo, Ă©vĂŞque puritain subitement Ă©pris d'amour pour EsmĂ©ralda que le rĂ©alisateur met en exergue les effets pervers du fanatisme religieux. Si bien que cet homme d'Ă©glise empli d'Ă©goĂŻsme ira jusqu'Ă  commettre la lâchetĂ© d'un assassinat en guise de rancoeur et de jalousie, puis d'accuser de sorcellerie celle par qui l'amour osa le provoquer ! Observant les injustices d'un juge vĂ©nal, l'insolence d'une population arriĂ©rĂ©e et l'insurrection des mendiants pour sauvegarder la bohĂ©mienne, Quasimodo se porte en sacrifice pour tĂ©moigner de sa dĂ©cence envers la belle EsmĂ©ralda. TĂ©moignage de tolĂ©rance pour le droit Ă  la diffĂ©rence et de celle de la laideur physique, le film iconise le portrait d'un dĂ©ficient d'apparence monstrueuse oĂą la beautĂ© du coeur finit par y dĂ©voiler des trĂ©sors de vertu. Enfin, le rĂ©alisateur met Ă©galement en parallèle le cheminement Ă©volutif d'une sociĂ©tĂ© en mutation (le roi finit par cĂ©der aux exigences des mendiants) oĂą les Ă©crits d'un texte sont perçus avec plus de bon sens chez le lecteur dans cette nouvelle forme de libertĂ© d'expression qu'incarne l'invention de l'imprimerie. 


    Histoire d'un amour impossible entre un hĂ©ros ignorant au grand coeur et une bohĂ©mienne victime de son Ă©lĂ©gance physique, Quasimodo s'Ă©rige en fable humaniste pour tĂ©moigner de l'intolĂ©rance des hommes et de l'injustice de l'amour. Un classique destinĂ© Ă  perdurer pour le traitement accordĂ© Ă  ces thèmes d'actualitĂ© auquel la prestance inoubliable de Charles Laughton renforce son climat (monochrome) irrĂ©sistiblement fascinant.  

    Bruno
    12.07.23. 4èx