lundi 3 novembre 2014

Morsures / Nightwing

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

d'Arthur Hiller. 1979. U.S.A. 1h44. Avec Nick Mancuso, David Warner, Kathryn Harrold, Stephen Macht, Strother Martin.

Sortie salles France: 4 Juin 1980. U.S: 22 Juin 1979

FILMOGRAPHIE: Arthur Hiller est un rĂ©alisateur et acteur canadien, nĂ© le 22 Novembre 1923 Ă  Edmonton, Alberta (Canada). 1956: Massacre Ă  Sand-Creek. 1964: Les Jeux de l'amour et de la guerre. 1965: Promise her Anything. 1966: Tobrouk, commando pour l'enfer. 1966: Les Plaisirs de PĂ©nĂ©lope. 1967: The Tiger Makes Out. 1970: Escapade Ă  New-York. 1970: Love Story. 1971: Plaza suite. 1971: L'HĂ´pital. 1972: L'Homme de la Manche. 1975: The Man in the Glass Booth. 1976: Transamerica Express. 1979: Ne tirez pas sur le dentiste. 1979: Morsures. 1982: Making Love. 1982: Avec les Compliments de l'Auteur. 1987: Une chance pas croyable. 1989: Pas nous, pas nous. 1990: Filofax. 1992: The Babe. 1997: An Alan Smithee Film.


"Quand le sacré mord la terre profanée."

Pitch :
Un shĂ©rif adjoint, sa compagne et un savant anglais unissent leurs forces pour dĂ©jouer une invasion de chauves-souris dans une contrĂ©e reculĂ©e de l’Arizona, ancien territoire indien.

SĂ©rie B aujourd’hui quasi ignorĂ©e, Morsures s’est surtout fait connaĂ®tre dans les vidĂ©oclubs des annĂ©es 80 auprès d’une poignĂ©e de cinĂ©philes amateurs de curiositĂ©s. Il faut d’emblĂ©e oublier le caractère fallacieux de sa jaquette française et sa superbe affiche US racoleuse : Morsures choisit la retenue plutĂ´t que l’esbroufe, prĂ©fĂ©rant travailler la caractĂ©risation de ses personnages et mettre en valeur l’originalitĂ© d’un script retors. Tout au long d’une intrigue soigneusement contĂ©e, le film ne nous donne Ă  voir que trois attaques coordonnĂ©es de chauves-souris, la première demeurant la plus sanglante et incisive, tant la panique s’y propage de victime en victime, mordues tous azimuts. On saluera Ă©galement la rĂ©ussite artisanale des effets spĂ©ciaux mĂ©caniques conçus par Carlo Rambaldi, mĂŞlant avec habiletĂ© vraies et fausses chauves-souris, virevoltant dans les airs avant de s’agripper Ă  l’Ă©chine des corps pour mordre.


Mais au-delĂ  de l’impact dĂ©monstratif de ces sĂ©quences impressionnantes, le film gagne surtout en force et en crĂ©dibilitĂ© lorsqu’il met en exergue les rapports de domination opposant un jeune shĂ©rif intègre Ă  un industriel mĂ©galomane, maĂ®tre d’un empire pĂ©trolier vorace. La seconde partie s’attarde alors sur les enjeux stratĂ©giques et sur l’expĂ©dition presque touristique d’un trio de hĂ©ros dĂ©cidĂ©s Ă  endiguer la menace, après la dĂ©couverte de nouveaux cadavres porteurs de la peste bubonique. Militant pour la cause indienne et la condition infortunĂ©e de ses peuples spoliĂ©s, Morsures dĂ©veloppe aussi un discours Ă©cologique, appelant au respect de l’environnement par l’irruption du surnaturel, nourri de croyances spirituelles liĂ©es Ă  des terres sacrĂ©es profanĂ©es par l’homme blanc. Cette mise en garde prend corps Ă  travers un sorcier indien, rĂ©solu Ă  se venger de l’Ă©tranger vĂ©nal, aidĂ© par la complicitĂ© animale des chauves-souris. Par la sobriĂ©tĂ© de son propos et la manière subtile, posĂ©e, tranquille dont Arthur Hiller introduit le fantastique, le film Ă©voque parfois le magnifique Wolfen de Michael Wadleigh, notamment dans son souffle poĂ©tique et lyrique. En prime, le rĂ©alisateur ancre son rĂ©cit dans un rĂ©alisme inquiĂ©tant en rappelant le mode de vie grĂ©gaire des chiroptères, leur comportement autonome et les maladies mortelles qu’ils peuvent transmettre Ă  l’homme.


SĂ©rie B injustement mĂ©connue, trop vite cataloguĂ©e comme un produit horrifique risible Ă  cause de son emballage tapageur, Morsures conjugue pourtant avec intelligence aventure, drame social et horreur, portĂ© par des interprètes d’une belle densitĂ© humaine ou cĂ©rĂ©brale - Ă  l’image d’un David Warner, avisĂ© et couillu en chercheur infaillible. Du fantastique au sens noble en somme. Car Morsure n’est pas un film de rĂ©conciliation : c’est un retrait du sacrĂ©, une fermeture dĂ©finitive pour Ă©viter la mutation. L’histoire spirituelle d’un shĂ©rif frondeur, gardien tragique contraint de dĂ©truire ce qu’il protège afin de tenir tĂŞte Ă  la technologie vorace du monde moderne.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

31/01/25. 3èx. VF

jeudi 30 octobre 2014

Halloween 2. Director's Cut.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site nitehawkcinema.com

de Rob Zolmbie. 2009. U.S.A. 1h59 (Director's Cut). Avec Scout Taylor-Compton, Malcolm McDowell, Tyler Mane, Brad Dourif, Danielle Harris, Sheri Moon Zombie, Brea Grant.

Sortie en Dvd et Blu-ray le 31 Mars 2010. Sortie salles U.S: 28 Août 2009

FILMOGRAPHIE: Rob Zombie est un chanteur, musicien et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 12 Janvier 1965 Ă  Haverhill, dans le Massachusetts. 2003: House of 1000 Corpses. 2005: The Devil's Rejects. 2007: Werewolf Women of the S.S. (trailer). 2007: Halloween. 2009: Halloween 2. 2012: The Lords of Salem.


Suite du remake amorcĂ© trois ans plus tĂ´t, Halloween 2 rejoue la carte de l’anticonformisme, que Rob Zombie pousse jusqu’Ă  la dĂ©mystification totale de l’icĂ´ne fantomatique Michael Myers. Échec public et critique outre-Atlantique — au point que la France le bannit des Ă©crans pour l’enterrer directement en DVD et Blu-ray — ce second opus continue de dĂ©concerter les puristes de la franchise. Zombie rĂ©invente le psycho-killer avec audace, inspiration, un rĂ©alisme funeste, et surtout une brutalitĂ© Ă  vif, inĂ©dite dans le genre.

Le pitch : deux ans après les tragiques Ă©vĂ©nements, Laurie Strode tente de se reconstruire auprès d’une thĂ©rapeute. Le Dr Loomis, lui, s’est recyclĂ© en Ă©crivain, promouvant son rĂ©cit de traque comme on vend une relique souillĂ©e. Mais Ă  l’approche d’Halloween, le tueur masquĂ© refait surface Ă  Haddonfield, bien dĂ©cidĂ© Ă  solder ses comptes avec sa sĹ“ur, logĂ©e chez le shĂ©rif Brackett.


D’une violence hardcore acĂ©rĂ©e, Halloween 2 prend Ă  rebours la suggestion de Carpenter. Ici, les meurtres s’enchaĂ®nent avec une sauvagerie littĂ©ralement inouĂŻe. Le film baigne dans une ambiance onirico-macabre : fĂŞte d’Halloween transformĂ©e en concert rock masquĂ©, visions spectrales de Deborah vĂŞtue de blanc, accompagnĂ©e du petit Michael, rĂŞves hallucinĂ©s de Laurie comme Ă©chappĂ©s d’un cauchemar burtonien. Ce second chapitre remplace le rĂ©alisme cru par une transe hallucinatoire, oĂą les actes meurtriers — barbares — s’enracinent dans une logique symbolique et psychique.

Michael Myers, incarnation brute du Mal, revient sous les traits d’un clodo barbu, tantĂ´t Ă  visage nu, tantĂ´t dissimulĂ© derrière un masque Ă©clatĂ©. Il erre dans les campagnes nocturnes pour regagner Haddonfield, abandonnant derrière lui des cadavres parfois dĂ©chiquetĂ©s Ă  mains nues. Si l’intrigue en elle-mĂŞme n’a rien de transcendant (la quĂŞte familiale du tueur reste filigrane), la mise en scène prĂ©cise de Zombie en renouvelle l’intĂ©rĂŞt : par l’hostilitĂ© viscĂ©rale de Michael, sa cruautĂ© Ă©reintante, sa prĂ©sence oppressante. Ă€ cela s’ajoute une Laurie Strode mĂ©connaissable, marginale, dĂ©pressive, rongĂ©e par les mĂŞmes visions que son frère. Fragile, nĂ©vrosĂ©e, hantĂ©e — elle irradie une empathie tragique dans sa lutte dĂ©sespĂ©rĂ©e contre ses dĂ©mons et le retour du monstre. Quant au Dr Loomis, il devient ici caricature cynique : Ă©crivain cupide en quĂŞte de notoriĂ©tĂ©, avant une rĂ©demption tardive dans un dernier acte rĂ©vĂ©lateur — du moins, dans la version Director’s Cut, qui dĂ©voile les vraies intentions de Zombie.


Angoissant, sombre, franchement terrifiant par son climat insĂ©cure et la stature bestiale du tueur, Ă©prouvant par ses Ă©clats de violence pure (le prologue de 25 minutes relève de l’anthologie ; le massacre chez les Brackett glace par sa sĂ©cheresse et son hors-champ glaçant), Halloween 2 ose dĂ©construire le mythe. Zombie transfigure l’univers en cauchemar organique, onirique, dĂ©lĂ©tère, traversĂ© de fulgurances malsaines et pourtant ancrĂ©es dans le rĂ©el. Le rĂ©sultat : une Ĺ“uvre formelle, puissamment maĂ®trisĂ©e, portĂ©e par un montage vigoureux et le jeu brut de comĂ©diens habitĂ©s — mention aux apparitions de Margot Kidder et de Danielle Harris, rescapĂ©e des opus 4 et 5. Une descente aux enfers sans accalmie, Ă  travers le profil souffreteux d’une survivante jamais remise, que Zombie filme avec une intensitĂ© implacable. Une (seconde) rĂ©fĂ©rence Ă  redĂ©couvrir d’urgence.

*Bruno
06.04.25. 3èx. Vost


mercredi 29 octobre 2014

Frankenstein

                                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site luxedb.com

de James Whale. 1931. U.S.A. 1h11. Avec Boris Karloff, Colin Clive, Mae Clarke, John Boles, Edward Van Sloan, Dwight Frye.

Sortie salles France: 17 Mars 1932. U.S: 21 Novembre 1931

FILMOGRAPHIE: James Whale est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 22 Juillet 1889 Ă  Dudley en Angleterre, dĂ©cĂ©dĂ© le 29 Mai 1957 Ă  Hollywood, Los Angeles.
1930 : La Fin du voyage (Journey's End). 1930 : Les Anges de l'enfer. 1931 : Waterloo Bridge.
1931 : Frankenstein. 1932 : Impatient Maiden. 1932 : Une soirée étrange (The Old Dark House)
1933 : The Kiss Before the Mirror. 1933 : The Invisible Man. 1933 : By Candlelight. 1934 : One More River. 1935 : La Fiancée de Frankenstein (Bride of Frankenstein). 1935 : Remember Last Night. 1936 : Show Boat. 1937 : The Road Back. 1937 : Le Grand Garrick (The Great Garrick)
1938 : Port of Seven Seas. 1938 : Sinners in Paradise. 1938 : Wives Under Suspicion. 1939 : L'Homme au masque de fer (The Man in the Iron Mask). 1940 : L'Enfer vert (Green Hell). 1941 : They Dare Not Love. 1942 : Personnel Placement in the Army. 1950 : Hello Out There.


Avant-propos: 
"On dit souvent que la FiancĂ©e de Frankenstein est un meilleur film, mais il y a quelque chose de pur par rapport Ă  l'original. C'est comme explorer un territoire oĂą l'homme n'est jamais allĂ©. L'austĂ©ritĂ© de la mise en scène et l'absence de musique en font une expĂ©rience très onirique. Bien sĂ»r, l'artificialitĂ© du film est très prononcĂ©e, avec ces studios visibles et une direction artistique Ă©vidente, mais je vois une puretĂ© romantique dans son approche de l'horreur. Et bien sĂ»r, la performance de Karloff est phĂ©nomĂ©nale. Je pense qu'il s'agit de la meilleure version de Frankenstein, mĂŞme s'il en existe des plus opulentes et des plus complexes. C'est amusant, pendant longtemps, La FiancĂ©e de Frankenstein a Ă©tĂ© mon Ă©pisode favori. Les goĂ»ts Ă©voluent, et j'ai fini par embrasser la simplicitĂ© de l'original." Joe Dante.

Film mythique s'il en est, inaugurant l'âge d'or de la Universal et tous ces monstres qui prendront le relais, Frankenstein reste le chef-d'oeuvre incontournable du genre sachant qu'aucun cinéaste ni comédien notoire n'ont réussi à le surpasser 80 ans après sa sortie ! Exception faite peut-être avec la série Penny Dreadful transcendant avec souci de réalisme l'intense dramaturgie de la créature réduite au désarroi de la solitude ! Outre l'idée singulière empruntée au roman de Mary Shelley, c'est à dire créer un être vivant à partir de morceaux de corps humains récupérés sur les cadavres de sépulture, Frankenstein puise sa force d'évocation dans l'interprétation de Boris Karloff épaulée des maquillages de Jack Pierce. Pourvu d'une taille imposante, d'une démarche hésitante, d'un front carré et d'un regard abattu, l'acteur se fond dans la carrure du monstre avec une intensité troublante par ses expressions de terreur ou de compassion.


Sur ce dernier point, personne ne peut oublier la sĂ©quence intime qui voit le monstre batifoler avec une fillette avant qu'un drame inĂ©luctable ne vienne ternir leur relation amicale. La force dramatique du rĂ©cit Ă©mane justement de sa caractĂ©risation en quĂŞte identitaire et de paternitĂ© car ne sachant diffĂ©rencier le Bien du Mal depuis sa brutale rĂ©surrection. Qui plus est, avec le cerveau d'un ancien criminel, la crĂ©ature extĂ©riorise des pulsions de haine face Ă  l'autoritĂ© de l'homme incapable de comprendre son dĂ©sarroi dans sa position martyrisĂ©e. A travers sa condition d'estropiĂ© par la mĂ©galomanie du savant (Colin Clive semble littĂ©ralement habitĂ© par la folie dans son regard monolithique), James Whale aborde le sens de la responsabilitĂ© parentale et celui de l'Ă©ducation lorsque l'innocence se retrouve destituĂ©e de soutien et de personnalitĂ©. 


Oeuvre charnière pour le genre horrifique, Frankenstein puise sa densitĂ© dans l'originalitĂ© d'un pitch mettant en exergue la dimension humaine d'une crĂ©ature livrĂ©e Ă  l'intolĂ©rance et l'instinct violent de l'homme. Baignant dans un noir et blanc aux Ă©clairages crĂ©pusculaires et entièrement dĂ©nuĂ© de musique, la forme adopte une ambiance baroque que la prestance exceptionnelle de Karloff renforce Ă  point nommĂ© avec symbolisme. 

Bruno Matéï
3èx

mardi 28 octobre 2014

CABAL. Director's Cut. (Nightbreed). Prix Spécial du Jury, Avoriaz 91.

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site geekchunks.com

de Clive Barker. 1990. Angleterre. 2h01 (Director's Cut). Avec Craig Sheffer, Anne Bobby, David Cronenberg, Hugh Quarshie, Charles Haid, Doug Bradley, Oliver Parker, Hugh Ross, Catherine Chevalier.

FILMOGRAPHIE: Clive Barker (né le 5octobre 1952, est un romancier britannique, peintre et cinéaste (réalisateur, scénariste et producteur).
1973: Salome. 1978: The Forbidden. 1987: Hellraiser. 1990: Cabal. 1995: Maître des Illusions (le)

Récompenses:
. Silver Scream Award au Festival du film fantastique d'Amsterdam 1990.
. Prix spécial du jury au Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1991.


Trois ans après la rĂ©vĂ©lation Hellraiser, Clive Barker transpose Ă  nouveau l'un de ses romans pour transcender la monstrueuse parade d'un bestiaire flamboyant. Echec public et commercial lors de sa sortie, d'autant plus discrĂ©ditĂ© d'une version tronquĂ©e de plus de 20 minutes par les producteurs, Cabal renait aujourd'hui de ses cendres dans une version Director's cut beaucoup plus Ă©pique et cohĂ©rente. De par l'action encourue lors de son ultime point d'orgue, par le traitement rĂ©servĂ© au tueur en sĂ©rie et le cheminement divin de son hĂ©ros partagĂ© entre l'amour d'une compagne et le devoir de prĂ©server un peuple opprimĂ©. Sur ce dernier point, la caractĂ©risation humaine du couple s'avère d'ailleurs plus romanesque dans leurs sentiments contradictoires Ă  prĂ©valoir l'union conjugale. PerturbĂ© par de rĂ©currents cauchemars auquel il se transpose dans la citĂ© de Midian, refuge de monstres de tous horizons, Boon consulte le psychiatre Decker afin de comprendre les aboutissants de son obsession. Alors qu'un serial-killer sème la mort au sein de la ville, ce jeune patient est rapidement accusĂ© d'en ĂŞtre le coupable, faute du stratagème perfide de son mĂ©decin. Abattu par la police lors d'une confrontation musclĂ©e, il finit par rejoindre les habitants de la citĂ© de Midian dans sa condition de martyr ! 


VĂ©ritable dĂ©claration d'amour aux Monstres oĂą le droit Ă  la diffĂ©rence s'avère le pivot de l'intrigue, Cabal allie conte mythologique et horreur sanglante sous couvert d'action homĂ©rique. C'est tout du moins ce qu'impose sa dernière partie beaucoup Ă©chevelĂ©e dans ce Director's Cut faisant honneur au lyrisme, quand bien mĂŞme la visite de Lori dans les catacombes s'avère plus imposante afin de mieux contempler la cohabitation du bestiaire humain. EsthĂ©tiquement fulgurant et pourvu de remarquables maquillages afin de parfaire la physionomie des monstres hybrides, Cabal envoĂ»te dans l'authenticitĂ© de son univers sĂ©culaire exploitant avec originalitĂ© mythes et lĂ©gendes dans un contexte moderne. Quand bien mĂŞme l'icĂ´ne du fameux serial-killer renoue avec le slasher dans son accoutrement masquĂ© et la vague de meurtres qu'il commet sans vergogne. Outre son instinct sadique Ă  commettre les exactions sur d'innocentes victimes, il s'avère ici contrariĂ© par l'existence des Freaks confinĂ©s dans les sous-sols de Midian. Alors que Lori tente de retrouver les traces de son compagnon, Decker va tenter par orgueil dĂ©mesurĂ© de tout mettre en oeuvre afin d'Ă©radiquer les monstres parmi le soutien de la police. Avec dĂ©rision, Clive Barker ironise dans la caricature allouĂ©e au tueur, sachant que derrière le masque se planque un Ă©minent psychiatre atteint de maladie mentale ! (Cronenberg s'auto-parodiant avec cynisme non simulĂ© !). Quand aux forces de l'ordre, elles sont ici rĂ©duites Ă  la brutalitĂ© et l'intolĂ©rance de leurs actes totalitaires, quand bien mĂŞme un prĂŞtre incrĂ©dule prĂ©fère se rapprocher auprès de la foi Ă©ternelle du Cabal. Sous un dĂ©luge de feu et d'action, les rapports antinomiques du Bien (les monstres) et du Mal (les humains) vont amener Ă  se confronter afin d'emporter la mainmise ! 


Freakshow
Oeuvre infortunĂ©e depuis sa sortie, et ce malgrĂ© son Prix SpĂ©cial du Jury dĂ©cernĂ© Ă  AvoriazCabal brille aujourd'hui de 1000 feux dans sa version finale beaucoup plus cohĂ©rente et fastueuse. Illustrant avec ambition un univers mythologique oĂą le morbide cĂ´toie la fĂ©erie sous alibi du divertissement, Clive Barker rĂ©ussit Ă  transposer son roman avec souffle Ă©pique et dimension humaine des rebuts d'une sociĂ©tĂ© animale.  

Bruno Matéï
28.10.14. 4èx
18.07.11. 

vendredi 24 octobre 2014

L'Impasse aux Violences / The Flesh and the Fiends

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site tvclassik.com

de John Gilling. 1960. Angleterre. 1h37. Avec Peter Cushing, June Laverick, Donald Pleasance, George Rose, Renee Houston, Dermot Walsh, Billie Whitelaw.

Sortie salles Angleterre: 2 Février 1960

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: John Gilling est un réalisateur et scénariste anglais, né le 29 Mai 2012 à Londres, décédé le 22 Novembre 1984 à Madrid (Espagne).
1957: Pilotes de haut-vol. 1958: Signes particuliers: néant. 1959: L'Impasse aux Violences. 1961: Les Pirates de la Nuit. 1962: L'Attaque de San Cristobal. 1966: L'Invasion des Morts-Vivants. 1966: La Femme Reptile. 1967: Dans les Griffes de la Momie. 1975: La Cruz del diablo.


"Ceci est l'histoire d'hommes et d'âmes damnĂ©s. C'est une histoire de vice et de meurtre. Nous n'avons pas d'excuses Ă  faire aux morts. Tout est vrai." 
 
L’impasse aux violences — Anatomie d’une conscience dĂ©chue
Seconde adaptation de l’histoire vraie des tueurs en sĂ©rie Burke et Hare, ayant sĂ©vi dans l’Angleterre du XIXe siècle, L’Impasse aux violences retrace leurs exactions criminelles au profit d’un Ă©minent mĂ©decin, le Dr Knox. Dans sa soif de progrès scientifique, ce dernier s’obstine Ă  dissĂ©quer des cadavres que les deux acolytes vont d’abord exhumer des cimetières, contre une poignĂ©e de guinĂ©es. Mais plus les corps sont frais, plus la rĂ©compense est gĂ©nĂ©reuse. Alors, sans scrupule, les deux malfrats passent au meurtre, pour satisfaire les exigences du savant. De cette histoire sordide et mĂ©ticuleusement documentĂ©e, John Gilling livre une mise en scène rĂ©aliste et tendue, oĂą transparaĂ®t le pathĂ©tique d’une convoitise dĂ©shumanisante. Ă€ travers l’orgueil aveugle d’un mĂ©decin qui nie la gravitĂ© de ses compromis, et la bassesse crapuleuse de deux criminels engluĂ©s dans leur propre mĂ©diocritĂ©, le film trace les contours d’une dĂ©chĂ©ance morale sans appel.

Les interprĂ©tations glaçantes de June Laverick et Donald Pleasence, tortionnaires cupides et lubriques, nous Ă©branlent dans leur nihilisme poisseux. En les suivant dans leurs dĂ©rives putassières, dans les pubs saturĂ©s de poivrots et de prostituĂ©es, Gilling peint en creux la misère sociale du vieux Édimbourg, gangrenĂ© par la faim, le vice et la survie. Loin de se contenter du seul choc des meurtres froidement exĂ©cutĂ©s, le film suscite l’Ă©motion par le biais d’une histoire d’amour impossible entre un jeune apprenti mĂ©decin et une prostituĂ©e — fragile esquisse d’espoir vite broyĂ©e par le dĂ©sespoir social. Entre les corps vendus Ă  la science, les menaces des confrères jaloux et les cris silencieux des damnĂ©s, le Dr Knox s’enfonce dans une logique amorale, tout en ignorant qu’une fillette croisera bientĂ´t son regard pour lui ouvrir enfin les yeux — sur l’humanitĂ©, la dignitĂ©, le respect des morts et la fragilitĂ© des vivants.

ConspuĂ© par une foule enragĂ©e malgrĂ© son acquittement — car la justice aussi a ses hiĂ©rarchies — le mĂ©decin, rongĂ© de l’intĂ©rieur, finit par affronter sa propre culpabilitĂ©. Et dans ce rĂ´le crĂ©pusculaire, Peter Cushing incarne avec une intensitĂ© bouleversante ce savant en guerre avec lui-mĂŞme, Ă©cartelĂ© entre la dĂ©votion professionnelle et l’Ă©veil tardif d’une conscience trop longtemps anesthĂ©siĂ©e.


 "Le MĂ©decin et les DamnĂ©s".
D’une puissance Ă©motionnelle aussi rigoureuse que dĂ©rangeante, Ă  l’image de sa violence parfois insupportable (interdit aux moins de 18 ans Ă  sa sortie !), L’Impasse aux violences transcende son vernis de film d’horreur pour s’imposer comme un drame humain d’une rare densitĂ©. Mis en scène avec brio, transcendĂ© par des dialogues ciselĂ©s, ce chef-d’Ĺ“uvre lucide doit autant Ă  la gravitĂ© de son histoire vraie qu’Ă  l’excellence habitĂ©e de ses interprètes : June Laverick, Donald Pleasence, et un Peter Cushing au sommet de sa vĂ©ritĂ©.

*Bruno
3èx
24/10/14
09/04/02

jeudi 23 octobre 2014

La Maison aux fenĂŞtres qui rient / La Casa dalle finestre che ridono

                                                           Photo scannĂ©e appartenant Ă  Bruno Matéï

de Pupi Avati. 1976. Italie. 1h51. Avec Lino Capolicchio, Francesca Marciano, Gianni Cavina, Giulio Pizzirani, Bob Tonelli, Vanna Busoni.

Sortie salles Italie: 16 Août 1976

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Pupi Avati est un réalisateur italien, né le 3 Novembre 1938 à Bologne. 1970: Thomas e gli indemoniati. 1970: Balsamus, l'homme de Satan. 1975: La mazurka del barone, della santa e del fico fiorone. 1976: La Cage aux minets. 1976: La Maison aux Fenêtres qui rient. 1977: Tutti defunti... tranne i morti. 1983: Zeder. 1984: Une saison italienne. 1991: Bix. 1992: Fratelli e sorelle. 1993: Magnificat. 1994: L'amico d'infanzia. 1994: Dichiarazioni d'amore. 1996: L'arcano incantatore. 1996: Festival. 1997: Le Témoin du marié. 1999: La via degli angeli. 2001: I cavalieri che fecero l'impresa. 2003: Un coeur ailleurs. 2004: La rivincita di Natale. 2005: Ma quando arrivano le ragazze ? 2005: La Seconda notte di nozze. 2007: La cena per farlu conoscere. 2007: Il Nascondiglio. 2008: Il papa di Giovanna. 2009: Gli amici del bar Margherita. 2010: Il figlio più piccolo. 2010: Una sconfinata giovinezza. 2011: Le Grand coeur des femmes.


"Les couleurs, mes couleurs, elles coulent de mes veines. Elles sont si douces mes couleurs... aussi douces que l'automne, aussi chaudes que le sang. Elles sont lisses comme la pureté. Elles s'introduisent dans le corps des gens. Elles se propagent comme une infection. Mes couleurs..."

Prix de la critique au Festival du film Fantastique de Paris, La Maison aux FenĂŞtres qui rient n'a point usurpĂ© sa rĂ©putation de classique horrifique du cinĂ©ma transalpin tant Pupi Avati s'est avant tout avisĂ© Ă  nous parfaire un scĂ©nario vrillĂ© des plus machiavĂ©liques. Mais si la plupart des spĂ©cialistes emploie le terme Giallo afin de l'estampiller, j'opterais personnellement pour le thriller Hitchcockien mâtinĂ© d'une aura de souffre davantage malsaine auprès de l'amoralitĂ© du peintre entièrement vouĂ© Ă  l'art de l'agonie. 

Le pitchUn artiste, Stefano, est conviĂ© Ă  rĂ©nover une fresque dans l'Ă©glise d'un petit village oĂą la plupart des citadins semble occulter un lourd secret. 20 ans au prĂ©alable, un peintre concocta cette esquisse reprĂ©sentant le martyr de San SĂ©bastien. MystĂ©rieusement disparu avec ses deux soeurs, il laisse derrière lui cette oeuvre morbide en dĂ©liquescence. LogĂ© dans une Ă©trange maison auquel une vieille dame y est alitĂ©e, Stefano va ĂŞtre tĂ©moin d'Ă©vènements Ă©tranges et meurtriers. 


Baignant dans une atmosphère d'inquiĂ©tude latente, Pupi Avati privilĂ©gie ici le suspense latent parmi l'investigation de notre hĂ©ros confrontĂ© Ă  une sĂ©rie d'Ă©pisodes nĂ©buleux. Qui plus est, avec la participation de tĂ©moins aussi sournois qu'Ă©quivoques, Stefano est contraint de ne compter que sur lui afin de rĂ©soudre ces disparitions inexpliquĂ©es (celle du peintre, des soeurs et de certains de ces amis) et surtout tenter de dĂ©couvrir quel secret pourrait dĂ©voiler la fameuse fresque. Ainsi, en empruntant les codes de la demeure hantĂ©e (cadavres inhumĂ©s sous terre, maison poussiĂ©reuse tapis dans la pĂ©nombre, porte grinçante, volets qui claquent) et ceux du thriller (prĂ©sence invisible Ă©piant le hĂ©ros, meurtres en sĂ©rie, tĂ©moins suspicieux, disparition de preuves), le cinĂ©aste brouille les pistes pour mieux nous perdre dans le dĂ©dale d'une intrigue aussi sarcastique que macabre. EmaillĂ© d'indices au compte-goutte et de trouvailles originales (la maison aux "fenĂŞtres qui rient" et son fameux point d'orgue cumulant les twists cinglants), le film prend son temps d'y distiller une atmosphère anxiogène au fil du cheminement de notre hĂ©ros dĂ©concertĂ©. Un artiste indĂ©cis sĂ©vèrement malmenĂ© par son entourage oĂą le satanisme semble asservir toute la rĂ©gion, mais trouvant nĂ©anmoins soutien avec la romance d'une jeune enseignante. Pourvu d'une photographie soignĂ©e oscillant les clair-obscurs d'un environnement nocturne et le cadre solaire d'une campagne abritant des foyers archaĂŻques, Pupi Avati prend Ă©galement soin de peaufiner une ambiance tantĂ´t attrayante tantĂ´t ombrageuse (voire mĂŞme parfois onirique pour ces superbes Ă©clairages verts ou azur). Et si le rythme laborieux avait gagnĂ© Ă  ĂŞtre un peu plus vigoureux, la force de l'intrigue et son mystère savamment distillĂ© au compte goutte s'avèrent si bien ciselĂ©s, inquiĂ©tants et troubles Ă  la fois qu'on passe outre ce couac.  


Atmosphérique de par son ambiance typiquement latine et brillamment charpenté pour l'investigation de notre héros opposé à une révélation traumatique, La Maison aux Fenêtres qui rient confronte thriller et épouvante à l'aide d'un onirisme morbide proprement singulier (les couleurs de l'art se mêlant à l'odeur de la mort !). A l'instar de son inoubliable générique liminaire en mode sépia illustrant un martyr à l'agonie lardé de coups de couteaux. Filmé au ralenti afin de schématiser la souffrance de l'homme nu ligoté en hauteur, ce prologue perturbant fait finalement écho au châtiment sardonique de sa mémorable conclusion au point de nous hanter à jamais.

*Bruno
4èx. Version Italienne

RĂ©compensePrix de la Critique au Festival du film fantastique de Paris, 1977.

mardi 21 octobre 2014

Kissed. Meilleur Film, Meilleure Actrice, Meilleur Réalisateur, Malaga 98.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site rogerebert.com

de Lynne Stopkewich. 1996. Canada. 1h18. Avec Molly Parker, Peter Outerbridge, Jay Brazeau, James Timmons, Jessie Winter Mudie, Annabel Kershaw.

Sortie salles France: 15 Avril 1998. Canada: 7 Septembre 1996

FILMOGRAPHIELynne Stopkewich est une réalisatrice, scénariste et productrice canadienne, née en 1964 à Montréal (Quebec). 1996: Kissed. 2000: Suspicious River. 2004: The Life (télé-film).

 
"Amour froid".
Auteur de deux longs-mĂ©trages, de quelques sĂ©ries TV et d’un tĂ©lĂ©film, Lynne Stopkewich reste une rĂ©alisatrice aussi discrète que mĂ©connue du grand public. Sorti dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale, son premier film, Kissed, s’est pourtant vu attribuer plusieurs rĂ©compenses dans son pays d’origine, tandis qu’une poignĂ©e de cinĂ©philes aguerris le hissa au rang de film culte. Production indĂ©pendante audacieuse, Kissed s’aventure en terrain minĂ© avec un anticonformisme dĂ©sarmant, abordant la nĂ©crophilie avec une pudeur presque sensorielle. Ă€ cent lieues des dĂ©bordements trash du scandaleux Nekromantik, le film emprunte la voie de la subtilitĂ© pour Ă©voquer l’obsession grandissante d’une jeune femme Ă©prise d’amour pour l’au-delĂ .

Le pitch : Depuis l’enfance, Sandra nourrit une fascination pour les cadavres d’animaux fraĂ®chement dĂ©cĂ©dĂ©s. Ă€ l’aube de sa maturitĂ©, elle se fait embaucher dans un funĂ©rarium pour apprendre l’art de l’embaumement. Toujours plus attirĂ©e par la sensualitĂ© de la mort, elle finit par passer Ă  l’acte sexuel avec un corps masculin. Un jour, elle rencontre Matt, un Ă©tudiant en mĂ©decine intriguĂ© par sa beautĂ© distante et son Ă©trange mĂ©tier. Vierge de tout contact charnel avec un vivant, Sandra tente l’expĂ©rience d’un premier coĂŻt avec lui. Mais alors que Matt s’Ă©prend d’elle corps et âme, Sandra se dĂ©tache, fidèle Ă  son inclination pour la chair morte.

Ă€ la lecture du synopsis, on pouvait craindre la redite ou la complaisance autour d’un sujet aussi socialement inacceptable. Pourtant, Lynne Stopkewich transcende la provocation pour livrer un vĂ©ritable poème sur la sensualitĂ© de la mort et la spiritualitĂ© de l’au-delĂ . PortĂ© par une atmosphère aussi trouble que charnelle, le film parvient Ă  captiver, Ă  troubler mĂŞme, par la beautĂ© de ses images oniriques et par la posture hypnotique de son hĂ©roĂŻne : une enseignante timorĂ©e, discrète, entièrement habitĂ©e par son amour des cadavres. LittĂ©ralement transie d’Ă©rotisme lorsqu’elle s’unit Ă  un corps, Sandra atteint une extase si pure qu’elle perçoit la lumière de l’âme dĂ©funte dans un halo de souvenirs intimes.

Dans la pâleur magnĂ©tique de Molly Parker, l’actrice insuffle une acuitĂ© bouleversante, oĂą la perversion n’a plus sa place. Car dans son dĂ©sir d’enlacer la mort, Sandra tĂ©moigne d’une affection si douce, si viscĂ©rale, qu’on en oublie la dĂ©viance pour ne voir que la sincĂ©ritĂ©. Et si Kissed fascine autant, c’est aussi par la romance impossible entre Sandra et Matt, ce dernier littĂ©ralement asservi Ă  ses sentiments. MalgrĂ© un cheminement narratif prĂ©visible, l’ambiguĂŻtĂ© croissante de leur relation atteint un sommet d’intensitĂ© Ă©motionnelle, Ă  la lisière de la lumière et de la dĂ©composition.

 
"Chair de ciel."
D’une beautĂ© sensuelle, diaphane et ensorcelante, Kissed se dĂ©cline en poème lyrique sur la plĂ©nitude de la mort vĂ©cue comme abandon amoureux. Un Ă©tat de grâce absolue, lorsqu’une nĂ©crophile puise les derniers souffles vitaux d’un cadavre pour s’unir Ă  l’au-delĂ . Intimiste, fragile et incandescent, le film nous emporte loin, bien au-delĂ  du scabreux, dans une expĂ©rience Ă©rotique envoĂ»tante. Ă€ dĂ©couvrir d’urgence : il s’agit, Ă  mes yeux, du plus beau film jamais tournĂ© sur la nĂ©crophilie. Rien que ça. (D’ailleurs, il fut un temps diffusĂ© sur Canal+ dans les annĂ©es 90…)

*Bruno
2èx

Récompenses: Meilleur long-métrage au Festival de Toronto, 1996
Meilleur nouveau réalisateur de l'Ouest canadien pour Lynne Stopkewich.
Prix Génie: Meilleure Actrice pour Molly Parker
Meilleure Actrice pour Molly Maker, Meilleur Réalisateur pour Lynne Stopkewich, Meilleur Film au Festival de Malaga, 1998.

lundi 20 octobre 2014

House of 1000 Corpses / la maison des 1000 morts

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Rob Zombie. 2003. U.S.A. 1h29. Avec Sid Haig, Bill Moseley, Sheri Moon, Karen Black, Chris Hardwick, Erin Daniels.

Sorties en France en Dvd le 12 Juillet 2006. U.S: 11 Avril 2003

FILMOGRAPHIE: Rob Zombie est un chanteur, musicien et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 12 Janvier 1965 Ă  Haverhill, dans le Massachusetts. 2003: House of 1000 Corpses. 2005: The Devil's Rejects. 2007: Werewolf Women of the S.S. (trailer). 2007: Halloween. 2009: Halloween 2. 2012: The Lords of Salem.


Premier coup de gĂ©nie du chanteur Rob Zombie derrière la camĂ©ra, House of 1000 Corpses s’affiche comme un hommage semi-parodique aux Ĺ“uvres horrifiques des annĂ©es 70, particulièrement Ă  l’illustre Massacre Ă  la Tronçonneuse. Il en reprend la caricature d’une famille dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, vouĂ©e Ă  la folie meurtrière et au cannibalisme. Ă€ travers une intrigue sommaire, mille fois traitĂ©e - deux jeunes couples, après s’ĂŞtre Ă©garĂ©s dans une boutique des horreurs, se retrouvent piĂ©gĂ©s chez une famille de psychopathes un soir d’Halloween -, Rob Zombie choisit d’assumer l’artifice du genre, de le tourner en dĂ©rision pour mieux en glorifier les conventions.


Sale gosse indĂ©pendant, il prĂ©fère mettre en avant une galerie d’antagonistes extravagants, Ă©voluant dans un univers fantasque et morbide. Chaque figure impose sa posture singulière dans ce cabaret improvisĂ© : Spaulding, clown sournois Ă  la jovialitĂ© inquiĂ©tante ; Tiny Firefly, colosse dĂ©gingandĂ© Ă  l’allure spectrale ; Otis Driftwood, leader charismatique, maĂ®tre de cĂ©rĂ©monies sataniques. Quant Ă  Sheri Moon, compagne du cinĂ©aste, elle s’impose en effrontĂ©e aguicheuse, toute de perversitĂ© sensuelle. Sadisme, cruautĂ©, gouaillerie : leur unique morale se rĂ©duit Ă  la cĂ©lĂ©bration du Mal, incarnĂ©e par la cĂ©rĂ©monie du Dr Satan.

Conçu comme un vĂ©ritable train fantĂ´me, House of 1000 Corpses se dĂ©ploie en carnaval horrifique, entre exactions crapuleuses et scĂ©nographie funèbre Ă©clatant de couleurs flamboyantes : demeure familiale transformĂ©e en musĂ©e des horreurs, cimetière aux teintes crĂ©pusculaires, souterrains ornĂ©s d’ossements et de crĂ©atures malfaisantes. Jamais avare d’idĂ©es dĂ©lirantes, Rob Zombie charge son rĂ©cit de rĂ©fĂ©rences et de clins d’Ĺ“il sardonique : victimes dĂ©guisĂ©es en lapins en peluche, braquage d’Ă©picerie façon Tarantino, dĂ®ner grotesque oĂą chacun porte un masque hideux, Ă©chappĂ©e finale contrecarrĂ©e par des Ă©pouvantails surgis de l’ombre.


"La petite boutique des horreurs."
BĂŞte et mĂ©chant, fantasque et cruel, malsain et sanguinolent, House of 1000 Corpses brandit son Ă©tendard parodique au cĹ“ur de l’horreur craspec des Seventies. Totalement dĂ©complexĂ©e, cette farce macabre se dĂ©voile comme une pochette-surprise : un Creepshow cartoonesque oĂą Tex Avery endosserait la peau d’un serial-killer. Jouissif en diable, dĂ©bordant d’enthousiasme dans ses pĂ©ripĂ©ties morbides, le film est aussi une dĂ©claration d’amour au genre horrifique le plus affranchi - ici, seuls les monstres tiennent la vedette et triomphent de leurs crimes. Un petit chef-d’Ĺ“uvre d’humour noir, portĂ© par une BO d’enfer.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
13.09.25. 3èx. Vost

Récompense: Prix des Meilleurs Effets-Spéciaux, Fantasporto 2004

vendredi 17 octobre 2014

Jeux Interdits. Oscar du Meilleur Film Etranger, 1952.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fr.film-cine.com

de René Clément. 1952. 1h26. France. Avec Georges Poujouly, Brigitte Fossey, Lucien Hubert, Laurence Badie, Amédée, Suzanne Courtal, Jacques Marin.

Sortie salles France: 9 Mai 1952

FILMOGRAPHIE: René Clément est un réalisateur et co-scénariste français, né le 18 Mars 1913 à Bordeaux, décédé le 17 Mars 1996 à Monaco. 1946: La Bataille du rail. 1946: Le Père Tranquille. 1947: Les Maudits. 1949: Au-delà des Grilles. 1950: Le Château de verre. 1952: Jeux Interdits. 1954: Monsieur Ripois. 1956: Gervaise. 1958: Barrage contre le Pacifique. 1960: Quelle joie de vivre. 1960: Plein Soleil. 1963: Le Jour et l'Heure. 1964: Les Félins. 1966: Paris brûle-t-il ? 1969: Le Passager de la Pluie. 1971: La Maison sous les Arbres. 1972: La Course du Lièvre à travers les Champs. 1975: La Baby-Sitter.


« Pour avoir su Ă©lever Ă  une singulière puretĂ© lyrique et une exceptionnelle force d’expression, l’innocence de l’enfance au-dessus de la tragĂ©die et de la dĂ©solation de la guerre ». 

Immense succès lors de sa sortie en France (4,9 millions de spectateurs), aurĂ©olĂ© d'une pluie de rĂ©compenses Ă  travers le monde, Jeux Interdits est reconnu comme l'un des chefs-d'oeuvre de notre patrimoine au mĂŞme titre que la mĂ©lodie guitarisĂ©e de Narciso yepes. TĂ©moignage douloureux sur l'horreur de la seconde guerre du point de vue de l'enfance, Jeux Interdits est un moment d'Ă©motion aussi poĂ©tique que cruellement bouleversant. De par les moments de tendresse impartis Ă  deux enfants rĂ©fugiĂ©s dans leur intimitĂ© et pour la situation prĂ©caire de l'un d'eux prochainement livrĂ© Ă  l'adoption de l'orphelinat. 

Synopsis: Après la mort brutale de ses parents et de son chien lors d'un bombardement, Paulette réussit à trouver refuge auprès de Michel, fils cadet de la famille Dollé. Ces paysans acariâtres en perpétuel conflit avec les voisins Gouard décident de la recueillir quelques temps avant d'avertir la gendarmerie. Alors que l'un des fils Dollé succombe à ses blessures d'un grave incident, le couple d'enfants se construit un cimetière afin d'omettre la guerre et dédramatiser leur deuil commun


Hommage aux enfants orphelins de la guerre, illustration scrupuleuse de la vie paysanne Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 40, Jeux Interdits nous fait partager une tranche de vie inoubliable parmi la complicitĂ© de Michel et Paulette. Deux jeunes enfants Ă©pris de compassion Ă  travers leur confiance autant que leur douleur commune au moment mĂŞme oĂą un jeu morbide les rappellera Ă  la raison de leur triste sort. La grande rĂ©ussite Ă©motionnelle du film Ă©manant de cet attachement qu'on leur accorde auprès de leur solidaritĂ© comme celle de la famille DollĂ©, victime elle aussi d'un deuil improvisĂ© en dĂ©pit de leur inflexibilitĂ© Ă  refuser d'adopter la petite Ă©trangère. EmaillĂ© de cocasseries pour les chamailleries de jalousie exercĂ©es entre deux familles minĂ©es par la pauvretĂ©, Jeux Interdits succède rĂ©gulièrement Ă  l'Ă©motion prude lorsqu'une fillette est confrontĂ©e au dĂ©sarroi de la solitude et Ă  l'injustice de la mort. A ce titre, le prologue meurtrier au cours duquel elle assiste impuissante Ă  la mort de ses parents est d'une intensitĂ© psychologique Ă©prouvante. Quand bien mĂŞme les sĂ©quences suivantes nous terrassent d'Ă©motion dans son dĂ©sespoir de se raccrocher au cadavre de son petit chien pour tenir lieu de son immense solitude. Trouvant rĂ©confort auprès de l'espiègle Michel, Pauline se laisse ensuite embarquer dans un jeu morbide d'inhumations d'animaux et d'ornements de crucifix afin d'apaiser leur commun chagrin. IncarnĂ© par des comĂ©diens plus vrais que nature dans leur charisme rural jusqu'aux seconds rĂ´les pleins de spontanĂ©itĂ© (je pense en prioritĂ© Ă  la pĂ©tillante Violette Monnier dans le rĂ´le de la fille cadette des DollĂ© ou encore Ă  Jacques Marrin dans celui du fils aĂ®nĂ© mourant), Jeux Interdit puise son intensitĂ© Ă©motionnelle dans la fragilitĂ© humaine de la lumineuse Brigitte Fossey. Du haut de ses 5 ans, la comĂ©dienne insuffle expression d'innocence, Ă©moi amoureux, stupeur anxiogène dans sa condition d'orpheline contrainte de cĂ´toyer une famille paysanne draconienne mais trouvant rĂ©confort auprès de l'amour tranquille de Michel. SecondĂ© par Georges Poujouly, l'acteur infantile exprime la dĂ©brouillardise du garçon dĂ©sinvolte Ă  daigner voler les crucifix pour l'entreprise de son cimetière tout en suscitant bouffĂ©es de tendresse et de gĂ©nĂ©rositĂ© pour la protection de sa nouvelle amie qu'il chĂ©rit. A eux deux, ils forment un duo souvent bouleversant de par leur condition d'enfants subitement opposĂ©s Ă  la mort jusqu'Ă  nous tirer les larmes de l'injustice lors d'une conclusion aussi prĂ©cipitamment brutale que cruelle. 


Moment de cinéma rare et précieux pour le témoignage douloureux imparti à la barbarie de la guerre où les enfants en sont les premières victimes, Jeux Interdits alterne plages de tendresse, d'humour et de cruauté avec une intensité psychologique si subtile que l'émotion nous traverse de plein fouet sans avertir. Inoubliable car inaltérable, à l'instar d'une Brigitte Fossey touchée par la grâce de son infinie innocence inscrite dans toutes nos mémoires.

*Bruno
17.03.25. 3èx
 
Une analyse plus fouillĂ©e par Gilles Vannier: Jeux interdits - RenĂ© ClĂ©ment - Tortillapolis

Récompenses: Oscar du Meilleur Film Etranger, 1952
Lion d'or Ă  la Mostra de Venise, 1952
BAFTA du meilleur film, 1954
Grand Prix Indépendant Festival de Cannes, 1952
Prix Femina, 1952
Meilleur Film français et étranger Critique Américaine, 1952
Prix de la Critique Japonaise Tokyo, 1953
Meilleur Film mondial Critique Anglaise Londres, 1953
 

jeudi 16 octobre 2014

NOS FUNERAILLES (The Funeral)

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Abel Ferrara. 1996. U.S.A. 1h39. Avec Christopher Walken, Chris Penn, Annabella Sciorra, Isabella Rossellini, Vincent Gallo, Benicio Del Toro, Gretchen Mol, Victor Argo.

Sortie salles France: 27 Novembre 1996. U.S: 1er Novembre 1996

Récompenses: Meilleur Second Rôle pour Chris Penn au Festival de Venise
Prix de l'organisation catholique internationale pour le cinéma.

FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un réalisateur et scénariste américain né le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crédité sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine.
1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos Funérailles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth. 2014: Welcome to New-York. 2014: Pasolini.


Drame criminel d'une noirceur absolue, Nos FunĂ©railles renoue avec le sacre de la mafia sous un aspect totalement nihiliste, Ferrara auscultant la dĂ©route d'une famille de gangsters des annĂ©es 30 après la mort d'un des leurs. Alors que la famille Tempio pleure les funĂ©railles du jeune Johnny, ses frères se promettent de retrouver le coupable afin de le venger. EntrecoupĂ©s de flash-back, Abel Ferrara nous remĂ©more principalement le compromis du clan Tempio avec un gangster renommĂ© malgrĂ© le dĂ©sistement de Johnny. Quand bien mĂŞme après sa mort, ses frères Chez et Ray vont nous dĂ©voiler leur Ă©tat d'âme partagĂ© entre haine de rancoeur et dĂ©sespoir d'une impossible rĂ©demption. 


D'une puissance psychologique Ă©prouvante et d'une intensitĂ© dramatique aussi rigoureuse, Nos FunĂ©railles s'Ă©difie en cĂ©rĂ©monial mortuaire lorsqu'une famille de mafieux se rendent Ă  l'Ă©vidence de leur Ă©chec moral. TyrannisĂ©s entre leur foi catholique oĂą Dieu plane au dessus de leurs Ă©paules et leurs exactions criminelles qu'ils perpĂ©tuent de sang froid, Chez et Ray s'embourbent dans le dĂ©sarroi de la colère et le doute de leurs actes après le fardeau inconsolable d'un deuil familial. Tributaires de leur condition vĂ©reuse car habitĂ©s depuis toujours par leurs pulsions d'orgueil, d'Ă©goĂŻsme, de haine et de meurtre, la vengeance et la folie seront les derniers catalyseurs de leur sombre dĂ©chĂ©ance. A travers le dĂ©shonneur de cette famille italienne contaminĂ©e par le poison du Mal, Abel Ferrara signe un requiem de la damnation lorsque l'engrenage de la violence dissout une famille catholique. Outre la virtuositĂ© d'une mise en scène scrupuleuse reconstituant avec rĂ©alisme l'Ă©poque des annĂ©es 30, l'intensitĂ© d'un score strident et le soin imparti Ă  la photo tĂ©nĂ©breuse tirant sur les teintes mauves et noires, Nos FunĂ©railles est sublimĂ© par la prĂ©sence d'une poignĂ©e de comĂ©diens Ă  la mine dĂ©senchantĂ©e. Leur charisme viril et animal rappelant Ă  l'occasion les gueules iconiques de gangsters issus du cinĂ©ma d'avant-guerre. Mais la palme de la rĂ©vĂ©lation en revient indubitablement au regrettĂ© Chris Penn endossant ici le rĂ´le de sa vie dans celui d'un Ă©poux violent, aussi torturĂ© dans sa perversitĂ© dĂ©saxĂ©e et son incontrĂ´lable colère qu'hantĂ© de remords d'avoir sombrĂ© si bas dans l'avilissement. 


Affliction de la contrition. 
Chef-d'oeuvre de noirceur baignant dans un dĂ©sespoir insoluble, Nos FunĂ©railles transcende la dernière dĂ©rive meurtrière d'une famille de truands accablĂ©s par le deuil familial et incapables d'en tirer une leçon dans leur condition d'affranchis dĂ©chus. Epouvantablement nihiliste car sans aucune Ă©chappatoire, Ferrara nous plonge dans leur dĂ©cadence avec une intensitĂ© psychologique affligeante. 

A Chris Penn...
Bruno Matéï
3èx

mercredi 15 octobre 2014

E.T (E.T. The Extra-Terrestrial)

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Steven Spielberg. 1982. U.S.A. 1h55. Avec Pat Welsh, Dee Wallace Stone, Henry Thomas, Peter Coyote, Robert MacNaughton, Drew Barrymore.

Sortie salles France: 26 Mai 1982 (Cannes). 1er Décembre 1982 (sortie nationale). U.S: 11 Juin 1982

FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis). 1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre.


"Je refuse de dire: parmi tous mes films, c'est celui-là que je préfère. Cela revient à dire que, parmi tous mes enfants, j'ai un préféré. La Liste de Schindler est le film qui compte le plus pour moi, mais E.T. est mon film le plus personnel. Dire qu'un film s'adresse à l'enfant qui est en nous est devenu un cliché. Pourtant, je pense qu'E.T. s'adresse à ce que nous sommes, à ce que nous avons été, et à ce que nous voudrions redevenir". Steven Spielberg.

Succès planétaire multi récompensé aux Etats-Unis, E.T est l'incarnation parfaite du divertissement féerique touché par la grâce. Car à travers la profonde histoire d'amitié d'un enfant et d'un extra-terrestre, Steven Spielberg a accompli un chef-d'oeuvre d'émotion, de fantaisie et de simplicité. Un conte merveilleux sur le droit à la différence, un message de tolérance pour la paix universelle, un message d'espoir pour l'existence extra-terrestre et une diatribe contre la vivisection animale (voire le châtiment des grenouilles pratiqué durant le cours scolaire qu'Elliot finira par libérer de leur condition d'expérimentation). L'art de narrer une histoire accessible à tous afin de nous replonger dans l'émerveillement de notre enfance, un alibi pour nous rappeler à quel point cette période virginale relevait de la magie existentielle !


IndĂ©niablement naĂŻf chez l'attendrissement de nos hĂ©ros en culotte courte Ă©pris d'affection pour un E.T en perdition, Spielberg transcende leur comportement et leur rĂ©action face Ă  l'inconnu avec une sensibilitĂ© prude. A l'instar de l'attitude toute aussi innocente de l'extra-terrestre fĂ©ru d'affection pour leur bonhomie et de curiositĂ© pour leur innocence immature. C'est grâce Ă  cet accueil chaleureux qu'E.T va donc pouvoir se rĂ©fugier au sein de leur cocon familial et grâce Ă  leur soutien qu'il tentera d'entrer en contact avec ses proches afin de rentrer chez lui. Outre l'intense amitiĂ© Ă©mise entre lui et le jeune Eliott dĂ©bordant de compassion et de confiance, l'aventure haletante est Ă©galement Ă  l'appel lorsque les enfants vont user de stratagèmes afin de dĂ©jouer les ambitions orgueilleuses des scientifiques et de l'armĂ©e. Ainsi, Ă  travers leur attitude mĂ©galo pour la recherche et l'observation d'une vie extra-terrestre, E.T met en exergue le caractère menaçant du monde des adultes rĂ©signĂ©s instinctivement Ă  tout contrĂ´ler, et leur manque de considĂ©ration face Ă  la sagesse de l'enfant. Car ici ces derniers sont bels et bien les hĂ©ros du film afin de nous rappeler l'importance de leur morale inscrite dans les notions de tolĂ©rance, de respect d'autrui et d'assistance Ă  personne en danger. 


Sommet d'Ă©motion dans les rapports amiteux Ă©changĂ©s entre un garçonnet et un extra-terrestre, E.T transcende sa simplicitĂ© narrative avec une grâce enchanteresse et avec l'intimitĂ© d'un cinĂ©aste Ă  l'âme d'enfant marquĂ© par le divorce de ses parents et de sa solitude prĂ©pubère. Outre la puissance lyrique des moments les plus Ă©motifs que le score de John Williams harmonise, les effets spĂ©ciaux de Carlo Rambaldi ont surtout entrepris la prouesse de rendre expressive une crĂ©ature animatronique Ă  la fragilitĂ© humaine bouleversante. Une prĂ©sence inoubliable pour un chef-d'oeuvre d'Ă©motions candides. 

Bruno Matéï
4èx